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lundi 26 octobre 2026

L’Irak dans l’œil du cyclone : Bagdad face aux recompositions du Moyen-Orient

 

À bien des égards, l’Irak aura été la scène principale du début du XXIe siècle dans le monde arabe. Du « péché originel » de l’intervention menée par les États-Unis en 2003 dans leur « guerre contre le terrorisme » à la proclamation du « califat » de l’organisation de l’État islamique (EI ou Daech) à Mossoul en 2014, à la suite du déclenchement du conflit syrien, en passant par la répression du « printemps irakien » entre 2011 et 2019, les grands bouleversements régionaux auront souvent eu, pendant près de deux décennies, l’Irak comme point de départ, théâtre, symbole ou catalyseur. Or cette centralité irakienne semble désormais appartenir au passé.

Depuis octobre 2023, les reconfigurations sociopolitiques du Moyen-Orient se multiplient et leur portée est immense : accélération du nettoyage ethnique dans les Territoires palestiniens ; violations répétées par Israël de la souveraineté de ses voisins avec l’appui de l’administration de Donald Trump (depuis 2025), parfois au détriment même d’alliés des États-Unis ; chute du régime syrien de Bachar al-Assad (2000-2024) ; fragilisation de la République islamique d’Iran sous l’effet d’une contestation intérieure croissante et d’interventions militaires extérieures ; affaiblissement structurel de l’« axe de la résistance » ; reconsidération par les monarchies du Golfe de leurs visions stratégiques… De cette accélération de l’histoire régionale, l’Irak semble n’être qu’un acteur occasionnel, voire un spectateur lointain. Plus qu’une stabilité retrouvée, cette mise en périphérie de la géopolitique régionale traduit une situation de précarité : celle d’un pays rattrapé par les contradictions structurelles de son système politique, issu à la fois de l’occupation américaine (2003-2011), des élites arrivées au pouvoir en 2003 et des influences étrangères qui continuent de le façonner.

Après les horreurs de Daech, la quête de stabilité

La fin des années 2010 est marquée par la réaffirmation, par Bagdad, de la domination de l’État central. La victoire sur l’EI, proclamée en décembre 2017, s’accompagne d’une amélioration de la situation sécuritaire. Deux mois plus tôt, la tentative des autorités d’Erbil d’organiser un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien s’était soldée par l’intervention des forces armées fédérales et par le retour des « territoires disputés » dans le giron de Bagdad, après des années de contrôle par les partis kurdes irakiens. Cette reprise en main sécuritaire s’exerce aussi contre la contestation d’un système politique fondé sur le clientélisme et sur une répartition du pouvoir selon des lignes partisanes et ethnoreligieuses : le mouvement social d’octobre 2019, la « révolution de Tichrine », est écrasé dans le sang.

La réaffirmation de la souveraineté et de l’autorité du pouvoir central s’accompagne de la volonté de construire une nouvelle image : celle d’un Irak ayant tourné la page de la violence et du chaos, désormais apaisé, en quête de relations pacifiées avec ses voisins et concentré sur le développement ainsi que sur la diversification de son économie. Cette stratégie se traduit notamment par une intense activité diplomatique, qui voit l’Irak engager ou accélérer un rapprochement, y compris avec des pays avec lesquels il entretenait jusque-là des relations tendues : signature d’un accord stratégique avec la Turquie en 2024 ; retour d’un ambassadeur saoudien à Bagdad en 2016, pour la première fois depuis l’invasion du Koweït en 1990 ; acceptation de la main tendue par le nouveau dirigeant syrien, Ahmed al-Charaa, dès décembre 2024. Bagdad cherche en outre à s’établir comme une puissance d’équilibre dans la région, en développant une activité de médiation : ses bons offices contribuent ainsi au rapprochement irano-saoudien annoncé à Pékin en 2023.

L’affirmation de l’Irak comme État souverain et stabilisé pose, surtout après 2017, la question de son monopole sur l’exercice de la violence armée. La guerre contre l’EI avait en effet vu naître un nouvel acteur : les Unités de mobilisation populaire (UMP, ou Hached al-Chaabi), ensemble hétéroclite de groupes armés majoritairement chiites. Certains sont issus de milices ayant combattu l’occupation américaine ; d’autres sont nés pour soutenir le régime de Bachar al-Assad en Syrie à partir de 2012 ; d’autres encore ont été créés pour faire face à la menace de Daech en Irak en 2014. Fortes de dizaines de milliers de combattants ayant répondu à l’appel des autorités religieuses chiites pour protéger le territoire irakien, les UMP se sont progressivement institutionnalisées et intégrées à l’appareil d’État irakien. Elles font l’objet de nombreuses critiques émanant de la société civile, des composantes kurdes et sunnites de la population irakienne, ainsi que des puissances occidentales, qui leur reprochent des pratiques violentes et criminelles, de même que les liens entretenus par leurs groupes les plus influents avec les Gardiens de la révolution iraniens (pasdaran). Leurs brigades sont également accusées de conserver un fonctionnement milicien et une allégeance au commandement militaire iranien.

Les gouvernements successifs cherchent donc à tenir une position d’équilibre fragile, qui consiste à la fois à ménager ces groupes, d’autant plus importants qu’ils investissent massivement les champs politique et économique, et à les contenir afin de satisfaire les demandes américaines de démantèlement de ce que Washington considère comme le principal bras armé de l’influence de Téhéran en Irak. De fait, certains groupes armés les plus proches de l’Iran disposent, outre de brigades au sein des UMP, de « factions » indépendantes qui, après la guerre, continuent, au nom de leur participation à l’« axe de la résistance » coordonné par Téhéran, de conduire des opérations militaires visant à obtenir le retrait des derniers personnels américains présents en Irak.

Cette gestion politique d’injonctions contradictoires aboutit à un résultat paradoxal. D’une part, les UMP deviennent une institution de l’État irakien. Une partie de leurs membres finit même par prendre goût aux bénéfices matériels et symboliques, ainsi qu’à la stabilité, qui y sont attachés. D’autre part, cette institutionnalisation contribue à ancrer durablement les groupes composant les UMP dans l’appareil administratif irakien et à donner accès à leur direction aux moyens logistiques, financiers et de renseignement de l’État. La domestication du phénomène milicien n’a pu s’opérer qu’au prix d’une greffe hâtive, au bénéfice des principaux intéressés. Si le Premier ministre ­Mohamed Chia al-Soudani (depuis 2022) est souvent loué pour sa capacité à suivre une ligne relativement indépendante de la politique iranienne, tout en ayant empêché une confrontation avec le nouveau pouvoir syrien, c’est aussi sous son mandat que les UMP ont consolidé leur empire économique.

Ce renforcement de l’ancrage institutionnel des UMP va de pair avec une refonte des « factions », notamment à la suite de l’assassinat, par un drone américain, en janvier 2020, de deux ­figures tutélaires, dont Qassem Soleimani (1957-2020), général iranien de la force Al-Qods. Après cette date, qui marque le début du démembrement de l’« axe de la résistance », processus appelé à s’accélérer après 2023, les groupes armés autonomes constituent un Comité de coordination de la résistance islamique en Irak. Y sont présentes les brigades Hezbollah, Harakat Hezbollah al-Nujaba, Sayyed al-Shuhada, Imam Ali et la Ligue Ahl al-Haq, dont une partie se retrouvera, après le 7 octobre 2023, dans la « Résistance islamique en Irak » (RII).

Se tenir à l’écart des conséquences du 7 Octobre

L’ambition d’équilibre de l’État irakien est particulièrement mise à l’épreuve par la guerre à Gaza qui suit le 7 octobre 2023 et par sa régionalisation progressive. Bagdad s’emploie à éviter toute implication directe. De fait, durant les deux premières années du conflit, y compris pendant la « guerre des douze jours » de juin 2025 entre Israël et l’Iran, l’Irak n’est concerné qu’à la marge. Les groupes armés qui constituent la composante irakienne de l’« axe de la résistance » font preuve d’une grande prudence et se contentent de quelques frappes aux effets limités.

Si cette mise à l’écart des groupes armés de la RII est souvent attribuée à la volonté de ­Mohamed Chia al-Soudani de ne pas impliquer son pays dans la guerre, elle tient davantage aux réticences de l’Iran, qui ne souhaite alors pas provoquer un embrasement régional, ainsi qu’à celles des groupes armés eux-mêmes. Ceux-ci craignent en effet de s’aliéner les grands partis politiques chiites de Bagdad et de perdre le bénéfice de leur intégration à l’État irakien en provoquant une réaction israélienne qui ne se soucierait guère de proportionnalité et leur ferait subir un sort comparable à celui du leadership du Hezbollah libanais. Enfin, l’idée de se mobiliser pour la Palestine ou pour le Liban divise. Une partie des membres des UMP, acquise à l’idée de faire pleinement partie de l’État, souhaite prendre ses distances avec les factions de la RII qui, par leurs provocations violentes, sapent le travail d’institutionnalisation des UMP. Un autre facteur contribue à figer les positions : la perspective des élections législatives de novembre 2025, qui incite les principaux acteurs à éviter toute aventure susceptible de bouleverser les équilibres partisans, surtout dans un contexte où les Irakiens pourraient sanctionner dans les urnes les factions jugées responsables d’avoir replongé le pays dans un conflit violent.

L’Irak n’est donc ni un acteur ni un véritable théâtre de ce premier moment de la régionalisation de la guerre ; il parvient d’ailleurs à absorber le choc du changement de régime à Damas, en dépit des craintes suscitées par l’arrivée au pouvoir d’un ancien djihadiste issu d’Al-Qaïda et par le complexe obsidional que celle-ci réactive au sein d’une grande partie de la population chiite, notamment à la suite des massacres perpétrés sur la côte alaouite en mars 2025.

L’Irak pris en étau

Cet équilibre précaire est mis à mal par deux dynamiques qui révèlent la double dépendance irakienne à l’égard des exigences concurrentes de Washington et de Téhéran : d’une part, une nouvelle impasse politique interne, consécutive aux élections législatives ; d’autre part, l’intensification de la confrontation entre l’Iran, Israël et les États-Unis. Comme sur de nombreux autres dossiers internationaux, le second mandat de ­Donald Trump se traduit par une ingérence assumée et menaçante dans la vie politique irakienne.

Comme cela s’est régulièrement produit depuis 2003, les législatives de novembre 2025 ne font émerger aucun vainqueur disposant d’une majorité lui permettant de constituer un gouvernement. Dans les négociations qui se poursuivent pendant plusieurs semaines, le Cadre de coordination – coalition regroupant les principaux partis chiites – avance la candidature de Nouri al-Maliki à la primature. Ancien chef du gouvernement (2006-2014) et instigateur des UMP, cet homme né en 1950 apparaît, pour ses partisans, comme capable de restaurer l’autorité de l’État et de préserver les intérêts du camp chiite dans un contexte régional incertain. Cette proposition se heurte toutefois à un veto américain explicite, Donald Trump reprochant à Nouri al-Maliki sa conduite passée des affaires irakiennes. Washington multiplie les pressions sur Bagdad, allant jusqu’à évoquer la possibilité de sanctions économiques. Nouri al-Maliki alterne alors entre la dénonciation de l’ingérence américaine dans les affaires irakiennes et la promesse de rationaliser, voire de démanteler, certaines factions armées, dans l’espoir de lever l’opposition américaine à son retour au pouvoir. Conscientes de la nécessité de désigner un Premier ministre capable de négocier avec l’administration américaine, mais soucieuses de ne pas paraître soumises aux injonctions de Washington, les élites politiques irakiennes se trouvent plongées dans une impasse au moment où l’environnement immédiat du pays s’embrase.

La reprise de la confrontation directe entre Israël, les États-Unis et l’Iran vient en effet changer la donne et risque de précipiter l’Irak dans la guerre malgré lui. Le changement de stratégie opéré par Téhéran – qui avait refusé l’escalade à l’été 2025, mais paraît avoir fait de la régionalisation du conflit un choix assumé six mois plus tard – entraîne une mobilisation plus visible de certains groupes armés irakiens. Des manifestations sont organisées devant la Zone verte, tandis que des tirs de missiles visent des cibles situées à Bagdad – dont l’ambassade américaine, le 7 mars 2026 –, au Kurdistan irakien ainsi que dans des pays voisins. Cet engagement demeure cependant d’une portée ­limitée. Les opérations menées depuis le territoire irakien visent le plus souvent des objectifs symboliques et n’occasionnent que des dégâts restreints aux intérêts américains. L’entrée en action de la RII semble ainsi relever moins d’un retour à un alignement idéologique aveugle sur l’Iran que d’un engagement calibré. Il s’agit à la fois de préserver la crédibilité de l’alliance stratégique avec Téhéran et d’entretenir, auprès des États-Unis comme des monarchies du Golfe, la menace d’un embrasement régional susceptible d’augmenter le coût politique de la poursuite de la guerre. Les factions armées irakiennes cherchent, au début du conflit, à jouer leur rôle dans l’équation régionale sans remettre pour autant en cause leur insertion dans l’espace politique national.

Dans ce contexte, la position du Premier ministre sortant, Mohamed Chia al-Soudani, apparaît particulièrement fragile. Sa ligne officielle – refuser toute implication directe de l’Irak dans la guerre – lui avait initialement permis de consolider une stature nationale au cours de l’année 2025. À mesure que certaines factions armées multiplient les initiatives militaires, cette posture révèle surtout les limites de l’autorité du chef du gouvernement sur des groupes qui, pour certains, n’hésitent plus à le menacer ouvertement s’il devait entraver l’action de la RII. Pour autant, l’ensemble des acteurs irakiens semble poursuivre, chacun sur son propre terrain, un même objectif de retenue, qu’il s’agisse du Premier ministre désireux d’être reconduit, des politiciens du Cadre de coordination chiite soucieux de préserver la stabilité de leur oligopole, des chefs de factions armées qui souhaitent conserver l’accès aux largesses de l’État, ou encore des autorités religieuses chiites d’Irak, dont la plus éminente, l’ayatollah Ali al-Sistani, s’emploie à ne fournir aucun prétexte à une mobilisation armée en soutien à l’Iran.

L’étau dans lequel se trouve pris l’Irak, entre les impérialismes américain et iranien, n’a rien de nouveau. Ancienne puissance occupante, les États-Unis ont orchestré le façonnage institutionnel de l’Irak post-2003 en collaboration avec une classe politique revenue d’exil et clientélisée. Leur administration, leur présence militaire persistante, ainsi que leur contrôle des revenus des hydrocarbures irakiens, leur assurent des leviers significatifs sur la vie politique du pays. L’Iran, pour sa part, peut notamment compter sur l’attachement de plusieurs groupes politiques irakiens de premier plan au modèle idéologique conçu par l’ayatollah Rouhollah Khomeyni (1902-1989), comme en témoignent les déclarations d’allégeance de nombreux dirigeants chiites irakiens à Mojtaba ­Khamenei, devenu Guide suprême à la suite de la mort de son père, Ali Khamenei, tué le 28 février 2026, qui était au pouvoir depuis 1989.

Symbole de cette double dépendance, Bagdad doit, depuis 2016 et la réactivation du régime de sanctions internationales contre Téhéran, demander régulièrement à Washington une dérogation pour pouvoir acheter à son voisin iranien l’électricité qu’il n’est pas en mesure de produire à partir de son propre pétrole. Si cette situation peut, en temps de paix, s’accommoder d’équilibrismes politiques dont les élites irakiennes sont devenues expertes, elle réduit, en temps de guerre, l’action politique à une dangereuse ligne de crête. L’incertitude politique dans laquelle est plongé l’Irak, du fait de ces contradictions, le rend aujourd’hui vulnérable aux moindres inflexions de son environnement. Pour n’en prendre qu’un exemple, les initiatives américaines et israéliennes visant à encourager la mobilisation de groupes d’opposition kurdes iraniens installés sur le territoire irakien pourraient provoquer des réactions violentes de la part des factions alliées à Téhéran et réactiver les logiques d’escalade que Bagdad cherche précisément à éviter.

Une résistance sans cause ?

L’Irak a sous les yeux un contre-modèle : celui de l’État libanais, qui joue sa propre existence, faute, sans doute, d’avoir pu résoudre la question de la place de la « résistance » dans l’appareil d’État. Le Liban a ses spécificités : sa proximité géographique immédiate avec l’État israélien, d’abord ; le statut unique du Hezbollah, ensuite, incarnation hégémonique de la RII et principal acteur politique et militaire du système libanais, mais contesté jusqu’au cœur de l’État par des adversaires partisans aux affiliations communautaires et idéologiques diverses. En Irak, la RII, quoique suscitant la critique, voire l’hostilité, de larges pans de la société, constitue une réalité plus diverse et plus éclatée, partagée entre plusieurs groupes armés et prise dans un réseau d’alliances avec une classe politique qui dépasse largement ses propres frontières. C’est plus encore le cas si l’on y ajoute les UMP, associées à l’oligopole politique chiite qui domine l’État irakien depuis 2005, implanté sur l’ensemble du territoire et imbriqué dans la vie économique du pays.

La situation irakienne rend ainsi plus inconcevable encore le mythe d’une extirpation de la « résistance » de ce qui serait le corps sain de l’État. Il y a peu encore, les groupes armés irakiens, à l’assise idéologique souvent faible, éloignés de la Palestine et concentrés sur leurs activités économiques et politiques, dans une société tout juste sortie de la guerre et dans un contexte de retrait américain, tendaient de plus en plus à devenir une résistance dépourvue de cause. L’affaiblissement de l’axe iranien et la mort de Hassan Nasrallah (1960-2024) les poussaient à se réinventer politiquement pour survivre, tandis que leurs troupes, à mesure qu’elles découvraient les bénéfices de l’État, se prenaient à s’y plaire. La guerre a redonné une cause à cette résistance et, ce faisant, a brisé cette dynamique – peut-être provisoirement. 

Robin Beaumont

areion24.news

La Finlande aux avant-postes de la paix et du multilatéralisme dans un monde bouleversé

 

Alors que l’on assiste à une désinhibition de la violence dans les rapports internationaux, comment expliquez-vous cette attention permanente que la Finlande porte à la paix, ainsi que la volonté des Finlandais de défendre leur pays ?

En Finlande, nous avons toujours porté attention à tout ce qui est lié à la médiation de la paix et je pense que cela vient de notre histoire et de notre compréhension de ce que l’histoire peut nous enseigner et de ce qu’elle apporte.

En effet, il faut se rappeler qu’il y a environ 100 ans, lorsque nous avons gagné notre indépendance en 1917, nous avons connu une guerre civile féroce et traumatisante, opposant les Rouges aux Blancs. Malgré cela, et bien que nous fussions un pays pauvre à l’époque, nous avons réussi à nous relever pour devenir, en un siècle, ce que l’on pourrait définir comme une société de bien-être nordique prospère. Aujourd’hui, la Finlande se situe dans le top 5 de nombreux classements mondiaux — sur la qualité de vie, l’éducation, la liberté médiatique, la qualité de l’air —, y compris celle des pays les plus heureux du monde depuis huit années consécutives.

L’autre raison qui explique cet intérêt de la Finlande, est que nous vivons à côté d’un voisin qui a eu des tendances impérialistes. Je ne parle pas de la Suède, bien que la Suède en ait eu aussi par le passé, mais de la Russie. Cela a donc créé ce que j’appellerais ce psychisme national, où nous avons maintenant un pays où 80 % de la population est prête à défendre notre indépendance. Or, en dehors d’Israël où la situation est similaire, il n’y a nulle part, ailleurs dans le monde, de tels chiffres. 

Dans un monde où la loi de la jungle devient la norme, quelle est votre opinion sur l’avenir du multilatéralisme qui semble aujourd’hui profondément en crise ?

En Finlande, nous croyons fermement au multilatéralisme, et la raison en est que le multilatéralisme nous a menés là où nous sommes aujourd’hui. Je crois personnellement que sans institutions, normes et règles internationales, nous finirons par vivre dans un monde conflictuel, comme nous pouvons le voir actuellement, alors que l’Organisation des Nations Unies a été mise sur la touche dans la plupart des conflits mondiaux et que des vides de pouvoir apparaissent. Or, la nature ayant horreur du vide, quelqu’un finit toujours par combler ces vides.

Les institutions qui nous gouvernent aujourd’hui à l’échelle mondiale — que ce soient les Nations Unies, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international ou l’Organisation mondiale du Commerce — ont été créées il y a environ 80 ans, dans un monde qui n’existe plus. Il faut reconnaitre qu’elles ont plutôt bien fonctionné, mais la structure de pouvoir de ces institutions est biaisée en faveur de l’Occident. C’est la raison pour laquelle j’ai appelé à un changement dans la structure de pouvoir des Nations Unies et de toutes les autres institutions, afin de refléter davantage le monde d’aujourd’hui. Le pouvoir doit être délégué au Sud global d’une manière générale.

J’ai également déclaré que nous avions le choix entre la multipolarité — que la Chine et la Russie semblent aujourd’hui piloter de concert — et le multilatéralisme. La multipolarité repose sur la souveraineté des États-nations, sur des accords, sur des transactions, et débouche bien souvent sur des conflits. L’autre face de la médaille est le multilatéralisme, qui repose sur les institutions internationales, les règles, les normes et la coopération. Bien sûr, ce ne sera pas un choix complètement binaire, car en fin de compte, ce que nous avons à l’heure actuelle s’apparente plutôt à un monde plurilatéral, soit une sorte de troisième voie entre la multipolarité et le multilatéralisme. Le plurilatéralisme signifie que vous avez des organisations d’intégration régionale qui accomplissent une grande partie des tâches que les organisations mondiales effectuent habituellement. C’est notamment le cas en Europe avec l’Union européenne (UE), en Asie avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), en Afrique avec l’Union africaine ou en Amérique latine avec le Marché commun du Sud (Mercosur).

En parallèle de ces institutions régionales classiques, on retrouve également d’autres types d’organisations. Il y a notamment les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), qui bien qu’ils n’aient que peu de choses en commun, ont été rejoints par d’autres pays depuis (Égypte, Émirats arabes unis, Éthiopie, Indonésie, Iran). Vous avez aussi l’Organisation de coopération de Shanghaï, l’AUKUS [accord de coopération militaire formé par l’Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni] ou encore le Quad [groupe de coopération militaire et diplomatique informelle entre les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie] et de nombreux autres systèmes d’accords, que je ne rejette pas. Je pense qu’ils sont tous bons. Mais le fond du problème est qu’ils doivent, selon moi, alimenter le système mondial.

Que peut concrètement faire l’Europe — qui semble enfin ouvrir les yeux — face aux nouveaux prédateurs, si elle espère préserver sa souveraineté et continuer de jouer un rôle sur la scène internationale ?

L’Europe fait aujourd’hui face à une double pression. Une pression de sécurité qui vient de l’Est, de la Russie, et une pression politique qui vient de l’Ouest, des États-Unis. Cela ne nous laisse donc que deux options : le Nord ou le Sud.

Je pense donc qu’il faut se rapprocher du Sud global et conduire, non seulement un réalisme basé sur les valeurs, mais aussi ce que j’appelle une politique étrangère digne. Cela signifie de trouver différentes formes de coopération avec le Sud global, que ce soit avec les institutions comme l’Union africaine, le Conseil de Coopération du Golfe ou l’ASEAN, ou au travers d’accords bilatéraux entre l’UE et de grands acteurs clés, comme l’UE l’a fait récemment avec l’Inde, l’Australie ou le Mercosur. Nous devons donc prendre plus d’autonomie dans notre politique étrangère et continuer à le faire.

L’Union européenne doit-elle continuer à s’élargir pour espérer peser davantage dans les affaires du monde, alors même que l’Ukraine, comme d’autres pays, frappe à sa porte ? Comment voyez-vous l’avenir de l’Europe ?

Je pense que ce que nous voyons en ce moment, c’est une Union européenne qui va s’élargir et devenir plus flexible. Et je ne dis pas cela uniquement parce que j’ai rédigé ma thèse de doctorat sur l’intégration flexible, ou en d’autres termes, sur le fait que tous les États membres n’ont pas à faire les mêmes choses en même temps.

Je regarde donc l’Europe avec la Communauté politique européenne comme base, soit environ 40 États. Je pense qu’à l’avenir, l’Europe aura différents niveaux d’intégration avec des pays ayant une adhésion pleine et entière et d’autres une adhésion partielle. Face aux bouleversements que traverse le monde actuellement, en particulier pour l’Europe avec cette double pression, nous allons voir se développer de nouvelles dynamiques. Où mèneront-elles ? Je ne sais pas. Mais si quelqu’un m’avait dit il y a quelques années que l’Ukraine pourrait bientôt rejoindre l’Union européenne, je lui aurais dit : « Continue de rêver ! » Donc je n’exclus rien, mais je pense qu’à l’avenir le système d’intégration européen sera plus flexible.

Alors que le nombre de conflits dans le monde ne cesse de croître, la typologie de ces conflits évolue également avec le retour des conflits de haute intensité. Quel est votre regard sur cette situation ?

Après la guerre froide, les conflits étaient généralement locaux. Il s’agissait pour l’essentiel de guerres civiles, tout comme celle qu’a connue la Finlande en 1918. Mais aujourd’hui, ces conflits sont devenus régionaux, et on peut l’observer avec la guerre d’agression de la Russie en Ukraine, le conflit Israël-Palestine, la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran, ou les attaques de l’Iran contre les États du Golfe. En parallèle, les conflits locaux perdurent également, comme c’est le cas au Soudan, où la guerre civile est néanmoins alimentée par des acteurs régionaux.

Ma principale inquiétude est que ces conflits passent du niveau local au niveau régional. Or, nous voyons tous maintenant que ces derniers ont des ramifications mondiales. Cela peut concerner le prix de l’énergie, le prix de la nourriture, le prix des engrais ou les pressions inflationnistes générales, qui découlent par exemple de la fermeture du détroit d’Ormuz.

De plus, le problème est que tout cela se produit à un moment où nous ne devrions pas être en train de résoudre des conflits, mais plutôt de résoudre de grands défis mondiaux tels que le changement climatique, l’intelligence artificielle, le développement énergétique, et j’en passe. Et nous devons maintenant, d’une manière ou d’une autre, revenir à un monde qui était un peu meilleur il y a quelques années. 

Justement, comment revenir à ce « monde un peu meilleur » tout en s’adaptant à la nouvelle réalité du monde ?

En Finlande, nous restons attachés à nos propres valeurs, qui sont intrinsèquement occidentales. Il s’agit de la liberté, de la démocratie, des droits de l’Homme, des droits fondamentaux, de la protection des minorités, de l’État de droit, de l’égalité, de la justice. Mais nous sommes réalistes : on ne peut pas résoudre tous les problèmes du monde avec des gens qui pensent comme les Finlandais, ressemblent aux Finlandais ou ressentent comme les Finlandais. Sinon, nous ne résoudrions les problèmes du monde qu’avec les Suédois et les Norvégiens.

Le fond du problème est que le monde est assez diversifié. Et nous respectons cette diversité. C’est pourquoi nous avons demandé, entre autres, la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, car nous estimons que l’ONU a échoué dans ses missions clés de paix en Ukraine, au Soudan, à Gaza, avec l’Iran, dans les États du Golfe, etc.

Comment la Finlande espère-t-elle peser pour ramener le monde vers le chemin de la paix et réformer le Conseil de sécurité de l’ONU ?

Il faut savoir que la façon dont nous nous formons à la médiation de la paix est très liée à l’identité de notre ancien président Martti Ahtisaari (1), qui a créé en 2000 l’ONG CMI – Martti Ahtisaari Peace Foundation, dont j’ai été le président du conseil d’administration pendant six ans. Son approche était que tous les conflits ont une solution, et que tout ce que les humains commencent, nous pouvons aussi y mettre fin. Nous avons donc intégré cela dans notre système scolaire. Nous enseignons ainsi aux enfants que la médiation de la paix commence simplement par une interaction humaine normale.

À l’ONU, nous arrivons sans presque aucun passif, mis à part notre programme visant à promouvoir l’intégration des femmes dans la médiation de la paix notamment. C’est pourquoi lorsque je propose de doubler le nombre de membres du Conseil de sécurité de l’ONU et de donner un siège à l’Amérique latine, deux à l’Afrique et deux à l’Asie, lorsque je propose de supprimer le droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU, ou lorsque je dis que vos droits de vote devraient être suspendus si vous violez la Charte de l’ONU, les gens ne voient pas cela comme une démonstration de force d’un grand pays. Ils y voient une proposition concrète d’un petit pays qui n’a pas les mêmes intérêts personnels en jeu.

Vous êtes également très engagé sur la guerre en Ukraine et vous avez d’ailleurs récemment proposé de jouer le rôle de médiateur avec Vladimir Poutine. Quelle est votre opinion sur la situation en Ukraine aujourd’hui et sur les perspectives de résolution du conflit ?

L’Ukraine est aujourd’hui dans une bien meilleure position qu’elle ne l’a été depuis le début de cette guerre. Je pense en effet que la première année de ce conflit a été une question de survie. Les trois années suivantes étaient une affaire de résilience. Maintenant, c’est une question de mathématiques. Et de ce point de vue, l’Ukraine est au-dessus. Au cours des cinq derniers mois, l’Ukraine a tué ou blessé en moyenne 35 000 soldats russes par mois, dont 23 000 morts par mois. En mars 2026, c’était la première fois que l’Ukraine lançait plus de missiles et de drones en Russie que l’inverse. Au cours du mois d’avril, l’Ukraine récupérait plus de territoires qu’elle n’en perdait. Cette situation nous amène au fait qu’une majorité de la population russe commence maintenant à être opposée à la guerre. Et il y a deux raisons à cela.

La première est que l’Ukraine est capable de pénétrer profondément dans le territoire russe avec des drones et des missiles jusqu’aux usines de Shahed, jusqu’à Moscou et jusqu’à Saint-Pétersbourg. La seconde est que, par conséquent, la Russie a dû bloquer Internet, Telegram et WhatsApp. Cela génère donc une menace réelle pour les habitants de Saint-Pétersbourg et de Moscou.

Je pense donc que l’Ukraine est dans une très bonne position en ce moment. Bien sûr, je ne dis pas que le financement de l’Ukraine est résolu, mais elle sait qu’elle peut compter sur les 90 milliards d’euros que le Conseil de l’UE a débloqué pour les années 2026/2027. Je pense aussi que, contrairement à ce que nous pensions auparavant, la guerre en Iran s’est avérée utile pour l’Ukraine, parce que cette dernière a pu aider les pays du CCG en mettant en avant son expérience face aux attaques de drones et de missiles.

J’espère que le président américain verra qu’il n’y aura qu’un seul vainqueur dans cette guerre, et que ce sera l’Ukraine. Parce que chaque fois qu’une grande puissance attaque une petite puissance, cela devient existentiel. Et si la petite puissance existe encore après le conflit, elle est par définition la gagnante. C’est ce que nous avons ressenti après la Seconde Guerre mondiale également.

Vous avez récemment déclaré, dans le journal italien Corriere della Sera : « Le moment est venu de commencer à parler avec la Russie. Quant à savoir quand cela se produira, je l’ignore. » Alors que la Finlande est désormais membre de l’OTAN, comment voyez-vous l’avenir des relations avec la Russie, avec qui vous partagez 1340 km de frontière commune ?

Pour commencer, je ne pense pas que la Finlande aurait rejoint l’OTAN si la Russie n’avait pas envahi l’Ukraine. Cela a changé l’opinion publique en Finlande, qui était auparavant à 50 % contre et 20 % pour. Mais l’attaque de février 2022 a inversé la tendance et la popularité de l’OTAN a culminé à 80 % il y a quelques mois. Aujourd’hui, elle est redescendue à environ 70 %. Le message adressé à mes amis finlandais et à mes amis européens est de dire que la frontière avec la Russie ne va pas disparaitre, et que nous devrons toujours avoir une relation avec nos voisins.

Actuellement, la discussion avec Moscou est évidemment très difficile, à cause de la guerre d’agression. Mais il viendra un jour où nous rétablirons des relations politiques et diplomatiques avec la Russie. Elles ne seront plus les mêmes qu’avant la guerre ou avant la fin de la guerre froide, mais il y aura une relation. Si la Russie continue de contester l’existence souveraine et indépendante de ses voisins, alors il n’y aura pas d’avenir. Mais si la Russie est prête à s’engager dans le cadre du droit international avec son voisin, alors il y a un potentiel pour une relation.

Un bon point de départ serait que la Russie respecte les règles et les normes des Nations Unies qui interdisent « de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État » (art. 2 de la Charte). Il serait bien également que la Russie respecte l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l’OSCE. C’est au sein de cette institution que nous avons défini toutes ces choses il y a bien longtemps. Il y aura donc un avenir, mais nous ne savons simplement pas à quoi il ressemblera.

Alors que l’UE est très active face à la Russie, pensez-vous que le positionnement de l’Europe vis-à-vis d’Israël affaiblit la parole de l’UE, qui est accusée de mener une politique étrangère de deux poids, deux mesures ?

Est-ce qu’il y a un manque de crédibilité à avoir un double standard entre ce que nous disons et faisons avec la Russie et ce que nous disons et faisons avec Israël ? La réponse est inévitablement oui. La politique étrangère n’est jamais noire et blanche. Il n’y a pas un seul pays dans ce monde qui mène une politique étrangère qui soit cohérente et constante. La Finlande ne le fait pas, Israël ne le fait pas, les États-Unis ne le font pas, la Russie ne le fait pas, la Chine ne le fait pas.

Est-ce que je préfèrerais que le monde soit un endroit différent, en particulier dans cette région ? Oui, bien sûr. Israël a le droit de se défendre et d’assurer sa sécurité. Mais est-ce qu’Israël est allé trop loin à Gaza ? Oui. Est-ce qu’Israël est allé trop loin en Cisjordanie et au Liban ? Oui, également.

En politique étrangère, je fais souvent la différence entre ce que vous pouvez faire et ce que vous pouvez dire. Il y a certains conflits où nous pouvons faire des choses, comme en Ukraine, et il y en a d’autres où nous ne pouvons que faire des déclarations, car nous savons que notre impact sera assez limité. Le monde n’est pas parfait, malheureusement, ni la politique étrangère.

Actuellement, la Finlande soutient la solution à deux États entre Israël et la Palestine. Concernant la reconnaissance de l’État de Palestine, j’ai dit que c’était le moment pour nous de reconnaitre la Palestine. La question n’est donc pas de savoir si nous le ferons, mais quand. Lorsque le gouvernement actuel me proposera de le faire, je l’approuverai immédiatement.

Note

(1) Président de la Finlande de 1994 à 2000, il a obtenu le prix Nobel de la paix en 2008 « pour les efforts qu’il a déployés sur plusieurs continents et pendant plus de trois décennies pour résoudre les conflits internationaux ».

Thomas Delage

Alexander Stubb

areion24.news

Attentats et manifestations en France : le renseignement a-t-il failli ?

 

Même les meilleurs agents du monde n’empêcheront jamais totalement un individu isolé de passer à l’acte et de commettre un attentat raciste comme celui perpétré vendredi à Trappes. Un exemplaire d’un ouvrage de Hitler a été découvert au domicile de cet homme de 39 ans, sans qu’on sache à ce stade s’il évoluait dans une sphère extrémiste, s’il avait des contacts avec quelque groupuscule d’ultra-droite.

Connu de la police pour des délits de droit commun, Kevin T., transféré ce dimanche en soins psychiatriques, était en revanche passé sous le radar des services de renseignements intérieurs. Ces derniers ont-ils failli ? Rien ne permet de l’affirmer. Il n’y a en revanche pas de doute que ces mêmes services n’avaient absolument pas anticipé l’ampleur et les violences des manifestations du 17 octobre.

Trous dans la raquette

Le ministre de la Justice lui-même a reconnu des trous « incontestables » dans la raquette. Pour des raisons évidentes et légitimes, les efforts du renseignement se sont concentrés, ces dernières années, sur la menace djihadiste. Si la pression sur les milieux islamistes ne doit pas être relâchée, des moyens doivent aujourd’hui être redéployés vers la surveillance de l’ultra-gauche et de l’ultra-droite, dont les actions violentes ont connu une recrudescence ces dernières années.

Il ne s’agit évidemment pas de créer une police politique et de surveiller des partis, ce qui serait indigne d’une démocratie, mais bien de détecter les individus ou petits groupes isolés projetant de mener des actes terroristes ou de s’en prendre à l’État. Le suivi des mouvements sociaux échappant aux syndicats, comme celui des groupuscules de casseurs, très mobiles et capables de communiquer rapidement via les réseaux sociaux, doit également être optimisé. Cela implique à la fois une meilleure veille technologique et l’infiltration de ces mouvances par des sources « humaines », dont l’apport reste indispensable.

Benoît Gaudibert

estrepublicain.fr

Ebola : l’Afrique face à une épidémie alarmante !

 

L’épidémie d’Ebola franchit une nouvelle frontière avec la confirmation d’un premier cas au Nigeria. Partie de République démocratique du Congo, où elle a fait plus de 4 600 morts, la maladie gagne désormais plusieurs pays africains. L’OMS alerte sur une crise sanitaire plus complexe, marquée par une propagation internationale inquiétante.

Le virus a traversé le continent, emprunté les routes internationales et atteint l’un des pays les plus peuplés d’Afrique. Avec la confirmation, le 20 octobre, d’un premier cas d’Ebola au Nigeria, l’épidémie qui ravage la République démocratique du Congo (RDC) depuis mai 2026 prend une nouvelle dimension. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) redoute désormais une crise sanitaire plus difficile à maîtriser, dans un contexte de forte mobilité des populations et de circulation internationale du virus.

« Nous sommes confrontés à une situation épidémique plus complexe », a averti jeudi Mohamed Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique. L’alerte intervient alors que le Nigeria, pays de quelque 240 millions d’habitants, rejoint les États africains ayant enregistré des infections par la souche Bundibugyo du virus Ebola.

Selon le bilan publié par l’OMS le 23 octobre, la RDC comptabilisait, au 20 octobre, 9 704 cas confirmés et 4 687 décès, soit une létalité de 48,3 %. Il s’agit de l’épidémie d’Ebola la plus meurtrière jamais enregistrée dans ce pays et de la deuxième plus importante au monde, après celle qui avait ravagé l’Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016.

Du Congo au Nigeria, les frontières de la contagion

Le cas nigérian concerne une femme de 42 ans, d’origine ougandaise, résidant à Abuja, la capitale fédérale. Épouse d’un diplomate, elle était revenue d’Ouganda le 3 octobre, après avoir transité par Addis-Abeba, en Éthiopie, à bord d’un vol d’Ethiopian Airlines.

Les premiers symptômes sont apparus le 7 octobre. Fièvre, douleurs généralisées et troubles digestifs ont conduit la patiente à consulter plusieurs établissements médicaux. Mais ce n’est que le 20 octobre que l’infection par le virus Bundibugyo a été officiellement confirmée, soulevant des interrogations sur le délai de détection et les possibilités d’exposition de son entourage.

Les autorités nigérianes ont engagé une opération de recherche et de surveillance des personnes susceptibles d’avoir été contaminées. Initialement fixé à 44, le nombre de contacts identifiés atteignait 53 au 24 octobre, selon le Centre nigérian de contrôle et de prévention des maladies (NCDC). La patiente demeure isolée et son état s’est nettement amélioré. Aucun décès lié à ce cas n’a été signalé au Nigeria.

L’origine exacte de l’infection reste cependant mystérieuse. Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine, a expliqué que plusieurs hypothèses étaient examinées. Parmi elles figure une possible exposition lors du passage de la malade dans un aéroport fréquenté également par le premier patient identifié au Kenya.

Cette piste n’est toutefois pas confirmée. Les autorités ougandaises contestent toute circulation actuelle du virus sur leur territoire, officiellement déclaré exempt d’Ebola en août. Les enquêteurs doivent donc reconstituer minutieusement les déplacements de la patiente et identifier une éventuelle chaîne de transmission passée inaperçue.

Au Kenya, neuf cas, dont un décès, avaient été recensés au 20 octobre. Les huit contaminations secondaires concernent quatre proches du premier malade et quatre professionnels de santé. Tous se trouvaient déjà en quarantaine lors de l’apparition de leurs symptômes, un élément rassurant pour les autorités sanitaires, qui ne signalent pas de transmission communautaire étendue.

Une course contre la montre sans vaccin disponible

L’inquiétude tient également à la nature du virus en circulation. La souche Bundibugyo, identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007, ne bénéficie actuellement d’aucun vaccin homologué ni d’un traitement antiviral spécifiquement approuvé. Contrairement à la souche Ebola Zaïre, contre laquelle des moyens de prévention et des traitements existent, Bundibugyo oblige les autorités à miser essentiellement sur la détection précoce, l’isolement des patients, les soins de soutien et le traçage des contacts.

La maladie se transmet par contact direct avec le sang ou les liquides biologiques d’une personne infectée présentant des symptômes, ainsi que par des objets contaminés. Elle peut provoquer de fortes fièvres, des vomissements, des diarrhées, des défaillances d’organes et, dans certains cas, des hémorragies graves.

En RDC, la situation demeure particulièrement préoccupante. L’épidémie frappe désormais huit provinces, principalement dans l’est du pays, où l’insécurité, les déplacements de populations et les difficultés d’accès aux structures médicales compliquent considérablement les interventions sanitaires.

L’Ituri, province du nord-est congolais frontalière de l’Ouganda, constitue l’épicentre de la flambée, avec plus de 7 000 cas confirmés. Selon l’OMS, une proportion importante des décès survient encore en dehors des centres de traitement, révélant les difficultés persistantes d’accès aux soins.

Cette progression ravive les souvenirs de la catastrophe sanitaire de 2014 en Afrique de l’Ouest. À l’époque, l’épidémie avait provoqué plus de 11 000 décès, essentiellement en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Le Nigeria était néanmoins parvenu à interrompre rapidement les chaînes de transmission grâce à une surveillance intensive et à l’identification systématique des contacts.

Aujourd’hui, Abuja tente de reproduire cette stratégie. Les dispositifs de vigilance sont renforcés dans les aéroports et les établissements de santé, tandis que les autorités multiplient les messages de prévention.

L’OMS ne recommande cependant aucune restriction générale aux voyages ou aux échanges commerciaux avec les pays touchés. Elle privilégie une coopération sanitaire transfrontalière, fondée sur la circulation rapide des informations et la coordination des équipes médicales.

Car le véritable danger ne réside pas uniquement dans le franchissement des frontières. Il tient à la possibilité que des infections échappent aux systèmes de surveillance et alimentent de nouvelles chaînes de contamination.

Entre les villages isolés du Congo et les grandes plateformes aéroportuaires africaines, l’épidémie révèle ainsi une double vulnérabilité : celle des systèmes de santé confrontés à des moyens insuffisants et celle d’un continent dont les échanges humains rendent les crises sanitaires de moins en moins confinables.

La priorité n’est donc plus seulement d’endiguer Ebola dans son foyer congolais, mais d’empêcher que chaque cas importé ne devienne le point de départ d’une nouvelle flambée. C’est désormais sur la rapidité du dépistage, la transparence des autorités et la mobilisation internationale que se joue cette course contre le virus.

mondafrique.com

Une entreprise de cybersécurité liée au Shin Bet déjoue une tentative russe d’ingérence électorale

 

Une tentative russe visant à influencer les élections israéliennes de mardi a été déjouée ces derniers jours par une « entreprise civile spécialisée dans la cybersécurité » qui collabore avec l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, a rapporté dimanche la chaîne N12.

Selon la chaîne, le plan consistait à activer des profils fictifs sur les réseaux sociaux afin de diffuser un « discours violent et clivant » dans le but d’influencer les résultats du scrutin.

N12 a indiqué qu’environ 80 comptes appartenant à la campagne russe avaient été « neutralisés » par cette entreprise.

Le reportage n’a toutefois pas identifié l’entreprise civile ni fourni de source pour ces informations.

La semaine dernière, le Shin Bet avait indiqué que de nombreux profils sur les réseaux sociaux, utilisés dans le cadre d’une « campagne d’influence étrangère », avaient été supprimés d’Internet avant les élections.

fr.timesofisrael.com