Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

dimanche 2 août 2026

Infrastructures sous-marines critiques : un théâtre gris permanent

 

Câbles de communication, pipelines, interconnexions électriques et réseaux de capteurs posés au fond des mers forment une infrastructure stratégique qui porte l’économie numérique, l’énergie et l’avantage informationnel. Elle est aussi devenue un espace de compétition au-dessous du seuil de la guerre. La penser impose d’articuler technique, droit, partenariats public-privé et doctrine de réparation rapide. L’enjeu n’est pas de promettre l’invulnérabilité, mais d’organiser une robustesse mesurable et démontrable.

L’immense majorité des échanges de données intercontinentaux transite par des câbles sous‑marins. Les satellites jouent un rôle d’appoint et de redondance. La fragilité d’un segment peut donc produire des effets macroéconomiques en cascade, avec ralentissements, pertes de services critiques et tensions politiques. À cette dépendance numérique s’ajoute une dépendance énergétique de plus en plus maritime : gazoducs, oléoducs, interconnexions électriques, export d’électricité issue de l’éolien offshore. Les mers bordières européennes concentrent désormais des ouvrages civils d’importance vitale qui traversent des espaces denses et disputés. Les stations d’atterrage, souvent discrètes et proches de zones urbaines, constituent des points singuliers où se rejoignent des risques physiques, cyber et juridiques. L’explosion des gazoducs Nord Stream en 2022 a illustré de façon spectaculaire cette vulnérabilité : en quelques heures, un incident localisé a eu des répercussions énergétiques, économiques et géopolitiques à l’échelle européenne (1).

Les épisodes récents ont rappelé le caractère transfrontalier du risque. Une avarie simultanée sur une conduite et un câble dans une mer semi – fermée concerne plusieurs juridictions, complexifie l’attribution et retarde la réparation. Ailleurs, la perturbation d’un corridor de télécommunications oblige à des routages de secours, augmente les temps de latence et déplace la pression sur d’autres segments. Cette vulnérabilité n’est pas théorique. Elle naît de la mer elle – même, de la densité croissante des usages, et d’acteurs capables d’exploiter l’ambiguïté.

Menaces, ambiguïtés et seuils

La gamme des agressions est large. Un chalut ou une ancre mal manœuvrés peuvent sectionner un câble, mais la négligence peut être instrumentalisée. Des engins téléopérés déposent des charges au plus près d’un répéteur. Des intrusions ciblent les boîtiers en mer, altèrent la télémétrie ou modifient des paramètres d’alimentation pour masquer une dégradation progressive. Des coupures multiples, réparties dans le temps et l’espace, saturent les capacités de reroutage et brouillent la compréhension de l’incident. L’ambiguïté demeure la règle : accident, acte criminel, opération d’un État ou d’un proxy. Cette incertitude dilate le temps politique de la réponse et augmente le rendement stratégique de l’attaque. En septembre 2025, une série de coupures de câbles sous – marins dans la mer Rouge a provoqué des interruptions significatives du trafic internet dans plusieurs pays d’Asie et du Moyen – Orient (2), soulignant la vulnérabilité concrète des infrastructures de connectivité intercontinentale. Cet épisode rappelle que même des perturbations apparemment techniques peuvent avoir des dimensions stratégiques majeures à la fois politiques, économiques et cybernétiques.

Attribuer vite sans s’exposer à l’erreur suppose une collecte probante et un travail de cohérence. Traces de navigation, imagerie radar satellitaire, signatures acoustiques, indices matériels remontés par les robots, recoupement avec le renseignement. Vient ensuite l’articulation politico – juridique : notification aux partenaires, demande de coopération, posture navale ajustée, signalement public maîtrisé. La communication fait partie de la défense. Un récit technique, sobre et documenté, dégonfle l’effet recherché par l’adversaire et réduit le risque d’escalade mal fondée.

Gouvernance hybride

L’infrastructure repose majoritairement sur des consortiums privés et des gestionnaires d’ouvrages. La protection ne peut donc être qu’hybride. Les marines, les garde – côtes, les agences de cybersécurité et les régulateurs doivent coopérer avec les opérateurs pour partager plans, données et procédures. À l’échelle européenne, les cadres de résilience et de cybersécurité imposent des plans de gestion des risques, des audits et des notifications d’incidents. La directive NIS2 renforce ces obligations en exigeant des opérateurs qu’ils mettent en œuvre des mesures de sécurité robustes, notifient rapidement les incidents significatifs et coopèrent étroitement avec les autorités nationales et européennes. En France, le CERT‑FR (Computer emergency response team – France) documente régulièrement les incidents majeurs affectant les télécommunications et recommande la sécurisation des systèmes d’information, la journalisation et la détection des anomalies critiques (3). 

Ils fournissent un levier pour exiger des pratiques homogènes, des exercices conjoints et une transparence utile. Au niveau national, une cellule interministérielle resserrée doit tenir la carte des vulnérabilités, coordonner l’emploi des moyens navals et aériens, agréer des procédures de réparation d’urgence, et servir d’interface unique avec les consortiums privés et les assureurs.

Capteurs, robots, jumeaux : l’innovation comme multiplicateur

L’observation persistante est la clef. Les moyens de surface et de l’espace détectent les comportements de navigation anormaux, y compris les navires à émission AIS (Automatic identification system) irrégulière. La colonne d’eau est couverte par des drones de surface et sous – marins, par des mouillages lents dotés d’hydrophones et de magnétomètres, par des stations d’amarrage capables de recharger les AUV (Autonomous underwater vehicle) et de collecter leurs données, par des relais acoustiques. Par exemple, la société Unseenlabs met en œuvre cette approche en suivant depuis l’espace, via des nanosatellites, les navires suspects grâce à leurs émissions de radiofréquence, ce qui complète les observations en mer et renforce la détection précoce des anomalies (4).

Le fond de mer lui – même offre des signaux à exploiter : des techniques d’auscultation optique transforment des fibres en capteurs distribués capables de détecter des perturbations mécaniques. Ces approches prometteuses doivent encore composer avec le bruit, les faux positifs, la latence et l’industrialisation de l’analyse. La valeur se loge dans la fusion multisource, pas dans un capteur miracle.

La couche logicielle devient centrale. Des jumeaux numériques de segments critiques agrègent bathymétrie, météo – océanographie, trafic, historique d’incidents et topologie des répéteurs. Des modèles statistiques classent les signaux faibles et déclenchent des inspections ciblées. Un centre de fusion par bassin maritime, associant autorités et opérateurs, permet de hiérarchiser les alertes et d’ordonner rapidement une levée de doute par robot. La performance ne se mesure pas au volume de données collectées, mais au temps nécessaire pour passer du soupçon à la qualification d’incident et à la décision d’intervention. Par exemple, des chercheurs de l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique ont développé un algorithme d’intelligence artificielle en collaboration avec le Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM) pour automatiser l’analyse des données bathymétriques. Cette avancée permet de détecter plus rapidement les anomalies sous-marines, améliorant ainsi la réactivité des systèmes de surveillance (5).

Protection des atterrages et des corridors

Les stations d’atterrage sont des points de fragilité majeurs. Elles concentrent des équipements sensibles, des accès physiques et des dépendances cyber. Leur protection suppose une défense en profondeur : périmètres physiques, contrôle d’accès, surveillance, redondance d’alimentation, segmentation des réseaux, journaux inviolables, scénarios de repli. En mer côtière, la protection passe par l’enfouissement du câble, la signalisation claire des couloirs, l’information des pêcheurs et des lamaneurs, et un dialogue régulier avec les autorités portuaires. Sur les plateaux peu profonds, la densité d’usages impose des arbitrages : exploitation, écologie, navigation, énergie. Une planification spatiale maritime crédible réduit les conflits et stabilise les délais d’autorisation en cas de réparation d’urgence.

La protection absolue est illusoire. Il faut rendre la coupure coûteuse pour l’adversaire en la rendant brève pour nous. C’est la logique de la dissuasion par la réparation. Elle repose sur des contrats de maintenance robustes, des navires prépositionnés, des stocks de pièces, des équipes ROV (Remote operating vehicle) disponibles, des autorisations administratives préparées et des itinéraires sécurisés pour les personnels. Les fenêtres de météo et les procédures standardisées réduisent le temps d’intervention. La redondance topologique et la capacité de reroutage planifiée limitent la perte de service.

Par exemple, la planification européenne prévoit que chaque câble critique dispose de tronçons alternatifs et de points de reroutage multiples, de sorte que la coupure d’un segment n’interrompe pas complètement le flux de données ou d’énergie entre États membres. Cette redondance permet aux opérateurs de basculer automatiquement sur des circuits de secours, garantissant la continuité des services essentiels et renforçant la résilience de l’ensemble du réseau (6). Une mesure complémentaire, qui réside en la mise en place d’une capacité d’investigation et d’isolement en 72 heures sur les tronçons prioritaires, change l’équation. L’objectif est moins de tout voir que de réagir vite et de réparer bien.

La répartition contractuelle du risque compte autant que la technique. Les franchises, les couvertures d’assurance, les clauses de force majeure et les mécanismes d’échange d’informations confidentielles avec l’État déterminent la vitesse réelle de retour au service. Un opérateur bien assuré, mais mal préparé, restera lent. La puissance publique peut créer des incitations par des exigences de temps de rétablissement maximal, des abattements de redevances pour les opérateurs atteignant des seuils de disponibilité élevés et des dispositifs de cofinancement conditionnés à des plans de résilience. Les contrats de service doivent intégrer des pénalités de retard alignées sur le coût réel de l’indisponibilité pour l’économie.

Par exemple, Orange renforce ses liens intercontinentaux avec les câbles sous – marins SEA‑ME‑WE 5 et SEA‑ME‑WE 6, combinant investissements, redondance et assurance pour garantir la continuité du service même en cas de coupure (7). Ces projets illustrent comment la planification contractuelle et la coopération internationale peuvent réduire les interruptions et sécuriser le trafic numérique entre l’Europe et l’Asie.

Le droit international offre un cadre, sans fournir de solution clef en main. En haute mer, la liberté de pose et d’entretien coexiste avec des régimes de protection environnementale. Dans les zones économiques exclusives, les droits de l’État côtier croisent la liberté de circulation et les besoins de réparation rapide. Les frictions administratives rallongent les délais et augmentent les coûts. La solution passe par des permis prédélivrés sur des corridors identifiés, par des procédures d’urgence harmonisées et par des mécanismes de concertation qui tiennent compte des nouveaux usages, en particulier l’éolien en mer et les aires marines protégées. Le principe directeur est simple : préserver l’environnement n’implique pas d’accepter une vulnérabilité prolongée des services vitaux.

Cette nécessité de simplifier et d’accélérer les procédures réglementaires est vivement réclamée par les acteurs du secteur des télécoms. En effet, au – delà des investissements technologiques, ils doivent pouvoir disposer des autorisations de travaux et de structures de gouvernance efficaces pour mettre plus rapidement en œuvre les mesures de sécurité indispensables pour protéger les câbles sous – marins.

La première exigence est la visibilité. Une cartographie dynamique identifie les tronçons dont la coupure aurait des effets disproportionnés selon trois critères simples : criticité des flux, temps estimé de réparation, probabilité d’incident. Cette carte vivante nourrit les plans de surveillance et de réparation, affecte les moyens navals et aériens, oriente les exercices et priorise les stocks. La surveillance en couches combine capteurs de surface, moyens spatiaux, drones persistants, mouillages discrets et auscultation des fibres lorsque c’est possible. Certains câbles sous – marins à fibre optique sont désormais transformés en véritables « capteurs océaniques », capables de détecter et de transmettre vibrations, mouvements marins et paramètres environnementaux, offrant ainsi une double fonction de communication et de surveillance (8).

La fusion en temps quasi réel dans un centre de coordination régional permet de hiérarchiser les alertes et de déclencher les inspections au bon endroit. Les réparations doivent être préautorisées autant que possible, avec des accords de voisinage qui facilitent les interventions transfrontalières, y compris dans des zones environnementales sensibles, et des garanties de remise en état documentées. Les exercices doivent tester des scénarios de coupures multiples, de déni de positionnement par brouillage ou leurrage, et de menaces simultanées sur l’énergie et les télécoms. Ces capacités contribuent à anticiper les incidents et à mieux protéger les infrastructures critiques tout en collectant des données océaniques utiles à la science et à la sécurité. La communication publique, sobre et factuelle, fait partie de la défense : elle réduit le bénéfice stratégique que l’adversaire espère tirer de la panique.

Les mers européennes n’offrent pas un décor uniforme. Le Grand Nord impose des contraintes météo, de profondeur et de distance aux ports bases. La Baltique cumule densité d’ouvrages, proximité d’acteurs étatiques et espaces resserrés, ce qui favorise les interférences et complique l’attribution. L’Atlantique nord mêle câbles océaniques et interconnexions électriques, avec des zones de trafic intense autour des atterrages et des conditions de mer exigeantes. La Méditerranée et la mer Rouge superposent routes économiques et conflictualité politique, ce qui allonge souvent les délais administratifs et impose une protection rapprochée accrue. Adapter la panoplie de moyens à chaque bassin est plus efficace qu’un modèle unique. Les coopérations récentes élargissent la couverture, facilitent l’intégration de moyens navals et sous-marins alliés et mutualisent l’analyse.

La fragmentation institutionnelle masque une réalité simple. Télécoms, énergie et services numériques partagent des tronçons physiques, des prestataires et des points d’atterrage. Il faut donc traiter la sécurité sous – marine comme une chaîne de valeur commune. Un incident sur un câble peut déplacer des contraintes vers une interconnexion électrique, et inversement. Les autorités doivent piloter cette interdépendance au bon niveau en associant les opérateurs de réseaux, les fournisseurs de cloud, les énergéticiens, les industriels de l’éolien en mer et les assureurs. La logique de scénarios communs évite les angles morts et améliore l’efficience de la dépense publique.

La technologie ne remplace pas l’expertise. Il faut des opérateurs capables d’interpréter les signaux, des équipages formés aux réparations en mer, des ingénieurs de données pour faire vivre les jumeaux numériques, des juristes rompus aux procédures internationales et des autorités locales habituées aux plans de continuité. Cette masse critique ne s’improvise pas. Elle se construit par des formations partagées, des détachements croisés et des cycles d’exercice qui vont de la salle de crise à la mer. La culture de la répétition, y compris avec des acteurs privés, transforme la théorie en réflexes. Elle fabrique de la confiance, donc de la vitesse.

Comme le souligne l’OTAN, la résilience des infrastructures sous-marines critiques repose sur la coopération internationale et la mise en place d’exercices conjoints permettant de tester la coordination entre alliés et opérateurs privés, afin de renforcer la préparation face aux perturbations ou attaques potentielles (10).

La robustesse se mesure. Trois indicateurs simples donnent le ton : temps de détection d’une anomalie digne d’intérêt, temps de qualification de l’incident, temps de réparation jusqu’au rétablissement du service. S’y ajoutent le taux de disponibilité annuel, la part de trafic reroutable, la profondeur moyenne d’enfouissement des câbles en zones sensibles, le nombre d’exercices conjoints réalisés. Fixer des cibles publiques, même prudentes, oriente l’effort sans rigidifier la manœuvre. L’horizon réaliste n’est pas l’omniscience, mais une baisse nette des durées d’indisponibilité et une hausse de la probabilité d’attribution crédible.

Le besoin d’un continuum

Les infrastructures sous – marines sont devenues un espace de contestation discret, aux coûts asymétriques et aux bénéfices incertains pour l’agresseur. La réponse ne peut promettre ni invulnérabilité ni omniscience. Elle s’organise autour d’une triade simple : voir plus tôt, réparer plus vite, rendre l’attaque moins rentable.

Cela exige un continuum entre marines, autorités civiles et opérateurs, des innovations ciblées et une doctrine de réparation éclair. Les capteurs, drones et jumeaux numériques renforcent cette détection précoce et permettent de mieux anticiper les incidents et d’y répondre de manière optimale.

Si une coupure ne désorganise un service que quelques jours et si l’attribution devient probable, l’intérêt stratégique d’y recourir s’érode. La robustesse est alors moins un pari technologique qu’une discipline collective, patiente et exigeante. Elle requiert une formation continue des acteurs concernés ainsi que des exercices conjoints s’appuyant sur des scénarios originaux et transfrontaliers pour renforcer la théorie par une approche pratique développant les réflexes opérationnels.

Enfin, la résilience des infrastructures sous – marines critiques constitue un marqueur tangible de souveraineté et de sécurité économique. Elle montre que la coordination entre les acteurs publics et privés doit être renforcée, car elle permet de créer une protection tangible et opérationnelle dans un environnement maritime de plus en plus complexe et disputé.

Notes

(1) « Conseil de sécurité : 19 mois après le sabotage des gazoducs Nord Stream, la Russie en appelle à la coopération internationale pour établir les responsabilités », communiqué de presse, 26 avril 2024 (https://​press​.un​.org/​f​r​/​2​0​2​4​/​c​s​1​5​6​8​3​.​d​o​c​.​htm).

(2) « Des câbles sous-marins internet sectionnés en mer Rouge provoquent des perturbations sur le réseau de plusieurs pays d’Asie et du Moyen-Orient », FranceInfo, 7 septembre 2025 (https://​www​.franceinfo​.fr/​i​n​t​e​r​n​e​t​/​d​e​s​-​c​a​b​l​e​s​-​s​o​u​s​-​m​a​r​i​n​s​-​i​n​t​e​r​n​e​t​-​s​e​c​t​i​o​n​n​e​s​-​e​n​-​m​e​r​-​r​o​u​g​e​-​p​r​o​v​o​q​u​e​n​t​-​d​e​s​-​p​e​r​t​u​r​b​a​t​i​o​n​s​-​s​u​r​-​l​e​-​r​e​s​e​a​u​-​d​e​-​p​l​u​s​i​e​u​r​s​-​p​a​y​s​-​d​-​a​s​i​e​-​e​t​-​d​u​-​m​o​y​e​n​-​o​r​i​e​n​t​_​7​4​7​8​4​2​2​.​h​tml).

(3) État de la menace ciblant le secteur des télécommunications, CERT-FR, 18 décembre 2023.

(4) Benoit Crépin, « Unseenlabs : une technologie unique pour suivre depuis l’espace les navires suspects », Techniques de l’Ingénieur, 17 février 2023 (https://​www​.techniques​-ingenieur​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​u​n​s​e​e​n​l​a​b​s​-​u​n​e​-​t​e​c​h​n​o​l​o​g​i​e​-​u​n​i​q​u​e​-​p​o​u​r​-​s​u​i​v​r​e​-​d​e​p​u​i​s​-​l​e​s​p​a​c​e​-​l​e​s​-​n​a​v​i​r​e​s​-​s​u​s​p​e​c​t​s​-​1​2​0​393).

(5) « Quand l’intelligence artificielle facilite la cartographie des fonds marins », INRIA, 5 octobre 2022 (https://​www​.inria​.fr/​f​r​/​i​n​t​e​l​l​i​g​e​n​c​e​-​a​r​t​i​f​i​c​i​e​l​l​e​-​c​a​r​t​o​g​r​a​p​h​i​e​-​f​o​n​d​s​-​m​a​r​ins).

(6) Commission européenne, « Communication conjointe au parlement européen et au conseil. Plan d’action de l’UE sur la sécurité des câbles », 21 février 2025 (https://​eur​-lex​.europa​.eu/​l​e​g​a​l​-​c​o​n​t​e​n​t​/​F​R​/​T​X​T​/​H​T​M​L​/​?​u​r​i​=​C​E​L​E​X​:​5​2​0​2​5​J​C​0​009).

(7) « Orange annonce sa participation dans le câble sous-marin “express” SEA-ME-WE-6 qui reliera la France à Singapour », communiqué de presse, 21 février 2022 (https://​newsroom​.orange​.com/​o​r​a​n​g​e​-​a​n​n​o​n​c​e​-​s​a​-​p​a​r​t​i​c​i​p​a​t​i​o​n​-​d​a​n​s​-​l​e​-​c​a​b​l​e​-​s​o​u​s​-​m​a​r​i​n​-​e​x​p​r​e​s​s​-​s​e​a​-​m​e​-​w​e​-​6​-​q​u​i​-​r​e​l​i​e​r​a​-​l​a​-​f​r​a​n​c​e​-​a​-​s​i​n​g​a​p​our) ; « Orange déploie Sea Me We 5 pour renforcer sa liaison France-Asie », Silicon​.fr, 18 juillet 2014 (https://​www​.silicon​.fr/​T​h​e​m​a​t​i​q​u​e​/​c​l​o​u​d​-​1​3​7​0​/​B​r​e​v​e​s​/​O​r​a​n​g​e​-​d​e​p​l​o​i​e​-​S​e​a​-​M​e​-​W​e​-​5​-​p​o​u​r​-​r​e​n​f​o​r​c​e​r​-​s​a​-​l​i​a​i​s​o​n​-​4​5​5​4​6​8​.​htm).

(8) Carole Saout-Grit et Laurie Henry, « Les câbles sous-marins à fibre optique transformés en sentinelles de l’océan », Océans connectés, 14 avril 2025 (https://​oceansconnectes​.org/​l​e​s​-​c​a​b​l​e​s​-​s​o​u​s​-​m​a​r​i​n​s​-​a​-​f​i​b​r​e​-​o​p​t​i​q​u​e​-​t​r​a​n​s​f​o​r​m​e​s​-​e​n​-​s​e​n​t​i​n​e​l​l​e​s​-​d​e​-​l​o​c​ean).

(9) « Reinforcing resilience: NATO’s role in enhanced security for critical undersea infrastructure », NATO Review, 28 août 2024.

Christophe Gaie

Jean Langlois-Berthelot

areion24.news

Le Royaume-Uni demande l'extradition d'un homme accusé d'espionnage contre une base militaire à Chypre

 

Le Royaume-Uni a demandé l'extradition d'un homme à la double nationalité britannique et azerbaïdjanaise arrêté à Chypre et accusé d'avoir espionné au profit de l'Iran une base militaire locale de la Royal Air Force, a indiqué la police britannique vendredi.

Rashad Sultanov est visé par une enquête dirigée par la police antiterroriste de Londres, en lien avec des incidents qui se sont produits à la base britannique d'Akrotiri entre le 11 mai 2025 et le 22 juin 2025, a indiqué la Metropolitan Police dans un communiqué.

Cet homme de 44 ans est accusé «d'avoir mené une surveillance hostile de la base ... et d'avoir partagé des informations avec le Corps des Gardiens de la Révolution islamique, un service de renseignement étranger», a détaillé la police.

Une procédure d'extradition a été lancée par le Royaume-Uni, a-t-elle précisé, ajoutant que le parquet britannique avait «autorisé» son inculpation pour assistance à un service de renseignement étranger et pour avoir approché un endroit interdit dans l'intention de nuire au Royaume-Uni.

En juin 2025, la police chypriote avait annoncé l'arrestation de cet homme, soupçonné d'«espionnage» et de «terrorisme», et il était en détention depuis, a précisé à l'AFP la police antiterroriste, ajoutant que l'investigation britannique sera désormais «prioritaire».

Des médias locaux avaient affirmé qu'il était d'origine azerbaïdjanaise et avait été repéré en raison d'un comportement suspect près de la base britannique d'Akrotiri, dans le sud du pays.

Le Foreign Office avait alors indiqué à l'AFP qu'il était de nationalité britannique.

En juin 2025, Chypre avait servi de lieu de transit pour les ressortissants de pays tiers fuyant le Moyen-Orient durant la guerre des Douze Jours entre Israël et l'Iran, ainsi que pour les Israéliens cherchant au même moment à rentrer chez eux après avoir été bloqués à l'étranger.

En mars dernier, la base militaire d'Akrotiri a été ciblée par des drones de fabrication iranienne, au début du conflit en cours au Moyen-Orient, déclenché par des frappes israélo-américaines sur l'Iran.

AFP

jeudi 30 juillet 2026

Les services de renseignement portugais lancent leur première campagne de recrutement publique

 

Pour la première fois de son histoire, le service de renseignement portugais a lancé une campagne de recrutement publique afin de convaincre davantage de personnes de rejoindre ses rangs.

Le système de renseignement de la République portugaise (MALADE) a annoncé lundi le lancement d'une campagne nationale de recrutement de nouveaux agents de renseignement.

Des panneaux publicitaires faisant la promotion de la campagne ont commencé à apparaître à Lisbonne, Porto et Faro, parallèlement à des affiches distribuées dans les universités et les institutions publiques à travers le pays.

Avec l'approbation du gouvernement, Vítor Sereno, le secrétaire général récemment nommé du SIRP, a lancé une initiative visant à aligner le recrutement des services de renseignement portugais sur les pratiques déjà observées dans d'autres pays de l'UE.

« Il s'agit de la première campagne de recrutement publique, à l'instar de ce que font d'autres pays alliés comme l'Allemagne, la France et l'Espagne, par le biais de panneaux d'affichage et des médias sociaux », a déclaré le bureau du SIRP, notant que des efforts similaires à l'étranger avaient produit des « résultats très positifs ».

Les candidatures resteront ouvertes jusqu'au 2 décembre, suite à la création de 54 nouveaux postes répartis dans les trois principales branches du SIRP : le SIS (Service de renseignement de sécurité intérieure) ; le SIED (Service de renseignement de défense stratégique) ; et le SIRP lui-même.

Les postes proposés sont variés : agents de renseignement, juristes, ingénieurs, chauffeurs, informaticiens, logisticiens, personnel administratif et même cuisiniers. Une deuxième phase de recrutement ciblera spécifiquement les agents de renseignement et les techniciens supérieurs.

SIRP décrit cette campagne comme « le plus important processus de recrutement de son histoire », coïncidant avec le 40e anniversaire du SIS et le 30e anniversaire du SIED en 2025. Comme l'explique l'agence, de nombreux membres fondateurs sont déjà à la retraite ou sur le point de l'être, et il existe un besoin croissant de personnel possédant une expertise dans les nouvelles technologies et la cyberdéfense pour relever les défis modernes en matière de sécurité.

Michael Bruxo

portugalresident.com

La Canadienne d’origine chinoise accusée d’espionnage à l’OTAN identifiée

 

La Canadienne récemment arrêtée par les autorités belges pour suspicion d'espionnage semble avoir déjà travaillé pour des organisations canadiennes avant de s'installer en Belgique, où elle effectuait un stage à l’OTAN, selon une enquête de CBC News qui a permis de l’identifier.

Il s’agirait de Biwei Zhang, une ingénieure système ayant une formation en économie, dont le CV en ligne indique qu'elle a auparavant travaillé pour l'Agence spatiale canadienne et Statistique Canada. Les profils publics et professionnels de Mme Zhang correspondent aux informations fournies par les procureurs belges.

Avant son arrestation, elle était stagiaire au Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE), le quartier général militaire de l'OTAN à Mons, en Belgique, qui emploie plusieurs milliers de personnes.

Le domicile et le lieu de travail de la suspecte, au SHAPE, ont été perquisitionnés la semaine dernière, selon un communiqué du parquet fédéral belge. Elle aurait été arrêtée le lendemain pour espionnage et participation à une organisation criminelle.

Les autorités judiciaires belges n'ont pas confirmé l'identité de la personne soupçonnée d'espionnage ni celle de son avocat, déclarant à CBC News qu'elles ne divulguent jamais l'identité des personnes soupçonnées dans des enquêtes en cours, une approche conforme à son respect de la présomption d'innocence, qui doit être garantie en toutes circonstances.

Cependant, en utilisant des techniques d'enquête en sources ouvertes, CBC a fait correspondre la description des autorités belges avec des informations permettant d'identifier Mme Zhang sur ses profils LinkedIn, Facebook et Threads, ainsi que dans son mémoire de maîtrise et une autre affaire portée devant un tribunal fédéral.

Bien que Biwei Zhang semble être son nom légal, elle utilise le nom de Claire Zhang professionnellement et se fait appeler Catina Zhang sur son profil Facebook.

Stages dans des institutions européennes

Dans des messages publiés sur deux groupes Facebook distincts en juillet 2025, Mme Zhang a indiqué qu'elle cherchait une chambre à louer à Mons pour son stage. Elle avait également cherché un logement à Genève en 2023, juste avant un stage à l'Organisation mondiale du commerce – des dates qui correspondent à son expérience professionnelle mentionnée sur son profil LinkedIn.

Ces détails correspondent également aux informations publiées par Reuters en début de semaine, qui identifiaient la femme comme étant Claire Z. Une source a indiqué à Reuters qu'elle travaillait au sein du département informatique de SHAPE, ce qui concorde avec la formation de Mme Zhang en informatique et en ingénierie des systèmes, domaine dans lequel elle a obtenu une maîtrise à l'Université d'Ottawa en 2022.

La source la décrivait également comme non étudiante et dans la trentaine, informations correspondant au profil professionnel de Biwei Zhang. Son nom d'utilisateur Facebook, biwei.zhang.93, laisse entendre également qu'elle serait née en 1993, ce qui lui donnerait 32 ou 33 ans.

Au moment de publier, elle n’avait pas répondu aux questions de CBC news.

Les autorités belges indiquent que l'espionne présumée restera en détention provisoire pendant au moins un mois supplémentaire, le temps que l'enquête se poursuive. Mme Zhang a fait appel de cette décision.

Inquiétudes à Ottawa

Cette affaire soulève des inquiétudes quant à l'efficacité des processus de vérification de sécurité du Canada, incitant le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, à s'engager à enquêter pour savoir si la personne en question a bien travaillé pour des agences canadiennes.

Au final, nous devons aller au fond des choses et veiller à ce que ce genre d'incidents ne se reproduise plus à l'avenir, a déclaré M. Anandasangaree.

Selon son profil LinkedIn, Biwei Zhang a occupé divers postes au sein d'agences fédérales, dont :

  • scientifique des données au Conseil national de recherches du Canada en 2017;
  • économiste à Statistique Canada d'avril 2018 à octobre 2022;
  • ingénieure système à l'Agence spatiale canadienne (ASC) à partir de mai 2022.

Elle mentionne également une expérience comme analyste politique pour l'Agence spatiale européenne et la division de recherche économique et de statistiques de l'Organisation mondiale du commerce, ainsi que des postes au sein de comités miroirs du Conseil canadien des normes, une société d'État qui agit comme la voix du Canada en matière de normes et d'accréditation sur la scène internationale.

Dans un communiqué envoyé par courriel, l'Agence spatiale européenne a déclaré qu'elle appliquait des procédures de sélection standard pour les postes qui ne nécessitent pas d'habilitation de sécurité et qu'elle s'appuyait sur l'autorité de sécurité nationale compétente [pour] mener un processus de vérification complet de la personne concernée lorsque des informations classifiées sont impliquées.

De son côté, l’Agence spatiale canadienne n’a pas répondu à CBC News avant la publication.

Un porte-parole d'Affaires mondiales Canada a déclaré à CBC News que le gouvernement canadien prend la décision finale d'accorder, de refuser ou de révoquer les habilitations de sécurité pour les Canadiens qui souhaitent occuper des postes au sein d'organisations internationales, y compris l'OTAN, à la suite des évaluations de sécurité du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Affaires mondiales Canada a refusé de commenter ce cas précis, car il fait l'objet d'une enquête en cours.

En 2024, Mme Zhang avait également contesté judiciairement une décision de la Commission de la fonction publique du Canada concluant qu'elle avait commis une fraude en postulant sous deux noms et adresses électroniques différents pour un poste à l'Agence des services frontaliers du Canada et en omettant par la suite de préciser qu'elle avait soumis plusieurs candidatures. Un juge fédéral a rejeté l'affaire en août 2024.

Le poste de stagiaire, cheval de Troie des espions

Dan Stanton, ancien agent de renseignements du SCRS, a déclaré à CBC News que, même s'il n'a pas de connaissance directe du dossier, il comprend pourquoi l'OTAN s'inquiète d'éventuelles failles de sécurité.

Il affirme que les stages constituent une excellente porte d'entrée qu'il compare à un talon d'Achille pour une organisation comme l'OTAN.

La plupart des plus grands secrets d'espionnage ne résultent pas du vol de fichiers ou de l'accès à des bases de données. Il s'agit de conversations, d'informations entendues, explique M. Stanton, qui est désormais directeur du programme de sécurité nationale à l'Institut de perfectionnement professionnel de l'Université d'Ottawa.

L’ancien espion considère néanmoins l’enquête contre Mme Zhang comme une bonne nouvelle. Dans le monde du contre-espionnage, ce genre de choses arrive, a-t-il déclaré, c’est la preuve que nos processus fonctionnent.

ici.radio-canada.ca

mercredi 29 juillet 2026

« Entre la France et l’Algérie, en matière d’énergie, c’est “business as usual” »

 

L’Algérie est l’une des grandes puissances gazières de la planète. Pouvez-vous rappeler les caractéristiques de ce statut particulier et la place que cela lui donne sur la scène énergétique mondiale ?

L’Algérie est un pays à la fois pétrolier et gazier, mais c’est surtout un acteur important dans le domaine du gaz naturel : en 2024, elle est le dixième producteur de la planète avec 103 milliards de mètres cubes. Certes, ce n’est pas un « géant », sa part dans la production mondiale ne s’élevant qu’à 2 %, contre 24 % pour les États-Unis, en haut du classement. Toutefois, elle occupe une place non négligeable. C’est encore plus vrai pour les exportations : toujours en 2024, l’Algérie est le huitième exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) et le sixième par gazoduc.

Elle est donc, indiscutablement, un pays gazier majeur, mais ses exportations sont concentrées sur le marché européen, ce qui est logique en raison de la proximité géographique. Depuis longtemps, elle est un grand fournisseur de l’Europe, en particulier de l’Union européenne (UE). À travers la Sonatrach, la compagnie nationale algérienne, elle dispose d’une expérience de plusieurs décennies sur ce marché auquel elle est reliée par deux gazoducs en fonctionnement : le TRANSMED et le MedGaz. Le premier permet à la Sonatrach d’exporter le gaz naturel vers l’Italie en traversant la Tunisie et la Méditerranée. Le second lui ouvre le marché espagnol via Almería. Il existe un troisième gazoduc, le Maghreb-Europe (GME), mais il est à l’arrêt depuis le 1er novembre 2021, quand, la veille, Alger a décidé de ne pas reconduire le contrat d’exploitation. La Sonatrach s’appuie aussi sur ses usines de GNL situées à Arzew et à Skikda, sur la côte. Cette diversité d’infrastructures gazières tournées vers l’exportation constitue un atout majeur. Si l’Algérie est surtout un fournisseur de l’Europe méditerranéenne (Italie, Espagne, France, Turquie, Grèce), elle a également réalisé des percées en direction de pays d’Europe centrale et orientale, ainsi que de l’Allemagne.

L’un des grands défis de l’Algérie est de faire face à l’augmentation de la consommation interne et de rester en même temps un exportateur important. Tout producteur d’énergie cherche d’abord à répondre aux besoins de sa population, de son industrie et de son économie avant d’exporter. L’Algérie conjugue les deux depuis longtemps, mais cela pourrait devenir plus difficile, voire impossible, selon certaines projections de la demande gazière interne à moyen et à long terme. La Sonatrach s’efforce de maintenir la capacité d’extraction du plus grand champ gazier algérien, Hassi R’mel. L’ajout d’unités de compression doit permettre de stabiliser la production de ce gisement à 188 millions de mètres cubes par jour. Le développement et l’exploitation d’autres sites figurent également parmi les priorités, de même que l’intensification de l’exploration, menée à la fois par la Sonatrach et par les compagnies étrangères associées à ses projets, afin de favoriser de nouvelles découvertes. Pour le gaz naturel comme pour le pétrole, tout commence par l’exploration, ce qui suppose de rester suffisamment attractif pour les investisseurs étrangers. C’est aussi une priorité pour les responsables algériens.

Ce panorama ne serait pas complet sans évoquer le gaz de schiste. Selon l’U.S. Energy Information Administration, l’Algérie disposerait des troisièmes réserves mondiales, derrière la Chine et l’Argentine, mais devant les États-Unis. Il faut toutefois considérer ce classement avec prudence, car il repose sur des études menées dans environ 45 pays, sans travaux d’exploration, et il concerne des ressources techniquement récupérables, ce qui signifie que ce n’est pas forcément économiquement viable. Il ne fait guère de doute, néanmoins, que l’Algérie dispose d’un fort potentiel dans ce domaine. Plusieurs compagnies étrangères ont manifesté leur intérêt pour la recherche de ces ressources, dont les deux géants américains ExxonMobil et Chevron. Au printemps 2024, ils ont signé séparément avec la Sonatrach des protocoles d’accord portant sur des zones susceptibles d’être riches en gaz non conventionnel. Mais, à ce jour, cela n’a débouché sur aucun contrat.

Que représente la rente gazière et pétrolière pour les autorités d’Alger ? Dans quelle mesure est-elle une « arme » de politique intérieure, mais aussi de diplomatie ?

′′′ La rente générée par le secteur des hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) est d’une importance capitale pour l’Algérie. Chaque année, les hydrocarbures représentent 90 % des exportations totales du pays (47,38 milliards de dollars en 2024). Cette proportion est considérable, bien qu’en légère baisse, puisqu’il n’y a pas si longtemps, elle s’élevait plutôt à 95 %. Les recettes issues de ces exportations permettent à l’Algérie de financer ses importations (44,29 milliards de dollars). Les principaux postes d’achat concernent les produits alimentaires, les biens de consommation, les produits semi-finis et les équipements industriels.

La rente des hydrocarbures sert également à soutenir des programmes essentiels pour la population, ainsi qu’un système de subventions coûteux mais précieux pour la stabilité du pays et du régime. Les revenus de ce secteur stratégique sont estimés à environ 45 % du budget. De plus, le poids de l’Algérie sur la scène internationale dépend en partie de ses atouts pétroliers et gaziers, notamment vis-à-vis de l’UE.


Depuis la guerre en Ukraine, les sanctions contre la Russie ont poussé les Européens à diversifier leurs fournisseurs. L’Algérie est-elle une alternative viable à long terme ?

′′′ Quelques semaines après l’agression russe contre l’Ukraine, lancée le 24 février 2022, l’UE a décidé de se passer totalement de toutes les énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz naturel) en provenance de la Russie, et ce au plus tard (pour le gaz) d’ici à la fin de 2027. L’UE a déjà réduit d’environ 90 % ses importations pétrolières issues de la fédération russe et, pour le gaz naturel, la part russe ne représentait plus que 19 % des approvisionnements européens en 2024, contre 40 % en 2021.

L’objectif est clair, mais, pour y parvenir dans le délai prévu, il faut aller chercher des ressources ailleurs. Pour le pétrole, l’UE se tourne surtout vers l’Amérique du Nord, le Moyen-Orient et l’Afrique. Pour le gaz naturel, les Européens sont allés jusqu’au bout du monde depuis 2022 pour conclure de nouveaux accords. L’Algérie figure parmi les principaux fournisseurs de l’UE (14,4 % en 2024). Dans ce contexte, l’Italie a été la plus rapide, puisque le groupe ENI a signé dès le printemps 2022 un contrat avec la Sonatrach pour augmenter les livraisons via le TRANSMED. Depuis, d’autres engagements ont suivi avec des membres de l’Union : citons, sans être exhaustif, la République tchèque, la Slovénie et l’Allemagne. Le Royaume-Uni est également concerné.

L’Algérie apporte donc sa contribution à la volonté de l’UE de diversifier ses approvisionnements gaziers. Mais cela ne permet de régler qu’une petite partie du problème. L’UE a besoin d’importer du gaz de nombreux pays pour se passer complètement, à terme, du géant russe. En 2024, on retrouve parmi les autres principaux fournisseurs la Norvège (33,4 %), les États-Unis (16,5 %), le Qatar et l’Azerbaïdjan (4,3 % chacun).

Fin 2021, l’Algérie a suspendu les livraisons de gaz par le GME, qui passe par le Maroc. Quelles ont été les conséquences d’une telle décision ? Le MedGaz et le TRANSMED sont-ils capables de combler le manque ?

′′′ Le GME a été arrêté par l’Algérie le 1er novembre 2021, après la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc survenue durant l’été 2021. Une telle mesure pouvait, a priori, pénaliser toutes les parties concernées : l’Algérie (fournisseur), le Maroc (territoire de transit) et l’Espagne (importateur). Dans les faits, ces trois pays ont trouvé des solutions pour gérer ce problème.

L’Algérie a fermé l’un des trois gazoducs la reliant à l’UE, mais elle a augmenté la capacité de transport du MedGaz, qui dessert lui aussi l’Espagne, et elle dispose d’usines de liquéfaction qui lui permettent d’exporter davantage de GNL vers l’Europe. Outre ces deux éléments, l’Espagne peut s’approvisionner en GNL auprès d’autres exportateurs, dont les États-Unis, car elle est bien dotée en terminaux de réception et de regazéification. Le Maroc, pour sa part, a perdu les droits de transit qui lui étaient dus pour le transport de gaz algérien vers l’Espagne, et il ne peut plus acheter du gaz algérien, lequel alimentait deux centrales thermiques via le GME. Il a fallu recourir à d’autres sources d’énergies fossiles pour faire fonctionner ces sites, ou importer directement de l’électricité. En accord avec Madrid, Rabat a par ailleurs utilisé « à l’envers » le GME, de la façon suivante : l’Espagne a importé du GNL, l’a regazéifié sur son territoire, puis l’a injecté dans le gazoduc afin de l’acheminer vers le Maroc. À moyen terme, le Maroc compte importer lui-même du GNL et poursuivre son programme d’énergies renouvelables pour accroître sa production électrique domestique. On évoque aussi à Rabat le possible développement du champ gazier offshore d’Anchois, mais la décision d’investissement n’a pas encore été prise par les opérateurs du permis concerné, Chariot Limited et son partenaire, l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM).

En somme, tout le monde a réussi à se passer du GME. La principale « victime » de cette fermeture est la coopération énergétique entre les pays du Maghreb. Ce gazoduc était l’un des rares succès en la matière. Il a bien fonctionné pendant vingt-cinq ans, entre 1996 et 2021, en dépit des mauvaises relations entre l’Algérie et le Maroc.

Comment analysez-vous la « guerre du gaz » entre l’Algérie et le Maroc, notamment avec leurs projets concurrents de gazoduc relié au Nigeria ? Quelle est leur viabilité ?

′′′ Chacun de ces deux pays porte un projet de gazoduc présentant plusieurs points communs : le gaz naturel proviendrait du Nigeria, en totalité ou en partie, et l’infrastructure desservirait l’UE. Le plus ancien de ces projets, promu par Alger, est le gazoduc transsaharien (TSGP). Le tracé envisagé est simple : Nigeria, Niger, Algérie et, de là, le gaz serait transporté vers l’Europe via les gazoducs existants reliant Hassi R’mel à l’Italie et à l’Espagne. Le second est le gazoduc Afrique Atlantique (GAA), un ouvrage principalement offshore reliant le Nigeria au Maroc et à l’Espagne, en longeant l’Afrique de l’Ouest. Il a pour but de fournir du gaz à plusieurs pays africains et à l’UE, alors que le TSGP vise uniquement l’Europe.

Une chose est certaine : il n’y a pas de place pour ces deux projets en même temps, pour des raisons liées au financement et aux marchés. Autrement dit, il y en aura un seul ou… aucun. En apparence, le TSGP est plus simple, car il implique seulement trois pays, mais l’Algérie et le Nigeria le soutiennent depuis une vingtaine d’années sans succès. La dégradation de la situation politique et sécuritaire dans le Sahel, ainsi que les relations tendues entre Alger et ses voisins du sud sont autant d’éléments qui rendent difficile, à court et à moyen terme, la relance de ce projet, pourtant souhaitée du côté algérien. Quant au GAA, il a connu des avancées, notamment grâce à l’action d’Abuja et de Rabat, mais les questions clés relatives aux débouchés et au financement n’étaient pas encore résolues début novembre 2025.

Quelle est la politique énergétique de l’Algérie vis-à-vis des États sahéliens (Mali, Niger, Burkina Faso), en froid avec Paris ?

′′′ Réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ces trois pays sont certes en froid avec la France, mais aussi avec l’Algérie. Entre Alger et Bamako, les relations sont même exécrables. Par exemple, fin septembre 2025, à l’ONU, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga (depuis 2024), a accusé l’Algérie d’être la « championne de la promotion du terrorisme » et une « exportatrice de terroristes ». Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf (depuis 2023), a rétorqué que son interlocuteur était un « faux poète, mais un vrai putschiste », un « soudard » au « bavardage de caniveau ». Le Burkina Faso et le Niger ont resserré leurs rangs avec le Mali. Dans un tel climat, les conditions ne sont pas réunies pour un développement des relations économiques et énergétiques entre l’Algérie et l’AES. Il y a même des rumeurs de retrait du Niger du projet TSGP, mais la prudence s’impose. En effet, début 2025, les autorités de Niamey ont salué l’apport de la Sonatrach à une coopération entre les deux pays dans les domaines pétrolier et pétrochimique. Il y a donc beaucoup d’incertitudes autour de ces sujets, et il faudra attendre pour y voir plus clair. 

Dans les échanges (et les tensions) entre la France et l’Algérie, que représente le gaz ? Quels sont les grands secteurs économiques liant les deux pays ?

′′′ En 2024, le gaz algérien constitue 11 % des importations françaises de gaz naturel, dominées par la Norvège (40 %), les États-Unis (21 %) et la Russie (18 %). Du côté algérien, la France absorbe 29 % des exportations de GNL de la Sonatrach et 11 % de ses exportations gazières totales. Dans les deux cas, c’est significatif, mais finalement pas très important.

En dépit des relations difficiles entre Alger et Paris, les échanges énergétiques se poursuivent dans le cadre de contrats respectés par les deux parties. TotalEnergies est l’un des partenaires majeurs de la Sonatrach en Algérie, avec sa participation à l’exploitation de plusieurs champs gaziers et pétroliers. Et, en juin 2025, le groupe français a fait son entrée sur un nouveau permis d’exploration, en association avec la Sonatrach et ­QatarEnergy, à la suite d’un appel d’offres international. Il s’agit d’Ahara, un vaste permis d’une superficie de 14 900 kilomètres carrés, situé à la jonction des bassins de Berkine et d’Illizi, dans le sud-est algérien, au nord de la ville d’In Amenas. Autrement dit, en matière d’énergie, c’est « business as usual ».

Dans les échanges commerciaux franco-algériens, les hydrocarbures représentent la plus grande partie des importations de la France. Ce n’est pas une surprise, puisque le pétrole et le gaz naturel pèsent pour 92 % des exportations algériennes en 2024. Les Français envoient en Algérie des produits industriels, des matériels de transport, des équipements mécaniques, électriques et électroniques, ainsi que des produits agricoles et alimentaires. Ces dernières années, ces échanges bilatéraux ont généré un excédent commercial en faveur de l’Algérie. Là encore, c’est le poids des hydrocarbures qui domine.

Guillaume Fourmont

Francis Perrin

areion24.news