Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 29 juillet 2026

« Entre la France et l’Algérie, en matière d’énergie, c’est “business as usual” »

 

L’Algérie est l’une des grandes puissances gazières de la planète. Pouvez-vous rappeler les caractéristiques de ce statut particulier et la place que cela lui donne sur la scène énergétique mondiale ?

L’Algérie est un pays à la fois pétrolier et gazier, mais c’est surtout un acteur important dans le domaine du gaz naturel : en 2024, elle est le dixième producteur de la planète avec 103 milliards de mètres cubes. Certes, ce n’est pas un « géant », sa part dans la production mondiale ne s’élevant qu’à 2 %, contre 24 % pour les États-Unis, en haut du classement. Toutefois, elle occupe une place non négligeable. C’est encore plus vrai pour les exportations : toujours en 2024, l’Algérie est le huitième exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) et le sixième par gazoduc.

Elle est donc, indiscutablement, un pays gazier majeur, mais ses exportations sont concentrées sur le marché européen, ce qui est logique en raison de la proximité géographique. Depuis longtemps, elle est un grand fournisseur de l’Europe, en particulier de l’Union européenne (UE). À travers la Sonatrach, la compagnie nationale algérienne, elle dispose d’une expérience de plusieurs décennies sur ce marché auquel elle est reliée par deux gazoducs en fonctionnement : le TRANSMED et le MedGaz. Le premier permet à la Sonatrach d’exporter le gaz naturel vers l’Italie en traversant la Tunisie et la Méditerranée. Le second lui ouvre le marché espagnol via Almería. Il existe un troisième gazoduc, le Maghreb-Europe (GME), mais il est à l’arrêt depuis le 1er novembre 2021, quand, la veille, Alger a décidé de ne pas reconduire le contrat d’exploitation. La Sonatrach s’appuie aussi sur ses usines de GNL situées à Arzew et à Skikda, sur la côte. Cette diversité d’infrastructures gazières tournées vers l’exportation constitue un atout majeur. Si l’Algérie est surtout un fournisseur de l’Europe méditerranéenne (Italie, Espagne, France, Turquie, Grèce), elle a également réalisé des percées en direction de pays d’Europe centrale et orientale, ainsi que de l’Allemagne.

L’un des grands défis de l’Algérie est de faire face à l’augmentation de la consommation interne et de rester en même temps un exportateur important. Tout producteur d’énergie cherche d’abord à répondre aux besoins de sa population, de son industrie et de son économie avant d’exporter. L’Algérie conjugue les deux depuis longtemps, mais cela pourrait devenir plus difficile, voire impossible, selon certaines projections de la demande gazière interne à moyen et à long terme. La Sonatrach s’efforce de maintenir la capacité d’extraction du plus grand champ gazier algérien, Hassi R’mel. L’ajout d’unités de compression doit permettre de stabiliser la production de ce gisement à 188 millions de mètres cubes par jour. Le développement et l’exploitation d’autres sites figurent également parmi les priorités, de même que l’intensification de l’exploration, menée à la fois par la Sonatrach et par les compagnies étrangères associées à ses projets, afin de favoriser de nouvelles découvertes. Pour le gaz naturel comme pour le pétrole, tout commence par l’exploration, ce qui suppose de rester suffisamment attractif pour les investisseurs étrangers. C’est aussi une priorité pour les responsables algériens.

Ce panorama ne serait pas complet sans évoquer le gaz de schiste. Selon l’U.S. Energy Information Administration, l’Algérie disposerait des troisièmes réserves mondiales, derrière la Chine et l’Argentine, mais devant les États-Unis. Il faut toutefois considérer ce classement avec prudence, car il repose sur des études menées dans environ 45 pays, sans travaux d’exploration, et il concerne des ressources techniquement récupérables, ce qui signifie que ce n’est pas forcément économiquement viable. Il ne fait guère de doute, néanmoins, que l’Algérie dispose d’un fort potentiel dans ce domaine. Plusieurs compagnies étrangères ont manifesté leur intérêt pour la recherche de ces ressources, dont les deux géants américains ExxonMobil et Chevron. Au printemps 2024, ils ont signé séparément avec la Sonatrach des protocoles d’accord portant sur des zones susceptibles d’être riches en gaz non conventionnel. Mais, à ce jour, cela n’a débouché sur aucun contrat.

Que représente la rente gazière et pétrolière pour les autorités d’Alger ? Dans quelle mesure est-elle une « arme » de politique intérieure, mais aussi de diplomatie ?

′′′ La rente générée par le secteur des hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) est d’une importance capitale pour l’Algérie. Chaque année, les hydrocarbures représentent 90 % des exportations totales du pays (47,38 milliards de dollars en 2024). Cette proportion est considérable, bien qu’en légère baisse, puisqu’il n’y a pas si longtemps, elle s’élevait plutôt à 95 %. Les recettes issues de ces exportations permettent à l’Algérie de financer ses importations (44,29 milliards de dollars). Les principaux postes d’achat concernent les produits alimentaires, les biens de consommation, les produits semi-finis et les équipements industriels.

La rente des hydrocarbures sert également à soutenir des programmes essentiels pour la population, ainsi qu’un système de subventions coûteux mais précieux pour la stabilité du pays et du régime. Les revenus de ce secteur stratégique sont estimés à environ 45 % du budget. De plus, le poids de l’Algérie sur la scène internationale dépend en partie de ses atouts pétroliers et gaziers, notamment vis-à-vis de l’UE.


Depuis la guerre en Ukraine, les sanctions contre la Russie ont poussé les Européens à diversifier leurs fournisseurs. L’Algérie est-elle une alternative viable à long terme ?

′′′ Quelques semaines après l’agression russe contre l’Ukraine, lancée le 24 février 2022, l’UE a décidé de se passer totalement de toutes les énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz naturel) en provenance de la Russie, et ce au plus tard (pour le gaz) d’ici à la fin de 2027. L’UE a déjà réduit d’environ 90 % ses importations pétrolières issues de la fédération russe et, pour le gaz naturel, la part russe ne représentait plus que 19 % des approvisionnements européens en 2024, contre 40 % en 2021.

L’objectif est clair, mais, pour y parvenir dans le délai prévu, il faut aller chercher des ressources ailleurs. Pour le pétrole, l’UE se tourne surtout vers l’Amérique du Nord, le Moyen-Orient et l’Afrique. Pour le gaz naturel, les Européens sont allés jusqu’au bout du monde depuis 2022 pour conclure de nouveaux accords. L’Algérie figure parmi les principaux fournisseurs de l’UE (14,4 % en 2024). Dans ce contexte, l’Italie a été la plus rapide, puisque le groupe ENI a signé dès le printemps 2022 un contrat avec la Sonatrach pour augmenter les livraisons via le TRANSMED. Depuis, d’autres engagements ont suivi avec des membres de l’Union : citons, sans être exhaustif, la République tchèque, la Slovénie et l’Allemagne. Le Royaume-Uni est également concerné.

L’Algérie apporte donc sa contribution à la volonté de l’UE de diversifier ses approvisionnements gaziers. Mais cela ne permet de régler qu’une petite partie du problème. L’UE a besoin d’importer du gaz de nombreux pays pour se passer complètement, à terme, du géant russe. En 2024, on retrouve parmi les autres principaux fournisseurs la Norvège (33,4 %), les États-Unis (16,5 %), le Qatar et l’Azerbaïdjan (4,3 % chacun).

Fin 2021, l’Algérie a suspendu les livraisons de gaz par le GME, qui passe par le Maroc. Quelles ont été les conséquences d’une telle décision ? Le MedGaz et le TRANSMED sont-ils capables de combler le manque ?

′′′ Le GME a été arrêté par l’Algérie le 1er novembre 2021, après la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc survenue durant l’été 2021. Une telle mesure pouvait, a priori, pénaliser toutes les parties concernées : l’Algérie (fournisseur), le Maroc (territoire de transit) et l’Espagne (importateur). Dans les faits, ces trois pays ont trouvé des solutions pour gérer ce problème.

L’Algérie a fermé l’un des trois gazoducs la reliant à l’UE, mais elle a augmenté la capacité de transport du MedGaz, qui dessert lui aussi l’Espagne, et elle dispose d’usines de liquéfaction qui lui permettent d’exporter davantage de GNL vers l’Europe. Outre ces deux éléments, l’Espagne peut s’approvisionner en GNL auprès d’autres exportateurs, dont les États-Unis, car elle est bien dotée en terminaux de réception et de regazéification. Le Maroc, pour sa part, a perdu les droits de transit qui lui étaient dus pour le transport de gaz algérien vers l’Espagne, et il ne peut plus acheter du gaz algérien, lequel alimentait deux centrales thermiques via le GME. Il a fallu recourir à d’autres sources d’énergies fossiles pour faire fonctionner ces sites, ou importer directement de l’électricité. En accord avec Madrid, Rabat a par ailleurs utilisé « à l’envers » le GME, de la façon suivante : l’Espagne a importé du GNL, l’a regazéifié sur son territoire, puis l’a injecté dans le gazoduc afin de l’acheminer vers le Maroc. À moyen terme, le Maroc compte importer lui-même du GNL et poursuivre son programme d’énergies renouvelables pour accroître sa production électrique domestique. On évoque aussi à Rabat le possible développement du champ gazier offshore d’Anchois, mais la décision d’investissement n’a pas encore été prise par les opérateurs du permis concerné, Chariot Limited et son partenaire, l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM).

En somme, tout le monde a réussi à se passer du GME. La principale « victime » de cette fermeture est la coopération énergétique entre les pays du Maghreb. Ce gazoduc était l’un des rares succès en la matière. Il a bien fonctionné pendant vingt-cinq ans, entre 1996 et 2021, en dépit des mauvaises relations entre l’Algérie et le Maroc.

Comment analysez-vous la « guerre du gaz » entre l’Algérie et le Maroc, notamment avec leurs projets concurrents de gazoduc relié au Nigeria ? Quelle est leur viabilité ?

′′′ Chacun de ces deux pays porte un projet de gazoduc présentant plusieurs points communs : le gaz naturel proviendrait du Nigeria, en totalité ou en partie, et l’infrastructure desservirait l’UE. Le plus ancien de ces projets, promu par Alger, est le gazoduc transsaharien (TSGP). Le tracé envisagé est simple : Nigeria, Niger, Algérie et, de là, le gaz serait transporté vers l’Europe via les gazoducs existants reliant Hassi R’mel à l’Italie et à l’Espagne. Le second est le gazoduc Afrique Atlantique (GAA), un ouvrage principalement offshore reliant le Nigeria au Maroc et à l’Espagne, en longeant l’Afrique de l’Ouest. Il a pour but de fournir du gaz à plusieurs pays africains et à l’UE, alors que le TSGP vise uniquement l’Europe.

Une chose est certaine : il n’y a pas de place pour ces deux projets en même temps, pour des raisons liées au financement et aux marchés. Autrement dit, il y en aura un seul ou… aucun. En apparence, le TSGP est plus simple, car il implique seulement trois pays, mais l’Algérie et le Nigeria le soutiennent depuis une vingtaine d’années sans succès. La dégradation de la situation politique et sécuritaire dans le Sahel, ainsi que les relations tendues entre Alger et ses voisins du sud sont autant d’éléments qui rendent difficile, à court et à moyen terme, la relance de ce projet, pourtant souhaitée du côté algérien. Quant au GAA, il a connu des avancées, notamment grâce à l’action d’Abuja et de Rabat, mais les questions clés relatives aux débouchés et au financement n’étaient pas encore résolues début novembre 2025.

Quelle est la politique énergétique de l’Algérie vis-à-vis des États sahéliens (Mali, Niger, Burkina Faso), en froid avec Paris ?

′′′ Réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ces trois pays sont certes en froid avec la France, mais aussi avec l’Algérie. Entre Alger et Bamako, les relations sont même exécrables. Par exemple, fin septembre 2025, à l’ONU, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga (depuis 2024), a accusé l’Algérie d’être la « championne de la promotion du terrorisme » et une « exportatrice de terroristes ». Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf (depuis 2023), a rétorqué que son interlocuteur était un « faux poète, mais un vrai putschiste », un « soudard » au « bavardage de caniveau ». Le Burkina Faso et le Niger ont resserré leurs rangs avec le Mali. Dans un tel climat, les conditions ne sont pas réunies pour un développement des relations économiques et énergétiques entre l’Algérie et l’AES. Il y a même des rumeurs de retrait du Niger du projet TSGP, mais la prudence s’impose. En effet, début 2025, les autorités de Niamey ont salué l’apport de la Sonatrach à une coopération entre les deux pays dans les domaines pétrolier et pétrochimique. Il y a donc beaucoup d’incertitudes autour de ces sujets, et il faudra attendre pour y voir plus clair. 

Dans les échanges (et les tensions) entre la France et l’Algérie, que représente le gaz ? Quels sont les grands secteurs économiques liant les deux pays ?

′′′ En 2024, le gaz algérien constitue 11 % des importations françaises de gaz naturel, dominées par la Norvège (40 %), les États-Unis (21 %) et la Russie (18 %). Du côté algérien, la France absorbe 29 % des exportations de GNL de la Sonatrach et 11 % de ses exportations gazières totales. Dans les deux cas, c’est significatif, mais finalement pas très important.

En dépit des relations difficiles entre Alger et Paris, les échanges énergétiques se poursuivent dans le cadre de contrats respectés par les deux parties. TotalEnergies est l’un des partenaires majeurs de la Sonatrach en Algérie, avec sa participation à l’exploitation de plusieurs champs gaziers et pétroliers. Et, en juin 2025, le groupe français a fait son entrée sur un nouveau permis d’exploration, en association avec la Sonatrach et ­QatarEnergy, à la suite d’un appel d’offres international. Il s’agit d’Ahara, un vaste permis d’une superficie de 14 900 kilomètres carrés, situé à la jonction des bassins de Berkine et d’Illizi, dans le sud-est algérien, au nord de la ville d’In Amenas. Autrement dit, en matière d’énergie, c’est « business as usual ».

Dans les échanges commerciaux franco-algériens, les hydrocarbures représentent la plus grande partie des importations de la France. Ce n’est pas une surprise, puisque le pétrole et le gaz naturel pèsent pour 92 % des exportations algériennes en 2024. Les Français envoient en Algérie des produits industriels, des matériels de transport, des équipements mécaniques, électriques et électroniques, ainsi que des produits agricoles et alimentaires. Ces dernières années, ces échanges bilatéraux ont généré un excédent commercial en faveur de l’Algérie. Là encore, c’est le poids des hydrocarbures qui domine.

Guillaume Fourmont

Francis Perrin

areion24.news

Un vétéran d’une unité secrète de Tsahal inculpé d’espionnage pour Téhéran

 

Un civil israélien ayant servi au sein d’une unité secrète de Tsahal a été arrêté et inculpé pour espionnage au profit du régime iranien, ont annoncé mercredi les autorités israéliennes.

Dans un communiqué conjoint, la police israélienne, le ministère de la Défense et le Shin Bet ont indiqué que l’homme avait été inculpé le 16 juillet devant le tribunal de district de Tel Aviv pour « contact avec un agent étranger et tentative de transmission d’informations à l’ennemi ».

Selon l’enquête, cet homme, qui avait servi dans cette unité classifiée durant son service militaire puis dans la réserve, était en contact avec « un individu se présentant comme un agent des services de renseignement iraniens ».

Le suspect aurait par ailleurs été chargé, à un moment donné, de recruter un soldat « afin d’établir un contact avec ces agents [iraniens] », précise le communiqué.

Aucun détail supplémentaire n’a été communiqué sur la nature des informations que le suspect aurait transmises à son officier traitant iranien ni sur la date de son arrestation. L’unité au sein de laquelle il a servi n’est pas non plus précisée, ses activités demeurant classifiées.

Les autorités de sécurité israéliennes ont dit « réitérer leur mise en garde » aux civils contre tout contact avec « des acteurs étrangers issus d’États ennemis ou des individus non identifiés ».

Ces deux dernières années, plusieurs dizaines d’Israéliens, dont des soldats et des réservistes, ont été inculpés d’espionnage au profit du régime iranien. Dans nombre de ces affaires, les agents iraniens avaient recruté leurs cibles via les réseaux sociaux, en particulier sur Telegram, selon les autorités.

Au début du mois, un soldat qui effectuait son service obligatoire a été condamné à cinq ans de prison pour avoir mené des activités d’espionnage pour le compte de l’Iran, après avoir été reconnu coupable d’avoir été en contact avec un agent étranger et d’avoir transmis des informations susceptibles de profiter à l’ennemi.

Les responsables iraniens confient généralement à leurs recrues des tâches relativement banales au départ – actes de vandalisme ou prise de vue de lieux publics – qui tournent ensuite en infractions plus graves, parfois même violentes.

Le nombre croissant d’agents iraniens présumés a même poussé Israël à ouvrir une nouvelle aile de la prison Damon de Haïfa pour les personnes inculpées de tels chefs d’accusation d’espionnage. La plupart des affaires sont encore en cours d’examen par la justice.

fr.timesofisrael.com

Clayton confirmé comme directeur du renseignement américain

 

Le Sénat américain a officiellement confirmé Jay Clayton comme directeur du renseignement national, malgré les réserves de l’opposition démocrate qui craint que ce choix de Donald Trump ne l’aide à interférer dans les prochaines élections.

Le président américain l’a rapidement félicité sur sa plateforme Truth Social : « Jay est incroyable à tous points de vue, et il fera un travail spectaculaire comme directeur », a-t-il écrit.

La nomination de ce procureur a été approuvée mardi soir avec 51 voix pour et 47 contre, toutes démocrates.

Aux États-Unis, le poste de directeur du renseignement national (DNI) sert avant tout de coordinateur des différentes agences comme la CIA et la NSA, et présente un rapport quotidien au président.

Jay Clayton était procureur du district sud de New York depuis le printemps 2025, après avoir dirigé la puissante autorité des marchés boursiers (SEC) pendant le premier mandat de Donald Trump.

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, John Thune, a défendu son bilan comme procureur. « Il a supervisé les poursuites contre des terroristes et la rédaction de la mise en accusation contre Nicolas Maduro », a-t-il affirmé dans l’hémicycle, en référence au président vénézuélien poursuivi à New York depuis sa capture début janvier par les États-Unis.

John Thune a aussi accusé les démocrates de se livrer à « des jeux politiciens » en s’opposant au choix de Donald Trump.

Lors d’une audition mi-juillet devant une commission du Sénat, en vue de la confirmation de sa nomination, Jay Clayton avait fait face au feu nourri des membres démocrates, notamment au sujet du résultat de l’élection présidentielle de 2020.

À plusieurs reprises, ils lui ont en effet demandé qui avait remporté le scrutin, cherchant à savoir s’il allait contredire Donald Trump, qui ne cesse d’affirmer sans preuve avoir remporté l’élection face au démocrate Joe Biden.

Jay Clayton avait alors répété à plusieurs reprises que Joe Biden avait été « certifié » vainqueur, sans toutefois affirmer qu’il avait remporté l’élection.

À l’issue du vote de mardi, le sénateur démocrate Mark Warner, vice-président de la commission du renseignement, a dit qu’il était « ressorti de l’audition de confirmation avec de sérieux doutes sur sa volonté de résister aux pressions politiques ».

« J’espère sincèrement qu’il démontrera que ces inquiétudes sont infondées, car la communauté du renseignement mérite une direction plus stable que celle dont elle a bénéficié ces derniers mois », a déclaré M. Warner.

Pour un autre sénateur démocrate, Adam Schiff, les déclarations de M. Clayton « suggèrent que si le président veut que les agences de renseignement lui concoctent quelque chose pour justifier une ingérence dans les élections de mi-mandat, alors Jay Clayton n’aura pas le courage de lui faire face ».

La nomination de Jay Clayton en juin avait fait suite à une vive polémique après que Donald Trump eut désigné un proche allié, Bill Pulte, comme DNI par intérim, pour remplacer la démissionnaire Tulsi Gabbard.

À la tête d’une agence fédérale sur le logement, Bill Pulte avait en effet entamé des enquêtes contre plusieurs adversaires politiques du président républicain.

Dans ses dernières heures de son intérim, ce dernier a annoncé mardi avoir effectué « un cinquième et presque dernier tour de limogeages » au sein des bureaux du DNI — soit « une réduction d’environ 30 % des effectifs d’il y a quelques semaines », comme le lui avait demandé Donald Trump en le nommant.

ledevoir.com

Shell aurait fermé les yeux sur des oléoducs percés pour préserver ses profits

 

Les dirigeants de Shell savaient que des voleurs de pétrole perçaient ses oléoducs, mais ont refusé d'interrompre leur exploitation afin de préserver leurs bénéfices, affirment plusieurs ONG dans un rapport publié mercredi. Ce rapport, le dernier d'une longue série d'accusations de pollution visant les grandes compagnies pétrolières internationales au Nigeria, s'appuie sur des audits internes et des courriels rendus publics alors que Shell fait face à des poursuites engagées par des communautés locales du delta du Niger, région riche en pétrole mais marquée par une grande pauvreté.

«Une cause majeure de la pollution réside dans l'incapacité de Shell à assurer correctement l'entretien du vaste réseau de puits et d'oléoducs"exploité par sa filiale nigériane, la Shell Petroleum Development Company (SPDC)», indique le document. Selon Amnesty International et la coalition d'ONG, les dirigeants de Shell et de sa filiale étaient également conscients de l'ampleur des vols de pétrole, qui auraient été facilités en partie par des employés corrompus de la SPDC.

Le rapport cite une présentation interne de 2013 sur les oléoducs percés dans laquelle il est demandé: «Sommes-nous à l'aise de continuer à produire, en sachant que de nouveaux dommages environnementaux surviendront?» Devant les tribunaux, Shell a soutenu ne pas être responsable des agissements de ses filiales, dont la SPDC au Nigeria, qu'elle affirme fonctionner de manière indépendante.

Mais selon le rapport, cette présentation interne alertant sur la pollution liée aux vols de pétrole a été élaborée dans le cadre du «Project Madrid», auquel participaient de hauts responsables de la maison mère. Les gens vont dire: «Que fait Shell ? (...) L'entreprise avait la possibilité d'arrêter le pompage, mais elle a choisi de ne pas le faire. Elle a maintenant créé un monstre», a écrit un cadre, selon le rapport.

Dans les mains des puissants

Au final, l'entreprise a décidé de maintenir les oléoducs endommagés en fonctionnement «par intermittence», ne suspendant les opérations que lorsque la pollution dépassait un certain seuil, indique Amnesty International et la coalition dans le rapport. La découverte de pétrole dans le sud-est du Nigeria dans les années 1950 a fait du pays l'une des principales économies d'Afrique. Toutefois, une grande partie de cette richesse reste concentrée entre les mains d'une élite, dans une société fortement inégalitaire, marquée par des décennies de corruption.

Bien qu'en recul, les vols de pétrole et le raffinage clandestin persistent aujourd'hui. En réponse au rapport, Shell a estime que l'enquête «fait un usage sélectif des documents et de leurs citations d'une manière qui donne une impression trompeuse».

La plupart des grandes compagnies pétrolières ont abandonné leurs activités terrestres au Nigeria afin de se concentrer sur des exploitations offshore, jugés plus sûres. Des entreprises locales ont, pour l'essentiel, repris ces actifs pétroliers terrestres.

AFP

La Russie face à l’Arctique : des ambitions toujours intactes

 

Depuis le milieu des années 2000, la Russie ambitionne de devenir la première puissance militaire et économique dans l’océan Glacial Arctique. Avec une façade maritime équivalente à la moitié de l’océan Arctique, Moscou dispose de moyens militaires permanents stationnés de Mourmansk à Chukotka, ainsi que sur des bases aériennes dans l’archipel François-Joseph, sur Nouvelle-Zemble et dans l’archipel de Nouvelle-Sibérie. Certaines bases ont été construites récemment, alors que d’autres, datant de l’époque de l’URSS, ont été réhabilitées.

Territorialement parlant, la Russie revendique quasi la moitié du bassin arctique, délimité par une ligne droite allant du pôle Nord au détroit de Béring, longeant la dorsale de Mendeleïev, et croisant la dorsale de Lomonossov qui rattache le pôle au territoire russe. Jouissant d’une flotte de brise – glaces unique au monde, Moscou a fait de l’Arctique sa priorité afin de restaurer son rang de puissance de premier rang : le Kremlin applique à cet endroit une doctrine défensive faisant de l’Arctique un bastion qui lui permet de protéger ses moyens de dissuasion nucléaire dans la péninsule de Kola, ses mégaprojets miniers et d’extraction de gaz et de pétrole, ainsi que ses infrastructures le long de la route du Nord-Est. Enfin, c’est aussi un espace permettant à la Russie de projeter ses forces vers l’Arctique central, la mer de Béring et l’Atlantique nord.

Sur le plan économique, l’exploitation des ressources minières a toujours constitué un enjeu pour la Russie, accentué aujourd’hui par son économie très affaiblie par les sanctions internationales et qui résiste en grande partie grâce à la vente bon marché d’énergies fossiles à la Chine. Cet enjeu économique se double donc d’un enjeu de survie pour le régime Poutine.

Dans le contexte actuel, la guerre en Ukraine n’a pas altéré les ambitions russes dans la région, elle les a rendues plus urgentes. Moscou cherche donc à développer ses infrastructures et à renforcer sa capacité de projection, tout en se focalisant sur les opérations sous le seuil et en zone grise (seabed warfare, guerre électronique, provocations diverses). Mais, en pratique, ces ambitions restent dans le domaine du déclaratoire et se heurtent au principe de réalité, notamment l’entretien et l’extension des infrastructures portuaires qui se trouvent ralentis par les sanctions internationales. La Chine pourrait être un partenaire, mais elle vise une capacité à naviguer sans escale à travers l’Arctique, et non pas à moderniser les ports le long du corridor russe.

Sur le plan militaire, les sanctions internationales limitent la capacité de Moscou à fabriquer des armes de précision, et donc à les déployer dans la région arctique, alors que la flotte du Nord détient 20 % de cette capacité au sein de l’armée russe. Elles limitent également la capacité de régénérer les stocks, notamment de systèmes nécessitant des composants occidentaux, tels que le char T‑90 par exemple.

Des forces terrestres en piteux état

Concernant ses unités de mêlée, l’armée russe aligne deux brigades permanentes spécialisées dans le combat en milieu polaire, appartenant au district militaire de Leningrad et rattachées à la flotte du Nord, la plus volumineuse des quatre flottes de la marine russe. Comparativement aux autres brigades de fusiliers motorisés, leur effectif est nettement moindre (entre 1 400 et 2 000 hommes chacune) et elles disposent d’équipements et de véhicules spécifiques à la manœuvre en milieu polaire, tels que des motoneiges de différents types (ouvertes ou à cabine chauffée), des chenillettes TTM‑4902 (ressemblant aux VAC de notre 27e brigade d’infanterie de montagne) et des chenillés articulés DT‑10 et DT‑30. Les MT‑LBV et VMK, camions KamAZ et 4 × 4 Ural sont modifiés pour s’adapter aux températures extrêmes.

La 200e brigade séparée de fusiliers motorisés, créée en 1997, est devenue en 2011 la première des deux nouvelles brigades arctiques des forces terrestres russes. Basée dans l’oblast de Mourmansk, elle fut déployée en 2014 dans le Donbass avant de prendre part à l’invasion de l’Ukraine en février 2022, dans la zone de Kharkiv. Au début du mois de mars 2022, l’unité avait perdu deux groupes tactiques (BTG) ainsi que son bataillon d’artillerie lance – roquettes. Ces pertes ne furent que partiellement recomplétées en juillet 2022, à hauteur d’un BTG composé de réservistes, de troupes de défense côtière et de marins, tous d’un niveau de préparation relativement faible. À la fin de l’année 2022, la brigade avait perdu 40 % de ses effectifs et de ses véhicules, parmi lesquels des chars T‑80BVM et des transports de troupes MT‑LBV.

En juin 2025, la 200e brigade séparée fut reformée sous le nom de 71e division de fusiliers motorisés de la garde : passant de brigade à division, elle incarne l’importance croissante portée par le commandement de l’armée russe aux unités arctiques. Elle forme la composante arctique du district militaire de Leningrad aux côtés de la 80e brigade arctique, de la 61e brigade séparée d’infanterie de marine de la garde et d’éléments de défense côtière, ces unités relevant de la flotte du Nord d’un point de vue opérationnel. Créée en 2014, la 80e brigade arctique de fusiliers motorisés fut la deuxième unité de ce type, rejoignant la 200e brigade au sein du 14e corps d’armée de la flotte du Nord. Si ces deux unités appartiennent au même corps d’armée, la 200e brigade fait partie de l’armée de terre, tandis que la 80e brigade relève de la marine russe. Basée, elle aussi, dans l’oblast de Mourmansk, sa mission principale est de patrouiller le long de la frontière norvégienne et de protéger différentes infrastructures situées dans cette zone.

La 80e brigade arctique fut déployée en Ukraine en juin 2022, avec une affectation dans la région du Donbass. Tout comme la 200e brigade, elle fut déployée avec ses systèmes antiaériens Tor‑M2DT, montés sur châssis de DT‑30PM et spécifiques au combat arctique. Plusieurs d’entre eux ont été détruits ou mis hors service lors des différents déploiements de l’unité autour de Kharkiv, puis de Bakhmout, de Kherson et de Dnipro. La 80e brigade a également déployé des MT‑LBV, des DT‑10 et DT‑30 ainsi que des motoneiges TTM, dont un certain nombre, difficile à évaluer, ont été détruits ou perdus.

En 2023, ses éléments ont servi dans l’oblast de Kherson, où 80 % d’entre eux ont fini par être éliminés par l’armée ukrainienne, en particulier lors d’un engagement dans l’estuaire du Dniepr en avril 2024. D’un point de vue plus général, ce sont les forces terrestres de la flotte du Nord qui ont subi des pertes en Ukraine ; les composantes navale et aérienne n’ont pas été atteintes.

La composante navale de la flotte du Nord, à laquelle appartiennent aussi les unités amphibies (la 61e brigade séparée d’infanterie de marine, le 420e bataillon Spetsnaz de reconnaissance navale, ainsi que les 160e, 269e et 313e détachements séparés de contre-offensive sous – marine), est de facto spécialisée en combat arctique en fonction de sa zone d’affectation permanente.

La 61e brigade séparée d’infanterie de marine a également été déployée en Ukraine dès le début de l’invasion, son chef de corps ayant été tué début mars 2022 près de Kharkiv. L’unité a continué d’être engagée, notamment dans la région de Kherson, jusqu’en septembre 2025 alors que ses éléments étaient vus près de Dobropillie, dans la région de Pokrovsk. Il semble que l’unité, considérée comme l’une des mieux entraînées de l’armée russe, ait été déployée sur les points les plus difficiles du conflit, et rien n’indique qu’elle ait été retirée du champ de bataille à l’heure actuelle.

Enfin, les unités VDV (la 76e division d’assaut aéroportée de la garde ainsi que les 98e et 106e divisions parachutistes de la garde) comportent des éléments ayant suivi un entraînement et un aguerrissement au milieu arctique, mais ce ne sont pas des unités spécialisées à plein temps en combat polaire.

Les brise-glaces, indispensable appui à la mobilité

Unique au monde, car seule la Russie construit et utilise ce type de navire, la flotte russe de brise – glaces à propulsion nucléaire compte actuellement six bâtiments (deux de la classe Arktika, et quatre de la classe Arktika II), qui viennent s’ajouter aux 30 brise – glaces à propulsion diesel – électrique. Longs de 173 m pour un déplacement de 33 327 t, dotés d’un hélipad, les Arktika II sont des navires gigantesques dont la propulsion nucléaire leur permet de naviguer en continu sans ravitaillement pendant quatre ans, avec une puissance supérieure à une propulsion classique. Ils peuvent ouvrir des couloirs maritimes à travers une glace de plus de trois mètres d’épaisseur et même assurer certaines missions de transport. Le premier brise – glaces de la classe Arktika II (Projet 22220) est entré en service en 2020 pour entamer le remplacement progressif de la classe Arktika, qui datait de 1975. Ce qui en fait une flotte récente et de conception moderne, les trois derniers exemplaires devant entrer en service respectivement en 2026, en 2028 et en 2030.

Ensuite, la classe Leader (Projet 10510), actuellement en développement, viendra compléter la classe Arktika II avec un premier exemplaire lui aussi prévu pour 2030 : le Rossya. Long de 209 m pour un déplacement de 69 700 t (soit le double d’un Arktika II), le Rossya incarne la volonté russe de prendre une avance irrémédiable sur le contrôle de l’Arctique.

Enfin, la marine russe aligne elle aussi sa propre flotte de brise – glaces militaires. L’Ilya Muromets (Projet 21180), en service depuis fin 2017, mesure 85 m de long pour un déplacement de 6 000 t, avec une propulsion diesel – électrique. Il peut ouvrir la voie dans des glaces jusqu’à 1 m d’épaisseur et il est doté d’un hélipad. Le coût élevé de cette classe de brise – glaces a retardé le Projet 21180M, moins coûteux. Ce dernier comporte deux brise-glaces auxiliaires de 82 m de long pour un déplacement de 4 080 t, avec des capacités moindres. Le premier exemplaire est entré en service en juillet 2024 au sein de la flotte du Pacifique, le deuxième étant en chantier avec une livraison prévue en 2027 à la flotte du Nord.

Pour enfoncer le clou, Moscou ne se contente pas de ses brise – glaces pour prendre l’avantage sur ses compétiteurs. Le Projet 23550, lui aussi de conception récente, vient y ajouter un autre concept : les patrouilleurs polaires. L’Ivan Papanin, qui vient tout juste d’entrer en service, n’est autre qu’un brise-glace lance – missiles, long de 114 m pour un déplacement de 8 500 t, armé d’un canon de 76 mm et de huit missiles de croisière 3M54 Kalibr. Il est capable de briser une glace jusqu’à 1,80 m d’épaisseur et comporte un hélipad ainsi qu’un hangar pour un hélicoptère Ka‑27. Quatre exemplaires sont prévus pour constituer cette nouvelle classe de patrouilleurs.

Une remontée en puissance incertaine

La Russie tente de renforcer sa posture à travers l’installation de bases à la frontière finlandaise, par un rehaussement capacitaire (systèmes de défense aérienne, brise – glaces, navires et modernisation d’infrastructures existantes) ainsi que par l’accroissement du nombre d’exercices menés en zone polaire. Toutefois, une remontée en puissance dans ce secteur nécessiterait aussi la création de formations militaires supplémentaires (à hauteur de 50 000 hommes en ce qui concerne le seul district militaire de Leningrad). Le commandement aurait alors un dilemme : soit réaffecter des unités existantes stationnées ailleurs sur le territoire russe et les former au combat arctique, soit accroître le recrutement pour armer ce volume de force supplémentaire, sachant que l’actuel recrutement peine déjà à atteindre ses objectifs pour recompléter les pertes infligées par l’armée ukrainienne.

En théorie, recruter des personnels avec la perspective de les stationner dans l’Arctique semble plus facile que de les envoyer en Ukraine. Mais si les alliances (Chine, Corée du Nord, Iran) permettent de faire face aux besoins en munitions de base, la production de systèmes d’armes plus complexes souffre des sanctions internationales qui ont coupé l’approvisionnement en composants électroniques occidentaux. Or, pour installer de nouvelles unités en Arctique et être crédible, il faut produire les armements dont elles auront besoin. Les intentions peinent donc à être suivies d’actions concrètes et efficaces, et considérant le contexte actuel, rien ne porte à croire que la Russie va les concrétiser dans un proche avenir.

Emmanuel Vivenot

areion24.news

lundi 27 juillet 2026

La guerre de l’information iranienne fondée sur l’intelligence artificielle

 

La capacité du régime iranien à contrôler l’information au sujet de ses objectifs, tant en matière de politique intérieure qu’étrangère, est un facteur déterminant permettant d’expliquer sa survie face aux multiples mouvements de contestation qui se déroulent en Iran depuis plus d’une décennie.

Chaque fois que la pression intérieure sur les dirigeants iraniens s’accroit, le président iranien, le chef religieux et les Gardiens de la révolution réagissent en adoptant des mesures toujours plus draconiennes afin d’étouffer les manifestations publiques.

Les opérations iraniennes de guerre de l’information ont également permis d’accroitre considérablement l’influence de l’Iran au Moyen-Orient. La République islamique utilise notamment les activités de guerre de l’information fondées sur l’intelligence artificielle (IA) pour influencer Israël et ses alliés.

L’importance de l’IA pour le régime iranien

Alors que le rôle de l’IA dans la défense et la sécurité est débattu en Iran depuis au moins 2005, l’assassinat à distance, assisté par l’IA, du plus éminent scientifique nucléaire iranien, Mohsen Fakhrizadeh, par Israël en novembre 2020, a attiré l’attention des dirigeants iraniens sur l’importance stratégique de cette technologie. À l’époque, les Gardiens de la révolution (pasdarans) ont ouvertement reconnu le rôle de l’IA dans cet assassinat. Étant donné que le principal scientifique du programme nucléaire iranien bénéficiait d’un niveau de protection comparable à celui des dirigeants politiques iraniens, de nombreux Iraniens ont été convaincus de la pertinence de l’usage de l’IA pour leur défense et leur sécurité. En conséquence, le commandant en chef des forces armées iraniennes, le chef religieux Ali Khamenei (en fonction depuis 1989), a rapidement fixé l’objectif de faire de l’Iran l’un des dix pays les plus avancés au monde en matière d’IA.

Actuellement, l’IA est principalement considérée dans le pays comme un multiplicateur de capacités destiné à soutenir efficacement ses efforts de dissuasion, ses tactiques asymétriques et sa défense face aux menaces.

Comment l’Iran utilise-t-il les capacités de l’IA pour la défense et la sécurité ?

Depuis l’attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas contre Israël, Téhéran recourt de plus en plus à des applications fondées sur l’IA afin de renforcer l’efficacité de ses opérations visant ce pays. De la génération d’idées à des fins de propagande à l’identification de cibles et à la création de canaux de diffusion, en passant par la création de contenus, l’IA est exploitée par la République islamique à toutes les étapes de ses opérations de guerre de l’information. OpenAI a notamment informé le public que son service ChatGPT avait été utilisé par Téhéran pour générer de la propagande. De la même manière que de nombreux usagers privés utilisent des applications basées sur l’IA pour trouver de nouvelles idées de contenu, des fonctionnaires iraniens s’en servent pour produire de la propagande destinée aux sites internet officiels du pays ainsi que des messages sur les réseaux sociaux visant à influencer la population.

Si certaines opérations ont été menées en secret, comme des tentatives d’influence des élections américaines, Téhéran reconnait ouvertement utiliser l’IA à des fins de reconnaissance faciale pour cibler des citoyens ayant publié en ligne des contenus critiques à l’égard du régime. Bien que les objectifs de la guerre de l’information fondée sur l’IA soient multiples, trois d’entre eux apparaissent comme cruciaux pour le régime iranien : la gestion de son image, le contrôle de l’ensemble des flux d’information à l’échelle nationale et internationale, et la mise en œuvre d’une censure directe.

Gestion de l’image du régime

À travers la diffusion d’images de religieux éminents, du Guide de la révolution islamique — l’ayatollah Rouhollah Khomeyni (1902-1989, en fonction de 1979 à sa mort) —, ou de l’actuel Guide suprême Ali Khamenei, le régime iranien maintient en permanence les visages de la révolution islamique dans la conscience collective afin de projeter une image favorable du pouvoir. Le Guide suprême dispose de comptes officiels sur X en farsi, en anglais et en arabe, ainsi que d’une page Instagram. Le régime ne se limite pas à utiliser l’IA pour générer et diffuser du contenu en ligne sur ces comptes et plateformes : il encourage également une adoption plus large de ces technologies, notamment par les religieux, afin de les faire « paraitre plus progressistes ». Les moyens analogiques traditionnels de la guerre de l’information sont ainsi ouvertement combinés à des méthodes numériques et, désormais, à des outils fondés sur l’IA dans le cadre de campagnes d’influence. La guerre de l’information vise à rendre l’imagerie associée au régime omniprésente dans la vie civile iranienne, donnant l’impression d’un régime omniscient — un objectif rendu bien plus accessible grâce à l’automatisation permise par l’IA.

Contrôle de l’information et diffusion de la propagande

L’Iran utilise l’IA pour produire des messages soigneusement scénarisés, diffusés par un appareil de propagande efficace s’appuyant sur des canaux de distribution très diversifiés. Les médias traditionnels contrôlés par l’État demeurent des vecteurs centraux de la propagande du régime, ciblant en particulier les segments de la population ayant peu ou pas accès à l’information en ligne. Parallèlement, l’IA est employée pour générer du contenu sur les sites internet gouvernementaux diffusant des informations et une propagande approuvées par l’État. Elle permet également de traduire rapidement ces contenus dans de nombreuses langues, facilitant leur diffusion dans les pays occidentaux.

La censure active des contenus est essentielle au maintien de la stabilité du régime iranien, notamment face aux nombreuses manifestations auxquelles il se trouve confronté. Tous les types de contenus, quels que soient leurs formats — livres, films, œuvres d’art ou médias numériques — sont soumis à un strict contrôle. Les processus de surveillance, de filtrage et de modification des contenus sont désormais renforcés par l’IA. Le régime a fermé de nombreuses maisons d’édition et d’autres sources de publications, tandis que les journalistes font régulièrement l’objet d’interrogatoires, de surveillance et d’arrestations. L’IA a ainsi permis au régime iranien d’intensifier à la fois la répression numérique et les formes plus traditionnelles de coercition.

Une guerre de l’information

En décembre 2023, les services de diffusion en continu de la BBC, ainsi que de nombreuses autres chaines de télévision basées dans l’Union européenne, ont été interrompus au Canada, au Royaume-Uni et aux Émirats arabes unis. Les écrans des téléspectateurs se sont figés, laissant apparaitre un message de pirates informatiques en majuscules sur fond vert : « Nous n’avons pas d’autre choix que de pirater pour vous livrer ce message. »

À la place de leurs programmes habituels, les téléspectateurs ont vu apparaitre un présentateur inconnu diffusant des images extrêmement choquantes de ce qui semblait être des femmes et des enfants palestiniens tués par des membres des Forces de défense israéliennes (FDI) à Gaza, accompagnées d’un bandeau indiquant le nombre présumé de victimes palestiniennes. Ce qui semblait être un animateur d’émission d’information était en réalité un présentateur artificiel généré par l’IA. Les pirates d’un groupe connu sous le nom de Cotton Sandstorm, lié aux Gardiens de la révolution islamique, ont par la suite publié des vidéos sur des plateformes de médias sociaux telles que Telegram, expliquant comment ils avaient piraté les services de diffusion en ligne de chaines d’information afin de diffuser ce contenu généré artificiellement.

À leur insu, des téléspectateurs cherchant à s’informer auprès de sources médiatiques de confiance ont ainsi été exposés à des images animées, générées ou manipulées par l’IA. À l’instar des opérations russes, l’Iran a démontré sa capacité à mener des attaques de désinformation hautement sophistiquées fondées sur les hypertrucages, en piratant des sites d’information légitimes et en y diffusant des contenus générés par l’IA. Téhéran montre ainsi sa capacité à combiner des opérations traditionnelles de guerre de l’information avec des contenus générés par l’IA et des cyberopérations avancées.

Au-delà des hypertrucages, l’IA renforce l’ensemble des formes traditionnelles de guerre de l’information intérieure menées par le régime iranien. Elle est notamment utilisée pour faire respecter la suspension des droits des femmes et pour renforcer l’oppression sexiste. Les applications d’IA servent principalement à identifier des cibles par la reconnaissance faciale, la géolocalisation, l’analyse des données en ligne et d’autres formes de détection automatisée, en particulier pour repérer les femmes ne portant pas le hijab. Ces femmes, bien plus facilement identifiables qu’avec des moyens de surveillance traditionnels, sont ensuite contactées directement — parfois en temps réel — et menacées par le régime au moyen d’outils fondés sur l’IA. Depuis avril 2023, plus d’un million d’Iraniennes auraient ainsi été microciblées par des SMS menaçant de confisquer leur voiture après avoir été filmées sans hijab. L’IA est utilisée de cette manière pour réprimer toute expression de dissidence politique, en donnant l’impression que les yeux et la portée du régime sont partout.

Conclusion

Le régime iranien dispose de capacités étendues et de plus en plus performantes en matière de guerre de l’information, décuplées par les avancées technologiques dans ce domaine. La République islamique utilise désormais l’IA non seulement pour intimider et réprimer les dissidents à l’échelle nationale, mais aussi pour projeter et renforcer son influence régionale et internationale. Depuis 2009, lorsque le gouvernement a pris le contrôle de l’infrastructure nationale de communication en réponse à des manifestations de masse, l’Iran a développé des capacités de guerre de l’information d’un niveau sans précédent, aujourd’hui rendues plus rapides, moins couteuses et plus efficaces grâce à l’automatisation permise par l’IA. Si ces capacités restent principalement mobilisées pour étouffer la dissidence intérieure et consolider le contrôle autoritaire du régime à l’intérieur de ses frontières, elles sont de plus en plus utilisées pour cibler l’Occident, comme en témoignent les tentatives d’ingérence lors de l’élection américaine de l’automne 2024. Les opérations de guerre de l’information fondées sur l’IA menées par Téhéran ne visent plus uniquement Israël et les États-Unis, mais s’étendent désormais à d’autres pays occidentaux, dont le Canada.

Toutefois, bien qu’il soit désormais reconnu que la République islamique dispose de capacités sans précédent en matière de guerre de l’information, des interrogations subsistent quant à leur efficacité réelle, même avec les progrès de l’IA. Sur le plan intérieur, des millions d’Iraniens parviennent encore à contourner les mécanismes de censure, et la récurrence des manifestations de masse montre que les dissidents conservent une capacité notoire d’organisation et d’influence politique malgré la répression étatique. Cette résilience s’explique notamment par le fait que les jeunes générations iraniennes sont bien conscientes des usages de l’IA permettant de contourner les restrictions et les dispositifs de contrôle imposés par le gouvernement.

Note

(1) Ce texte est une version condensée du chapitre publié dans : Yann Breault, Pierre Jolicoeur, Pierre Pahlavi (dir.), L’Iran au cœur du grand jeu eurasiatique, Presses de l’Université du Québec, 2026, p. 71-87.

Pierre Jolicoeur

Anthony Seaboyer

areion24.news

Le général Patrick Justel va prendre les rênes de la Direction du renseignement militaire français

 

Le 25 juillet, lors de la cérémonie du Triomphe de l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan [AMSCC], le général Pierre Schill a transmis le glaive de commandement au général Jacques Langlade de Montgros, l’ancien directeur du renseignement militaire devenant ainsi le nouveau chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], comme cela avait été annoncé en juin.

Au cours de ces cinq dernières années, le général Schill s’est attaché à transformer l’armée de Terre en profondeur en réorganisant sa chaîne de commandement et en renforçant sa capacité à combattre au sein d’une coalition. Et cela en mettant l’accent sur le «commandement par intention», basé sur l’esprit d’initiative, la responsabilisation et la confiance, ainsi que sur l’innovation. Son successeur creusera le sillon qu’il a tracé.

«J’aborde ce commandement avec fierté, détermination et confiance. L’armée de Terre est forte des soldats qui servent dans ses rangs, en France, outre-mer et à l’étranger avec la même exigence et le même sens du service. Ma priorité est de préparer notre armée aux défis de demain afin qu’elle demeure forte et donc crainte, prête à remplir toutes les missions que la France lui confiera», a assuré le général de Montgros, pour sa première prise de parole en qualité de CEMAT.

Cela étant, il restait à connaître le prochain directeur du renseignement militaire. C’est désormais chose faite : le général Patrick Justel, major général de l’armée de Terre [MGAT] depuis août 2025, a en effet été nommé à ce poste lors du Conseil des ministres de ce 27 juillet. Un nomination logique au regard de son parcours.

Né à Madrid il y a 54 ans, le général Justel a la particularité de n’avoir pas été admis à l’École spéciale militaire [ESM] comme la plupart de ses pairs… mais à l’École polytechnique, en 1992.

Ayant finalement décidé, à l’issue de sa scolarité, de rejoindre les rangs de l’armée de Terre, et plus précisément ceux de l’arme des Transmissions, il fut affecté à la 3e section de la 14e Compagnie de transmissions parachutiste [CTP] entre 1995 et 1997.

«J’ai choisi l’arme des transmissions, attiré par le renseignement, la guerre électronique, la maîtrise des technologies et la précision opérationnelle – des domaines qui m’ont toujours passionné», a d’ailleurs confié le général Justel, dans un entretien accordé à Haguenau Terre de réussites, en décembre dernier.

Chef de détachement ISTAR [Intelligence, Surveillance, Target Acquisition & Reconnaissance] en Afghanistan, l’officier a une histoire particulière avec le 54e Régiment de Transmissions de Haguenau puisqu’il en a été le chef de corps en 2011 et 2013, après avoir été le chef du bureau opérations instruction de cette unité de l’armée de Terre spécialisée dans la guerre électronique de théâtre.

À l’issue de son temps de commandement, il rejoint l’État-major des armées [EMA] puis la Direction des ressources humaines de l’armée de Terre [DRHAT] en tant que chef du bureau pilotage et synthèse.

Auditeur de la 67e session du Centre des hautes études militaires [CHEM] et de la 70e session de l’Institut des hautes études de la défense nationale [IHEDN], il est affecté à l’état-major de l’armée de Terre [EMAT], au sein duquel il a d’abord été chargé de l’innovation avant d’être nommé adjoint du sous-chef opérations aéroterrestres et promu général de brigade. Alors qu’il était inspecteur de l’armée de Terre, il devient le premier transmetteur à occuper le poste de major général de l’armée de Terre [soit le numéro deux du général Schill, ndlr] en août 2025.

Pour rappel, créée en 1992 et désormais forte de plus de 2 100 agents militaires et civils, la Direction du renseignement militaire [DRM] est notamment chargée de fournir les informations nécessaires à la planification et à la conduite des opérations tant au niveau stratégique et que tactique. Pour cela, elle collecte et exploite les signaux électromagnétiques, l’imagerie spatiale et aérienne, le renseignement d’origine humaine, le cyberespace et les données obtenues par ses partenaires français et étrangers.

En novembre 2025, le général de Montgros avait expliqué que les missions de la DRM pouvaient se résumer en trois points : déchiffrer le chaos du monde, préparer la décision de l’autorité politique et préparer l’action militaire. «Le renseignement vise avant tout à réduire l’incertitude dans un monde de dissimulation», avait-il souligné.

opex360.com

Pourquoi la Suède crée-t-elle sa nouvelle agence de renseignement extérieur ?

 

Dans un article publié le 26 juillet, le magazine The Economist décrivait l'UND, calquée sur le MI6britannique , comme une idée originale de l'ancien Premier ministre Carl Bildt.

Selon ce politicien chevronné, l'appareil de renseignement militaire actuel du pays n'est pas capable d'analyser les dirigeants russes.

En 2022, la Suède avait affirmé que la Russie n'enverrait pas de troupes en Ukraine et souhaite désormais s'assurer qu'elle « ne répète jamais cette erreur honteuse », indique le magazine.

Selon Bildt, bien que le système de renseignement « soit très performant pour suivre l'évolution de la situation militaire sur le terrain », il « n'est pas performant pour appréhender la situation politique en Russie et son évolution ».

L'UND opérera en parallèle avec le Service de renseignement et de sécurité militaire (MUST) et reprendra certaines de ses responsabilités, notamment la supervision des opérations secrètes impliquant des espions à l'étranger.

Cette réforme intervient après l'adhésion de la Suède à l'OTAN en 2024, mettant fin à près de deux siècles de non-alignement militaire.

Bildt, qui a été ministre des Affaires étrangères de 2006 à 2014, a joué un rôle de premier plan dans la promotion d'une intégration plus poussée de l'Ukraine avec l'UE et a co-initié l'initiative du Partenariat oriental du bloc avec la Pologne en 2009.

À l'automne 2013, des manifestations Euromaïdan de grande ampleur ont éclaté à Kyiv après que le gouvernement ukrainien a reporté la signature d'un accord de libre-échange avec l'UE, invoquant la crainte que cela ne nuise aux relations économiques avec la Russie.

Des semaines de troubles et d'affrontements avec la police ont abouti à un coup d'État soutenu par l'Occident qui a renversé le président démocratiquement élu Viktor Ianoukovitch en Ukraine en février 2014.

La Crimée, région majoritairement russophone, a rejeté le coup d'État et a voté pour faire sécession de l'Ukraine et rejoindre la Russie en 2014.

Les régions du Donbass de Donetsk et de Lougansk ont ​​déclaré leur indépendance dans les mois qui ont suivi.

Le président russe Vladimir Poutine a décrit à plusieurs reprises le coup d'État de 2014 comme le point de départ du conflit actuel.

Il a fait valoir que la Russie était contrainte de protéger la population du Donbass après que l'Ukraine n'ait pas respecté les accords de Minsk de 2014-2015 et ait mis en œuvre des politiques linguistiques et culturelles discriminatoires visant les russophones.

Selon RT

giaoducthoidai.vn

dimanche 26 juillet 2026

États-Unis–Arabie saoudite : un accord nucléaire sous conditions

 

Les États-Unis et l’Arabie saoudite ont officiellement signé mercredi un accord de coopération nucléaire civile qualifié d’historique par les deux parties. Alors que plusieurs médias américains avaient évoqué la possibilité, à terme, d’un enrichissement d’uranium sur le sol saoudien, Donald Trump a assuré, jeudi, que l’accord exclurait tout enrichissement de matières nucléaires et serait exclusivement destiné à des usages civils.

Un accord scellé après des années de tractations

Les discussions remontent au premier mandat de Donald Trump et se sont poursuivies sous l’administration Biden. À l’époque, le projet était indissociable d’une normalisation des relations entre Riyad et Israël, rappelle l’Atlantic Council. 

Le retour de Trump a changé la donne: un accord préliminaire a été signé dès avril 2025, puis une déclaration conjointe a été faite en novembre lors de la visite à Washington du prince héritier Mohammed ben Salmane. Un épisode de tension est survenu en mai, quand Riyad a refusé d’ouvrir son espace aérien à une opération américaine liée au détroit d’Ormuz, rapporte le New York Times. C’est dans le contexte de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran que l’accord final a été signé le 22 juillet par le secrétaire à l’Énergie Chris Wright et le prince Abdulaziz ben Salmane, selon le WSJ.

Ce que prévoit l’accord

Il s’agit d’un accord dit «123», du nom de la disposition de la loi américaine sur l’énergie atomique encadrant le transfert de technologies nucléaires civiles. Selon le Wall Street Journal, le texte aurait une durée de trente ans. Contrairement aux informations initialement rapportées par le quotidien, Donald Trump a affirmé que l’accord exclurait tout enrichissement de matières nucléaires et ne concernerait que des activités civiles.

Le réacteur central du partenariat est l’AP1000 de Westinghouse, un modèle d’environ 1.100 mégawatts capable, selon le WSJ, d’alimenter une ville de taille moyenne ou un grand centre de données dédié à l’intelligence artificielle. Le New York Times révèle par ailleurs deux lettres annexes tenues secrètes, dont le contenu reste inconnu.

Non-prolifération et intérêts stratégiques américains

Contrairement aux informations initialement publiées par le WSJ, Donald Trump affirme que l’Arabie saoudite devra renoncer à tout enrichissement dans le cadre de l’accord. Le président américain n’a toutefois pas précisé si Riyad serait également tenu d’adhérer au protocole additionnel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’un des principaux instruments de vérification renforcée du programme nucléaire d’un État.

Au-delà de ces garanties de non-prolifération, l’accord répond également à des intérêts économiques et stratégiques américains. Il devrait rapporter plusieurs milliards de dollars à l’industrie nucléaire américaine, en premier lieu à Westinghouse, selon le New York Times, tout en écartant la Russie et la Chine du marché saoudien. L’Atlantic Council y voit une victoire pour le régime de non-prolifération porté par Washington. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait assuré que les États-Unis ne concluraient «aucun accord menant à un risque de prolifération».

La normalisation avec Israël érigée en condition

Alors que les informations initiales faisaient état d’un découplage entre la coopération nucléaire et la normalisation saoudo-israélienne, Donald Trump a affirmé que l’approbation de l’accord serait conditionnée à l’adhésion de l’Arabie saoudite aux accords d’Abraham. Cette exigence rétablit donc un lien direct entre le dossier nucléaire et la normalisation avec Israël.

Cette déclaration modifie également la lecture israélienne du texte. L’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS) avait décrit comme particulièrement problématique un accord accordant des capacités nucléaires supplémentaires à Riyad sans avancée diplomatique avec Israël. Les conditions annoncées par Trump absence d’enrichissement et adhésion aux accords d’Abraham répondent en partie à ces préoccupations, sous réserve de leur inscription effective dans l’accord.

Une opposition au Congrès

Plusieurs élus démocrates s’opposent au texte. Brad Sherman dénonce une contradiction entre guerre contre la prolifération iranienne et une éventuelle facilitation de la prolifération saoudienne, Ed Markey redoute une région rendue moins sûre et Chris Murphy craint que l’accord ne décourage l’Iran de limiter son propre programme, selon le Guardian. Un blocage nécessiterait toutefois une majorité des deux tiers au Congrès, un seuil difficile à atteindre.

Le contenu des deux lettres annexes reste inconnu, tout comme les modalités précises de vérification et le calendrier d’une éventuelle adhésion saoudienne aux accords d’Abraham. La publication du texte intégral permettra de déterminer si les garanties annoncées par Trump figurent juridiquement dans l’accord ou relèvent encore d’engagements politiques.

Mario Chartouni

icibeyrouth.com

vendredi 24 juillet 2026

De l’ombre au champ de bataille : le cyber dans la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis

 

Dans un article publié quelques mois après les débuts de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, Alexis Rapin formulait des hypothèses pour expliquer l’apparent décalage entre les attentes relatives à la cyberguerre et ses effets dans le conflit armé. Intervenant dans un débat en cours, il insistait sur trois possibilités expliquant son impact somme toute limité : l’invisibilité de la conflictualité numérique, l’impotence des moyens cyber et l’immaturité des organisations militaires et de renseignement dans leur emploi en temps de guerre. Quatre ans plus tard, la recrudescence des opérations militaires de haute intensité et l’augmentation relative des conflits armés interétatiques permettent d’affiner et d’élargir le regard.

Les récentes opérations menées pour enlever le président Maduro au Venezuela et les hostilités déclenchées par les États-Unis et Israël contre l’Iran confirment d’autres observations et suggèrent de potentielles évolutions. En dépit d’une impotence relative, les cyberopérations sont de plus en plus visibles – voire assumées et revendiquées dans le contexte de la guerre ouverte – et s’inscrivent dans des écosystèmes à la maturité croissante. Pour évaluer correctement leur impact dans ce conflit, il convient d’abord de distinguer deux catégories d’actions bien distinctes : d’un côté, celles que conduisent les organisations militaires – le Cyber Command américain et ses homologues israéliens – en amont des opérations cinétiques ; de l’autre, celles déclenchées une fois les hostilités ouvertes et pleinement assumées.

Dans la première catégorie, les exemples récents révèlent une réelle efficacité. Lors des opérations visant à neutraliser Nicolas Maduro au Venezuela, un black-out a frappé Caracas autour de sa résidence, s’accompagnant de perturbations des systèmes de contrôle aérien et de défense aérienne de la capitale. Contre l’Iran, des opérations d’un raffinement notable ont été documentées : piratage des circuits de caméras de surveillance à Téhéran, compromission des téléphones utilisés dans l’entourage immédiat du leadership du régime lors de la frappe qui a conduit à l’élimination du Guide suprême, ou encore diffusion de messages subversifs via BadeSaba, une application de calendrier religieux très répandue en Iran. Ces effets ciblés n’ont pu être obtenus que grâce à une pénétration patiente des systèmes visés, entreprise longtemps avant le déclenchement des frappes.

À l’opposé, les opérations conduites par les acteurs pro – iraniens relèvent d’une tout autre logique et produisent des effets de nature profondément différente. Le groupe Handala a ainsi orchestré le piratage et la destruction par wiper des données du fabricant américain de matériel médical Stryker, tandis que des campagnes d’espionnage et d’intrusion ciblaient diverses entreprises aux États-Unis et en Israël. Ces actions produisent des effets certes importants pour leurs victimes immédiates, mais d’une portée stratégique limitée : elles tiennent davantage du « bruit cyber » (démonstration de force, harcèlement, sollicitation des défenses adverses pour détourner des ressources attentionnelles et matérielles) que d’une contribution directe aux opérations militaires. L’écart est ainsi net entre les effets décisifs obtenus par une préparation méthodique du terrain numérique et ces coups d’éclat symboliques. Il faut par ailleurs noter l’imbrication croissante des cyberopérations avec les actions dans le spectre électromagnétique (brouillage et spoofing GPS) et leur intégration avec les opérations informationnelles. Cette convergence, qui brouille les frontières entre des champs longtemps tenus séparés dans les doctrines militaires, est l’un des traits les plus structurants de la conflictualité numérique contemporaine.

La deuxième dimension notable de ce conflit tient à la visibilité croissante du cyber dans les hostilités. Le champ de bataille numérique s’étend désormais bien au-delà des seuls systèmes d’information pour inclure l’ensemble des infrastructures numériques et tout ce qui en dépend, des systèmes industriels aux réseaux de télécommunications civils en passant par les services critiques. Conformément à ce qui avait déjà été observé lors de la longue confrontation entre l’Iran et Israël depuis 2020, puis depuis le 7 octobre 2023, les cyberopérations occupent une place de plus en plus importante en arrière – plan des hostilités, formant une véritable couche permanente de conflictualité diffuse.

Outre les vols et divulgations de données désormais quasi systématiques, on observe une multiplication des attaques par déni de service distribuées et des campagnes de défacement et, surtout, une recherche d’accès de plus en plus intensive et étendue à des systèmes qui ne seront pas nécessairement exploités immédiatement. Plusieurs facteurs conjugués rendent cette activité de fond de plus en plus visible aux yeux des observateurs et des défenseurs : les progrès dans la détection des intrusions, désormais beaucoup plus rapide et automatisée ; la publication régulière de rapports techniques et commerciaux par l’industrie de la cybersécurité et de Threat Intelligence ; enfin, le recours croissant à des outils permettant le passage à l’échelle (botnets, proxys) qui démultiplient la surface d’impact et rendent les opérations plus difficiles à attribuer, mais aussi plus difficiles à dissimuler. Si cette activité de fond est moins spectaculaire que les grandes opérations offensives, elle touche une large fraction de la société civile dans les pays belligérants comme ailleurs dans le monde, ainsi qu’en témoignent des intrusions iraniennes documentées en Pologne, sans lien direct apparent avec le théâtre d’opérations principal.

La véritable nouveauté de ce conflit réside toutefois dans la revendication publique du rôle des cyberopérations par les États-Unis au plus haut niveau de leur hiérarchie militaire, incarnée notamment par les déclarations du chef d’état – major des armées, le général Dan Caine. Cette visibilité désormais assumée appelle plusieurs lectures simultanées : signalement de capacités à l’adresse des adversaires comme des alliés, rhétorique soulignant un passage délibéré à l’offensive dans le cyberespace, intégration dans un discours martial propre à la nouvelle direction du département de la Défense et à sa promotion revendiquée de la « létalité ». Quelle qu’en soit l’explication exacte, car ces lectures ne sont nullement mutuellement exclusives, cette normalisation de la revendication cyber marque une rupture significative avec la discrétion relative observée traditionnellement dans ce domaine, pour des raisons à la fois opérationnelles et diplomatiques.

La troisième dimension – sans doute la plus structurante pour comprendre l’évolution à long terme de la conflictualité numérique – est celle de la maturation des acteurs et des écosystèmes qu’ils constituent autour de leurs capacités cyber. Ils ont appris, au fil des cycles de confrontation accumulés depuis plusieurs années, à intégrer les cyberopérations dans leurs répertoires d’action tant offensifs que défensifs, de façon de plus en plus cohérente et coordonnée avec les autres instruments.

Du côté iranien, on observe le déploiement d’un écosystème d’intermédiaires plus ou moins étroitement affiliés aux Gardiens de la révolution ou au ministère du Renseignement. Les intrusions hacktivistes (Handala, CyberAveng3rs) combinent renseignement et destruction de données par wipers, illustrant une gamme d’effets allant de l’espionnage patient à la désorganisation visible. Le cyber constitue ici l’un des outils de harcèlement et d’usure dont bénéficie le régime dans sa guerre de longue durée contre Israël et les États-Unis. Si ses effets restent pour l’heure circonscrits, ils pourraient progressivement s’amplifier à mesure que le conflit s’inscrit dans la durée et que les opérateurs accumulent expérience et accès.

Le régime a par ailleurs perfectionné sa capacité à couper Internet sur son propre territoire, en quelques heures à peine alors qu’il lui avait fallu près de 48 heures lors des émeutes de novembre 2019, renforçant ainsi le contrôle social et la protection contre les actions adverses, au prix d’un ralentissement temporaire de ses propres opérations offensives dans le cyberespace. L’utilisation croissante de moyens de contournement comme Starlink et leur intégration progressive dans les modes opératoires iraniens pourraient constituer un développement important, démontrant la résilience et la capacité d’adaptation des infrastructures numériques offensives et défensives du régime. Cette résilience reste toutefois sérieusement contrainte en temps de guerre par les frappes de décapitation israéliennes et américaines visant précisément à paralyser le commandement et le contrôle iraniens à leur source.

Du côté des États-Unis et d’Israël, on observe le déploiement de capacités intégrées sur un continuum cohérent entre opérations cinétiques et cyber-opérations. Dans le cadre des opérations militaires initiales, ces dernières ont été plus employées pour préparer et façonner le champ de bataille que pour appuyer directement les frappes : en amont plus que simultanément. Cela démontre l’intérêt stratégique de penser le cyber non seulement à grande échelle, mais aussi très en amont et dans la durée, en accédant à un grand nombre de systèmes qui peuvent ne présenter qu’un faible intérêt apparent à l’instant de la pénétration, mais s’avérer des vecteurs d’effets substantiels le moment venu.

Ce conflit confirme ainsi plusieurs grandes tendances de la conflictualité contemporaine. Il valide l’intégration profonde du cyber dans le répertoire militaire et stratégique et sa combinaison dans un continuum englobant le spectre électromagnétique et les opérations informationnelles. Il révèle enfin des choix organisationnels variés selon les acteurs, du recours à des intermédiaires à l’intégration directe dans les structures de commandement régulières, mais tous orientés vers la constitution d’écosystèmes capables d’agir de façon durable et résiliente à mesure que le conflit s’étend, s’intensifie et dure.

Stéphane Taillat

areion24.news

Washington propose de frapper les djihadistes au Mali

 

Le Washington Post a révélé mercredi que l’administration Trump envisageait d’intervenir militairement au Mali contre les djihadistes affiliés à Al-Qaïda de Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), citant des hauts responsables. Cela fait plusieurs mois que les États-Unis proposent leur appui militaire aux autorités maliennes, mais, jusqu’ici, Bamako n’a pas donné suite, divergeant notamment sur les cibles des frappes proposées.

Selon le Washington Post, l’administration serait divisée sur cette idée, défendue par Sebastian Gorka, le directeur principal pour la lutte antiterroriste au Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche.

Les raisons réelles… et cachées

Plusieurs raisons expliquent la proposition américaine. La première est sans doute de damer le pion à la Russie, qui peine à faire reculer les combattants du JNIM sur le terrain, malgré une intensité inédite des affrontements et des frappes de drones quotidiennes. Washington a beau jeu d’imputer à la Russie la responsabilité de la détérioration notable de la situation de sécurité au Sahel, où le nombre d’attaques djihadistes a atteint un niveau jamais vu. Elle omet, ce faisant, que la France avant la Russie n’avait pas davantage endigué la progression des groupes armés, dans un espace très vaste, désertique et compliqué à contrôler. Elle omet aussi de dire que sa propre base de drones d’Agadez, dans le nord du Niger, n’a été d’aucune utilité dans cette guerre, avant que les autorités issues du coup d’État de 2023 n’exigent son démantèlement.

Une raison plus dissimulée est la volonté de reprendre pied au Sahel central pour pouvoir y déployer à nouveau les activités de surveillance et de renseignement qui étaient menées au Niger, vers d’autres pays que ceux en proie à la guerre contre les djihadistes, notamment l’Algérie. Washington n’évoque pas directement ce sujet sauf derrière le prétexte de rechercher et libérer Kevin Rideout, un pilote et missionnaire civil américain employé par l’ONG humanitaire SIM International, enlevé dans la nuit du 21 au 22 octobre 2025 à Niamey. L’administration américaine a d’ailleurs tenté d’abord de convaincre Niamey de la laisser reprendre des vols de surveillance mais les Nigériens n’ont pas accédé à ce désir, se méfiant des desseins cachés américains.

Kevin Rideout a vraisemblablement été enlevé par l’État islamique au Sahel, et non par le JNIM, ce qui fragilise l’argumentaire évoqué par le Washington Post. Les deux organisations sont rivales et continuent d’ailleurs de s’affronter militairement, comme ces derniers jours à Gossi, au Mali. À moins que Washington n’appâte le Mali avec la perspective de frappes contre le JNIM pour pouvoir se livrer à des activités de renseignement contre l’EIS. Rappelons qu’au Nigeria voisin, c’est bien l’État islamique et ses filiales locales (ISWAP et Lakurawa) qui ont fait l’objet de frappes américaines en décembre dernier, officiellement pour mettre un terme à la persécution par ces groupes des chrétiens nigérians. La guerre contre le terrorisme reste un mantra très souvent invoqué par les États-Unis pour déployer leur force hors de tout cadre légal.

Trou noir du renseignement

Dans un article publié jeudi, le Timbuktu Institute commente le virage depuis Obama-Biden « pourvoyeur[s] d’aide humanitaire et encore de promotion de valeurs démocratiques », jusqu’à l’actuelle présidence de Trump : « une Amérique, actrice diplomatique plus transactionnelle, poussée par des influences intérieures inédites, et qui négocierait, désormais, directement, avec les parties prenantes sahéliennes qu’elle semblait snober il y a encore deux ans.« 

Le Timbuktu Institute rappelle la fermeture de la base de drones d’Agadez en 2024 et celle, brutale, début 2025, des programmes humanitaires et de développement de l’USAID, grand levier du soft power américain, qui ont « précipité, de facto, une situation de vide que la Russie a comblée sans attendre, à travers le groupe Wagner rebaptisé Africa Corps, désormais présent au Mali, au Burkina Faso, au Niger. » Et de citer le contenu d’une audition sénatoriale du général Dagvin Anderson, chef d’AFRICOM, qui a qualifié le Sahel, du fait de la réduction de la posture régionale de son commandement, de « trou noir du renseignement ».

Or, depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, on observe non plus la mise en œuvre d’une politique cohérente mais plutôt la convergence de lobbys séparés : chrétiens, militaires, financiers, miniers, pétroliers. Dans ce cadre, l’offre américaine au Mali pourrait s’inscrire, écrit le Timbukta Institute, dans la logique d’un « troc pragmatique » consistant à « échanger du renseignement antiterroriste contre un accès aux minerais stratégiques de la région. »

Briser l’isolement des Sahéliens

Mais au-delà de tous ces aspects, la traduction politique la plus décisive de la nouvelle position américaine pourrait être la volonté d’entraîner un mouvement de soutien, de la part des partenaires régionaux et des alliés de l’OTAN, aux pays membres de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso) dans leur guerre contre les deux grandes franchises djihadistes. Cette volonté pourrait se heurter frontalement à la France, qui a entraîné l’Europe dans une posture de défiance, voire de franche hostilité, à l’égard des trois gouvernements militaires de la région. Parallèlement – et, ce n’est pas le moindre des paradoxes de la situation très compliquée de la région – Moscou essaye aussi d’entraîner une dynamique internationale avec l’Algérie et l’Union africaine.

« Fenêtre étroite mais réelle » ouverte par la compétition globale, fragilité d’un « partenariat construit sur la méfiance accumulée depuis les sanctions post-coups », besoins de résultats concrets : l’équation n’est pas simple pour Bamako et ses voisines, échaudées par les agendas souterrains hostiles de ces dernières années.

Nathalie Prevost

mondafrique.com

Cocaïne au sommet de l'Etat français, le tabou se fissure

 

La DZ (code ISO de l'Algérie) Mafia n'est qu'une partie de l'histoire. L'omniprésence de ce cartel de la drogue en France, à nouveau prouvée par l'évacuation d'un maire par les forces de police cette semaine, attise depuis des années la même question: qui sont les consommateurs? 

Qui est responsable de la montée en puissance de ce gang, ou du gang Yoda, qui était autrefois son rival pour le contrôle de Marseille, considérée comme la base arrière des narcos français? Et si, au sommet de l'Etat, la détermination à décapiter les réseaux de trafiquants n'était pas aussi forte que les politiciens l'affirment dans leurs déclarations, à chaque nouvelle arrestation ou procès?

Ce pan secret de l'explosion du trafic de drogue en France avait commencé à se dévoiler avec l'inculpation de plusieurs parlementaires mis en examen pour consommation ou utilisation de stupéfiants. Un ex-sénateur a été jugé en janvier 2026 pour avoir tenté de violer une collègue députée après lui avoir fait ingurgiter de la drogue. 

Un député a été interpellé en flagrant délit dans le métro parisien alors qu'il achetait de la 3-MMC, une drogue de synthèse souvent associée à la cocaïne. La maire d'une ville moyenne de l'Yonne, dont les frères étaient impliqués dans le trafic de stupéfiants, a été arrêtée en avril 2024 pour avoir «planqué» 70 kilos de cannabis à son domicile.

Secrets d'Etat

Or voilà qu'un ancien conseiller ministériel, un homme ayant eu accès aux secrets de l'Etat, vient de relancer la machine à rumeurs sur l'étendue de la consommation de drogue au sommet du pouvoir politique en France. Louis Jublin a conseillé l'ancien Premier ministre Gabriel Attal, aujourd'hui candidat à l'élection présidentielle de 2027. 

Il vient de faire son «coming out» dans le magazine Vanity Fair avant la diffusion d'une vidéo qui l'incrimine. Une phrase résume tout: «Je me dézinguais à m'en faire péter la couscoussière», vient-il d'avouer, dans un autre entretien accordé au quotidien régional «Ouest-France».

La cocaïne, les parties fines sous chemsex, le recours massif aux substances illicites dans les cabinets ministériels: ces accusations, souvent relayées par la sphère complotiste, se sont multipliées ces dernières années sous la présidence d'Emmanuel Macron. 

Le président français lui-même a souvent été la cible de telles rumeurs, en particulier lors de l'affaire Benalla, du nom de son ancien garde du corps, limogé en 2018 après les révélations du «Monde» sur sa participation aux violences commises lors de la manifestation du 1er mai 2018. Tapez dans n'importe quel moteur de recherche les mots «cocaïne» et «coffre-fort» et vous verrez resurgir les accusations, jamais vérifiées, sur la présence de drogue dans un coffre-fort évacué de son domicile d'Issy-les-Moulineaux, près de Paris. Des accusations qui, en France, ne sont pas nouvelles.

Une fichue vidéo

L'entretien choc accordé à Vanity Fair par Louis Jublin renforce ces théories. Il faut lire les premières lignes de l'article du magazine: «Il a conseillé Gabriel Attal dans son ascension jusqu'à Matignon, avant de travailler brièvement pour Hélène Arnault (NDLR: l'épouse du milliardaire Bernard Arnault) (...) Voilà près de dix ans que ce spécialiste de la communication gravite dans l'ombre du pouvoir politique et économique. Louis Jublin a créé sa propre agence de conseil, dans le but de travailler avec des dirigeants de premier plan. A 40 ans, il est réputé brillant, séducteur, imprévisible, florentin aussi. Les anecdotes les plus fantasques circulent à son sujet. Un jour, on l'aurait aperçu à bord d'un TGV en costume à fines rayures mais chaussé d'escarpins. (...) S'il décide de s'exposer aujourd'hui, c'est bien à cause de cette fichue vidéo où on le voit sniffer de la poudre blanche. A l'écouter, elle circule depuis des mois dans diverses rédactions. Bientôt, elle sortira...»

La suite: «C'est bon, explique-t-il à Vanity Fair, j'en ai ras-le-bol que l'on me fasse passer pour un homosexuel cocaïnomane et fou. Ça fait des années que je n'ai pas touché un rail.» Son idée: raconter son histoire avant que les autres ne le fassent à sa place, afin d'en préserver la complexité. Avec cette phrase choc reprise par Ouest-France: «Je me dézinguais à m'en faire péter la couscoussière»

Un activiste a fait de ces accusations l'une de ses spécialités. Sur les réseaux sociaux, l'avocat controversé Juan Branco, ancien condisciple de Gabriel Attal au lycée à Paris, a toujours pilonné le personnel politique gravitant autour d'Emmanuel Macron, l'accusant de multiples déviances. Sa crédibilité étant questionnée, ses attaques au vitriol ont la plupart du temps été écartées. Sauf que le récit de Louis Jublin les accrédite. Et que des faits troublants montrent l'étendue potentielle du problème.

Tests pour les ministres

Le 16 juin, le Premier ministre Sébastien Lecornu a ainsi ordonné aux ministres de son gouvernement d'organiser des «dépistages inopinés et obligatoires» pour détecter une éventuelle consommation de stupéfiants au sein de l'Etat. Les ministres ont également été priés d'établir «la liste des catégories d'emplois susceptibles d'être soumises à un dépistage régulier» dans le cadre de leurs responsabilités ministérielles, avec obligation de présenter un plan d'action au chef du gouvernement «avant le 26 juin». 

Une demande sur laquelle le chef du gouvernement n'a, depuis lors, pas communiqué. Plus récemment encore, une journaliste connue de la télévision publique française a été interpellée pour achat de cocaïne par un policier en civil, ce qui a entraîné son départ des plateaux.

La cocaïne: voici l'ennemie. L'explosion du trafic de cette drogue en France est en effet exponentielle. Celle-ci a détrôné en 2025 le cannabis sur le marché des stupéfiants pour la première fois, avec un marché estimé à 3,1 milliards d'euros contre 2,7 milliards pour le cannabis, selon l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives. 

Un séisme de la poudre blanche qui relance aussi des accusations antérieures, comme celles de l'ancien «dealer» Gérard Fauré. Dans un livre publié en 2018, celui-ci affirmait, noir sur blanc, avoir fourni de la cocaïne à l'ancien président Jacques Chirac. Aucune preuve judiciaire, ni aucune enquête policière, n'est venue corroborer ses dires.

Richard Werly

blick.ch

jeudi 23 juillet 2026

La Caraïbe à l’épreuve de Trump 2.0 : recompositions géopolitiques d’un bassin stratégique

 

Souvent cantonnée à des images tropicales de carte postale, longtemps oubliée des grands enjeux géopolitiques, disparue des écrans radar de l’actualité internationale depuis la guerre froide, dont la crise de Cuba, en 1962, a constitué le paroxysme, la Caraïbe a brusquement fait son retour sur le devant de la scène internationale. 

Le 3 janvier 2026, la Caraïbe, à l’instar du reste de la planète, s’est réveillée sidérée à l’annonce du déclenchement de l’opération « Absolute Resolve », qui a abouti à l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, qui était au pouvoir depuis 2013. Les images de Caracas bombardée et les photos du chef d’État menotté ont fait basculer l’ensemble de la sous-région dans une séquence géopolitique inédite, dont on peut légitimement se demander dans quelle mesure elle inaugure une nouvelle ère. De fait, cet événement semble marquer moins un épisode isolé qu’un basculement stratégique durable pour cet ensemble géographique encore largement méconnu.

Au croisement des Amériques du Nord et du Sud, cet espace regroupe les territoires continentaux et insulaires bordant la mer des Caraïbes : ce vaste « lac intérieur » de plus de 2,5 millions de kilomètres carrés en constitue le cœur et façonne son unité. S’y concentrent 180 millions d’habitants, répartis entre 39 entités politiques présentant une grande hétérogénéité statutaire : 22 États souverains (1) y côtoient 17 microterritoires insulaires non indépendants.

L’influence états-unienne dans la Caraïbe au XXe siècle

Véritable « Méditerranée américaine », la Caraïbe a longtemps été considérée comme l’arrière-cour des États-Unis. Depuis la proclamation de la doctrine Monroe, en 1823, et son corollaire, la doctrine Roosevelt, en 1904, le grand voisin n’a eu de cesse de modeler un espace politique favorable à ses intérêts stratégiques et commerciaux. De sa participation militaire à l’indépendance de Cuba, en 1898, à l’inauguration du canal de Panama, en 1914, et au coup d’État au Guatémala, en 1954, ainsi qu’en République dominicaine, en 1963, jusqu’à ses invasions de Grenade, en 1983, et du Panama, en 1989, Washington a longtemps été le principal acteur géopolitique régional. L’omniprésence états-unienne a pourtant connu une moindre intensité depuis le début des années 1990, avec la fin de la guerre froide, puis un net désinvestissement au tournant des années 2000, le regard de la Maison-Blanche se tournant alors davantage vers le Proche et le Moyen-Orient dans le cadre de sa lutte antiterroriste. Ce relatif retrait diplomatique a favorisé l’émergence de nouveaux acteurs régionaux, au premier rang desquels la République populaire de Chine (RPC), devenue depuis lors le premier partenaire économique de nombreux États caribéens.

Cette dynamique de recul de l’influence états-unienne dans la Caraïbe a pris fin avec le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump, en janvier 2025. Celui-ci a engagé un processus de recentrage diplomatique qui fait de l’Amérique latine en général, et de la Caraïbe en particulier, la nouvelle priorité sécuritaire de Washington. Deux textes directeurs, la Stratégie de sécurité nationale, publiée en décembre 2025, et la Stratégie de défense nationale, parue en janvier 2026, ont clairement exprimé cette réorientation. On peut lire dans cette dernière : « After years of neglect, the Department of War will restore American military dominance in the Western Hemisphere » (2). Ainsi, le continent américain est au cœur de cette nouvelle doctrine géopolitique, et la Caraïbe y est perçue comme un espace de vulnérabilités stratégiques. Ce nouvel arc de crises, mêlant instabilités politiques, menaces internes et rivalités extérieures, s’exprime à travers quatre grands « fronts » géopolitiques : le narcotrafic, les flux migratoires, la question énergétique et la concurrence d’acteurs extrarégionaux structurent désormais prioritairement l’agenda régional du président américain.

La guerre contre la drogue

Présentée comme le principal motif du déploiement du groupe aéronaval américain dans la mer des Caraïbes dès l’été 2025, la guerre contre la drogue constitue le énième avatar du mot d’ordre lancé par le président Richard Nixon (1969-1974) au début des années 1970. Elle s’est traduite par le bombardement, en dehors de tout cadre légal, de plusieurs dizaines de go fast soupçonnés de transporter de la cocaïne depuis le Vénézuéla. C’est également ce prétexte qui a été utilisé pour accuser Maduro d’être un narcotrafiquant et justifier l’opération coup de poing lancée contre Caracas en ce début d’année 2026. Force est de constater que ce narratif, ressassé à l’envi, se heurte à plusieurs limites.

D’une part, les deux tiers des 3 700 tonnes de cocaïne produites chaque année au sein du triangle andin (3) circulent non par la mer des Caraïbes, mais par l’océan Pacifique. D’autre part, le Vénézuéla n’est pas un pays producteur, mais de transit : seule une proportion de 10 % à 12 % de la cocaïne à destination des marchés américain et européen part des côtes vénézuéliennes. Enfin, le discours guerrier de Washington n’a que très peu soulevé la question du fentanyl, drogue provenant essentiellement du Mexique, qui est pourtant à l’origine de la majorité des morts par overdose sur le sol des États-Unis. La cohérence stratégique de la lutte contre le trafic de drogue doit également être rapprochée de la volonté de juguler les flux migratoires. Aux yeux de l’administration Trump, ces deux dimensions sont intimement liées.

La cible de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement)

Si cette problématique était déjà présente lors du premier mandat de Trump (2017-2021), elle a pris une tournure particulièrement radicale depuis le début du second. Déjà visées lors de la campagne présidentielle (4), les populations originaires de la Caraïbe sont devenues la cible de la tristement célèbre ICE, la police fédérale de l’immigration. D’après un rapport de la Brookings Institution (5), l’un des plus anciens think tanks américains spécialisés dans les sciences sociales, le solde migratoire net des États-Unis a été négatif en 2025, une première depuis un demi-siècle (6).

La volonté de lutter contre ces flux illégaux se manifeste selon deux dynamiques géopolitiques régionales. La première tient à une déstabilisation accrue de certains pays en crise : c’est le cas du demi-million d’Haïtiens et des 350 000 ressortissants vénézuéliens qui ont fui leur pays d’origine. Ils sont aujourd’hui menacés de devoir y retourner du fait de la révocation par le gouvernement américain, en juin 2025, du « statut de protection temporaire » (TPS) dont ils bénéficiaient. Si, pour le moment, cette mesure a été suspendue par la justice fédérale américaine, son application se traduirait par un retour forcé de ces populations dans des États affaiblis, incapables de gérer un afflux d’une telle ampleur. Une seconde dynamique concerne l’externalisation du contrôle migratoire : alors que la grande majorité des migrants expulsés sont renvoyés dans leurs pays d’origine, ils sont de plus en plus nombreux à être déplacés vers des pays tiers pour y être emprisonnés. À cet égard, le cas le plus emblématique est le transfert, au Salvador, de plusieurs centaines de Vénézuéliens accusés d’appartenir au gang Tren de Aragua : ils ont été enfermés dans le Centre de confinement du terrorisme (CECOT), une prison de haute sécurité construite au Salvador par le président Nayib Bukele (depuis 2019) dans le cadre de sa « guerre contre les gangs ». La conjonction de ces deux phénomènes participe d’un paradoxe, puisqu’ils fragilisent les équilibres caribéens alors même que le discours de Washington insiste sur la nécessité de sécuriser la région.

La Caraïbe dans la rivalité sino-américaine

Par-delà ces motivations renvoyant aux aspirations de la base électorale MAGA (Make America Great Again, « Rendre sa grandeur à l’Amérique »), un dernier axe est promu par la diplomatie Trump 2.0 : déloger les compétiteurs stratégiques de Washington de sa sphère d’influence traditionnelle. La Chine de Xi Jinping (depuis 2013) est la première visée : ses échanges commerciaux avec les pays latino-américains ont été multipliés par plus de cinquante depuis le début du XXIe siècle (7), et la RPC est désormais le premier ou le deuxième partenaire commercial de la plupart des États caribéens. Nombre d’entre eux, à l’image d’Antigua-et-Barbuda, de la Jamaïque, du Nicaragua ou de Trinité-et-Tobago, ont adhéré au projet des nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative — BRI) et ont reçu des investissements massifs de Pékin pour développer leurs infrastructures de transport. En parallèle, Taïwan, obsession politique chinoise reconnue aujourd’hui par seulement une douzaine d’États dans le monde, a perdu, en l’espace d’une décennie, trois alliés caribéens : le Panama, en 2017, la République dominicaine, en 2018, et le Honduras, en 2023, se sont tournés vers Pékin. Ainsi, la Caraïbe est progressivement devenue une ligne de front de la rivalité systémique sino-américaine, expliquant la volonté trumpienne de réaffirmer son contrôle sur cet espace.

Dans ce contexte, le Panama fait office de cas d’école. Dès son discours d’investiture, Trump a dénoncé la présence chinoise autour de ce qu’il considère comme « son » canal de Panama : « La Chine exploite le canal de Panama, et nous ne l’avons pas donné à la Chine, nous l’avons donné au Panama. Et nous allons le reprendre. (8) » Les pressions diplomatiques ont été telles que le gouvernement panaméen n’a eu d’autre choix que de céder aux exigences de Washington : l’armée américaine stationne de nouveau sur le sol panaméen, et les navires de l’US Navy peuvent désormais traverser gratuitement le canal. Par ailleurs, les autorités panaméennes ont annoncé, fin février, reprendre le contrôle des ports situés aux deux extrémités du canal — Cristóbal, côté océan Atlantique, et Balboa, côté Pacifique — après l’annulation en justice de la concession accordée au groupe hongkongais CK Hutchison.

Quelles conséquences après l’intervention au Vénézuéla ?

L’intervention américaine à Caracas peut également être analysée au prisme de cette rivalité : depuis le début des années 2000, la Chine a investi plus de 60 milliards de dollars au Vénézuéla, qui lui en doit encore aujourd’hui le quart, soit 15 milliards (9). La mainmise de la Maison-Blanche sur les exportations de brut vénézuélien fragilise particulièrement la position de Pékin, qui avait accepté le principe d’un remboursement de la dette vénézuélienne sous forme de livraisons de pétrole. La chute de Maduro, en privant la RPC d’un allié dans la région, d’un créancier sous contrainte et d’une partie de ses approvisionnements énergétiques, constitue ainsi un signal politique fort, tant à destination de la Chine que des États qui seraient tentés de nouer avec elle des liens trop étroits : « America is back ! »

La volonté de contrôle hémisphérique, dans un contexte de retour à une logique de blocs, explique également la priorité accordée par Washington à son indépendance énergétique à long terme. Dès la première prise de parole de Trump après l’intervention de janvier, ce n’est plus de narcotrafic qu’il a été question, mais bien d’exploitation pétrolière, dont le Vénézuéla possède les premières réserves prouvées au monde (10). Certes, de nombreux freins persistent quant à l’exploitation du brut vénézuélien : lourd et visqueux, il est extrêmement difficile à extraire et à raffiner. De plus, l’appareil industriel vénézuélien est dans un état avancé de délabrement du fait d’une corruption massive ayant entrainé un manque systématique d’entretien.

Il n’en demeure pas moins que l’or noir reste une motivation conséquente pour l’administration américaine, dont les choix diplomatiques répondent à des intérêts politiques intérieurs et renvoient à la lutte contre les influences extérieures. À l’échelle nationale, les raffineries du Nouveau-Mexique et du Texas sont parfaitement adaptées au brut vénézuélien, avec à la clé la sécurité de l’emploi pour des centaines de milliers de travailleurs américains du secteur, qui sont autant d’électeurs potentiels à quelques mois des élections de mi-mandat (midterms), annoncées comme périlleuses pour le pouvoir en place.

À l’international, outre les Chinois, ce sont également les Iraniens et les Russes qui sont visés. Ces deux pays étaient, eux aussi, particulièrement présents au Vénézuéla via des accords de coopération pétrolière : en 2022, un contrat énergétique de vingt ans avait été signé entre le régime des mollahs et la République bolivarienne et, en 2025, Moscou et Caracas avaient approuvé la prolongation, pour quinze ans, des coentreprises entre la société d’État PDVSA (Petróleos de Venezuela SA) et le géant pétrolier russe Roszarubezhneft (11). Ces rapprochements sont aujourd’hui menacés, tout comme l’influence de Moscou et de Téhéran, qui avaient utilisé le Vénézuéla comme porte d’entrée dans la région caribéenne. Cette politique d’appropriation des ressources permet ainsi à la Maison-Blanche de rassurer ses électeurs tout en repoussant hors du continent ses rivaux stratégiques. Les récentes visites à Caracas du chef de l’US Southern Command (SOUTHCOM), le général Francis L. Donovan, et du secrétaire à l’Intérieur, Doug Burgum, semblent confirmer la mainmise grandissante des États-Unis sur les ressources vénézuéliennes.

Dans ce nouveau grand jeu, Washington n’hésite pas à utiliser la contrainte politique et économique pour discipliner ses alliés régionaux. Comme l’a clairement montré l’absence d’alternance démocratique à Caracas, plus que la défense de la liberté, c’est désormais la loyauté à l’égard du grand voisin qui est devenue le critère central des relations bilatérales entre les États-Unis et les pays de la Caraïbe. Trump joue alternativement sur la conditionnalité de l’aide économique, les menaces de droits de douane supplémentaires et l’ingérence politique directe. De fait, les coups de pression diplomatiques sont légion et se traduisent par un interventionnisme assumé dans les processus électoraux.

CUBA et L’Amérique centrale face au géant américain


Vers un alignement politique

Au Honduras, le candidat de la droite, Nasry Asfura, a été ouvertement soutenu par Trump, avant d’être élu fin novembre 2025 et d’entrer en fonction fin janvier dernier, malgré des soupçons d’irrégularités dénoncés par ses adversaires, ainsi que par la mission électorale de l’Union européenne. Autre illustration de cet interventionnisme décomplexé : le président américain avait gracié et libéré, la veille du scrutin, le mentor politique du candidat Asfura, l’ancien président Juan Orlando Hernández (2014-2022), qui purgeait une peine de quarante-cinq ans de prison pour trafic de drogue aux États-Unis. Washington n’a de cesse de promouvoir la prime à la fidélité et à l’alignement idéologique.

Au Costa Rica, la récente victoire aux élections présidentielles de Laura Fernández Delgado, la candidate du parti conservateur — dont l’investiture débutera en mai —, s’est en grande partie bâtie sur un discours sécuritaire en phase avec les attentes états-uniennes et la volonté affichée d’employer les mêmes méthodes qu’au Salvador pour lutter contre la criminalité. Alors que des élections doivent encore avoir lieu en Colombie (12) et en Haïti (13), d’autres ingérences états-uniennes ne sont pas à exclure et pourraient contribuer à remodeler un paysage politique caribéen en phase avec le discours de Trump 2.0.

Cuba, une priorité dans la région ?

Dans cette optique, Cuba est tout particulièrement dans le viseur de Washington : « Je vais m’en occuper », a récemment déclaré Trump à son sujet. Caillou dans la chaussure américaine depuis l’arrivée au pouvoir des Barbudos en janvier 1959, le pouvoir castriste est plus que jamais menacé. La chute de Maduro a sonné le glas de l’aide énergétique jusque-là apportée par Caracas, qui représentait plus de la moitié de la consommation cubaine. Ce blocus renforcé autour de l’ile ne laisse que peu d’espoir : le pays est économiquement asphyxié, les coupures d’électricité sont monnaie courante, le tourisme s’effondre à la suite de la décision de nombreuses compagnies aériennes d’interrompre leurs vols (14). Même les brigades médicales cubaines, pourtant connues dans le monde entier, ne peuvent plus intervenir.

Affaiblie par un effondrement économique sans précédent, La Havane, qui a jusqu’ici réprimé avec la plus grande fermeté les manifestations populaires réclamant la fin du régime, semble contrainte d’envisager des concessions telles que la libération de prisonniers politiques. Pour autant, rien ne dit qu’un changement de régime se profile à l’horizon. Certes, à l’approche de midterms très incertaines, la chute du régime cubain pourrait constituer une victoire de taille pour l’administration en place et pour Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, d’origine cubaine, qui en a fait son mantra depuis ses débuts en politique. Toutefois, une tentative de transition brutale à La Havane pourrait générer une instabilité migratoire et sécuritaire majeure, que Washington devrait ensuite gérer directement. De plus, l’exemple vénézuélien a montré que, plus que la promotion de la démocratie, c’est celle de ses intérêts propres qui motive les décisions prises à la Maison-Blanche. La perspective d’un deal portant sur l’ouverture du marché cubain et la maitrise des flux migratoires pourrait être, en définitive, perçue comme tout aussi porteuse et moins risquée que la fin d’un régime castriste, qui a fait ses preuves en matière de contrôle de la population. Ici encore, les équilibres géopolitiques régionaux restent en grande partie soumis aux priorités internes de Trump ainsi qu’à la politique transactionnelle qu’il revendique.

Une impossible neutralité pour les États caribéens

La Caraïbe se retrouve au premier rang d’une diplomatie américaine recentrée sur son hémisphère. La volonté trumpienne de remodeler son espace proche affecte en profondeur les équilibres géopolitiques régionaux. Face à une neutralité devenue intenable, chaque État caribéen se voit contraint de se positionner face aux injonctions de Washington. Les divergentes observées d’un pays à l’autre témoignent ainsi d’une solidarité régionale mise à rude épreuve. Certains, comme la République dominicaine et Trinité-et-Tobago, se sont parfaitement alignés sur les demandes du président américain et ont ouvert leurs bases militaires aux soldats états-uniens. D’autres ont adopté des positions beaucoup plus mesurées, parfois même critiques, à l’image d’Antigua-et-Barbuda, de Sainte-Lucie ou de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, dont des navires de pêche ont encore récemment été visés par des frappes américaines. Mais cette distance diplomatique est-elle viable à long terme face à un voisin aux méthodes désinhibées ? À l’exception notable de la Colombie et du Vénézuéla, la Caraïbe est composée de petits, voire de très petits États, qui ne font pas le poids face à la puissance asymétrique des États-Unis : que peuvent Saint-Kitts-et-Nevis, peuplé de seulement 46 000 habitants, ou le Belize, qui en compte 400 000, face aux volontés du locataire de la Maison-Blanche ? D’autant plus que les économies de ces États sont extrêmement dépendantes du grand voisin, que ce soit en matière de tourisme, d’échanges commerciaux ou de politique de visas.

Au cœur d’une hybridation entre politique intérieure et enjeux géopolitiques, les nouvelles orientations diplomatiques de Washington marquent la fin de la parenthèse post-guerre froide dans la Caraïbe. Ce retour assumé d’une logique de sphère d’influence fait de la région un espace pivot de la rivalité systémique entre les États-Unis et leurs grands compétiteurs. Face aux pressions économiques, aux menaces fiscales, aux ingérences politiques et aux interventions militaires, les États caribéens se retrouvent singulièrement démunis, et la région, déjà ébranlée après une année, risque de ressortir profondément fracturée du second mandat de Donald Trump.

Notes

(1) Cet article ne tient pas compte du Mexique.

(2) En français : « Après des années de négligence, le ministère de la Guerre va rétablir la suprématie militaire américaine dans l’hémisphère occidental ». Department of War, 2026 National Defense Strategy, janvier 2026, p. 17 (https://​tinyurl​.com/​4​y​b​v​u​u9z).

(3) La Colombie, le Pérou et la Bolivie sont les trois principaux producteurs de cocaïne.

(4) Les Haïtiens avaient été accusés de manger les animaux domestiques par J. D. Vance, alors colistier de Donald Trump.

(5) Wendy Edelberg, Stan Veuger, Tara Watson, « Macroeconomic implications of immigration flows in 2025 and 2026: January 2026 update », Brookings, 13 janvier 2026 (https://​tinyurl​.com/​5​2​n​a​9​4ut).

(6) Selon ce rapport, le solde net migratoire est estimé, en 2025, entre -10 000 et -295 000 personnes.

(7) Passant d’une valeur de 10 milliards de dollars en 2000 à plus de 518 milliards de dollars en 2024.

(8) The White House, « The Inaugural Address », 20 janvier 2025 (https://​tinyurl​.com/​y​v​p​a​d​9zs).

(9) Selon un centre de recherche stratégique belge : Transatlantic Task Force, « China-Venezuela Relations », Beyond Horizon, 19 décembre 2025 (https://​tinyurl​.com/​m​p​m​j​r​8yx).

(10) Réserves estimées à plus de 330 milliards de barils.

(11) Mayela Armas, « Venezuela approves 15-year extension of Russia-linked oil joint ventures », 20 novembre 2025 (https://​tinyurl​.com/​4​x​b​u​t​5ym).

(12) Élections législatives le 8 mars ; premier tour de l’élection présidentielle le 31 mai ; éventuel second tour de l’élection présidentielle le 21 juin.

(13) Élections générales le 30 aout ; éventuel second tour de l’élection présidentielle le 6 décembre.

(14) Faute de pouvoir refaire les pleins de kérosène sur place.

Laurent Giacobbi

areion24.news