Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

jeudi 19 février 2026

Le NRO dévoile une méthode utilisée pour surveiller l'Union soviétique tout au long de la guerre froide

 

Un système autrefois tenu top secret, conçu spécifiquement pour surveiller les ressources militaires soviétiques critiques pendant les années les plus tendues de la guerre froide, vient d'être révélé.

Le Bureau national de reconnaissance américain (NRO) vient de déclassifier des informations concernant un projet de satellite espion top secret – le mystérieux satellite espion Jumpseat qui a émergé de l'ombre de manière inattendue.

Bien que de nombreuses informations restent caviardées, cette déclassification a permis de révéler des informations inédites sur un système novateur qui a servi la communauté du renseignement américaine pendant 35 ans.

La déclassification de certains éléments du programme Jumpseat a été annoncée par le directeur du NRO – l'agence de renseignement du Pentagone responsable des satellites de reconnaissance du gouvernement américain.

Huit lancements de satellites ont été effectués dans le cadre du programme Jumpseat (également connu sous le nom d'AFP-711) entre 1971 et 1987, dont un échec. Développés par l'US Air Force dans le cadre du programme A du NRO, ces satellites ont été lancés à l'aide de fusées Titan IIIB.

Basés sur la conception originale du missile balistique intercontinental (ICBM), ces missiles étaient lancés depuis la base aérienne de Vandenberg (aujourd'hui base spatiale de Vandenberg) en Californie.

Le NRO a confirmé les numéros de mission 7701 à 7708 pour huit lancements de Jumpseat. Auparavant, des analystes avaient tenté d'établir un lien entre ces missions et les lancements de satellites connus depuis Vandenberg ; toutefois, seules les première et dernière missions ont été déclassifiées à ce jour. Il est possible que certains de ces lancements présumés aient en réalité transporté des charges utiles différentes.

Le NRO a confirmé huit lancements de JUMPSEAT entre 1981 et 1987 et a fourni les dates de lancement de JUMPSEAT 1 et 8. Un autre programme, QUASAR, disposait de satellites de transmission de données sur la même orbite, et le NRO n'a pas publié les dates de lancement de JS2 à JS7, nous ne savons donc pas quel lancement appartenait à quelle mission.

En tant que satellite de collecte de signaux, Jumpseat est un élément essentiel de la communauté du renseignement électromagnétique (SIGINT). En clair, les moyens SIGINT servent à détecter et intercepter les communications et autres signaux électroniques. Qu'il s'agisse de signaux radio ou radar, ces sources peuvent être localisées, classifiées et interceptées.

Jumpseat opère également dans deux branches du renseignement d'origine électromagnétique (SIGINT). La première est le renseignement des communications (COMINT), qui consiste à surveiller les communications quotidiennes entre militaires en interceptant les signaux électroniques. La seconde est le renseignement sur les signaux d'équipements étrangers (FISINT), qui consiste à intercepter et analyser les signaux électromagnétiques émis par les systèmes d'armes étrangers, tels que les données de télémétrie des missiles, les signaux radar et les signaux de poursuite.

Les sources militaires présentant un intérêt particulier pour Jumpseat pourraient inclure les systèmes de défense aérienne et les centres de commandement et de contrôle, les données collectées étant utilisées pour élaborer des cartes de guerre électronique de l'ennemi, en particulier de l'Union soviétique.

Le document indique que les activités de collecte de Jumpseat « visaient initialement les capacités des systèmes d'armement des nations rivales », mais ne fournit aucun autre détail.

Des images du Jumpseat, précédemment classifié, ont également été publiées, le NRO fournissant des schémas, des dessins et des photographies du prototype.

Les satellites Jumpseat, fabriqués par Hughes, utilisent une plateforme de stabilisation rotative, similaire à celle de TACSAT et d'Intelsat-4. Une caractéristique clé de Jumpseat est sa grande antenne parabolique partiellement pliable pour la collecte de données, ainsi qu'une antenne parabolique plus petite pour la transmission des données vers le sol.

Il est à noter que le réflecteur principal de l'antenne SIGINT du JUMPSEAT semble comporter des sections déployables...

En comparant le modèle avec l'image à l'intérieur de la chambre CEM et l'image provenant du dispositif vibrant, l'image à l'intérieur de la chambre CEM montre clairement le réflecteur à l'état « déployé », tandis que l'image provenant du dispositif vibrant le montre replié.

« On ne saurait sous-estimer l’importance historique du Jumpseat », a déclaré le Dr James Outzen, directeur du Centre national de recherche sur la reconnaissance (NRO), dans un communiqué. « Son orbite a offert aux États-Unis une nouvelle perspective pour la collecte de renseignements spatiaux uniques et précieux. »

Jumpseat a été développé après des satellites de surveillance électronique antérieurs tels que Grab, Poppy et Parcae.

Le déploiement de ces satellites a débuté avec l'escalade de la Guerre froide, signalant la menace potentielle des futures armes spatiales. Cette menace a été renforcée par le succès du lancement de Spoutnik 1 par l'Union soviétique, suivi par la première génération de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) basés sur une technologie similaire.

« Après la Seconde Guerre mondiale, la menace du communisme mondial et de la prolifération nucléaire a alimenté l’inquiétude des Américains », explique le NRO. « Partout dans le monde , les États-Unis soupçonnaient leurs adversaires de constituer d’importants arsenaux défensifs, notamment des missiles à longue portée et des armes nucléaires. »

« La mission principale de Jumpseat est de surveiller le développement des systèmes d'armes offensifs et défensifs adverses », a déclaré le NRO. « Depuis sa position orbitale plus éloignée, il vise à recueillir des données susceptibles d'apporter un éclairage unique sur les menaces existantes et émergentes. »

Jumpseat fonctionne en mode relais, transmettant les données au NRO pour un premier traitement. Après traitement, les données sont transmises au Département de la Défense, à la NSA et à d'autres agences de sécurité nationale.

Alors que les premiers satellites de surveillance électronique du NRO – tels que Grab, Poppy et Parcae – opéraient en orbite terrestre basse, le programme A avait pour mission de développer un satellite capable de collecter des signaux depuis une orbite elliptique haute (HEO). Ce projet était connu sous le nom d'Earpop.

Le programme Jumpseat, initialement développé pour Earpop, désigne le « satellite américain de première génération de collecte de signaux en orbite elliptique haute (HEO) ». L'orbite HEO, allongée et en forme d'œuf, est particulièrement adaptée aux satellites de reconnaissance. Elle permet au satellite de passer de longues périodes à deux points de son orbite, en phase ascendante et descendante à partir de son point le plus éloigné (apogée).

Dans le cas de Jumpseat, l'orbite géostationnaire (HEO) a permis au satellite de rester plus haut dans l'Arctique, dans l'extrême nord polaire – idéal pour la surveillance de l'Union soviétique. L'orbite géostationnaire dans l'extrême nord polaire est parfois appelée orbite Molniya, du nom de la série de satellites soviétiques qui y ont opéré.

Notez que l'HEO dans ce contexte ne doit pas être confondue avec l'orbite terrestre haute (HEO), qui est une orbite au-delà de la zone géostationnaire, à une altitude d'environ 22 236 miles au-dessus du niveau de la mer.

Des informations non vérifiées laissent entendre que l'une des principales missions du Jumpseat était de surveiller les radars d'alerte antimissile balistique soviétiques dans l'Arctique. Cette hypothèse est tout à fait plausible compte tenu de sa trajectoire, même s'il existe de nombreuses autres sources militaires présentant un intérêt particulier pour les États-Unis et leurs alliés dans la région.

La note déclassifiée concernant Jumpseat indique que ces satellites « ont fonctionné de manière excellente » et n’ont été retirés du système SIGINT du NRO qu’en 2006.

Le NRO a déclaré que la déclassification partielle actuelle du programme Jumpseat est appropriée car elle « ne nuira pas à nos systèmes satellitaires actuels et futurs ». Le bureau a également souligné sa volonté d'honorer le rôle pionnier du programme dans le domaine des satellites de collecte de signaux en orbite haute (HEO).

Concernant les fonctionnalités qui ont remplacé Jumpseat, la plupart des aspects restent aussi secrets que le programme lui-même.

De nombreuses rumeurs non vérifiées laissent entendre que la série de satellites Trumpet a remplacé Jumpseat. Par ailleurs, le NRO a lancé dans l'espace de nombreuses autres charges utiles importantes et ultrasecrètes qui pourraient remplir des fonctions similaires.

Parallèlement, ce secteur du renseignement est de plus en plus externalisé auprès d'entreprises commerciales.

Comme l'a souligné le NRO, « la collecte de signaux aériens n'est plus un domaine exclusivement gouvernemental, car de nombreuses entreprises commerciales ont lancé des systèmes de collecte de signaux dont les capacités sont comparables, voire supérieures, à celles de Jumpseat. »

Le secteur spatial commercial a désormais ouvert la voie au déploiement de constellations de satellites de renseignement composées de centaines de satellites, annonçant une nouvelle révolution dans la surveillance tactique et stratégique depuis l'espace.

Des constellations de type Starlink, mais utilisées pour des capteurs – un projet que les États-Unis explorent – ​​permettraient une surveillance mondiale continue. Ceci permettrait un suivi permanent de n'importe quel point sur Terre, au lieu de se contenter de capturer des images au passage du satellite.

On ignore actuellement quel type de renseignements électroniques ces constellations peuvent collecter en raison de la petite taille des antennes de chaque satellite, mais si cette limitation peut être surmontée, cela pourrait changer la façon et le moment où les États-Unis surveillent les signaux électroniques de leurs adversaires.

Quoi qu’il en soit, disposer de davantage de satellites et de la capacité de déployer rapidement de nouveaux systèmes en orbite devient une priorité urgente, d’autant plus que la Russie et un nombre croissant de pays chinois sont perçus comme une menace.

Qu’elles soient présentes ou futures, toutes les réalisations sont influencées par les efforts pionniers du programme secret Jumpseat.

Báo Khoa học và Đời sống

vietnam.vn

L'Europe rompt sa promesse et dégaine ses mines à l'Est


Au tournant du millénaire, 160 Etats ont adhéré au traité d’interdiction des mines antipersonnel, un événement immédiatement considéré comme une avancée humanitaire majeure. Des programmes de déminage ont alors été mis en place dans le monde entier et des millions d’engins été détruits. Avant cet accord historique, les mines faisaient plus de 25’000 morts et blessés par an, dont plus de 80% de civils.

L’ensemble de l’Europe, Suisse comprise, avait donc profité d'une période de détente quasi généralisée pour s’engager donc à ne plus jamais recourir à ces armes. Aujourd’hui pourtant, les mines antipersonnel réapparaissent dans les arsenaux. La Pologne, les Etats baltes et la Finlande ont notamment annoncé leur retrait du traité et envisagent de relancer une production nationale.

Ce scénario, personne ne l'envisageait en 1997, au moment d'adopter convention d'Ottawa. Un événement rendu en grande partie possible par l'engagement de la princesse Diana, disparue accidentellement à Paris quelques mois seulement avant la conclusion du traité. L’ex-épouse du roi Charles III s’était fortement mobilisée pour l’interdiction de ces armes. Les images d’elle, en combinaison de protection aux côtés d’enfants mutilés, avaient marqué l’opinion.

Retraits en cascade de la convention

Mais depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie il y a quatre ans, le consensus s’effrite. Au point que plusieurs pays européens ont dénoncé le traité. La Lituanie, la Lettonie et l’Estonie ont ouvert la voie, suivies par la Pologne, et plus récemment par la Finlande. Face aux critiques, notamment de la Norvège et d’Amnesty International, tous ces Etats invoquent la nécessité de compenser un «désavantage stratégique» face à Moscou.

L’Ukraine, qui avait signé le traité en 2005 et détruit d’importants stocks de mines, a elle aussi engagé une procédure de retrait. La Russie, les Etats-Unis, l’Inde et la Chine n’avaient, eux, jamais adhéré à la convention. Ces derniers jours, le gouvernement finlandais a ainsi annoncé le lancement d’un programme national consacré aux mines. Il prévoit à la fois la formation des soldats à l’utilisation de ces engins et l’acquisition de nouveaux stocks.

L’état-major finlandais précise que «l’objectif est de rendre opérationnelles les premières nouvelles mines et l’équipement d’entraînement correspondant d’ici 2027». Une production nationale devrait démarrer prochainement. La Pologne envisage, pour sa part, de fabriquer jusqu’à 1,2 million de mines par an, dont une partie serait destinée à l’Ukraine.




Un rempart contre Poutine

Les nouvelles mines doivent s’inscrire dans le dispositif de défense du flanc Est de l'Europe, à la frontière avec la Russie le Bélarus. Ce «rideau de fer 2.0» comprend aussi une barrière physique, des drones et des armes à longue portée. Surnommé «Baltic Defence Line», le premier tronçon couvre environ 1000 kilomètres de frontières entre l’Estonie, la Lituanie et la Pologne. Le «East Shield», surnom conféré au deuxième tronçon, protège les 800 kilomètres de frontière polonaise. S’y ajoutent les 1343 kilomètres de frontière entre la Finlande et la Russie.

Pour les experts, ce retour des mines antipersonnel n’a rien d’inattendu. Ces engins sont considérés comme peu coûteux et efficaces pour freiner une avancée ennemie. Ralph D. Thiele, président de la Société politico-militaire allemande et d’Eurodefense Allemagne, estime qu’elles permettent, même après une défaite tactique, de «limiter la casse».

Préparatifs en cours

Pour l'heure, aucune mine n’a été enfouie en Europe de l’Est. Leur pose intervient généralement au dernier moment, lorsqu'un affrontement «classique» ne peut plus être évité, ou plus tôt si l’infériorité est manifeste, explique Ralph D. Thiele.

 Guido Felder

blick.ch

Wagner recrute des Européens pour saboter l'OTAN de l'intérieur


Selon plusieurs services de renseignement occidentaux, le groupe de mercenaires russes Wagner joue un rôle clé dans des actes de sabotage organisés par Moscou sur le sol européen. Comme le rapporte le «Financial Times», d'anciens collaborateurs de Wagner recrutent de manière ciblée des Européens et des Européennes socialement et économiquement défavorisés pour mener des attaques de sabotage sur le sol de l'OTAN.

Malgré l'avenir incertain du groupe Wagner après l'échec de la tentative de coup d'Etat contre le commandement de l'armée russe en juin 2023 et le décès de son fondateur Evgueni Prigojine, son réseau reste actif. «Le GRU utilise les talents dont il dispose», a expliqué un responsable des services de renseignement occidentaux en référence au lien entre Wagner et le GRU, l'agence de renseignement militaire russe.

Des auteurs recrutés sur Internet

Depuis deux ans, Moscou intensifie ses campagnes de sabotage en Europe dans le but de saper le soutien des Etats occidentaux à l'Ukraine et d'attiser les tensions sociales. Après l'expulsion de nombreux diplomates russes des pays de l'UE, le Kremlin compte de plus en plus sur des intermédiaires comme Wagner pour semer le chaos. Selon des sources des services secrets européens, les actes de sabotage tels que les incendies criminels d'entrepôts de matériel d'aide à l'Ukraine ou la diffusion de propagande d'extrême droite font partie de la stratégie.

Les auteurs, appelés «agents jetables», sont souvent recrutés via les réseaux sociaux. «Wagner avait déjà un réseau de propagandistes et de recruteurs qui 'parlent leur langue'», a déclaré un fonctionnaire européen. Selon lui, ces recrues sont souvent des personnes marginalisées, qui vivent sans perspectives claires et qui peuvent facilement être incitées à commettre des actes de violence contre des incitations financières.

Un exemple marquant est le cas de Dylan Earl, un Britannique de 21 ans qui a mis le feu à un entrepôt de l'est de Londres en 2024 après avoir été contacté et recruté par Wagner sur internet. Il a ensuite recruté quatre autres jeunes hommes. Dylan Earl a été condamné à 23 ans de prison en 2025.

Les réseaux criminels sont également utilisés

Lors de l'énoncé du verdict, la juge Cheema-Grubb a dénoncé: «La main cachée d'Internet a montré son efficacité lorsque des recruteurs anonymes ont trouvé dans des salons de discussion cryptés des jeunes hommes prêts à se laisser radicaliser et à trahir leur pays pour de l'argent soi-disant facile.»

Outre Wagner, l'agence de renseignement intérieur russe, le FSB, utilise également, selon les services de renseignement occidentaux, des réseaux criminels et des groupes de la diaspora pour ses opérations. Ces stratégies sont toutefois considérées comme moins efficaces. Sur les réseaux sociaux, notamment sur Telegram, Wagner a étendu sa propagande et a ciblé des groupes internationaux. «Ils connaissent leur public», a déclaré un fonctionnaire européen au «Financial Times».

Les origines de cette manipulation numérique remontent au travail de Prigojine, qui dirigeait autrefois la tristement célèbre Internet Research Agency à Saint-Pétersbourg. Malgré la complexité des réseaux, les autorités de sécurité européennes ont obtenu des résultats. Ainsi, jusqu'à présent, il y a eu plus d'attaques déjouées que d'attaques ayant abouti. Il s'avère que Moscou fait certes des économies en recourant à des intermédiaires, mais qu'elle perd aussi en efficacité et en discrétion. Les activités du groupe Wagner restent sous haute surveillance des services de sécurité européens.

 Natalie Zumkeller

blick.ch

Trois djihadistes suisses transférés en Irak

 

Compte tenu de la situation, les ressortissants suisses transférés en Irak bénéficieront, dans la mesure du possible, d'une protection consulaire, a annoncé mardi le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Il n'est actuellement pas prévu de transférer les familles de ces combattants de l'EI vers l'Irak. Conformément à un accord conclu avec l'administration autonome kurde, la gestion des camps restants doit être transférée au gouvernement de transition syrien.

Au total, 5700 prisonniers qui avaient combattu pour le groupe terroriste Etat islamique ont été transférés de Syrie vers un centre de détention irakien. L'opération menée par les forces armées américaines a duré 23 jours, au cours desquels certains prisonniers ont réussi à s'échapper.

Pas de rapatriement pour les djihadistes suisses

Cette mesure s'inscrit dans le contexte des tensions entre le nouveau gouvernement de Damas et la milice FDS (Forces démocratiques syriennes), dominée par les Kurdes. Le chef du gouvernement irakien, Shia al-Sudani, a récemment appelé les États membres de l'UE à rapatrier leurs ressortissants parmi les partisans de l'EI emprisonnés et à les traduire en justice.

A ce jour, le DFAE n'a pas été sollicité pour rapatrier les Suisses se trouvant en Irak. Conformément à une décision du Conseil fédéral, la Suisse ne procède à aucun rapatriement actif de voyageurs adultes motivés par le terrorisme, a déclaré le DFAE à l'agence de presse Keystone-ATS.

ATS

Pékin fait monter les enchères sur Taïwan avant la visite de Donald Trump

 

La Chine fait monter les enchères avec pour thème central la fin du soutien américain à Taïwan à l’approche de la visite officielle prévue début avril en Chine de Donald Trump. De son côté l’administration américaine poursuit activement ses livraisons d’armes à l’île rebelle tout en s’en prenant ouvertement à des pays clé de la sphère d’influence chinoise, une évolution géopolitique de nature à inquiéter Pékin.

Pour la première fois publiquement depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche il y a un peu plus d’un an, le président Xi Jinping lui a personnellement et publiquement conseillé mercredi 4 février de « faire preuve de prudence » dans l’aide militaire américaine apportée à Taïwan, lors d’un échange téléphonique en février 2026. On ne connaît pas la réponse de l’intéressé, très discret sur ses intentions sur ce dossier le plus explosif entre Pékin et Washington.

Lors d’une conversation téléphonique dont ont rendu compte les médias d’État chinois, le dirigeant chinois a qualifié Taïwan de « question la plus importante » dans les relations sino-américaines. « Les États-Unis doivent traiter avec prudence la question de la vente d’armes à Taïwan, » a-t-il averti, ajoutant qu’il accordait une « grande importance » aux relations avec Washington et espérait que les deux parties trouveraient des moyens de résoudre leurs différends.

De son côté, le 47è président américain a qualifié l’appel d’« excellent » et de « long et approfondi. » Soulignant dans une déclaration publiée sur son compte Truth Social qu’il attendait son voyage en Chine « avec beaucoup d’impatience, » il a ajouté : « les relations avec la Chine, et mes relations personnelles avec le président Xi, sont extrêmement bonnes, et nous réalisons tous deux à quel point il est important de les maintenir ainsi. »

Donald Trump a précisé qu’il avait discuté avec son homologue chinois d’achats à venir par la Chine de soja, de pétrole et de gaz américains, de la guerre menée par la Russie en Ukraine et de la situation actuelle en Iran.

Nous n’en saurons pas plus sur les intentions de Donald Trump à propos de Taïwan. Sinon tout de même que son administration a récemment donné un gage de son soutien avec l’annonce en décembre d’un contrat de livraisons d’armes d’une valeur record de 11,1 milliards de dollars portant sur la livraison de lance-roquettes avancés, de chars et de missiles. Pékin avait, comme à l’accoutumée, protesté avec véhémence, déclarant que cette « tentative de soutenir l’indépendance [de Taïwan] ne ferait qu’accélérer la progression vers une situation dangereuse et violente dans le détroit de Taïwan. »

Le lendemain de l’échange téléphonique, le président taïwanais Lai Ching-te avait quant à lui déclaré aux journalistes que les relations avec les États-Unis restaient « solides comme le roc » et que « tous les projets de coopération en cours se poursuivaient. »

Un contexte géopolitique changeant au désavantage de la Chine

Mais à quelque deux mois de cette visite officielle et avec les semaines qui passent, le contexte géopolitique est en train de profondément changer et ce plutôt au désavantage de la Chine, avec en outre en coulisse des discussions entre Washington et Taipei de nature à inquiéter les stratèges à Pékin, constatent les analystes.

Le triomphe électoral remporté par la Première ministre japonaise Sanae Takaichi – connue pour ses positions critiques à l’égard du voisin chinois – lors des législatives anticipées du 8 février, restera dans l’histoire comme l’illustration d’un échec cuisant des tentatives de Pékin visant à l’isoler pour la « punir » après ses déclarations en novembre, lorsqu’elle avait laissé entendre que le Japon pourrait recourir à la force armée en cas d’invasion de Taïwan par la Chine.

Loin de l’affaiblir, les sanctions commerciales et les menaces proférées par Pékin après ses propos ont de toute évidence largement contribué à sa victoire, lui donnant l’image d’une femme forte qui non seulement a refusé de retirer ses déclarations sous la pression chinoise mais s’est montrée en mesure de redonner au Japon l’image d’un pays plus sûr de lui et désireux de retrouver sa place en Asie.

Le Parti libéral-démocrate (PLD) qu’elle conduit a remporté 316 des 465 sièges de la Chambre basse, son meilleur score depuis sa création en 1955. Cette victoire écrasante confère à la première femme à la tête d’un gouvernement japonais une autorité inédite et la Chine se retrouve désormais avec sur son flanc oriental un pays qui, montrant un exemple de résistance à la Chine, pourrait donner des idées à d’autres pays de la région.

Après le Venezuela, Panama, l’Iran ?

En Amérique latine, les déconvenues pour l’influence chinoise se multiplient. La capture par les États-Unis du président Nicolás Maduro samedi 3 janvier a porté un premier coup dur à la Chine, pour qui le Venezuela était un partenaire majeur en Amérique latine. Elle y avait investi plus de 100 milliards de dollars qu’elle n’est pas sûr de retrouver.

Manifestement la Chine ne savait rien jusqu’au dernier moment de ce coup de force de l’administration Trump, une réalité qui, selon plusieurs analystes et experts, est d’autant plus gênante qu’elle semble trahir l’inefficacité des installations de détection électronique et des radars sophistiqués que Pékin avait installés au Venezuela d’où Pékin souhaitait espionner les États-Unis dont les côtes ne sont qu’à quelque 2 000 kilomètres.

Le 29 janvier, nouveau coup dur lorsque la Chine s’est retrouvée de facto écartée de la gestion du Canal de Panama du fait d’un verdict rendu par les 9 juges de la Cour Suprême du Panama qui, au terme d’une saga de plus d’un an, ont jugé inconstitutionnel le contrat existant de concession des ports de Balboa et Cristobal signé avec l’entreprise Panama Ports Company, filiale de la société Hongkongaise CK Hutchison. Pékin a protesté bruyamment mais n’a, pour le moment, d’autre choix que de rester spectatrice d’une décision qui ne manquera pas de satisfaire Donald Trump qui en avait fait une affaire personnelle.

Désormais, en Amérique latine, c’est au tour de Cuba, autre régime communiste qui a les faveurs de Pékin, d’être semble-t-il dans la ligne de mire de Donald Trump.

Autre sujet d’inquiétude pour Pékin : l’Iran, un pays clé pour les fournitures en hydrocarbures du pays. Là encore, la Chine est impuissante face à la perspective d’une possible opération militaire américaine d’envergure contre le régime des mollahs, Donald Trump ayant déclaré vendredi 13 février qu’un changement de régime à Téhéran « serait la meilleure chose qui puisse arriver. »

En janvier, le président américain avait brandi la menace d’une intervention militaire en Iran face à la terrible répression des manifestations qui, selon les ONG de défense des droits humains, a fait des milliers, voire des dizaines de milliers de morts.

Des négociations improbables entre l’Iran et les États-Unis se poursuivent pour un accord sur le nucléaire iranien tandis que l’Amérique déploie des forces militaires impressionnantes dans le Golfe. Après l’envoi du porte-avions Abraham-Lincoln et de son escorte en janvier, un deuxième porte-avions, le Gerald Ford, le plus grand du monde, doit bientôt le rejoindre.

Les bombardements massifs de sites nucléaires iraniens en juin 2025 par les États-Unis avaient eux aussi pris la Chine par surprise, tant pour leur degré de préparation que par leur soudaineté et leur ampleur. Un renversement du pouvoir en place à Téhéran serait une très mauvaise nouvelle pour Pékin dont l’influence dans le Golfe serait brutalement privée d’un pays « allié » déterminant, tandis que le Golfe représente en outre plus de la moitié de ses livraisons en pétrole.

Washington joue l’apaisement avec l’Europe à la conférence de Munich

La Conférence annuelle sur la Sécurité de Munich a donné l’occasion aux États-Unis de jouer l’apaisement avec l’Europe après des mois de grave crise dans les relations transatlantiques qui se sont détériorées au point d’annoncer la fin de l’alliance américano-européenne et qui avaient tout lieu de réjouir les stratèges à Pékin.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a réaffirmé samedi 14 février l’engagement des États-Unis envers l’Europe et appelé à une « restauration » de l’ordre mondial dont le chancelier allemand Friedrich Merz avait précisément annoncé l’acte de décès la veille. Les propos du chef de la diplomatie américaine ont offert un contraste saisissant avec le discours incendiaire prononcé par le vice-président JD Vance lors de la même assemblée l’année dernière.

« Nous savons que le destin de l’Europe restera lié avec le nôtre, » a-t-il déclaré, proposant une action collective « guidé[e] par la vision d’un avenir aussi fier, souverain et vital que le passé de notre civilisation, » là où JD Vance avait parlé d’« effacement civilisationnel » de l’Europe un an plus tôt. Les États-Unis et l’Europe sont « faits pour être ensemble, » a encore insisté Marco Rubio.

Cette volonté américaine d’apaisement manifesté à Munich ne saurait toutefois effacer les craintes que suscite en Europe l’imprévisibilité de la politique menée par Donald Trump et ses conséquences sur la solidité de l’alliance entre l’Europe et les États-Unis. Mais cette imprévisibilité est tout autant source d’inquiétude à Pékin où le régime communiste a traditionnellement le plus grand mal à gérer des situations non-anticipées.

D’autre part, si des interrogations subsistent sur la volonté de Donald Trump de défendre Taïwan en cas de conflit militaire déclenché par Pékin, son relatif silence ne signifie pas pour autant un désintérêt de son administration pour Taïwan et son avenir.

Un nouveau programme de livraisons d’armes américaines pour Taïwan ?

Dans son édition du 6 février, le Financial Times affirme que les États-Unis préparent une nouvelle vente d’armes à Taïwan de plus grande envergure encore que celle annoncée en décembre allant jusqu’à 20 milliards de dollars, qui comprend notamment des batteries de missiles anti-missiles Patriot, des systèmes de missiles sol-air avancés NASAMS et deux autres systèmes d’armes.

Citant huit personnes proches du dossier, le quotidien des affaires britanniques généralement bien informé sur la Chine et Taïwan précise que l’administration Trump est en train de mettre au point ce mégaprojet qui comprend un ensemble de quatre systèmes de défense.

Ce projet a d’ores et déjà suscité des réactions irritées à Pékin qui a fait savoir que ce programme pourrait compromettre la visite en Chine de Donald Trump, selon le journal. D’où peut-être la déclaration publique de Xi Jinping.

« La Chine a toujours cherché à dissuader les États-Unis de prendre des mesures auxquelles elle s’oppose, telles que la vente d’armes à Taïwan, à l’approche des réunions présidentielles, » souligne Ryan Hass, expert de la Chine à la Brookings Institution, cité par le Financial Times. « Ce n’est pas nouveau, mais la franchise et le caractère public de l’avertissement sont remarquables, » explique-t-il.

Pour Bonnie Glaser, experte de Taïwan au German Marshall Fund, la combinaison des deux programmes de ventes d’armes à Taïwan « démontre clairement le soutien ferme de l’administration Trump et sa volonté de risquer la colère de la Chine, ainsi que la détermination de l’administration Lai à défendre Taïwan. »

Mais dimanche 15 février, le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi a semblé faire écho à ce nouveau projet lorsque, en marge de la conférence de Munich, il a mis en garde les États-Unis contre toute tentative de « comploter » autour de Taïwan, estimant qu’une telle démarche conduirait « très probablement à une confrontation » entre Pékin et Washington.

Mardi 17, c’est au tour de Donald Trump de s’exprimer sur la possibilité de nouvelles livraisons d’armes à Taïwan. « Je lui en parle. Nous avons eu une bonne conversation [avec Xi Jinping] et nous allons prendre une décision très bientôt, » a-t-il dit à bord de son avion Air Force One.

En vertu du Taiwan Relations Act adopté par le Congrès américain en 1979 lorsque Washington avait établi des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine, les États-Unis sont tenus de vendre des armes à Taïwan pour assurer sa propre défense. Les États-Unis sont aujourd’hui de très loin le principal fournisseur d’armes de Taïwan.

Ajoutons l’initiative de la CIA de publier sur sa chaîne YouTube une vidéo en chinois pour recruter des espions au sein de l’armée chinoise, aussi saugrenue qu’elle puisse paraître, ne manquera pas de représenter un élément supplémentaire de friction entre Pékin et Washington.

Cette vidéo publiée jeudi 12 février cible des officiers de l’Armée populaire de libération, dans le cadre d’une campagne assumée de recrutement d’espions. La séquence met en scène un officier fictif présenté comme désillusionné, qui décide de contacter les services de renseignement américains. Il y affirme que « la seule chose que les dirigeants [chinois] protègent, ce sont leurs propres intérêts » et que « leur pouvoir repose sur d’innombrables mensonges. »

La vidéo présente l’officier en famille à son domicile, puis traversant en voiture un poste de contrôle avant de s’installer devant un ordinateur portable. « Choisir cette voie est ma manière de me battre pour ma famille et mon pays, » déclare-t-il en tapant sur son clavier. Le texte en chinois qui accompagne les images appelle explicitement à transmettre des informations sur les dirigeants et haut gradés chinois, ainsi que sur des secteurs jugés sensibles.

Cette vidéo, qui est loin d’être la première émanant de la CIA visant à recruter des informateurs en Chine, prend une dimension tragique lorsque l’on sait à quel point ces méthodes se sont révélées infructueuses, menant le plus souvent à des d’arrestations et des exécutions ces dernières années dans un pays où la surveillance est extrêmement sophistiquée.

Le lendemain même, Li Jian, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, déclarait que « la Chine prendra toutes les mesures nécessaires afin de contrer fermement les infiltrations et la déstabilisation menées depuis l’étranger par les forces anti-chinoises, et pour défendre résolument sa souveraineté, sa sécurité et ses intérêts. »

Après Taïwan, la Chine n’en restera pas là, selon le président taïwanais

Mardi 10 février, le président taïwanais Lai Ching-te a quant à lui averti que si la Chine s’emparait de Taïwan, elle ne s’arrêterait pas là et que le Japon, les Philippines ou d’autres pays asiatiques pourraient être de nouvelles cibles.

« Si Taïwan était annexée par la Chine, les ambitions expansionnistes de Pékin ne s’arrêteraient pas là, » a-t-il affirmé dans un entretien avec l’AFP. « Les prochains pays menacés seraient le Japon, les Philippines et d’autres dans la région indopacifique, avec des répercussions qui se feraient sentir jusqu’aux Amériques et en Europe, » a-t-il indiqué.

Pour mieux se protéger de la menace chinoise, Lai Ching-te a dit vouloir une plus forte coopération entre Taïwan et les Européens sur la défense. « Je souhaiterais que Taïwan et l’Europe renforcent leur coopération dans l’industrie de défense et en matière de technologies de défense, » a-t-il fait savoir dans cette première interview accordée à une agence de presse étrangère depuis sa prise de fonction le 20 mai 2024.

La réaction de Pékin ne s’est pas fait attendre. « Les propos de Lai Ching-te ont une fois de plus révélé sa nature de séparatiste obstiné à la recherche de « l’indépendance de Taiwan », montrant clairement qu’il est un perturbateur de la paix, un créateur de crises et un belliciste, et démontrant pleinement que « l’indépendance de Taiwan » est la cause profonde de l’instabilité et des conflits dans le détroit de Taiwan, » déclarait le même Lin Jian.

Quels que soient ces propos, « cela ne changera rien au fait historique et juridique que Taiwan fait partie du territoire chinois, ni ébranler le cadre fondamental défendu par la communauté internationale qui adhère au principe d’une seule Chine, » a-t-il ajouté.

Le malaise qui subsiste après l’éviction du général Zhang Youxia

Aux questions de géopolitique s’ajoutent celles graves mais sans réponse que suscite la purge spectaculaire du numéro deux de la Commission militaire centrale (CMC) de l’Armée populaire de libération (APL) Zhang Youxia, une décision qui n’a pu être prise que par Xi Jinping lui-même.

La Chine a annoncé le 24 janvier dernier la destitution du plus haut responsable militaire chinois, le général Zhang Youxia, vice-président de la CMC et du général Liu Zhenli, chef d’état-major interarmées, une purge fracassante dans l’armée qui met en lumière de fortes tensions au sein du régime mais qui pourrait aussi traduire la volonté de Xi Jinping de réunir les conditions au sein de l’Armée populaire de libération (APL) pour mener un jour une guerre prolongée contre Taïwan.

Pour l’analyste K. Tristan Tang, chercheur associé à la Secure Taiwan Associate Corporation et au Centre d’études chinoises de l’Université nationale de Taiwan, cité le 3 février par la Jameson Fondation, « au vu des informations accessibles au public, Zhang et Liu n’auraient pas satisfait aux exigences de Xi Jinping en matière de renforcement des forces armées en vue d’une invasion de Taïwan, et auraient même manifesté leur désaccord ou leur défiance au sein de l’APL, » raison selon lui pour laquelle ils ont été écartés.

L’hebdomadaire The Economist souligne toutefois dans sa livraison du 2 février que l’opacité du système chinois est devenue telle qu’elle rend une interprétation plus que jamais compliquée. « Un demi-siècle [après la mort du tyran Mao Zedong] la politique des élites [chinoises], qui n’a jamais été réputée pour sa clarté, est devenue encore plus opaque sous Xi Jinping, ce qui pousse les analystes à dépoussiérer leurs anciens outils [de la Pékinologie], » relève l’hebdomadaire.

« À partir de la fin des années 1970, avec l’ouverture de la Chine, les analystes, les dirigeants et les diplomates avaient eu un meilleur accès aux décideurs. Ils pouvaient également établir des triangulations entre les factions |…] L’une des conséquences de la suppression de la direction collective par M. Xi est qu’une seule personne compte désormais, et celle-ci ne vend pas la mèche. D’où le retour à la “Pékingology”, » explique le média britannique..

Mais quoiqu’il en soit, au-delà des fragilités du régime qu’elles montrent, ces purges à répétition au plus haut niveau de la hiérarchie militaire chinoise conduisent surtout à s’interroger sur les dangers de fuite en avant et leurs conséquences qui sont inhérents aux régimes autoritaires où tous les pouvoirs finissent par relever d’un dirigeant unique et dont les deux exemples vivants d’aujourd’hui sont la Chine de Xi Jinping et la Russie de Vladimir Poutine.

Pierre-Antoine Donnet

asialyst.com