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mercredi 20 mai 2026

Y a-t-il une « économie de transition » en Syrie ?

 

À la suite du changement de régime intervenu en décembre 2024, la Syrie fait face à de nombreux défis. La reconstruction économique est l’un des enjeux majeurs de cette période de transition, car le pays et ses 24,17 millions d’habitants (2024) restent fortement impactés par près de quinze ans de guerre. Cette réalité ne doit pas masquer le fait que l’économie syrienne souffrait déjà, avant le déclenchement de la crise en 2011, de problèmes structurels importants dont hérite le nouveau pouvoir.

Une situation économique et sociale catastrophique

Selon la Banque mondiale, l’économie syrienne est au bord de l’effondrement : 80 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, le PIB est passé de 61,3 milliards de dollars en 2010 à 19,9 milliards en 2023, et le coût de la reconstruction est estimé entre 300 milliards et 500 milliards de dollars (1).

La présidence de Bachar al-Assad (2000-2024) se caractérise, à partir du milieu des années 2000, par un tournant néolibéral que le président déchu appelle « économie sociale de marché ». Dans l’alternative entre une « thérapie de choc » et une transformation graduelle d’un système présenté comme socialiste vers un capitalisme mondialisé, le pouvoir opte pour une formule singulière : une partie des entreprises publiques est privatisée de manière brutale, tandis que les autres sont délaissées jusqu’à leur disparition face à la concurrence du secteur privé. Ce passage suppose plusieurs étapes – de la transition à la mutation – qui conduisent à une rupture avec le socialisme (2). Mais cette transition exige aussi la mise en place d’institutions (fiscalité juste, cadre juridique clair, protection sociale minimale). Or ce n’est pas cette feuille de route qui est suivie : les options libérales adoptées par Bachar al-­Assad se traduisent par un « capitalisme de copains ». On observe alors une personnalisation extrême du pouvoir, un système fondé sur le clientélisme et la soumission de la sphère économique au politique, avec une bureaucratie hypertrophiée.

Dans ce système, gangrené à tous les niveaux par la corruption et les faveurs accordées par intérêt, ce ne sont pas les compétences techniques qui permettent d’obtenir les marchés, mais la proximité avec le clan présidentiel. Cela conduit à concentrer entre quelques mains la majeure partie de l’économie syrienne. La Cham Holding, dont la famille Al-Assad était l’actionnaire principal, symbolise ce fonctionnement, tant sa position dominante s’étendait à plusieurs secteurs. Dans la communication, elle détenait la chaîne de télévision Al-Dounia et le quotidien El-­Watan ; elle dirigeait des zones commerciales détaxées, l’entreprise de bâtiment Ramak et le groupe touristique La Corniche. Cham Holding contrôlait également l’un des trois opérateurs de téléphonie mobile syriens (Syriatel), secteur objet de nombreuses manipulations (3). Les proches du président déchu avaient aussi le monopole de la vente de cigarettes.

Dans le même temps, le retrait de l’État a impacté la société syrienne en supprimant les derniers avantages sociaux. En 2008, l’application stricte des recommandations du Fonds monétaire international (FMI) entraîne la fin des subventions sur plusieurs produits de première nécessité comme le sucre ou le riz. La fonction publique subit aussi une réduction massive des effectifs, ce qui provoque l’effritement des services à la population : fermeture de dispensaires, abandon de lignes de transports en commun. De manière mécanique, cela ouvre la voie à une offre privée dans des secteurs clés comme la santé ou l’éducation. Pour les classes moyennes et modestes, incapables d’accéder à cette offre onéreuse, une économie parallèle se développe, entraînant plus de corruption.

Le maintien de cette nomenklatura d’affaires qui entoure le régime devient un fardeau pour l’économie et le développement, par sa force centrifuge de captation des ressources. C’est dans ce contexte que la crise éclate en 2011, avec une forte participation des classes marginalisées aux soulèvements, puis aux groupes armés. Dès lors, une économie de guerre s’installe en Syrie. Les réseaux d’échanges sont perturbés au profit de nouveaux circuits fondés sur la violence et la prédation des ressources publiques et privées, les diverses milices ne reculant devant rien pour se financer et poursuivre leurs opérations militaires.

L’une des caractéristiques principales de l’économie de guerre est qu’elle entraîne de multiples fragmentations : celle de l’espace, avec des groupes armés contrôlant des checkpoints et ayant la mainmise sur de petits territoires qu’ils se disputent entre eux, et celle des marchés, avec des circuits d’échanges incluant des trafics divers et de la contrebande. Favorisées par la circulation des armes, ainsi que par la misère et les déplacements de population, les activités criminelles en tout genre prospèrent : kidnappings, rackets, trafics. Jabhat al-Nosra, le mouvement d’Ahmed al-Charaa devenu la Hayat Tahrir al-Cham (HTC), en fait partie.

Au fur et à mesure que le conflit s’enlise et que la violence s’impose dans les échanges quotidiens, émergent des « seigneurs de la guerre » occupant la place laissée vacante par les acteurs économiques précédents. De nouvelles alliances se forment aussi entre certains de ces « seigneurs » et Damas, en fonction des nécessités de chacun. En guise de « remerciement pour services rendus », Bachar al-Assad a permis à nombre d’entre eux de blanchir leurs activités, voire de devenir députés. Le régime se livre lui-même à des activités criminelles, notamment le trafic de drogues comme le captagon, au point que la Syrie est désormais considérée comme un « narco-État » (4).

Une continuité avec les anciennes pratiques ?

À la fin des années 2010, la HTC prend le contrôle de la ville d’Idlib et de sa région. Sur le plan économique, il est remarquable de constater à quel point l’administration de cette zone reproduit le système instauré par le régime syrien avant le conflit : économie de prédation, multiplication de monopoles concentrés entre les mains d’Ahmed al-Charaa et de son entourage. Le chef de l’État est le seul à pouvoir octroyer les diverses autorisations pour les activités économiques et possède à ce titre le monopole des ressources et du prélèvement des taxes… Sa gestion administrative réitère les méthodes de l’ancien régime, comme l’obligation d’obtenir un « bulletin de situation » auprès des services de sécurité pour décrocher un permis de construire. Ahmed al-Charaa détient également l’entreprise de construction ­Al-Raqi, seule attributaire des marchés de son secteur d’activité. Le fait de concentrer ainsi l’ensemble des ressources permet à la HTC et à son leader de s’assurer la loyauté d’une nouvelle classe dirigeante qui, profitant de cette rente, a intérêt à voir perdurer ce qui est devenu un véritable « micro-État personnel ».

La guerre en Syrie et ses conséquences économiques


La gouvernance actuelle d’Ahmed al-­Charaa découle de cette expérience, qu’il étend désormais à l’échelle nationale. Le pays n’est pas encore sorti de l’économie de la violence héritée du conflit, ni du mode de gestion économique qui a été celui du régime de Bachar al-Assad. L’attribution des marchés aux proches du président de transition en est un signe : depuis le printemps 2025, l’application mobile Sham Cash, développée à Idlib, remplace l’ancienne plate-forme de la Banque centrale syrienne (BCS) pour verser les salaires des fonctionnaires dans toute la Syrie. Les données personnelles de ces derniers ont dû être transférées à un entrepreneur privé lié au nouveau chef de l’État, en partenariat avec un opérateur turc, ce qui pose directement la question de la souveraineté syrienne.

Il est également édifiant de constater que certains des acteurs les plus importants de l’ère Al-Assad, parmi ceux qui ont le plus bénéficié du « capitalisme des copains », ont pu conclure des accords avec la présidence transitionnelle pour retrouver une place équivalente et se voir attribuer des marchés. Un cas emblématique est celui de Mohamed Hamcho, dont la sœur est l’épouse de Maher al-Assad, le frère de Bachar. Pour l’opposition syrienne comme pour les renseignements occidentaux, l’homme d’affaires a notamment été lié à la 4e division blindée et au trafic de captagon. En tant que proche du premier cercle du pouvoir, il avait développé un empire industriel estimé à 640 millions de dollars avec des entreprises dans la métallurgie, la fabrication de câbles, l’électronique… Pour conserver ses sociétés, il aurait négocié avec le nouveau pouvoir en versant environ 150 millions de dollars. Dans un contexte de privatisations massives de nombreux secteurs et services – dont ceux qui touchent aux enjeux vitaux comme l’eau potable et l’énergie –, le marché de l’électricité est attribué à Ramez al-Khayyat, son neveu basé au Qatar, pour un contrat estimé à 7 milliards de dollars destiné à développer des centrales : encore un exemple de corruption et de clientélisme.

Ces éléments confirment que la nouvelle présidence reproduit des structures économiques et politiques relevant du néopatrimonialisme. Ainsi, un pôle de décision économique s’est constitué au plus haut niveau, dans un cercle restreint de proches dominé par Hazem, le frère aîné ­d’Ahmed al-Charaa (5). Les décisions, opaques, de la nouvelle gouvernance oscillent entre discours de rupture avec le régime précédent et alliances renouvelées avec les mêmes acteurs. Aucun organe de contrôle ou de régulation ne semble avoir été créé. La libéralisation totale du commerce du pain, aliment de base de la population, illustre cette gestion hasardeuse : dans un pays majoritairement pauvre, les prix flambent dans un contexte de sécheresses à répétition et d’arrêt des subventions américaines aux ONG. Tandis que les familles survivent grâce aux transferts de la diaspora, le gouvernement a pris la décision de soutenir la livre syrienne, ce qui ampute encore le pouvoir d’achat. Dans le même temps, un fonds souverain a été confié… à Hazem al-Charaa.

Un butin de guerre ?

Épuisée par près de quinze ans de conflit, la population syrienne place de grands espoirs dans l’arrivée d’Ahmed al-Charaa, entretenus par ses engagements de retour à des conditions de vie normales – des effets d’annonce qui promettent la fourniture d’électricité, des augmentations de salaire, une hausse du pouvoir d’achat, mais qui ne débouchent pas sur des actions concrètes. La situation s’aggrave encore avec les vagues de licenciements massifs, justifiées au nom de la « débaasification », mais qui touchent environ 600 000 fonctionnaires, de tous les secteurs, souvent sans lien avec les crimes commis par l’ancien régime. La nouvelle gouvernance se prive ainsi de compétences précieuses, comme celles de pompiers ou de médecins.

La soi-disant libéralisation actuelle ressemble à une redistribution clientéliste des ressources, en échange de loyauté envers Ahmed al-Charaa, peu différente du système que la Syrie a connu jusque-là. Or, dans une période aussi cruciale où la production doit être relancée, où la pauvreté frappe massivement et où le sujet de l’unité nationale reste sensible, une réussite économique sans l’intervention de l’État et sans politique gouvernementale claire est-elle possible ? Faute d’intégrer en urgence la question sociale, Ahmed al-Charaa s’expose à de nouvelles crises. Quelques prémices de mouvements apparaissent déjà, mais les vagues de violences contre les minorités, en mars et juillet 2025, ont mis fin à la contestation. En tant que président de transition, Ahmed al-Charaa ne dispose pas d’un mandat lui permettant d’engager durablement l’avenir du pays. Ce déficit de légitimité, ajouté à des annonces sans suite concrète, confirme que la question économique est avant tout politique.

Notes

(1) Banque mondiale, Syria Economic Monitor. Conflict, Crises, and the Collapse of Household Welfare, ­printemps 2024. Sur l’évolution de l’économie syrienne, on peut lire les analyses de Jihad Yazigi sur : https://​syria​-report​.com

(2) Wladimir Andreff, La crise des économies socialistes. La rupture d’un système, Presses universitaires de Grenoble, 1993.

(3) Khadija Sharife, Roshanak Taghavi et Kelly Bloss, Syria’s Newest Mobile Operator Has A Hidden Link to Iran’s Revolutionary Guard, OCCRP/Opensyr, décembre 2022.

(4) Caroline Rose et Alexander Söderholm, The Captagon Threat: A Profile of Illicit Trade, Consumption, and Regional Realities, New Lines Institute for Strategy and Policy, 5 avril 2022.

(5) Timour Azhari et Feras Dalatey, « Syria is secretly reshaping its economy. The president’s brother is in charge », in Reuters, 24 juillet 2025.

Akram Kachee

areion24.news

En Allemagne, un couple aurait infiltré des milieux scientifiques pour le renseignement chinois

 

Ils sont accusés de recueillir pour le compte de la Chine des informations sur des hautes technologies à usage militaire. Le parquet allemand a annoncé l’arrestation, mercredi, d’un couple marié de nationalité allemande.

« Xuejun C. et Hua S. travaillent pour un service de renseignement chinois », a affirmé le bureau du procureur fédéral, dans un communiqué publié après ces arrestations et des perquisitions à Munich. Selon les enquêteurs, le couple a tissé des liens avec de nombreux chercheurs spécialisés « dans les domaines de l’aéronautique et de l’aérospatiale, de l’informatique et de l’intelligence artificielle » dans le but d’obtenir des informations sur « des technologies de pointe à usage militaire ».

Sous couverture

D’après la même source, ils se faisaient notamment passer « pour des interprètes ou des employés d’un constructeur automobile » pour approcher leurs cibles. « Certains scientifiques ont été attirés en Chine sous prétexte de donner, contre rémunération, des conférences devant un public civil. En réalité, ces conférences se déroulaient alors devant des représentants d’entreprises d’armement publiques », poursuit le parquet.

Les enquêteurs n’ont pas précisé depuis combien de temps le couple était actif. Ils n’ont ni évoqué l’ampleur ni la sensibilité des renseignements auxquels le couple a pu avoir accès.

Une campagne d’espionnage très active

La Chine, à la fois une rivale et une cliente pour l’économie allemande, est accusée de mener une campagne d’espionnage très active en Allemagne, et des arrestations interviennent régulièrement. En février, un citoyen américain, ex-employé civil d’une base militaire américaine dans le sud-ouest de l’Allemagne, a été condamné à deux ans et huit mois de prison ferme pour avoir offert ses services au renseignement chinois.

Et en septembre 2025, la justice allemande a condamné Jian Guo, un ex-collaborateur d’un député sulfureux de l’extrême droite allemande, à quatre ans et neuf mois de prison ferme pour espionnage au profit de Pékin. L’élu lui-même, Maximilian Krah, est soupçonné de corruption et de blanchiment d’argent en lien avec la Chine. Il a vu son immunité parlementaire levée en septembre 2025.

20min.ch

mardi 19 mai 2026

Frappes sol-sol :Taïwan peut-il contester le contrôle de son détroit par la Chine ?

 

Taïwan fait face à une dégradation de la maîtrise de ses approches, où la Chine jouit désormais d’une liberté de manœuvre totale. Aussi les capacités de frappes sol-sol s’imposent-elles comme l’une des options possibles de contre-attaque pour Taïwan, qui poursuit discrètement leur développement depuis les années 1990. Toutefois, trois enjeux technologiques s’imposent à tout acteur développant des capacités de frappe contre la terre : la portée, la précision et la survivabilité des missiles balistiques et de croisière et des drones.

Deux enjeux spécifiques s’y superposent. Premièrement, la mobilité du système, qui doit être optimale afin de permettre aux capacités de frappe taïwanaises de survivre aux offensives chinoises en changeant de position. Deuxièmement, l’inventivité de la Base industrielle et technologique de défense (BITD) taïwanaise qui doit développer, produire et moderniser rapidement des systèmes missiles, drones, roquettes destinés à frapper le continent chinois.

Le développement de capacités d’attaque sol-sol : une constante dans la stratégie taïwanaise

Le développement de capacités sol-sol par Taïwan remonte au début des années 1970 et est corrélé à son projet de disposer d’armes nucléaires. Ces deux efforts ont été menés par l’Institut national des sciences et technologies Zhongshan (NCSIST) (1). Toutefois, le développement d’armes nucléaires a cessé à la fin des années 1980 (2), à la suite de pressions américaines. Celui des capacités balistiques – les missiles Sky Horse

(天馬) et Ching Feng (青鋒) – s’en est alors trouvé ralenti, puisqu’il avait perdu sa vocation première. Il a progressivement retrouvé de la vigueur dans le contexte de la crise des missiles de 1995-1996, qui a rappelé la pertinence de l’usage de missiles de croisière et balistiques en cas de crise ouverte dans le détroit. Le développement de capacités balistiques reprit alors afin de frapper des cibles sur le territoire chinois. En parallèle, les progrès technologiques dans le ciblage ont permis de faire des missiles balistiques des armes de précision (3), ce qui profita au développement de programmes de missiles de croisière ; deux efforts toujours menés par le NCSIST dans le cadre de différents programmes.

Taïwan a pour objectif de créer « une interdiction multidomaine, une défense résiliente » (多域拒止、韌性防衛). La stratégie quadriennale de défense de 2025 (4) définit des « armes de frappe précise à long rayon d’action » (遠程精準打擊武器) comme éléments déterminants. Avec les capacités ISR et la création de commandements unifiés, ces armements – principalement des missiles balistiques et de croisière, des drones et de l’artillerie à longue portée – constitueront une « kill chain » (殺鏈) destinée à frapper des objectifs stratégiques disséminés sur le continent chinois.

Pour mener à bien cette stratégie, deux commandements organiques spécifiquement consacrés aux missions de frappe ont été créés. Le Commandement de la défense aérienne et des missiles de l’armée de l’air (空軍防空暨飛彈指揮部) fut constitué en 2017. Ce commandement organique a compétence en matière d’attaque sur le continent avec en dotation les missiles balistiques et de croisière actuellement déployés par Taïwan, et dispose aussi de capacités UAV en cours de livraison. Enfin, il a aussi pour mission d’assurer la défense aérienne du territoire.

Ce commandement sera complété par la création en juillet 2026 d’un Commandement du combat littoral (濱海作戰指揮部), dépendant de la marine, avec comme mission la surveillance des approches maritimes taïwanaises. Cette nouvelle unité englobe l’actuel escadron Hai Feng (中華民國海軍海鋒大隊), chargé du déploiement des missiles antinavires basés à terre ou sur lanceurs mobiles (Harpoon, Hsiung Feng II et III). Il ne peut être exclu que des missions de frappes sur le continent lui soient dévolues à terme.

Enfin, l’armée de terre taïwanaise a entamé le renouvellement de son artillerie à longue portée, et certaines de ses unités pourraient prendre part marginalement à des missions de frappes sur le territoire chinois, en particulier celles basées sur les archipels de Matsu et de Kinmen situés à proximité immédiate du continent chinois.

Les capacités de frappe sol-sol

Premièrement, Taïwan a lancé un programme de missile balistique. Le missile Sky Spear (天戟短程彈道飛), aussi nommé Sky Bow II B (天弓二B短程彈道飛彈) est un engin à courte portée (SRBM) développé par le NCSIST et dérivé du missile sol-air Sky Bow II (天弓二). Sa portée est estimée à 500 km, mais n’excède probablement pas 300 km. Il s’agit d’un missile de 1 150 kg à deux étages avec carburant solide, doté ou d’une tête explosive, ou d’une tête à sous – munitions. Déployé depuis 2001 et ayant fait l’objet d’un programme de modernisation en 2019, il est en mesure de frapper des cibles situées sur le littoral chinois, voire davantage dans la profondeur s’il est déployé sur les archipels de Matsu et de Kinmen jouxtant le continent. Taïwan a par ailleurs commandé 504 MGM‑140 ATACMS auprès de Lockheed Martin, en accompagnement de ses commandes de lance – roquettes multiples HIMARS passées depuis 2022. Le MGM‑140 est un missile balistique tactique à carburant solide, d’une portée de 300 km.

Deuxièmement, le NCSIST a développé simultanément le missile de croisière supersonique Hsiung Feng IIE (HFIIE, 雄風二E), sur la base des acquis accumulés dans le développement du missile antinavire Hsiung Feng II (HFII, 雄風二) dans les années 1990. Aussi appelé Hsiung Sheng (雄升), le HFIIE partage des composants avec le HFII, mais diffère dans son architecture et se rapproche plus du Tomahawk, notamment par son guidage GPS et son système de navigation TERCOM. Cet engin de 1 t est propulsé par un turbojet développé par le NCSIST (projet Kunpeng (鯤鵬計畫)) assisté par un booster à carburant solide au lancement, ce qui lui confère une portée variable entre 500 et 1 200 km. Il est déployé depuis 2004 et plus de 250 seraient en service dans deux versions en fonction de la portée. L’engin peut être déployé sur des lanceurs fixes ou mobiles, et disposerait de deux charges différentes : explosive ou à sous – munitions. Il a bénéficié d’un programme de modernisation en 2021 mené par le NCSIST dans le cadre du budget spécial 2022-2026 consacré au renforcement des capacités aériennes et navales (海空戰力提升特別預算) (5). En parallèle, 100 nouveaux missiles ont été commandés en 2022, poussant le NCIST à ouvrir une seconde ligne d’assemblage, partagée avec la production de missiles antinavires HFII (6). La portée du missile pourrait être améliorée et une nouvelle commande pourrait être notifiée prochainement au NCSIST. Constituant actuellement le fer de lance de la capacité sol-sol taïwanaise, l’engin aurait été aperçu pour la première fois en déploiement en 2025, alors que se tenait l’exercice chinois « Justice Mission 2025 ».

En parallèle, le NCSIST a discrètement entamé le développement du missile de croisière hypersonique Yun Feng (YF, 云峰飛彈), aussi appelé Ching Tien (擎天極音速巡弋飛彈). Avec un poids estimé entre 1,5 et 2 t, cet engin dispose d’une capacité d’emport supérieure, a une portée allongée (jusqu’à 2 000 km) et atteint une vitesse hypersonique grâce à un ramjet assisté d’un booster au décollage. Là où le HFIIE place à portée de tir l’ensemble des provinces côtières chinoises jusqu’à Qingdao, le YF est capable de frapper Pékin, notamment des cibles durcies grâce à sa charge semi – perforante à fragmentation. Une cinquantaine de missiles seraient actuellement déployés sur des lanceurs fixes et le NCSIST chercherait à en augmenter la cadence de production (7). Une nouvelle version nommée Yun Feng II (YFII, 云峰二型), plus rapide et dotée d’une capacité d’emport accrue serait en cours de développement. Cette nouvelle version sera déployée sur des véhicules mobiles.

Enfin, le NCSIST a noué avec l’entreprise américaine Anduril un accord de principe visant à développer un « missile de croisière autonome à bas coût » (低成本自主巡弋飛彈), dévoilé en septembre 2025 (8). Ce programme consiste à compléter l’emploi des HFIIE et YF par un engin plus petit et plus mobile : 16 missiles seraient transportés sur un seul véhicule lanceur, et pourraient être employés en essaim. L’engin serait assez proche du Barracuda‑500 développé par Anduril. Par ailleurs, son coût et sa facilité de production sont des critères mis en avant par le NCSIST afin d’élargir rapidement le stock actuel de missiles balistiques et de croisière, qui semble n’être pas assez suffisant pour soutenir plusieurs semaines de combat. Ce faisant, Taïwan renoue progressivement avec la coopération internationale dans la conception de ses capacités sol-sol, après une phase d’autarcie de trois décennies.

Troisièmement, Taïwan a commencé le développement de drones peu coûteux à long rayon d’action pouvant être employés comme des munitions rôdeuses. À l’instar de l’Ukraine ou de l’Iran, il tire les leçons de son rapport de force défavorablement disproportionné avec la Chine en s’orientant vers deux programmes actuellement menés par le NCSIST :

• le programme Chien Feng IV (勁蜂四型), développé en collaboration avec l’entreprise américaine Kratos Defense & Security Solutions, sur la base de son drone simulateur de cible MQM‑178 Firejet propulsé par deux turbojets. Présentée en septembre 2025, la version taïwanaise consisterait en un drone d’attaque dont la motorisation serait améliorée afin d’acquérir une haute manœuvrabilité ; la portée serait de 1 000 km et il pourrait délivrer une charge d’une centaine de kilos. Sa production devrait être lancée dans le courant de l’année 2026 (9) ;

• le programme Chien Hsiang (劍翔) consiste en une munition d’un rayon d’action similaire, mais d’une taille plus réduite. L’engin serait déployable à partir d’un véhicule mettant en œuvre plusieurs drones simultanément, et serait dévolu à des missions de destruction des capacités chinoises de défense aérienne. Sa taille réduite contribue à rendre l’engin facile à produire en quantité par le NCSIST.

Quatrièmement, des roquettes Mk66 à longue portée sont en cours de développement par le NCSIST. En plus des HIMARS en cours d’acquisition, l’armée de terre déploie des lance – roquettes multiples Thunderbolt 2000 (雷霆2000) depuis 1997, notamment sur les archipels de Matsu et de Kinmen.

Défis et développements futurs

Le NCSIST doit en premier lieu tirer profit de ses acquis en matière de développement de capacités sol-sol pour renforcer les capacités taïwanaises existantes. Il gère simultanément la R&D, la fabrication et les tests ainsi que le rétrofit de ces munitions en maintenant un haut niveau d’exigence confortant son statut d’acteur intégré en matière de munitions de frappe. Concrètement, il s’agit d’augmenter la cadence de production des nouvelles munitions tout en assurant simultanément le rétrofit du Hsiung Sheng. L’essentiel est de soutenir la croissance rapide de l’arsenal taïwanais en établissant sur l’île une chaîne de valeur autonome ; Taïwan ne peut pas se reposer sur l’approvisionnement en systèmes américains du fait des contraintes pesant sur l’industrie missilière américaine, qui rallongent les délais de livraison (10).

Les capacités taïwanaises de frappe sol-sol doivent également gagner en mobilité étant donné le manque de profondeur stratégique imposé par la géographie. Dans l’hypothèse où l’ensemble du dispositif ISR chinois serait déployé en cas de conflit, opérer sans être détecté constitue un défi en soi. Le NCSIST a ainsi lancé une réflexion visant à développer un tracteur – érecteur – lanceur (11) pour améliorer la mobilité des HFIIE – actuellement déployés sur remorque tractée – et des YF.

De plus, ces capacités doivent pouvoir percer les dispositifs chinois de défense aérienne en augmentant la manœuvrabilité et la vitesse des engins. Depuis 2024, le NCIST conduit des travaux visant à maîtriser la propulsion hypersonique en développant un prototype de scramjet ouvrant la voie aux vitesses hypersoniques (12), notamment dans le cadre du programme YFII.

Notes

(1) Le NCIST est à l’origine de la majorité des programmes d’armements développés à Taïwan. Située à mi-chemin entre agence gouvernementale et organisation privée, cette structure n’est consacrée qu’à la R&D et à la production de systèmes d’armes, et dispose d’une large autonomie en matière de recrutement et d’organisation.

(2) Eric Cheung, « How a CIA informant stopped Taïwan from developing nuclear weapons », CNN, 1er mars 2025.

(3) « MDI Missile Technology: Accelerating Challenges », IISS, décembre 2022.

(4) 中華民國114年四年期國防總檢討 (Quadriennal Defense Review), 中華民國國防部 (Ministry of National Defense), mars 2025.

(5) À Taïwan, l’exécutif a souvent recours à cette pratique consistant à faire voter un budget « spécial » décorrélé du budget annuel de la défense afin de financer des programmes d’armements jugés urgents.

(6) La capacité annuelle de production de ces deux missiles serait de 131 exemplaires. Tienbin Luo, «1200公里「雄昇飛彈」產製逾百枚 第二階段量產待層峰下令 » (Hsiung Feng IIA Anti-Ship Missile and Hsiung Feng IIA Missile Share Production Line, Annual Output Reaches 131 Units), Liberty Times, 7 juin 2025.

(7) Tianbin Luo, « 源頭打擊戰力推前到2000公里 傳擎天超音速巡弋飛彈已交空軍部署» (Strike capabilities extended to 2.000 kilometers at the source The Sky-Piercing hypersonic cruise missile reportedly delivered to the Air Force for deployment), Liberty Times, 11 novembre 2023.

(8) Jumin Tu,« 影一台車裝16枚 台美合作「低成本巡弋飛彈」可群攻轟爆敵軍» (16 Missiles Per Vehicle: Taïwan-US Collaboration on “Low-Cost Cruise Missile” Enables Massed Assault to Destroy Enemy Forces), Liberty Times, 18 septembre 2025.

(9) Tianbin Luo, « 「勁蜂四型」整合測試成功 可「高低配」掩護雄二E飛彈突穿攻擊 » (The JF-4 integrated test has been successfully completed. It can employ a “high-low formation” to provide cover for the H-2E missile’s breakthrough attack), Liberty Times, 6 février 2026.

(10) Jonathan Harman, « Taïwan’s Missile Production Program: a Success Two Years Ahead of Schedule », Global Taïwan Institute, 30 octobre 2024.

(11) Tianbin Luo, «2000公里新擎天飛彈 傳引進捷克12X12軍規輪型車輛 » (Developing a new Sky Missile with a range exceeding 2.000 kilometers Reportedly introducing Czech 12×12 military-grade wheeled vehicles), Liberty Times, 28 décembre 2024.

(12) Zhicheng Chen, « 加快推動極音速飛彈研發 軍方「超燃衝壓引擎」計畫曝光 » (Military Accelerates Hypersonic Missile Development with Supercharged Ramjet Engine Project Revealed), Liberty Times, 9 août 2024.

Roland Doise

areion24.news

Les renseignement allemands alertent sur une menace terroriste accrue en Europe

 

Les services de renseignement intérieurs allemands ont averti que l’Iran pourrait intensifier ses opérations contre des cibles en Europe une fois que le conflit avec Israël et les États-Unis se sera apaisé, notamment en menant des attaques contre des institutions juives et israéliennes, des dissidents iraniens et d’autres personnes considérées comme des opposants au régime.

Le Bundesamt für Verfassungsschutz (BfV), les services de renseignement intérieurs allemands, a confié à Euractiv qu’il suivait des affaires impliquant des personnes basées en Allemagne qui s’étaient rendues en Iran pour suivre une formation militaire ou qui s’étaient autrement « mises au service » des autorités iraniennes.

« Ces activités font l’objet d’une enquête menée par la division de contre-espionnage du BfV », a indiqué l’agence.

« Le BfV estime qu’après la fin de la guerre, le régime iranien pourrait déployer ses services de renseignement pour traquer et cibler les opposants au régime, notamment les cibles (pro-)juives, (pro-)israéliennes et américaines, les dissidents iraniens et d’autres personnes considérées comme des « traîtres ». »

Alors que la campagne israélo-américaine a considérablement affaibli l’appareil sécuritaire iranien, les responsables des services de renseignement craignent que Téhéran ne réoriente ses ressources vers des opérations à l’étranger dès que la pression immédiate sur le régime se sera atténuée.

Selon le BfV, les services de renseignement iraniens sont prêts à recourir à des méthodes s’apparentant au terrorisme d’État. « Celles-ci vont des menaces à l’encontre des personnes ciblées aux opérations de surveillance menées en vue de préparer des complots d’attentat », a déclaré l’agence.

Ancien résident de Berlin, Ashkan K. s’est récemment installé à Téhéran et a appelé les Iraniens à l’étranger à « servir notre pays dans cette défense nationale. Les options sont nombreuses. »

Des sources des services de renseignement ont indiqué à Euractiv qu’il y avait eu au moins plusieurs dizaines de départs d’Allemagne vers l’Iran impliquant des personnes qui ont par la suite travaillé pour le compte du régime.

Parmi eux figurent deux hommes de Hambourg qui sont apparus dans une vidéo de propagande à un poste de contrôle de la milice Basij, armés de fusils d’assaut. L’un des deux hommes, connu sous le nom de Benjamin G., appartiendrait au cercle élargi de l’Institut islamique de Hambourg (IZH), longtemps considéré par les autorités allemandes comme le plus important avant-poste de Téhéran en Europe avant son interdiction en 2024.

Dans d’autres cas confirmés à Euractiv par des sources des services de renseignement, plusieurs personnes ayant quitté l’Allemagne pour l’Iran ont participé à des campagnes de propagande défendant le régime, appelant « tous les Iraniens, où qu’ils se trouvent », à « contribuer à la défense de la patrie ».

L’une des personnes apparaissant dans des vidéos de propagande diffusées depuis Téhéran est Aitak Barani, un résident de longue date en Allemagne et partisan du Hamas qui a été condamné à une amende à Francfort l’année dernière pour avoir glorifié les attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre.

« Le niveau de menace abstrait que représentent les services de renseignement iraniens pour les cibles (pro-)juives et (pro-)israéliennes, ainsi que pour les personnes et les groupes d’opposition iraniens en Allemagne, reste élevé », a affirmé le BfV.

En ce qui concerne les activités terroristes soutenues par l’État, les services de renseignement iraniens s’appuient principalement sur des intermédiaires liés à des réseaux de criminalité organisée déjà actifs dans les pays cibles, a ajouté l’agence.

Dans le cadre d’une stratégie provisoire moins coûteuse, le régime s’appuie depuis mars 2026 sur une campagne de recrutement menée sous le nom de Harakat Ashab al-Yamin al-Islamia (HAYI). Selon le BfV, HAYI utilise les réseaux sociaux au sein des cercles pro-iraniens et extrémistes chiites pour faire connaître ses activités.

« Son modèle repose sur des attaques peu sophistiquées mais de grande ampleur, menées par des recrues locales jetables – souvent de jeunes délinquants ou des mineurs – contactées via Snapchat ou Telegram et rémunérées de petites sommes d’argent », a expliqué le chercheur Adrian Shtuni à Euractiv. Shtuni a indiqué avoir recensé 17 attaques qu’il attribue à HAYI à travers l’Europe, la plupart impliquant des engins explosifs rudimentaires ou des incendies criminels nocturnes.

« En déployant de jeunes agents jetables et peu coûteux, les États ou les réseaux peuvent générer des menaces difficiles à prévoir ou à suivre, coûteuses à contrer et encore plus difficiles à neutraliser avec les méthodes antiterroristes conventionnelles », a-t-il déclaré, arguant que de telles opérations étaient bien moins coûteuses pour les Gardiens de la révolution iranienne que de former des agents professionnels ou de risquer une implication directe de l’État.

Selon lui, le flux constant d’incidents de bas niveau liés au HAYI risquait de submerger les services de sécurité européens en les obligeant à protéger des cibles vulnérables telles que les synagogues, les écoles et les centres communautaires, tout en surveillant un volume croissant d’activité en ligne et de pistes d’enquête.

« Une approche à deux volets à savoir un harcèlement à faible coût de type HAYI, potentiellement combiné à des complots plus sophistiqués menés par des rapatriés formés ou des cellules dormantes réactivées représente un risque plausible auquel les autorités européennes devraient se préparer. »

Vendredi, le ministère américain de la Justice a annoncé l’arrestation de Mohammad Baqer Al-Saadi, un haut commandant de la milice chiite irakienne Kataib Hezbollah et un facilitateur clé présumé derrière les opérations de HAYI.

« En l’espace de trois mois seulement, Mohammad Al-Saadi aurait dirigé 18 attentats terroristes à travers l’Europe – y compris contre des citoyens et des intérêts américains – et aurait prévu de mener une attaque similaire ici, dans notre pays », a déclaré James C. Barnacle Jr., directeur adjoint du FBI, après l’arrestation d’Al-Saadi par le FBI alors qu’il se rendait en Turquie.

Björn Stritzel

euractiv.com

Cuba met en garde contre «un bain de sang» en cas d’attaque

 

Le président de Cuba, Miguel Diaz-Canel, a averti lundi qu’une attaque américaine contre l’île provoquerait «un bain de sang», tandis que Washington a annoncé avoir sanctionné le renseignement cubain et une dizaine de hauts-responsables de l’île communiste.

Miguel Diaz-Canel a aussi souligné le droit «légitime» de son pays à riposter à une éventuelle agression des États-Unis, sur fond de fortes tensions entre La Havane et Washington.

Cuba a acquis plus de 300 drones militaires et évalue de possibles scénarios pour leur utilisation près de la base américaine de Guantanamo, dans l’est de l’île, a affirmé dimanche, le média américain Axios, citant des renseignements classifiés. Selon Axios, des responsables à Washington ont mis en garde contre une «menace croissante» du fait de la proximité de ces capacités.

Cuba a «le droit absolu et légitime de se défendre»

Le dirigeant cubain a réaffirmé que son pays «ne représent(ait) pas une menace et n’a(vait) ni plans ni intentions agressives» envers d’autres nations.

La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d’une intervention militaire contre l’île, qui, si elle se matérialisait, «provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables», a dénoncé sur X Miguel Diaz-Canel. Sans directement évoquer la détention présumée de drones par son pays, le chef de l’État a revendiqué «le droit absolu et légitime de se défendre face à une offensive militaire».

L’hypothèse d’une attaque de Cuba contre les États-Unis n’a «aucun sens», a aussi déclaré lundi à l’AFP l’ambassadeur cubain à l’ONU, qui a accusé Washington de «fabriquer un prétexte» pour «justifier» une éventuelle action militaire.

Dans le même temps, le ministère américain des Finances a annoncé avoir ajouté le principal service de renseignement cubain, ainsi qu’une dizaine de hauts responsables du pays, à sa liste des entités et personnes sous sanction.

D’autres sanctions bientôt prononcées contre Cuba

Le président de l’Assemblée nationale cubaine et du Conseil d’État, Esteban Lazo, ainsi que trois ministres, de la Justice, de l’Énergie et des Communications, sont visés. Quatre généraux cubains, dont le chef du contre-espionnage militaire, Jose Miguel Gomez del Vallin, également député, font partie des nouvelles personnes inscrites sur la liste. Outre le renseignement, le ministère de l’Intérieur et la Police nationale révolutionnaire, accusés de réprimer violemment les manifestations, sont aussi à nouveau sanctionnés.

Dans un communiqué, le secrétaire d’État Marco Rubio, qui avait déjà annoncé, début mai, des mesures coercitives contre le conglomérat d’entreprises Gaesa, lié à l’armée, a averti que d’autres sanctions seraient prononcées prochainement contre Cuba.

Une inscription à la liste de l’OFAC – Le Bureau de contrôle des avoirs étrangers du Trésor américain – interdit à toute personne ou entreprise américaine, ou ayant une filiale aux États-Unis, de commercer ou faire des affaires avec les personnes ou entreprises sanctionnées. Elle entraîne par ailleurs le gel de l’ensemble des avoirs détenus directement ou indirectement aux États-Unis.

Plus de diesel ni de fioul

Outre l’embargo américain en vigueur depuis 1962, Washington – qui ne cache pas son souhait de voir un changement de régime à La Havane – impose à l’île depuis janvier un blocus pétrolier total, ayant autorisé l’arrivée d’un seul pétrolier russe.

Près de quatre mois après le début du blocus, la situation économique et énergétique de l’île s’est fortement dégradée. La semaine dernière, le gouvernement a reconnu qu’il n’avait plus de diesel ni de fioul pour alimenter les groupes électrogènes qui complètent la production électrique des sept centrales thermoélectriques du pays.

Cette situation a encore aggravé les délestages électriques, avec des coupures qui peuvent dépasser la vingtaine d’heures par jour dans la capitale et durer des journées entières en province. Ces interminables coupures ont provoqué des manifestations de mécontentement dans plusieurs quartiers de La Havane.

Dans ce contexte particulièrement tendu, une nouvelle cargaison d’aide humanitaire en provenance du Mexique est arrivée lundi à Cuba. Il s’agit du cinquième envoi d’aide humanitaire par Mexico depuis février.

Donald Trump considère que l’île communiste, située à 150 kilomètres des côtes de la Floride, constitue «une menace exceptionnelle» pour la sécurité nationale des États-Unis. Il a multiplié les menaces de «prendre le contrôle» de Cuba et a même évoqué l’envoi d’un porte-avions.

Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu récemment à La Havane pour une rencontre exceptionnelle avec de hauts responsables cubains, alors que les deux pays poursuivent leurs discussions, à l’un des moments les plus tendus de leurs relations bilatérales.

AFP