Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 8 juillet 2026

Mali : les djihadistes relancent l’offensive à Anéfis

 

Plus de deux mois après l’offensive du 25 avril, le JNIM et ses alliés du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont relancé les hostilités en frappant simultanément plusieurs localités maliennes. Trois jours après le début des combats, la situation demeure évolutive. Au fil des heures, Anéfis s’est imposée comme le principal théâtre d’affrontements.

Les combats éclatent simultanément à Anéfis dans la région de Kidal (voir l’image ci dessus) , à Gao et à Sévaré, mais aussi à Konna et Kouakourou dans le centre du pays.

Comme Mondafrique l’écrivait le 26 juin dernier, depuis plusieurs semaines une nouvelle offensive d’envergure était annoncée au Mali. Gao, Tombouctou, Mopti, Sévaré, Anéfis, voire Bamako figuraient parmi les cibles évoquées. Les autorités maliennes s’y attendaient et les Russes d’Africa Corps aussi.

Lorsque les premières attaques sont lancées à l’aube du 4 juillet contre plusieurs positions militaires, le scénario semble d’abord rappeler celui du 25 avril. Ce jour-là, le JNIM et ses alliés du Front de libération de l’Azawad (FLA) avaient créé la surprise en multipliant les attaques coordonnées à travers le pays. La chute de Kidal, la mort du ministre de la Défense Sadio Camara et les lourdes pertes infligées aux FAMa avaient alors provoqué un véritable choc politique et militaire.

Le 4 juillet s’est déroulé différemment. Dans la capitale épargnée, les assauts n’ont pas produit l’effet de sidération observé au printemps. Cependant, l’offensive à l’intérieur du pays n’en a pas été moins importante et une nouvelle fois, elle a été minutieusement préparée.

Le scénario du 4 juillet 

Le 4 juillet à l’aube, le JNIM et ses alliés du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont lancé une série d’attaques au Nord, au Centre et au Sud du Mali.  Les combats éclatent simultanément à Anéfis dans la région de Kidal, à Gao et à Sévaré, mais aussi à Konna et Kouakourou dans le centre du pays. Plus au sud, la prison de Kéniéroba, située à 80 km de Bamako, est également visée. Dans la journée, l’état-major malien affirme avoir repoussé les attaques menées à Konna, Kouakourou et Somadougou grâce à l’appui de l’aviation et des éléments d’Africa Corps. Quelques heures plus tard, le JNIM revendique plusieurs opérations menées à Kéniéroba, Kouakourou, dans la région de Konna, à Sofara ainsi que plusieurs attaques contre les chasseurs dozo et le bombardement de Léré. Un élément retient toutefois l’attention : l’organisation ne mentionne pas Anéfis. Or, trois jours après le début de l’offensive, c’est toujours autour de cette localité que se concentrent les combats les plus importants.

Anéfis, le verrou du Nord

Située à 240 kilomètres de Gao, Anéfis occupe une position stratégique sur l’axe menant vers Kidal. Depuis la perte de cette dernière le 25 avril, la reconquête de Kidal est devenue un objectif politique majeur pour les autorités maliennes. Dans ce contexte, le contrôle d’Anéfis revêt une importance particulière. Sans cette localité, toute perspective de retour à Kidal est compromise.

C’est là que se concentrent actuellement les principaux combats. Le JNIM et ses alliés du Front de libération de l’Azawad (FLA) contrôlent la ville mais pas le camp militaire où demeurent retranchés les soldats maliens et les éléments d’Africa Corps. Les affrontements se poursuivent et la situation évolue d’heure en heure.

Si l’encerclement devait durer, l’hypothèse de nouvelles négociations ne pourrait être exclue. Lors de l’offensive du printemps, les Russes avaient quitté Kidal puis Tessalit dans le cadre d’accords négociés. Selon une source sécuritaire, ils s’étaient alors engagés à évacuer dans les deux mois les camps de Tessalit, Aguelhock et Anéfis. Or ce délai est désormais dépassé et seul Tessalit a effectivement été abandonné.

Cette situation explique en partie l’intensité des combats actuels. Pour Africa Corps, un nouveau retrait après Kidal et Tessalit constituerait un revers difficile à assumer. Pour le JNIM et le FLA, la prise d’Anéfis apparaît au contraire comme une étape cruciale dans la poursuite de leur agenda militaire et politique.

L’agenda du JNIM

À ce stade, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions de l’offensive du 4 juillet qui est toujours en cours. Les combats se poursuivent à Anéfis, tandis que de nouveaux affrontements sont signalés dans le grand camp militaire de Gao.

Selon plusieurs contacts maliens, les groupes armés poursuivent toujours le même objectif : provoquer la chute des autorités maliennes. En réalité, il ne s’agit que de finir le travail commencé le 25 avril. En effet, malgré plusieurs succès militaires, le JNIM et ses alliés n’étaient pas parvenus à atteindre leur but : faire tomber le président Assimi Goïta.

Mais cette fois, la méthode est différente. Là où l’offensive du 25 avril visait à provoquer en une journée un choc politique et militaire pour précipiter l’effondrement du pouvoir, celle du 4 juillet paraît s’inscrire dans un temps plus long. La bataille d’Anéfis, les combats qui se poursuivent à Gao et la pression exercée simultanément sur plusieurs fronts suggèrent une campagne appelée à se prolonger.

Maïssata Koné-Dubois

mondafrique.com

Allemagne : perspectives et rétrospective d’un acteur géostratégique

 

Sitôt après le lancement de l’« opération spéciale militaire » russe contre l’Ukraine, le 24 février 2022, le chancelier Olaf Scholz parlait d’un « changement d’époque ». Depuis, comment l’Allemagne s’est-elle positionnée comme un acteur géostratégique de premier plan ?

Le 7 mai 2025, Friedrich Merz devient chef du gouvernement à la tête d’une grande coalition CDU-CSU-SPD. Les marges de manœuvre financières de l’Allemagne autorisent une montée en puissance des dépenses militaires, censées lui assurer un nouveau statut politico-militaire en Europe. L’Allemagne serait ainsi appelée à devenir un acteur géostratégique de plein exercice, d’aucuns envisageant qu’elle prenne la direction des affaires européennes. Il ne faut pourtant pas minorer les éléments de continuité dans la posture allemande ainsi que les servitudes qui pèsent sur son action extérieure.

La Bundeswehr, de 1955 à 2022

De prime abord, ne voyons pas dans le nouvel effort militaire allemand la fin d’un « tabou » qui daterait de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En vérité, la mise sur pied de la Bundeswehr date de 1955 et la conscription est instaurée l’année suivante. Sans état-major stratégique opérationnel ni chaines de commandement nationales, la Bundeswehr est complètement intégrée au dispositif de l’OTAN. Rapidement, elle devient la première armée d’Europe occidentale sur le plan numérique. Par la suite, la RFA est associée aux discrets clubs qui animent les alliances occidentales. Après la signature des accords quadripartites de 1969-1971, le groupe de Bonn (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne), constitué en 1955, gagne en importance. Sous l’appellation de « Quad », il devient le directoire informel de l’Alliance atlantique. En somme, la RFA n’a pas attendu la guerre d’Ukraine pour redécouvrir la chose militaire.

Il est vrai que la fin des exigences de la guerre froide et les couts de la réunification de l’Allemagne ont conduit à une très forte réduction de l’effort militaire national, au cours des mandats de Gerhard Schröder et Angela Merkel. Les effectifs de la Bundeswehr passent alors à 180 000 soldats, très en-dessous du plafond fixé par le traité « 2+4 » de 1990 (370 000 soldats), et le budget militaire touche en 2015 le point bas de 1,15 % du PIB (2,5 % en 1990). 

La nouvelle agression russe contre l’Ukraine, de très grande ampleur cette fois, se produit dans ce contexte d’auto-désarmement malgré la fixation d’un objectif de 2 % lors du sommet de l’OTAN de Cardiff, au moment de l’agression russe en Crimée et au Donbass. 

Des efforts militaires après le choc géopolitique de 2022

La transformation du conflit russo-ukrainien en un conflit de haute intensité, le 24 février 2022, provoque un choc géopolitique en Allemagne et dans toute l’Europe. Trois jours plus tard, Olaf Scholz annonce dans un discours au Bundestag la levée d’un fonds spécial de cent milliards d’euros pour combler les lacunes matérielles de l’armée allemande et remplir les obligations de l’Allemagne à l’égard de l’OTAN (1). Pour prolonger l’effort, le chancelier envisage le recours à la dette publique, ce qui met fin à sa coalition SPD-Verts-FDP (novembre 2024). La victoire CDU-CSU aux élections législatives de février 2025 débloque la situation : le Bundestag vote l’assouplissement des règles d’endettement et décide d’un plan d’investissements de 500 milliards dans les infrastructures civiles, avec des implications militaires. 

Élu à la Chancellerie le 7 mai, Friedrich Merz approuve l’objectif américain d’une large augmentation des budgets de défense des pays membres de l’OTAN (5 % du PIB : 3,5 pour les dépenses militaires stricto sensu ; 1,5 pour la sécurité et les infrastructures requises). Entériné par le sommet de La Haye (24-26 juin 2025), un tel objectif implique des dépenses militaires annuelles de 160 milliards d’euros (90 milliards aujourd’hui), 200 milliards avec les investissements dans les infrastructures. De tels volumes requièrent parallèlement un effort de recrutement, mais la coalition n’a pu s’entendre sur le service militaire volontaire préconisé par le ministre de la Défense Boris Pistorius : le SPD s’y oppose alors que la CDU-CSU voudrait rétablir le service militaire obligatoire suspendu en 2011.

La difficile coopération franco-allemande 

Le nouvel effort militaire allemand a pour toile de fond une déception à l’égard de l’administration Trump, dont on connait les tropismes, et la crainte des retombées de l’unilatéralisme américain quant à la vitalité de l’OTAN. Par voie de conséquence, Friedrich Merz se proclame en faveur d’un pilier de défense européen capable de faire face à la Russie et de pallier l’incertitude des garanties de sécurité américaines (l’article 5 de l’OTAN). Il s’est rapidement révélé faux de croire que ce programme conduisait nécessairement au retour au premier plan du « couple franco-allemand », une expression plus française qu’allemande ; le délitement de la coopération militaro-industrielle en témoigne. Ainsi est-ce le cas du projet de SCAF (Système de combat aérien du futur) et celui de MGCS (Main Ground Combat System), lancés en 2017. Ces projets reposent sur un équilibre de déséquilibres entre Paris et Berlin. 

Schématiquement, la France se voit reconnaitre le leadership aéronautique, avec Dassault pour maitre d’œuvre. En contrepartie, le projet de MGCS est fondé sur la primauté allemande en matière d’armement terrestre. Au sein de chaque programme, la négociation entre les États et leurs industriels vise à déterminer des points d’équilibre. En raison de l’importance des enjeux que le SCAF recouvre, nombre d’analyses en France soulignent les risques qui découlent des rivalités technico-industrielles et des différences d’approche entre les deux pays. D’autant plus que l’intégration de la branche espagnole d’EADS complique le partage des tâches. Cela reporte à 2040 la mise à disposition du SCAF. Trop loin ? Dans le domaine des blindés et de l’armement terrestre, le principe d’une coopération équilibrée entre le français Nexter et l’allemand KMW, au sein de KNDS, est remis en cause. 

L’irruption d’un troisième acteur, l’allemand Rheinmetall, géant de l’industrie d’armement, a en effet bousculé cet équilibre. En l’état des choses, le MGCS reste bloqué à la phase d’étude d’architecture. Parallèlement, la livraison de Léopard II à l’Ukraine met en évidence le succès de ce blindé lourd en Europe (il équipe dix-neuf armées alliées). Par ailleurs, plusieurs échecs pèsent sur la relation bilatérale : le plan de modernisation des hélicoptères d’attaque Tigre, l’arrêt du programme franco-allemand d’avion de patrouille maritime et de lutte anti-sous-marine. Quant au programme de drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance), ou Eurodrone, il se poursuit mais avec du retard. Enfin, l’initiative allemande d’un « bouclier du ciel européen » (European Sky Shield Initiative), formulée par Olaf Scholz le 29 aout 2022, mécontente Paris. Ce « bouclier» combinera l’Arrow 3 israélien pour l’interception des missiles en haute altitude, le Patriot américain, et l’Iris-T allemand pour les altitudes plus basses ; la France et l’Italie, constructeurs du système [sol-air moyenne portée/terrestre] Mamba (SAMP/T), ne sont pas dans le projet.

La voie allemande à échelle euro-atlantique

En fait, l’Allemagne comme acteur géostratégique, certes consciente des incertitudes américaines, inscrit son action à l’échelle euro-atlantique. Il faut prendre ici la mesure de ce que l’OTAN et la « Westorientierung » signifient au regard de la longue durée. Après la guerre de Trente Ans (1618-1648) et les traités de Westphalie qui la conclurent, l’espace germanique fut divisé en royaumes, principautés et villes libres nominalement regroupés à l’intérieur du Saint-Empire romain germanique (2). L’unification, sous la forme d’un État national, se fit au XIXe siècle, sous la direction de la Prusse. Encore ce Second Reich, proclamé le 18 janvier 1871, laissait-il à l’extérieur de nombreux germanophones, la solution de la « petite Allemagne » (Kleindeutsche Lösung) l’ayant emporté sur celle de l’Autriche (Großdeutsche Lösung). Forgé par Helmuth Plessner, le concept de « nation tardive » (verspätete Nation) résume le problème géopolitique (3).

Dans le domaine des valeurs et des représentations de soi, le thème du « Sonderweg », i.e. une voie allemande distincte de celle de l’Occident, compensait l’inachèvement de l’État national (4). Surtout, l’industrialisation donnait forme à une « nation technicienne » dont la puissance modifiait en profondeur l’équilibre européen. C’est en ces termes que se posait la « question allemande » au début du XXe siècle. Elle fut au cœur d’une « nouvelle guerre de Trente Ans » (1914-1945). Après 1945, l’engagement militaire américain en Europe créa un cadre géopolitique stable, favorable à l’intégration de la RFA. Parallèlement, le libre-échange et l’ouverture des marchés se révélaient propices à la croissance économique. 

Ainsi l’Europe occidentale fut-elle intégrée dans un « ordre international libéral » dont les frontières seront ensuite élargies à l’est. Conçue comme un système de sécurité collective, l’OTAN était donc plus qu’une alliance clausewitzienne. Pilier atlantique d’une entreprise d’intégration européenne amorcée avec le plan Marshall, elle constituait l’axe structurant d’un Grand-Espace (5). En assumant le rôle de stabilisateur hégémonique, les États-Unis donnaient une forme politique et militaire à l’Occident. Dès lors, la « question allemande » était réglée en même temps que les longues luttes pour l’hégémonie en Europe ; pourvoyeurs de garanties de sécurité, les États-Unis étaient un balancier au large qui équilibrait les rapports entre nations du Vieux Continent. 

On comprend donc que l’Allemagne soit réticente à envisager un autre cadre de défense que l’OTAN, l’acceptation d’une redistribution des charges et des responsabilités permettant peut-être de gagner du temps, voire de préserver l’essentiel (« Il faut que tout change pour que rien ne change »). Au demeurant, lorsque Friedrich Merz déclare vouloir « maintenir l’OTAN aussi longtemps que possible », n’exprime-t-il pas ce que la plupart des alliés européens des États-Unis pensent ? Volens nolens, il faut admettre que le décrochage économique de la France et l’aboulie politique dont elle fait preuve ne facilitent pas la tâche du chancelier allemand, qui doit identifier d’autres partenaires géopolitiques en Europe (le Royaume-Uni, l’Italie, l’ensemble polono-balte), et chercher de nouveaux points d’équilibre avec les États-Unis, ambivalents mais toujours indispensables.

L’avenir de la stratégie de dissuasion nucléaire élargie 

Il reste que l’absence d’une force de dissuasion nationale, alors que le climat géopolitique transatlantique fragilise la crédibilité de la dissuasion élargie des États-Unis, hypothèque la transformation de l’Allemagne en acteur géostratégique de plein exercice. Les évolutions en cours et la crainte d’un découplage stratégique entre les deux rives de l’Atlantique nord, conduisent plusieurs pays européens — l’Allemagne mais aussi la Pologne et les États baltes — à se préoccuper d’une future dissuasion nucléaire européenne, assurée de concert par la France et le Royaume-Uni. Dans le cas d’un retrait américain de l’OTAN, théorique à ce stade, la stratégie de dissuasion nucléaire élargie des États-Unis disparaitrait et les armes nucléaires américaines seraient rapatriées. Précisons que Washington n’a jusqu’à présent rien annoncé en ce sens : l’arsenal nucléaire américain déployé en Europe et sur ses contreforts (en Turquie) a même été récemment modernisé. Toujours est-il que le tour pris par la politique étrangère américaine lors du second mandat de Donald Trump ouvre le champ des possibles.

Dans un tel cas de figure, ce ne serait pas une garantie complémentaire de celle des États-Unis que la France et le Royaume-Uni devraient assurer mais une stratégie de dissuasion nucléaire élargie à l’échelle de l’Europe, en lieu et place de l’hegemon américain. Si nous n’en sommes pas là, les dirigeants allemands prennent au sérieux la possibilité d’un retrait des États-Unis. Deux jours avant les dernières élections législatives allemandes, Friedrich Merz déclarait vouloir « discuter avec les Britanniques et les Français pour savoir si leur protection nucléaire pourrait s’étendre à l’Allemagne » (ZDF, 21 février 2025). Le 5 mars suivant, le président français lui répondait accepter d’ouvrir un débat qu’il avait précédemment souhaité (6). Deux jours plus tard, le Premier ministre Donald Tusk affirmait à la Diète polonaise l’intérêt de son pays pour la question (7).

Ce serait à Paris et Londres, étroitement liés sur les plans militaire et nucléaire, de penser et de conceptualiser une doctrine de dissuasion d’envergure européenne, capable de contrecarrer les gesticulations nucléaires du Kremlin et sa stratégie de sanctuarisation agressive. Paris et Londres pourraient coordonner leurs patrouilles de SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins), afin de renforcer leur permanence en mer, gage d’invulnérabilité des moyens de la dissuasion. Le Royaume-Uni ne possédant plus de composante nucléaire aérienne, il reviendrait à la France de déployer des avions Rafale armés de missiles nucléaires, sur le territoire de pays volontaires, dans le cadre d’accords bilatéraux. Ces pays participeraient au « soutien logistique des opérations nucléaires » (ouverture de bases, silos, défense aérienne et ravitaillement en vol). 

À terme, il pourrait être envisagé une forme de « partage nucléaire », avec un système de double-clef : des armes nucléaires françaises sur des avions allemands, polonais, ou autres, la décision d’emploi demeurant nationale. Bref, il faudrait répliquer les mécanismes de l’OTAN, sans les États-Unis, ce qui impliquerait la constitution d’un groupe de planification nucléaire européen.

Conclusion

En guise de conclusion, la situation de l’Allemagne, engagée dans un changement d’époque, invite à prendre du champ à l’égard de deux diagnostics et anticipations contradictoires : le dénigrement systématique des efforts politico-militaires allemands, nécessairement vains ; la réémergence d’une Allemagne impériale vouée à dominer l’Europe. Au regard des temps longs de l’histoire et du contexte géopolitique de l’après-1989, il n’est guère surprenant que le redressement militaire ne se soit d’emblée imposé à l’esprit des dirigeants allemands. D’autre part, les mentalités post-modernes de bien des Allemands et l’effritement des bases de la puissance nationale, tant démographique qu’économique, contrebalancent l’appel à se doter de la première armée conventionnelle d’Europe. Pour l’Allemagne comme pour ses alliés du Vieux Continent, la menace réside dans les ambitions de la Russie, le défi consistant à maintenir l’effort militaire requis dans le format géopolitique adéquat.

Notes

(1) Voir la déclaration gouvernementale d’Olaf Scholz du 27 février 2022 (https://​tinyurl​.com/​y​7​b​7​v​34t).

(2) En 1806, le Saint-Empire laisse place à une « Confédération germanique » écartelée entre le royaume de Prusse et l’empire d’Autriche (1815-1866).

(3) Cf. Helmuth Plessner, Die verspätete Nation. Über die politische Verführbarkeit33 bürgerlichen Geistes (1935), Francfort/Main, Suhrkamp, 2001.

(4) Cf. Dieter Groh, « Le Sonderweg de l’histoire allemande : mythe ou réalité ? », Annales. Economies, sociétés, civilisations, 38e année, n° 5, 1983.

(5) Le Grossraum du juriste allemand Carl Schmitt.

(6) Voir le discours d’Emmanuel Macron à l’École de guerre (Paris), le 7 février 2020 (https://​tinyurl​.com/​n​h​z​h​k​b4x).

(7) Le 9 mai 2025, Paris et Varsovie signaient le traité de Nancy, qui comporte une clause de défense consolidant celles de l’OTAN (l’article 5) et de l’Union européenne (article 42, &7).

Jean-Sylvestre Mongrenier

areion24.news

La principale suspecte de l'attentat de Monaco a été retrouvée morte par balle

 

L'explosion survenue à Monaco le 29 juin dernier avait choqué le monde. Au moins trois personnes avaient été blessées. La principale suspecte, une femme, était en fuite depuis.

Mais sa traque aurait désormais pris fin. En effet, selon le «Daily Mail», Anastasiia Berezovska, 39 ans, aurait été retrouvée morte le 6 juillet aux alentours de 23 heures près de Kiev. Une information qui émane du journal ukrainien «Pravda». Les autorités n’ont toutefois pas encore confirmé officiellement cette information.

Jambes amputées après l'explosion

L'explosion qui avait frappé un immeuble résidentiel de luxe à Monaco avait gravement blessé l'oligarque ukrainien sous sanctions, Vadym Yermolaïev, sa compagne, Anna Nasobina, et son fils de 13 ans. Celle-ci avait dû être amputée des deux jambes, tandis que son mari était finalement sorti du coma.

Le garçon avait plus de chance, n'ayant subi que des blessures légères. D'après l’enquête policière, Anastasiia Berezovska, déguisée en homme, aurait déposé un sac à dos dans le hall d’entrée de l’immeuble. Elle l'a ensuite fait exploser plus loin, à environ 12 mètres de distance, grâce à son téléphone portable. 

Des caméras de surveillance l’ont filmée, coiffée d’un chapeau de pêcheur noir, alors qu’elle s’enfuyait à pied en direction de la France. Elle se serait ensuite rendue en Italie et en Allemagne.

Retrouvée en Ukraine

Interpol avait lancé un avis de recherche international contre elle, qui avait été signalée pour la dernière fois en Allemagne. La police a perquisitionné un appartement qu’elle louait.

Selon le parquet de Monaco, Anastasiia Berezovska était recherchée pour tentative de meurtre, pose d’un engin explosif et association de malfaiteurs.

A son retour en Ukraine, Berezovska aurait donc été retrouvée abattue. Selon le «Daily Mail», deux suspects, dont un officier en service actif des services secrets militaires, auraient en outre été arrêtés par les forces de l'ordre ukrainiennes. Aucune déclaration officielle n'a encore été faite concernant ces arrestations.

blick.ch

Drones du champ de bataille : Il n’est nulle faille que le temps ne révèle… à ceux qui savent les chercher

 

Du grand drone au modèle FPV (First person view) équipé d’une grenade, le drone pourrait bien être au 21e siècle ce que le char d’assaut fut au 20e siècle (1). Tout comme le développement de l’arme blindée a notablement changé la tactique et accru l’importance d’une boucle de commandement et contrôle toujours plus rapide, celui du drone ajoute à cette boucle celle de l’innovation/intégration, dont l’efficacité conditionne désormais la victoire sur les nouveaux champs de bataille. Il est par exemple régulièrement rapporté qu’en Ukraine, l’obsolescence d’un composant de drone survient en moyenne au bout de quelques semaines, parfois de quelques jours (2).

Des temps de développement réduits produisent nécessairement des vulnérabilités. L’interconnexion, la numérisation et la dépendance à plusieurs facteurs exposent ces systèmes à la menace cyber. Sur le champ de bataille, aucun n’est entièrement immunisé. Exploiter ces failles dans le temps tactique – celui de l’engagement – et augmenter ainsi la lutte antidrone d’une couche cyber est aujourd’hui incontournable pour conserver l’initiative, en matière de renseignement comme d’action dans la profondeur. Or la nature particulière des faiblesses de conception – que ce soit sur les ondes pour communiquer et naviguer ou dans les logiciels ou l’électronique embarquée pour décider et agir – appelle de nouvelles compétences spécifiques. Hacker tactique est ainsi peut-être l’un des nouveaux métiers du soldat du 21e siècle.

Une part importante des drones employés en contexte militaire est issue d’engins civils, modifiés pour l’observation ou l’attaque. S’ils sont rapidement disponibles, pour un coût souvent intéressant, leur sécurité tend à être délaissée, car elle n’apporte pas de plus – value directement monétisable. Cette dualité n’est peut-être pas qu’une mauvaise chose : les technologies ouvertes, ou très répandues, peuvent faire l’objet de recherches de vulnérabilités alimentant une littérature fournie. Celle-ci relate en général des failles sur cinq composants fondamentaux d’un drone : la communication, le réseau, les capteurs, le logiciel ou encore l’électronique embarquée.

Les vulnérabilités

Communications et liaison de contrôle : quand le drone parle trop ou pas assez

Comme toute émission radioélectrique, la liaison sans fil du drone peut être vulnérable à la guerre électronique et à ses savoir – faire classiques tels que :

• l’identification des signaux, éventuellement la localisation de l’émetteur ;

• le brouillage, voire, de manière plus élaborée, l’usurpation des signaux légitimes de positionnement (GPS, GLONASS, etc.) pour induire l’appareil en erreur et le faire dysfonctionner.

Résister au brouillage implique des développements spécialisés tels que le filtrage du signal, l’étalement de spectre, ou encore la poursuite autonome de la mission en mode dégradé (centrale inertielle, IA) générant des surcoûts de fabrication et devant être mis à jour très régulièrement pour ne pas être contournés. Selon l’usage qui en est fait, un drone moins sécurisé peut être préférable, privilégiant la masse à bas coût (par exemple pour saturer des défenses) ou la rapidité de développement (par exemple pour intégrer une innovation et surprendre technologiquement l’ennemi). Par ailleurs, le chiffrement de ces liaisons n’est pas nécessairement pris en compte dès la conception. Il peut également constituer un coût supplémentaire (composants spécifiques, énergie) et complexifier l’usage du drone (gestion des clés). Si elle est en clair, ou faiblement chiffrée, une liaison drone peut apporter du renseignement utile à la guerre électronique adverse.

Protocoles réseau : le chat et la souris

Que ce soit pour assurer la liaison avec le pilote ou pour se coordonner entre eux, les drones utilisent différents protocoles réseau. Certains d’entre eux – les plus fondamentaux – sont le fruit de développements concomitants à celui d’Internet, alors que les systèmes étaient câblés et que la sécurité n’était pas encore un enjeu. Mais l’usage de ces protocoles dans un réseau avec lequel il est possible d’interagir à condition d’en être assez proche (souvent quelques centaines de mètres) ouvre une surface d’attaque considérable. Une mauvaise implémentation, l’absence ou la faiblesse d’authentification ou encore un usage détourné non anticipé peuvent mener à des atteintes :

• à la disponibilité (par exemple déni de service par envois massifs de paquets ou trames) ;

• à l’intégrité par insertion d’un nœud illégitime dans le réseau (attaque dite man in the middle) ou d’un tunnel détournant une partie du trafic pour l’intercepter ou y injecter de fausses informations (attaque dite wormhole), et de fait à la confidentialité (3).

S’il est envisageable de limiter les attaques les plus simples avec de bonnes pratiques de développement, le fait même de communiquer efficacement en réseau implique des compromis qui peuvent toujours desservir la sécurité. On notera qu’une fois que les experts du signal ont accédé au flux de données transporté sur les ondes, il devient nécessaire de disposer de compétences informatiques pour tirer parti de ce type de vulnérabilités.

Capteurs : êtes-vous sûr de ce que vous voyez ?

Les capteurs sont également des composants sensibles, en ce qu’ils permettent au drone ou à son pilote de s’orienter et de décider des actions à mener. Leur attaque est d’autant plus intéressante qu’elle reste valable pour des engins pouvant se passer de réseau sans fil (fibre optique, autonomie par intelligence artificielle). Les capteurs optiques peuvent ainsi être vulnérables au rejeu d’une vidéo préenregistrée induisant l’engin en erreur (4) (à condition de disposer au préalable d’un accès malveillant au logiciel embarqué, par exemple via une attaque sur la chaîne d’approvisionnement), ou aveuglés par des lasers. S’ils permettent à une IA d’orienter le drone, ils peuvent induire celle – ci en erreur en filmant certains motifs (adversial patch attacks consistant à tromper les modèles d’apprentissage et à leur faire commettre des erreurs). Les accéléromètres utilisés pour la navigation peuvent même être trompés par injection d’ondes acoustiques (en les faisant résonner à une fréquence précise, ce qui les empêche de mesurer les vibrations mécaniques habituellement observées pour estimer l’accélération) (5).

Logiciel et électronique embarqués : quand le drone tombe

Enfin, une contrainte importante du drone tient dans le fait qu’il peut tomber aux mains de l’ennemi. Celui – ci a alors un accès physique à ses composants logiciels et matériels. Des journaux de vol ou d’évènements mal ou non chiffrés peuvent dévoiler de précieuses informations (telles que la position du télépilote). De même que les données éventuellement collectées, qui peuvent trahir un objectif adverse. La rétroconception d’un logiciel embarqué peut par ailleurs permettre de déceler d’éventuelles failles en vue de propager des malwares, de la même manière que sur un réseau informatique. En disposant d’un accès logiciel, il devient possible de détourner un drone, de falsifier sa mission, de supprimer des données ou encore de transformer l’engin en capteur espion. L’enjeu est alors de trouver et d’exploiter ces failles avant que l’ennemi ne les découvre et corrige lui – même.

Qui pour saisir ces opportunités ?

Ce rapide panorama donne un aperçu des menaces autant que des opportunités que présente l’usage des drones et robots au combat. Les saisir nécessite des compétences en électronique, que l’on retrouve de manière générale en exploitation de sites sensibles (relevés d’indices sur le champ de bataille ou sur du personnel capturé à fin de renseignement), ou en contre – IED (Improvised explosive device). La partie logicielle, elle, requiert une expertise en reverse engineering, principalement présente aujourd’hui en sécurité informatique, et dans l’analyse de malwares, ainsi que des connaissances en systèmes et réseaux informatiques.

Ces savoir-faire, aujourd’hui légitimement employés au niveau stratégique, pourraient-ils être mobilisés au plus près du champ de bataille, pour maintenir l’ascendant technologique dans le combat cyber qui s’y déroule ? Le cas échéant, devraient-ils être aussi poussés techniquement ? Ou serait-il acceptable de disposer de spécialistes moins avancés, mais plus nombreux ?

De l’opération cyberstratégique à l’appui tactique : changer de paradigme

Le 24 février 2022, avant que les premiers soldats russes ne pénètrent sur le sol ukrainien, une vague de cyberattaques avait cherché à détruire (et pas seulement à neutraliser) un maximum de systèmes informatiques indispensables à la gestion d’une crise telle qu’une « opération spéciale » russe à l’encontre de l’Ukraine. Pour les Russes, ces premières actions ont contribué à « modeler » l’adversaire dans une phase de combat de niveau opératif, au même titre que des frappes aériennes ou de missiles sur des cibles stratégiques. Mais une fois entrée dans une séquence plus tactique, rythmée par les combats au sol, la Russie ne semblait plus disposer d’outil cyber adapté (6). Les experts ont ainsi constaté la réutilisation de virus, sans adaptation particulière aux cibles, ainsi que des attaques d’une moindre sophistication. Les unités chargées de les concevoir et de les diffuser commencent à être bien connues. Elles opèrent depuis Moscou, au plus près du commandement central, loin du champ de bataille.

En Russie comme ailleurs, les capacités cyberoffensives se sont d’abord construites à un niveau stratégique. Pour répondre aux nouveaux besoins du champ de bataille, la tendance semble plutôt être de solliciter ces structures pour des tâches plus tactiques. Par exemple, Israël insère dans ses états – majors jusqu’au niveau brigade des agents de son Unité 8200, spécialisée dans le renseignement et les opérations cyber (7). L’Ukraine embarque des malwares dans ses drones pour en piéger le réemploi (8) – démontrant une application tactique de capacités de guerre informatique –, et s’appuie essentiellement sur le GUR (Direction du renseignement militaire ukrainienne) pour ses opérations cyberoffensives (9). La Russie semble également faire converger ses effets cyber et cinétiques sur des objectifs communs, en employant ses groupes intégrés ou affiliés au GRU (10). En complément, les unités de guerre électronique et de lutte antidrone semblent combiner leurs actions dans une approche multicouche de défense aérienne.

Mais le cas russe illustre bien un phénomène largement constaté. Le temps du cyber ne semble pas compatible avec celui des opérations. On souligne souvent que ces actions cyber requièrent une longue préparation, une grande expertise, et qu’il est particulièrement délicat d’en garantir les effets (tant en qualité qu’en durée dans le temps). S’il ne saurait être contesté, ce constat est néanmoins biaisé par la seule connaissance que nous avons des cyberopérations offensives ou à fins de renseignement. Leur courte histoire s’inscrit en effet dans une perspective essentiellement stratégique. Depuis le début des années 2000, il s’agit d’espionner, de saboter, de déstabiliser, souvent sous le seuil de la violence assumée, dans la plus grande discrétion possible. De telles contraintes imposent alors des délais de conception et une technicité de mise en œuvre s’accommodant peu des exigences de l’espace – temps tactique.

À ce niveau, si le combat se joue dans la couche physique, via la guerre électronique, on observe également que les systèmes les plus simples (tels que les radios tactiques V/UHF par exemple) reposent de plus en plus sur des protocoles informatiques. Comme illustré précédemment, le développement des drones accentue encore ce constat. Les compétences requises pour maîtriser les ondes (allant des basses fréquences aux liaisons satellitaires, en passant par le radar et les communications mobiles) sont de plus en plus étendues. Elles ne sauraient recouvrir parfaitement, à elles seules, les couches protocolaires supérieures (liaison, réseau, applications).

Vers la lutte informatique offensive tactique ?

Un nouveau champ de compétence est donc devenu nécessaire. Sans doute doit-il être plus proche du champ de bataille que les unités traditionnelles de lutte informatique offensive stratégiques. Il n’a en revanche peut – être pas besoin d’être aussi poussé que dans ces unités. En effet, pour appuyer des combats dans un conflit ouvert, la rapidité prime sur la discrétion. Les actions requises sont simples, peu discrètes, et exploitent les failles – parfois génériques – de systèmes conçus et mis en service dans des cycles de plus en plus courts. Analyser les drones adverses pour y trouver des vulnérabilités, concevoir et adapter, aux côtés d’industriels, les outils (logiciels et matériels) des unités au contact, mettre au point de nouveaux schémas d’attaque réseau, ou encore accompagner les PSYOPS (opérations psychologiques) numériques par des actions simples (telles que des dénis de service ou des défigurations de sites) en appui de la division… telles seront peut-être les missions de ces hackers tactiques de demain.

Bien sûr, ce travail nécessite une coordination fine avec l’échelon stratégique, et une véritable synergie avec les équipes de guerre électronique. Plusieurs exemples récents montrent en effet à quel point guerre électronique et guerre informatique tactique sont complémentaires. Par exemple, le logiciel espion russe X‑Agent aurait infecté des téléphones portables ukrainiens leurrés par les IMSI – Catchers embarqués sur les drones du système de guerre électronique Leer-3 (11). Plus largement, les actions de guerre électronique telles que la localisation, la caractérisation et l’identification, l’intrusion, l’usurpation, le leurrage ou même le brouillage s’enrichissent aujourd’hui de procédés informatiques.

Les États-Unis et le Royaume – Uni ont amorcé ce virage en fédérant guerre électronique et informatique au sein d’unités dites de Cyber electromagnetic activities (CEMA), de niveau brigade (CEMA group britannique composé d’un régiment cyber et deux régiments de guerre électronique), voire régimentaire (11e bataillon cyber et 780e brigade de renseignement militaire américaine). L’Ukraine se dote d’un commandement cyber regroupant les opérations défensives et offensives, dont celles, peu sophistiquées, de l’IT Army. En France, le COMCYBER est devenu la tête de chaîne capacitaire de la guerre électronique pour le niveau stratégique et interarmées.

Un long chemin reste cependant à parcourir pour se doter d’un outil à même de produire des effets tactiques – bien intégrés aux opérations – dans le cyber-

espace. Il est jalonné de défis : recruter en quantité et qualité suffisante, maîtriser autant que possible les effets produits (par exemple éviter le réemploi ou la prolifération de malwares), déterminer un cadre légal et d’emploi conforme au droit et à l’éthique, trouver le bon positionnement et les bonnes synergies avec les autres fonctions opérationnelles et structures stratégiques… : autant de problématiques déjà posées dans d’autres domaines tels que l’influence numérique ou la dronisation.

Notes

(1) Matheo Malik, « Comment le drone est devenu le char d’assaut de la guerre d’Ukraine, une conversation avec Taras Chmut », Le Grand Continent, 8 mars 2025 (https://​legrandcontinent​.eu/​f​r​/​2​0​2​5​/​0​3​/​0​8​/​c​o​m​m​e​n​t​-​l​e​-​d​r​o​n​e​-​e​s​t​-​d​e​v​e​n​u​-​l​e​-​c​h​a​r​-​d​a​s​s​a​u​t​-​d​e​-​l​a​-​g​u​e​r​r​e​-​d​u​k​r​a​i​n​e​-​u​n​e​-​c​o​n​v​e​r​s​a​t​i​o​n​-​a​v​e​c​-​t​a​r​a​s​-​c​h​mut).

(2) Pierre Sauveton, « Dronisation de la guerre : un fait tactique majeur », OpexNews, 11 mai 2025 (https://​opexnews​.fr/​d​r​o​n​i​s​a​t​i​o​n​-​g​u​e​r​r​e​-​f​a​i​t​-​m​a​j​e​u​r​-​e​c​o​l​e​-​e​t​a​t​-​m​a​jor).

(3) Mustafa Cosar, « Cyber Attacks on Unmanned Aerial Vehicles and Cyber Security Measures », The Eurasia Proceedings of Science Technology Engineering and Mathematics, 21 décembre 2022, p. 258-265.

(4) Aaron Yu, Iuliia Kolotylo, Hashim A. Hashim et A. E.E. Eltoukhy, « Electronic Warfare Cyberattacks, Countermeasures and Modern Defensive Strategies of UAV Avionics: A Survey » (https://​arxiv​.org/​h​t​m​l​/​2​5​0​4​.​0​7​3​5​8v1, consulté le 26 décembre 2025)

(5) Timothy Trippel et coll., « WALNUT: Waging Doubt on the Integrity of MEMS Accelerometers with Acoustic Injection Attacks », 2017 IEEE European Symposium on Security and Privacy (EuroS&P), avril 2017, p. 3-18.

(6) Anthony Namor, « Le combat cyberélectronique russe en Ukraine », Le Rubicon, 8 juillet 2022 (https://​lerubicon​.org/​l​e​-​c​o​m​b​a​t​-​c​y​b​e​r​e​l​e​c​t​r​o​n​i​q​u​e​-​r​u​s​s​e​-​e​n​-​u​k​r​a​ine).

(7) Anthony Namor, « Retour en asymétrie : Que nous apprend le combat cyber-électronique entre Israël et le Hamas ? », Le Rubicon, 1er août 2024 (https://​lerubicon​.org/​r​e​t​o​u​r​-​e​n​-​a​s​y​m​e​t​r​i​e​-​q​u​e​-​n​o​u​s​-​a​p​p​r​e​n​d​-​l​e​-​c​o​m​b​a​t​-​c​y​b​e​r​-​e​l​e​c​t​r​o​n​i​q​u​e​-​e​n​t​r​e​-​i​s​r​a​e​l​-​e​t​-​l​e​-​h​a​mas).

(8) Miriam McNabb, « Ukraine’s Trojan Horse Drones: A New Frontier in Cyber Warfare », Dronelife, 10 avril 2025 (https://​dronelife​.com/​2​0​2​5​/​0​4​/​1​0​/​u​k​r​a​i​n​e​s​-​t​r​o​j​a​n​-​h​o​r​s​e​-​d​r​o​n​e​s​-​a​-​n​e​w​-​f​r​o​n​t​i​e​r​-​i​n​-​c​y​b​e​r​-​w​a​r​f​are).

(9) « Operations of Defence Intelligence of Ukraine In Cyberspace » (https://​gur​.gov​.ua/​e​n​/​c​o​n​t​e​n​t​/​o​p​e​r​a​t​s​i​i​-​h​u​r​-​v​-​k​i​b​e​r​p​r​o​s​t​ori, consulté le 31 décembre 2025).

(10) Anthony Namor, « Le combat cyberélectronique russe en Ukraine », art. cité.

(11) Thomas Withington, « Bits, Bullets and Bombs », Armada International, vol. 3, no 2, 2025, p. 15.

Christophe Agnese

Anthony Namor

areion24.news

Le monde selon la Chine : un axe avec la Russie et l’Inde ?

 

En septembre 2025, le président chinois Xi Jinping (depuis 2013) a réuni le Russe Vladimir Poutine et l’Indien Narendra Modi lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Tianjin. L’objectif était d’afficher l’unité d’un Sud global autour d’une contestation commune de l’ordre occidental. Si les liens se resserrent entre Pékin, Moscou et New Delhi, les déséquilibres économiques, les rivalités régionales et les stratégies parfois concurrentes limitent la portée d’un véritable axe sino-russo-indien.

Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, la Russie s’est tournée vers la Chine pour amortir l’impact des sanctions occidentales, Pékin n’ayant adopté aucune mesure de rétorsion et n’ayant pas condamné l’opération russe menée contre sa voisine. Ainsi, le commerce bilatéral est passé de 146 milliards de dollars en 2021 à 244,5 milliards en 2024. La République populaire est le premier partenaire de Moscou, le géant asiatique important la majeure partie des hydrocarbures, du charbon et des métaux russes pour répondre à ses besoins énergétiques.

Partenaires sans alliance

En 2024, la fédération russe a livré 2,17 millions de barils de pétrole par jour, soit un cinquième des importations chinoises, devant l’Arabie saoudite (1,58 million) et l’Irak (1,28 million). Cette position dominante s’explique par la proximité géographique, les oléoducs mis en place dans le cadre des nouvelles routes de la soie et les rabais sur le brut russe, vendu en dessous du prix du Brent, la référence mondiale du marché pétrolier.

Mais cette dépendance reste relative, la Chine cherchant à diversifier ses approvisionnements au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est afin de limiter les risques de vulnérabilité stratégique. En retour, la Russie importe massivement des produits chinois : véhicules, machines et équipements électroniques pour 115,5 milliards de dollars en 2024. Plus d’un million de voitures chinoises ont été vendues en Russie, sept fois plus qu’en 2022. L’usage du yuan se généralise : en mai 2023, près de 40 % des échanges sino-russes étaient réglés dans la monnaie chinoise, contre 0,3 % avant la guerre en Ukraine.

L’équilibre demeure asymétrique. Moscou dépend de la demande chinoise pour écouler ses ressources et accéder à des technologies qu’elle ne produit plus, tandis que Pékin préserve sa liberté diplomatique et évite tout engagement militaire formel. La doctrine de Xi Jinping de la « coopération sans alliance » résume cette hiérarchie : la Chine tire profit d’une relation sans s’y contraindre, la Russie agissant en partenaire tactique plutôt qu’en allié stratégique.

L’Inde, puissance d’équilibre ?

Entre Pékin et Moscou, l’Inde joue la carte de l’équilibre : elle partage la volonté de redéfinir l’ordre mondial tout en conservant son autonomie. Ce non-alignement actif lui permet d’interagir sans se lier, en s’appuyant à la fois sur sa coopération stratégique avec la Russie et sur des liens économiques étroits avec la Chine, son premier partenaire commercial. En 2024, les échanges sino-indiens ont atteint 124 milliards de dollars, dont 108,5 milliards d’exportations chinoises. Les biens manufacturés – composants électroniques, ­machines-outils, panneaux solaires ou principes pharmaceutiques – restent indispensables à l’industrie indienne, au prix d’un déficit commercial de plus de 100 milliards de dollars. Sur le plan énergétique, le pétrole russe, quasi absent avant 2022, représente un tiers des importations indiennes en 2024. Cette stratégie, justifiée par la sécurité des approvisionnements et la stabilité des prix, a valu à New Delhi des pressions de Washington et l’annonce, en mai 2025, d’une surtaxe douanière de 50 % sur les produits indiens entrant aux États-Unis.

Militairement, la Russie demeure son principal fournisseur, mais son poids recule : un tiers des importations d’armes indiennes entre 2020 et 2024, contre plus de la moitié cinq ans plus tôt. Cette évolution traduit une diversification accélérée vers les partenaires occidentaux – France, Israël et États-Unis –, avec lesquels l’Inde multiplie les contrats. Cette réorientation, tout en maintenant une coopération historique avec Moscou, marque la volonté de réduire une dépendance militaire jugée risquée depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Sur le plan diplomatique, la rencontre de Narendra Modi et Xi Jinping à Tianjin en août 2025 symbolise un apaisement prudent. Le contentieux himalayen reste vif, et la rivalité stratégique dans l’océan Indien – où l’Inde perçoit l’expansion navale chinoise comme une menace directe – limite toute alliance structurée. New Delhi privilégie ainsi une approche pragmatique : coopérer sans s’aligner, en participant à la fois aux forums eurasiens (BRICS+, OCS) et aux dispositifs de sécurité indopacifiques comme le QUAD, aux côtés des États-Unis, du Japon et de l’Australie. Enfin, en recevant Vladimir Poutine les 4 et 5 décembre 2025, l’Inde – non-membre de la Cour pénale internationale (CPI), qui a émis un mandat d’arrêt contre le président russe – réaffirme son autonomie stratégique sans se laisser dicter ses choix par les Occidentaux.

Si le sommet de Tianjin illustre la volonté de Pékin de se poser en centre de gravité d’un monde multipolaire, l’axe que la Chine entend construire n’est ni une alliance formelle ni un bloc idéologique. Il s’apparente plutôt à un réseau de convergences ponctuelles, fondé sur la contestation du modèle occidental et la recherche d’alternatives financières, commerciales et technologiques. 

De Moscou à Pékin : une géopolitique asiatique


Nashidil Rouiaï

Clément Mellet

areion24.news