Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 27 juillet 2026

La guerre de l’information iranienne fondée sur l’intelligence artificielle

 

La capacité du régime iranien à contrôler l’information au sujet de ses objectifs, tant en matière de politique intérieure qu’étrangère, est un facteur déterminant permettant d’expliquer sa survie face aux multiples mouvements de contestation qui se déroulent en Iran depuis plus d’une décennie.

Chaque fois que la pression intérieure sur les dirigeants iraniens s’accroit, le président iranien, le chef religieux et les Gardiens de la révolution réagissent en adoptant des mesures toujours plus draconiennes afin d’étouffer les manifestations publiques.

Les opérations iraniennes de guerre de l’information ont également permis d’accroitre considérablement l’influence de l’Iran au Moyen-Orient. La République islamique utilise notamment les activités de guerre de l’information fondées sur l’intelligence artificielle (IA) pour influencer Israël et ses alliés.

L’importance de l’IA pour le régime iranien

Alors que le rôle de l’IA dans la défense et la sécurité est débattu en Iran depuis au moins 2005, l’assassinat à distance, assisté par l’IA, du plus éminent scientifique nucléaire iranien, Mohsen Fakhrizadeh, par Israël en novembre 2020, a attiré l’attention des dirigeants iraniens sur l’importance stratégique de cette technologie. À l’époque, les Gardiens de la révolution (pasdarans) ont ouvertement reconnu le rôle de l’IA dans cet assassinat. Étant donné que le principal scientifique du programme nucléaire iranien bénéficiait d’un niveau de protection comparable à celui des dirigeants politiques iraniens, de nombreux Iraniens ont été convaincus de la pertinence de l’usage de l’IA pour leur défense et leur sécurité. En conséquence, le commandant en chef des forces armées iraniennes, le chef religieux Ali Khamenei (en fonction depuis 1989), a rapidement fixé l’objectif de faire de l’Iran l’un des dix pays les plus avancés au monde en matière d’IA.

Actuellement, l’IA est principalement considérée dans le pays comme un multiplicateur de capacités destiné à soutenir efficacement ses efforts de dissuasion, ses tactiques asymétriques et sa défense face aux menaces.

Comment l’Iran utilise-t-il les capacités de l’IA pour la défense et la sécurité ?

Depuis l’attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas contre Israël, Téhéran recourt de plus en plus à des applications fondées sur l’IA afin de renforcer l’efficacité de ses opérations visant ce pays. De la génération d’idées à des fins de propagande à l’identification de cibles et à la création de canaux de diffusion, en passant par la création de contenus, l’IA est exploitée par la République islamique à toutes les étapes de ses opérations de guerre de l’information. OpenAI a notamment informé le public que son service ChatGPT avait été utilisé par Téhéran pour générer de la propagande. De la même manière que de nombreux usagers privés utilisent des applications basées sur l’IA pour trouver de nouvelles idées de contenu, des fonctionnaires iraniens s’en servent pour produire de la propagande destinée aux sites internet officiels du pays ainsi que des messages sur les réseaux sociaux visant à influencer la population.

Si certaines opérations ont été menées en secret, comme des tentatives d’influence des élections américaines, Téhéran reconnait ouvertement utiliser l’IA à des fins de reconnaissance faciale pour cibler des citoyens ayant publié en ligne des contenus critiques à l’égard du régime. Bien que les objectifs de la guerre de l’information fondée sur l’IA soient multiples, trois d’entre eux apparaissent comme cruciaux pour le régime iranien : la gestion de son image, le contrôle de l’ensemble des flux d’information à l’échelle nationale et internationale, et la mise en œuvre d’une censure directe.

Gestion de l’image du régime

À travers la diffusion d’images de religieux éminents, du Guide de la révolution islamique — l’ayatollah Rouhollah Khomeyni (1902-1989, en fonction de 1979 à sa mort) —, ou de l’actuel Guide suprême Ali Khamenei, le régime iranien maintient en permanence les visages de la révolution islamique dans la conscience collective afin de projeter une image favorable du pouvoir. Le Guide suprême dispose de comptes officiels sur X en farsi, en anglais et en arabe, ainsi que d’une page Instagram. Le régime ne se limite pas à utiliser l’IA pour générer et diffuser du contenu en ligne sur ces comptes et plateformes : il encourage également une adoption plus large de ces technologies, notamment par les religieux, afin de les faire « paraitre plus progressistes ». Les moyens analogiques traditionnels de la guerre de l’information sont ainsi ouvertement combinés à des méthodes numériques et, désormais, à des outils fondés sur l’IA dans le cadre de campagnes d’influence. La guerre de l’information vise à rendre l’imagerie associée au régime omniprésente dans la vie civile iranienne, donnant l’impression d’un régime omniscient — un objectif rendu bien plus accessible grâce à l’automatisation permise par l’IA.

Contrôle de l’information et diffusion de la propagande

L’Iran utilise l’IA pour produire des messages soigneusement scénarisés, diffusés par un appareil de propagande efficace s’appuyant sur des canaux de distribution très diversifiés. Les médias traditionnels contrôlés par l’État demeurent des vecteurs centraux de la propagande du régime, ciblant en particulier les segments de la population ayant peu ou pas accès à l’information en ligne. Parallèlement, l’IA est employée pour générer du contenu sur les sites internet gouvernementaux diffusant des informations et une propagande approuvées par l’État. Elle permet également de traduire rapidement ces contenus dans de nombreuses langues, facilitant leur diffusion dans les pays occidentaux.

La censure active des contenus est essentielle au maintien de la stabilité du régime iranien, notamment face aux nombreuses manifestations auxquelles il se trouve confronté. Tous les types de contenus, quels que soient leurs formats — livres, films, œuvres d’art ou médias numériques — sont soumis à un strict contrôle. Les processus de surveillance, de filtrage et de modification des contenus sont désormais renforcés par l’IA. Le régime a fermé de nombreuses maisons d’édition et d’autres sources de publications, tandis que les journalistes font régulièrement l’objet d’interrogatoires, de surveillance et d’arrestations. L’IA a ainsi permis au régime iranien d’intensifier à la fois la répression numérique et les formes plus traditionnelles de coercition.

Une guerre de l’information

En décembre 2023, les services de diffusion en continu de la BBC, ainsi que de nombreuses autres chaines de télévision basées dans l’Union européenne, ont été interrompus au Canada, au Royaume-Uni et aux Émirats arabes unis. Les écrans des téléspectateurs se sont figés, laissant apparaitre un message de pirates informatiques en majuscules sur fond vert : « Nous n’avons pas d’autre choix que de pirater pour vous livrer ce message. »

À la place de leurs programmes habituels, les téléspectateurs ont vu apparaitre un présentateur inconnu diffusant des images extrêmement choquantes de ce qui semblait être des femmes et des enfants palestiniens tués par des membres des Forces de défense israéliennes (FDI) à Gaza, accompagnées d’un bandeau indiquant le nombre présumé de victimes palestiniennes. Ce qui semblait être un animateur d’émission d’information était en réalité un présentateur artificiel généré par l’IA. Les pirates d’un groupe connu sous le nom de Cotton Sandstorm, lié aux Gardiens de la révolution islamique, ont par la suite publié des vidéos sur des plateformes de médias sociaux telles que Telegram, expliquant comment ils avaient piraté les services de diffusion en ligne de chaines d’information afin de diffuser ce contenu généré artificiellement.

À leur insu, des téléspectateurs cherchant à s’informer auprès de sources médiatiques de confiance ont ainsi été exposés à des images animées, générées ou manipulées par l’IA. À l’instar des opérations russes, l’Iran a démontré sa capacité à mener des attaques de désinformation hautement sophistiquées fondées sur les hypertrucages, en piratant des sites d’information légitimes et en y diffusant des contenus générés par l’IA. Téhéran montre ainsi sa capacité à combiner des opérations traditionnelles de guerre de l’information avec des contenus générés par l’IA et des cyberopérations avancées.

Au-delà des hypertrucages, l’IA renforce l’ensemble des formes traditionnelles de guerre de l’information intérieure menées par le régime iranien. Elle est notamment utilisée pour faire respecter la suspension des droits des femmes et pour renforcer l’oppression sexiste. Les applications d’IA servent principalement à identifier des cibles par la reconnaissance faciale, la géolocalisation, l’analyse des données en ligne et d’autres formes de détection automatisée, en particulier pour repérer les femmes ne portant pas le hijab. Ces femmes, bien plus facilement identifiables qu’avec des moyens de surveillance traditionnels, sont ensuite contactées directement — parfois en temps réel — et menacées par le régime au moyen d’outils fondés sur l’IA. Depuis avril 2023, plus d’un million d’Iraniennes auraient ainsi été microciblées par des SMS menaçant de confisquer leur voiture après avoir été filmées sans hijab. L’IA est utilisée de cette manière pour réprimer toute expression de dissidence politique, en donnant l’impression que les yeux et la portée du régime sont partout.

Conclusion

Le régime iranien dispose de capacités étendues et de plus en plus performantes en matière de guerre de l’information, décuplées par les avancées technologiques dans ce domaine. La République islamique utilise désormais l’IA non seulement pour intimider et réprimer les dissidents à l’échelle nationale, mais aussi pour projeter et renforcer son influence régionale et internationale. Depuis 2009, lorsque le gouvernement a pris le contrôle de l’infrastructure nationale de communication en réponse à des manifestations de masse, l’Iran a développé des capacités de guerre de l’information d’un niveau sans précédent, aujourd’hui rendues plus rapides, moins couteuses et plus efficaces grâce à l’automatisation permise par l’IA. Si ces capacités restent principalement mobilisées pour étouffer la dissidence intérieure et consolider le contrôle autoritaire du régime à l’intérieur de ses frontières, elles sont de plus en plus utilisées pour cibler l’Occident, comme en témoignent les tentatives d’ingérence lors de l’élection américaine de l’automne 2024. Les opérations de guerre de l’information fondées sur l’IA menées par Téhéran ne visent plus uniquement Israël et les États-Unis, mais s’étendent désormais à d’autres pays occidentaux, dont le Canada.

Toutefois, bien qu’il soit désormais reconnu que la République islamique dispose de capacités sans précédent en matière de guerre de l’information, des interrogations subsistent quant à leur efficacité réelle, même avec les progrès de l’IA. Sur le plan intérieur, des millions d’Iraniens parviennent encore à contourner les mécanismes de censure, et la récurrence des manifestations de masse montre que les dissidents conservent une capacité notoire d’organisation et d’influence politique malgré la répression étatique. Cette résilience s’explique notamment par le fait que les jeunes générations iraniennes sont bien conscientes des usages de l’IA permettant de contourner les restrictions et les dispositifs de contrôle imposés par le gouvernement.

Note

(1) Ce texte est une version condensée du chapitre publié dans : Yann Breault, Pierre Jolicoeur, Pierre Pahlavi (dir.), L’Iran au cœur du grand jeu eurasiatique, Presses de l’Université du Québec, 2026, p. 71-87.

Pierre Jolicoeur

Anthony Seaboyer

areion24.news

Le général Patrick Justel va prendre les rênes de la Direction du renseignement militaire français

 

Le 25 juillet, lors de la cérémonie du Triomphe de l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan [AMSCC], le général Pierre Schill a transmis le glaive de commandement au général Jacques Langlade de Montgros, l’ancien directeur du renseignement militaire devenant ainsi le nouveau chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], comme cela avait été annoncé en juin.

Au cours de ces cinq dernières années, le général Schill s’est attaché à transformer l’armée de Terre en profondeur en réorganisant sa chaîne de commandement et en renforçant sa capacité à combattre au sein d’une coalition. Et cela en mettant l’accent sur le «commandement par intention», basé sur l’esprit d’initiative, la responsabilisation et la confiance, ainsi que sur l’innovation. Son successeur creusera le sillon qu’il a tracé.

«J’aborde ce commandement avec fierté, détermination et confiance. L’armée de Terre est forte des soldats qui servent dans ses rangs, en France, outre-mer et à l’étranger avec la même exigence et le même sens du service. Ma priorité est de préparer notre armée aux défis de demain afin qu’elle demeure forte et donc crainte, prête à remplir toutes les missions que la France lui confiera», a assuré le général de Montgros, pour sa première prise de parole en qualité de CEMAT.

Cela étant, il restait à connaître le prochain directeur du renseignement militaire. C’est désormais chose faite : le général Patrick Justel, major général de l’armée de Terre [MGAT] depuis août 2025, a en effet été nommé à ce poste lors du Conseil des ministres de ce 27 juillet. Un nomination logique au regard de son parcours.

Né à Madrid il y a 54 ans, le général Justel a la particularité de n’avoir pas été admis à l’École spéciale militaire [ESM] comme la plupart de ses pairs… mais à l’École polytechnique, en 1992.

Ayant finalement décidé, à l’issue de sa scolarité, de rejoindre les rangs de l’armée de Terre, et plus précisément ceux de l’arme des Transmissions, il fut affecté à la 3e section de la 14e Compagnie de transmissions parachutiste [CTP] entre 1995 et 1997.

«J’ai choisi l’arme des transmissions, attiré par le renseignement, la guerre électronique, la maîtrise des technologies et la précision opérationnelle – des domaines qui m’ont toujours passionné», a d’ailleurs confié le général Justel, dans un entretien accordé à Haguenau Terre de réussites, en décembre dernier.

Chef de détachement ISTAR [Intelligence, Surveillance, Target Acquisition & Reconnaissance] en Afghanistan, l’officier a une histoire particulière avec le 54e Régiment de Transmissions de Haguenau puisqu’il en a été le chef de corps en 2011 et 2013, après avoir été le chef du bureau opérations instruction de cette unité de l’armée de Terre spécialisée dans la guerre électronique de théâtre.

À l’issue de son temps de commandement, il rejoint l’État-major des armées [EMA] puis la Direction des ressources humaines de l’armée de Terre [DRHAT] en tant que chef du bureau pilotage et synthèse.

Auditeur de la 67e session du Centre des hautes études militaires [CHEM] et de la 70e session de l’Institut des hautes études de la défense nationale [IHEDN], il est affecté à l’état-major de l’armée de Terre [EMAT], au sein duquel il a d’abord été chargé de l’innovation avant d’être nommé adjoint du sous-chef opérations aéroterrestres et promu général de brigade. Alors qu’il était inspecteur de l’armée de Terre, il devient le premier transmetteur à occuper le poste de major général de l’armée de Terre [soit le numéro deux du général Schill, ndlr] en août 2025.

Pour rappel, créée en 1992 et désormais forte de plus de 2 100 agents militaires et civils, la Direction du renseignement militaire [DRM] est notamment chargée de fournir les informations nécessaires à la planification et à la conduite des opérations tant au niveau stratégique et que tactique. Pour cela, elle collecte et exploite les signaux électromagnétiques, l’imagerie spatiale et aérienne, le renseignement d’origine humaine, le cyberespace et les données obtenues par ses partenaires français et étrangers.

En novembre 2025, le général de Montgros avait expliqué que les missions de la DRM pouvaient se résumer en trois points : déchiffrer le chaos du monde, préparer la décision de l’autorité politique et préparer l’action militaire. «Le renseignement vise avant tout à réduire l’incertitude dans un monde de dissimulation», avait-il souligné.

opex360.com

Pourquoi la Suède crée-t-elle sa nouvelle agence de renseignement extérieur ?

 

Dans un article publié le 26 juillet, le magazine The Economist décrivait l'UND, calquée sur le MI6britannique , comme une idée originale de l'ancien Premier ministre Carl Bildt.

Selon ce politicien chevronné, l'appareil de renseignement militaire actuel du pays n'est pas capable d'analyser les dirigeants russes.

En 2022, la Suède avait affirmé que la Russie n'enverrait pas de troupes en Ukraine et souhaite désormais s'assurer qu'elle « ne répète jamais cette erreur honteuse », indique le magazine.

Selon Bildt, bien que le système de renseignement « soit très performant pour suivre l'évolution de la situation militaire sur le terrain », il « n'est pas performant pour appréhender la situation politique en Russie et son évolution ».

L'UND opérera en parallèle avec le Service de renseignement et de sécurité militaire (MUST) et reprendra certaines de ses responsabilités, notamment la supervision des opérations secrètes impliquant des espions à l'étranger.

Cette réforme intervient après l'adhésion de la Suède à l'OTAN en 2024, mettant fin à près de deux siècles de non-alignement militaire.

Bildt, qui a été ministre des Affaires étrangères de 2006 à 2014, a joué un rôle de premier plan dans la promotion d'une intégration plus poussée de l'Ukraine avec l'UE et a co-initié l'initiative du Partenariat oriental du bloc avec la Pologne en 2009.

À l'automne 2013, des manifestations Euromaïdan de grande ampleur ont éclaté à Kyiv après que le gouvernement ukrainien a reporté la signature d'un accord de libre-échange avec l'UE, invoquant la crainte que cela ne nuise aux relations économiques avec la Russie.

Des semaines de troubles et d'affrontements avec la police ont abouti à un coup d'État soutenu par l'Occident qui a renversé le président démocratiquement élu Viktor Ianoukovitch en Ukraine en février 2014.

La Crimée, région majoritairement russophone, a rejeté le coup d'État et a voté pour faire sécession de l'Ukraine et rejoindre la Russie en 2014.

Les régions du Donbass de Donetsk et de Lougansk ont ​​déclaré leur indépendance dans les mois qui ont suivi.

Le président russe Vladimir Poutine a décrit à plusieurs reprises le coup d'État de 2014 comme le point de départ du conflit actuel.

Il a fait valoir que la Russie était contrainte de protéger la population du Donbass après que l'Ukraine n'ait pas respecté les accords de Minsk de 2014-2015 et ait mis en œuvre des politiques linguistiques et culturelles discriminatoires visant les russophones.

Selon RT

giaoducthoidai.vn

dimanche 26 juillet 2026

États-Unis–Arabie saoudite : un accord nucléaire sous conditions

 

Les États-Unis et l’Arabie saoudite ont officiellement signé mercredi un accord de coopération nucléaire civile qualifié d’historique par les deux parties. Alors que plusieurs médias américains avaient évoqué la possibilité, à terme, d’un enrichissement d’uranium sur le sol saoudien, Donald Trump a assuré, jeudi, que l’accord exclurait tout enrichissement de matières nucléaires et serait exclusivement destiné à des usages civils.

Un accord scellé après des années de tractations

Les discussions remontent au premier mandat de Donald Trump et se sont poursuivies sous l’administration Biden. À l’époque, le projet était indissociable d’une normalisation des relations entre Riyad et Israël, rappelle l’Atlantic Council. 

Le retour de Trump a changé la donne: un accord préliminaire a été signé dès avril 2025, puis une déclaration conjointe a été faite en novembre lors de la visite à Washington du prince héritier Mohammed ben Salmane. Un épisode de tension est survenu en mai, quand Riyad a refusé d’ouvrir son espace aérien à une opération américaine liée au détroit d’Ormuz, rapporte le New York Times. C’est dans le contexte de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran que l’accord final a été signé le 22 juillet par le secrétaire à l’Énergie Chris Wright et le prince Abdulaziz ben Salmane, selon le WSJ.

Ce que prévoit l’accord

Il s’agit d’un accord dit «123», du nom de la disposition de la loi américaine sur l’énergie atomique encadrant le transfert de technologies nucléaires civiles. Selon le Wall Street Journal, le texte aurait une durée de trente ans. Contrairement aux informations initialement rapportées par le quotidien, Donald Trump a affirmé que l’accord exclurait tout enrichissement de matières nucléaires et ne concernerait que des activités civiles.

Le réacteur central du partenariat est l’AP1000 de Westinghouse, un modèle d’environ 1.100 mégawatts capable, selon le WSJ, d’alimenter une ville de taille moyenne ou un grand centre de données dédié à l’intelligence artificielle. Le New York Times révèle par ailleurs deux lettres annexes tenues secrètes, dont le contenu reste inconnu.

Non-prolifération et intérêts stratégiques américains

Contrairement aux informations initialement publiées par le WSJ, Donald Trump affirme que l’Arabie saoudite devra renoncer à tout enrichissement dans le cadre de l’accord. Le président américain n’a toutefois pas précisé si Riyad serait également tenu d’adhérer au protocole additionnel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’un des principaux instruments de vérification renforcée du programme nucléaire d’un État.

Au-delà de ces garanties de non-prolifération, l’accord répond également à des intérêts économiques et stratégiques américains. Il devrait rapporter plusieurs milliards de dollars à l’industrie nucléaire américaine, en premier lieu à Westinghouse, selon le New York Times, tout en écartant la Russie et la Chine du marché saoudien. L’Atlantic Council y voit une victoire pour le régime de non-prolifération porté par Washington. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait assuré que les États-Unis ne concluraient «aucun accord menant à un risque de prolifération».

La normalisation avec Israël érigée en condition

Alors que les informations initiales faisaient état d’un découplage entre la coopération nucléaire et la normalisation saoudo-israélienne, Donald Trump a affirmé que l’approbation de l’accord serait conditionnée à l’adhésion de l’Arabie saoudite aux accords d’Abraham. Cette exigence rétablit donc un lien direct entre le dossier nucléaire et la normalisation avec Israël.

Cette déclaration modifie également la lecture israélienne du texte. L’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS) avait décrit comme particulièrement problématique un accord accordant des capacités nucléaires supplémentaires à Riyad sans avancée diplomatique avec Israël. Les conditions annoncées par Trump absence d’enrichissement et adhésion aux accords d’Abraham répondent en partie à ces préoccupations, sous réserve de leur inscription effective dans l’accord.

Une opposition au Congrès

Plusieurs élus démocrates s’opposent au texte. Brad Sherman dénonce une contradiction entre guerre contre la prolifération iranienne et une éventuelle facilitation de la prolifération saoudienne, Ed Markey redoute une région rendue moins sûre et Chris Murphy craint que l’accord ne décourage l’Iran de limiter son propre programme, selon le Guardian. Un blocage nécessiterait toutefois une majorité des deux tiers au Congrès, un seuil difficile à atteindre.

Le contenu des deux lettres annexes reste inconnu, tout comme les modalités précises de vérification et le calendrier d’une éventuelle adhésion saoudienne aux accords d’Abraham. La publication du texte intégral permettra de déterminer si les garanties annoncées par Trump figurent juridiquement dans l’accord ou relèvent encore d’engagements politiques.

Mario Chartouni

icibeyrouth.com

vendredi 24 juillet 2026

De l’ombre au champ de bataille : le cyber dans la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis

 

Dans un article publié quelques mois après les débuts de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, Alexis Rapin formulait des hypothèses pour expliquer l’apparent décalage entre les attentes relatives à la cyberguerre et ses effets dans le conflit armé. Intervenant dans un débat en cours, il insistait sur trois possibilités expliquant son impact somme toute limité : l’invisibilité de la conflictualité numérique, l’impotence des moyens cyber et l’immaturité des organisations militaires et de renseignement dans leur emploi en temps de guerre. Quatre ans plus tard, la recrudescence des opérations militaires de haute intensité et l’augmentation relative des conflits armés interétatiques permettent d’affiner et d’élargir le regard.

Les récentes opérations menées pour enlever le président Maduro au Venezuela et les hostilités déclenchées par les États-Unis et Israël contre l’Iran confirment d’autres observations et suggèrent de potentielles évolutions. En dépit d’une impotence relative, les cyberopérations sont de plus en plus visibles – voire assumées et revendiquées dans le contexte de la guerre ouverte – et s’inscrivent dans des écosystèmes à la maturité croissante. Pour évaluer correctement leur impact dans ce conflit, il convient d’abord de distinguer deux catégories d’actions bien distinctes : d’un côté, celles que conduisent les organisations militaires – le Cyber Command américain et ses homologues israéliens – en amont des opérations cinétiques ; de l’autre, celles déclenchées une fois les hostilités ouvertes et pleinement assumées.

Dans la première catégorie, les exemples récents révèlent une réelle efficacité. Lors des opérations visant à neutraliser Nicolas Maduro au Venezuela, un black-out a frappé Caracas autour de sa résidence, s’accompagnant de perturbations des systèmes de contrôle aérien et de défense aérienne de la capitale. Contre l’Iran, des opérations d’un raffinement notable ont été documentées : piratage des circuits de caméras de surveillance à Téhéran, compromission des téléphones utilisés dans l’entourage immédiat du leadership du régime lors de la frappe qui a conduit à l’élimination du Guide suprême, ou encore diffusion de messages subversifs via BadeSaba, une application de calendrier religieux très répandue en Iran. Ces effets ciblés n’ont pu être obtenus que grâce à une pénétration patiente des systèmes visés, entreprise longtemps avant le déclenchement des frappes.

À l’opposé, les opérations conduites par les acteurs pro – iraniens relèvent d’une tout autre logique et produisent des effets de nature profondément différente. Le groupe Handala a ainsi orchestré le piratage et la destruction par wiper des données du fabricant américain de matériel médical Stryker, tandis que des campagnes d’espionnage et d’intrusion ciblaient diverses entreprises aux États-Unis et en Israël. Ces actions produisent des effets certes importants pour leurs victimes immédiates, mais d’une portée stratégique limitée : elles tiennent davantage du « bruit cyber » (démonstration de force, harcèlement, sollicitation des défenses adverses pour détourner des ressources attentionnelles et matérielles) que d’une contribution directe aux opérations militaires. L’écart est ainsi net entre les effets décisifs obtenus par une préparation méthodique du terrain numérique et ces coups d’éclat symboliques. Il faut par ailleurs noter l’imbrication croissante des cyberopérations avec les actions dans le spectre électromagnétique (brouillage et spoofing GPS) et leur intégration avec les opérations informationnelles. Cette convergence, qui brouille les frontières entre des champs longtemps tenus séparés dans les doctrines militaires, est l’un des traits les plus structurants de la conflictualité numérique contemporaine.

La deuxième dimension notable de ce conflit tient à la visibilité croissante du cyber dans les hostilités. Le champ de bataille numérique s’étend désormais bien au-delà des seuls systèmes d’information pour inclure l’ensemble des infrastructures numériques et tout ce qui en dépend, des systèmes industriels aux réseaux de télécommunications civils en passant par les services critiques. Conformément à ce qui avait déjà été observé lors de la longue confrontation entre l’Iran et Israël depuis 2020, puis depuis le 7 octobre 2023, les cyberopérations occupent une place de plus en plus importante en arrière – plan des hostilités, formant une véritable couche permanente de conflictualité diffuse.

Outre les vols et divulgations de données désormais quasi systématiques, on observe une multiplication des attaques par déni de service distribuées et des campagnes de défacement et, surtout, une recherche d’accès de plus en plus intensive et étendue à des systèmes qui ne seront pas nécessairement exploités immédiatement. Plusieurs facteurs conjugués rendent cette activité de fond de plus en plus visible aux yeux des observateurs et des défenseurs : les progrès dans la détection des intrusions, désormais beaucoup plus rapide et automatisée ; la publication régulière de rapports techniques et commerciaux par l’industrie de la cybersécurité et de Threat Intelligence ; enfin, le recours croissant à des outils permettant le passage à l’échelle (botnets, proxys) qui démultiplient la surface d’impact et rendent les opérations plus difficiles à attribuer, mais aussi plus difficiles à dissimuler. Si cette activité de fond est moins spectaculaire que les grandes opérations offensives, elle touche une large fraction de la société civile dans les pays belligérants comme ailleurs dans le monde, ainsi qu’en témoignent des intrusions iraniennes documentées en Pologne, sans lien direct apparent avec le théâtre d’opérations principal.

La véritable nouveauté de ce conflit réside toutefois dans la revendication publique du rôle des cyberopérations par les États-Unis au plus haut niveau de leur hiérarchie militaire, incarnée notamment par les déclarations du chef d’état – major des armées, le général Dan Caine. Cette visibilité désormais assumée appelle plusieurs lectures simultanées : signalement de capacités à l’adresse des adversaires comme des alliés, rhétorique soulignant un passage délibéré à l’offensive dans le cyberespace, intégration dans un discours martial propre à la nouvelle direction du département de la Défense et à sa promotion revendiquée de la « létalité ». Quelle qu’en soit l’explication exacte, car ces lectures ne sont nullement mutuellement exclusives, cette normalisation de la revendication cyber marque une rupture significative avec la discrétion relative observée traditionnellement dans ce domaine, pour des raisons à la fois opérationnelles et diplomatiques.

La troisième dimension – sans doute la plus structurante pour comprendre l’évolution à long terme de la conflictualité numérique – est celle de la maturation des acteurs et des écosystèmes qu’ils constituent autour de leurs capacités cyber. Ils ont appris, au fil des cycles de confrontation accumulés depuis plusieurs années, à intégrer les cyberopérations dans leurs répertoires d’action tant offensifs que défensifs, de façon de plus en plus cohérente et coordonnée avec les autres instruments.

Du côté iranien, on observe le déploiement d’un écosystème d’intermédiaires plus ou moins étroitement affiliés aux Gardiens de la révolution ou au ministère du Renseignement. Les intrusions hacktivistes (Handala, CyberAveng3rs) combinent renseignement et destruction de données par wipers, illustrant une gamme d’effets allant de l’espionnage patient à la désorganisation visible. Le cyber constitue ici l’un des outils de harcèlement et d’usure dont bénéficie le régime dans sa guerre de longue durée contre Israël et les États-Unis. Si ses effets restent pour l’heure circonscrits, ils pourraient progressivement s’amplifier à mesure que le conflit s’inscrit dans la durée et que les opérateurs accumulent expérience et accès.

Le régime a par ailleurs perfectionné sa capacité à couper Internet sur son propre territoire, en quelques heures à peine alors qu’il lui avait fallu près de 48 heures lors des émeutes de novembre 2019, renforçant ainsi le contrôle social et la protection contre les actions adverses, au prix d’un ralentissement temporaire de ses propres opérations offensives dans le cyberespace. L’utilisation croissante de moyens de contournement comme Starlink et leur intégration progressive dans les modes opératoires iraniens pourraient constituer un développement important, démontrant la résilience et la capacité d’adaptation des infrastructures numériques offensives et défensives du régime. Cette résilience reste toutefois sérieusement contrainte en temps de guerre par les frappes de décapitation israéliennes et américaines visant précisément à paralyser le commandement et le contrôle iraniens à leur source.

Du côté des États-Unis et d’Israël, on observe le déploiement de capacités intégrées sur un continuum cohérent entre opérations cinétiques et cyber-opérations. Dans le cadre des opérations militaires initiales, ces dernières ont été plus employées pour préparer et façonner le champ de bataille que pour appuyer directement les frappes : en amont plus que simultanément. Cela démontre l’intérêt stratégique de penser le cyber non seulement à grande échelle, mais aussi très en amont et dans la durée, en accédant à un grand nombre de systèmes qui peuvent ne présenter qu’un faible intérêt apparent à l’instant de la pénétration, mais s’avérer des vecteurs d’effets substantiels le moment venu.

Ce conflit confirme ainsi plusieurs grandes tendances de la conflictualité contemporaine. Il valide l’intégration profonde du cyber dans le répertoire militaire et stratégique et sa combinaison dans un continuum englobant le spectre électromagnétique et les opérations informationnelles. Il révèle enfin des choix organisationnels variés selon les acteurs, du recours à des intermédiaires à l’intégration directe dans les structures de commandement régulières, mais tous orientés vers la constitution d’écosystèmes capables d’agir de façon durable et résiliente à mesure que le conflit s’étend, s’intensifie et dure.

Stéphane Taillat

areion24.news