Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

samedi 24 octobre 2026

En Asie, la transition énergétique n'est plus une politique climatique

 

Le 28 février 2026, le détroit d’Ormuz s’est fermé. 84% du pétrole brut qui y transitait était destiné à l’Asie. En six semaines, le choc a fait pour la transition énergétique asiatique ce que quinze ans de diplomatie climatique n’avaient pas réussi, et il l’a fait dans les deux sens.

À Manille, le 9 mars 2026, les stations-service affichent des panneaux « plus de carburant. » À Bangkok, le gouvernement plafonne le prix du gazole, demande aux fonctionnaires de travailler depuis chez eux et invite les citoyens à venir au bureau en chemisette pour économiser la climatisation. À Séoul, les acheteurs de brut cherchent en urgence des barils qui ne passent pas par Ormuz. À Tokyo, où 95% du pétrole importé vient du Golfe, le gouvernement prépare la levée temporaire des restrictions pesant sur les centrales à charbon.

Le détroit d’Ormuz a été fermé à la suite des frappes américano-israéliennes contre l’Iran. L’Agence internationale de l’énergie (AIEA) a parlé du plus important choc d’approvisionnement de l’histoire. Selon la Banque mondiale, l’offre mondiale de pétrole a chuté de 10,1 millions de barils par jour au mois de mars. Le Brent a grimpé de plus de 90 % par rapport au début de l’année, le gazole de plus de 75 %, le kérosène de plus de 170 %.

Aux Philippines, qui importent 98 % de leur pétrole du Moyen-Orient, le prix du gaz naturel liquéfié (GNL) a triplé ; l’état d’urgence énergétique national a duré de fin mars à fin juin, et l’institut public de recherche sur le développement a estimé que la crise pouvait faire basculer entre 1,3 et 3,1 millions de Philippins sous le seuil de pauvreté.

L’accord américano-iranien de juin a permis une réouverture progressive. Le blocus naval a été levé le 18 juin, les flux de brut sont revenus près de leurs niveaux d’avant-guerre au début d’octobre, mais l’agence américaine d’information sur l’énergie n’attend pas de normalisation complète de la production moyen-orientale avant début 2027, et une prime de risque persiste.

Pour comprendre ce que cette année fait à l’économie verte asiatique, il faut accepter une idée inconfortable. La décarbonation n’y avance presque jamais pour des raisons climatiques.

Le réflexe charbon

Premier mouvement, immédiat et régressif. Le Japon annonce fin mars la suspension temporaire des contraintes réglementaires sur ses centrales à charbon. La Corée du Sud supprime le plafond qui limitait à 80% le taux de fonctionnement de son parc charbonnier ; ses importations de charbon bondissent de plus de 26 % sur un an en mars et avril. La Thaïlande remet en service deux centrales qu’elle avait fermées l’année précédente. Taïwan redémarre des tranches au charbon. Les Philippines en brûlent davantage.

Aucun de ces gouvernements ne revendique un revirement climatique. Tous invoquent la sécurité d’approvisionnement, et tous présentent la mesure comme temporaire. C’est précisément ce qui inquiète les spécialistes de la région. Une fois qu’une centrale amortie a été relancée, l’économie politique du prix de l’électricité rend sa fermeture très difficile.

Sharon Seah, qui dirige le programme climat de l’ISEAS-Yusof Ishak Institute à Singapour, met en garde contre un verrouillage carbone de long terme lorsqu’un pays revient sur le calendrier de retrait de son parc vieillissant. Sandeep Pai, de l’université Duke, résume la logique sans détour qu’en dernière analyse, la sécurité énergétique l’emporte sur toute autre considération.

Il faut y ajouter un effet de second ordre, rarement commenté. Les grands exportateurs de charbon de la zone (notamment l’Australie et l’Indonésie) ont intérêt, en situation de tension, à garder leur production pour eux plutôt que de la vendre aux voisins.

La Chine, elle, a ordonné dès le début de la crise à ses raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole, d’essence et de kérosène. La solidarité énergétique régionale, concept dont l’ASEAN parle depuis vingt ans, n’a pas survécu au premier hiver.

Le pari nucléaire

Deuxième mouvement, plus lent et plus lourd de conséquences. L’Asie, qui débattait du nucléaire depuis Fukushima sans trancher, a tranché.

Le revirement le plus spectaculaire est taïwanais. Le Parti démocrate progressiste (DPP) gouverne depuis 2016 sur une promesse de « patrie sans nucléaire » ; l’île a débranché son dernier réacteur en 2025. Un an plus tard, le président Lai Ching-te annonce le redémarrage de deux tranches à l’arrêt.

Le Japon accélère la remise en service des réacteurs mis à l’arrêt après 2011. La Corée du Sud, qui n’a jamais vraiment quitté l’atome, en fait le pivot de sa stratégie post-Ormuz. Et l’Asie du Sud-Est, qui ne compte à ce jour pas un seul réacteur en fonctionnement, explore sérieusement l’option pour la première fois.

La raison tient en une phrase. Le nucléaire est la seule source pilotable et bas-carbone dont le combustible ne transite pas par un détroit que l’on peut fermer. Elle vaut ce qu’elle vaut. Les délais de construction se comptent en décennies, le financement reste problématique et l’acceptabilité sociale demeure fragile dans des pays sismiques. Mais pour la première fois depuis 2011, le nucléaire asiatique a un argument que l’opinion entend.

Le pays qui n’a presque rien senti

Et puis il y a la Chine, dont la position dans cette crise mérite un paragraphe à elle seule, car elle valide a posteriori quinze ans de politique industrielle. Pékin a traversé le choc d’Ormuz presque sans dommage. Son système électrique repose sur le charbon, le nucléaire et les renouvelables, non sur le pétrole et le GNL ; ses réserves stratégiques sont estimées à environ cent vingt jours d’importations. Pendant que ses voisins rationnaient, la Chine a continué à fonctionner.

Les chiffres de son parc électrique disent pourquoi. En février 2026, la capacité installée non-fossile a dépassé pour la première fois la capacité fossile, à environ 52% du total. Le pays a installé 277 gigawatts de solaire en 2024, puis 315 en 2025. Davantage, chaque année, que le reste du monde réuni. À la mi-2026, l’éolien et le solaire cumulés approchaient les 2 000 gigawatts, auxquels s’ajoutent 454 gigawatts d’hydroélectricité. Le quinzième plan quinquennal fixe la cible de 3 500 gigawatts de renouvelables en 2030, dont 2 800 d’éolien et de solaire. Les véhicules électriques et hybrides rechargeables représentaient 58,5 % des ventes automobiles domestiques en juin.

Mais il faut se garder du récit héroïque, car les données de 2026 racontent aussi autre chose. Après une première baisse annuelle des émissions de CO2 en 2025, un événement historique en soit, celles-ci sont reparties de 2% au premier trimestre 2026. La cause n’est pas un ralentissement des installations, c’est le gaspillage. Le taux d’écrêtement a atteint 9,2% pour le solaire et 8,5% pour l’éolien, faute d’un réseau et de mécanismes de marché capables d’absorber cette production.

Dans le même temps, la mise en service de capacités thermiques neuves battait un record sur les cinq premiers mois de l’année, en hausse de 84%. La Chine construit simultanément le plus grand parc renouvelable du monde et un système de soutien au charbon qui l’empêche de fonctionner à plein. Les émissions restent sous le pic de mars 2024, mais la trajectoire n’est pas linéaire et elle dépend désormais moins des panneaux que des lignes à haute tension.

L’Inde, ou le piège de la capacité

Le cas indien illustre un malentendu courant. En mai 2026, la capacité renouvelable installée du pays (hors grande hydraulique) a dépassé pour la première fois celle du charbon, soit 230,8 gigawatts contre 230,1. New Delhi a atteint cinq ans à l’avance son objectif de 50% de capacité non fossile. Au 30 juin, le total renouvelable atteignait 288,6 gigawatts, dont 162 de solaire, après un premier semestre record, environ 26 gigawatts de solaire installés en six mois, en hausse de plus de 40 %. L’objectif de 500 gigawatts non fossiles en 2030 est devenu, de l’avis général, une question de calendrier plutôt que de faisabilité.

Et pourtant le charbon fournit toujours près de 70% de l’électricité indienne. L’explication est arithmétique. Un parc solaire tourne en moyenne à 20 % de sa puissance nominale, une centrale à charbon indienne à plus de 60%.

La capacité n’est pas la production. Tant que l’Inde n’aura pas massivement déployé le stockage et le réseau qui permettent de déplacer l’électron solaire de midi vers le pic de dix-neuf heures, les gigawatts installés resteront une statistique flatteuse plutôt qu’une courbe d’émissions qui s’infléchit. C’est aussi, du reste, là que l’argent se déplace. Le stockage, les projets hybrides et les lignes de transport sont devenus les segments les plus recherchés du marché indien.

L’usine du monde vert

Reste la dimension qui transforme l’économie verte asiatique en question géopolitique, et non plus seulement énergétique. La Chine fabrique la transition mondiale. Elle représente environ 80 à 85% de la capacité de production de panneaux solaires, 80% des cellules et systèmes de batteries, 70% de l’éolien et des véhicules électriques, près de 60% des électrolyseurs à hydrogène.

Ses exportations de technologies bas-carbone ont progressé de 51% sur un an en juillet 2026, celles de véhicules électriques de 90%. En mars, au plus fort de la crise pétrolière, elle a exporté un record de 68 gigawatts de panneaux en un seul mois, et une cinquantaine de pays ont battu leur record d’importation.

L’analyse est devenue banale dans les milieux énergétiques. Le choc d’Ormuz, loin de freiner le déploiement des renouvelables, l’a accéléré partout où le réseau était fragile et le carburant devenu inabordable.

Mais cette dominance a cessé d’être seulement commerciale. Depuis avril 2025, Pékin utilise les terres rares comme instrument de politique étrangère, en réponse aux restrictions américaines sur les semi-conducteurs. Le pays assure environ 90% de la séparation mondiale des oxydes de terres rares et plus de 90% de la fabrication des aimants permanents (ceux des moteurs de véhicules électriques et des éoliennes offshore).

L’AIEA a estimé en juillet 2026 que la pleine application de ces contrôles exposerait quelque 6 500 milliards de dollars de production en aval hors de Chine. Les contrôles les plus durs ont été suspendus jusqu’au 10 janvier 2027 à l’issue du sommet Trump-Xi de Washington, mais rien n’a été démantelé. Les restrictions d’avril 2025 restent en vigueur, et les exportations de terres rares soumises à licence vers le Japon étaient nulles trois mois d’affilée à l’été. Mi-octobre, Pékin mettait en consultation un catalogue ajoutant quarante technologies à contrôler, dont des procédés de fabrication solaire.

Le paradoxe est brutal et il structurera la décennie. L’Asie sort d’un détroit pour entrer dans une usine. Elle réduit sa dépendance à un passage stratégique maritime contrôlé par des tiers en augmentant sa dépendance à des chaînes industrielles contrôlées par son voisin le plus puissant. Le Japon, la Corée et l’Inde le savent, et c’est la raison pour laquelle leurs plans « verts » comportent désormais un volet industriel autant qu’un volet climatique. New Delhi a porté sa capacité de fabrication de modules solaires à plus de 170 gigawatts, non par vertu écologique mais par refus de substituer une dépendance à une autre.

La force et la faiblesse d’une transition sans morale

Il faut en tirer la conclusion qui s’impose, même si elle déplaît aux deux camps du débat climatique. L’économie verte asiatique n’est pas un projet moral. C’est une politique industrielle doublée d’une politique de sécurité. Cela lui donne une robustesse que les transitions occidentales n’ont pas.

Elle ne dépend ni d’une majorité parlementaire convaincue du réchauffement, ni de la popularité d’un mouvement écologiste. Un panneau solaire chinois posé au Pakistan ou aux Philippines l’est parce qu’il revient moins cher que le diesel, et il le reste quel que soit le gouvernement.

Mais la même indifférence joue dans l’autre sens. Une politique énergétique qui ne répond qu’à la sécurité et au prix construit du charbon dès lors que le charbon est sûr et bon marché, et c’est exactement ce qui s’est produit entre mars et juin de cette année. Elle n’a aucune raison structurelle de fermer une centrale amortie, ni d’investir dans un réseau qui ne rapporte rien à celui qui le finance, ni de renoncer à un fournisseur dominant tant qu’il livre.

Le vrai test des dix-huit prochains mois n’est donc ni le sommet d’Antalya de 2026 sur les changements climatiques (COP 31) en novembre ni les objectifs de 2030. Maintenant que le pétrole recommence à circuler, les gouvernements asiatiques débrancheront-ils les centrales qu’ils ont rallumées en urgence et construiront-ils les lignes et les batteries qui transformeraient leurs gigawatts installés en électricité réellement consommée ?

La réponse à cette question pèsera davantage sur le climat mondial que tout ce qui se dira dans un centre de conférences méditerranéen.

Andrew Bernard

asialyst.com

jeudi 22 octobre 2026

Le Pentagone développerait de nouvelles capacités en matière d’espionnage clandestin et de sabotage

 

Selon Politico, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, et son secrétaire adjoint Steve Feinberg, ont rapidement mis en place de nouvelles initiatives en toute discrétion, en procédant principalement à la réorganisation de deux programmes de renseignement clandestins déjà existants. Ces projets seraient pilotés par Feinberg, qui bénéficie des conseils de Tom Rakusan, un ancien haut responsable de la branche chargée des opérations clandestines de la CIA.

Selon le Washington Post, un nouveau programme consacré aux agents opérant sous une couverture non officielle, appelés “nonofficial cover officers” (NOC), se trouve encore au stade de la planification. Ces agents américains opéreraient sous une fausse identité, sans lien apparent avec le gouvernement, par exemple en se faisant passer pour des hommes d’affaires ou des employés du secteur privé. Leur mission consisterait à recueillir des informations économiques et technologiques sur des concurrents tels que la Chine.

Parallèlement, Politico rapporte que le Pentagone a discrètement créé, dès le mois d’avril, une nouvelle structure baptisée “Technology Support Office” (TSO). Cette unité aurait pour mission de perturber les programmes technologiques étrangers susceptibles de menacer la supériorité militaire américaine. Selon des sources proches du dossier, ces opérations pourraient prendre la forme de sabotages de chaînes d’approvisionnement, de campagnes de désinformation ou encore de manipulations clandestines de composants destinés à être intégrés dans des systèmes d’armement étrangers.

Des services américains peu enthousiastes

Les deux médias soulignent que ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie plus large dans l’approche américaine en matière de sécurité, qui accorde une importance croissante à la concurrence économique et technologique. Au cours des derniers mois, l’administration Trump a largement misé sur les moyens de pression économiques, les restrictions à l’exportation et les investissements dans les matières premières stratégiques et les technologies.

Le Washington Post avance également que le Pentagone souhaite aussi renforcer ses propres capacités en matière de renseignement humain. Cette ambition est notable, car ce type d’opérations relève traditionnellement de la CIA. Le journal rapporte que certains anciens responsables de l’agence craignent que le Pentagone ne cherche ainsi à mettre en place un service de renseignement parallèle.

Politico pour sa part signale que la création du TSO a également suscité des résistances au sein d’autres services de sécurité américains, notamment le Cyber Command et le Special Operations Command, qui redoutent de perdre des prérogatives et des ressources budgétaires.

Les deux médias soulèvent également des interrogations concernant le contrôle démocratique de ces initiatives. Selon leurs sources, seuls des groupes restreints de membres du Congrès ont été informés des projets. Les critiques mettent en garde contre le risque que le secret entourant ces opérations ne rende plus difficile le contrôle de leur mise en œuvre et d’éventuels conflits d’intérêts.

Le Pentagone conteste ces révélations. Son porte-parole, Jacob Bliss, a répondu au Washington Post et à Politico que les initiatives décrites étaient “tout simplement fausses” et que les sources des journalistes leur transmettaient des informations erronées. “La personne qui vous avance ces affirmations est soit mal informée, soit cherche délibérément à vous induire en erreur pour vous vendre ses fantasmes”, a affirmé Bliss.

Luka Geets

7sur7.be

Allemagne : arrestation d'un Ukrainien soupçonné d'espionnage pour la Russie

 

Désigné sous le nom de Vadym Y., celui-ci "était en contact, par l'intermédiaire d'un tiers, avec un service de renseignement russe", et ce au plus tard depuis juillet 2025, a indiqué le parquet allemand dans un communiqué.

Il s'agissait notamment de "renseignements sur la production de véhicules blindés, de munitions et d'explosifs, ainsi que sur le personnel et les installations militaires situés sur des sites destinés à la sécurisation du flanc Est de l'Otan", a détaillé cette source.

Parmi les informations transmises, certaines étaient en libre accès. D'autres provenaient de personnes issues du secteur européen de l'armement que le suspect a "ciblées et sollicitées", selon le communiqué.

L'agent présumé a été arrêté dans le Brandebourg, près de Berlin, et sera présenté vendredi au juge d'instruction.

Ces agissements ont eu lieu "dans le cadre de la guerre entre la Fédération de Russie et l'Ukraine", a expliqué le parquet.

Un autre Ukrainien avait été arrêté cet été en Allemagne, suspecté d'avoir espionné une entreprise d'armement en Bavière à des fins de sabotage pour le compte d'un service de renseignement étranger.

Berlin soutient activement Kiev depuis le début de l'invasion russe en 2022 et le chancelier allemand Friedrich Merz a milité la semaine dernière en faveur de l'augmentation des financements européens à l'Ukraine dans son budget de 2027.

Martin Jäger, chef du service de renseignement extérieur allemand BND, a déclaré aux parlementaires ce mois-ci que la "guerre de l'ombre" non déclarée menée par la Russie contre l'Allemagne et ses alliés s'intensifiait davantage et avait "pris un caractère nouveau, plus dangereux".

dhnet.be

Niger: libération d'une otage suisse après 18 mois

 

Deux ressortissantes européennes, une Suissesse et une Autrichienne, enlevées au Niger il y a plus d'un an, ont été libérées et sont arrivées à Benghazi, dans l'est de la Libye, a annoncé une chaîne locale dans la nuit de mercredi à jeudi.

«Deux otages, une Suissesse et une Autrichienne, ont été libérées après un an et demi de détention au Niger et sont arrivées à Benghazi grâce à l'intervention du commandant en chef adjoint», Saddam Haftar, a annoncé la chaîne libyenne al-Masar. «Le Commandant en chef adjoint, lieutenant-général Saddam Khalifa Haftar, est intervenu dans les efforts pour les libérer, en réponse aux appels de leurs familles», a ajouté al-Masar sur la plateforme X.

Efforts libyens

Dans une vidéo diffusée par la chaîne de télévision al-Masar, basée dans l'est, les deux femmes sont apparues fatiguées et, assises sous un portrait du maréchal Haftar, se sont exprimées en français pour remercier leurs libérateurs.

«Je m'appelle Claudia Abbt. Je suis d'origine suisse. J'ai 69 ans. J'ai été prise en otage (il y a) une année et six mois. Maintenant je suis contente d'être libre et je remercie le maréchal Khalifa Haftar et son fils le général Saddam Haftar pour tout ce qu'ils ont fait pour me libérer».

«Je m'appelle Eva Gretzmacher, je suis Autrichienne, j'ai 76 ans. Je remercie du fond de mon coeur le maréchal Khalifa Haftar et son fils Saddam qui nous a libérées. Une année et neuf mois en otage», a-t-elle déclaré.

La Libye est minée par les divisions depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 et deux exécutifs s'y disputent le pouvoir: celui dirigé par Abdelhamid Dbeibah, reconnu par l'ONU et basé à Tripoli, et un autre dans l'Est, contrôlé par le puissant maréchal Khalifa Haftar et son clan.

ATS

mercredi 21 octobre 2026

Népal : Retour sur la catastrophe de Rasuwa

 

Le glissement de terrain catastrophique de Rasuwa illustre l’incapacité des autorités à anticiper les ravages du changement climatique dans l’Himalaya, et le dénuement du Népal face à ses trois immenses voisins que sont la Chine, l’Inde et le Pakistan.

La catastrophe de Rasuwa, symbolisée par la vague qui a submergé le poste-frontière Népal-Tibet de Gyirong, a le 26 août vers 10h30 fait au moins 7000 victimes, presque autant que le séisme de 2015. La puissance des flots a emporté certains jusqu’à 180 kilomètres en aval. L’armée et la police ont néanmoins secouru près de 14.000 personnes, souvent réfugiées sur des versants escarpés. Selon le ministère de l’Éducation, 9 430 enfants sont directement touchés par la perte d’un parent ou la destruction de leur maison ou de leur école. Selon l’UNICEF, 17 000 enfants ont besoin d’un soutien en santé mentale. Les crues ont endommagé ou détruit 35 établissements scolaires.

Et voilà que la coulée mortelle vient de se reproduire le 11 octobre dans une autre région montagneuse alors même qu’on n’a pas encore identifié la majorité de ceux qui ont péri le 26 août. Or cela peut durer longtemps avec de lourdes conséquences pour les survivants, en particulier les enfants faute de certificats de décès de leurs parents.

Une catastrophe prévisible

Comme l’écrit le Nepali Times dès le 30 août, la catastrophe était tout sauf imprévue même si certains ont douté de l’authenticité des images sous leurs yeux. La tragédie, ce n’est pas seulement l’inondation, c’est qu’on a du mal à y croire, n’était-ce pas de la « réalité augmentée » se demande son fondateur, Kunda Dixit ?

Au pouvoir depuis à peine 6 mois, le RSP (Rastriya Swatantra Party) a été confronté à ce phénomène aux dimensions épiques.

La catastrophe a mis en lumière l’incapacité des pouvoirs précédents à faire face à un changement climatique qui, certes, n’est pas principalement dû au Népal, mais que les pouvoirs publics n’ont pas su prévoir alors que les cris d’alarme d’ICIMOD (International Center for Integrated Mountain Development) repris par le Nepali Times dès 2015 n’avaient pas manqué.

Car c’est bien le dérèglement du climat qui est la première cause du torrent de boue et débris de 80 m de haut au poste-frontière de Gyiron avec le Tibet occupé par la Chine qui a tout emporté en débordant du cours de la rivière Trishuli, d’ordinaire paisible torrent de montagne. Un morceau de glace et de roche s’est détaché de la face nord du mont Langtang Lirung, à environ 5 200 m d’altitude et a plongé environ 800 mètres plus bas sur un glacier. « Sur une pente extrêmement forte, la gravité a rapidement accéléré l’eau et les débris, » selon le dernier rapport du géologue Sudan Bikash Maharjan, de l’ICIMOD, qui a estimé à 142 millions de mètres cubes le volume qui a déferlé dans la vallée. Cette masse a parcouru une distance de 20 km en à peine sept minutes.

La catastrophe a fait en Chine un nombre inconnu de victimes : au moins 43 morts et entre 260 et plus de 500 disparus officiellement, mais on sait qu’en Chine la réalité est souvent différente. Le président chinois Xi Jinping a certes ordonné « la mobilisation de tous les moyens » afin de secourir les blessés et de minimiser les pertes humaines après ce drame. Le lendemain les autorités népalaises, prévenues par celles de Chine, ont averti que le torrent mortel risquait de continuer sa course en aval. En même temps, elles demandaient aux aides étrangères de ne pas porter directement secours mais d’offrir leur assistance à une liste de besoins que les pouvoirs publics identifieraient, réaction nationaliste déjà à l’œuvre dans d’autres catastrophes.

On a cru à un séisme mais il est vite apparu que c’était la catastrophe qui avait provoqué un tremblement de terre d’une magnitude de 5,2 et non l’inverse.

Des agences de presse internationales – beaucoup d’étrangers, notamment des pèlerins indiens, se trouvaient parmi les victimes – ont rapidement fait le lien avec des risques similaires ailleurs au Népal comme dans d’autres pays himalayens.

Même le Président Donald Trump, ému par la catastrophe et sensible à la présence d’Américains parmi les victimes, s’est engagé à fournir au Népal « tout ce dont il aurait besoin. » Idem pour l’Australie, qui est passée par des organisations internationales comme le programme alimentaire mondial (PAM) et l’Inde. Le journaliste Kunda Dixit observe qu’à ses débuts comme correspondant, il fallait être conforme aux 4Ns – New, Near, Negative and North – pour être publié. Ça s’est un peu amélioré : les médias aiment les catastrophes, même au Sud…

Les inondations et les glissements de terrain sont pourtant fréquents pendant la mousson d’été (juin-septembre) au Népal et dans toute l’Asie du Sud. Mais selon les scientifiques, le réchauffement climatique, s’il n’explique pas tout, accroît leur intensité et leur fréquence.

Les fumées suscitées par l’écobuage (brûlis volontaires), la cuisson des briques, les usines qui créent un effet de serre, une circulation automobile anarchique dans toute l’Asie du Sud figurent parmi les causes de la fonte des glaciers, deux fois plus rapide dans l’Himalaya qu’au niveau du sol.

Se rendant à la semaine des Nations Unies qui permet à tous, même les plus pauvres dont fait partie le Népal de se faire entendre, le Premier ministre Balen Shah a rappelé que son pays n’était à l’origine que de 0,05% des gaz à effet de serre, mais il est de ceux qui en souffrent le plus.

La Banque mondiale a particulièrement étudié les conséquences pour l’économie népalaise. Elle estime les dommages causés par la catastrophe à environ 2,7 milliards de dollars (estimation supérieure à celle du Népal qui s’établissait à 1,81 Md USD). Les besoins de financement pour la reconstruction sont quant à eux estimés à 4,8 Mds USD par les autorités nationales.

La Banque identifie trois canaux principaux. D’abord l’énergie. Quinze équipements hydroélectriques qui avaient coûté 3,4 Mds €, et qui produisaient ou allaient produire 753 MW (soit 10,6% de la capacité installée) ont été affectés par les crues.

Ensuite la logistique et les transports : le corridor de Rasuwagadhi, endommagé, représente à lui seul 11 % des importations népalaises en provenance de Chine. Des centaines de voitures électriques chinoises qui attendaient au poste-frontière leur agrément ont été emportées.

Enfin le secteur du tourisme, qui a vu 200 de ses hôtels et restaurants frappés par les inondations tandis que les flux touristiques s’asséchaient.

Les causes réelles

Parmi les autres causes du désastre on peut citer la suie, ou noir de carbone, qui en tombant sur la glace la fait fondre à vive allure, mettant le sol à nu. L’équilibre naturel est rompu et l’Himalaya sous les gaz à effet de serre ou les dépôts de suie est entraîné dans le désastre.

Comme le signale l’écrivain Kanak Dixit, le concept de « pralaya » (annihilation cosmique) a été utilisé par les ingénieurs et politiciens népalais pour décrire la catastrophe de Rasuwa.

Mais l’économie de marché, poursuit-il, est également en cause en suscitant la concentration des populations autour des routes, donc le long des fleuves. Quant aux barrages hydroélectriques, ils ont également été installés aux mêmes endroits afin de tirer profit de la forte pente des chutes d’eau en montagne.

Il faut aussi souligner la perte du permafrost himalayen, un sujet académique jusqu’au débordement de Rasuwa mais qui est sans doute à l’origine de nombreuses catastrophes survenues depuis 2013.

.On le sait, la plaque himalayenne pousse depuis 50 millions d’années la plaque eurasienne, ce qui fragilise la montagne qui n’est pas immuable et subit depuis des siècles des inondations dues aux lacs glaciaires. La vallée de Pokhara, deuxième ville du pays, est le résultat d’un tel cataclysme survenu en l’an 1190 de notre ère (effondrement partiel de l’Annapurna) et aggravé par les dépôts sédimentaires.

Plusieurs analyses scientifiques révèlent que le changement climatique a contribué à la fonte du pergélisol qui maintient en partie la cohésion des hautes parois montagneuses et à l’amincissement des glaciers.

Il faut néanmoins être précis : attribuer une catastrophe particulière au changement climatique n’équivaut pas à dire que celui-ci en serait la cause unique. Dans un événement de cette nature interviennent la géologie, le relief, la glace, l’eau et différents phénomènes locaux de même que les activités humaines et leurs conséquences. Le changement climatique agit notamment en modifiant les conditions dans lesquelles ces risques se produisent.

Comme le dit B. Horton, doyen de l’Institut de l’énergie de Hong Kong, « la tragédie de Rasuwa s’est produite dans une région où le réchauffement est plus rapide que la moyenne, le permafrost se dégrade et les pentes des montagnes sont moins stables […] le Népal a perdu 1/3 de sa glace au cours des 30 dernières années » et cela se voit.

Localement, les villages népalais étaient traditionnellement construits en hauteur car les anciens connaissaient le risque d’inondation des fonds de vallée, utilisés seulement pour les rizières. Le modèle de développement appuyé sur les routes de bord de cours d’eau vers la Chine, en particulier quand l’Inde avait instauré le blocus en 2015 dans un Népal éprouvé par le tremblement de terre et que la « China card » paraissait une alternative, s’est retourné contre le pays.

Les habitants n’ayant pas péri ont immédiatement passé des coups de fil plus bas dans la vallée pour annoncer qu’une vague dévalant à plus de 120 km/h allait les frapper de plein fouet. Le maire du district de Rasuwa a eu 20 minutes pour avertir sa population.

Habitués aux inondations, beaucoup n’en ont pas perçu la gravité exceptionnelle. Il faudrait, comme en Suisse, un système d’alerte plus efficace.

Un problème géopolitique

Le problème est donc politique : n’est-ce pas à un État himalayen comme le Népal de convaincre ses immenses voisins – Inde, Chine, Pakistan – où se trouvent bien d’autres régions à risque, de traiter cet enjeu ? Et au-delà, n’est-ce pas aux pays riches du Nord de payer la facture quand le Népal, 52ème population mondiale, n’émet que 0.03 à 0.05 % des gaz à effet de serre ?

Le dérèglement climatique frappe l’Asie du Sud très peuplée plus encore que d’autres régions, or les Universités où l’on apprend à réaliser des infrastructures se situent le plus souvent au Nord. L’Asie méridionale est divisée, en particulier entre l’Inde et le Pakistan souvent en guerre, et incapable de s’entendre sur une politique commune en particulier en matière d’environnement alors que l’organisation commune (SAARC) a justement son siège à Katmandou où aucun sommet n’a pu se tenir depuis 2014…

Qui va payer ?

Lors de son discours devant l’ONU le jeudi 24 septembre, le Premier ministre népalais a appelé les pays de la communauté internationale à intensifier leurs efforts pour aider son pays à s’adapter à l’urgence climatique. « Le Népal a contribué à moins de 0,1% des émissions globales de gaz à effet de serre. Nous n’avons pas créé cette crise, et pourtant nous en payons le prix, » a insisté Balendra Shah devant l’Assemblée générale de l’ONU. Il a proposé de créer un « mécanisme de résilience climatique himalayen, » comprenant le Népal ainsi que la Chine et l’Inde, qui leur permettrait de partager des données satellitaires et leur expertise, de surveiller les lacs glaciaires et de renforcer les systèmes communs d’alerte.

De fait, un fonds des Nations unies pour les pertes et les dommages, créé en 2022 à la suite des inondations catastrophiques au Pakistan et après une décennie de débats houleux, n’a toujours pas effectué son premier versement et souffre d’un grave déficit de financement.

Kunda Dixit observe que son pays a doublé sa surface forestière ces trente dernières années, 25% est en zones protégées, toute l’électricité est hydraulique et le Népal arrive au 2ème rang mondial après la Norvège en pourcentage de nouveaux véhicules électriques.

Mais il faut aussi réduire l’usage des combustibles fossiles qui constituent 17% des importations : celles-ci sont financées par les virements de l’immigration (1/3 du PIB) que menace le blocage du détroit d’Ormuz.

Derrière le drame népalais ressurgit une question que trente ans de diplomatie climatique n’ont toujours pas vraiment réglée : quand certains pays ont largement contribué à détériorer le climat et que d’autres en paient les conséquences, qui doit payer la facture ?

Le paradoxe est qu’en même temps a été instauré un mécanisme juridique pour que la reconnaissance des dégâts ne signifie pas automatiquement celle d’une dette et que, pour financer les victimes, on ne transforme pas les grands émetteurs historiques en débiteurs responsables.

La catastrophe népalaise pourrait constituer le premier « vrai test » pour les coordonnateurs de ce fonds expliquait au magazine environnemental Drilled le chef-négociateur du Népal pour le climat. « Ce fonds international est-il prêt à répondre lorsque se présentent des pertes et des dommages à une telle échelle ? »

Le directeur général de l’Autorité nationale de réduction et de gestion des risques de catastrophe a indiqué que le gouvernement prévoyait de déclarer les zones riveraines et autres zones touchées par la catastrophe « impropres à l’habitation. » Il a également précisé que le gouvernement sélectionnait actuellement des sites sûrs pour un relogement à long terme et s’employait à relocaliser les écoles, les hôpitaux et d’autres infrastructures. Cela coûtera cher et il compte demander l’aide du Japon, habitué aux catastrophes.

Enfin, le gouvernement prévoit de lancer dès l’exercice 2026 une opération de grande envergure visant à vidanger quatre lacs glaciaires situés en haute montagne avec l’apport du Fonds vert pour le climat et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

Yves Carmona

asialyst.com