"Qui a le savoir, a le pouvoir"
dimanche 5 avril 2026
samedi 4 avril 2026
Les médias scandalisent le contenu d’un téléphone du ministre hongrois des Affaires étrangères
Le véritable scandale réside dans l’opération d’écoute d’un service de renseignement occidental
Le Washington Post a récemment publié, en texte et en audio, des conversations téléphoniques du ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó. Le contexte en est les élections en Hongrie, lors desquelles surtout les milieux de gauche aux États-Unis et les responsables politiques de l’UE ont intérêt à un échec du gouvernement de Viktor Orbán. Car il s’agit d’un choix fondamental d’orientation, qui est particulièrement important pour Bruxelles et pour les démocrates américains: doit-on résoudre les immenses problèmes de l’Europe avec toujours plus d’UE – ou plutôt par un certain transfert de pouvoir en retour vers les États-nations.
Ce qui est scandaleux, ce n’est pas le contenu anodin des conversations du ministre des Affaires étrangères Szijjártó, par exemple avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Il s’agissait d’un échange au sujet d’hommes d’affaires sanctionnés par l’Occident, parmi lesquels – comme le montrent aussi des exemples de Russes vivant en Suisse – se trouvent effectivement des cas d’injustices criantes.
Ce qui est scandaleux, c’est que des enregistrements audio et des transcriptions d’appels téléphoniques confidentiels d’un ministre hongrois se retrouvent dans les médias. Les auteurs sont, sans le moindre doute, des services de renseignement – et en aucun cas un « collectif de recherche », comme la NZZ veut nous le faire croire. Le fait que des conversations téléphoniques datant déjà d’août 2024 refassent surface précisément juste avant les élections hongroises ne mérite pas la moindre réflexion critique de la part du journal.
La NZZ n’exprime pas le moindre mot de remise en question à propos de telles méthodes d’écoute visant un prétendu partenaire de la « communauté de valeurs occidentale ». Elle se contente de critiquer les échanges entre la Hongrie, son gouvernement et la Russie. Et le fait que le cabinet de Viktor Orbán soit sceptique à l’égard de la politique de l’Ukraine et de son président Volodymyr Zelensky.
Que les services de renseignement occidentaux posent même des micros chez des partenaires de l’UE et des prétendus amis de l’OTAN n’a rien de nouveau. Même l’administration américaine, soi-disant si douce, de Barack Obama avait à l’époque mis sur écoute en secret la chancelière allemande Angela Merkel. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que les services de renseignement transmettent mot pour mot ce qu’ils ont intercepté à des journalistes. Et ce qui est nouveau, c’est que les grands médias suisses considèrent cela comme absolument normal et irréprochable sur le plan éthique.
Christoph Mörgeli
Pourquoi l'Iran ne lâchera pas le détroit d'Ormuz
Vendredi 3 avril, Donald Trump a écrit sur Truth Social : «Encore un peu de temps et nous OUVRIRONS FACILEMENT LE DÉTROIT D'ORMUZ, PRENDRONS LE PETROLE ET FERONS UNE FORTUNE».
Le lendemain, l'agence Reuters, citant trois sources au sein de la communauté du renseignement, a publié un article qui contredisait directement cet optimisme.
Ce que disent des analystes que Trump n'a pas consultés
Selon Reuters, le renseignement américain avertit : l'Iran ouvrira difficilement le détroit dans un avenir proche, car le contrôle de celui-ci est en réalité le seul véritable levier de pression de Téhéran sur Washington. Tant que ce levier restera entre les mains de l'Iran, il disposera d'un motif pour négocier. Dès qu'il disparaîtra, le sens de tout dialogue s’évaporera également.
Les analystes de Defense News soulignent la dimension militaire : les capacités actuelles de la défense côtière iranienne rendent une opération d'ouverture du détroit «qualitativement plus difficile» que celle de 1988 lors de l'opération Praying Mantis. À l'époque, les États‑Unis avaient détruit une partie importante de la flotte iranienne en un jour. Aujourd'hui, la donne est différente.
«C'est une simple opération militaire avec peu de risques»
Donald Trump, Truth Social, 3 avril 2026. Les alliés de l'OTAN, qu'il a qualifiés de «lâches» pour avoir refusé d'aider, n'ont pas partagé son appréciation.
Un problème distinct est celui des mines. Comme l'a révélé le Christian Science Monitor, la marine américaine a réduit pendant des années le financement des chasseurs de mines : le programme de rééquipement par des Littoral Combat Ships avait échoué dès 2022 selon un rapport du GAO. Actuellement, les alliés ne se pressent pas pour combler cette lacune.
Le détroit fermé, qui compte l'argent
Environ un cinquième du pétrole mondial transite par le détroit d'Ormuz. Depuis le début du conflit le 28 février, le trafic est en pratique à l'arrêt. Le pétrole de grade Dubai a atteint un record à 166 $ le baril le 19 mars ; le Brent s'est stabilisé au‑dessus de 114 $.
Le plus grand bénéfice est revenu à la Russie. D'après Euronews, seules les deux premières semaines après le début des frappes, Moscou a gagné 7,7 milliards d'euros sur les combustibles fossiles — 513 millions d'euros par jour contre 472 millions d'euros en février. Le centre de recherche CREA a calculé qu'au bout de 24 jours après le début du conflit, les recettes d'exportation quotidiennes de la Russie avaient augmenté de 20 % par rapport au niveau de février d'avant‑guerre. Le Financial Times a directement qualifié la Russie de «principal vainqueur» de la guerre iranienne.
Paradoxe que Washington a géré lui‑même : pour apaiser les marchés, l'administration Trump a temporairement levé les sanctions sur 30 pétroliers russes transportant environ 125 millions de barils. Parallèlement, les États‑Unis et leurs alliés ont annoncé une libération record de réserves stratégiques — 400 millions de barils.
- Les recettes pétrolières quotidiennes de la Russie ont augmenté d'environ 150 millions de dollars après le début du conflit (Financial Times)
- Le déficit budgétaire de la Fédération de Russie au début de 2026 était d'environ 35 milliards de dollars «le vent en poupe» iranien permet à Poutine de reporter des coupes budgétaires impopulaires
- La Réserve fédérale de Dallas estime : un détroit fermé réduira la croissance mondiale du PIB de 2,9 points de pourcentage en rythme annuel au deuxième trimestre
L'Iran négocie, mais avec quoi exactement
L'ancien ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, qui avait conclu l'accord nucléaire de 2015 avec l'administration Obama, a publié un article proposant : Téhéran limiterait son programme nucléaire et ouvrirait Ormuz — en échange de la levée de toutes les sanctions. Foreign Policy décrit cette initiative autrement : une tentative de convertir des revers militaires en gains diplomatiques via un accord bilatéral étroit États‑Unis–Iran, qui laisserait de côté les intérêts du Golfe Persique.
Autrement dit, la structure des négociations est la suivante : le détroit n'est pas une concession de l'Iran, mais son principal produit mis sur la table. Plus il restera fermé longtemps, plus le prix de son ouverture sera élevé.
Qu'est‑ce que cela signifie pour l'Ukraine
Pour Kyiv, l'arithmétique est simple et peu réjouissante : chaque jour où le détroit reste fermé représente un milliard d'euros supplémentaires par semaine dans les caisses du Kremlin. C'est cet argent qui permet à Poutine de financer la guerre sans les remous politiques internes qu'entraîneraient des réductions des dépenses sociales. L'Atlantic Council appelle directement l'Occident à durcir la pression des sanctions sur la Russie parallèlement au conflit iranien sinon la fenêtre d'opportunité pour comprimer le budget de Poutine se refermera en même temps que les efforts diplomatiques autour d'Ormuz.
Si Washington conclut un accord avec Téhéran selon la formule de Zarif le détroit s'ouvrira, le pétrole baissera, et la Russie perdra sa prime iranienne. Mais si les négociations s'éternisent ou échouent, et que le détroit reste fermé pendant des mois, le budget du Kremlin recevra un renflouement que les sanctions de 2022–2025 n'ont pas réussi à étouffer.
La question n'est pas de savoir si les États‑Unis pourront ouvrir Ormuz par la force. La question est de savoir si Téhéran acceptera de l'ouvrir lui‑même et à quel prix : si Trump est prêt à lever des sanctions en échange de restrictions nucléaires, cet accord pourrait se révéler plus avantageux pour l'Iran que pour tous les autres acteurs du conflit.
Tetiana Suchkova-Ladik
vendredi 3 avril 2026
Le Pentagone annonce le départ soudain du chef d'état-major de l'armée de terre américaine
Le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a obtenu le départ immédiat du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Randy George. Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, de nombreux hauts gradés ont été poussés vers la sortie, faisant craindre une politisation de l'armée aux États-Unis.
Le général Randy George "va quitter ses fonctions de 41e chef d'état-major de l'armée de terre, avec effet immédiat", a écrit sur X Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, lui souhaitant "une belle retraite". L'intérim est assuré par le chef d'état-major adjoint, Christopher LaNeve.
Sean Parnell ne donne pas la raison du départ soudain de ce très haut gradé. CBS News, qui a révélé l'information, cite un responsable américain anonyme affirmant que Pete Hegseth souhaite nommer à sa place quelqu'un qui pourra appliquer la vision de Donald Trump et de son ministre pour l'armée de terre.
Le général Randy George, diplômé de la prestigieuse académie militaire de West Point, qui a servi en Irak et en Afghanistan, avait été nommé à ce poste en 2023, sous le mandat du président démocrate Joe Biden.
Une série de limogeages
Il s'agit d'un départ forcé de plus chez les plus hauts gradés de l'armée américaine depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. Le président américain avait, sans explication, limogé début 2025 Charles "CQ" Brown, le chef d'état-major des armées, pour le remplacer par Dan Caine.
Depuis, ce sont les chefs de la marine, des garde-côtes, de l'agence d'espionnage NSA, ainsi que de nombreux autres, qui ont été poussés vers la sortie par le gouvernement de Donald Trump. Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde.
Des parlementaires de l'opposition démocrate se sont inquiétés d'une potentielle politisation de l'armée, traditionnellement plus isolée des batailles politiciennes que le reste de l'appareil d'Etat américain.
AFP
Epic Fury : L’US Air Force a perdu un F-15E au-dessus de l’Iran
«On ne ment jamais tant qu’avant les élections, pendant la guerre et après la chasse», disait Georges Clemenceau. Aussi faut-il prendre les informations livrées par les belligérants d’un conflit avec d’autant plus de prudence que les possibilités offertes par l’intelligence artificielle sont susceptibles d’être exploitées à des fins de manipulation.
Ceci rappelé, ce 3 avril, les médias d’État iraniens ont affirmé que le Corps des gardiens de la révolution [IRCG] venait d’abattre un chasseur-bombardier F-35 américain, engagé dans l’opération «Fureur épique», dans le centre du pays. Et cela grâce à un «nouveau système de défense aérienne».
Quelques heures plus tôt, l’agence de presse semi-officielle Tasnim avait diffusé une vidéo censée montrer un «chasseur ennemi sophistiqué américano-israélien» [sous-entendu : un F-35] être abattu par un «système naval avancé de défense aérienne» au-dessus de l’île de Qeshm. Seulement, sur les images, on voit un F-15 faire une manœuvre d’évitement en larguant des leurres… mais pas l’impact d’un quelconque missile sol-air sur l’appareil.
L’US CENTCOM, c’est-à-dire le commandement américain pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, avait immédiatement réagi en publiant un court message pour nier la perte d’un avion de combat dans les environs de l’île de Qeshm, située dans le détroit d’Ormuz.
«Tous les avions de chasse américains sont pris en compte. Les gardiens de la révolution iraniens ont formulé la même affirmation mensongère au moins une demi-douzaine de fois», a fait valoir l’US CENTCOM.
Aussi, il est probable que la vidéo diffusée par l’agence Tasnim n’ait rien à voir avec le F-35 supposément abattu par l’IRCG dans le centre de l’Iran. S’agissant de ce dernier, les médias iraniens ont produit des photographies de débris pour appuyer leurs affirmations. Seulement, après analyse, il s’avère qu’il s’agit de morceaux provenant d’un F-15E Strike Eagle.
En effet, la bande rouge et l’insigne figurant sur les restes d’une dérive retrouvés dans le périmètre où est se serait écrasé l’appareil en question suggèrent qu’il s’agissait d’un F-15E appartenant au 494e escadron de combat, habituellement basé à Lakenheath, au Royaume-Uni.
Évidemment, l’hypothèse que ces photographies puissent provenir d’un autre site où un F-15E Strike Eagle s’est écrasé n’est pas à écarter.
Pour rappel, au début de l’opération «Fureur épique», trois F-15E, dont un du 494e escadron, ont été abattus, a priori par erreur, par un F/A-18 Hornet koweïtien. Cependant, la géographie de la zone où ces clichés ont été pris ne correspond pas à celle du Koweït.
Peuvent-elles provenir d’un autre accident ayant impliqué un F-15E du 494e escadron ? La dernière fois que cette unité a perdu l’un de ses appareils au combat remonte au 22 mars 2011, dans la région de Benghazi [Libye]. À l’époque, l’US Air Force avait évoqué un «problème technique» et non un tir hostile. Son pilote et son navigateur avaient pu s’éjecter à temps. Mais les images du secteur où cet appareil s’était écrasé ne correspondent nullement à celles provenant d’Iran.
Quoi qu’il en soit, d’autres photographies non encore authentifiées ont été diffusées par la suite. L’une d’elles montre un siège éjectable de type ACES II [le modèle qui équipe le F-15E]. D’autres suggèrent qu’une mission CSAR [Combat Search and Rescue] a été lancée par l’US Air Force pour tenter de retrouver l’équipage de l’appareil.
Prises dans la région de Kohguilouyeh-et-Bouyer-Ahmad, dans le sud de l’Iran, elles montrent un C-130J Hercules [ou, plus précisément, un HC-130J Combat King] ainsi que deux hélicoptères HH-60 dédiés aux missions CSAR.
Si la véracité de ces clichés est confirmée, alors cela signifierait qu’un F-15E a bel et bien été perdu par l’US Air Force… Mais pas forcément qu’il a été abattu par un système antiaérien iranien [ce qui serait une première depuis le début de l’opération «Fureur épique». En tout cas, le fait qu’une mission CSAR ait été lancée suggère qu’au moins l’un des deux membres de son équipage a donné un signe de vie. Probablement que l’US CENTCOM attend que celle-ci soit achevée pour confirmer la perte d’un F-15E.
Un membre d’équipage a été secouru vivant ; les recherches se poursuivent pour retrouver le second
Un membre d’équipage américain, dont l’avion de chasse a été abattu au-dessus de l’Iran plus tôt dans la journée, a été secouru vivant, ont annoncé des responsables américains et israéliens.
« Un membre d’équipage de l’avion abattu a été secouru par les forces américaines », rapporte CBS News, citant deux responsables américains.
Un responsable israélien a également confirmé aux médias israéliens qu’un membre d’équipage avait été secouru.
Les recherches se poursuivent pour retrouver le second membre d’équipage.
Ce même responsable israélien a aussi indiqué que l’armée de l’air israélienne avait suspendu ses frappes aériennes dans les zones iraniennes où se déroulent les recherches.
Un responsable américain avait confirmé plus tôt qu’un avion de chasse avait été abattu au-dessus de l’Iran et qu’une opération de recherche et de sauvetage était en cours pour retrouver d’éventuels survivants.