Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

jeudi 28 mai 2026

Eaux du Nil : le grand barrage de la discorde

 

Source de tensions entre l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie, le Grand Barrage de la Renaissance a été inauguré le 9 septembre 2025. Le Caire et Khartoum dénoncent les excès d’une infrastructure qui aggrave leur hydrovulnérabilité. Sans un accord durable sur le partage des eaux du Nil, une « guerre de l’eau » n’est pas à exclure dans une région où cette ressource est vitale pour la consommation humaine et surtout pour l’économie.

Le contrôle des eaux du Nil est une source de conflits entre les pays qui composent son bassin versant (3,2 millions de kilomètres carrés). Dès 1929, l’Égypte bénéficie d’un droit de veto exclusif (accordé par le Royaume-Uni, alors que le pays arabe était indépendant depuis sept ans) empêchant toute construction en amont de son territoire, tant sur le Nil Blanc (15 % des eaux du bassin) que sur le Nil Bleu (85 %), dont la confluence se situe à Khartoum. Après les accords de 1959 entre le Soudan et l’Égypte sur un partage des eaux, toujours en faveur du Caire (deux tiers des eaux), et la construction du barrage d’Assouan (mis en service en 1970), les revendications des pays d’amont, ignorés par les accords précédents, ont permis d’aboutir à l’Initiative du bassin du Nil (1999), dont l’ambition était de repenser le partage des eaux du fleuve. Mais face à l’intransigeance hydrohégémonique de l’Égypte, l’Éthiopie, la Tanzanie, l’Ouganda, le Rwanda, puis le Kenya et le Burundi décidèrent de s’affranchir de la tutelle du Caire en 2010 (accords d’Entebbe).

L’édifice de la démesurée

C’est dans ce contexte conflictuel que l’Éthiopie entreprend, en avril 2011, de manière unilatérale, la construction d’une gigantesque infrastructure : le Grand Barrage de la Renaissance. Situé sur le Nil Bleu, à une quinzaine de kilomètres de la frontière avec le Soudan, ce barrage est celui de la démesure : 170 mètres de haut, 1 800 de long, une centrale hydroélectrique d’une puissance de 5 150 mégawatts (l’équivalent de cinq centrales nucléaires) et un lac de retenue de 74 milliards de mètres cubes couvrant une superficie d’environ 1 700 kilomètres carrés. Malgré la « déclaration de principe » signée à Khartoum en 2015, qui entérinait la construction, l’Égypte et le Soudan dénoncent une baisse du débit du fleuve, alors que le remplissage du réservoir a été finalisé en septembre 2023. Le Soudan redoute un impact sur son agriculture irriguée et ses barrages, qui risquent d’être moins bien alimentés. Quant à l’Égypte, hydrovulnérable, c’est une question de sécurité nationale, ses ressources en eau dépendant à 97 % du Nil.

Pour les autorités éthiopiennes, les enjeux sont multiples. Le Grand Barrage de la Renaissance, dont la production d’électricité a commencé en février 2022, constitue un objet géopolitique, économique et symbolique majeur pour un pays désireux de s’affirmer comme puissance régionale. Car le « tigre » africain, qui a connu l’une des croissances économiques les plus fortes du continent depuis vingt ans, manque d’électricité : le barrage devrait fournir de l’énergie à l’ensemble de la population (130,3 millions d’habitants en 2024). Selon Addis Abeba, il n’aura qu’une fonction énergétique, et les eaux retenues ne devraient pas être utilisées pour l’irrigation des terres, ce qui devrait dissiper les craintes du Soudan et de l’Égypte quant à la régularité du débit du fleuve.

Un renversement du rapport de force hydropolitique

La principale question portait sur les modalités de remplissage du réservoir. Alors que l’Égypte espérait un processus étalé sur une quinzaine d’années, l’Éthiopie a réussi à le réaliser avant l’échéance souhaitée de 2024. Car plusieurs événements ont redistribué les cartes dans le rapport de force régional : le renversement d’Omar al-Bachir (1989-2019) en avril 2019 a permis la normalisation des relations entre Khartoum et Le Caire, ainsi qu’un alignement sur les positions du président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi (depuis 2014), alors que le Soudan soutenait jusque-là l’Éthiopie. Mais le discours ferme et nationaliste du Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed (depuis 2018), qui a laissé peu de place au compromis, s’est renforcé après la victoire des forces du gouvernement fédéral sur celles du Tigré en 2022, mettant fin à deux ans de guerre. Il a en outre obtenu l’appui du Soudan du Sud.

La construction du barrage a également suscité des tensions internes. Des dizaines de milliers de paysans ont été déplacés, certains considérant avoir été mal indemnisés. Le coût du projet devrait dépasser 8 milliards d’euros, soit le double de l’estimation initiale, obligeant l’État éthiopien à effectuer des retenues sur les salaires des fonctionnaires, à organiser des loteries populaires et à vendre des terres agricoles à des investisseurs étrangers, provoquant le mécontentement d’une partie de la population. Les incompétences techniques des entreprises éthiopiennes ont contraint les autorités à faire appel à l’expertise chinoise, renforçant les soupçons de corruption qui pèsent sur les élites.

Depuis 2019, on assiste à une internationalisation de cette hydroconflictualité régionale. Après l’échec des médiations des grandes puissances (Russie, États-Unis) ou des Émirats arabes unis, les pays du Nil se sont tournés vers les organisations internationales (Banque mondiale, Union africaine, ONU), en vain. Face à l’intransigeance de l’Éthiopie, un accord est peu probable, la dernière tentative, en décembre 2023, ayant échoué. Le statu quo s’impose, laissant planer la menace d’un conflit armé. 

Le Grand Barrage de la Renaissance et les eaux du Nil


Éric Janin

Laura Margueritte

areion24.news

Aux États-Unis, les forces de l’ordre alertent contre un « extrémisme anti-technologie »

 

Aux niveaux local et fédéral des États-Unis, différents services de renseignement et de maintien de l’ordre surveillent de plus en plus les mouvements d’opposition à l’intelligence artificielle ou à l’édification de certains centres de données. Un service évoque même la possibilité d’un « extrémisme anti-technologie », aux caractéristiques floues.

À force d’inquiétude généralisée envers les effets de l’intelligence artificielle (IA) sur les emplois, de manifestations contre des centres de données et d’attaques contre le domicile de Sam Altman, les forces de l’ordre états-uniennes discutent d’un nouveau risque : l’extrémisme anti-technologie. C’est du moins l’image qu’un rapport non publié du ministère de la Sécurité intérieure local, obtenu par Wired, dessine.

L’arrestation en février 2025 de Ziz Laota, accusée d’avoir mené un groupe à la manière d’une secte, pourrait accréditer la thèse de l’existence d’un tel extrémiste. Surnommés les « Zizians » dans les médias états-uniens, ce groupe d’ingénieurs obsédés par les risques existentiels de l’IA est en effet suspecté d’avoir causé au moins six morts.

En l’état, cela dit, le concept d’« extrémisme anti-tech » est proposé avec une définition si vague que certains experts craignent une instrumentalisation. Les mouvements d’opposition au déploiement de l’IA ou à l’expansion de son infrastructure se multiplient à travers les États-Unis, alors que certains sondages estiment à 71 % la part des Américains opposés à la construction de nouveaux centres de données. Mais le gouvernement Trump s’est fait l’ardent promoteur de cette industrie.

Des catégories floues

De fait, cette nouvelle catégorie d’extrémisme surveillée par le FBI et les services antiterroristes états-uniens apparaît quelques mois seulement après que Donald Trump a déclaré que l’antifascisme était une forme de terrorisme, et ordonné au ministère de la Justice de réprimer les personnes démontrant des opinions « anti-américaine », « anti-chrétienne » et « anti-capitaliste ».

Alors que la stratégie antiterroriste publiée mi-mai (.pdf) par son administration place l’extrémisme d’extrême-gauche parmi les trois priorités antiterroristes du pays, des documents de travail du Bureau new-yorkais du renseignement et de la lutte contre le terrorisme introduisent ce fameux concept d’« extrémisme violent anti-tech » sans le définir précisément. Si l’expression n’apparaît pas pour le moment dans les documents émis par le FBI ou le ministère de la Sécurité intérieure, ces fichiers trahissent une attention accrue portée aux mouvements critiques de l’industrie de l’IA à travers le pays.

Le rapport de la police new-yorkaise fait notamment suite à un travail conjoint mené avec le FBI dans le cadre d’une enquête sur des « acteurs anarchistes extrémistes violents ». Ailleurs, à travers les États-Unis, les centres dédiés à faire le lien entre agences de renseignement fédérales et forces de l’ordre locales collectent quant à eux de l’information sur les mouvements qui s’inquiètent de l’avancée de l’IA, ou sur des menaces présumées contre des centres de données.

En Virginie du Nord, l’un de ces centres catégorise comme démonstration de risque de violence des comportements vagues. Dans son rapport, Wired relève que des activités comme des « menaces exprimées ou implicites », « l’observation ou la surveillance », la « photographie », le « test des dispositifs de sécurité » et les « tentatives d’intrusion » sont toutes citées comme de potentielles démonstrations d’extrêmisme.

En mars, un autre de leurs rapports démontrait une surveillance accrue de manifestations protégées par la Constitution des États-Unis. Ainsi de rassemblements anti-Tesla, ou d’une manifestation titrée « Break Up with Red Rager » organisée par un groupe d’activistes visant à stopper les investissements dans le fabricant d’arme israélien Elbit.

Inévitabilité de l’IA contre mobilisations citoyennes

Conseiller juridique du Fonds de défense juridique de la NAACP, une organisation de défense des droits civiques, Spencer Reynolds estime auprès du magazine que ce type de « rapport d’activités suspectes sont incroyablement peu fiables : ils concernent souvent des comportements vagues ou innocents et sont établis selon des critères très laxistes », avec le risque de laisser les agents « y projeter leurs propres préjugés ». Le FBI, lui, déclare simplement enquêter sur les personnes qui « commettent ou ont l’intention de commettre des actes de violence » ou « représentent une menace pour la sécurité nationale ».

En 2023, le capital-risqueur et cofondateur du fonds Andreessen Horowitz Marc Andreessen tenait un discours qui peut désormais se lire comme annonciateur de la tendance visible au sein des forces de l’ordre états-uniennes. « Toute décélération de l’IA coûterait des vies », affirmait-il dans son « manifeste techno-optimiste ». Depuis, nombreux sont les dirigeants de sociétés constructrices ou financeuses du développement de l’IA qui décrivent son déploiement dans tous les pans de la société comme inévitable.

Pour autant, comme le démontre un récent travail mené par la journaliste et autrice de l’essai Empire Of AI Karen Hao, la résistance à cette lame de fond est déjà présente et active, partout sur le globe. Avec une équipe incluant notamment des membres du DAIR Institute, cofondé par l’ingénieure Timnit Gebru, la journaliste a constitué une liste d’exemples d’actions concrètes de résistance à l’IA. Ces dernières vont de l’adaptation des récits et de l’imagerie relative à l’IA jusqu’à son refus pur et simple, en passant par la construction de systèmes alternatifs. Or, aux États-Unis, elle s’incarne déjà jusque dans des manifestations bipartisanes contre certains centres de données.

Mathilde Saliou

next.ink

Pétrole: Ormuz, les frappes et la grande prime de guerre

 

Le pétrole repart à la hausse après les frappes américaines contre des cibles iraniennes, dont des sites de lancement de missiles et des embarcations liées au risque de minage maritime, selon Reuters. Derrière la remontée du baril, c’est la peur d’une perturbation du détroit d’Ormuz qui revient hanter les marchés: près d’un quart du commerce maritime mondial de pétrole y a transité en 2025, selon l’Agence internationale de l’énergie. Mais cette flambée pose aussi une autre question, plus dérangeante: qui gagne de l’argent lorsque la guerre renchérit l’énergie, et jusqu’où la « prime de guerre » devient-elle une rente?

Mardi, les cours du brut sont repartis à la hausse après l’annonce de frappes américaines contre des cibles iraniennes. Selon Reuters, Washington affirme avoir visé des embarcations susceptibles de poser des mines ainsi que des sites de lancement de missiles dans le sud de l’Iran. L’armée américaine présente ces opérations comme défensives. Téhéran, de son côté, y voit une violation du cessez-le-feu conclu avec les États-Unis. Sur les marchés, cette divergence d’interprétation suffit à produire un effet immédiat: le risque revient, et le pétrole remonte.

Le Brent a ainsi bondi d’environ 4 %, repassant autour de la barre des 100 dollars le baril. Le WTI américain offrait une lecture plus confuse, en raison du Memorial Day, jour férié aux États-Unis, qui a perturbé les comparaisons de clôture. Mais le signal principal ne souffre guère d’ambiguïté: les opérateurs ont réintégré dans les prix une « prime de guerre ». Cette prime ne correspond pas encore à une pénurie totale. Elle mesure plutôt la probabilité d’une rupture, d’un blocage, d’un incident maritime, d’un tanker immobilisé, d’une route plus chère, d’une assurance plus élevée, d’un conflit qui s’installe au lieu de se refermer.

Le baril paie le prix de l’incertitude

Le pétrole ne monte pas seulement parce que des missiles sont tirés. Il monte parce que personne ne sait jusqu’où ces missiles peuvent mener. La veille encore, les marchés avaient réagi à l’espoir d’un accord entre Washington et Téhéran. Donald Trump avait laissé entendre qu’un compromis devenait possible, tandis que les discussions semblaient progresser. Cette perspective avait mécaniquement détendu les cours. Moins de guerre annoncée, moins de risque sur l’offre, moins de tension sur Ormuz: le pétrole avait reculé.

Mais la frappe américaine a brutalement interrompu cette lecture optimiste. Le message envoyé aux marchés est contradictoire: les négociations continuent, mais les armes parlent encore. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a affirmé qu’un accord restait possible, tout en déclarant que le détroit d’Ormuz devait rester ouvert « d’une manière ou d’une autre ». La formule est révélatrice. Washington veut encore croire à la diplomatie, mais se réserve le droit d’imposer militairement la liberté de navigation si Téhéran transforme le détroit en levier de chantage.

Cette incertitude se paie immédiatement. Le baril devient alors moins le reflet de la production réelle que celui du risque anticipé. Les marchés ne se demandent pas seulement combien de pétrole circule aujourd’hui, mais combien pourrait ne plus circuler demain. C’est toute la logique des matières premières en période de crise: avant même que la pénurie ne se matérialise, les prix montent parce que les acteurs économiques achètent la peur, couvrent leurs positions, sécurisent leurs cargaisons et parient sur la hausse.

Il serait excessif de dire que la guerre est déclenchée pour faire monter le pétrole. Ce serait céder à une lecture simpliste, voire complotiste. Mais il serait tout aussi naïf d’ignorer que la guerre produit des gagnants économiques. Chaque crise énergétique redistribue de l’argent. Chaque hausse du baril enrichit certains acteurs, en fragilise d’autres, et transforme l’insécurité militaire en opportunité financière pour ceux qui savent, ou peuvent, se placer du bon côté du marché.

Ormuz, le verrou qui fait monter les prix

Au cœur de cette flambée se trouve toujours le même point de passage: le détroit d’Ormuz. Ce bras de mer n’est pas seulement une route maritime. C’est l’un des principaux verrous de l’économie mondiale. L’Agence internationale de l’énergie rappelle qu’environ 80 % du pétrole et des produits pétroliers ayant transité par Ormuz en 2025 étaient destinés à l’Asie. Pékin, New Delhi, Tokyo et Séoul sont donc directement concernés par toute tension dans la zone, même lorsque la crise paraît d’abord se jouer entre Washington, Téhéran et Tel-Aviv.

Le gaz est également pris dans cette équation. Plus de 110 milliards de mètres cubes de gaz naturel liquéfié ont transité par Ormuz en 2025. Selon l’AIE, 93 % des exportations qataries de GNL et 96 % de celles des Émirats arabes unis passent par ce détroit, soit près d’un cinquième du commerce mondial de GNL. Pour ces volumes, les routes alternatives sont extrêmement limitées, voire inexistantes.

C’est précisément cette dépendance qui donne à l’Iran un pouvoir de nuisance considérable. Téhéran n’a pas besoin de fermer totalement Ormuz pour affoler les marchés. Il lui suffit de rendre la navigation incertaine. La menace de mines, les attaques de drones, les interceptions, les contrôles, les tirs autour des routes maritimes ou même la simple crainte d’un incident peuvent suffire à ralentir le trafic, renchérir les primes d’assurance et pousser les armateurs à revoir leurs itinéraires.

Dans ce mécanisme, le prix du pétrole ne reflète plus seulement le coût d’extraction ou le niveau de la demande. Il intègre la peur. Il additionne la géographie, la sécurité maritime, la psychologie des marchés et les rapports de force militaires. Ormuz devient alors une sorte de multiplicateur de crise: une frappe en Iran se transforme en hausse du Brent; une menace sur un tanker devient un signal pour les traders; une phrase de Marco Rubio ou d’un responsable iranien peut faire bouger les écrans de cotation.

La prime de guerre, une rente pour certains

La question de l’argent est donc centrale. Quand le baril grimpe, tout le monde ne perd pas. Les producteurs capables de vendre leur pétrole plus cher bénéficient immédiatement de la tension. Les États exportateurs voient leurs recettes augmenter. Les majors disposant de stocks, de contrats ou d’actifs bien positionnés profitent d’un environnement de prix élevés. Les traders, eux, peuvent tirer parti de la volatilité, à condition d’avoir anticipé le bon mouvement. Les fonds exposés aux matières premières peuvent également bénéficier de la hausse, tandis que certains assureurs, transporteurs ou intermédiaires répercutent le risque dans leurs tarifs.

Cette « prime de guerre » ne tombe pas du ciel. Elle est payée par quelqu’un. Les premiers perdants sont les pays importateurs, surtout ceux qui ne disposent ni de production nationale suffisante, ni de réserves stratégiques importantes, ni de marge budgétaire pour amortir le choc. Les entreprises de transport, les compagnies aériennes, les industriels, les agriculteurs et les consommateurs finaux finissent par absorber une partie du surcoût. Le pétrole cher se diffuse dans toute l’économie: carburant, électricité, fret maritime, logistique, produits manufacturés, denrées alimentaires.

La tension sur Ormuz peut même dépasser le pétrole et le gaz. Les chaînes d’approvisionnement en engrais, en produits pétrochimiques ou en intrants industriels sont également vulnérables. L’Institute for Energy Economics and Financial Analysis souligne que le détroit représente une part majeure du commerce maritime mondial d’engrais, ce qui montre que la crise énergétique peut rapidement devenir une crise de coûts agricoles et alimentaires.

C’est là que l’analyse économique rejoint le décryptage géopolitique. La guerre n’est pas seulement un affrontement militaire; elle est aussi un système de prix. Elle crée des raretés, réelles ou anticipées. Elle déplace des flux. Elle enrichit des positions déjà constituées. Elle pénalise ceux qui achètent au jour le jour. Elle transforme chaque incertitude en marge possible pour les uns et en facture supplémentaire pour les autres.

Le front libanais, dans cette perspective, n’est pas secondaire pour les marchés. Il ne détermine pas directement le prix du baril comme Ormuz, mais il augmente la perception d’un conflit régional connecté. Lorsque l’offensive israélienne contre le Hezbollah s’intensifie, les investisseurs ne lisent pas seulement une crise libanaise. Ils y voient un prolongement du bras de fer avec l’Iran, donc un facteur supplémentaire de tension sur l’ensemble du dispositif énergétique régional.

Le pétrole remonte donc parce que la frappe américaine en Iran a cassé l’idée d’un apaisement linéaire. Il remonte parce qu’Ormuz reste vulnérable. Il remonte parce que les marchés comprennent que le cessez-le-feu peut survivre sur le papier tout en se dégradant dans les faits. Mais il remonte aussi parce que la guerre, même lorsqu’elle reste contenue, produit de la valeur pour certains acteurs.

La vraie question n’est donc pas seulement de savoir si le Brent dépassera durablement les 100 dollars. Elle est de savoir combien de temps l’économie mondiale acceptera de payer cette prime de guerre, et qui continuera de l’encaisser. Entre la frappe américaine, le verrou d’Ormuz et les fronts régionaux qui menacent de se rallumer, le baril ne mesure plus seulement le prix de l’énergie. Il mesure le coût d’un monde où la paix reste possible, mais où la guerre redevient rentable.

mondafrique.com

Netanyahu ordonne à son armée de prendre le contrôle de 70% de Gaza

 

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré jeudi avoir donné l'ordre à l'armée israélienne de faire fi des termes du cessez-le-feu entré en vigueur en octobre et de prendre le contrôle de 70% de la bande de Gaza, selon une vidéo diffusée par une télévision israélienne.

«En ce moment, nous tenons le (mouvement islamiste palestinien) Hamas à la gorge. Nous contrôlons maintenant 60% du territoire de la bande (de Gaza). Vous savez, nous étions à 50 (après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu), nous sommes passés à 60, ma directive est de passer à (...) 70», a déclaré Netanyahu lors d'un conférence en Cisjordanie occupée dont la chaîne 12 a diffusé un extrait sur son site.

Le nouveau chef du Hamas tué dans une frappe israélienne à Gaza

Israël a annoncé mercredi avoir tué le nouveau chef de la branche armée du mouvement islamiste palestinien Hamas visé la veille par une frappe à Gaza, en dépit du cessez-le-feu censé être en vigueur depuis octobre.

«Le commandant de la branche armée de l'organisation terroriste Hamas à Gaza a été éliminé hier», a écrit le ministre de la Défense israélien Israël Katz dans un message sur le réseau social X.

M. Katz et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avaient annoncé mardi que l'armée israélienne avait mené dans la journée «une frappe à Gaza visant Mohammed Odeh», le nouveau chef des Brigades Ezzdine al-Qassam, branche armée du Hamas. Le Hamas n'a fait aucune déclaration à son sujet à ce stade.

AFP

Suède : création d'une nouvelle agence de renseignement extérieur

 

Stockholm a mis fin à deux siècles de non-alignement militaire et a rejoint l'OTAN à la suite de l'invasion massive de l'Ukraine par la Russie.

Le gouvernement suédois a déclaré mardi qu'il poursuivrait son projet de création d'une nouvelle agence d'espionnage ciblant les menaces à l'étranger, dans le cadre d'une réflexion plus large suscitée par la guerre de la Russie en Ukraine.

La nouvelle agence s'appellerait le service de renseignement extérieur de la Suède (UND) et commencerait ses activités en janvier 2027, a déclaré la ministre des Affaires étrangères Maria Malmer Stenergard lors d'une conférence de presse.

"Pendant la guerre en cours en Ukraine, il est devenu très clair qu'un avantage en matière d'information et la capacité d'adapter rapidement et continuellement divers systèmes techniques sont tout aussi cruciaux que les systèmes d'armes avancés", a déclaré la ministre, ajoutant que le nouveau service serait comparable au MI6 du Royaume-Uni.

La Suède dispose déjà d'un service de renseignement militaire, le Military Intelligence and Security Service (MUST), chargé des menaces étrangères, ainsi que du service de sécurité suédois non militaire (SAPO), qui se concentre sur les menaces intérieures.

Maria Malmer Stenergard a déclaré que le nouveau service reprendrait certaines des responsabilités du MUST et travaillerait en étroite collaboration avec les forces armées suédoises et le SAPO, ainsi qu'avec l'Établissement radio de la défense nationale (FRA) chargé du renseignement sur les signaux.

En 2022, la Suède a mis fin à deux siècles de non-alignement militaire et a demandé à adhérer à l'OTAN à la suite de l'invasion massive de l'Ukraine par la Russie, et Maria Malmer Stenergard a noté qu'en tant qu'allié, la Suède était confrontée à de "nouvelles attentes".

Le pays a rejoint l'alliance de sécurité en 2024.

"En développant notre structure de renseignement, nous serons également mieux alignés sur les structures qui existent au sein de l'OTAN et parmi nos alliés", a-t-elle déclaré.

La nouvelle agence sera chargée d'identifier les "menaces extérieures contre la Suède".

"Ses activités seront menées par le biais de la collecte, du traitement et de l'analyse d'informations", a ajouté Maria Malmer Stenergard.

Le projet est actuellement soumis au Conseil de législation, qui examine les projets de loi, et le gouvernement a déclaré dans un communiqué qu'il prévoyait de le soumettre au parlement courant juin.

Gavin Blackburn

fr.euronews.com