Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

vendredi 21 août 2026

Le Conseil fédéral suisse demande un milliard d’euros de plus pour financer ses futures capacités de défense aérienne

 

Dans le programme d’armement 2026 dévoilé en mars dernier, le département suisse de la Défense, de la Protection de la population et des sports [DDPS] avait demandé 1,87 milliard de francs suisses [soit environ 2 milliards d’euros] pour acquérir différents systèmes de défense aérienne.

Cette enveloppe doit notamment financer l’achat de deux batteries IRIS-T SLM de moyenne portée supplémentaires auprès de l’allemand Diehl Defence pour un milliard de francs suisses [cinq unités ont déjà été commandées]. Il s’agit d’être en mesure de «couvrir une plus grande surface du territoire et de protéger davantage d’infrastructures critiques», avait expliqué le DDPS. En outre, l’objectif était aussi «d’augmenter le nombre de missiles disponibles afin d’améliorer la capacité à durer face aux menaces à distance», avait-il ajouté.

Pour la défense aérienne à courte portée, le programme d’armement prévoyait l’acquisition du système Oerlikon Skynex, développé par Rheinmetall Air Defence AG, pour 800 millions de francs suisses. Enfin, il était aussi question de consacrer 70 millions aux capacités de lutte antidrone [LAD].

Dans un autre domaine, pas si éloigné, le DDPS avait demandé 150 millions de francs suisses pour se procurer un «radar semi-stationnaire de moyenne portée» pour remplacer le système TAFLIR.

«Le crédit d’engagement demandé doit permettre une commande rapide des systèmes nécessaires, afin d’éviter une lacune capacitaire de longue durée après la mise hors service du TAFLIR», avait-il souligné.

Seulement, moins de six mois après, les crédits demandés pour lancer ces programmes d’acquisition se révèlent insuffisants. C’est en effet ce qu’a admis le gouvernement suisse [ou Conseil fédéral], via un communiqué diffusé le 19 août. Ainsi, il demande au Parlement de lui accorder une rallonge de 970 millions de francs suisses [soit 1 milliard d’euros] «afin de garantir les délais de livraison pour les acquisitions destinées à la défense aérienne conformément au message sur l’armée 2026».

Au regard du contexte sécuritaire, la demande en matière de moyens de défense aérienne a «fortement augmenté». Ce qui fait que les «capacités de production sont saturées pour plusieurs années» et que les «délais de livraison s’allongent», a d’abord relevé le Conseil fédéral. D’ailleurs, il ne le sait que trop bien avec les systèmes Patriot qu’il a commandés auprès des États-Unis… Reste que, a-t-il poursuivi, les industriels «exigent de plus en plus souvent des acomptes substantiels» et, sans ces derniers, des acquisitions urgentes pourraient être retardées de plusieurs années». D’où la rallonge budgétaire qu’il demande.

Dans le détail, il est question de verser des acomptes de 250 millions de francs suisses pour les systèmes Oerlikon Skynex, de 650 millions pour les batteries IRIS-T SLM, de 60 millions pour le radar de moyenne-portée et de 10 millions pour les capacités de lutte antidrone.

Ces «acomptes doivent permettre de garantir les livraisons dans les délais ainsi que la mise en place et l’entraînement des procédures d’engagement de la défense sol-air», a insisté le Conseil fédéral, après avoir souligné que «les actions hybrides et les attaques à distance constituaient les menaces les plus probables pour la Suisse».

opex360.com

Al Qaida et l’État Islamique ont une perception différente de l’IA

 

L’intelligence artificielle ne créera peut-être pas une nouvelle forme de terrorisme, mais elle rend les tactiques existantes moins coûteuses, plus rapides et plus faciles à mettre en œuvre. C’est en tout cas l’argument central d’un rapport publié en juillet 2026 par le Center for Strategic and International Studies, un think tank basé aux États-Unis.

Ce texte, par ailleurs tout à fait convaincant, laisse une question sans réponse : les différents groupes terroristes envisagent-ils tous cette technologie de la même manière? 

En tant qu’experte en terrorisme qui étudie la manière dont les groupes militants raisonnent et s’adaptent, j’ai analysé de nombreux éléments de propagande, manuels et documents stratégiques des deux mouvements djihadistes les plus influents du XXIᵉ siècle – Al-Qaida et l’État islamique –afin d’observer comment ils interprètent et adoptent les nouvelles technologies. Mes travaux reposent notamment sur l’analyse des utilisations documentées de l’IA par leurs médias et leurs partisans.

Ces groupes utilisent l’un comme l’autre l’IA à des fins de propagande, de recrutement, de sécurité et de planification. Mais Al-Qaida et les réseaux liés à l’État islamique l’abordent chacun différemment, conformément à la manière dont ils mènent leurs combats.

Al-Qaida est plus méthodique et pense en termes de décennies. L’État islamique, lui, agit rapidement et recherche des résultats immédiats.

En d’autres termes, l’approche de chaque groupe reflète sa culture organisationnelle et révèle une vision différente du temps et de la guerre. L’État islamique a construit son projet autour d’un califat à conquérir au plus vite – une urgence qui récompense quiconque produit un effet visible aujourd’hui. Al-Qaida, à l’inverse, a bâti son projet autour d’une guerre d’usure générationnelle, misant sur l’idée que la volonté et l’endurance pourraient triompher d’un ennemi technologiquement supérieur.

Pour l’État islamique, une stratégie d’adaptation

L’État islamique a longtemps été le plus offensif des deux mouvements en matière d’innovation médiatique.

Au plus fort de son califat autoproclamé en Syrie et en Irak, l’État islamique a mis en place un appareil sophistiqué, misant sur la rapidité et un haut niveau de professionnalisation. Cette dynamique s’est prolongée à l’ère de l’IA, portée par des partisans et des recrues plus jeunes, immergés dans la culture numérique, qui n’hésitent pas à expérimenter de nouveaux outils.

Depuis 2023, les affiliés de l’État islamique recourent de plus en plus à l’IA générative pour produire leur propagande. Après l’attentat perpétré en mars 2024 dans une salle de concert près de Moscou, qui a fait plus de 130 morts, des partisans du groupe ont diffusé une vidéo célébrant l’attaque. Celle-ci mettait en scène un faux présentateur arabophone, généré artificiellement, qui présentait l’attentat comme un épisode de la guerre plus large menée par l’organisation contre ses ennemis.

Des réseaux liés à l’État islamique ont également utilisé l’intelligence artificielle pour générer des images, accélérer les traductions et produire de la propagande multilingue.

En juin 2025, la branche afghane du groupe État islamique, l’État islamique du Khorasan (ISIS-K), a diffusé un numéro de son magazine en anglais, Voice of Khorasan, publié par la Fondation al-Azaim, qui présentait la maîtrise de l’IA comme un devoir religieux pour chaque musulman. Cela a conduit à assimiler juridiquement cette compétence au djihad défensif, que les idéologues djihadistes présentent souvent comme un devoir de combattre lorsque les musulmans, leur foi ou leur territoire sont attaqués. Selon cet article, l’IA est une force qui façonne déjà la guerre, le monde des affaires et l’identité. Le document met également en garde contre les deepfakes, la surveillance et la collecte de données, tout en proposant des conseils pratiques pour se protéger.

La Fondation a par la suite retiré la qualification religieuse, semble-t-il après avoir été raillée par d’autres groupes djihadistes, mais a maintenu les recommandations pratiques. Cet épisode, inscrit dans le cadre plus large des expérimentations menées par l’État islamique, reflète un schéma récurrent : une adoption rapide, suivie d’une correction doctrinale. Il révèle également une logique de mobilisation particulière. Les adeptes sont encouragés à considérer leur méconnaissance de cette technologie comme une vulnérabilité face à des adversaires qui l’utilisent déjà.

Dans les documents examinés, la question centrale n’est pas de savoir si l’IA modifie la nature de la guerre, mais comment l’utiliser, se protéger contre elle et éviter de se retrouver à la traîne.

Al-Qaida se lance aussi dans l’expérimentation

Les branches et les partisans d’Al-Qaida s’essaient également à cette technologie.

Des médias pro-Al-Qaida ont diffusé des images probablement générées par l’IA dès 2023, et ses réseaux ont fait la promotion d’ateliers et de guides sur les chatbots. En 2024, l’Armée électronique Al-Malahem a publié un guide intitulé « Des façons incroyables d’utiliser l’IA », offrant à ses partisans de nombreux conseils.

En juillet 2025, les Nations unies ont indiqué qu’Al-Shabaab, la branche somalienne d’Al-Qaida, utilisait des outils d’intelligence artificielle pour traduire ses messages en plusieurs langues.

En mai 2026, l’Agence nationale d’enquête indienne a engagé des poursuites concernant un attentat à la voiture piégée perpétré en novembre 2025 à Delhi, qui avait fait 11 morts. Les enquêteurs ont affirmé que la cellule responsable était liée à Al-Qaida dans le sous-continent indien et employait un ingénieur qui utilisait YouTube et ChatGPT pour effectuer des recherches sur les explosifs.

Par ailleurs, certains analystes ont émis l’hypothèse que les récentes adaptations en matière de drones menées par la branche ouest-africaine d’Al-Qaida pourraient impliquer des outils d’IA en open source. Les preuves restent toutefois fragiles.

Des militants liés à Al-Qaida ont mis en garde contre le risque que des « deepfakes » ne s’infiltrent dans leurs discussions en ligne ou ne les manipulent. Les comptes de réseaux sociaux liés à Al-Qaida ont également débattu de l’utilisation de l’IA pour la recherche religieuse. Certains messages affirmaient que s’appuyer sur cette technologie témoignait d’une connaissance religieuse insuffisante.

La nature de la guerre en mutation

Les deux mouvements enseignent donc à leurs partisans comment utiliser ces outils et s’en prémunir. Mais certains acteurs de l’écosystème médiatique pro-Al-Qaida posent une question différente : la technologie modifie-t-elle la nature même de la guerre ?

L’exemple le plus frappant est celui de la Fondation Anaziat, pro-Al-Qaida. Au fil de six numéros consécutifs de sa série Fiqh al-Harb (Jurisprudence de la guerre), parue en 2025, la fondation a publié des traductions en arabe d’ouvrages stratégiques occidentaux consacrés à l’IA, à la cyberguerre et aux évolutions technologiques.

Un texte examine ainsi l’IA et l’avenir de la guerre. Un autre se demande si les stratèges devraient prendre au sérieux la philosophie de l’IA. Deux autres débattent de la question de savoir si l’IA pourrait changer la nature même de la guerre. La série critique ensuite la cyberguerre et l’hypothèse selon laquelle la supériorité technologique pourrait venir à bout des réalités persistantes du conflit.

Ces textes donnent lieu à un débat révélateur qui revient sans cesse sur l’action humaine, la conscience, la finalité politique, la persévérance et la volonté. Cette série ne rend pas de verdict contre l’IA. Son intérêt réside plutôt dans les questions qu’elle choisit de poser et les hypothèses qu’elle ne cesse de remettre en question.

Des cultures organisationnelles différentes

Ces approches reflètent différents instincts organisationnels. Al-Qaida s’est historiquement montrée plus patiente et mesurée, envisageant sa lutte comme une guerre de longue haleine et contrôlant minutieusement ses messages. Sa stratégie repose sur un pari : la volonté politique et l’endurance peuvent l’emporter sur la supériorité technologique. Le mouvement a survécu à l’essor des drones, de la surveillance de masse et des frappes de précision en se dispersant, en encaissant les pertes subies, en s’adaptant et en patientant.

Les choix éditoriaux d’Anaziat se distinguent car ils font écho à ces hypothèses. Sa série d’articles s’appuie sur des chercheurs occidentaux qui se demandent si les machines et l’IA peuvent remplacer le jugement humain et surmonter l’incertitude de la guerre, et si des armes supérieures peuvent se substituer à l’endurance, à la volonté politique et à la volonté humaine. Ces réflexions mettent à l’épreuve la stratégie de « guerre longue » d’Al-Qaida, qui en revient sans cesse à la même conclusion : la technologie peut changer la manière dont les guerres sont menées sans pour autant déterminer qui, en fin de compte, tiendra le plus longtemps ou l’emportera.

Al-Qaida estime que l’endurance, la volonté politique et l’action humaine jouent en sa faveur. Selon elle, la supériorité militaire ou technologique ne garantit pas la victoire.

Les deux mouvements djihadistes utilisent l’IA pour bon nombre d’objectifs et de pratiques identiques. Il existe néanmoins une différence dans leur conception de cette technologie et dans les questions qu’ils se posent au-delà de son utilisation immédiate.

Le discours lié à l’État islamique considère l’IA principalement comme un outil à maîtriser dès maintenant. C’est également le cas d’une partie de l’écosystème pro-Al-Qaida, mais celui-ci l’inscrit également dans un débat plus large sur la guerre, la persévérance et la victoire stratégique. Ces cultures organisationnelles pourraient déterminer non seulement quels outils d’IA chaque mouvement adoptera à l’avenir, mais aussi à quelles fins – et de quelle manière – il les utilisera.

mondafrique.com

RDC: Ebola avance de manière exponentielle


«L'épidémie d'Ebola progresse de manière exponentielle. L'épidémie s'étend largement : elle couvre désormais une superficie supérieure à celle de la France», a déclaré Julien Harneis depuis Bunia (RDC) lors d'une conférence de presse à Genève. A ce jour, l'épidémie a fait «plus de 2500 morts. Le bilan des décès s'alourdit évidemment chaque jour», a-t-il ajouté, précisant que la moitié des décès était survenue «au cours des 20 derniers jours».

«Sa propagation dépasse la rapidité de notre réponse ; elle s'intensifie et s'étend plus vite que les efforts déployés dans toute la région», a souligné Julien Harneis. L'épidémie a dépassé en seulement trois mois celle de 2018-2020 dans l'est de la RDC, considérée jusqu'alors comme la plus meurtrière de l'histoire du pays (2299 morts sur 3381 cas confirmés, selon les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé basés sur les données des autorités congolaises).

Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique, a tué plus de 15'000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années. Il n'existe aucun vaccin ou traitement spécifique homologué contre la souche Bundibugyo d'Ebola, à l'origine de la flambée actuelle, mais des essais cliniques sont en cours et 70.000 doses du vaccin Ervebo, homologué contre Zaïre, une autre souche du virus, ont été envoyées en RDC pour évaluer son impact sur Bundibugyo.

AFP

L’Otan a déployé un dispositif aérien inédit près du territoire russe de Kaliningrad

 

Ces dernières années, et notamment depuis le début de la guerre en Ukraine, des pays membres de l’Otan envoient régulièrement des aéronefs dédiés au renseignement d’origine électromagnétique [ROEM] patrouiller près de la Russie, que ce soit en mer Baltique, de en mer Noire et en mer de Norvège. De telles missions peuvent parfois donner lieu à des interactions «musclées» avec les forces aérospatiales russes.

Cela étant, les dernières opérations menées par l’Otan aux abords de l’enclave russe de Kaliningrad, les 18 et 20 août, ont été inhabituelles non seulement de par leur ampleur mais aussi de par les moyens qu’elles ont mobilisés.

Pour rappel, coincé entre la Pologne et la Lituanie, Kaliningrad est un territoire fortement militarisé, les forces russes y ayant déployé des missiles Iskander [à capacité nucléaire], des systèmes de défense aérienne S400 ainsi que de puissants moyens de guerre électronique, comme le dispositif Tobol. Avec les navires de la flotte de la Baltique, la Russie est en mesure d’activer des capacités de déni d’accès et d’interdiction de zone [A2/AD] dans la région, voire de bloquer le corridor de Suwalki, et donc de couper les pays baltes de leurs alliés de l’Otan.

La Suède et la Finlande ayant fini par rejoindre l’Otan, la mer Baltique est devenue un «lac otanien», pour reprendre l’expression utilisée par l’amiral Nicolas Vaujour quand il était encore chef d’état-major de la Marine nationale. Et cela alors que cette région est cruciale pour l’économie de la Russie étant donné que 30 à 35 % de ses échanges commerciaux [et 80 % de ses exportations d’hydrocarbures] y transitent. D’où son intérêt de disposer d’une bulle A2/AD à Kaliningrad.

Quoi qu’il en soit, selon les données du trafic aérien compilées par le site Itamilradar, le dispositif déployé aux abords de Kaliningrad le 18 août reposait sur un avion de détection et de commandement aéroportés E-3A Sentry de l’Otan, un CL-600 «ARTEMIS» [pour Airborne Reconnaissance and Targeting Multi-Mission Intelligence System] de l’US Army ainsi que sur un E-37B Compass Call de l’US Air Force.

Ces appareils étaient soutenus par trois avions ravitailleurs [un KC-767 italien, un KC-135R américain et deux A330 MRTT de la flotte multinationale MRTT de l’Otan. En outre, des chasseurs F-35A de l’US Air Force et de la force aérienne royale norvégienne assuraient la protection de ce dispositif. Des forces terrestres polonaises étaient également de la partie.

La présence simultanée d’un CL-650 Artemis et d’un E-37B Compass Call est a priori inédite. D’où le caractère inhabituel de cette opération, décrite comme un «exercice». Le premier avion est bardé de capteurs lui permettant de localiser, d’intercepter et d’analyser les émissions électromagnétiques. Le second, récemment entré en service au sein de l’US Air Force, où il remplace l’EC-130H Compass Call, fait la même chose, à ceci près qu’il dispose de la capacité de brouiller les signaux. Il s’agissait de sa première apparition près de Kaliningrad.

Deux jours plus tard, un dispositif similaire a été de nouveau déployé dans la même zone, avec trois KC-135R supplémentaires et un avion de patrouille maritime allemand P-8A Poseidon.

Pour le moment, se retranchant derrière les impératifs de sécurité opérationnelle, l’Otan n’a que très peu communiqué sur ces vols au-dessus de la Baltique. Sans doute parce que ce n’était pas elle qui était à la manœuvre.

«L’Otan est une alliance défensive, et les alliés améliorent constamment leurs capacités de défense. L’exercice du 18 août dans la région de la mer Baltique, impliquant des avions de chasse américains et norvégiens, des forces terrestres polonaises et un AWACS de l’Otan, sous la supervision des États-Unis, illustre cette approche», a seulement commenté le colonel Martin O’Donnell, le porte-parole du Grand quartier général des puissances alliées en Europe [SHAPE], auprès de la presse polonaise.

opex360.com

Groenland : si loin, si proche du Danemark

 

Selon le président des États-Unis, Donald Trump (depuis 2025), le Groenland doit être américain, au détriment de la souveraineté danoise. Ce territoire attise les convoitises pour ses richesses. Si l’île conserve une autonomie vis-à-vis de Copenhague, elle semble attachée à ses dimensions européennes, alors que le Danemark, pays-archipel, a construit une partie de son identité historique sur les pertes territoriales.

i le Danemark est « fier d’être petit », il doit affronter le risque d’un morcellement interne. Face à un archipel de 444 îles, dont 75 % comptent moins de 200 habitants, l’État assure la continuité territoriale par la construction de ponts et de tunnels et par le financement de liaisons en ferry. Les distances sont allongées, d’autant que Copenhague apparaît comme une capitale décentrée. Le déclin démographique et les mutations économiques affectent certains territoires de la « banane pourrie », une zone s’étendant du nord-ouest du Jutland aux îles méridionales, en passant par les côtes de la mer du Nord et les zones frontalières avec l’Allemagne.

Dépendance groenlandaise

Concernant les frontières externes, le mouvement de repli territorial n’est pas terminé puisque le Danemark comporte deux territoires autonomes dont l’avenir reste ouvert : les îles Féroé et le Groenland. Deuxième plus grande île du monde, avec 2,16 millions de kilomètres carrés et quelque 56 542 habitants, ce dernier est devenu une province en 1953 et a obtenu en 1979 un statut de territoire autonome, qui a été renforcé en 2009. La dépendance envers le Danemark demeure forte : organisation de l’administration et des services, subventions danoises à hauteur de 540 millions d’euros par an, contrôle sanitaire des exportations…

Le Groenland apparaît stratégique tant pour sa localisation géographique, au croisement de routes maritimes, que pour les ressources qu’il abrite, bien qu’elles soient difficiles à exploiter (hydrocarbures, minerais, uranium, terres rares…), pour les fantasmes économiques qu’il suscite (tourisme, refroidissement des data centers, exploitation d’eau douce, production énergétique), ainsi que pour les archives environnementales qu’il renferme. La violence exercée dans le passé par les Danois sur les Inuits a renforcé une velléité d’indépendance, dans un climat où l’autonomie groenlandaise est malgré tout respectée sur plusieurs aspects : apprentissage de la langue officielle (kalaallisut), organisation d’une fête nationale, maintien de nombreuses traditions. La viabilité économique et ­financière du Groenland est également un enjeu, bien que cet argument soit utilisé par le Danemark, qui pointe la dépendance du territoire aux subventions.

Ces facteurs rendent ambivalent le désir de séparation. Au Danemark, le Groenland est associé à la difficile intégration et aux problèmes d’alcoolisme des Groenlandais venus à Copenhague dans les années 1960-1970. Le territoire autonome est représenté dans la capitale danoise dans l’espace public (avec des statues, des drapeaux…) et les lieux culturels. Par ailleurs, l’île attise les convoitises depuis longtemps. Les États-Unis y possèdent une base (Pituffik) et ont développé un soft power avec des coopérations universitaires.

Convoitises géopolitiques

La crise des aéroports illustre la complexité du jeu géopolitique. Le Groenland ne peut prétendre à l’indépendance si Nuuk n’affirme pas son rôle de centralité régionale. Jusqu’en 2024, avec une piste d’à peine 950 mètres de longueur, l’aéroport de la capitale dépendait des hubs de Kangerlussuaq ou de Reykjavik (Islande). Y construire une nouvelle infrastructure apparaissait nécessaire, tout comme à Ilulissat, porte touristique du territoire, et à Qaqortoq. Des pistes plus longues permettent également de développer des lignes internationales. Devant la crainte d’une trop forte contribution chinoise, Copenhague s’est engagé financièrement sous la pression américaine. Depuis l’été 2025, une rotation opérée par United Airlines est proposée entre Nuuk et Newark (New Jersey) entre juin et septembre.

L’attitude prédatrice de Donald Trump s’ancre dans son opposition à Pékin. La rhétorique de la protection face à la menace chinoise côtoie une volonté de la concurrencer en Arctique. Le président américain use aussi d’une relecture historique de la présence américaine au Groenland, les propositions d’acquisition par les États-Unis étant anciennes (1867, 1910, 1946, 1955). Le Groenland incarne également la mémoire de la guerre froide, au cours de laquelle il a occupé une position stratégique : les Américains s’en servaient par exemple pour détecter des sous-marins soviétiques dans l’Atlantique. Enfin, il s’inscrit dans la constitution, par le président américain, d’une « arrière-cour » économique et de ressources, alors que le Parlement et le gouvernement groenlandais ont interdit en 2021 l’exploitation du pétrole. Tandis que les États-Unis pouvaient susciter une certaine fascination au Groenland, l’attitude de Donald Trump rassemble Groenlandais et Danois autour de la défense de l’intégrité territoriale. Cette crise demandera-t-elle une clarification quant au chemin vers l’indépendance, à une protection internationale ou à une nouvelle relation avec l’Union européenne ? 

Enjeux géopolitiques autour du Groenland


Nicolas Escach

Laura Margueritte

areion24.news