Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 4 février 2026

VORTEX, drone spatial en devenir

 

L’époque est spatiale et stratégique, d’un point de vue civil ou militaire, alors que la réutilisation devient un élément primordial. Le VORTEX (Véhicule orbital réutilisable de transport et d’exploration) n’est pas le premier projet d’avion spatial de Dassault. Comparativement au VEHRA (Véhicule hypersonique réutilisable aéroporté – cf. DSI hors-série no 28), quels sont ses apports ? Dans quelle mesure est-il modulable et évolutif ?

L’époque est effectivement spatiale et stratégique. La profonde mutation à laquelle nous assistons depuis une quinzaine d’années dans ce secteur bouleverse littéralement les équilibres géopolitiques mondiaux, avec des enjeux à la fois politiques, économiques, industriels, commerciaux, scientifiques et sécuritaires. Le spatial devient, plus qu’il ne l’était, un instrument majeur de souveraineté et d’autonomie, que l’Europe ne peut ni ne doit déléguer, même à une puissance alliée. C’est donc bien dans la continuité de son rôle clé dans la souveraineté aéronautique nationale que Dassault Aviation s’engage dans le développement d’une feuille de route d’avion spatial.

Cette feuille de route se construit tant sur l’héritage de nos projets passés, tels que Hermès ou VEHRA que vous mentionnez, que sur notre savoir-­faire et notre expertise en tant qu’architecte de systèmes aériens complexes. Car l’avion spatial se situe bien au carrefour des technologies spatiales et aéronautiques, et nous sommes persuadés que les synergies entre ces deux domaines sont à même de contribuer significativement à relever les nouveaux défis du secteur spatial. Je pense évidemment à la réutilisation, à l’augmentation de la fréquence des missions, mais également à la flexibilité, à la fiabilité, au confort, à la sécurité… à tout ce qui contribuera à rendre les missions spatiales plus « routinières ».

L’avion spatial VORTEX est donc conçu pour être polyvalent. Il doit contribuer à transformer les usages du secteur spatial et à ouvrir de nouveaux champs d’application. C’est un véhicule résolument dual, appelé à répondre aux deux axes structurants que sont la souveraineté spatiale de la France et de l’Europe, et la croissance de l’économie spatiale mondiale.

Une « roadmap » montrant l’évolution du VORTEX était présentée au Bourget. Quels défis techniques représentent les « sauts » entre versions, notamment du point de vue structurel ou concernant le couplage à un lanceur ? Avez-vous d’ailleurs déjà une idée d’un lanceur idéal ?

Effectivement, notre « roadmap » considère, avec une approche progressive, de multiples applications spatiales : des services et opérations en orbite jusqu’au transport spatial vers et depuis les stations orbitales.

La première étape est technologique. Elle consiste en une démonstration en vol des phases les plus critiques de la rentrée atmosphérique hypersonique. Le véhicule est à une échelle réduite, environ 1/3, et effectuera un vol suborbital à 100 km d’altitude, à Mach 10. L’objectif est multiple : lever les risques liés à la forme spécifique de l’avion spatial et aux contraintes aérothermiques, valider les principes de contrôle de vol et intégrer et tester un certain nombre de systèmes et technologies indispensables à la rentrée atmosphérique. Cette démonstration permettra également d’ouvrir un nouveau domaine : celui du lancement « hors coiffe » qui, comme vous le soulignez, comporte de véritables challenges en termes de couplage avec le lanceur.

Les étapes suivantes visent à développer des véhicules opérationnels à double usage capables d’effectuer toute une série de missions commerciales et gouvernementales, telles que des missions « free flyer » pour l’expérimentation scientifique et la production en microgravité, des services en orbite (ravitaillement, réparations, mises à niveau) et le transport spatial, cargo puis habité.

La viabilité économique du programme VORTEX dépendra fortement de sa capacité à correspondre aux besoins et aux marchés mondiaux. Répondant à la fois à des missions commerciales et à des missions institutionnelles, le choix du lanceur sera donc évidemment clé et devra satisfaire aux exigences du client final sur des critères aussi bien économiques que stratégiques. Nous étudions dans cette perspective différentes options de lanceurs.

L’avion spatial est un objet délicat du fait des contraintes subies lors des retours dans l’atmosphère, mais aussi des lancements et de tout ce qui peut affecter le bouclier thermique. Comme abordez-vous cette question ?

Les protections thermiques sont en effet l’un des challenges majeurs d’un tel programme. Au-delà de leurs capacités à protéger le véhicule lors de la rentrée atmosphérique, elles conditionnent sa « réutilisabilité ».

Les technologies dans ce domaine évoluent rapidement, le besoin étant partagé également par les lanceurs réutilisables. De nouveaux matériaux sont testés, et nous élaborons d’ores et déjà une roadmap afin de pouvoir intégrer les meilleures solutions, roadmap qui comprend d’ailleurs notre démonstrateur dont le profil de vol est justement défini pour rencontrer des flux thermiques équivalents à ceux d’une rentrée atmosphérique complète depuis l’orbite.

Dassault a une expertise historique en matière de Conception assistée par ordinateur (CAO). À quel point aide-t‑elle celle de VORTEX ? Qu’apporte l’intelligence artificielle, que ce soit pour la conception de la machine ou la modélisation des effets de la rentrée dans l’atmosphère ?

La CAO est au cœur des outils et des processus de développement, d’industrialisation, de production et de support de tous nos avions. Ils apportent une plus-­value unique sur tout leur cycle de vie. Dans les phases de conception d’un tel véhicule, des modélisations fines pour caractériser en particulier des écoulements, des flux thermiques ou des comportements de matériaux sont effectivement nécessaires et nous utilisons des outils complémentaires développés en interne, validés et recalés par la multitude d’essais en vol ou en soufflerie dont nous disposons. L’intelligence artificielle est désormais largement utilisée dans ces domaines et permet des avancées significatives : modélisations basées sur l’apprentissage, méthodologies d’optimisation des comportements et usages, traitement des données…

En imaginant VORTEX opérationnel, quel rythme d’utilisation/reconditionnement envisagez-vous par machine ?

La réutilisation est un facteur clé du modèle économique associé à ce véhicule. Un autre facteur est bien évidemment le marché, car les missions auxquelles VORTEX est destiné sont encore émergentes. Nous sommes néanmoins convaincus de la capacité d’un tel produit à contribuer de manière significative à la croissance et au développement de ces marchés. De nombreuses activités orbitales réclament ce niveau de service pour pouvoir se développer à une échelle plus industrielle. Je pense notamment au secteur pharmaceutique ou à celui des matériaux avancés pour lesquels l’environnement spatial offre des conditions uniques pour accélérer la recherche, les développements et la production.

Sur la base de tels critères techniques et commerciaux, nous développons un modèle d’affaires équilibré en termes de nombre de véhicules produits (flotte), de volume d’activité (nombre de vols annuels) et de rythme d’utilisation de chaque véhicule (en tenant compte du reconditionnement nécessaire).

Dans un premier temps au moins, VORTEX doit être un drone : les phases de retour et d’atterrissage doivent être automatiques. Cela engendre-t‑il des difficultés particulières, y compris dans un environnement qui peut être marqué par les interférences GPS ?

Les phases terminales d’un vol du VORTEX sont les plus familières pour une société comme la nôtre. Nous revenons là dans un domaine de vol atmosphérique classique. À titre de comparaison, l’atterrissage du VORTEX s’apparente, en termes de performances, à celui d’un Mirage III turbine coupée.

Sur l’aspect « drone », notre expérience du drone de combat nEUROn a démontré toute notre aptitude à réaliser des vols et atterrissages autonomes. Enfin, le vol de notre démonstrateur permettra également de valider une grande partie des fonctions de vol de ce véhicule.

Dans l’hypothèse où un programme de développement serait effectivement lancé, dans quel délai pourriez-vous faire voler un démonstrateur ?

Le programme de développement du démonstrateur est d’ores et déjà lancé, et son vol est prévu pour le deuxième trimestre 2028.

Joseph Henrotin

David Haziot

areion24.news

Saïf al-Islam, qui a été assassiné dans l’ouest de la Libye

 

Il était toujours recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité. Seif al-Islam Kadhafi, l’un des fils du dictateur libyen défunt Mouammar Kadhafi, a été assassiné mardi 3 février dans l’ouest de la Libye, ont indiqué sa sœur et son avocat français Marcel Ceccaldi, qui n’ont pas exactement la même version des faits. L’homme de 53 ans a longtemps été vu comme le successeur potentiel de son père avant la chute du régime en 2011.

Seif al-Islam Kadhafi s’était évertué à se forger une image de modéré et de réformateur, une réputation qui s’est effondrée quand il a promis des bains de sang au début de la rébellion. Il avait fait parler de lui en France en accusant Nicolas Sarkozy d’avoir financé une partie de sa campagne de 2007 grâce à des fonds libyens. L’ex-président a depuis été condamné dans cette « affaire libyenne ».

Comme le rapporte le Guardian, la sœur de Seif al-Islam Kadhafi a indiqué à la télévision libyenne qu’il est mort « près de la frontière du pays avec l’Algérie ». Auprès de l’AFP, Marcel Ceccaldi affirme quant à lui que le fils de Mouammar Kadhafi « a été tué aujourd’hui [mardi] à 14 heures […] à Zenten, dans sa maison, par un commando de quatre personnes ».

Une version partagée par son conseiller Abdullah Othman Abdurrahim qui a précisé, selon des propos cités par la chaîne Libya al-Ahrar, que quatre hommes avaient « pris d’assaut » mardi sa résidence « après avoir neutralisé les caméras de surveillance, puis l’avaient exécuté ».

« Des problèmes se posaient au niveau de sa sécurité »

« Pour l’instant, on ne sait pas » qui sont ces hommes armés, a dit Marcel Ceccaldi, qui a affirmé s’être entretenu avec son client il y a trois semaines environ. Il a toutefois précisé avoir appris il y a une dizaine de jours, par l’un des proches de Seif al-Islam Kadhafi, « que des problèmes se posaient au niveau de sa sécurité ».

« À tel point que le chef de la tribu [des Kadhafi] avait téléphoné à Seif. Il lui avait dit “je vais vous envoyer du monde pour assurer votre sécurité”. Et Seif a refusé », a-t-il poursuivi. Recherché par la CPI pour crimes contre l’humanité, Seif al-Islam Kadhafi avait été arrêté en 2011 dans le Sud libyen. Longtemps détenu à Zenten, il a été condamné à mort en 2015 à l’issue d’un procès expéditif avant de bénéficier d’une amnistie.

Jusqu’à l’annonce de son décès, on ne savait pas où il se trouvait. « Il bougeait souvent », a confirmé son avocat mardi. En 2021, il avait déposé sa candidature à la présidentielle, misant sur le soutien des nostalgiques de l’ancien régime. L’élection ne s’est finalement pas tenue.

Un « martyr » pour une partie des Libyens ?

Pour l’expert Emad Badi, la mort de Seif al-Islam Kadhafi est « susceptible de le transformer en martyr aux yeux d’une partie conséquente de la population, tout en modifiant les équilibres électoraux en écartant un obstacle majeur à l’élection présidentielle ». Car « sa candidature et ses chances de succès [avaient] constitué un point central de controverse », a-t-il expliqué sur X.

L’ex-porte-parole du régime Kadhafi, Moussa Ibrahim, a dénoncé un acte « perfide », en affirmant qu’il lui avait parlé il y a deux jours. « Il voulait une Libye unie et souveraine, sûre pour tous ses habitants. Ils ont assassiné l’espoir et l’avenir, et semé la haine et le ressentiment », a-t-il écrit sur X. Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye peine à retrouver sa stabilité et son unité.

Deux exécutifs s’y disputent le pouvoir : le gouvernement d’unité nationale (GNU) installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah et reconnu par l’ONU ; et un exécutif à Benghazi (est), contrôlé par le maréchal Haftar et ses fils qui ont étendu leur présence militaire au sud du pays.

Maxime Dhuin

huffingtonpost.fr

mardi 3 février 2026

Accord commercial États- Unis/ Inde : la fin de la discorde

 

L’Inde est enfin parvenue à un accord commercial avec les États-Unis après des mois de négociations en coulisses. Le tarif moyen américain passe à 18% pour l’Inde contre 50% depuis le mois d’août 2025. Donald Trump annonce des contreparties mirifiques qui restent à confirmer car très peu de détails de cet accord ont filtré. L’impact sur les ventes de pétrole russe à l’Inde sera l’un des points clés à vérifier.

L’annonce d’un accord le 2 février met fin à une anomalie, qui faisait de l’Inde le pays le plus touché au monde par les droits de douane américains en dépit de la proximité économique et stratégique qui lie les deux pays. Avec une moyenne de 50% de droits de douane – assortie d’exceptions pour la pharmacie et l’électronique – l’Inde était plus touchée que la Chine et très désavantagée par rapport à ses concurrents d’Asie du Sud (Bangladesh et Pakistan en particulier). L’Inde était aussi le seul pays taxé à 25% en raison de ses achats de pétrole russe.

Donald Trump s’est exprimé dans son réseau social Truth le 2 février : « C’était un honneur de parler avec le premier ministre d’Inde ce matin. C’est l’un de mes plus grands amis et c’est un leader puissant et respecté dans son pays. Nous avons parlé de beaucoup de choses, y compris le commerce et la fin de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Nous nous sommes mis d’accord pour arrêter des importations (indiennes) de pétrole en provenance de Russie, et pour en acheter beaucoup plus des États-Unis et potentiellement du Venezuela. Nous avons conclu un accord commercial dans lequel les États-Unis appliqueront un droit réciproque réduit de 18%. »

Narendra Modi lui a répondu sur le réseau social X : « C’était un plaisir de parler avec mon cher ami le président Trump aujourd’hui. Je suis enchanté de voir que les produits indiens seront désormais soumis à un tarif réduit de 18% (sur le marché américain). Un grand merci au Président Trump au nom d’1,4 milliards d’habitants de l’Inde pour cette magnifique annonce. »

Le ministre du commerce indien, Piyush Goyal, de retour des États-Unis, souligne dans le réseau social X « qu’il ne s’agit pas seulement d’un accord commercial. C’est un tournant historique qui va reconfigurer la relation entre les deux pays et accélérer notre marche vers une Inde développée en 2047. »

Ce que l’on sait de l’annonce du 2 février

Les détails de l’accord devraient filtrer dans les prochains jours. A ce stade, on dispose essentiellement de l’annonce faite par Donald Trump. Un tarif de 18% veut dire lever les sanctions de 25% liées aux achats de pétrole russe par l’Inde, et ramener de 25 à 18% les « droits réciproques » selon le vocabulaire de la Maison Blanche. Ce niveau de 18% replace l’Inde favorablement dans la compétition avec ses voisins d’Asie du Sud, notamment le Bangladesh et le Pakistan, touchés par des droits « réciproques » de 20 et 19%.

L’application de ce nouveau tarif est déclarée « immédiate » par Donald Trump mais ne figure pas encore dans les « executive orders » de la Maison Blanche. Les marchés indiens ont tout de suite réagi. La roupie indienne a gagné 1% face au dollar dans la journée du 2 février et l’indice des 50 plus grandes valeurs indiennes (le Nifty 50) a progressé de 3%.

Une grande incertitude sur les engagements indiens

Donald Trump a annoncé des contreparties colossales du côté indien. Il a souligné que l’Inde va « ramener à zéro ses tarifs et ses barrières non tarifaires, et que le Premier ministre indien s’était engagé à acheter américain pour 500 milliards de dollars de produits énergétiques et agricoles, technologies, charbon et bien d’autres produits. » Narendra Modi n’a fait aucun commentaire sur ces engagements qui suscitent de nombreuses interrogations en Inde.

Côté pétrole, les experts soulignent qu’il sera très difficile à l’Inde de basculer entièrement ses achats en provenance de Russie vers les États-Unis et le Venezuela. L’Inde était encore la seconde destination des exportations de pétrole russe en décembre 2025, avec 38% du total derrière la Chine à 47%.

Les capacités d’exportation vénézuéliennes sont limitées et leur augmentation nécessite d’énormes investissements. L’agence de notation Moody’s souligne par ailleurs que « si l’Inde a réduit ses achats de pétrole russe ces derniers mois, elle a peu de chances de les interrompre immédiatement car ce serait un choc inflationniste pour l’économie indienne. » Car le pétrole russe est toujours vendu avec un rabais significatif par rapport aux prix mondiaux (évalué autour de 17 dollars par baril).

Les 500 milliards de nouveaux achats annoncés par Donald Trump ne sont pas crédibles alors que l’Inde importait 43Md$ de produits américains en 2024. L’emphase dans les annonces de Donald Trump n’est pas nouvelle. Il évaluait en décembre dernier à 18 000Md$ les promesses d’investissements aux États-Unis faites à l’occasion des accords commerciaux signés avec les partenaires internationaux du pays en 2025. Une étude récente du Peterson Institute ramène à 5 000Md$ les engagements réels figurant dans les « fact sheets » de la Maison Blanche, et à 1 400 Md$ sur une période de dix ans ce qui pourrait être effectivement réalisé. L’Inde fera des gestes mais certainement pas à la hauteur de ce qui est annoncé à Washington.

L’Union européenne aux aguets

L’Union européenne, qui vient de signer un accord de libre-échange avec l’Inde, va regarder de près les engagements pris par New Delhi vis-à-vis de Washington en matière d’accès au marché. Les exportateurs européens pourraient être pénalisés sur deux points : les délais et le niveau des concessions.

En matière de délais, l’accord UE-Inde nécessite au moins un an de procédures avant sa mise en œuvre compte tenu de la complexité du système de ratification en Europe. Ce n’est pas le cas de l’accord Inde-USA qui peut être mis en vigueur très rapidement. Par ailleurs les clauses de transition qui concernent du côté des exportations européennes les produits les plus sensibles – 5 à 7 ans par exemple pour l’automobile ou les vins et spiritueux – ne vont pas nécessairement figurer dans l’accord indo-américain.

S’agissant de l’ampleur des concessions, Donald Trump annonce une élimination de tous les obstacles tarifaires et non tarifaires indiens, ce qui est improbable. Narendra Modi est très sensible au poids du lobby agricole indien sur un certain nombre de produits agricoles, et c’est la raison pour laquelle les négociations traînent depuis des mois. Il n’a sans doute pas tout lâché. Pour autant il est possible que Washington ait obtenu de meilleures conditions que Bruxelles sur certains produits, ce qui conduirait à des demandes européennes d’égalisation des conditions de concurrence.

La France en alerte

La France est proche de la conclusion d’un contrat militaire géant pour la fourniture de 114 Rafales de la dernière génération, un contrat qui pourrait être signé lors de la prochaine visite d’Emmanuel Macron en Inde prévue ce mois-ci. Il ne s’agit pas d’un simple accord commercial mais d’un partenariat industriel conduisant à une localisation croissante en Inde des composants du Rafale -dont les moteurs fournis par Safran – dans le cadre du programme « Make In India » qui constitue une priorité majeure pour Narendra Modi.

L’accord annoncé par Donald Trump peut-il remettre en cause ce projet ? Rien ne l’indique à ce stade et les commandes militaires vers les États-Unis mentionnées par la presse indienne font référence à d’autres produits (drones, hélicoptères, moteurs d’avions…). Mais Washington n’a sûrement pas envie de laisser passer un contrat militaire de cette dimension, et le suspense demeure…

Globalement, l’accord annoncé devrait pacifier les relations bilatérales, mais l’écart entre les attentes de Donald Trump et les réalités économiques de l’Inde pourraient conduire à de nouvelles tensions dans les prochains mois, comme on a pu le voir avec d’autres partenaires asiatiques de Washington comme la Corée du Sud. Si le volet pétrole de l’accord est effectivement mis en œuvre dans les prochains mois, ce sera au moins une bonne nouvelle pour l’Ukraine et une très mauvaise pour Vladimir Poutine.

Hubert Testard

asialyst.com

Cette réputation qui colle à Jack Lang du Maroc au Japon

 

L’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand, Jack Lang, qui a laissé sa marque dans ces fonctions emblématiques, est mis en cause ainsi que sa fille pour ses relations avec le milliardaire prédateur Jeffrey Epstein. Le patron de l’Institut du Monde Arabe (IMA), qui a été reconduit malgré un âge canonique grâce aux pressions de ses nombreux amis arabes, a souvent été mis en cause pour les largesses dont il aurait bénéficié durant son parcours flamboyant, sans jamais pour autant avoir été mis en cause par la justice française.

La nouvelle masse de documents diffusés le 30 janvier par le ministère de la Justice américain – pas moins de 3 millions de pages – sur les agissements et la correspondance de Jeffrey Epstein éclabousse toute une partie de l’élite américaine, mais pas seulement. Selon les informations de Mediapart, Caroline Lang, la fille de Jack Lang, l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand et de l’Éducation nationale de Lionel Jospin, a fondé en 2016 une société offshore dans les îles Vierges avec le pédocriminel, soit huit ans après la première condamnation de l’homme d’affaires pour prostitution de mineures.

Petits profits

Les suspicions qui existent sur de possibles frasques financières de Jack Lang tiennent en partie à la désinvolture avec laquelle il a assumé les petits cadeaux dont il a souvent bénéficié. Ainsi ses costumes étaient devenus presque aussi célèbres que son action politique lorsqu’il était ministre de la Culture (années 1980–1990). Seul souci, on découvrira ensuite que les grands couturiers lui offraient ou lui prêtaient, c’est selon, de superbes vêtements. Ce qu’il n’a pas démenti, bien au contraire, puisqu’il s’agissait selon lui de faire connaitre le talent des grands couturiers français et de servir le pays

Entre 2013 et 2018, Jack Lang aurait reçu environ 195 000 € de costumes et pantalons de la maison de couture italienne Francesco Smalto, spécialisée dans les vêtements pour hommes sur mesure ou grande mesure. Smalto était une maison réputée pour habiller des personnalités politiques et chefs d’État. Un pur hasard, le fondateur Francesco Smalto a notamment habillé François Mitterrand.

D’autres créateurs de mode lui auraient offert des vêtements au fil des années: Thierry Mugler – notamment une veste à col Mao dans les années 1980 (quand Lang était ministre de la Culture), qui a marqué les esprits politiques par son style atypique et qui a ensuite été donnée au Musée de la mode. Issey Miyake – styliste japonais connu pour ses plis et constructions innovantes.Yohji Yamamoto, designer japonais avant-gardiste.

De même en 2015, un conflit éclata entre le patron de l’IMA  et le restaurant libanais privé qui avait obtenu une concession. « Noura », qui accordait un tarif réduit de 25 euros par repas à Jack Lang et ses invités depuis l’arrivée à la tête de l’IMA de l’ancien ministre socialiste de la Culture en 2013, réclamait initialement quelque 41 000 euros de factures impayées.

Des droits de l’homme à géométrie variable

Plus sérieusement, Jack Lang n’a pas le mêmes critères d’évaluation des libertés publiques selon les pays mis en cause. Ainsi ce fidèle de Mitterrand a combattu la dictature du Président tunisien Ben Ali avec une énergie qu’il faut reconnaitre. Le même a toujours montré une réelle solidarité avec le peuple palestinien en n’hésitant pas à organiser, ces dernières années, plusieurs excellentes expositions à l’IMA sur l’archéologie ou la poésie de la Palestine. Pour autant, Jack Lang aura toujours été d’une discrétion remarquable sur les atteintes aux droits humains en Algérie comme au Maroc.  

Diplômé de Sciences Po, Jack Lang commence sa carrière comme professeur, avant d’être directeur de théâtre. Docteur en droit, agrégé de droit public, il est professeur de droit international (1976), puis doyen de l’U.E.R. de sciences juridiques et économiques de l’université de Nancy (1977). À l’époque, ce brillant universitaire qui milite aux cotés de François Mitterrand donne quelques consultations pour arrondir ses fins de mois. La puissante Sonatrach qui possède un monopole sur le gaz et le pétrole algériens aura été un de ses fidèles clients.

Devenu ministre de la Culture, le patron de l’IMA conservera d’excellentes relations avec les régimes algériens successifs. Durant la décennie noire (1992-1998) où 100 000 algériens trouvent la mort, Jack Lang sera d’une discrétion exemplaire. Des intellectuels comme Pierre Vidal Naquet ou Gilles Perrault ainsi que des militants des droits de l’homme lui ont reproché d’être trop proche du pouvoir algérien. Les accusations reposent principalement sur ses prises de position publiques contre une rupture diplomatique, sa critique des soutiens français au Front islamique du salut, qui organise des maquis armés contre le pouvoir algérien. Jack Lang n’a pas fait de déclaration officielle au nom de l’État français sur les libertés publiques en Algérie durant ces années-là.

Ces dernières années, il s’est exprimé publiquement sur des rares cas particuliers où ces libertés sont mises en cause, notamment contre la détention de l’écrivain Bouallem Sansal, en en rajoutant trois couches, mais sans mettre nommément en cause les responsables algériens.

La proximité avec le Maroc

Interrogé par l’auteur de ces lignes sur les cadeaux dont aurait bénéficié Jack Lang de la part du Maroc, Driss Basri, l’ancien et redouté ministre de l’Intérieur d’Hassan II réfugié à l’époque en France, avait botté en touche. « Ce n’est pas de mon niveau, cette question, répondit-il, c’est un simple commissaire qui s’occupait de Lang. » Et d’ajouter: « Tu devrais me demander quel politique français n’a pas reçu de cadeaux de notre part ». 

Le Maroc est hospitalier, l’hospitalité y est une tradition. Jack Lang y fit de fréquents séjours à titre privé. On comprend qu’il ne voulait pas faire de peine à ses hôtes. Il n’existe pas de déclaration publique de Jack Lang où il qualifie explicitement le gouvernement marocain de « régime » et où il émette la moindre critique. Jamais il n’attaque ouvertement les institutions marocaines dans les médias grand public. Au contraire, ses propos sont toujours très louangeurs et en tout cas respectueux des politiques et du leadership marocain dans les domaines culturel, social et diplomatique.

Un détour par le Japon

Lorsqu’en 1983, Yasuhiro Nakasone, futur Premier ministre japonais, envoie une lettre à Jacques Chirac, alors maire de Paris, pour lui recommander son ami Shoichi Osada, un sulfureux banquier proche des sociétés secrètes mafieuses, le premier magistrat de la capitale, à court pour ses fins de mois et amoureux des combats de sumos, accueille volontiers ce représentant de la droite conservatrice qui, d’après sa biographie serait « un combattant pour la paix et un philanthrope global ».  Les deux hommes ne vont plus se quitter, comme le montre un livre documenté publié en 2008 (1).

Dans la foulée de cette lune de miel avec la Mairie de Paris, le banquier Osada obtient, sur l’intervention de Jacques Lang, un rendez-vous à l’Élysée avec François Mitterrand, mais sans grands lendemains. Fondateur et Président de la très argentée Fondation Sasakawa, qui jouit d’une réputation mitigée au Japon en raison de ses relations avec d’anciens criminels de guerre, Shoichi Osada tente de faire reconnaitre sa noble institution à Paris. Après la défaite présidentielle de Chirac en 1988, le gang japonais va frapper à d’autres portes. Jack Lang est à nouveau sollicité. Et ce n’est pas un hasard si ce dernier, alors maire de Blois, va bénéficier quelque temps après de l’aide de la Fondation pour la réfection de la cathédrale de sa ville.

Sur la pression de Lang et de son directeur de cabinet Jean Paul Huchon, Michel Rocard, de mauvaise grâce, accordera à la Fondation  Sasakawa une reconnaissance d’utilité publique.

Fidèle en amitié, Jack Lang devrait apprendre à mieux choisir ses relations.


(1) Voir le livre d’Olivier Toscer et Nicolas Beau, « l’incroyable histoire du compte jamonais de Jacques Chirac », Édition « Les Arènes »

 Nicolas Beau

mondafrique.com

lundi 2 février 2026

«Luch Olymp K2» a été détruit ce samedi à la suite d’une collision avec des débris spatiaux

 

Un célèbre satellite d’espionnage russe a été désintégré ce samedi dans une collision avec des débris spatiaux. Déjà remplacé par d’autres appareils, il était néanmoins célèbre pour ses missions contre les occidentaux. 

Alors que le conflit se poursuit entre Kiev et Moscou, le satellite de reconnaissance russe nommé «Luch Olymp K2» a été détruit ce samedi à la suite d’une collision avec des débris spatiaux. 

Un incident confirmé par des images diffusées par la société suisse S2A Systems, montrant la désintégration du satellite.

Celui-ci bénéficie d’une inquiétante réputation. Lancé en septembre 2014, il est notamment connu pour avoir espionné d’autres satellites occidentaux au profit du FSB, le service de renseignement russe. Le 7 septembre 2018, la ministre française des Armées de l’époque, Florence Parly, avait dénoncé l’attitude «inaceptable» de ce satellite, qu’elle avait accusé de s’être approché de certaines bases essentielles pour les communications militaires françaises. 

L’appareil était cependant en fin de vie. En effet, Moscou l’avait officiellement relégué sur une orbite dite «cimetière». A la retraite, le Luch Olymp K2 a déjà été remplacé par les «Luch Olymp-2» et «Luch Olymp-3». Ces derniers ont déjà effectué plusieurs missions d’espionnage.

Une utilisation contestée de Starlink

Dans sa guerre en Ukraine, la Russie aurait également recours aux systèmes satellites Starling, développés par le milliardaire Elon Musk. Le 27 janvier dernier, le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski a exhorté le propriétaire du réseau social X à couper tous les accès à Moscou. 

Selon les services de renseignement ukrainiens, les terminaux Starlink obtenus par l'armée russe l'ont été via des circuits parallèles tels que des importations par des pays tiers, et non via une vente officielle par la société d'Elon Musk. 

Le milliardaire avait lui-même démenti en février 2024 que des terminaux Starlink avaient été vendus à la Russie. Une coupure sans distinction du système Starlink en Ukraine serait compliquée par le fait qu'il est également massivement utilisé par l'armée ukrainienne pour ses communications.

cnews.fr