Sauf avis de recherche, nous ne publions plus de photographies, vidéos ou articles d'auteurs d'attentats, afin d'éviter d'éventuels effets de glorification posthume. Les rendre anonymes, c'est les combattre !

dimanche 20 janvier 2019

Brigade mécanisée 1


"Combattre – protéger – aider"













TF121

La « Guerre du Cochon » est probablement l’un des conflits armés les plus étranges de l’histoire


En bleu : la ligne de séparation privilégiée par les États-Unis 
En rouge : celle privilégiée par l’Empire britannique 
En vert : le compromis


L’histoire commence en 1846, lorsque les États-Unis et la Grande-Bretagne ratifient le traité de l’Oregon, censé mettre un terme à un litige frontalier de longue date entre les deux nations. Retour sur cet épisode historique unique.

Le traité de l’Oregon précise que la frontière entre les États-Unis et la Colombie-Britannique sera matérialisée par le 49e parallèle, une ligne de séparation toujours valable aujourd’hui.

Si cela semble simple sur le papier, la réalité s’avère bien différente : un ensemble d’îles situées au sud-ouest de la ville de Vancouver pose problème, et bien que le traité précise que la frontière « traverse le détroit séparant le continent de l’île de Vancouver », cette ligne de partage pour le moins floue va être source de fortes tensions.

San Juan est l’une des îles les plus importantes de cet archipel, et sa position stratégique à l’embouchure du détroit va pousser les États-Unis et l’Angleterre à en revendiquer la souveraineté lorsque leurs ressortissants vont commencer à s’y installer.

En 1859, les Britanniques sont majoritaires sur l’île, et leur présence est renforcée par l’arrivée de la Compagnie de la Baie d’Hudson, qui y installe un élevage de moutons. Au même moment, 20 à 30 colons américains arrivent sur l’île et y élisent domicile.



À en croire les rapports officiels de l’époque, les deux groupes d’insulaires entretiennent des rapports plutôt cordiaux, mais cela ne va malheureusement pas durer. Le 15 juin 1859, un porc appartenant aux Britanniques se rend sur les terres du fermier américain Lyman Cutlar et commence à manger ses pommes de terre. Fou de rage, Cutlar abat l’animal.

Le porc appartient au britannique Charles Griffin, membre de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Ce dernier possède de nombreuses bêtes et a l’habitude de les laisser évoluer librement sur l’île, et il est probable qu’un tel incident se soit déjà produit auparavant.

Lorsque Griffin apprend la mort de l’animal, il se rend sur les terres de Cutlar afin d’obtenir des explications. Cutlar lui propose 10 dollars en compensation, mais Griffin refuse catégoriquement et dénonce le fermier américain aux autorités britanniques locales qui menacent de l’arrêter.

Cet incident provoque la colère des citoyens américains locaux qui ripostent en rédigeant une pétition afin de bénéficier de la protection de l’armée américaine.

L’élevage de moutons de la Compagnie de la Baie d’Hudson


Le document arrive jusqu’au général William S. Harney, commandant du Département de l’Oregon ouvertement anti-britannique. Sans réfléchir, l’homme envoie une compagnie de 66 hommes de la 9ème division d’infanterie américaine à San Juan le 27 juillet 1859.

Lorsqu’il apprend la nouvelle, James Douglas, alors gouverneur de la Colombie-Britannique, décide d’envoyer trois navires de guerre britanniques dans la région en guise de démonstration de force.

Dans les mois qui suivent, la tension grimpe et les deux nations renforcent leur présence militaire dans la région, et bien qu’en infériorité numérique, les troupes américaines refusent catégoriquement de quitter l’île de San Juan.

Il faut attendre l’arrivée de l’amiral Robert L. Baynes, commandant en chef de la marine britannique dans le Pacifique pour que les choses évoluent.

Le camp des anglais installé au nord de l’île


James Douglas ordonne à Baynes de débarquer ses troupes sur l’île de San Juan et d’engager le combat avec la neuvième division d’infanterie américaine, mais ce dernier refuse en déclarant qu’il « n’impliquerait pas deux grandes nations dans une guerre née d’une querelle au sujet d’un cochon ».

Les échos de cet étrange conflit arrivent finalement jusqu’à Washington et Londres, et les fonctionnaires des deux nations sont sidérés par le fait qu’une banale dispute soit devenue une impasse impliquant 3 navires de guerre, 84 canons et plus de 2 600 hommes.

L’un des campements américains installés sur l’île de San Juan


Craignant que la situation ne s’aggrave davantage, les deux parties entament rapidement des négociations, et décident finalement que les États-Unis et la Grande-Bretagne devront maintenir une présence militaire inférieure à 100 hommes sur l’île jusqu’à ce qu’un accord formel puisse être trouvé.

Les Britanniques installent leur camp au nord de l’île, tandis que les Américains se regroupent au sud. Il faut finalement attendre 1872 pour qu’une commission internationale menée par le Kaiser Wilhelm Ier d’Allemagne ne place l’île sous le contrôle des Américains, et mette définitivement un terme à la Guerre du Cochon.



Aujourd’hui, les camps britanniques et américains peuvent encore être visités sur l’île de San Juan. Fait intéressant : il s’agit du seul territoire appartenant aux parcs nationaux des États-Unis où un drapeau étranger est régulièrement hissé. Il a été gracieusement offert au pays par le gouvernement britannique, en signe d’amitié.

Yann Contegat

Des frappes américaines en appui des forces somaliennes font 52 tués parmi les jihadistes


Récemment, deux responsables ont indiqué à la chaîne de télévision NBC News que l’administration Trump envisageait de réduire le rôle des forces américaines en Somalie, estimant que les milices shebab, liées à al-Qaïda, ne représentaient pas forcément une menace directe contre les États-Unis.

« Les États-Unis ne peuvent pas continuer à être le gendarme du monde […] Nous sommes éparpillés à travers le monde. Nous sommes dans des pays dont la majorité des gens n’ont même pas entendu parler. Franchement, c’est ridicule », avait par ailleurs affirmé M. Trump, fin décembre, en Irak, lors de sa première visite à des troupes engagées sur un théâtre extérieur depuis le début de son mandat.

À partir de 2017, les forces américaines ont accentué leur activité en Somalie, en multipliant les raids aériens contre les milices shebab. Et cela en raison d’une latitude plus grande donnée aux chefs militaires sur le terrain. Et elles ont déjà effectué au moins quatre frappes contre les jihadistes somaliens depuis le début de cette année.

La dernière en date a été menée le 19 janvier, près de la ville portuaire de Kismayo [sud], en appui d’une unité des forces gouvernementales somaliennnes, dont le camp était alors attaqué par les combattants shebab.

Selon le commandement militaire américain pour l’Afrique [US Africa Command, AFRICOM], ces frappes aériennes ont en effet été réalisées « en réponse à une attaque par un groupe important de shebab somaliens contre l’armée nationale somalienne ». Et de préciser que 52 jihadistes ont été tués durant cette opération.

« Les terroristes ont attaqué la base militaire de Bulogagdud à l’aide d’armes lourdes et d’explosifs, l’armée somalienne et les forces du Jubaland ont résisté à l’ennemi avant de battre en retraite », a témoigné, auprès de l’AFP, Mohamed Abdikarin, un responsable militaire somalien. « Six soldats ont été tués au cours de l’attaque et deux autres sont morts après l’explosion d’un véhicule piégé lorsque les forces ont repris le contrôle de leur base », a-t-il continué.

« Les shebab ont pris le contrôle de la base et ont tout pillé, ils ont mis le feu aux dépôts d’armes et pris un véhicule militaire. Il y a eu deux hélicoptères qui ont effectué des frappes aériennes pendant l’attaque », a raconté Hassan Rashid, un chef traditionnel d’un village voisin.

Comme après chaque frappe, l’US AFRICOM a de nouveau expliqué que l’objectif des États-Unis, du gouvernement fédéral somalien et de la force de l’Union africaine en Somalie [AMISOM] est d’empêcher les shebab de « tirer parti de refuges sécurisés qui leur permettent de renforcer leurs capacités et d’attaquer le peuple somalien. » Et d’ajouter : « Le groupe utilise notamment des parties du sud et du centre de la Somalie pour préparer des attaques terroristes, voler de l’aide humanitaire, extorquer la population locale pour financer ses opérations et abriter des terroristes. »

Malgré l’intensification des frappes américaines, les milices shebab « conservent leur force et leurs capacités opérationnelles », lit-on dans le dernier rapport du secrétaire général des Nations unis, Antonio Guterres, au sujet de la Somalie.

Ce qui fait que « la situation en matière de sécurité reste très instable » [un nombre record d’actes terroristes a été enregistré en novembre 2018, en particulier à Mogadiscio ainsi que dans les régions du Bas-Chébéli et du Hiraan] et que les shebab « constituent toujours la principale menace ». Mais ils ne sont pas les seuls. En effet, avance le rapport, il a également été observé « une recrudescence des activités d’éléments favorables à l’État islamique [EI] à Mogadiscio ». En outre, les shebabs ont aussi la capacité de frapper à l’extérieur des frontières somaliennes, ce que la récente attaque contre un complexe hôtelier à Nairobi [Kenya] a encore démontré.

Un groupe de pirates informatiques a visé la chaîne d’alimentation en carburant de la Marine française


D’habitude, le gouvernement français est très prudent quand il s’agit d’attribuer officiellement l’origine des attaques informatiques ayant ciblé les services de l’État. Directeur de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information [ANSSI], Guillaume Poupard en avait donné les raisons lors d’une audition au Sénat.

« La question de l’attribution des attaques est le grand problème du cyber. On a la plupart du temps une idée de qui est derrière, mais on ne peut pas prouver l’origine devant un juge par exemple », avait en effet expliqué M. Poupard. Dans ces conditions, tant qu’il n’y a pas de preuve évidente, « l’attribution est in fine une décision politique de très haut niveau, orientée par un faisceau d’indices », avait-il ajouté.

Comme elle le fit, en septembre dernier, en révélant les activités de l’engin espion russe Loutch/Olimp-K autour du satellite militaire de télécommunications franco-italien Athena-Fidus, la ministre des Armées, Florence Parly, a évoqué une affaire similaire, mais cette fois dans le cyberespace.

« Nous sommes fin 2017. Des connexions anormales sur le serveur de la messagerie internet du ministère des Armées sont constatées. Ces connexions ont révélé après analyse qu’un attaquant cherchait à accéder directement au contenu de boites mails de 19 cadres du ministère parmi elles, celles de quelques personnalités sensibles. Sans notre vigilance, c’est toute notre chaîne d’alimentation en carburant de la Marine nationale qui aurait été exposée », a ainsi raconté Mme Parly, à l’occasion de la présentation de la « stratégie cyber des Armées », ce 18 octobre.

Cette tentative d’attaque a duré jusqu’en avril 2018, le temps de « remonter la chaîne des serveurs et des adresses IP « , en « étroite collaboration avec nos partenaires, a continué la ministre. Et, a-t-elle donc ajouté, derrière cette opération se cachait « un mode d’attaque bien connu de nos services et que certains attribuent à ‘Turla' ».

Le groupe « Turla » a fait l’objet d’une enquête de l’entreprise de sécurité informatique Kapersky Lab il y a un peu plus de trois ans. D’origine russe et actif depuis 2007, il aurait infecté des centaines d’ordinateurs de par le monde, en particulier ceux d’administrations gouvernementales, d’ambassades, d’établissements de recherche et d’organismes militaires.

Ses membres sont « capables d’intercepter du trafic Internet de certains satellites et de l’utiliser pour masquer l’emplacement de leurs serveurs de Commandes et Contrôle (C&C). Ils s’appuient pour cela sur des faiblesses de sécurité de la communication par satellites », avait résumé, à l’époque, le site Silicon.fr. « Ce modus operandi permet de garder un haut degré d’anonymat » tout en n’exigeant pas un investissement de départ coûteux [moins de 1.000 dollars pour une antenne et une carte tuner DVB-S], avait-il précisé.

Les activités de Turla ont fait l’objet d’autres rapports. Ainsi, Symantec a établi qu’il était derrière des programmes malveillants qui, appelés Wipbot, infiltraient les ordinateurs des ambassades et des gouvernements fonctionnant sous Windows. Et, plus récemment, les experts d’Eset ont affirmé qu’il avait réussi à utiliser les médias sociaux pour dissimuler des logiciels espions.

Cela étant, l’affaire évoquée par Mme Parly fait partie des « 700 incidents de sécurité, dont une centaine d’attaques, qui ont ciblé les réseaux du ministère » des armées en 2017. Et la tendance s’accélère puisque ce niveau a été atteint, l’an passé, dès le mois de septembre.

« Ce sont donc plus de deux incidents de sécurité par jour qui ont touché tout autant notre ministère, nos opérations, nos expertises techniques et même un hôpital d’instruction des Armées », a détaillé la ministre. « Certaines sont le fruit de groupes malveillants. D’autres de hackers isolés. Mais certaines, nous le savons, viennent d’Etats pour le moins indiscrets, pour le moins décomplexés », a-t-elle expliqué.

D’où la nécessité de renforcer le volet « cyber », tant sur le plan défensif qu’offensif, via l’attribution de moyens supplémentaires comme le prévoit la Loi de programmation militaire [LPM] 2019-25; avec le recrutement de 1.000 « cyber-combattants » de plus et un investissement de 1,6 milliards d’euros. Et de préciser une nouvelle doctrine en la matière.

S’agissant de la « Lutte informatique défensive » [LID], il s’agira de renforcer la Posture permanente de cyberdéfense [PPC], créée par la LPM et assurée par le Commandement de la cyberdéfense [COMCYBER] afin de protéger 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 tous les réseaux du ministère des Armées, en coordination avec l’ANSSI et les principaux partenaires, via l’Otan et l’Union européenne.

Il est aussi question de mettre en place de nouvelles synergies entre les services de renseignement, la Direction générale de l’armement [DGA] et le COMCYBER et de « faire émerger une filière numérique de confiance, pour être capables de maîtriser le développement de nos innovations et l’emploi de nos solutions numériques », cette dernière tâche relevant de l’Agence de l’innovation de Défense [AID].

« Le ministère des Armées et les entreprises doivent travailler ensemble, se comprendre et se préparer. Nous devons adapter nos méthodes de travail, notre culture, partager les bonnes pratiques, qui évitent des failles béante », a aussi fait valoir Mme Parly.

« La cybersécurité doit être prise en compte dès la conception dans chaque système d’arme, d’information et de communication. Il faut intégrer cette nécessité dans le besoin militaire et la rappeler, sans cesse, aux industriels. Je fonde beaucoup d’espoir sur le travail en plateau engagé entre l’EMA, les états-majors d’armées et la DGA. Le cyber doit être une de vos préoccupations majeures ; c’est d’autant plus nécessaire que le combat collaboratif sera au fondement de nos futurs systèmes d’arme », a encore ajouté la ministre.

Comment l’habileté d’un pilote d’hélicoptère sauve une vie au Col d'Anterne



Les qualités d’un pilote du Peloton de gendarmerie de montagne de Chamonix ont permis un sauvetage spectaculaire le 2 janvier 2019. Il a planté le nez de son appareil dans une paroi de neige, le maintenant à l’horizontale, pour récupérer le blessé.


Lioudmila Pavlitchenko, alias Lady Death, la plus grande tireuse d'élite de tous les temps


Lady Death photographiée quelques minutes avant de recevoir le titre de Héros de l’Union soviétique (1943) 
© Wikimedia Commons



Pour Lioudmila Pavlitchenko, tuer des nazis n’avait rien de foncièrement compliqué. Comme elle l’expliqua à l’occasion d’une conférence de presse donnée aux États-Unis « Le seul sentiment que j’éprouve, c’est la grande satisfaction que peut ressentir un chasseur lorsqu’il abat sa proie ».

Lioudmila Pavlitchenko n’était pas qu’un simple soldat : c’était la plus grande femme sniper de l’histoire et l’une des tireuses d’élite les plus prolifiques de tous les temps. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, elle tua 309 nazis pour le compte de l’armée soviétique, ce qui lui valut le surnom approprié de « Lady Death ». Son incroyable notoriété lui permit ensuite de donner des conférences en Amérique du Nord et en Grande-Bretagne, où elle se lia d’amitié avec Eleanor Roosevelt et évoqua l’égalité des sexes devant des journalistes médusés.

Née à Bila Tserkva en 1916, un village ukrainien faisant à l’époque partie de l’Empire russe, Pavlitchenko était une enfant turbulente possédant une véritable âme de compétitrice. Quelques années plus tard, elle déménagea à Kiev avec ses parents, et entendit le fils de ses nouveaux voisins se vanter de ses talents de tireur, ce qui la motiva à rejoindre le club de tir local. Comme elle l’expliqua plus tard : « J’ai voulu lui prouver qu’une fille pouvait faire aussi bien que lui. Je me suis beaucoup entrainée ».

Environ 2 000 femmes tireuses d’élite combattirent pour l’armée soviétique durant la Seconde Guerre mondiale 
© Wikimedia Commons



En plus d’être tireuse amateur, l’adolescente Pavlitchenko travaillait également dans une fabrique d’armes. Vers l’âge de 16 ans, elle épousa un médecin et donna naissance à un fils, Rostislav, mais leur mariage fut de courte durée. En 1937, Elle commença à étudier l’histoire à l’Université de Kiev, tout en suivant en parallèle une formation de sniper. Lorsque les forces allemandes envahirent l’Union soviétique en 1941, Pavlitchenko décida de quitter l’université, espérant être enrôlée au sein la 25e Division de fusiliers de l’Armée rouge.

Seul problème : Lioudmila Pavlintchenko était une femme, et ces dernières étaient à l’époque reléguées à des rôles de soutien.

Les chefs de l’armée souhaitaient au départ que Pavlitchenko soit infirmière, mais après avoir longuement plaidé auprès d’un registraire, elle put s’enrôler comme tireuse d’élite grâce à l’entrainement rigoureux qu’elle avait suivi. Cependant, en raison d’une pénurie d’armes à feu, elle passa ses premiers jours de service à creuser des tranchées. Comme elle l’écrivit dans ses mémoires : « C’était très frustrant d’avoir à observer le déroulement d’une bataille armée d’une seule grenade ». Lorsque l’un de ses camarades fut blessé par un éclat d’obus, elle récupéra son fusil à lunette. Quelques semaines plus tard, elle tira sur deux soldats roumains à 400 mètres de distance, ce qui lui servit de « baptême du feu », et lui permit de se faire un nom au sein de sa division de tireurs d’élite.

Pavlitchenko devint l’une des 2 000 tireuses d’élite soviétiques qui combattirent durant la Seconde Guerre mondiale (sachant que les femmes soldats ne représentaient alors que 2 % des effectifs de l’Armée rouge). Pavlitchenko tua des centaines de combattants ennemis à Odessa, en Moldavie et à Sébastopol. « Nous avons fauché les soldats d’Hitler comme du grain mûr », déclarerait-elle plus tard. Finalement promue lieutenant, elle passa ensuite des mois à tuer des éclaireurs, des officiers et au moins 36 tireurs d’élite des forces de l’Axe.

Pavlitchenko était tellement déterminée que même le choc des obus et les multiples blessures causées par les tirs ennemis ne parvinrent à la décourager. Les pots-de-vin non plus : Après que les soldats allemands eurent appris ses prouesses au tir, ils essayèrent de la retourner contre sa patrie en lui offrant du chocolat et la promesse d’un grade d’officier dans l’armée allemande. Essuyant un refus catégorique, les Allemands menacèrent ensuite de la découper en 309 morceaux, son nombre de morts confirmés. L’offre l’aurait ravie, car elle signifiait que son compte était largement connu, mais sa détermination ne faiblit jamais.

Mais après que des éclats d’obus eurent frappé Pavlitchenko au visage au cours de l’été 1942, ses supérieurs décidèrent de la retirer des combats et la chargèrent de former des tireurs d’élite novices. On lui confia également un autre rôle : celui de propagandiste de guerre.

Fin 1942, Pavlitchenko se rendit aux États-Unis afin de galvaniser le moral de troupes américaines sur le point d’être envoyées en Europe. L’une de ses premiers haltes fut la Maison Blanche, qu’elle devint la première citoyenne soviétique à visiter. Elle rencontra le président Franklin Roosevelt ainsi que sa femme Eleanor, avec qui elle développa de forts liens d’amitié : la première dame invita Pavlitchenko à effectuer une tournée à travers tous les États-Unis afin d’évoquer ses faits d’armes.

À l’occasion de son voyage aux États-Unis fin 1942, Pavlitchenko fait la connaissance d’Eleanor Roosevelt © Library of Congress/Wikimedia Commons


S’adressant par l’intermédiaire d’un traducteur à des spectateurs venus par milliers, Pavlitchenko parla de son enfance et de ses triomphes en tant que sniper. Lors d’une conférence à Chicago, elle aurait notamment déclaré : « J’ai 25 ans et j’ai déjà tué 309 occupants fascistes. Ne pensez-vous pas, messieurs, que vous évoluez dans mon ombre depuis trop longtemps ? ».

La presse américaine eut de son côté plus du mal à prendre Pavlitchenko au sérieux. Les journalistes la décrivaient comme une simple « femme soldat » et se concentraient sur son apparence physique, dénigrant son uniforme militaire vert et encombrant et son maquillage minimaliste. Au lieu de lui poser des questions sur ses compétences militaires, les journalistes préféraient l’interroger sur le vernis à ongles, la coiffure des femmes soviétiques et les raisons de son absence de maquillage. Ce à quoi elle répondait : « Il n’y a pas de règle contre cela. De toute manière, qui penserait à se repoudrer le nez au beau milieu d’une bataille ? ».

Timbre poste de 1976 rendant hommage à la tireuse d’élite © Wikimedia Commons


Pavlitchenko se lassa rapidement de ces interrogations machistes, comme elle l’expliqua à un journaliste :

« Je suis stupéfaite du genre de questions que m’ont posées les correspondants de la presse à Washington. Ne savent-ils pas qu’il y a une guerre en Europe ? Ils m’ont posé des questions idiotes telles que : est-ce que j’utilise de la poudre, du rouge à lèvres et du vernis à ongles et est-ce que je frise mes cheveux ? Un journaliste a même critiqué la longueur de la jupe de mon uniforme, arguant qu’en Amérique les femmes portent des jupes plus courtes et que mon uniforme me faisait paraître grosse. Cela m’a mise en colère. Je porte mon uniforme avec honneur. Il porte l’Ordre de Lénine. Il a été couvert de sang au combat. Il est évident que, dans le cas des Américaines, l’important est de savoir si elles portent des sous-vêtements en soie sous leur uniforme. Ce que représente réellement l’uniforme, ils ne l’ont pas encore compris. »

Comparant la parité aux États-Unis et en Union soviétique, elle déclara également à l’occasion d’une de ses conférences : « Aux États-Unis, on me considère un peu comme une curiosité, un sujet de manchettes de journaux, de faits divers. En Union soviétique, je suis considérée comme une citoyenne à part entière, une combattante, un soldat pour mon pays ».

Pavlitchenko finit par retourner en Union soviétique pour continuer à entraîner d’autres tireurs d’élite. Malgré une position relativement privilégiée en tant que figure héroïque, elle dût composer avec les effets durables de ses blessures et de ses démons personnels : l’alcoolisme, ce que nous pourrions appeler aujourd’hui le syndrome de stress post-traumatique, et les souvenirs d’un amant mort en première ligne, dans ses bras, au début de l’année 1942.

Lioudmila Pavlitchenko photographiée dans une tranchée en 1942 © Wikimedia Commons


À la fin du conflit, Pavlitchenko obtint son diplôme d’Histoire à l’Université de Kiev et travailla pour le compte de la marine soviétique. En 1957, elle retrouva Eleanor Roosevelt lors d’une visite de l’ancienne première dame en URSS. Lady Death mourut à Moscou en 1974, à l’âge de 58 ans, et l’Union soviétique lui rendit hommage en la décorant à titre posthume et en publiant deux timbres-poste à son effigie. Un long métrage ukraino-russe racontant sa vie, intitulé Battle for Sevastopol, fut tourné en 2015, et ses mémoires, Lady Death : The Memoirs of Stalin’s Sniper, traduites du russe furent publiées début 2018.

Yann Contegat

vendredi 18 janvier 2019

Des frappes aériennes françaises éliminent une quinzaine de jihadistes dans le centre du Mali


Lors d’une opération menée conjointement avec les Forces armées maliennes [FAMa] à partir du 4 janvier, la force française Barkhane a démantelé le camp d’entraînement d’un groupe armé terroriste [la katiba de Serma], près de la frontière avec le Burkina Faso, précisément dans la forêt de Serma.

Le bilan provisoire de cette opération, conduite, selon l’État-major des armées [EMA] « dans la continuité » de deux autres menées mi-décembre et début janvier au nord de la RN16″, a été de 20 jihadistes mis hors de combat (tués, blessés ou capturés). En outre, des véhicules, de l’armement, des munitions de tout calibre, une importante de grenades, des engins explosifs improvisés [IED] et le nécessaire pour en fabriquer ont été saisis.

Mais, plus important encore, des renseignements ont été collectés. Ce qui a permis de planifier un autre opération, cette fois dans la région de Dialoubé, située au sud-ouest de Tombouctou, dans le centre du Mali, avec l’objectif de neutraliser un groupe jihadiste qui, en lien avec le camp d’entraînement démantelé dans la forêt de Serma, s’apprêtait à attaquer une « emprise institutionnelle symbolique. »

Une fois ces informations confirmées par une « manoeuvre de renseignement » au sujet de laquelle l’EMA n’a pas donné de détails, des Mirage 2000 et un avion de patrouille maritime Atlantique 2 [ATL2] ont mené, le 10 janvier, des frappes contre ce groupe terroriste, avec l’appui d’un drone MALE [Moyenne Altitude Longue Endurance] MQ-9 Reaper.

Pour rappel, l’Atlantique 2, déployé au Sahel par la Marine nationale, est un appareil conçu pour la lutte anti-sous-marine. Mais grâce à son autonomie [14 heures] et ses capteurs, il est aussi utilisé pour des missions de renseignement et de surveillance ainsi que pour l’illumination de cibles et des frappes aériennes avec des bombes GBU-12.



« Une quinzaine de terroristes ont été mis hors de combat », a indiqué l’EMA, selon qui les récents succès de Barkhane « ont permis de réduire le niveau de menace dans cette région peu accessible du delta intérieur du Niger. »

Les informations concernant cette « katiba Serma » sont parcellaires. On ignore l’identité de son chef [même si, selon RFI, un de ses cadres a été capturé, avec sa garde rapprochée, par Barkhane le 4 janvier] et ses capacités opérationnelles seraient difficiles à évaluer. Du moins jusqu’aux dernières opérations menées. En revanche, on sait qu’elle est constituée de combattants Peuls et qu’elle est affiliée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans [GSIM].

« En zone des trois frontières, au mois de décembre, Barkhane a poursuivi son action conjointement avec les FAMa, notamment dans les régions de Fatili, Tin Diriguitan ou encore Tessit. La coordination avec les forces burkinabè a également été accrue afin de lutter contre les stratégies d’évitement mises en œuvre par les GAT [groupe armé terroriste] dans ces zones », souligne par ailleurs l’EMA, qui évoque des « coups sévères » portés aux jihadistes et à leurs soutiens.

Cependant, ces succès n’empêchent pas les GAT de continuer leurs actions. Le 15 janvier, dans la région de Menaka, et selon un responsable du ministère malien de l’Administration territoriale, au moins 10 personnes, dont des combattants du Mouvement pour le salut de l’Azawad [MSA, groupe pro-Bamako signataire des accords de paix et allié de Barkhane], ont été tuées lors d’attaques contre le village d’Inékar-Ouest et la localité voisine de Taghatert.

De son côté, le MSA a avancé un bilan beaucoup plus lourd, via un communiqué. « Á l’issue des affrontements, les assaillants ont procédés à l’exécution sommaire d’une vingtaine de personnes civiles, dont des personnes âgées, en plus des quelques éléments du poste de sécurité du MSA morts au combat. Du côté des assaillants [arrivés à moto, ndlr], plusieurs morts sont aussi à signaler », a-t-il indiqué.

Arrestation d'un "djihadiste" voulant attaquer la Maison Blanche


Un homme de 21 ans a été arrêté en Géorgie, dans le sud-est des Etats-Unis, pour avoir tenté d'acheter notamment des explosifs et un lance-roquettes antichar. Il voulait mener une attaque contre la Maison Blanche au nom du djihad, ont annoncé les autorités.

Byung Pak, procureur fédéral en Géorgie, a fait part de l'arrestation de cet homme mercredi tard dans la soirée à la suite d'une enquête d'une année de la police fédérale (FBI). Celle-ci avait été lancée à la suite d'informations fournies par un membre de la communauté locale selon lequel le jeune homme s'était "radicalisé".

D'après l'acte d'accusation, cet habitant de Cumming a tenté de recruter l'informateur et un agent du FBI opérant sous couverture pour son projet d'attaquer la Maison Blanche et d'autres cibles de la capitale fédérale.

Mourir en "martyr"

A l'origine, il souhaitait être un "martyr" au nom du djihad en allant en territoire occupé par le groupe Etat islamique en Syrie ou en Irak, a-t-il expliqué à l'informateur du FBI, détaille l'acte d'accusation. Mais arguant de la perte de son passeport, il avait considéré mieux de réaliser des attentats sur le sol américain.

Le 7 décembre, il a rencontré l'agent incognito et a révélé un croquis réalisé à la main de la "West Wing" de la Maison Blanche, où se trouve notamment le bureau du président des Etats-Unis.

Dans les semaines suivantes, il a détaillé les armes nécessaires (armes semi-automatiques, grenades et un lance-roquettes antichar AT-4) et a chargé l'agent fédéral sous couverture de les obtenir. Il voulait que le trio mène des attaques conjointes, arrêtant la date du 17 janvier pour ce "game day", comme il l'avait appelé.

Peu de menace

Les trois protagonistes se sont retrouvés mercredi sur un parking où le jeune homme a pris possession des armes - neutralisées au préalable - et a été arrêté dans la foulée.

Selon des médias américains, il a été inculpé formellement jeudi matin devant un tribunal fédéral d'Atlanta et sa prochaine audience est prévue le 24 janvier. Le procureur Pak a assuré qu'aucune cible n'avait réellement été menacée par ce projet.

Dans une affaire distincte, un Américain de 49 ans a été arrêté près de Cleveland (Ohio) et inculpé pour avoir projeté un attentat dans la ville le 4 juillet, jour férié pour célébrer l'indépendance des Etats-Unis.

ATS

jeudi 17 janvier 2019

Un membre des SAS a permis de sauver de nombreuses vies lors de l'attaque terroriste au Kenya



En septembre 2013, un commando des milices Shebab somaliennes, liées à al-Qaïda, lança une attaque contre un centre commercial Westgate, à Nairobi [Kenya], tuant une soixantaine de personnes. Plus de cinq ans après, la même organisation jihadiste s’en est pris à un complexe hôtelier [DusitD2], selon un mode opératoire identique.

Ainsi, au moins quatre hommes dotés d’armes automatiques et de grenades sont entrés dans l’enceinte de l’établissement, qui comptait alors plusieurs centaines de clients et d’employés. A priori, un des terroristes s’était auparavant fait exploser sur les lieux. L’attaque, qui aura duré plus de 20 heures, aura fait 21 tués, selon les autorités kenyanes.

Mais ce bilan aurait pu être encore plus lourd si plus de 700 civils n’avaient pas pu être évacués du complexe hôtelier durant cette attaque. Sur les images de cette opération diffusées par les médias, on remarque sur plusieurs plans la présence d’un homme en civil ayant revêtu une cagoule ainsi qu’une veste tactique, et apparemment armé d’une carabine, d’un couteau de combat et d’un pistolet Glock à la ceinture.




La présence de cet homme mystérieux aux côtés des forces de sécurité kényanes a intrigué les observateurs. À plusieurs reprises, on le voit accompagner des civils vers la sortie du complexe, voire participer à la recherche des assaillants.

Des médias américains ont affirmé qu’il s’agissait d’un membre de la Navy SEAL Team 3 étant donné qu’ils cru reconnaître l’écusson de cette unité sur le sac à dos qu’il portait [à vrai dire, la résolution des images ne permet pas d’être aussi affirmatif…]. Selon eux, il aurait été en mission à Nairobi pour former les forces locales.

Seulement, plusieurs quotidiens britanniques ont contredit cette version, assurant que l’homme en question était un membre du Special Air Service [SAS], l’unité emblématique des forces spéciales d’outre-Manche.

D’après leurs informations, il s’agirait donc d’un sous-officier expérimenté. Mais les circonstances qui l’ont amené à être présent sur les lieux de l’attaque ne sont pas très claires. Selon The Sun, il entraînait les forces spéciales locales au moment de l’attaque. D’autres journaux affirment qu’il était « en repos » quand les assaillants ont surgi dans l’hôtel Dusit D2 et qu’il aurait spontanément proposé ses services.

« Il a tiré des coups de feu durant l’opération. Il y a fort à parier qu’il a atteint sa cible – un SAS ne manque jamais sa cible. Il ne fait aucun doute que ses actions ont sauvé des vies », assure The Sun … qui peut bien ajouter les détails qu’il veut étant donné que le Ministère britannique de la Défense [MoD] ne commente jamais ce genre d’information… Mais « on ne prête qu’aux riches », dit l’adage.

« Sans ce soldat […], beaucoup d’autres vies auraient été perdues », a affirmé un militaire britannique de haut rang », a cependant affirmé un « militaire britannique de haut rang », cité par le Daily Mirror.

Quoi qu’il en soit, les jihadistes somaliens ont expliqué avoir lancé cette attaque en réponse « aux remarques idiotes de Donald Trump et à sa décision de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. » Leur cible a été choisie en raison de sa dimension internationale, le complexe hôtelier étant prisé par les expatriés et les sociétés étrangères. D’ailleurs, un Britannique et un Américain y ont laissé la vie.

Polémique sur l’ex-membre des Brigades rouges Alvaro Baragiola


La polémique a enflé ces jours au Tessin autour de l’ex-membre des Brigades rouges (BR), Alvaro Baragiola, arrêté et condamné en Suisse il y a 30 ans, et qui avait refusé d'être extradé en Italie. L'affaire est alimentée par l'extradition récente de Cesare Battisti.

Arrêté en juin 1988 à Lugano, Alvaro Baragiola était alors recherché par la justice italienne. Celle-ci l’avait condamné pour le meurtre d’un étudiant grec en 1975 à Rome et pour sa participation à des attentats des BR.

Alvaro Baragiola est connu en Italie sous le nom de Lojacono, celui de son père, un économiste romain. Il avait opté pour celui de sa mère, la Tessinoise Ornella Baragiola, dont il avait aussi acquis la nationalité à son arrivée en Suisse dans les années 80 après avoir fui l’Italie à la fin des années septante et s’être réfugié au Brésil.

Après son arrestation, Alvaro Baragiola avait refusé d’être extradé vers l’Italie. Il avait été ensuite jugé par la Cour d'assises criminelles de Lugano qui l’avait condamné le 6 novembre 1989 à 17 ans de réclusion pour sa participation à l’assassinat du juge romain Girolamo Tartaglione en octobre 1978 à Rome.

Manque de preuves

Les autres accusations italiennes, notamment sa participation à l’enlèvement du président du Conseil italien Aldo Moro le 16 mars 1978 à Rome, avaient été abandonnées par manque de preuves. Alvaro Baragiola a purgé les deux tiers de sa peine et a obtenu sa libération pour bonne conduite après avoir passé onze ans derrière les barreaux. Il travaille actuellement comme assistant à l’Université de Fribourg. Il aura 64 ans en mai prochain.

Plus de trois décennies après son arrestation, il reste cité à plusieurs reprises par la presse de la Péninsule parmi les ex-terroristes italiens encore dans le collimateur de la justice après l’extradition, lundi dernier par le Brésil, de Cesare Battisti, un ex-membre du groupe d’extrême-gauche «Prolétariens armés pour le communisme».

Appel à Ignazio Cassis

Ainsi, la Lega des Tessinois, par le biais de son conseiller national Lorenzo Quadri, s’est adressée au ministre des affaires étrangères Ignazio Cassis afin qu’il accepte l’extradition d’Alvaro Baragiola vers l’Italie.

"Impossible, rien n’a changé par rapport à 1989", explique à l’agence Keystone-ATS l’avocat tessinois John Noseda, qui était le défenseur d’Alvaro Baragiola à l’époque de son procès. "M. Baragiola est un citoyen suisse et la Suisse n’extrade pas ses ressortissants".

"Mon ancien client a été condamné à Lugano pour les faits reconnus par la Suisse. En ce qui concerne l’attentat contre Aldo Moro, l’Italie n’a jamais demandé son extradition. Je tiens aussi à dire que 30 ans ont passé et il est temps de tirer un trait définitif sur cette triste affaire".

ATS