Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

jeudi 9 avril 2026

Un officier grec a transmis des secrets de l’OTAN à la Chine


Des sources de l’OTAN ont confirmé qu’un officier de l’armée de l’air grecque arrêté en février pour espionnage avait des liens avec la Chine et a reconnu avoir divulgué des informations sensibles de l’Alliance atlantique.

Cette confirmation fait suite à une enquête des autorités grecques lancée deux mois plus tôt, après que les services de renseignement du pays ont reçu une alerte d’une agence occidentale de sécurité nationale indiquant que des documents “hautement sensibles” étaient transmis à la Chine par un membre de l’armée grecque.

Le suspect, identifié comme Christos Flessas, officier de l’armée de l’air basé dans la région d’Athènes, a été placé sous surveillance puis arrêté dans une installation militaire, en coordination avec d’autres services de l’État.

Flessas aurait été recruté par un agent qui l’a d’abord contacté via LinkedIn. Les deux hommes se sont rencontrés en marge d’une conférence de l’OTAN en Europe. Il aurait ensuite reçu un dispositif lui permettant de photographier, chiffrer et transmettre des informations sensibles à des contacts à Pékin.

L’officier a reconnu avoir transmis des documents classifiés. Il les a photographiés et envoyés à l’aide d’un logiciel de chiffrement spécialisé fourni par les services de renseignement chinois. Il était rémunéré pour chaque message, en devises étrangères, avec des transferts numériques pouvant atteindre 17 500 dollars.

Selon des sources militaires grecques, il aurait également reçu une formation aux techniques d’espionnage en Chine lors d’un voyage non-déclaré.

Dans une déclaration transmise par son avocat après sa comparution devant le tribunal, l’officier a affirmé:

“Sans le savoir et sans intention, je me suis retrouvé impliqué dans une situation qui a évolué de manière cauchemardesque, dangereuse et illégale. Dans mon témoignage, je n’ai pas cherché à me justifier ni, en réalité, à me défendre… Je demande à être puni de manière juste”.

Ce scandale est décrit comme un “signal d’alarme” pour la Grèce et l’OTAN concernant les tentatives de la Chine d’infiltrer les armées occidentales via des plateformes professionnelles comme LinkedIn.

trtfrancais.com

Comment les services de renseignement turcs contribuent-ils à apaiser les tensions régionales ?

 

L’Organisation nationale du renseignement turc (MIT) œuvre activement en coulisses pour désamorcer les tensions entre les États-Unis et l’Iran, ont indiqué des sources sécuritaires turques, soulignant le rôle croissant d’Ankara en tant que stabilisateur régional. Selon ces sources, le MIT a collaboré étroitement avec de nombreuses institutions étatiques, sous les directives de la présidence turque, afin de faciliter un éventuel cessez-le-feu et d’empêcher une nouvelle escalade du conflit.

Avant l’intensification des hostilités, l’agence a mené des contacts diplomatiques intenses avec toutes les parties pour prévenir un conflit armé. Dès le début des combats, le MIT a mis à profit sa capacité unique à communiquer avec les deux camps, maintenant ainsi le dialogue entre les belligérants.

Des responsables turcs ont déclaré que l’agence de renseignement s’était concentrée sur plusieurs priorités clés, notamment la prévention de la propagation du conflit dans la région, la réduction des malentendus entre les adversaires et la diffusion de messages visant à la désescalade.

Le MIT s'est également efforcé d'identifier des pistes pour mettre fin aux combats, en s'appuyant sur son réseau de contacts établi dans plusieurs capitales.

Outre les principales parties prenantes, l'agence a mené des discussions avec des pays comme l'Irak, le Pakistan, le Qatar, les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite, le Koweït, l'Égypte, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France et l'Italie, soulignant ainsi le rôle central de la Türkiye dans l'architecture de sécurité régionale.

Des sources ont ajouté que le MIT avait maintenu une communication étroite avec ses homologues iraniens, notamment des responsables liés aux Gardiens de la révolution, leur transmettant des propositions et des messages visant à mettre un terme aux hostilités.

Au-delà de ses efforts de médiation, l'agence a également soutenu les demandes d'évacuation et de coordination humanitaire émanant des zones touchées par le conflit, reflétant ainsi l'approche globale d'Ankara en matière de gestion de crise.

Les autorités turques ont par ailleurs indiqué que le MIT avait pris des mesures pour s'assurer que l'instabilité en Iran n'entraîne pas de tensions ethniques plus larges ni ne compromette les priorités de sécurité intérieure de la Türkiye.

trtfrancais.com

La Russie aurait fourni à l’Iran des images de cibles américaines et israéliennes

 

Les satellites russes ont réalisé des dizaines de relevés d’images détaillées d’installations militaires et de sites critiques à travers tout le Moyen-Orient pour aider l’Iran à frapper les forces américaines et d’autres cibles – y compris des infrastructures critiques en Israël, selon une évaluation qui a été faite par les services de renseignement ukrainiens et qui a été consultée par Reuters cette semaine. L’information a aussi été confirmée par une source dont les propos ont été cités par les médias israéliens.

Les conclusions ont également révélé que des hackers russes et iraniens collaboraient dans le domaine cybernétique.

Cette évauation constitue le compte-rendu le plus détaillé à ce jour de la manière dont la Russie a apporté un soutien secret à l’Iran depuis qu’Israël et les États-Unis ont lancé leur offensive conjointe en date du 28 février.

Ainsi, selon cette dernière, les satellites russes ont effectué au moins 24 relevés dans 11 pays du Moyen-Orient entre le 21 et le 31 mars, couvrant 46 « objets » – notamment des bases américaines, des sites militaires américains et autres. Des aéroports et des champs pétroliers ont aussi été concernés.

Quelques jours après avoir été surveillées, les bases militaires et les quartiers généraux ont été pris pour cible par des missiles balistiques et par des drones iraniens, indique l’évaluation qui y a vu une tendance claire.

Une source militaire occidentale et une autre source régionale spécialisée dans la sécurité ont déclaré à Reuters que leurs renseignements indiquaient également qu’il y avait une intense activité de la part des satellites russes dans la région. Elles ont précisé que les images avaient été partagées avec l’Iran.

Neuf relevés ont couvert certaines parties de l’Arabie saoudite. Cinq ont été réalisés au-dessus de la ville militaire du roi Khalid, à proximité de Hafar Al-Batin, ce qui a semblé être une tentative de localiser des éléments du système de défense aérienne THAAD de fabrication américaine, selon l’évaluation ukrainienne.

Certains secteurs de la Turquie, de la Jordanie, du Koweït et des Émirats arabes unis ont également fait l’objet d’une surveillance par satellite à deux reprises, tandis que des sites en Israël, au Qatar, en Irak, à Bahreïn et à la base navale de Diego Garcia ont été espionnés à une occasion.

Le compte-rendu a noté qu’une nouvelle tendance se dessinait : les satellites russes surveillent dorénavant activement le détroit d’Ormuz, une voie navigable vitale pour un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de GNL, où l’Iran a imposé un blocus de-facto à tous les navires, à l’exception des « navires non hostiles ».

La Russie fournit à l’Iran une liste détaillée des cibles énergétiques israéliennes 

De plus, selon un article qui a été publié lundi dans le Jerusalem Post qui s’est appuyé sur « une source proche des services de renseignement ukrainiens », la Russie aurait fourni à l’Iran une liste détaillée de « 55 cibles d’infrastructures énergétiques critiques » en Israël.

Selon le journal, la Russie aurait divisé la liste des cibles en trois catégories : les installations de production critiques ; les pôles énergétiques urbains et industriels ; et les infrastructures énergétiques locales.

La Russie a spécifiquement désigné la grande centrale électrique israélienne d’Orot Rabin, à Hadera, comme « cible principale », a souligné le Jerusalem Post. Ce site a apparemment été la cible d’une attaque iranienne au missile qui a échoué le mois dernier.

La Russie a estimé que, dans la mesure où le réseau énergétique israélien est isolé et qu’il n’importe pas d’énergie des pays voisins, le pays était plus vulnérable que la majorité des autres, a indiqué l’article.

Moscou a en outre expliqué à Téhéran que des dommages causés à ne serait-ce qu’une poignée de « composants centraux » du réseau énergétique israélien pourraient déclencher un « effondrement énergétique total et prolongé », entraînant des « pannes d’électricité massives ».

Canal de communication permanent

L’évaluation ukrainienne a expliqué que les échanges d’images satellites étaient organisées via un canal de communication permanent utilisé par la Russie et l’Iran et qu’ils pouvaient également être facilités par des espions militaires russes stationnés à Téhéran.

La source de sécurité régionale a confirmé un incident spécifique détaillé dans l’évaluation ukrainienne, incident qui avait révélé par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, la semaine dernière.

Lors de cet incident, un satellite russe avait pris des images de la base aérienne Prince Sultan en Arabie saoudite quelques jours avant que l’Iran ne frappe cette installation, le 27 mars. Un avion AWACS E-3 Sentry américain sophistiqué avait été touché lors de cette frappe, fait remarquer l’évaluation.

Un satellite russe avait survolé le même site le 28 mars pour évaluer l’impact de la frappe, affirme le document.

La Russie et l’Iran ont renforcé leurs liens militaires depuis que le président russe Vladimir Poutine a ordonné une invasion à grande échelle de l’Ukraine, au mois de février 2022.

L’Ukraine et l’Occident affirment en particulier que l’Iran a fourni à la Russie des drones d’attaque Shahed à longue portée, des drones que le Kremlin a ensuite utilisé pour bombarder l’Ukraine, tout en développant ses propres variantes, plus sophistiquées. L’Iran nie avoir vendu des armes utilisées contre l’Ukraine.

Poutine et le président iranien Masoud Pezeshkian ont par ailleurs signé un traité de partenariat stratégique global, au mois de janvier de l’année dernière.

L’article 4 du traité stipule que « afin de renforcer la sécurité nationale et de lutter contre les menaces communes, les services de renseignement et de sécurité des parties contractantes échangent des informations et des expériences ».

Aide cybernétique

L’évaluation des services de renseignement ukrainiens et une source de sécurité régionale ont indiqué que la Russie semblait fournir une assistance à l’Iran dans le domaine cybernétique.

Les groupes de pirates informatiques contrôlés par l’Iran ont intensifié leurs opérations depuis la fin du mois de février, ciblant principalement les infrastructures critiques et les entreprises de télécommunications du Golfe, ont-ils noté.

L’évaluation ukrainienne indique que des groupes de pirates informatiques russes et iraniens interagissent via Telegram, relevant une collaboration entre les groupes russes « Z-Pentest Alliance », « NoName057(16) » et « DDoSia Project » et le groupe iranien « Handala Hack ».

Elle précise que par exemple, le mois dernier, des groupes, dont Handala Hack, avaient publié un avertissement sur Telegram concernant des attaques contre les systèmes d’information et de communication des entreprises énergétiques israéliennes.

Les groupes russes ont simultanément publié des identifiants d’accès aux systèmes de contrôle d’infrastructures critiques en Israël, précise-t-elle.

Des groupes de hackers iraniens ont également utilisé certaines techniques lors d’opérations qui indiquaient qu’ils les avaient obtenues auprès de hackers des services de renseignement militaire russes, ajoute-t-elle.

Par exemple, selon le document, les groupes de hackers iraniens « Homeland Justice » (UAC-0074) et « Karmabelow80 » ont utilisé ProfitServer, un fournisseur russe de serveurs virtuels privés (VPS) basé à Tcheliabinsk, pour enregistrer des domaines.

Reuters n’a pas été en mesure de confirmer de manière indépendante le contenu de l’évaluation ukrainienne.

La porte-parole de la Maison Blanche, Olivia Wales, a fait savoir qu’aucun soutien extérieur à l’Iran provenant d’un quelconque pays n’avait affecté le succès opérationnel des États-Unis. Le ministère iranien des Affaires étrangères n’a fait aucun commentaire et le ministère russe de la Défense n’a pas répondu à une demande de réactions.

Les dirigeants européens avaient interrogé le secrétaire d’État américain Marco Rubio sur cette question lors d’une réunion du G7, le mois dernier. Deux diplomates ont déclaré que Rubio n’avait pas répondu aux accusations, même s’il a ouvertement qualifié l’aide apportée par la Russie à l’Iran « d’insignifiante ».

fr.timesofisrael.com

mercredi 8 avril 2026

Le BND met en garde contre l’exploitation des routeurs TP-Link par des pirates russes

 

Mardi, l’agence de renseignement intérieure allemande, le Bureau fédéral de protection de la Constitution (BfV), a averti que des hackers liés à l’État russe avaient exploité des faiblesses dans les routeurs TP-Link pour infiltrer des réseaux sensibles.

Des hackers liés à la Russie ciblent les réseaux de routeurs mondiaux

L’alerte a été lancée avec des partenaires, dont le service de renseignement étranger allemand, le Service fédéral de renseignement (BND), le Federal Bureau of Investigation (FBI), a rapporté Reuters.

Le groupe à l’origine des attaques, APT28 – également connu sous le nom de Fancy Bear – est largement attribué au service de renseignement militaire russe, la Direction Principale du Renseignement (GRU).

Les gouvernements occidentaux ont longtemps accusé le groupe de mener des opérations de cyberespionnage.

Des milliers d’appareils ciblés, des secteurs critiques en danger

Les autorités ont déclaré que plusieurs milliers de routeurs avaient été ciblés dans le monde, dont une trentaine en Allemagne.

Dans certains cas, des violations ont été confirmées, ce qui a incité les opérateurs à remplacer les appareils affectés, selon le rapport.

La campagne s’est concentrée sur les réseaux militaires, gouvernementaux et les infrastructures critiques.

Une menace cybernétique toujours présente pour l’Allemagne

Le BfV a noté que l’APT28 avait déjà ciblé le parlement allemand, le parti politique SPD et les systèmes de contrôle du trafic aérien.

En 2024, le département de la Défense des États-Unis a également publié un communiqué d’information avertissant que des acteurs russes du cyberespace utilisaient des routeurs compromis pour mener des opérations dans le cyberespace.

Le communiqué d’information a indiqué que le GRU russe – en particulier son 85e Centre principal des services spéciaux, également connu sous le nom d’APT28 et de Forest Blizzard – avait utilisé des EdgeRouters compromis dans le monde entier.

Ces attaques ont permis aux hackers de voler des identifiants, de collecter des hachages NTLMv2, de faire transiter le trafic réseau et d’héberger des pages de spear-phishing et des outils de hacking personnalisés.

La semaine dernière, la Commission fédérale des communications a annoncé que les nouveaux routeurs d’origine étrangère seraient interdits aux États-Unis. Cependant, les configurations Internet domestiques existantes ne sont pas affectées, car les règles ne s’appliquent qu’aux futurs appareils, et les fournisseurs peuvent toujours demander des exemptions.

fr.benzinga.com

mardi 7 avril 2026

Doctrine nucléaire russe : entre signalement et développement des options non stratégiques, quelles évolutions ?

 

La doctrine russe est fondamentalement défensive. Mais la Russie a également multiplié les signalements nucléaires depuis février 2022 – avec un certain succès, car de nombreux États ont fait preuve de prudence dans leur soutien matériel à l’Ukraine et ont adopté le principe de « gestion de l’escalade ». Faut-il en conclure que les dirigeants européens et américains accordent plus d’importance aux déclarations politiques qu’à la doctrine ? Le concept même de doctrine nucléaire rendue publique est-il, de ce point de vue, obsolète ?

Oui, les dirigeants occidentaux accordent bien plus d’importance aux signaux politiques qu’aux signaux militaires, aux exercices ou à la doctrine. À titre d’exemple, la réaction du président Donald Trump aux déclarations fracassantes du président Vladimir Poutine concernant les essais des Burevestnik et Poseidon est éloquente. Ce dernier s’est vanté de posséder l’arsenal nucléaire le plus avancé au monde, tout en ayant admis quelques jours auparavant ne pas savoir encore quelle place occupait le Burevestnik dans la stratégie nucléaire russe. De toute évidence, le symbolisme et les gestes bravaches ont eu plus d’impact que les changements à long terme dans la posture des forces déployées et la doctrine russes. Nous, en Occident, devrions faire mieux et accorder beaucoup plus d’attention à ce qui se passe réellement en termes de posture militaire et de doctrine plutôt que de (sur)réagir à des gestes vides et à des fanfaronnades.

Nos services de renseignement sont sur les charbons ardents depuis février 2022. Aux États-Unis, les changements de direction intervenus au sein de la structure gouvernementale après janvier 2025 génèrent une autre forme de pression. Les agences de renseignement doivent-elles s’impliquer davantage dans les affaires nucléaires russes, y compris en matière de doctrine ?

Je pense que les experts européens du renseignement –​et, en réalité, tous les professionnels travaillant sur les politiques de sécurité – doivent avoir une connaissance approfondie de la doctrine nucléaire russe. Nous ne pouvons pas laisser à un autre pays le soin d’interpréter ces questions à notre place. La doctrine nucléaire russe est principalement orientée vers les États-Unis, mais elle comporte une dimension européenne particulière et non négligeable. Une telle analyse par les Européens ne peut qu’enrichir le dialogue sur la sécurité avec les États-Unis et au sein de l’OTAN.

On a beaucoup parlé des positions de Sergueï Karaganov sur la préemption nucléaire contre l’Europe occidentale. L’édition 2024 de la doctrine russe ne va pas aussi loin, mais elle abaisse néanmoins le seuil d’utilisation de l’arme nucléaire, au moins potentiellement, aux attaques conventionnelles constituant une « menace critique » pour la « souveraineté et l’intégrité territoriale » de la Russie. Faut-il en conclure que Moscou a besoin d’une position plus ferme, plus affirmée, en matière de dissuasion nucléaire ?

Je pense que le jeu d’ombres qui s’est déroulé autour des articles de Sergueï Karaganov et Dmitri Trenin en 2023, ainsi que les échanges entre les think tanks russes, qui ont culminé avec la séance de questions/réponses entre Poutine et Karaganov à Valdaï en 2024, n’était qu’une mise en scène élaborée. En réalité, Poutine savait que la dernière doctrine nucléaire russe publiée fixait le seuil d’utilisation de l’arme nucléaire à un niveau bien trop élevé pour qu’il puisse formuler des menaces coercitives nucléaires crédibles. Il lui fallait donc passer par ce processus lui permettant de contrôler le débat : il décide que des changements sont nécessaires, charge Karaganov de rédiger des articles, le bride, puis publie la nouvelle doctrine. Tout cela n’était qu’une comédie.

En substance, la doctrine russe est très proche de la doctrine française : la Russie n’aura recours à l’arme nucléaire que lorsque le président estimera que les intérêts fondamentaux de son pays sont menacés. Or ces intérêts fondamentaux peuvent évoluer en fonction des personnalités et des fluctuations géopolitiques. Poutine est bien plus enclin à prendre des risques et à utiliser des menaces coercitives que nombre de dirigeants mondiaux. Il veut nous faire croire qu’il pourrait utiliser l’arme nucléaire à tout moment, mais je maintiens que les risques de recours à l’arme nucléaire russe dans le contexte de la guerre en Ukraine sont extrêmement faibles.

Existe-t-il un risque de voir une démonstration de force nucléaire – un essai nucléaire complet, dans une région reculée de Russie – pour faire pression sur les dirigeants européens et les inciter à retirer leur soutien militaire à l’Ukraine ? Pensez-vous que cela pourrait avoir un impact réel sur les gouvernements ?

Oui, je pense que la Russie examine l’opportunité de procéder à un essai nucléaire souterrain sur le site d’essais central de Nouvelle – Zemble. Elle évalue si un tel essai lui conférerait un pouvoir de pression suffisant permettant de justifier le coût politique qu’elle est susceptible de payer pour avoir remis en cause une norme qui prévaut entre les États-Unis et elle depuis plus de 30 ans. Paradoxalement, je pense que cela aurait un impact moindre sur les États européens. Cela pourrait même faire taire définitivement toute voix plaidant pour des négociations ou une réconciliation avec la Russie. La menace que représente la Russie n’est pas accrue par un tel essai ; par conséquent, même s’il y a une certaine panique, je pense que chacun reprendrait son souffle et conclurait : « Oui, les Russes sont mauvais », avant de reprendre le cours de sa vie.

Les armes nucléaires non stratégiques faisaient historiquement partie intégrante de l’arsenal et de la doctrine soviétiques, mais leur rôle est resté discret depuis le début du siècle. Seraient-elles utiles, en matière d’ambiguïté nucléaire et de signalement, compte tenu du nombre accru de vecteurs à double capacité ? Ou la Russie envisage-t-elle un rôle opérationnel plus important pour ces armes ?

Je ne crois pas que la Russie soit revenue à l’ère des mines et de l’artillerie nucléaires, mais il est clair qu’elle continue de déployer et de s’entraîner avec toute une gamme d’armes nucléaires non stratégiques, notamment des torpilles nucléaires, des bombes à gravité, des missiles de croisière sol-sol à courte portée lancés depuis la mer et la terre, des missiles de croisière et balistiques lancés depuis les airs et la terre, ainsi que des missiles antiaériens et antisatellites. Cette situation n’a pas évolué depuis la chute de l’Union soviétique.

Je crois que la Russie considère son arsenal de frappes de précision – missiles conventionnels et nucléaires, à courte et à longue portée (non stratégiques) – comme ses deux bras armés dans une guerre contre l’OTAN. Elle les juge utiles, avec la possibilité de frappes nucléaires initiales de très faible intensité pour « ramener à la raison » l’Occident, en s’efforçant de moduler soigneusement la « dose » afin d’éviter un échange stratégique tout en dominant le terrain, que ce soit au niveau étatique ou au niveau régional.

Depuis le début des années 1990, la Russie ne déploie plus d’armes nucléaires chez ses alliés, à l’exception notable et récente de la Biélorussie, qui a déclaré que l’exercice « Zapad 2025 » comportait une séquence nucléaire. Quelle forme prendrait un accord de partage nucléaire ? Serait-il réellement applicable et modifierait-il fondamentalement l’équilibre stratégique entre l’OTAN et la Russie ?

Oui, les Soviétiques ont retiré toutes leurs armes nucléaires des États du Pacte de Varsovie et du territoire des États ayant recouvré leur indépendance après la chute de l’URSS. Ils ont également abrogé les accords de partage nucléaire en vigueur avec la Hongrie, l’Allemagne de l’Est et la Pologne. Ils ont désormais rétabli le partage et le déploiement d’armes nucléaires avec la Biélorussie, en commençant par des exercices de formation et de déploiement de systèmes de lancement en 2022, des exercices de déplacement d’ogives en 2023 et, vraisemblablement, un déploiement permanent à partir de 2024 ou de 2025. Cela inclut des ogives nucléaires pour les missiles Iskander basés à Asipovichi et des bombes nucléaires pour les Su‑25 de la base aérienne de Lida. Ils ont mené des exercices de déplacement de charges nucléaires en 2023, des exercices de commandement et de contrôle ainsi que des tirs d’entraînement en mai 2024, et des exercices d’emploi conjoint d’armes nucléaires sur le champ de bataille lors de l’exercice « Zapad 2025 ». Il comprenait des lancements électroniques (simulés) d’Iskander, des vols réels de Su‑25 et, possiblement, des simulations de lancements de missiles balistiques à moyenne portée Oreshnik.

Les modalités des accords de partage seront calquées sur celles de l’OTAN. Les troupes russes et biélorusses s’entraînent au largage d’ogives nucléaires après l’ordre de lancement donné par le président russe et le montage de l’ogive sur le système de transport par le 12e GUMO russe [Glavnoye Upravleniye Ministerstvo Oborony, unité spécialisée dans le transport des munitions nucléaires]. Ce n’est qu’à ce moment-là que la Biélorussie sera en mesure de larguer ces ogives vers des cibles prédéfinies, sous le strict contrôle russe. En réalité, cela ne change pas grand – chose, si ce n’est que les ogives nucléaires russes sont plus proches des frontières de l’OTAN. Cela fait de ces armes des cibles de grande envergure dès le début d’un conflit avec l’OTAN, accentuant ainsi la pression exercée sur la Russie, contrainte de les utiliser sous peine de les perdre. Cependant, puisque l’OTAN n’envisage pas d’attaquer la Russie ou la Biélorussie, cela ne modifie en rien nos plans.

Nous avons consacré un temps considérable – et des sommes importantes – au démantèlement de milliers d’armes nucléaires ex – soviétiques, à une époque où le contrôle des armements nucléaires était un pilier de la sécurité internationale. La Russie a suspendu sa participation au traité New START. Mais dispose-t‑elle des ressources nécessaires pour construire de nouvelles armes nucléaires et en a‑t‑elle la volonté ?

Oui, la Russie dispose d’un programme nucléaire important, incluant la fabrication d’ogives, l’enrichissement d’uranium, la séparation du plutonium et la production de systèmes de missiles. Quant à savoir si elle en a réellement besoin, de nombreuses armes sont en attente de démantèlement, constituant ainsi un stock de réserve inactif. Ces ogives peuvent être remises en état et devenir opérationnelles avec un minimum d’efforts ; la Russie pourrait donc atteindre rapidement et facilement un stock de 6 000 ogives, voire plus. L’objectif de 10 000 est ensuite envisageable : rappelons que, dans le cadre des traités START et New START, la Russie a réduit la capacité d’emport de ses missiles, de 10 à 12 ogives à une seule. Elle pourrait très prochainement et sans surcoût les installer sur les missiles existants. Si elle équipait tous ses missiles (SLBM et ICBM) de têtes nucléaires à charges multiples (MIRV) et dotait ses avions de missiles de croisière à capacité nucléaire, elle pourrait facilement dépasser les objectifs du traité New START dès demain.

Bien sûr, personne ne possède de boule de cristal, mais quel serait votre avis sur la prochaine édition de la doctrine nucléaire russe ?

Je pense que la stratégie consistera à simplifier, à accroître l’ambiguïté sur les modalités d’emploi des armes et le moment approprié, et à laisser les décisions doctrinales à la seule autorité du président russe. De cette manière, Poutine disposera d’une plus grande marge de manœuvre pour proférer des menaces et tenter d’exercer une coercition efficace contre l’OTAN. Je ne crois pas que cela fonctionnera très bien, mais ils essaieront.

Joseph Henrotin

William Alberque

areion24.news