Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

vendredi 26 juin 2026

Indonésie : la démocratie est-elle menacée ?

 

Des publications anglo-saxonnes sont devenues récemment alarmistes sur une possible dérive autoritaire de l’Indonésie sous la présidence de l’ancien général Prabowo Subianto. Les signes d’un durcissement politique se sont effectivement multipliés, mais il existe dans cet immense archipel une société civile dynamique qui garde vivante la flamme de la démocratie.

On peut en effet constater une évolution inquiétante du fonctionnement politique de l’Indonésie. Il y a deux ans déjà, alors que le second et dernier mandat du précédent président (2019-2024), Joko Widodo dit « Jokowi, » venait de prendre fin, nous constations qu’à travers différents projets d’infrastructures réalisés durant ses deux mandats, dont le plus éminent était la construction de la nouvelle capitale, Nusantara, les droits des populations locales avaient été bafoués.

Son successeur, Prabowo Subianto, candidat malheureux face à Jokowi lors des deux précédentes élections, a été élu dès le premier tour avec près de 59 % des voix, loin devant les deux autres candidats, Anies Baswedan, ancien gouverneur de Jakarta et Ganjar Pranowo, ancien gouverneur de Java central. En février 2025, trois mois à peine après l’investiture de Prabowo, des manifestations éclataient dans de nombreuses villes du pays pour protester notamment contre les coupes budgétaires prévues dans l’éducation et contre des politiques répressives.

En août, des manifestations étaient organisées devant le DPR (Dewan Perwakilan Rakyat, « conseil de représentation du peuple, » le parlement) demandant la démission de Prabowo et de son vice-président, celle du gouvernement et la dissolution du DPR. Le 4e jour des manifestations, un jeune livreur qui passait est écrasé volontairement par un véhicule blindé de la police. L’homme est mort à l’hôpital où on l’avait transporté. Il s’en est suivi une série de violentes manifestations dans plusieurs villes. Des influenceurs avaient alors dressé une liste de revendications.

Le 2 janvier 2026, le nouveau code pénal indonésien, validé par une loi votée fin 2022 par le DPR pour remplacer le code hérité de la période coloniale, a pris effet. Il ne tient aucun compte des mouvements de protestation déclenchés par le projet initial, élaboré en 2003. Pour diverses organisations de la société civile le nouveau code pénal et le nouveau code de procédure qui l’accompagne « peuvent porter atteinte aux libertés civiles et risquent de faire basculer le pays vers un État autoritaire, sur fond de rapports de plus en plus alarmistes visant les opposants au gouvernement. » Par ailleurs, différentes affaires illustrent cette évolution.

L’affaire Nadiem

Le « tech tycoon » dont parle le New York Times est Nadiem Makarim, un entrepreneur de 42 ans qui a créé Gojek, une entreprise d’e-commerce qui met en relation des livreurs à moto et leurs clients, quand il était âgé de 25 ans. Gojek est une allusion au mot ojek, un service de transport de personnes à moto. Nadiem a été ministre de l’Éducation durant le second mandat de Jokowi, le prédécesseur de Prabowo (2019-2024). Il a été arrêté et accusé d’avoir fait perdre 1 800 milliards de roupies (environ 90 millions d’euros) à l’État avec l’acquisition de 1,2 million d’ordinateurs portables Chromebook comme équipement scolaire du primaire et du secondaire dans les régions les moins avancées.

Selon le site en ligne du quotidien économique indonésien Bisnis Indonesia, l’affaire commence en 2020, lorsque le ministère que dirige Nadiem lance un programme de numérisation de l’enseignement primaire et secondaire lors de la pandémie de Covid-19. Un des éléments de ce programme était l’acquisition d’ordinateurs portables de type Chromebook, qui fonctionnent avec le système d’exploitation Chrome de Google. Auparavant, en 2018-2019, le ministère avait procédé à un test avec 1 000 unités, qui avait montré que leur fonctionnement dépendait de la stabilité de la connexion Internet, qui n’est pas encore assurée dans de nombreuses régions d’Indonésie. L’équipe technique chargée du test avait donc recommandé des ordinateurs utilisant Windows. Le ministère avait néanmoins tranché en faveur de Chromebook.

En juin 2025, le bureau du procureur général avait ordonné la mise en examen de trois responsables du ministère. Nadiem, de son côté, s’était aussitôt déclaré prêt à coopérer avec la justice. Mais en septembre, le bureau du procureur le déclarait suspect et ordonnait son arrestation. Le 14 mai 2026, il requiert une peine de 18 ans de prison.

Sur son compte Facebook l’avocat Todung Mulya Lubis, un défenseur des droits humains, déclare le 14 mai que les preuves apportées ne justifient pas une telle sentence. Citant le juriste Sebastiaan Pompe, auteur de La cour suprême indonésienne : étude d’un effondrement institutionnel paru en 2005, il estime que ce qui se dessine est l’effondrement, non seulement de la cour suprême de l’Indonésie mais les aspirations du pays à devenir un État de droit. Le 2 juin 2026, Nadiem a plaidé non coupable. La séance suivante est prévue pour le 23 juin.

L’attaque contre Andrie Yunus

The Economist constate que Prabowo centralise le pouvoir et musèle l’opposition parlementaire en la contraignant à rejoindre sa coalition. Prabowo souhaite en outre redonner à l’armée un rôle politique. En mars 2025, des militants des droits humains ont perturbé une réunion à huis clos du DPR, le parlement indonésien, destinée à finaliser un projet d’amendement d’une loi de 2004 sur l’armée indonésienne. Parmi eux il y avait Andrie Yunus, de l’organisation KontraS.

Le 12 mars 2026, deux hommes sur une motocyclette jettent de l’acide sur Andrie, lui-même à motocyclette. Il est emmené à l’hôpital. Les examens montrent des brûlures sur 24 % de la surface de son corps, notamment aux yeux, au visage, à la poitrine et aux deux mains. Plus tôt dans la journée, il avait enregistré un podcast où il discutait du rôle de l’armée en politique.

Le ministre de la Justice et des Droits humains Yusril Ihza Mahendra déclare que c’est « une attaque contre la démocratie » et promet que les auteurs seront traduits en justice. Le 18 mars, l’armée annonce avoir arrêté quatre militaires : un capitaine, deux lieutenants et un sergent, appartenant à la marine et à l’armée de l’air. Les quatre sont membres de l’Agence de renseignement stratégique de l’armée (BAIS). Le 20, Prabowo qualifie l’acte de « terrorisme » et de « barbare » et déclare qu’il faut une enquête. Le 25, le chef du BAIS démissionne.

De son côté un groupe d’ONG incluant KontraS, après avoir mené sa propre enquête sur la base de 37 caméras de surveillance aux alentours du lieu de l’attaque contre Andrie, estime que 16 personnes sont impliquées, et soupçonne une opération coordonnée par « une institution importante, » « avec une chaîne de commandement. »

Le 6 avril, un parlementaire déclare qu’il faudrait une loi pour réglementer la vente de produits dangereux, en particulier l’acide. Le lendemain, l’armée annonce que le dossier de l’attaque a été transmis à la cour martiale de Jakarta. Le 8, la cour constitutionnelle auditionne des plaignants qui rejettent le projet d’amendement de la loi sur l’armée.

Le 16, l’armée explique que le motif de l’attaque est la « vengeance personnelle. » Pour Erasmus Napitupulu, directeur de l’Institute for Criminal Justice Reform, une organisation indonésienne qui milite pour une réforme du droit en Indonésie, le motif de vengeance personnelle est utilisé pour « ne pas exposer cette affaire plus largement. » Pour Julius Ibrani de la PBHI (association indonésienne d’aide juridique et de défense des droits humains), ce motif « n’a pas de sens. »

Le 29 avril, la cour martiale lit l’acte d’accusation expliquant que les accusés ont organisé l’attaque après avoir vu des vidéos qui montrent Andrie interrompant la réunion à huis clos de membres du DPR. Le 10 juin, ils sont condamnés à des peines de prison allant d’un an et demi à trois ans, et d’eux d’entre eux révoqués de l’armée pour faute grave. Le juge affirme que l’attaque n’a été influencée par aucune « chaîne de commandement. »

Craignant l’impunité, Andrie avait à plusieurs reprises demandé que le procès ait lieu devant un tribunal civil et non militaire. Trois mois plus tard, le 10 juin, le tribunal militaire a condamné les quatre militaires à des peines que les organisations de défense des droits humains estiment clémentes. Pour elles, le procès est destiné à dissimuler la vérité sur cette attaque préméditée.

De nouvelles manifestations étudiantes

The Economist constate que Prabowo cherche aussi à faire taire la presse et la société civile. L’hebdomadaire craint que si l’opposition ne trouve pas de traduction politique, les émeutes de l’année dernière risquent de se reproduire. Un diagnostic confirmé dès le mois de juin.

Le 11 juin 2026, des étudiants ont commencé à manifester à Jakarta, à Bandung dans l’ouest de Java et à Makassar dans le sud de Célèbes. Le lendemain vendredi, des étudiants ont de nouveau manifesté à Jakarta mais aussi à Semarang et à Surakarta dans le centre de Java sous l’intitulé Menuju Indonesia Bangkrut (« vers une Indonésie en faillite ») avec 5 revendications : l’arrêt du gaspillage du budget de l’état, la baisse du prix des produits de première nécessité et de l’essence, l’arrêt des programmes de repas scolaires gratuits et de développement de coopératives villageoises, la fin du militarisme dans la sphère civile, enfin que Prabowo Subianto reconnaisse ses erreurs.

Le samedi 13, c’était au tour de Yogyakarta dans le centre de Java de voir des étudiants manifester contre le gouvernement de Prabowo et son vice-président Gibran.

Les deux principaux programmes dénoncés

Le gaspillage que les étudiants dénoncent concerne notamment les deux projets phares de Prabowo : le programme de « repas nutritifs gratuits » (makanan bergizi gratis) censé lutter contre le retard de croissance chez les écoliers et des Koperasi Desa Merah Putih (« coopératives villageoises rouge et blanc, » une référence aux couleurs du drapeau indonésien) pour quelque 80 000 villages.

Lancés en janvier 2025, trois mois après l’investiture de Prabowo, les « repas nutritifs gratuits » étaient le seul élément original de son programme quand il était candidat à la présidence. Au bout de quelques mois sont apparus les premiers cas d’intoxication alimentaire collective, qui se sont ensuite produits dans différentes régions d’Indonésie, faisant des milliers de victimes.

Le 2 juin 2026, Prabowo a limogé le directeur du Badan Gizi Nasional (« agence nationale de la nutrition », créée en 2024 à la fin du second mandat de Jokowi), Dadan Hindayana. L’organisation non-gouvernementale indonésienne de lutte contre la corruption Indonesian Corruption Watch avait déjà signalé Dadan et une société appelée BGN pour fournir des services de certification halal à la KPK (commission d’éradication de la corruption) en mai.

Jeudi 18 juin, le bureau du procureur général a désigné un sixième suspect, après Dadan, ses deux adjoints et deux entrepreneurs. Le même jour, le gouvernement a annoncé l’interruption du programme du 22 juin au 13 juin et la réduction de son budget pour cette année et la prochaine.

Les coopératives villageoises « Merah Putih » sont définies par les autorités comme « un mouvement économique populaire villageois qui vise à améliorer le bien-être des résidents grâce aux principes de coopération mutuelle, d’indépendance et de propriété partagée. » Elles sont supposées éliminer les intermédiaires qui exploitent les agriculteurs. Selon une estimation citée par The Economist, ces deux programmes pourraient coûter plus de 18 milliards de dollars cette année, soit 10 % des recettes du budget de l’État. Ce sont précisément eux dont les étudiants demandent l’arrêt.

Muhamad Saleh, un chercheur au Center of Economic and Law Studies, un institut de recherche basé à Jakarta dont le domaine est la lutte pour la justice fiscale et climatique, écrivait déjà en juillet 2025, moins de deux semaines après le lancement officiel du programme, que les coopératives Rouge et Blanc comportaient « un risque élevé de devenir un nouveau foyer de corruption. »

La Fête du Cochon

Le « militarisme dans la vie civile » est une allusion à l’amendement voté en mars 2025 à une loi de 2004, qui fait passer de dix à quatorze le nombre d’agences gouvernementales dans lesquelles des militaires d’actives peuvent occuper un poste. Cet amendement avait le soutien de Prabowo, lui-même un ancien général.

Un événement est révélateur du rôle que peut jouer l’armée dans le fonctionnement de la société indonésienne. En mai 2026 à Lombok, l’île située immédiatement à l’est de Bali, le rectorat de l’université de Mataram interrompt la projection d’un documentaire intitulé Pesta Babi, « la fête du Cochon », qui montre la lutte de masyarakat adat (« communautés de droit coutumier »). Cette communauté veut garder ses terres et les forêts ancestrales menacées par un projet de conversion de quelque 2,5 millions d’hectares en rizières et plantations de canne à sucre et de palmiers à huile. Elle s’oppose également à la construction d’unités de production de bioéthanol dans le kabupaten (département) de Merauke dans la partie indonésienne de la Nouvelle-Guinée, dans le cadre d’un « projet stratégique national » (PSN) de sécurité alimentaire et de production d’énergie. A Ternate dans les Moluques voisines, c’est carrément le commandant du district militaire local qui interrompt la projection du documentaire dans un lieu culturel public au prétexte que le titre en est provocateur. Néanmoins, la projection a pu se tenir dans d’autres lieux publics, notamment à Java.

Le projet, nommé PSN Merauke, avait été annoncé en octobre 2023, lors du second mandat de Jokowi. En octobre 2024, le commandant des forces armées indonésiennes, le général Agus Subiyanto, annonce la création de cinq nouveaux bataillons territoriaux qui coopéreront avec le ministère de l’Agriculture et la population pour planter le riz. Les différentes populations menacées par le projet déclarent devant le gouverneur de la province de Papua du Sud dont fait partie Merauke rejeter le projet, qui les prive de hameaux, terres et forêts coutumiers sans délibération et sans leur consentement.

En mars 2025, dans des courriers séparés au gouvernement indonésien et à l’entreprise PT Global Papua Abadi, promotrice du projet, des rapporteurs spéciaux des Nations Unies tirent la sonnette d’alarme à propos d’allégations de violations des droits de l’homme et de destruction de l’environnement liées au PSN Merauke. En février 2026 dans la ville de Merauke, la police disperse une manifestation de protestation contre le projet.

Usman Hamid, directeur d’Amnesty International Indonesia, écrit dans le quotidien de langue anglaise The Jakarta Post : « En présentant un miroir gênant à l’exploitation et à la violence d’État en Papouasie, Pesta Babi a brisé des décennies de silence imposé, forçant Jakarta à choisir entre une censure répressive et une véritable réforme respectueuse des droits. »

En octobre 2025, lors d’une cérémonie au quartier général national de la police à Jakarta, Prabowo rejetait le qualificatif d’« autoritaire » et affirmait être ouvert à la critique. En décembre dernier, Herdiansyah Hamzah, professeur de droit constitutionnel à l’université d’État Mulawarman, considérait que la vague d’intimidations visant des militants, des créateurs de contenu et des personnalités publiques, ainsi que les arrestations de participants aux manifestations d’août 2025, démontraient au contraire une tendance grandissante du président à l’autoritarisme. Cela ne l’a pas empêché de déclarer en janvier 2026, lors d’une célébration nationale de Noël, qu’il était conscient des critiques à son encontre sur son excès d’autoritarisme et qu’il était prêt à se corriger.

Les manifestations d’étudiants dénonçant les programmes coûteux de Prabowo et ce que beaucoup perçoivent comme une remilitarisation de l’État, et plus généralement celles qui se tiennent depuis la fin de l’ère Jokowi et l’investiture de Prabowo, sont la démonstration qu’il existe une société civile indonésienne vivante et dynamique. Comme le titrait le Jakarta Post le 19 juin 2026, « Protest works. »

Anda Djoehana Wiradikarta

asialyst.com

Enquête sur la face cachée des élevages intensifs de porcs en Chine

 

Le Xin Jingbao (新京報), journal pékinois, a récemment mis lumière la face cachée des élevages intensifs de porcs en Chine, où les conditions de vie provoquent des maladies chez les truies, où les porcelets malades ou faibles sont abattus, souvent de manière cruelle. L’enquête publiée le 10 juin a été rapidement supprimée, comme le sont de nombreux articles jugés non conformes à la ligne du Parti communiste chinois.

Au cours des trois dernières années, Feng Yi faisait fréquemment le même rêve, dans lequel figurait une truie. Cette truie avait des paupières doubles, de grands yeux ronds et un regard humide. Dans ce rêve, elle demandait à Feng Yi, les larmes aux yeux, pourquoi il ne la sauvait pas, pourquoi il lui faisait subir tout cela.

Feng Yi, 27 ans, est issu d’une famille d’éleveurs de porcs du Fujian, dans le sud-est du pays. Fin 2022, il choisit de reprendre l’entreprise familiale et commence à effectuer des rotations au sein de l’exploitation. Début 2023, il s’était occupé de cette truie paralysée après la mise-bas. Dans le système d’exploitation d’un élevage où l’on vise une utilisation optimale des ressources, les porcs atteints d’une grave maladie, difficiles à soigner et ne générant aucun bénéfice économique, finissent tous par être euthanasiés.

Mais la truie venait tout juste de mettre bas et avait encore neuf porcelets à allaiter. Feng Yi décide donc de la garder et de s’en occuper. Pendant trois semaines, il lui donne à manger chaque jour à la louche, bouchée par bouchée. La truie faisait preuve d’une forte volonté de survivre : elle ouvrait grand les yeux lorsqu’elle mangeait et, dès qu’un peu de nourriture tombait par terre, elle tendait la langue de toutes ses forces pour la lécher. Malgré tout, une fois les porcelets sevrés, la truie, désormais incapable de reproduire, n’avait plus aucune valeur d’exploitation et était vouée à l’abattage. Un employé de longue date de l’exploitation a mis fin à ses jours en lui injectant du chlorure de potassium. Moins coûteux que les médicaments destinés à euthanasier, le chlorure de potassium inflige toutefois d’atroces souffrances à l’animal.

Les mauvais traitements infligés aux animaux destinés à l’abattage

Ce à quoi Feng Yi a été confronté n’est que la partie émergée de l’iceberg de l’ensemble de l’industrie animale. Dans les élevages intensifs, un grand nombre d’animaux écartés pour cause de maladie ou de faiblesse sont abattus, souvent de manière inhumaine : on les jette violemment au sol, on les projette contre les barreaux de leur enclos, on les frappe à coups de barre de fer ou on leur donne des coups de pied avec des chaussures à embout d’acier.

Au cours de l’année écoulée, le jeune homme a commencé à partager sur les réseaux sociaux son expérience et ses observations au sein des élevages porcins, amenant progressivement davantage de personnes à prendre conscience des problèmes liés au bien-être animal et à la détérioration de l’éthique des professionnels du secteur. Récemment, Feng Yi a commencé à faire « exprès » la démonstration, devant des journalistes en visite dans son élevage, de la manière dont on met à mort un porcelet, afin de montrer au public la pression psychologique que subissent les éleveurs de terrain, une profession dont la société ne se soucie guère.

Et ce, bien que les journalistes aient été attirés par une autre facette de sa personnalité : après avoir étudié à l’étranger et travaillé dans une grande entreprise de l’internet, n’ayant pas trouvé d’emploi, il rejoint finalement l’entreprise familiale. Désormais, il maîtrise parfaitement ce geste : soulever le porcelet et le jeter violemment au sol. Ce choc ne suffit généralement pas à le tuer. Certains porcelets, pleins de vitalité, se débattent au sol en poussant des grognements. Feng Yi jette alors le porcelet dans un coin et l’achève à coups de bottes à embout d’acier. Dans une entreprise, les ressources sont limitées et doivent être exploitées au maximum. En tant que fils d’un éleveur de porcs, Feng Yi comprend très bien cette logique commerciale.

Dans son élevage, une truie met au monde en moyenne 18 porcelets. Or, comme elle ne dispose que de 14 tétines, cela signifie que quatre porcelets ne parviennent pas à obtenir suffisamment de lait. Au début, les éleveurs intervenaient manuellement pour aider les porcelets les plus faibles. Feng Yi prenait les porcelets dans ses bras comme s’il s’agissait de bébés pour les nourrir. Chaque fois qu’il passait près d’eux, ces porcelets accouraient vers lui comme des chiots, levant la tête pour le pousser du museau et lui lécher la main.

Mais ce lien affectif n’a aucun poids face aux impératifs de rentabilité. Le jeune héritier ne peut pas décider de la vie ou de la mort de ces porcelets qu’il a soignés de ses propres mains et auxquels il s’est attaché. Le poids et la vitesse de croissance des porcelets sont les seuls facteurs déterminants. Chaque jour, les éleveurs les inspectent dans les enclos. Ceux dont le potentiel de croissance est jugé trop faible sont euthanasiés. La première fois qu’il a dû abattre un porcelet, c’était en 2022, au lendemain de son arrivée à l’élevage. Un porcelet souffrait d’arthrite, mais son état ne s’était pas amélioré malgré deux semaines de traitement. Une jeune femme arrivée en même temps que lui n’ayant pas le cœur à le tuer, Feng Yi s’est exécuté. Même si son corps tremblait lorsqu’il a pris le porcelet dans ses bras, il était le fils du patron et, en tant qu’homme, il ne pouvait pas se permettre de montrer sa vulnérabilité.

À cette époque-là, Feng Yi n’avait pas encore eu le temps de réfléchir à la portée de cet événement, il avait simplement l’impression d’avoir raté sa vie. Deux ans auparavant, il travaillait encore dans un bureau, et voilà qu’il se retrouvait à abattre des porcs, un métier auquel il ne s’identifiait absolument pas. Chaque semaine, Feng Yi devait pratiquement abattre trente porcelets. « Ces animaux ne sont rien d’autre que des marchandises sans vie. » Au cours de sa formation à la mise à mort des porcelets, Feng Yi a peu à peu appris à se convaincre de cette idée. Cela lui a permis de tenir le coup.

Une cage de soixante centimètres de large

En juillet 2025, Li Ye, étudiante en médecine vétérinaire, est affectée à un élevage du Guizhou, au sud-ouest du pays, pour y effectuer son stage. Là-bas, la méthode consistait à saisir les porcelets affaiblis et à les projeter violemment contre les barreaux de leur cage. Li Ye n’osait ni regarder ni participer, mais les cris de détresse des porcelets parvenaient tout de même à ses oreilles. Enfin, ces porcelets, certains pas encore complètement morts, s’agitant toujours légèrement, étaient mis dans des sacs. Ces derniers, traînés hors de la porcherie, alignés en rangées, numérotés au marqueur indélébile, sont photographiés et enregistrés.

L’élevage où se trouvait Li Ye appliquait également la règle selon laquelle « les porcelets chétifs et les truies incapables de mettre bas » devaient être éliminés. Mais la jeune étudiante constate que la mort de certaines truies était souvent liée à leur condition de vie. Certaines meurent d’une distension gastrique après avoir ingéré des aliments moisis. Quant à celles qui meurent pendant la mise bas, leur décès est souvent lié à une paralysie. Derrière cette paralysie se cache, d’une part, une malnutrition due à une carence chronique en calcium dans leur alimentation et, d’autre part, leur espace de vie restreint.

Dès l’âge de sept mois, une fois arrivées à maturité sexuelle, les truies sont enfermées dans des cages de contention d’environ soixante centimètres de large, dans lesquelles elles ne peuvent pas se retourner. Contraintes de rester couchées ou allongées pendant de longues périodes, leurs pattes arrière sont peu à peu déformées, ce qui entraîne une paralysie. Et dès lors qu’une truie met bas dans cet état de paralysie, elle est « pratiquement hors d’usage. »

Li Ye a vu des truies à l’agonie dans ces conditions. Son supérieur avait demandé l’autorisation d’acheter des médicaments pour les euthanasier afin de leur épargner des souffrances inutiles, mais le patron, trop avare pour y consentir, avait répondu : « Qu’elles meurent de faim, c’est tout. » Tous deux, le cœur serré mais impuissants, n’ont pu que donner discrètement un peu d’eau à la truie, jusqu’à ce qu’elle meure deux semaines plus tard.

Dans les élevages intensifs, une personne s’occupe en moyenne de plusieurs milliers de porcs, une charge de travail énorme. Dans un environnement aussi confiné, on perd facilement patience et on a souvent tendance à se défouler sur les animaux. À force d’être en contact permanent avec les excréments et l’eau souillée, les articulations des doigts de Li Ye sont couvertes de petites plaies. Chaque fois qu’elle doit forcer un porc à bouger, cette frêle jeune femme doit serrer les dents et tirer de toutes ses forces. Elle se fait souvent des élongations aux mains et au dos, et ses jambes sont couvertes de bleus causés par les coups de pattes des porcs. Elle a vu de ses propres yeux un porc en bonne santé, mais quelque peu têtu qui refusait de bouger, se faire frapper à coups de bâton et de pelle par des collègues qui avaient perdu patience.

Les strictes conditions des élevages intensifs

L’abattage des porcelets n’est pas seulement dû aux ressources limitées de l’élevage, il est également lié au mode de fonctionnement de l’élevage intensif dans son ensemble. La vie d’une truie passe généralement par plusieurs étapes : la saillie, la mise-bas, l’engraissement et l’abattage. Les truies, qui vivent dans des stalles de confinement, sont inséminées dans le service de reproduction. Seulement à l’approche de la mise-bas, elles sont conduites dans une salle spécifique un peu plus spacieuse, pour mettre bas et allaiter. Environ huit semaines plus tard, les porcelets sont sevrés et les truies retournent dans leurs stalles en attendant la prochaine insémination, et ainsi de suite. Quant aux porcelets conformes aux critères, ils sont envoyés au service d’engraissement, où ils sont élevés jusqu’à atteindre un certain poids, avant d’être transportés par camion vers l’abattoir.

Afin de prévenir les contaminations croisées, les élevages intensifs appliquent un modèle de gestion dit « tout entrer, tout sortir » : les porcelets d’un même lot entrent et sortent ensemble, et les porcs de différentes porcheries ne peuvent pas être élevés ensemble. Les délais sont stricts. Huit semaines après la naissance, tous les porcelets doivent quitter la salle de mise-bas, « qu’ils en sortent vivants ou morts. » Le nombre de porcheries étant limité, celles-ci doivent être immédiatement nettoyées, sans quoi le prochain lot de truies n’aura pas de porcheries propres pour mettre bas. Les porcelets dont le poids n’atteint pas le seuil requis ne peuvent pas être transférés vers le service d’engraissement. S’ils restent dans la maternité pour continuer à téter, ils risquent de contaminer les porcelets nouvellement nés. L’abattage devient alors la seule option.

Les personnes qui vivent sur place sont elles aussi soumises à ce système rigoureux de contrôle de la biosécurité. Les élevages intensifs fonctionnent généralement en régime fermé. Les employés ne peuvent prendre de congés qu’une fois tous les deux ou trois mois, et toute entrée ou sortie nécessite une quarantaine préalable de deux jours et trois nuits. Ils doivent se doucher à chaque entrée et sortie des porcheries, soit en moyenne quatre fois par jour. Certains élevages exigent même qu’ils envoient une photo de leurs cheveux recouverts de shampoing pour prouver qu’ils se sont bien lavés.

Ce modèle d’élevage intensif remonte aux années 1920. À l’époque, on élevait de nombreux animaux dans des espaces exigus et on leur distribuait une alimentation standardisée. Avec le développement de la société industrialisée, ce modèle a rapidement été adopté par l’industrie avicole américaine, puis s’est progressivement étendu à l’élevage d’animaux de rente tels que les porcs, les bovins et les ovins en Europe et aux États-Unis.

Au début des années 1980, grâce à des mesures de soutien, l’élevage intensif a commencé à se développer en Chine. Le gouvernement a mis en place une série de mesures incitatives pour soutenir la construction d’usines d’aliments pour animaux et l’importation d’animaux reproducteurs étrangers. Les collectivités locales ont également encouragé le développement de l’élevage et des industries connexes par le biais d’allègements fiscaux et de loyers fonciers préférentiels.

D’après les estimations de certains chercheurs, reposant sur la base de données de la FAO et l’Annuaire de l’élevage chinois, entre 1980 et 2010, la consommation par habitant de viande de porc a doublé et celle de bœuf a été multipliée par treize. En 2025, la production nationale totale de viande de porc, de bœuf, de mouton et de volaille a dépassé pour la première fois les 100 millions de tonnes. La consommation de viande par habitant s’est élevée à 72,3 kg, dépassant déjà la moyenne mondiale.

En cas d’épidémie, la cruauté explose

En temps normal, ce rythme, parfaitement synchronisé, assure le fonctionnement efficace des élevages. Mais dès qu’une épidémie survient, la chaîne de production est contrainte de s’interrompre. Qin Ji, docteur en politique environnementale à l’université néerlandaise de Wageningen, s’intéresse depuis longtemps aux questions liées aux animaux. Il considère les épidémies comme un test de résistance pour le système d’élevage intensif. « Nous disons souvent que nous sommes reconnaissants envers les animaux d’élevage, mais dès qu’une épidémie se déclare, ces animaux n’ont absolument aucune chance de survie, il n’existe même pas d’infrastructures pour les soigner, » dit-il.

Au cours de l’hiver 2020, Hu Song, diplômé d’un établissement d’enseignement supérieur, ne parvenait pas à trouver un emploi convenable. Grâce à un proche, il est embauché dans une grande chaîne d’élevages porcins de la province du Hebei, voisine de Pékin, mais il n’aurait jamais imaginé être confronté à la diarrhée épidémique porcine. Il y a passé les six mois les plus sombres de sa vie. À peine un mois après son arrivée, le virus de la diarrhée épidémique porcine se déclare dans l’unité où il travaillait. Pour éviter la contagion, les truies gestantes ne peuvent pas être transférées dans la salle de mise-bas, et sont condamnées à se reproduire dans leurs cages de contention. Par conséquent, de nombreux porcelets tombaient dans la fosse à lisier par l’orifice situé à l’arrière de la cage.

Hu Song a soulevé le couvercle de la fosse à lisier : elle était remplie de petits porcelets d’un blanc éclatant, dont presque aucun n’avait survécu. C’est là qu’il a pris conscience pour la première fois de la cruauté de l’élevage. L’épidémie s’est rapidement propagée et la salle de mise-bas a également été testée positive. Faute de main-d’œuvre suffisante, Hu Song est affecté à cette tâche, son « cauchemar commence. » Le premier jour, Hu Song a reçu l’ordre d’abattre les porcs et les porcelets testés positifs. Il s’est occupé avec soin des porcelets en bonne santé pendant un mois. Alors qu’il les voyait grandir peu à peu, il doit tous les abattre. Son patron lui a expliqué : « Personne ne veut de ce genre de porcs, les garder ne ferait que gaspiller de la nourriture. » Hu Song avait l’impression d’être un bourreau. Après avoir tenu bon six mois, il n’en pouvait plus et a finalement décidé de partir.

Si l’euthanasie est inévitable, existe-t-il des méthodes plus humaines ? Un ancien employé ayant travaillé dix ans dans un élevage avant de devenir vétérinaire estime que l’euthanasie d’une truie de 200 kg coûte au moins 100 yuans (13 euros). Ce n’est qu’après avoir changé de métier qu’il s’est rendu compte que bon nombre d’animaux qu’il a lui-même euthanasié à l’époque auraient pu être sauvés, mais que les frais de traitement se seraient élevés à au moins 100 ou 200 yuans.

Dans un contexte de baisse continue du prix de la viande de porc, « 100 kg de viande de porc ne rapportent qu’environ mille yuans [130 euros], » et les entreprises ont du mal à accepter cette dépense supplémentaire, optant généralement pour des produits moins coûteux, tels que le chlorure de potassium ou les désinfectants.

Le dilemme éthique des employés d’élevages

Contre toute attente, lorsque Feng Yi partage son point de vue sur les réseaux sociaux, il se retrouve pris entre deux feux. Les consommateurs de viande l’accusent de faire preuve d’une compassion excessive et de se placer sur un « piédestal moral, » tandis que les défenseurs des droits des animaux estiment que les animaux et les humains jouissent des mêmes droits, et que Feng Yi ne fait que maintenir, par ce biais, un système d’exploitation cruel qui lui permet de réaliser des profits.

Alors que Feng Yi pensait pouvoir accepter tout cela sereinement, il s’est un jour rendu compte qu’il était « malade » : il avait constamment envie de manger, « se maintenant ainsi dans un état de satiété permanente. » Après avoir passé deux mois confiné dans l’élevage porcin, le jeune homme a pris plus d’une demi-douzaine de kg. En sortant de l’élevage, il se sentait désorienté et même le simple klaxon d’une voiture lui faisait peur. Il pensait que c’était dû à un stress trop intense, mais s’ensuivit alors une période de trois ans marquée par des cauchemars liés aux porcs.

Ce n’est qu’en août 2025 que Feng Yi a enfin compris comment expliquer tout ce qui lui était arrivé. On lui a diagnostiqué un PITS (syndrome de stress post-traumatique induit par la violence). Une étude britannique de 2021 a montré que chez les travailleurs de première ligne exposés de manière directe et prolongée à l’élevage du bétail et de la volaille, les taux de dépression et d’anxiété sont nettement plus élevés que dans la population générale, et que des états psychologiques négatifs tels que la culpabilité, la honte, la peur et la déprime sont très répandus.

Parmi eux, ce sont les éleveurs de porcs qui présentent le risque de dépression le plus élevé, avec une prévalence pouvant atteindre 47 %. De nombreuses études sur le sujet indiquent également que ce type de stress psychologique peut entraîner des insomnies, des cauchemars, une dépendance à l’alcool et d’autres problèmes, et qu’il existe un lien significatif avec une augmentation de l’agressivité et de la criminalité chez les professionnels concernés. Du point de vue psychologique, les études sur le sujet considèrent que les employés des élevages sont confrontés à un dilemme moral. Lorsqu’il y a contradiction entre le comportement réel d’une personne et son idéal, ce conflit peut la plonger dans un état de déséquilibre moral. Si ce conflit n’est pas résolu ou s’il continue de s’aggraver, il peut se transformer en tourment moral, puis évoluer vers un traumatisme persistant.

Au cours des six mois passés dans l’élevage, Li Ye a même commencé à éprouver une certaine aversion envers elle-même. « J’ai moi-même commis de nombreuses erreurs. Rester les bras croisés, ne pas avoir la capacité de changer les choses, c’est aussi une erreur. » Dans la tête de cette étudiante en médecine vétérinaire, deux petites voix se sont mises à débattre, elle ne comprenait pas ce qu’elles disaient, mais leurs disputes l’empêchaient de dormir. À l’université, Li Ye a suivi un cours intitulé « droit du bien-être animal, » où son professeur lui a enseigné : « Nous pouvons permettre aux animaux d’élevage de mener une vie un peu plus heureuse avant leur mort. »

C’est avec cet espoir que Li Ye est arrivée à la ferme d’élevage, et peu à peu familiarisée avec cette truie qu’elle apercevait dès son arrivée au travail chaque jour. De temps en temps, Li Ye s’accroupissait près de cette truie pour lui montrer sur son téléphone la vie heureuse de cochons de compagnie : « Regarde comme ils vivent bien. » La truie, qui était allongée, se levait alors pour lui lécher la main et levait la tête vers elle.

Jin Jing, Hu Qian

asialyst.com

jeudi 25 juin 2026

Rapport de situation du SRC «La sécurité de la Suisse 2026»

 



La situation sécuritaire de la Suisse s’est encore détériorée – aucun retour au calme n’est en vue. L’ordre international est en plein bouleversement, les crises et les conflits se multiplient autour de l’Europe. La Russie reste la menace la plus grande et la plus aiguë pour l’Europe ; sa conduite de conflit hybride devient plus agressive et touche directement la Suisse. La Suisse est touchée sur un large front – en matière d’espionnage et de prolifération, dans le cyberespace, au niveau des infrastructures critiques, mais aussi par l’extrémisme violent et la menace terroriste élevée.

Un environnement qui offre moins de protection

L’ordre mondial reste en plein bouleversement. Les États-Unis, la Russie et la Chine aspirent à un autre ordre mondial. Ils affaiblissent ainsi l’ordre fondé sur des règles que l’Europe défend. La Russie poursuit sa guerre d’agression contre l’Ukraine pour la cinquième année consécutive ; aucun cessez-le-feu stable n’est en vue. Les États-Unis demeurent un facteur d’incertitude. La Chine exploite de plus en plus la dépendance commerciale des économies occidentales comme levier de pression. La guerre en Iran a déstabilisé davantage le Proche et le Moyen-Orient ; elle a des conséquences directes sur la menace terroriste en Europe et en Suisse. Par ailleurs, une nouvelle menace, auparavant à distance, se rapproche: dans quelques années, les missiles de croisière iraniens pourraient atteindre de larges parties de l’Europe.


«L’environnement protecteur de la Suisse s’érode depuis l’est, 

l’ouest et le sud», résume le directeur du SRC, Serge Bavaud.


Conflit hybride: la Suisse dans le viseur

Pour la Suisse, la menace russe est au premier plan. La Russie cherche à affaiblir les démocraties occidentales et l’unité transatlantique – et s’appuie pour ce faire principalement sur un conflit hybride. Il s’agit d’activités menées dans une zone grise en dessous du seuil d’une attaque armée, dont les auteurs ne peuvent souvent pas être clairement identifiés ou sont en mesure de nier leur responsabilité.

La menace d’espionnage émane principalement de la Russie et de la Chine. La Russie en particulier maintient en Suisse des antennes clandestines, souvent au sein de représentations diplomatiques et consulaires. Des dizaines d’officiers de renseignement présumés y travaillent, la plupart sous couverture diplomatique. Une partie de cette activité ne vise pas directement la Suisse: la Russie utilise également notre pays comme plateforme pour recueillir des informations sur d’autres États et organisations internationales.

La Russie mise également sur les activités d’influence et la désinformation. Quiconque affaiblit la confiance dans les institutions affaiblit la résilience d’un pays. La Suisse est également concernée: la branche germanophone du média d’État russe RT a diffusé en 2025 environ un quart de messages supplémentaires sur la Suisse par rapport à l’année précédente. Le narratif sous-jacent: la Suisse serait en déclin.

Les attaques de sabotage contre des infrastructures critiques font également partie du conflit hybride mené par la Russie. La Suisse n’en a pas encore été victime. Elle est néanmoins concernée: la Russie utilise vraisemblablement notre pays pour préparer des actions de sabotage à l’étranger. Elle détourne des infrastructures informatiques situées en Suisse pour mener des actes de cybersabotage à l’étranger. Par ailleurs, les infrastructures européennes sont étroitement interconnectées ; une attaque contre un nœud central d’un réseau touche plusieurs pays simultanément. Ainsi, des infrastructures suisses pourraient devenir une cible – non pas pour frapper la Suisse, mais pour nuire à des États qui en dépendent.

Cyberespace

Dans le cyberespace, la Suisse est à la fois cible et plateforme. Des acteurs étatiques de Russie, de Chine, d’Iran et de Corée du Nord s’en prennent aux autorités, à la recherche et aux technologies de pointe. Ils louent également – souvent par l’intermédiaire de prestataires tiers – des serveurs suisses pour espionner des cibles militaires et politiques contre des États tiers.

Prolifération

La Suisse reste une cible pour la prolifération et le contournement des sanctions. Elle est particulièrement touchée par les efforts en matière de prolifération que mène la Russie. Celle-ci se procure clandestinement, via des Etats tiers, des biens et des technologies pour sa production d’armements. Des machines-outils acquises en Suisse parviennent ainsi en Russie. Le SRC apporte ici une contribution importante à la lutte contre ce phénomène, en étroite collaboration avec le Secrétariat d’État à l’économie (SECO). Par ailleurs, le SRC et le SECO sensibilisent les entreprises suisses aux risques liés à l’espionnage, au contournement des sanctions et à la prolifération.

Menace terroriste élevée – radicalisation en ligne au premier plan

La menace terroriste reste élevée. Elle est marquée par des individus inspirés par le djihadisme agissant avec les moyens les plus simples. L’attaque au couteau de Winterthour du 28 mai 2026, commise par un individu radicalisé, confirme cette appréciation. Entre mi-mai 2025 et mi-mai 2026, le SRC a recensé douze attentats djihadistes à travers l’Europe. Le principal facteur est la radicalisation en ligne, en particulier chez les jeunes. L’intelligence artificielle peut encore renforcer cette tendance: les djihadistes l’utilisent déjà à leurs propres fins, notamment pour leur propagande, et les algorithmes de recommandation des réseaux sociaux peuvent favoriser les processus de radicalisation.

La guerre en Iran accroît par ailleurs la probabilité d’actes de violence contre des cibles américaines, juives et israéliennes en Europe et en Suisse. La question de savoir si l'accord conclu le 17 juin 2026 entre les États-Unis et l'Iran permettra d'apaiser la situation dépend de son respect et du déroulement favorable des négociations ultérieures. La situation reste pour l’instant volatile.

Extrémisme violent

L’extrémisme violent constitue également une menace pour la Suisse. Le potentiel de violence des milieux d’extrême gauche violents reste élevé, alimenté notamment par le conflit au Proche-Orient. La menace qui émane des milieux d’extrême droite violents persiste également.


Radar de la situation 2026

PNG 1.16 MB25 juin 2026



Rapport de situation du SIC «La sécurité de la Suisse 2026»

PDF 11.55 MB25 juin 2026


admin.ch

La Suisse mène des négociations avec plusieurs pays pour se procurer un second système de défense aérienne

 

En juillet 2025, la Suisse fut prévenue par les États-Unis que les cinq batteries de défense aérienne qu’elle avait commandées trois ans plus tôt n’allaient pas lui être livrées dans les délais convenus, la priorité devant alors aller à l’Ukraine. En mai dernier, il était question d’un retard d’au moins cinq ans et d’une hausse «considérable» des coûts.

Aussi, ayant impérativement besoin d’une capacité de défense aérienne avant 2030, le département de la Défense, de la Protection de la population et des Sports [DDPS] lança une procédure pour se procurer un second système auprès d’un autre fournisseur dans les délais les plus brefs. À cette fin, il sollicita des industriels originaires de France, d’Allemagne, d’Israël et de Corée du Sud.

Par ailleurs, le DDPS suspendit les versements au fonds de dépôt pour l’achat des systèmes Patriot, tout en n’écartant pas l’hypothèse d’une annulation de sa commande.

Seulement, il apparut que l’administration américaine utilisait les paiements effectués par la Suisse pour ses futurs chasseurs-bombardiers F-35A et l’approvisionnement en pièces détachées de F/A-18 Hornet pour alimenter le compte dédié à la commande des batteries Patriot. Commande pour laquelle Berne avait déjà payé 650 millions de francs suisses à titre d’acompte.

Telle était la situation jusqu’au 24 juin… car, ce jour-là, il s’est produit ce que certains titres de la presse suisse ont qualifié de «coup de théâtre». En effet, le DDPS a annoncé la reprise des paiements destinés aux systèmes Patriot, qu’il pourrait finalement recevoir en 2027, comme prévu.

«Les paiements destinés à l’achat du système Patriot sont repris afin que le projet puisse avancer avec le moins de retard possible et sans surcoûts excessifs. Cette mesure vise également à ne pas compromettre d’autres acquisitions en provenance des États-Unis», a en effet annoncé le Conseil fédéral, via un communiqué. De facto, il n’est plus question d’une éventuelle annulation de commande.

Lors d’une conférence de presse, le ministre de la Défense, Martin Pfister, et le directeur de l’office fédéral de l’armement [Armasuisse], Urs Loher, ont affirmé que les forces suisses avaient désormais des chances «réalistes» de «recevoir un, voire deux systèmes Patriot dès 2027».

Selon les explications avancées par le site d’information Watson, ayant accepté de prélever deux batteries Patriot dans la dotation de la Bundeswehr pour les céder à l’Ukraine, l’Allemagne avait obtenu des États-Unis d’être prioritaire pour les remplacer rapidement. D’où la décision de lui livrer celles initialement destinées à la Suisse.

Seulement, les spécifications de ces deux batteries Patriot, propres à la Suisse, ne conviennent pas à la Bundeswehr. D’où des discussions entre Berne, Berlin et Washington pour trouver une entente, l’une des solutions étant que l’Allemagne renonce aux systèmes qui lui ont été attribués, à la condition que les États-Unis soient d’accord.

Quoi qu’il en soit, cette évolution du dossier ne remet pas en cause le projet de la Suisse de se procurer un second système de défense aérienne.

«Compte tenu de la détérioration de la situation en matière de sécurité, la Suisse doit être rapidement en mesure de se défendre contre les attaques à distance. C’est pourquoi le Conseil fédéral continue ses démarches en vue de l’acquisition d’un second système», lequel «permettrait de réduire la dépendance vis-à-vis d’un seul fournisseur et d’une chaîne d’approvisionnement unique et, par conséquent, de renforcer la sécurité dans ce domaine», a en effet expliqué Berne.

Cela étant, la liste des fournisseurs potentiels s’est réduite, la solution allemande [a priori l’IRIS T SLX de Diehl Defence] ayant été finalement écartée, après l’examen des données reçues dans le cadre d’une demande d’informations [RFI – Request for Informations] émise il y a quelques semaines.

«Le Conseil fédéral a chargé le DDPS d’entamer des négociations contractuelles avec des fabricants français, israéliens et sud-coréens en vue de l’acquisition d’un second système de défense sol-air de longue portée offrant un niveau de protection comparable à celui du système Patriot. Les premières informations recueillies jusqu’à fin mai indiquent que les systèmes de ces fabricants répondent en principe aux exigences militaires et obtiennent les meilleurs résultats en termes de rapport coût-efficacité», a indiqué l’exécutif suisse.

Si les systèmes envisagés n’ont pas été précisés, le choix devrait se faire entre le L-SAM de Hanwha Aerospace, le David’s Sling [ou «Fronde de David»] de Rafael, le Barak MX d’Israel Aerospace Industries et le SAMP/T NG [Sol-Air Moyenne Portée / Terrestre de Nouvelle Génération] du consortium franco-italien Eurosam. Pour rappel, ce dernier avait été écarté au profit du Patriot, en 2021.

Outre les considérations sur les performances des systèmes en lice, l’industriel retenu «devra, dans la mesure du possible, produire à moyen terme en Suisse ou en Europe les missiles et les systèmes de conduite, ou tout au moins leurs composants critiques», a précisé le Conseil fédéral.

En outre, a-t-il conclu, les critères déterminants seront «la disponibilité rapide et garantie, la capacité effective de protection contre les menaces à distance, la compatibilité avec le contexte d’engagement suisse ainsi qu’un approvisionnement fiable en munitions et en pièces de rechange.»

opex360.com

mercredi 24 juin 2026

Sahel : les mercenaires, une fausse solution contre le terrorisme

 

Face aux immenses défis du combat contre l’hydre terroriste au Sahel, des États ainsi que leurs alliés engagent des mercenaires. Supposés plus aguerris et plus expérimentés, ils sont sensés épauler les armées nationales et leurs supplétifs. Toutefois, à l’épreuve, leurs résultats sont nuancés, tandis que leurs coûts respectifs se font sentir sur les budgets des pays recruteurs. Leur impact sur les forces de défense et de sécurité (FDS) est également sujet à controverse. Ce recours mérite un réexamen lucide et rationnel, après les attaques dont le Mali a été l’objet le 25 avril 2026. Mondafrique reproduit ici, avec son accord, un article du Centre des stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara (Centre4s.org).

Qu’est-ce qu’un mercenaire ? Il peut être défini, notamment, comme celui qui va en territoire étranger pour s’impliquer dans une guerre mais qui n’est pas partie au conflit. Il vient monnayer ses talents, il est payé pour ça, pour participer à ces opérations. C’est un genre de soldat rémunéré par un gouvernement étranger. En général, il bénéficie d’un traitement nettement supérieur à celui d’un soldat de l’armée régulière (Jean-François Dominé, « Walter Bruyère-Ostells, Histoire des mercenaires de 1789 à nos jours », Revue historique des armées, 2012.) Également, il cumule ces caractéristiques :

  • une certaine méconnaissance du terrain et de l’environnement ;
  • une ignorance de la langue locale, d’où des difficultés importantes à communiquer avec les soldats réguliers ;
  • des défis d’adaptation à l’alimentation ;
  • une mauvaise perception car, il combat pour l’argent et le butin plus que par amour pour un pays qui n’est pas sa patrie ;
  • une certaine réticence à accepter le commandement des militaires des pays recruteurs.

De son côté, le mercenaire pointe aussi ses servitudes : entre autres, apprendre à gérer son stress, apprendre à manipuler puis à tirer des armes différentes, connaître différentes techniques de combat, apprendre à sécuriser des sites 3.

À noter que le mot mercenaire est si connoté qu’il n’est pas d’usage automatique. Lui sont substitués les expressions et mots suivants, tels que : forces étrangères, supplétifs, instructeurs, para militaires … Cette pudeur et cette prudence linguistiques se justifient par des raisons politiques, diplomatiques, juridiques et dans la diversité du métier.

Bilan du déploiement de Sadat

La Russie a son Africa Corps comme la Turquie possède son Sadat. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), a affirmé, en mai 2024, que Sadat avait déployé au Niger 1 100 mercenaires syriens formés en Turquie, en septembre 2023. Cette société de para militaires a formé les membres de la garde rapprochée du général Assimi Goïta, président de la Transition malienne. Par ailleurs, la BBC, a signalé, le 15 juillet 2024, que certains combattants syriens de Sadat au Niger s’étaient retrouvés sous commandement russe pour combattre les groupes armés terroristes dans le Liptako-Gourma, région de Tillabéri, qu’on surnomme « les trois frontières » (Burkina Faso, Mali et Niger).

L’OSDH précise : « Au Niger, les mercenaires syriens sont censés tenir des mines, des installations pétrolières ou des bases militaires. Mais ils se retrouvent alors impliqués dans des combats avec les noyaux djihadistes. Neuf de ces combattants syriens sont morts actuellement.« 

L’offensive lancée le 4 avril 2019, par le maréchal Khalifa Haftar, chef de l’Armée nationale libyenne, pour conquérir Tripoli, semble à l’origine de cette idée de déploiement de mercenaires à la Turquie. Début 2020, Sadat avait déjà envoyé 5 000 mercenaires syriens pour prévenir l’assaut. Ils ont réussi dans leur tâche, puisque le maréchal n’a pu prendre Tripoli.

Au Niger, les mercenaires de Sadat ont été déployés dans la région où les attaques se font les plus soutenues. Un exemple : le 16 septembre 2025, 22 villageois ont été massacrés lors d’une cérémonie de baptême selon le communiqué de presse publié par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Le 21 mars de la même année, jusqu’à 44 civils ont été tués alors qu’ils se trouvaient dans une mosquée pour la prière du vendredi. En revanche, lors de l’attaque complexe perpétrée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GISM ou JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA) contre le Mali le 25 avril dernier, on suppose que le général Assimi Goïta a été exfiltré de la ville garnison de Kati par les éléments de Sadat. Contrat honoré donc.

Africa Corps à l’œuvre

Africa Corps, une entreprise d’offres de services de sécurité placée directement sous le contrôle du ministère de la Défense russe, compte entre 2000 et 2500 « instructeurs russes » au Mali. Ils étaient présents depuis fin 2021, sous l’appellation de Wagner, nom abandonné le 23 novembre 2023. Le 25 avril 2026, quand le JNIM affilié à Al-Qaïda et le FLA, ont lancé des offensives simultanées sur Bamako, Kati, Mopti, Sévaré, Gao, Bourem et Kidal, les FAMA et leurs alliés russes ont été débordés. Les attaques ont culminé avec l’assassinat du ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, dans le quartier de Kati qui abrite les résidences des principaux responsables politiques et des officiers supérieurs maliens. À Kidal, symbole de la reconquête du pays, les combattants russes ont dû négocier leur évacuation avec les assaillants vers Tessalit, laissant sur place leurs armes. Les équipements abandonnés sont impressionnants :


une station complète de contrôle, de pilotage et de guidage de drones Bayraktar TB2, système de fabrication turque utilisé par l’armée malienne, un butin de technologie sensible aux mains des groupes armés ; plusieurs véhicules blindés de transport de troupes, dont un BTR-82A russe, un véhicule blindé VP11 chinois de type MRAP ainsi qu’un monstre blindé russe, Tornado-U ;

des stocks de munitions, des armes légères, des missiles air-sol S-8, des canons antiaériens ZPU-2 et du matériel logistique 7 .

À ce jour, le bilan final de ces attaques spectaculaires reste inconnu.

2 500 Russes pour remplacer 17 430 agents de la MINUSMA

En comparaison des supposés 2 500 combattants russes, la MINUSMA alignait, au moment de son départ en février 2023, jusqu’à 17 430 agents, dont 11 739 militaires, 504 officiers d’état-major, 1 601 policiers, 3 384 civils et 202 volontaires. À la date du 13 juin 2013, elle avait perdu 192 membres dans des combats contre les terroristes. Son budget, pour la période comprise entre le 1er juillet 2022 et le 30 juin 2023, se chiffrait à 1 262 069 dollars US, selon Unmissions.org. Et pourtant, la force onusienne n’a pas pu venir à bout des groupes armés. On mesure alors la profondeur de la foi placée dans Africa Corps par les autorités maliennes.

En janvier 2023, le général français Didier Castres, ancien responsable des opérations Serval et Barkhane au Mali, affichait son scepticisme : la société russe ne pourra réussir dans une entreprise dans laquelle la France a échoué avec des milliers d’hommes, 5 100 exactement au plus fort de l’engagement français. Le porte-parole du Kremlin a refusé de dire si Africa Corps serait en mesure de maitriser la situation créée par les événements du 25 avril. Il a, cependant, mis en exergue le fait que leurs para militaires avaient réussi à empêcher le JNIM et le FLA de perpétrer un coup d’État.

Au quotidien, sur le terrain, les combattants d’Africa Corps et les FAMA forment des unités conjointes, composées d’une cinquantaine d’hommes de chaque composante. Nuance : les premiers disposent de leur propre armement, de moyens d’interception des communications et de drones d’observation. Afin de rester relativement discrets, ils se déplacent généralement à bord de lourds blindés de marque Typhoon ou d’autres véhicules de même type appartenant aux FAMA. Ils procèdent à des patrouilles de repérage, en étant, parfois, dotés d’appui aérien, tels que des hélicoptères ou encore de petits avions. Au sol, ils traquent les membres présumés des groupes terroristes.

Le coût des prestations

Début mars 2023, le Mali déboursait neuf millions d’euros par mois, soit dix milliards de FCFA, au profit d’Africa Corps. Somme évoquée, pour la première fois, en 2021, par Reuters. Le montant a été ultérieurement confirmé par celui qui était alors responsable du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM, basé en Allemagne). Les soldes versées aux combattants varieraient de 7 000 à 9 000 euros, soit entre 4,5 et 5,8 millions de francs CFA par mois. De quoi faire pâlir de jalousie leurs collègues maliens. Ce différentiel pourrait ne pas faciliter la collaboration entre Russes et Maliens sur le terrain. Les rebelles maliens du Cadre stratégique permanent (CSP) affirment avoir tué 84 éléments d’Africa Corps et 48 soldats maliens, lors des combats de Tinzawatène, à la frontière avec l’Algérie, du 24 au 27 juillet 2024.

In fine, à l’aune du bilan, mercenaires et pays recruteurs pourraient procéder à des ajustements, afin de mieux répondre à leurs attentes respectives.

Limam Nadawa

mondafrique.com