Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

jeudi 5 février 2026

Le Donbass : un Orient ukrainien convoité

 

« Un droit inaliénable des peuples » : tels furent les mots de Vladimir Poutine, le 30 septembre 2022, pour saluer le rattachement des sujets est-ukrainiens au territoire de la Russie. Aussi contestable soit-il, cet événement est l’expression de desseins stratégiques d’envergure : le Donbass est plus qu’un simple théâtre régional de la guerre en Ukraine.

Avec l’invasion de février 2022, cette région industrielle, en proie à un conflit de basse intensité depuis le printemps 2014, est devenue l’épicentre d’exigences économiques et diplomatiques, sous-tendues par plusieurs lignes de fracture historiques entre les deux belligérants. Ainsi l’ont rappelé les négociations d’août 2025, lorsque les États-Unis ont proposé un échange de territoires pour résoudre la guerre : le Donbass deviendrait définitivement russe, ce que rejette Kyiv.

Le « monde russe » selon Poutine

Depuis son troisième mandat, inauguré le 7 mai 2012, le président russe s’attache à forger un discours d’unité destiné à renforcer la cohésion du pays. Nourri d’une inspiration nationaliste explicite, ce récit s’articule autour d’une vision exaltée de la continuité civilisationnelle russe, présentée comme immuable et transcendante. Pour le maître du Kremlin, l’effondrement de l’URSS constitue la plus « grave catastrophe géopolitique du XXe siècle », et la Russie, en tant qu’héritière proclamée de cet empire défunt, se doit d’en assumer la mission historique.

Parmi les régions nécessaires au maintien d’un « monde russe » pourvoyeur de puissance, le Donbass est plus qu’essentiel. Pris aux Tatars et aux Cosaques zaporogues dans la seconde moitié du XVIIe siècle, ce territoire ­multiethnique va connaître une mutation effrénée au profit de la métropole russe. En voulant tirer parti de ses ressources, le pouvoir l’industrialise à grand renfort d’investissements européens et de main-d’œuvre russe. Cette « prolétarisation » n’en sera que plus vive durant la période soviétique (1919-1991). Devenu la « vitrine ukrainienne » du communisme au gré des répressions, des déportations et de la planification, le Donbass n’a plus grand-chose à voir avec le reste du territoire ukrainien. Et, bien qu’il s’oppose dès 1989 aux rigidités du système et ait voté en faveur de l’indépendance ukrainienne en 1991, il demeure tourné vers son voisin russe. Car, dans une Ukraine qui tente de tracer la voie d’un avenir inédit en regardant l’Europe, le Donbass s’abandonne à l’amertume d’une mise à l’écart ressentie comme une punition pour être un « bastion russophone ». ­Vladimir ­Poutine en fait une arme : il exalte la grandeur passée et la « fraternité slave », jusqu’à en faire le ressort idéologique de la guerre.

Une terre riche et stratégique

Le Donbass ne se réduit pas à des considérations historiques ; l’est de l’Ukraine revêt pour la Russie une autre portée. Stratégique, le Donbass l’est d’abord par l’ambition qu’y nourrit Moscou : en faire une forteresse, un poste avancé chargé de fixer un Occident perçu comme belliciste et de l’affaiblir dans le cadre d’une refonte de l’ordre international. L’objectif russe dépasse la seule progression militaire sur le terrain : plus que de conquérir des kilomètres carrés, il faut épuiser l’adversaire, tester sa résilience politique et économique, démontrer la fragilité des alliances occidentales.

Même si ses propres ressources énergétiques sont importantes, la Russie voit dans la reconquête des quelque 55 000 kilomètres carrés du Donbass et de ses installations minières et énergétiques un moyen décisif de cultiver une économie de bloc autour d’un Sud global dont elle aspire à prendre la tête, voire de s’imposer au reste du monde comme un partenaire économique inévitable. Dans cette optique, les terres rares ukrainiennes apparaissent comme un enjeu majeur dans un contexte où l’indépendance technologique conditionne la puissance économique et militaire. Il en va de même pour l’espace maritime, dont l’importance s’est révélée dès 2014 avec l’annexion de la Crimée. Par la maîtrise des mers Noire et d’Azov, Moscou ne sécurise pas seulement un débouché économique vital, elle affirme aussi sa capacité à contrôler des corridors énergétiques et commerciaux qui relient l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie centrale.

Enfin, le Donbass relève d’une lutte pour conjurer le spectre d’une Russie affaiblie par ses propres dynamiques internes. Avec un taux de fécondité de 1,4 enfant par femme en 2024, la fédération est sur le déclin malgré ses 145,2 millions d’habitants. Le Donbass et ses 5 millions d’âmes prennent alors une dimension existentielle : il s’agit de compenser, par l’expansion et la projection de puissance, ce que la Russie perd en vitalité ­démographique. 

Le Donbass, terre ukrainienne devenue russe


Alain Nonjon

Clément Mellet

areion24.news

Trump face à l’Iran : le retour du « gros bâton »

 

Le président des États-Unis a, pendant le mois de janvier 2026, ordonné l’envoi, autour de l’Iran, d’une armada navale d’une taille qu’on n’avait pas vue depuis la guerre nippo-américaine dans le Pacifique (1941-1945). Ce déploiement de force est le gros bâton dont Donald Trump estime avoir besoin pour parler efficacement au pouvoir théocratique iranien. Theodore Roosevelt, qui fut président des États-Unis de 1901 à 1909 et qui fut l’un des deux présidents américains cités par Donald Trump dans son discours inaugural du 20 janvier 2025, avait coutume de dire qu’il fallait négocier avec les autres nations avec une voix douce, mais avec un gros bâton dans la main. Trump a parfois un ton plus moqueur que vraiment doux, mais il pratique à coup sûr la tactique du gros bâton dans la main. Toute la question est maintenant : pour quoi faire ?

Interrogé par la presse le dimanche 1er février 2026, le 47ᵉ président des États-Unis a dit qu’il « espérait trouver un accord avec l’Iran ». Trump répondait ainsi aux propos que le Guide suprême iranien avait tenus quelques heures auparavant. Ali Khamenei avait averti l’Amérique sur le risque d’une « guerre régionale », au cas où elle mettrait en œuvre sa menace d’une intervention militaire contre l’Iran.

Que réclame Trump ? Il veut une dénucléarisation totale de l’Iran, qui soit vérifiable à tout moment par les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), et qui implique que l’Iran transfère à un pays tiers – la Russie, par exemple – son stock d’uranium enrichi. Le 2 février 2026, le président de la République islamique (qui est le numéro 2 du régime, bien qu’élu au suffrage universel) a ordonné à son administration d’entamer des négociations avec les Américains sur le nucléaire. Sur ce dossier, un accord international avait été signé à Vienne en juillet 2015, puis transformé en résolution des Nations unies, mais il avait été, trois ans plus tard, unilatéralement dénoncé par la première administration Trump.

Le gros bâton actuellement brandi par l’Amérique a indéniablement poussé le régime iranien à vouloir négocier. Il est régionalement affaibli, depuis qu’il a plus ou moins perdu ses supplétifs au Liban, en Syrie, au Yémen et en Irak. Mais il est très difficile de prédire si ces négociations aboutiront à un résultat concret, car les dirigeants de la République islamique d’Iran sont actuellement profondément divisés, entre idéologues et pragmatiques.

Israël souhaiterait que les États-Unis aillent plus loin qu’une simple gesticulation navale et qu’ils interviennent militairement, afin de provoquer un changement de régime en Iran. Une grande partie de la population iranienne n’attend que ça, surtout depuis que le régime islamique a tiré à balles réelles sur les manifestations du mois de janvier 2026, faisant probablement plus de dix mille morts à travers ce pays grand comme trois fois la France.

Apparemment, Trump hésite beaucoup à suivre le conseil de son allié israélien et à se lancer dans une guerre de changement de régime. Il y a plusieurs raisons à cela. Premièrement, le président américain, qui veut tout sauf un bourbier militaire avant les élections de mi-mandat de novembre 2026, n’envisage qu’une campagne aérienne de bombardements. No boots on the ground. Or les exemples de l’Allemagne de 1943-1944 et du Viêt Nam du Nord de 1967-1975 montrent que des campagnes aériennes ne suffisent jamais à faire changer une dictature de trajectoire.

Pour chasser un pouvoir déclaré comme ennemi, il faut une action militaire terrestre, comme ce fut le cas dans l’Afghanistan du mollah Omar (2001) ou dans l’Irak de Saddam Hussein (2003). Et même dans le cas d’une invasion terrestre (dont Trump ne veut à aucun prix), il faut ensuite songer à mettre en place un pouvoir transitoire, capable de bien administrer le pays « libéré ». Le président a certainement médité les échecs des États-Unis à bien gérer, après leurs « libérations », l’Afghanistan et l’Irak. Dans le premier pays, ils ont rendu en 2021 le pouvoir à ceux à qui ils l’avaient arraché en 2001 (les talibans) ; dans le second, ils ont provoqué la naissance d’une organisation beaucoup plus dangereuse que le gouvernement qu’ils étaient venus châtier : État islamique.

Les interventions occidentales « humanitaires » en terre d’islam existaient déjà au XIXᵉ siècle, et elles auront certainement tendance à vouloir se poursuivre au XXIᵉ siècle. Mais je pense que les dirigeants occidentaux seraient désormais bien avisés de ne les lancer qu’après avoir rempli simultanément trois conditions :

  • Premièrement, avoir sous la main un pouvoir de remplacement crédible (ce qui n’était pas le cas du brave gouverneur américain Paul Bremer dans l’Irak de 2003, qui ne parlait même pas l’arabe).
  • Deuxièmement, être certain d’offrir aux populations qu’on vient aider une situation qui soit meilleure après notre intervention militaire qu’avant (ce qui ne fut pas le cas dans la Libye de Muammar Kadhafi, attaquée par la France et ses alliés anglo-saxons en mars 2011).
  • Troisièmement, être sûr de ménager ses intérêts à moyen et long terme (qui ne le furent certainement pas pour la France à partir de 2011, avec une Libye du chaos qui devint une plateforme d’immigration illégale majeure vers l’Hexagone).

C’est le cœur qui parle quand on veut intervenir à l’étranger contre une dictature oppressant son peuple. Mais la raison nous rappelle qu’il y a pire que la dictature : l’anarchie. Et pire que l’anarchie : la guerre civile.

Renaud Girard

lefigaro.fr

Indonésie : Un nouveau code pénal dangereux pour les libertés publiques

 

Le nouveau code pénal indonésien publié le 2 janvier dernier remplace après 50 ans de débats le code précédent hérité de la période coloniale . Cette modernisation suscite toutefois de nombreuses réactions et mobilise la société civile. Le nouveau code criminalise l’idéologie communiste, encadre le droit de manifester, limite les droits des femmes et la liberté religieuse. Le débat est désormais porté par différentes associations devant la cour constitutionnelle.

Le nouveau code pénal indonésien, le Kitab Undang-Undang Hukum Pidana ou KUHP, a pris effet le 2 janvier 2026. Il avait été validé par une loi votée fin 2022 par le DPR (Dewan Perwakilan Rakyat, le parlement indonésien). Ce nouveau code pénal remplace l’ancien code colonial néerlandais, le Wetboek van Strafrecht voor Nederlands-Indië ou « code pénal des Indes néerlandaises. »

Le code colonial a pour origine le code Napoléon, qui fut introduit aux Pays-Bas à la suite de l’annexion de ceux-ci par la France en 1810. Les Pays-Bas l’introduisent à leur tour dans leur colonie des Indes néerlandaises en 1886. Il est sanctionné par la reine Wilhelmine en 1915 et prend effet en 1918.

Un héritage colonial inadapté

L’Indonésie proclame son indépendance le 17 août 1945, deux jours après la capitulation du Japon. Le lendemain, elle promulgue une constitution dont l’article 37 stipule que « tous les organes et règlements étatiques existants restent en vigueur, tant que de nouveaux n’auront pas été créés conformément à la présente constitution. »

L’année suivante est promulguée une loi dont l’article premier stipule que « les règles pénales désormais en vigueur sont celles qui existaient au 8 mars 1942, » date de la capitulation de l’armée coloniale des Indes néerlandaises devant les troupes japonaises. La loi entre en vigueur pour les îles de Java, Madura et Sumatra. Pour les autres régions, dont les Pays-Bas avaient réussi à reprendre le contrôle, une date sera fixée par le Président.

La jeune république d’Indonésie avait donc à ses débuts un code pénal hérité de la période coloniale, rédigé en néerlandais, qui avait été traduit dans la langue nationale, l’indonésien, avec toutefois des modifications comme la suppression d’éléments caractéristiques des Indes néerlandaises et l’ajout de nouvelles infractions par rapport au contexte national.

Durant les années 1950, l’Indonésie doit faire face à plusieurs rébellions séparatistes qu’elle finit par réprimer. En 1955, elle organise les premières élections de son histoire. En 1958, elle promulgue une loi qui stipule que le code pénal s’applique à l’ensemble du territoire indonésien.

Une réforme nécessaire

Les autorités indonésiennes sont conscientes que l’ancien code pénal n’est plus en phase avec un contexte national qui évolue rapidement. Elles envisagent une réforme. En 1963, elles organisent un séminaire sur la question. Un premier projet de nouveau code pénal est élaboré en 1964.

Les événements de 1965-1966, marqués notamment par des massacres anticommunistes qui font plus de 500 000 morts, aboutissent à la prise du pouvoir d’un général de l’armée de terre, Soeharto. Le projet de réforme du code pénal n’est pas pour autant abandonné. En 1975 se tient à Bali, dont les habitants se déclarent en très large majorité hindouistes dans un pays où plus de 80 % de la population se déclarent musulmans, un symposium qui a pour thème l’influence de la religion et de la culture sur le droit pénal. D’autres séminaires sont organisés en 1979, en 1980 et en 1995. Soeharto démissionne en 1998.

Un projet contesté

Dans le nouveau contexte de débat démocratique, un séminaire est organisé en 2003. Aussitôt divers secteurs de l’opinion expriment leur désaccord avec de nombreux articles du projet, à commencer par la Yayasan Lembaga Bantuan Hukum Indonesia (« Institut indonésien d’aide juridique ») ou YLBHI, une organisation non-gouvernementale qui a pour mission de permettre l’accès à la justice aux populations pauvres, marginalisées ou délaissées.

Sur la plateforme juridique hukumonline.com, un juriste identifie « trois problèmes cruciaux dans la rédaction du projet de loi pour le code pénal » : les questions idéologiques, de moralité et de religion.

Dans ce projet, au moins cinq articles interdisent la diffusion de théories « communistes » ou « marxistes-léninistes. » Ces articles sont vivement critiqués par le directeur adjoint de l’YLBHI Robertus Robet, qui les qualifie d’« héritage de la guerre froide, » alors que désormais le communisme n’est plus une menace pour l’Indonésie. Robertus craint qu’en l’absence de définitions claires, une mauvaise interprétation puisse par exemple amener à des poursuites la simple publication de biographies de personnalités communistes.

Les questions de moralité occupent une place importante dans le projet. Une trentaine d’articles y sont consacrés. Ils traitent du concubinage, du viol, de l’adultère et de la prostitution. Des militantes féministes contestent l’exclusion du viol conjugal.

Alors que le code pénal colonial ne consacre qu’un seul article à la religion, le projet comprend un chapitre de plusieurs articles sur les actes attentatoires à la religion et à la vie religieuse. Pour Robertus Robet, cette multiplication peut poser problème dans un pays pluri-religieux comme l’Indonésie. Il y voit une « islamisation » du projet de loi.

Début 2018, l’Aliansi Nasional Reformasi KUHP (« Alliance Nationale pour la Réforme du code pénal »), formée en 2005 par quelque quarante organisations de la société civile concernées par la réforme du code, demande au gouvernement de retirer le dernier brouillon, considéré notamment comme plus répressif que le code colonial.

En 2019, des milliers d’étudiants de Jakarta et de Bandung, deuxième agglomération urbaine du pays, manifestent devant le DPR contre le projet de nouveau code pénal et contre une loi qui diminue le pouvoir de la Commission pour l’éradication de la corruption (KPK). Les manifestants trouvent problématiques onze articles du projet dans lesquels constitueraient un délit, parmi lesquels l’offense au président ou au vice-président, l’avortement, sauf dans les cas de viol, le concubinage, l’offense à une religion, l’attentat à la pudeur entre personnes du même sexe.

Confronté à cette vive opposition au projet de nouveau code, le ministère de la Justice invite l’Aliansi à une discussion en juin 2022. Celle-ci répond qu’elle rejette la ratification du projet s’il n’y a pas de discussion transparente ni de participation publique significative.

Finalement le 6 décembre 2022, le DPR vote le projet de loi, alors qu’il continue d’être rejeté par de nombreux secteurs de l’opinion. Le processus de rédaction et d’adoption légale d’un nouveau code pénal aura pris plus de cinq décennies. Au total, de 1964 à 2015 vingt-quatre brouillons auront été soumis.

Les raisons de la colère

Le résultat final est loin de tenir compte des demandes de la société civile. Dans un texte daté du jour-même de l’entrée en vigueur du nouveau code, l’hebdomadaire indonésien Tempo identifiait les principaux articles controversés, qui n’ont pas changé malgré les longs débats antérieurs.

De leur côté, diverses organisations de la société civile réagissaient en déclarant que le nouveau code pénal, ainsi que le nouveau code de procédure qui l’accompagne (Kitab Undang-Undang Hukum Acara Pidana ou KUHAP, adopté en novembre 2025 par le DPR), « peuvent porter atteinte aux libertés civiles et risquent de faire basculer le pays vers un État autoritaire, sur fond de rapports de plus en plus alarmistes visant les opposants au gouvernement, » pour reprendre les mots d’une journaliste du quotidien indonésien de langue anglaise The Jakarta Post dans son édition du 3 janvier.

Sur le sujet de l’offense au président, dans un entretien avec le Jakarta Post en 2018, Enny Nurbaningsih, qui dirigeait l’équipe chargée de la rédaction du nouveau code, avait expliqué que la liberté d’expression étant garantie par la Constitution, il était hors de question de poursuivre par exemple une personne qui exprime une opinion ou une critique sur une politique du gouvernement. Par « offense », on entend toute atteinte à la dignité d’un chef d’État, comme le fait de le traiter de « chien » ou d’utiliser toute autre insulte sans rapport avec ses fonctions présidentielles.

S’agissant de l’avortement, l’article stipule qu’une femme qui provoque intentionnellement un avortement ou met fin à sa grossesse, ou qui demande à quelqu’un d’autre de le faire, encourt une peine maximale de 4 ans de prison.

La cohabitation illégale est passible de poursuites pénales. Les articles 411 et 412 prévoient des sanctions pour les personnes vivant en concubinage, avec une peine d’emprisonnement maximale d’un an ou une amende pouvant atteindre 10 millions de rupiah (environ 500 € en 2026). L’adultère ne sera poursuivi que sur plainte d’un conjoint pour les personnes mariées, d’un parent ou d’un enfant pour les personnes non mariées.

L’inclusion d’articles portant sur les idéologies n’a rien de nouveau : le code pénal colonial en contenait. En réponse à ces craintes, le responsable de la rédaction du projet de loi, le professeur Muladi, avait expliqué en 2005 que la diffusion des théories marxistes et léninistes n’était interdite que si elle vise à modifier ou à remplacer le Pancasila comme idéologie d’État ou à renverser le gouvernement. Dans une conférence de presse le 5 janvier 2026, trois jours après l’entrée en vigueur du nouveau code pénal, le ministre de la Justice, Supratman Andi Agtas, confirmait que, pour ce qui concerne le communisme et le marxisme-léninisme, leur étude sur le plan universitaire ou scientifique n’est pas considérée comme un délit.

En réponse aux accusations d’« islamisation » avancées en 2003 par Robertus Robet de l’YLBHI, le juriste Abdul Gani Abdullah du ministère de la Justice avait expliqué que le projet était en effet inspiré par l’islam au même titre que par le droit coutumier ou adat et par les conventions internationales. L’islam étant la religion de la majorité des Indonésiens, il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’il porte sa marque sur le projet.

Le 5 janvier 2026, trois jours après la prise d’effet du nouveau code, le ministre coordinateur de la Justice et des Droits de l’Homme, Yusril Ihza Mahendra, déclare que ce nouveau code se veut « plus moderne, plus juste et enraciné dans les valeurs du Pancasila et de la culture indonésienne. » En particulier, il intègre l’adat, qui est antérieur à l’arrivée des « grandes » religions à vocation universelle que sont le christianisme et l’islam. Néanmoins le lendemain, plus de dix pétitions sont soumises à la Cour constitutionnelle.

Un tournant antidémocratique ?

Les divers arguments avancés par le gouvernement indonésien semblent peu convaincants. S’agissant des idéologies, en 2018 Heri Budiawan, un militant qui avait coordonné une manifestation de protestation contre une mine d’or dans l’est de Java, avait été condamné à quatre ans de prison, accusé d’avoir déployé une banderole sur laquelle figurait une faucille et un marteau, ce qui n’avait jamais été prouvé. Sa peine avait été suspendue.

La question de l’islamisation touche à un point sensible. L’Indonésie se veut un État séculaire, dans lequel la religion n’a pas d’emprise sur le politique. Sa constitution ne mentionne d’ailleurs aucune religion particulière. Toutefois, l’Indonésie donne une place au droit religieux. Le droit coutumier balinais est marqué par la religion hindouiste. L’État reconnaît donc la dimension religieuse de ce droit. Il reconnaît également certains aspects du droit musulman. Dans les deux cas, il s’agit essentiellement de questions liées au mariage.

La penistaan agama ou « insulte à une religion » faisait partie des thèmes dénoncés par le mouvement de protestation de 2019. Elle figurait déjà dans un article de l’ancien code pénal. En 2017 l’ancien gouverneur de Jakarta, Basuki Tjahaja Purnama, dit « Ahok », avait été inculpé en vertu de cet article. On est en droit de craindre que d’autres personnes soient à l’avenir poursuivies au motif d’atteinte à une religion.

On peut à juste titre s’inquiéter d’un code pénal qui repose, non pas sur des principes universels mais sur des particularismes, en l’occurrence indonésiens. Les autorités indonésiennes actuelles ont du mal à construire une société démocratique.

Néanmoins, il faut se garder d’une vision essentialiste de la société indonésienne. Les nombreux mouvements de contestation qui l’animent depuis la fin du régime Soeharto en 1998 démontrent sa capacité à réagir, comme on l’a vu notamment avec les violentes manifestations d’août et septembre 2025.

Anda Djoehana Wiradikarta

asialyst.com

Pourquoi Xi Jinping fait-il disparaître autant de généraux ?


La plus grande armée du monde est en pleine agitation. En l'espace de trois ans seulement, Xi Jinping a changé presque toute la tête de l'Armée populaire de libération (APL), qui compte environ deux millions de soldats. La chute du général Zhang Youxia, responsable de la planification opérationnelle de la guerre, est particulièrement radicale.

Avec cette opération de nettoyage, le président chinois s'octroie encore plus de pouvoir. Il s'ouvre la voie vers la conquête de Taïwan – avec ou sans l'assentiment de Trump. Même pour l'Europe et la Suisse, le risque augmente.

Armée, marine, forces de missiles: presque tous les départements de l’APL sont touchés. Au moins 30 généraux et amiraux qui occupaient encore des postes clés début 2023 ne sont plus en fonction. Certains d'entre eux ont été limogés, d'autres placés sous enquête du parti, d'autres encore ont tout simplement disparu.

En Chine, les autorités font régulièrement disparaître des personnes lorsqu'elles ne conviennent pas au gouvernement. Selon l'organisation de défense des droits de l'homme Safeguard Defenders, cela aurait concerné environ 150'000 personnes au cours des dernières années. C'est le cas du ministre des Affaires étrangères Qin Gang en 2023 et du ministre de la Défense Li Shangfu peu après. Il est possible qu'ils soient détenus dans un lieu tenu secret.

Un général chevronné accusé d’espionnage

Seuls sept généraux de longue date sont encore actifs aujourd'hui, selon le «New York Times». Parmi eux se trouve Zhang Shengmin. Il a longtemps fait partie des forces de missiles qui contrôle également l'arsenal nucléaire de la Chine. Depuis l'année dernière, il est vice-président de la Commission militaire centrale, l'organe de direction militaire le plus élevé.

Il est en revanche surprenant que le chef opérationnel Zhang Youxia fasse partie des personnes licenciées. Il était l'un des principaux alliés de Xi et l'un des rares militaires à avoir une expérience de la guerre. Jeune officier, il était présent lorsque la Chine a attaqué le Vietnam en 1979. La semaine dernière, des informations ont évoqué la transmission de données ultrasensibles sur le programme nucléaire chinois aux Etats-Unis, ainsi que des pots-de-vin contre des promotions.

Xi s'approprie le pouvoir

Quel est l'objectif de Xi en remplaçant la quasi-totalité du personnel militaire? Officiellement, il s'agit de lutter contre la corruption, mais dans les faits, il s'agit de loyauté et d'extension de son propre pouvoir. Simona A. Grano, spécialiste de la Chine à l'Université de Zurich, explique: «La direction du parti et de l'armée devient de plus en plus un instrument de sa domination personnelle et de moins en moins un système de direction collective avec un contrôle interne.»

Ce jeu de pouvoir a des répercussions sur le monde entier. Pour Taïwan en particulier, la situation pourrait devenir inconfortable à long terme. Certes, les coupes claires dans le commandement militaire affaiblissent l'Armée populaire de libération à court terme. Mais si Xi retire ses freins et s'entoure de partisans loyaux, il pourrait y avoir à long terme une attaque largement soutenue sur l'île située au large des côtes chinoises. D'autant plus que Xi estime que le président américain Donald Trump est moins interventionniste que son prédécesseur en ce qui concerne Taïwan.

Simona A. Grano n'exclut pas que Zhang Youxia ait été écarté parce qu'il avait peut-être exprimé des doutes sur la préparation militaire d'une guerre à Taïwan. Avec des personnes partageant les mêmes idées autour de lui, la voie serait libre pour Xi pour une tentative de conquête.

«C'est inquiétant»

Selon Simona A. Grano, le changement à la tête de l'armée chinoise entraîne une plus grande incertitude dans le monde entier, ce qui devrait à son tour encourager le réarmement: «La combinaison d'un commandement militaire inexpérimenté et d'une politique étrangère agressive augmente le risque de mauvais calculs, par exemple en cas d'incidents aériens et maritimes dans le détroit de Taïwan ou en mer de Chine méridionale.»

Pour l'Europe comme pour la Suisse, le remplacement de la direction militaire comporte un risque. Pour être préparés à d'éventuels troubles, les Européens devraient diversifier à temps leurs chaînes d'approvisionnement, planifier des scénarios de sanctions et investir dans la prévention diplomatique. Il faut se mettre en position, même s'il ne vaudrait mieux pas utiliser ces instruments, estime Simona A. Grano.

Simona A. Grano évalue la situation: «L'évolution actuelle en Chine montre clairement que la rationalité politique et militaire est de plus en plus remplacée par la loyauté. Et cela est fondamentalement inquiétant du point de vue de la politique de sécurité.»

 Guido Felder

blick.ch

De l’assassinat du fils de Kadhafi au risque d’une reprise de la guerre

 

Photo circulant sur les réseaux représentant Saïf al-Islam immédiatement après sa mort. 
La djellaba blanche apparaît aussi sur d’autres photos un peu ultérieures du cadavre.


De l’héritier réformateur plein de promesses au paria menaçant, le parcours tortueux de Saïf al-Islam Kadhafi résume les contradictions libyennes. C’est la fin d’un symbole. Les réactions polarisées à sa mort, à Zintan, dans le cadre d’une exécution ciblée, attestent des risques élevés de relance du conflit dans un pays au bord du gouffre.  

La scène, décrite par des sources proches de l’entourage familial, est celle d’un assassinat politique ciblé. Mardi 3 février 2026, vers 14h30, quatre assaillants masqués font irruption dans une résidence de la périphérie de Zintan, dans l’ouest de la Libye. Les caméras de surveillance sont neutralisées, les gardes mis hors d’état de nuire. Un échange de tirs éclate dans le jardin. Quand le silence revient, Saif al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien Guide et figure à la fois honnie et adulée, gît, mortellement touché. Son geôlier devenu son protecteur dévoué, Ahmed el-Ajmi el-Atri, est légèrement blessé. Les agresseurs disparaissent.

Célérité inhabituelle de l’enquête

L’annonce de sa mort, dans la soirée, a envoyé une onde de choc à travers un pays déjà fracturé, ravivant les fantômes du passé et menaçant de réduire à néant des processus politiques fragiles. Le bureau du procureur général, Sedig Essour, a réagi avec une célérité inhabituelle, dépêchant sur place une équipe complète d’enquêteurs et d’experts. Dans un communiqué détaillé publié à l’aube du 4 février, il a confirmé la thèse de l’assassinat par « projectiles mortels » et promis une enquête rapide. Cette réactivité témoigne de la dangerosité politique extrême d’un dossier qui plonge ses racines dans des décennies tumultueuses d’histoire libyenne.

Pour comprendre le choc que représente cet acte, il faut remonter le fil de la vie de l’homme qui en a été la cible. Né le 25 juin 1972 dans le complexe militaro-politique de Beb al-Azizia à Tripoli, Saif al-Islam, deuxième fils de Mouammar Kadhafi et de sa seconde épouse Safia Farkash, a très tôt été projeté sur le devant de la scène. Après des études d’architecture en Libye, il obtient un doctorat en économie à la London School of Economics en 2000 – un diplôme dont la légitimité fut ensuite contestée à cause des diverses donations libyennes dont a bénéficié l’université. Sans formation militaire, il reçoit le grade de commandant et prend, en 1998, la tête de la Fondation Kadhafi pour le Développement.

Un héritier qui tente de moderniser le système 

C’est par cette fondation qu’il bâtit sa réputation d’interlocuteur international et de médiateur. Tour à tour, il négocie la libération d’otages allemands aux Philippines (2000), contribue au règlement financier et politique de l’attentat de Lockerbie, œuvre à la libération des infirmières bulgares accusées d’avoir contaminé des enfants au VIH à Benghazi (2007), et joue un rôle dans les négociations secrètes aboutissant à l’abandon du programme d’armes de destruction massive de la Libye en 2003.

En interne, il se présente comme le visage de la modernisation, portant le projet « Libye de demain » (Libya al-Ghad) qui promet une nouvelle constitution, une économie diversifiée et une ouverture relative. Il parvient même à faire nommer le réformateur Choukri Ghanem au poste de Premier ministre. Mais ses ambitions se heurtent au mur des conservateurs du régime et à l’autorité absolue de son père. Son discours critique de 2008 provoque la fermeture de sa chaîne de télévision. Nommé coordinateur du Comité populaire général en 2009, il devient officiellement la deuxième figure du régime, mais sans pouvoir réel sur un système verrouillé.

2011, la guerre « jusqu’au dernier homme »

Le tournant décisif survient en février 2011. Alors que la révolution éclate, beaucoup espèrent qu’il choisira la conciliation. L’espoir est de courte durée. Le 20 février, face aux caméras, l’héritier réformateur se mue en porte-parole de la répression. Il promet que son père « combattra la révolution jusqu’au dernier homme » et menace : « Nous nous battrons jusqu’au dernier homme, à la dernière femme, à la dernière balle. » Qualifiant les membres du Conseil national de transition d’« ordures », il enterre son image d’ouverture. La Cour pénale internationale émet un mandat d’arrêt contre lui en mai 2011 pour crimes contre l’humanité.

Capturé en novembre 2011 près d’Oubari, il est emprisonné à Zintan, ville qui le protège et refuse de le livrer. Un tribunal libyen le condamne à mort par contumace en 2015, un verdict critiqué par l’ONU pour son manque d’équité. Sa libération en juin 2017 par la brigade Abou Bakr al-Siddiq, proche du maréchal Khalifa Haftar, reste entourée de mystère. Son gardien, Ajmi al-Atiri, devenu son protecteur, déclare alors : « La majorité des Libyens regrette l’ancien régime. Saif al-Islam jouera un rôle clé pour unifier la Libye. » Une alliance tacite avec Haftar est évoquée.

L’éclipse puis le retour : tensions avec Haftar

Pendant près de dix ans, il maintient un silence relatif, avant de refaire surface en juin 2021 dans une interview au New York Times. Le ton n’a pas changé : les révolutionnaires sont des « terroristes, démons et idiots », les Printemps arabes une erreur commise par des « Arabes stupides ». Il ne renie rien du règne paternel, ne concédant que de légers « écarts » dans les années 80. Il dépose sa candidature à la présidentielle en novembre 2021, mais elle est rejetée à cause de ses condamnations pénales, avant d’être rétablie par un tribunal de Sebha, illustrant la bataille juridique autour de son statut.

Les années qui suivent le voient manœuvrer dans un paysage de plus en plus hostile. Après les inondations meurtrières de Derna en septembre 2023, il fustige « l’effondrement de l’État post-2011 » et la corruption des gouvernements. Le printemps 2024 marque la rupture publique avec son ancien protecteur putatif Khalifa Haftar. Des milices de Zintan, pourtant pro-Haftar, annoncent leur soutien à Saïf al-Islam. En réponse, Haftar fait arrêter Ali Bousbayha al-Hasnawi, un chef tribal et médiateur pro-Kadhafi, provoquant des protestations dans le Sud. La photo d’un Saïf al-Islam souriant, levant le pouce devant les montagnes de Zintan, en juin 2024, apparaît alors comme un défi.

C’est dans ce contexte de tension extrême que le drame se noue. Dans les jours précédant l’assassinat, des personnalités de Zintan, comme Abdallah Naker, réclamaient publiquement son arrestation. Selon ses partisans, ses déplacements entre le djebel Nefoussa et la région d’Al-Hamada, axe stratégique vers le sud et les frontières algérienne et tunisienne, étaient étroitement surveillés. Les forces de Haftar auraient resserré « un étau » autour de lui, tentant à plusieurs reprises de le capturer. Quelques jours avant sa mort, son avocate libanaise révélait qu’il craignait d’être « liquidé » par le maréchal.

Un choc et des réactions polarisées

Les accusations ont fusé immédiatement après l’annonce de son décès. Le camp des partisans de Kadhafi et son équipe politique ont pointé du doigt sans ambages des « milices militaires relevant de Khalifa Haftar ». L’analyste politique Abdessalam al-Rajhi a estimé que cette accusation n’était pas une surprise, citant un ancien commandant de Zintan, Ibrahim al-Madani, qui affirmait dans une vidéo avoir reçu l’ordre explicite d’assassiner Saïf al-Islam. « Le camp d’Al-Rajma craignait ses déplacements dans le Sud, où il dispose de soutiens », a déclaré Rajhi, évoquant les arrestations de dizaines de ses partisans et la mise à l’écart d’Hassan al-Zadma, responsable sécuritaire dans le Sud, pour ses contacts supposés avec Kadhafi.

En face, les dénégations ont été tout aussi fermes. La 444e brigade, faction affiliée au gouvernement d’unité nationale dans l’ouest, a nié toute implication, affirmant ne pas être déployée à Zintan. Le silence a été la règle du côté des institutions officielles : le gouvernement d’unité nationale, le Conseil d’État suprême, la Chambre des représentants de Tobrouk n’ont pas commenté. Le camp de l’Est, de Haftar au gouvernement parallèle d’Osama Hammad, est resté muet. Seul Mohamed Bayaou, chef de l’Institution libyenne des médias affiliée à l’Est, a brisé ce silence, de façon glaçante, en qualifiant la mort de Saïf al-Islam de « délivrance pour lui et peut-être pour le pays », rejetant la responsabilité sur ses conseillers.

Pour certains analystes, les motivations sont à chercher dans un calcul politique froid. Les intérêts de Khalifa Haftar et du chef du gouvernement de Tripoli, Abdelhamid Dbeibah, auraient convergé pour écarter un rival encombrant. Sa base de soutien, même réduite, parmi les nostalgiques de l’ancien régime et certaines tribus du Sud (Wirfalla, Zintan), faisait de lui un obstacle électoral potentiel pour les deux hommes. D’autres, comme l’ancien membre du Conseil national de transition Mahmoud Chamam, évoquent des « marques d’appareils extérieurs », qui auraient pu chercher à semer un trouble profitable à certaines puissances étrangères.

Un avenir plus incertain que jamais

L’assassinat survient à un moment critique. La Libye est engagée dans de fragiles pourparlers parrainés par l’ONU, avec des consultations à Tunis, Paris et d’autres capitales, dans l’espoir d’établir une feuille de route électorale. L’envoyé spécial des Nations unies Hanna Tité doit justement présenter son bilan devant le Conseil de sécurité le 18 février. La mort violente d’une personnalité aussi chargée de symboles risque de tout compromettre.

Les observateurs redoutent trois conséquences majeures. Premièrement, un creusement des divisions communautaires et régionales. Ali al-Sallabi, conseiller du Conseil présidentiel pour la réconciliation, a immédiatement mis en garde contre la réouverture de « la plaie du tribalisme et du régionalisme ». Deuxièmement, une entrave au processus électoral. Si Saïf al-Islam n’était pas le favori, sa présence dans l’équation politique contraignait ses rivaux et offrait une voix, certes controversée, à une partie de l’électorat. Son élimination modifie brutalement les calculs. Enfin, le risque d’un cycle de violence est réel. Son équipe politique a averti que ce crime « ne passerait pas inaperçu », laissant craindre des représailles de la part de ses partisans tribaux ou des milices qui le soutenaient.

Face à ce péril, des appels à la raison et à la justice se font entendre. Des figures comme l’ancien président du Conseil d’État suprême Khaled El-Mechri et le conseiller de Saïf al-Islam Abdallah Othman ont exigé une enquête « urgente et transparente ». « Le meurtre en dehors de la loi est un crime injustifiable », a martelé al-Mechri.

Alors que les experts en balistique et médecine légale examinent la scène de crime de Zintan, une question plus vaste et plus sombre plane sur la Libye. Il ne s’agit plus seulement de savoir qui a tiré, ou si la ville qui abritait Saïf al-Islam depuis quatorze ans l’a finalement trahi. La question, désormais, est de savoir si les institutions fantomatiques du pays et la communauté internationale parviendront à empêcher que cet assassinat ne devienne le prélude d’un nouveau chapitre de chaos, anéantissant les derniers espoirs de consensus dans un pays épuisé par près de quinze ans de conflits.

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