Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mardi 24 février 2026

Mort de « El Mencho » : le cartel CJNG sème la terreur au Mexique

 

Le mannequin OnlyFans « Maria Julissa » a aidé à révéler la localisation d’« El Mencho »


Une vague de violences déferle sur le Mexique depuis le dimanche 22 février. En cause : la mort de Nemesio Oseguera, alias El Mencho, à la tête du puissant cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG). L’homme de 59 ans a été tué lors d’une opération militaire réalisée avec le soutien des États-Unis, il était l’un des barons de la drogue les plus recherchés par les autorités mexicaines et américaines.

En réaction, des membres présumés du cartel ont déclenché une vague de violences dans 20 États du Mexique. Au moins 8 des 32 États mexicains ont suspendu lundi les cours en présentiel et le pouvoir judiciaire a autorisé les juges à maintenir les tribunaux fermés lorsqu’ils l’estiment nécessaire, tandis que la présidente Claudia Sheinbaum a appelé au calme. Les autorités s’emploient à éviter une aggravation des troubles.

La mort d’El Mencho est un séisme. Le narcotrafiquant était considéré comme le dernier des grands parrains depuis l’arrestation des fondateurs du cartel de Sinaloa, Joaquín Guzmán « El Chapo » et Ismael « Mayo » Zambada, incarcérés aux États-Unis. Les autorités américaines et mexicaines offraient jusqu’à 15 millions de dollars pour sa capture.

Une nuit d'amour a conduit à la mort d'El Mencho

Au cours de l'enquête, un homme a d'abord été identifié comme étant une personne de confiance de la maîtresse d'El Mencho. C'est lui qui a conduit la femme à un ensemble de cabanes à la lisière d'une forêt, près de Tapalpa, dans l'État de Jalisco. La femme a quitté les lieux le lendemain. Les autorités ont supposé qu'El Mencho se trouvait encore dans la cabane et qu'il y était resté après son départ.

Lorsque l'armée est intervenue, les gardes du corps lourdement armés du baron de la drogue ont opposé une résistance, ce qui a entraîné de violents combats. Avec son cercle de fidèles le plus proche, El Mencho s'est finalement enfui dans la forêt. Il se serait caché dans les buissons, a déclaré le ministre de la Défense Trevilla. C'est là qu'un nouvel échange de tirs aurait eu lieu.

Lors des affrontements, El Mencho et deux de ses gardes du corps ont été grièvement blessés. Un hélicoptère devait les transporter dans une clinique de Jalisco. En chemin, le baron de la drogue a toutefois succombé à ses blessures. Le plan a alors été modifié, comme l'a indiqué Trevilla. L'armée a transporté le corps du baron de la drogue à Morelia, dans l'État de Michoacán. Là, un avion de chasse de l'armée de l'air attendait pour transporter finalement la dépouille à Mexico.

Sept criminels tués dans l’opération militaire contre « El Mencho »

« Les États-Unis ont fourni un soutien en matière de renseignement au gouvernement mexicain afin de l’aider dans une opération […] au cours de laquelle Nemesio “El Mencho” Oseguera a été éliminé », a confirmé la porte-parole du président Donald Trump, Karoline Leavitt, sur le réseau X.

Donald Trump a érigé en priorité la lutte contre le narcotrafic et a exhorté plusieurs fois la présidente Claudia Sheinbaum à laisser Washington envoyer des forces américaines lutter contre les cartels qui opèrent au Mexique, une proposition qu’elle a jusqu’à présent rejetée.

« El Mencho » a été blessé lors d’une opération menée dans la localité de Tapalpa, dans l’État de Jalisco (ouest), et il est décédé peu après, alors qu’il était transporté par avion vers Mexico. Au total, sept criminels ont été tués et trois soldats blessés.

Deux membres du CJNG ont été arrêtés et diverses armes ont été saisies, notamment des lance-roquettes capables d’abattre des avions et de détruire des véhicules blindés, selon la même source.

Les Américains au Mexique appelés à « se mettre à l’abri »

C’est en réaction à l’opération militaire que des membres présumés du CJNG ont déclenché une vague de violence à travers le Mexique. Un haut fonctionnaire en charge de la sécurité a indiqué à El País que le cartel avait des ramifications dans tous les États du pays. Des individus armés ont bloqué plusieurs routes de l’État de Jalisco, à l’ouest, avec des voitures et des camions incendiés, où l’on pouvait voir la nuit des restes de véhicules calcinés et d’autres encore en flammes.

La présidente Claudia Sheinbaum a appelé sur X la population à rester « informée et calme ». « Des individus armés sont arrivés, j’ai vu le pistolet et ils nous ont dit de sortir, nous sommes sortis et ils avaient une voiture avec les portes ouvertes. J’ai pensé qu’ils allaient nous kidnapper, j’ai couru vers un stand de tacos » pour m’y réfugier, explique à l’AFP Maria Medina, employée d’un magasin de proximité incendié à Guadalajara, capitale de Jalisco.

Après un appel lancé à la population pour qu’elle se mette à l’abri, la ville – qui doit accueillir quatre matchs de la Coupe du monde de football 2026 – s’est retrouvée paralysée. Les États-Unis ont appelé leurs concitoyens présents dans plusieurs zones du Mexique, dont des villes et régions touristiques comme Cancun, Guadalajara et Oaxaca, à « se mettre à l’abri jusqu’à nouvel ordre ».

Des compagnies aériennes nord-américaines ont annulé des dizaines de vols vers plusieurs villes mexicaines. Le Guatemala a placé ses forces de sécurité en alerte et renforcé la surveillance de sa frontière avec le Mexique, qui fait régulièrement l’objet d’incursions de gangs.

Plus de 200 barrages enregistrés, 90 % levés

Selon les autorités mexicaines, à 20 heures (3 heures du matin à Paris ce lundi), près de 90 % des 229 barrages enregistrés dans le pays avaient été levés. Christopher Landau, sous-secrétaire d’État américain, a qualifié la mort du narcotrafiquant de « grande victoire pour le Mexique, les États-Unis, l’Amérique latine et le monde entier ».

Le CJNG, qu’Oseguera avait formé en 2009, a été qualifié en 2025 d’organisation terroriste par les États-Unis, qui l’accusent de trafic de cocaïne, d’héroïne, de méthamphétamine et de fentanyl. Le cartel est l’un des plus violents au Mexique, selon le département d’État qui le décrit comme un « transnational, présent dans presque tout le Mexique ».

Il pratique notamment l’extorsion, le trafic de migrants, le vol pétrole et des minerais, et le commerce des armes. Pendant longtemps, le CJNG n’a pas réussi à rivaliser avec les cartels qui contrôlaient la frontière avec les États-Unis. Il s’est alors tourné vers d’autres marchés. « L’Europe, l’Asie, l’Afrique et même l’Australie étaient moins disputées par les Mexicains, et là-bas la drogue se paie plus cher », explique José Reveles, écrivain spécialiste du narcotrafic.

Les violences liées aux cartels ont fait plus de 450 000 morts et plus de 100 000 disparus depuis 2006 au Mexique, selon les chiffres officiels.

huffingtonpost.fr

Alerte rouge sur la concurrence industrielle chinoise

 

Le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan de la Commission européenne a publié le 9 février un rapport sur « l’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois » qui dresse un constat au vitriol sur l’urgence d’une réaction face à l’ampleur du défi posé par la concurrence industrielle chinoise. D’autres rapports font des constats similaires, si bien que Bruxelles est en ébullition sur la défense de la base industrielle européenne. L’année 2026 sera décisive pour savoir si l’Europe est capable d’apporter une réponse à la hauteur de l’enjeu.

L’Europe a longtemps sous-estimé la montée en puissance de l’industrie chinoise. Il y a vingt ans, lorsque les industries éoliennes et solaires européennes ont été balayées du marché chinois, puis du marché européen par une offensive éclair des industriels chinois, appuyés massivement par leur gouvernement, peu de responsables européens avaient compris qu’il s’agissait simplement d’une première salve.

Aujourd’hui c’est l’automobile, la pharmacie, l’aéronautique, le spatial et bien d’autres secteurs des hautes technologies qui sont confrontés à une menace similaire. L’offensive protectionniste américaine a focalisé l’attention en 2025. Cette année c’est le risque chinois qu’il faut affronter de face car rien n’indique que le président chinois Xi Jinping a l’intention de vraiment traiter les déséquilibres structurels de l’économie chinoise. Une industrie et un taux d’investissement hypertrophiés, une demande intérieure toujours atone et une monnaie dévaluée conduisent mécaniquement à faire porter sur le reste du monde – et en particulier l’Europe – le poids des déséquilibres chinois.

Le constat sans appel du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan

Il faut rendre hommage à Clément Beaune et à l’équipe des économistes auteurs du rapport sur « l’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois » pour la clarté, la précision et la robustesse de leur analyse. C’est la première fois qu’un rapport gouvernemental français reconnaît avec force la menace technologique que représente la Chine. Les entretiens sectoriels menés par les auteurs du rapport montrent la rapidité du rattrapage technologique chinois. Dans le nucléaire par exemple, cœur de la coopération industrielle franco-chinoise, l’un des experts interrogés souligne que « les acteurs chinois sont en mesure de construire jusqu’à quatre fois plus rapidement et à des coûts jusqu’à quatre fois inférieurs, à qualité et niveau de sécurité du travail comparables. » Dans la pharmacie, où l’Europe enregistrait jusqu’à présent une balance commerciale très favorable avec la Chine, d’autres témoignages signalent l’inversion de la trajectoire d’innovation : « Il y a encore quelques années, les phases de développement et de lancement commercial intervenaient prioritairement en Europe et aux États-Unis, avant d’être transférées vers la Chine. Aujourd’hui, un nombre croissant de produits sont développés et lancés en Chine en premier. »

Ce rattrapage technologique conforte une dynamique inexorable de montée en puissance de l’industrie chinoise, dont le rapport donne une vision saisissante. « La Chine concentre désormais près d’un tiers de la production manufacturière mondiale, contre près de 15 % dans l’Union européenne. » Au rythme actuel de progression cette part pourrait atteindre 40% avant 2040. La Chine n’est pas seulement la première industrie mondiale. Elle est déjà et elle deviendrait plus encore l’industrie dominante dans de nombreux domaines.

Source : FMI, Rapport du Haut-Commissariat au plan, page 10


Cette puissance industrielle se double d’excédents commerciaux record qui touchent tout particulièrement les produits manufacturés, avec un excédent représentant 2,5% du PIB mondial.


Source : FMI, Rapport du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, page 10

L’écart de compétitivité entre les industries européennes et chinoises est évalué par le rapport dans une fourchette de 30 à 40% qui tient à une combinaison de facteurs : faible coût des facteurs de production en Chine (travail, capital et foncier industriel), coûts de l’énergie compétitifs, subventions gouvernementales massives dans le cadre du plan « made in China 2025 » et d’une série de plans sectoriels, enfin sous-évaluation structurelle du Yuan, dont les fluctuations restent contrôlées par la banque centrale chinoise PBOC (People’s Bank of China).

Une analyse fouillée des pertes d’avantages comparatifs européens

Le rapport s’appuie sur le savoir-faire du CEPII (Centre d’études et de prospective internationale) en matière de commerce international pour étudier l’accroissement de la concurrence chinoise sur les marchés à l’exportation comme sur le marché intérieur européen. Une série de cas sectoriels sont étudiés avec le calcul d’indicateurs d’intensité de concurrence et différents seuils d’alerte : automobile, machines-outils, batteries électriques, chimie, plastiques, …

La synthèse de ces analyses met en lumière l’importance des menaces portant sur le marché intérieur européen. Elle souligne aussi la très forte exposition de l’Allemagne et des États-Unis pour l’analyse des menaces à l’exportation :


Source : Rapport du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, pages 39 et 41


La moindre exposition de la France sur le marché intérieur tient à l’importance de la désindustrialisation que notre pays a déjà connu au cours des vingt dernières années. Hormis l’automobile, l’industrie française a désormais une spécialisation (aéronautique, luxe, nucléaire…) moins fortement touchée à ce stade. L’offensive chinoise porte en revanche sur des secteurs traditionnels de la puissance industrielle allemande et italienne (machines-outils, chimie, plastiques, et bien sûr automobile). Cette très forte exposition est un point important pour tenter de forger un consensus avec nos voisins allemands et italiens sur la façon de répondre à la menace chinoise.

Un rapport du Rhodium Group (un think tank américain spécialisé sur la Chine) publié le lendemain de celui du Haut-Commissariat, intitulé « Germany’s China Scock revisited, » souligne la fin de la complémentarité entre les industries allemande et chinoise et l’entrée dans une phase de compétition directe à forte intensité. Ce rapport conclut que « sans contre-mesures politiques décisives, l’Allemagne risque une désindustrialisation, des pertes d’emploi, et un affaiblissement de sa compétitivité globale. » Clément Beaune renchérit sur ce point dans l’avant-propos du rapport du Haut-Commissariat. Au cours des deux dernières années, l’Allemagne aurait perdu 240 000 emplois industriels.

Des solutions provoquantes qui sont probablement inapplicables

Clément Beaune a poussé les auteurs du rapport du Haut-Commissariat à formuler des propositions choc dont il sait probablement qu’elles ont très peu de chances d’être appliquées, avec l’objectif de forcer un débat de fond. Il propose « une protection commerciale inédite, équivalente à un droit de douane général de 30 % vis-à-vis de la Chine ; ou une dépréciation de l’euro de 20 % à 30 % par rapport au renminbi. »

Le rapport tente de donner un habillage juridique à la première proposition en faisant référence à l’article 19 du GATT (clause de sauvegarde) ou à l’article 21 (exception de sécurité nationale), qui sont intégrées dans les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Mais toute la jurisprudence de l’OMC montre que ces clauses ne peuvent pas avoir de portée générale et se limitent à des circonstances spécifiques touchant certains produits, avec des règles de mise en œuvre strictes et contrôlées par les juges du règlement des différends. La proposition du Haut-Commissariat revient à enfoncer le dernier clou sur le cercueil de l’OMC après l’offensive très brutale de Donald Trump.

Si l’Union européenne, co-fondatrice de l’OMC avec les États-Unis, et inspiratrice de toute son architecture, décide d’en ignorer les principes fondamentaux (en particulier celui de la nation la plus favorisée) pour régler ses problèmes avec la Chine, elle emboîte le pas aux États-Unis pour démanteler le multilatéralisme, qui est l’un des piliers de sa vision du monde. La France est peut-être prête à franchir le pas, mais pas la Commission européenne, qui joue un rôle central en matière de politique commerciale, et sans doute pas une majorité d’États-membres, à commencer par l’Allemagne.

Pour ceux qui ne sont pas convaincus par ces arguments juridiques, il y a aussi deux arguments économiques de poids.

Le premier tient aux rétorsions chinoises dont on sait qu’elles seront pratiquées sans état d’âme. Il avait suffi d’une semaine en avril dernier pour que Donald Trump renonce à la surenchère des sanctions commerciales face à la Chine. Combien de temps faudrait-il pour l’Union européenne pour faire de même ? Les ventes chinoises de métaux rares représentent 98% des importations européennes. Nos industriels de l’automobile dépendent des fournisseurs chinois pour les batteries et les moteurs électriques. Toute la filière des énergies vertes de la transition énergétique repose pour une large part sur les industriels chinois. Et Pékin saura pratiquer des sanctions ciblées pour exercer une pression maximale sur certains états-membres, comme avec la France sur les vins et spiritueux ou sur l’industrie du luxe. Nous n’aurions de la sorte que peu de chances de sortir gagnants d’une confrontation frontale d’ampleur comme celle proposée par le Haut-Commissariat.

L’autre argument est celui de l’inflation, qui touchera inévitablement la large gamme de biens de consommations achetés à la Chine, sans parler de l’impact sur les filières industrielles. La Banque Centrale européenne, garante de la stabilité des prix, s’opposerait certainement à un dispositif inflationniste par nature. Les auteurs du rapport estiment cependant ce risque comme « transitoire » et considèrent qu’il « constitue la contrepartie nécessaire pour préserver, à moyen et long terme, la création de richesse en Europe. » Un point de vue qui ne fera probablement pas consensus dans le débat européen.

La seconde proposition est tout aussi problématique. Les auteurs du rapport font référence à l’accord dit « du Plaza » de 1985 entre le Japon et les États-Unis, qui avait conduit à une période de forte remontée du yen, appelée « endaka » au Japon. Mais ils oublient de mentionner plusieurs points qui rendent cette référence inopérante. Le Japon d’alors était dans une position de dépendance stratégique et économique à l’égard des États-Unis qui n’a rien à voir avec la situation de la Chine aujourd’hui. Par ailleurs cette « endaka » avait provoqué par la suite une crise financière majeure au Japon, conduisant à ce qu’on a appelé la « décennie perdue » de croissance japonaise dans les années quatre-vingt-dix. Cette expérience historique a été étudiée de près par les autorités chinoises qui la considèrent comme un modèle de coercition économique américaine. Les chances de l’Union européenne d’obtenir un accord de ce type peuvent être considérées comme nulles.

Conscients des difficultés prévisibles pour faire adopter l’une ou l’autre des propositions centrales du rapport, ses auteurs admettent qu’« elles supposent, en amont, une stratégie de coopération et la construction d’un rapport de force crédible avec la puissance chinoise. »

Un menu chargé pour la refonte de la politique commerciale européenne

Sans rejoindre à ce stade les propositions choc du rapport du Haut-Commissariat, la Commission européenne est en train de changer de logiciel en matière de politique commerciale. Elle a introduit des règles de « préférence communautaire » dans plusieurs textes et plans d’action sectoriels adoptés en 2025. Elle met au point en ce moment même un règlement européen sur l’accélération industrielle (Industrial Acceleration Act ou IAA) qui doit notamment inclure des dispositions systématiques de préférence communautaire : tout euro public dépensé devra soutenir la production européenne dans les secteurs clés. Les investisseurs étrangers devraient être soumis à des obligations de contenu local et de transferts de technologie.

Côté français, le Conseil National de l’Industrie formule une série de propositions techniques dans l’avis sur l’IAA publié le 6 février dernier, visant à accélérer et durcir les dispositifs et les méthodes de la Commission européenne en matière d’antidumping, de clauses de sauvegarde, de soutiens publics européens ou nationaux et de commandes publiques européennes.

L’année 2026 doit être une année clé de réforme dont on peut espérer qu’elle aboutira à des résultats suffisamment convaincants pour modifier le rapport de force politique entre l’Union européenne, la Chine et les États-Unis dans le domaine des politiques industrielles et commerciales.

La question des investissements chinois en Europe

De retour de Chine en décembre dernier, Emmanuel Macron accordait un interview au journal Les Echos dans lequel il mettait l’accent sur les messages qu’il avait adressés aux autorités chinoises : « J’essaie d’expliquer aux Chinois que leur excédent commercial n’est pas soutenable parce qu’ils sont en train de tuer leurs propres clients, notamment en n’important plus grand-chose de nous. »

Le président de la République met par ailleurs l’accent sur l’enjeu de l’investissement : « Il faut que les Chinois fassent en Europe ce que les Européens ont fait il y a vingt-cinq ans en investissant en Chine, ce qui passait par des transferts de technologie, dans le nucléaire civil ou l’aviation par exemple. Nous reconnaissons qu’ils sont très bons dans certains domaines. Mais nous ne pouvons pas constamment importer. Les entreprises chinoises doivent venir sur le sol européen. »

On se souvient qu’Angela Merkel avait poussé à la conclusion d’un accord réciproque de protection des investissements. Ce projet avait été abandonné dans un contexte de défiance sur les acquisitions par la Chine d’entreprises européennes des hautes technologies. Faut-il le réactiver ?

En tout cas, il est clair que si une partie des excédents d’investissements chinois étaient réalisés en Europe plutôt qu’en Chine, la pression sur l’emploi et la base industrielle européenne serait moindre. C’est ce qui est en train de se produire dans l’automobile où les grands acteurs de la filière électrique chinoise – BYD ou CATL par exemple – commencent à investir massivement en Europe ou dans sa périphérie immédiate (Turquie, Maroc). Mais c’est encore loin d’être le cas dans d’autres secteurs, et Bruxelles devra s’assurer que les États-membres ne se livrent pas à une concurrence par le bas qui ne permettrait pas d’atteindre les objectifs légitimes de localisation et de transferts de technologie.

Hubert Testard

asialyst.com

La Méditerranée, est-elle encore un passage sûr et stable pour le commerce international ?

 

La Méditerranée ne fut pendant longtemps qu’un vaste ensemble presque clos, dont la seule ouverture menait vers l’Europe du Nord. Avec l’exploration du monde, la chrétienté méditerranéenne compensa largement le fait d’avoir été chassée de l’Orient par les Ottomans. Au XIXe siècle, la Méditerranée devint progressivement un lac européen, et à partir de 1869, avec l’ouverture du canal de Suez, elle se transforma en un axe de transit majeur vers les différentes régions d’Asie.

Naturellement, la Méditerranée demeura un espace d’échanges : produits agricoles de Russie méridionale, d’Anatolie, d’Égypte et d’Algérie ; produits industriels de France méridionale et d’Italie du Nord. Les flux de passagers, autrefois liés à des iles en mal de développement ou aux colonies, sont devenus un vaste mouvement estival de retours de migrants et de tourisme de masse.

La Méditerranée reste un système international d’échanges maritimes : blés de mer Noire et, dans une moindre mesure, du Sud de la France vers toute la rive Sud ; hydrocarbures algériens et libyens vers la rive nord ; produits manufacturés en conteneurs ou en remorques échangés d’est en ouest entre l’Europe et la Turquie, ou encore via la courte liaison entre Gibraltar et le Maroc (1).

Les premiers échanges avec la Chine et l’Inde, ainsi que les relations avec les colonies européennes, donnèrent au transit méditerranéen — de Suez à Gibraltar — une importance initiale. En 1900, les produits européens vers l’Orient et les richesses de l’Asie vers l’Occident représentaient déjà 10 millions de tonnes (Mt) à Suez, transportées par environ 3 400 navires (2). La Méditerranée franchit un nouveau cap avec l’essor de l’économie pétrolière.

À partir des années 1930, les ressources du golfe Persique durent, pour aller vers l’ouest, transiter par le canal de Suez. Celui-ci connut plusieurs agrandissements et fut même doublé d’un pipeline parallèle, le Sumed. Seule la fermeture par l’Égypte du canal entre 1967 et 1975 — peu après le début de la guerre des Six Jours — détourna les flux pétroliers, donnant naissance aux supertankers. Plus récemment, la production gazière qatarienne transite elle aussi vers l’ouest par le canal. Les rivages espagnols, français et italiens se sont dotés de raffineries, de stockages pétroliers, de pipelines et de terminaux gaziers, faisant du bassin méditerranéen une plateforme énergétique majeure (3).

Le poids de la conteneurisation

Les circulations maritimes en Méditerranée ont connu, comme ailleurs, la révolution du conteneur — une affaire de marché intérieur, de marché extérieur et de transit. D’abord centrés sur l’Italie et la France, les flux conteneurisés se sont étendus à l’Espagne, à la Grèce, au Maghreb, à l’Adriatique et à la Méditerranée orientale, au fil de l’évolution économique du bassin. Celui-ci est aussi traversé par un puissant flux est-ouest, d’autant plus marqué depuis l’entrée de la Chine dans la danse du commerce mondial, qui a démultiplié les transits comme les échanges vers tous les ports méditerranéens.

Les ports de commerce les plus importants étaient traditionnellement ceux des grandes cités de la rive nord : Barcelone, Marseille et Gênes. Avec la conteneurisation, une nouvelle géographie est apparue, marquée par les ports de transbordement où les conteneurs passent d’un navire à l’autre en quelques jours, optimisant le maillage maritime des sous-régions. Le premier de ces ports, Algésiras en Espagne, situé sur le détroit de Gibraltar, fait face depuis 2008 à Tanger Med. Plus à l’est, deux ports de transbordement se trouvent à Malte et en Calabre, et, au débouché du canal, à Port-Saïd.

S’y ajoutent des ports conventionnels et de transbordement, à fonctions mixtes, comme Valence (Espagne), Ambarli (Turquie), Le Pirée (Grèce) et Alexandrie (Égypte). Les marges de développement restent limitées, même si les projets marocain (Nador West Med) et égyptiens (Aboukir) renforcent les pôles est et ouest.

Depuis quelques années, l’essor portuaire s’associe souvent à la présence chinoise : projets dans le cadre des nouvelles de routes de la soie, prises de contrôle partielles ou totales de la compagnie Cosco (China Ocean Shipping Company) dans certains terminaux à conteneurs, développement de la société portuaire HPH (Hutchison Port Holdings) basée à Hong Kong. Mais en Méditerranée, l’influence chinoise reste mesurée : Cosco contrôle surtout Le Pirée pour en faire son hub majeur, et quelques positions minoritaires en Italie, en Espagne et en Turquie, mais n’est pas impliquée dans les grands projets marocains et égyptiens. Le mégaprojet algérien de Cherchell (port d’El Hamdania) n’a, de son côté, connu aucun engagement concret. Rien de particulièrement marquant, donc, quant à la présence chinoise dans la zone : si la Chine avait réellement besoin de « positions stratégiques » en Méditerranée, cela ne s’est pas vu ces dernières années.

Ironiquement, deux des plus grands acteurs maritimes et portuaires mondiaux actuels sont méditerranéens : la famille Aponte, originaire de Sorrente mais basée à Genève, et la famille libanaise Saadé à Marseille, qui dirigent respectivement l’armateur MSC (Mediterranean Shipping Company) et le groupe français CMA CGM (Compagnie maritime d’affrètement – Compagnie générale maritime). Toutefois, personne n’a l’idée saugrenue de donner la moindre valeur géopolitique à ces deux belles « maisons ». On peut y ajouter le poids colossal des compagnies grecques dans le pétrole, le gaz et les grands pondéreux, preuve que la Méditerranée conserve son statut de grande région maritime.

Un nouveau contexte des transits

Dans les années 2010, l’ordre du commerce maritime méditerranéen semblait peu stratégique : grains, hydrocarbures, conteneurs et remorques circulaient dans tous les sens entre les rives nord, sud et est sans grande difficulté. Gibraltar, avec 90 000 navires par an, ouvrait vers toutes les régions de l’Atlantique ; les détroits turcs, avec 41 400 navires, donnaient accès à l’arrière-bassin de la mer Noire, riche en blé et en pétrole ; le canal de Suez, avec 26 000 navires, demeurait la porte des Orients (4).

La Méditerranée, cœur du Vieux Monde, reste un pivot des échanges aux dimensions XXL de la mondialisation. En 2022, la guerre en Ukraine a fait de la mer Noire une zone à haut risque, car il restait impératif d’exporter les grains ukrainiens et le pétrole russe. Les premiers, avec 45 Mt en 2024 (5), transitent désormais par les eaux territoriales roumaines, bulgares et turques avant de franchir le Bosphore. Les céréales russes (49 Mt) trouvent toujours leur principal marché en Égypte (11 Mt sur les 14,7 Mt importées en 2024).

Guerre ou pas, le trafic mer Noire-Méditerranée reste majeur, posant des questions de sécurité pour le franchissement du sinueux détroit du Bosphore. L’idée du président turc Recep Tayyip Erdoğan (depuis 2014) de construire un « canal d’Istanbul » parallèle est, selon la partie européenne et l’avis général, sans intérêt pour les échanges commerciaux et relève davantage d’un projet politique et affairiste interne à la Turquie.

Quant au pétrole russe, autrefois destiné aux raffineries européennes de l’Ouest méditerranéen, il emprunte désormais la « flotte fantôme » pour contourner les sanctions occidentales. Une nouvelle route géopolitique s’est ouverte depuis 2022 : 200 Mt de pétrole brut sont orientés vers la Chine et l’Inde via le canal de Suez, dont 30 % issus de la mer Noire et 70 % de la mer Baltique (6).

L’accident du porte-conteneurs Ever Given, en mars 2021, qui avait causé l’obstruction du canal de Suez pendant une semaine, avait déjà rappelé l’importance stratégique de ce passage dans les échanges internationaux. La sensibilité des économies européennes au franchissement de l’isthme égyptien était au cœur des médias (7). Environ 20 % des conteneurs mondiaux y transitent : 6 millions de conteneurs équivalent vingt pieds (EVP) de l’Europe vers l’Asie et l’Océanie, et 18 millions d’EVP de l’Asie vers le bassin méditerranéen en 2024 (8).

En octobre 2023, l’attaque du Hamas sur des civils a relancé le conflit israélo-palestinien, avec un effet inattendu sur le transport maritime. Les rebelles houthistes, qui contrôlent d’importantes parties du Yémen « utile » depuis 2014, ont décidé par la suite de participer à la lutte contre l’État hébreu en attaquant en mer Rouge des navires liés à des intérêts économiques israéliens, puis occidentaux. Depuis début 2024, le trafic contourne donc l’Afrique, rallongeant les trajets Asie-Europe, malgré une baisse des prix du pétrole.

L’industrie du conteneur s’est adaptée sans difficulté majeure à la route du Cap, renforçant l’activité des ports marocains et espagnols au détriment des ports de Méditerranée orientale. La grande perdante est l’Égypte, avec, en 2024, deux fois moins de navires qu’à l’ordinaire : le trafic des porte-conteneurs a chuté de 90 % et celui des méthaniers de 86 %. Les recettes du canal sont passées de 10,3 milliards de dollars en 2023 à 4,2 milliards de dollars en 2024 — un bilan catastrophique pour le pays. Le retour d’un trafic normal des porte-conteneurs, transporteurs de voitures et méthaniers exige non seulement un cessez-le-feu à Gaza, mais aussi la garantie que les houthistes respecteront la libre circulation en mer Rouge. Les premiers signes positifs sont apparus début décembre 2025. Pour des raisons d’efficience économique et énergétique, le passage par le canal de Suez reste un impératif.

Notes

(1) En 2024, 460 remorques ont effectué le trajet entre la Turquie et Trieste (Italie) ou Sète (France) ; 517 000 ensembles routiers ont circulé entre l’Espagne et le Maroc (https://​tinyurl​.com/​3​3​8​f​j​f5c ; https://​tinyurl​.com/​c​3​z​f​a​rmj).

(2) Alfred Neymarck, « Le canal de Suez : 1869-1909 », Journal de la société statistique de Paris, tome 51 (1910), p. 60-70.

(3) L’Algérie et la Libye exportent 73 Mt de pétrole, dont 80 % à destination de l’Europe. L’Algérie exporte également 13 Mt de GNL, dont 90 % vers l’Europe.

(4) https://​tinyurl​.com/​y​j​y​h​b​uwv ; https://​tinyurl​.com/​4​9​w​x​h​chf ; https://​tinyurl​.com/​y​f​a​v​v​45x

(5) https://​tinyurl​.com/​z​p​v​h​6​8tn

(6) https://​tinyurl​.com/​m​v​2​x​ph2 ; https://​tinyurl​.com/​n​z​4​v​y​jt7

(7) Le Caire était fortement contrarié, car l’Égypte avait engagé, en 2014, huit milliards de dollars d’investissements pour augmenter la capacité de transit des navires du canal de Suez.

(8) https://​tinyurl​.com/​3​k​x​s​v​r9b

Paul Tourret

areion24.news

Les renseignements américains et britanniques avaient alerté l’Europe et Zelensky du projet d’invasion russe dès 2021

 

Dès 2021, soit l’année précédant l’invasion, les services de renseignement américains et britanniques, la CIA et le MI6 avaient été informés d’une possible opération militaire russe en Ukraine. Une hypothèse pourtant mise sous le tapis par les dirigeants politiques européens, révèle une enquête du Guardian.

Alors que la cinquième année de conflit approche, le mardi 24 février prochain, le tabloïd britannique revient sur les mois ayant précédé l’invasion russe. D’après nos confrères outre-Manche, Vladimir Poutine a commencé à envisager l’option militaire au moment de la pandémie de Covid-19. Reclus, le maître du Kremlin s’est renforcé dans l’idée que la souveraineté de l’Ukraine devait passer par ses liens avec la Russie.

Zelensky a-t-il minimisé les alertes transmises ?

Entre l’empoisonnement de l’opposant politique Alexeï Navalny en septembre 2020 et les exercices militaires en Crimée au début de l’année 2021, les faisceaux d’indices se sont enchaînés. Des images satellites ont notamment montré d’importants mouvements de troupes près de la frontière ukrainienne.

Les services américains de la CIA et leurs homologues britanniques du MI6 ont multiplié les mises en garde. Mais, en Europe, ces avertissements n’auraient pas provoqué de véritable électrochoc. À Paris comme à Berlin, l’idée d’un conflit majeur de retour sur le continent restait difficile à admettre.

À Kiev aussi, le scénario d’un basculement brutal a longtemps été écarté. Élu en 2019 avec la promesse de ramener la paix dans le Donbass, Volodymyr Zelensky peinait à envisager que son pays puisse sombrer dans une guerre totale. Selon le Guardian, durant plusieurs mois, le président ukrainien a minimisé les informations transmises par ses propres services de renseignement, préférant ne pas alimenter la panique.

Le quotidien londonien conclut avec une phrase aux allures de maxime : "ne jamais écarter un scénario parce qu’il semble sortir du domaine du rationnel ou du possible”.

Marius Laversanne 

ladepeche.fr

La Chine développerait un nouveau type d'arme nucléaire selon le renseignement américain

 

L’Agence de renseignement américaine estime que la Chine développe une nouvelle génération d’armes nucléaires, selon un reportage de la chaîne de télévision CNN citant plusieurs sources ayant connaissance de l’évaluation du renseignement.

Les agences de renseignement des États-Unis ont affirmé dimanche 22 février, citant Antara, que la Chine avait effectué un essai nucléaire explosif en juin 2020, une mesure que les États-Unis considèrent comme reflétant l’ambition de la Chine de transformer ses capacités nucléaires en les plus avancées au monde sur le plan technologique.

Le développement aurait porté sur le développement de missiles capables de transporter plusieurs têtes nucléaires mini.

La Chine est également soupçonnée de développer des armes nucléaires tactiques à faible puissance de détonation, qui n'avaient jamais été possédées par le pays auparavant.

Le porte-parole de l'ambassade de Chine à Washington, DC, Liu Pengyu, a dit à la chaîne de télévision que les États-Unis « avaient déformé et dénigré la politique nucléaire de la Chine ».

« C'est une manipulation politique visant à poursuivre l'hégémonie nucléaire et à éviter les responsabilités en matière de désarmement nucléaire... La Chine s'oppose fermement à ce genre de narration », a déclaré Liu.

« Les accusations des États-Unis sur la Chine concernant des essais nucléaires sont totalement sans fondement. La Chine s’oppose à toute tentative des États-Unis d’inventer des excuses pour poursuivre ses propres essais nucléaires », a ajouté Liu.

Des responsables américains ont dit à CNN que le gouvernement du président américain Donald Trump était déterminé à inclure la Chine dans un accord sur les armes nucléaires.

voi.id