Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

vendredi 9 octobre 2026

Ormuz : la guerre du détroit aura-t-elle lieu ?

 

En février 1991, la destruction de l’armée irakienne par une coalition dominée par les États-Unis et la libération en quelques jours du Koweït occupé avaient constitué une démonstration de force qui avait impressionné le monde entier. Trente-cinq ans plus tard, l’incapacité des États-Unis à simplement empêcher la République Islamique d’Iran (RII) de contrôler le détroit d’Ormuz au bout de cinq mois est inversement un terrible aveu d’impuissance. Cela témoigne des limites d’un modèle militaire américain qui arrive incontestablement au bout d’un cycle. Cela confirme surtout les limites de la prise de décision stratégique chez son commandant en chef.

La guerre contre l’Iran lancée le 28 février avec des objectifs larges, de la chute du régime à la destruction définitive de son programme nucléaire ou encore de son arsenal de missiles balistiques, et dont aucun n’a été atteint, se concentre désormais sur la résolution d’un problème qui aurait dû être anticipé mais qui, visiblement, ne l’a pas été. La RII et plus particulièrement le corps des Gardiens de la Révolution Islamique (GRI), son principal bras armé et désormais aussi centre de décision, ont annexé de fait le détroit d’Ormuz afin de prendre le contrôle de la navigation commerciale qui y transite et d’en tirer par ailleurs de lucratifs profits sous forme de droits de passage.

L’odyssée de l’impasse

La RII s’appuie pour cela sur un réseau de bases côtières de part et d’autre du détroit, de Bandar Lengeh, à l’ouest du détroit, jusqu’à Sirik et Bandar-e Jask à l’est en passant surtout par Bandar Abbas, ainsi que sur plusieurs îles fortifiées comme Qeshm, aussi vaste qu’Okinawa, et Larak, grande comme Iwo Jima, qui sert de centre de contrôle du passage maritime nord du détroit. Plus à l’ouest dans le Golfe Persique, les Iraniens occupent également à l’entrée du détroit les îles minuscules d’Abu Musa et les Grande et Petite Tunb.

Cette infrastructure est solidement défendue par plusieurs brigades conventionnelles et bataillons de défense mixte antiaériens et antinavires. Elle abrite surtout un vaste ensemble de petites unités mobiles en mer – des centaines de vedettes rapides armées, sous-marins de poche Ghadir, poseurs de mines – ou sur la côte et son arrière-pays avec de nombreuses batteries de missiles antinavires et de drones d’attaque. Ce dispositif de harcèlement de masse est ainsi capable de frapper ou d’attaquer en essaim toute la zone du détroit jusqu’au passage de navigation sud le long de la côte omanaise et de ses abords, ce qui suffit à dissuader les armateurs d’essayer d’échapper au contrôle iranien et à la taxe de passage qui va avec, mais cela fait peur aussi visiblement au décideur américain.

L’objectif américain, début août 2026, est d’obliger les Iraniens à revenir à la liberté totale de navigation d’avant-guerre, conformément au droit international. Partant de là, il n’y a que trois options stratégiques pour Donald Trump : renoncer à libérer le détroit, convaincre Téhéran de le faire et enfin prendre lui-même le contrôle du détroit par la force.

La première option est difficilement envisageable au moins à court terme, sauf à ce que les Iraniens offrent une compensation à Donald Trump avec par exemple un accord de renoncement au nucléaire ou un autre quelconque trophée qui permettrait au président des États-Unis de se déclarer vainqueur malgré tout et de passer à autre chose.

La seconde option est celle qui a été choisie, en partie par préférence de l’ancien homme d’affaires mais surtout parce qu’elle présente le moins de risques. Le principe est d’exercer une pression telle sur l’échelon de décision iranien que celui-ci sera obligé de céder aux exigences de Donald Trump. Cette pression peut être positive et Donald Trump s’y est essayé en agitant des milliards de dollars – dégel des avoirs, fonds massifs d’investissement, et même levée des sanctions – devant les décideurs iraniens à condition de renoncer définitivement à l’arme nucléaire et au détroit. Cette « carotte » n’a visiblement pas convaincu les dirigeants iraniens.

Reste donc la pression négative. Celle-ci est double. La première opération lancée depuis le cessez-le-feu du 8 avril est un blocus naval des ports iraniens à partir de la mer d’Oman. En interdisant l’accès et la sortie des navires commerciaux des ports iraniens, le blocus prive Téhéran de plusieurs milliards de dollars de revenus énergétiques et son économie d’importations essentielles. Les blocus présentent cependant le double inconvénient de ne provoquer que des effets à long terme et peu visibles au quotidien. L’économie iranienne est incontestablement dans un état critique, mais on n’a pour autant absolument aucune idée de la manière dont les groupes au pouvoir à Téhéran voient l’approche éventuelle d’un point de rupture économique. Les exemples historiques ne sont pas tous négatifs. L’isolement et la pression économique imposés à l’Afrique du Sud, surtout à partir de 1985, ou à la Serbie à partir de 1992 ont effectivement entraîné des effets politiques, mais après plusieurs années, et alors qu’il existait aussi une pression militaire par ailleurs.

Entre Rolling Thunder et Linebacker II

Cette pression militaire existe bien contre la RII, mais elle est exclusivement aérienne et consiste en un dosage précis de frappes destinées à punir le comportement iranien, qu’il s’agisse d’attaques des GRI contre des navires commerciaux qui refusaient leur contrôle ou simplement d’une mauvaise volonté manifeste à négocier. Depuis le 9 avril 2026 et le début de cette phase de négociation armée, les Américains ont ainsi réalisé environ 1 200 frappes aériennes au cours d’une cinquantaine de raids groupés dans une douzaine de séquences d’un à cinq jours, ciblant principalement les objectifs militaires sur la côte et sur l’arrière des défenses côtières, mais sans exclure des objectifs à l’intérieur du territoire.

Cela donne au bilan une campagne aérienne intermittente de faible intensité avec une dizaine de frappes quotidiennes, contre plus de 600 israélo-américaines lors de la campagne du 28 février au 8 avril. Si cette campagne rampante a certainement affaibli le système de défense côtier iranien, elle n’a visiblement obtenu pour l’instant aucun effet visible sur le système de gouvernement à Téhéran, ce qui évoque immédiatement la campagne de bombardements « dosés » baptisée « Rolling Thunder » (Tonnerre roulant) décidée par le président Johnson sur le Nord-Vietnam de 1965 à 1968 et qui n’a jamais fait plier le gouvernement de Hanoï. L’opération « Rolling Thunder » de Donald Trump n’a duré que quatre mois, mais pour l’instant ses résultats stratégiques sont tout aussi nuls. Il est possible de la poursuivre encore un certain temps, en espérant voir soudainement et improbablement émerger un résultat stratégique.

Tout en restant dans la stratégie de pression, la solution la plus tentante serait de revenir à une campagne de frappes massives sur l’Iran, c’est-à-dire à plusieurs centaines de frappes quotidiennes, afin non plus de faire chuter le gouvernement ou même de détruire ses instruments offensifs, même s’ils seraient forcément des objectifs prioritaires, mais bien de convaincre Téhéran qu’il sera moins coûteux de céder. Il s’agirait ainsi, pour reprendre l’exemple vietnamien, de passer de l’opération « Rolling Thunder » à « Linebacker II » soit près de 20 000 tonnes de bombes lancées sur le Nord-Vietnam du 18 au 29 décembre 1972 sur décision du président Nixon.

Nixon avait pu alors se vanter d’avoir ramené par la force les Nord-Vietnamiens à la table des négociations à Paris et d’avoir obtenu peu de temps après un accord de paix. Dans les faits, ce sont d’autres facteurs plus discrets, et notamment la satisfaction de plusieurs de leurs exigences, qui ont poussé les Nord-Vietnamiens à signer le traité de Paris, mais la démonstration de force avait permis à Richard Nixon d’apparaître comme celui qui avait imposé les événements.

Ce type d’opération est incontestablement envisagé à Washington avec cet avantage, par rapport à 1972, qu’elle serait moins risquée qu’à l’époque pour les forces américaines, qui avaient subi alors des pertes notables, mais avec aussi cet inconvénient majeur que l’ennemi peut cette fois riposter, en particulier avec son arsenal de missiles balistiques et ses drones à longue portée, notamment sur des pays voisins devenus otages.

On notera que les Américains n’ont en rien augmenté leurs capacités dans la région depuis quatre mois, qu’il s’agisse de capacités de frappes ou de forces aéroterrestres d’assaut. En admettant que les Israéliens soient à nouveau impliqués, cette option « Linebacker » de Donald Trump serait donc en réalité la reprise de la campagne interrompue le 8 avril en espérant qu’elle obtienne plus de résultats. Ce n’est pas du tout évident et, pendant ce temps, les pays de la région et l’économie mondiale seront soumis à des tensions très fortes.

À l’assaut du détroit

Il reste enfin la troisième option stratégique, toujours repoussée jusque-là avec crainte : reprendre le contrôle du détroit par la force. Ce serait une opération très difficile. Cela commencerait bien sûr par une campagne intensive de frappes aériennes sur tous les points d’appui de la région, avec un premier bémol qu’il serait nécessaire d’utiliser une grande partie de ces moyens pour faire face à la menace des missiles balistiques, et un second que ces frappes « lourdes » seraient insuffisantes à elles seules pour neutraliser la grande quantité de petites cibles à traiter dans le dispositif de défense iranien autour du détroit.

Pour cela, il faut en passer par une campagne spécifique de chasse à basse altitude, un peu à la manière du groupement aéromobile français intervenu depuis la mer en Libye, de début juin à début septembre 2011, et dont chaque appareil avait détruit en moyenne 30 à 40 cibles (véhicules, dépôts, pièces d’artillerie, etc.). Les Américains disposent pour cela de 100 à 120 hélicoptères et avions d’attaque, soit donc un potentiel de destruction d’environ 200 petites cibles par semaine, avec cet inconvénient majeur que les forces iraniennes conservent une bonne capacité d’interception dans la basse couche et y ont déjà abattu deux hélicoptères et trois avions de combat américains. Cette campagne de chasse impliquerait donc presque obligatoirement de nouvelles pertes. On peut envisager d’engager également des groupes d’attaque de destroyers près des côtes, mais là aussi sans doute au prix de dégâts.

On note à cet égard combien il aurait été utile pour les Américains de disposer pour cette mission de chasse d’une flotte massive de drones de moyenne portée semblable à celle qu’utilisent les Ukrainiens dans leur campagne d’interdiction logistique dans les provinces occupées, ainsi que d’une escadre de drones navals.

Au bout du compte, la prise de contrôle du détroit d’Ormuz passerait donc aussi probablement par la saisie des îles clés. C’est le rôle dévolu aux deux Marine Expeditionary Units (MEU) disponibles pour des assauts amphibies ou héliportés, sur Larak en premier lieu, et sans doute aussi sur Qeshm avec une opération héliportée de la brigade de la 82e division aéroportée, de même que des forces spéciales. Il sera possible ensuite de s’emparer plus facilement d’Abu Musa et de neutraliser les petites îles Tumb.

Cette option comporte deux risques : le premier est celui de pertes humaines importantes lors de l’assaut, le second est celui d’un enlisement si le gouvernement iranien persiste à ne rien céder et harcèle les forces déployées dans le détroit pour une durée indéterminée.

Une option subsidiaire, non exclusive des autres sinon par la faiblesse des moyens américains disponibles dans la région, consisterait à s’emparer de l’île de Kharg au nord du Golfe Persique, le poumon du commerce maritime pétrolier iranien. Le mode d’action ressemblerait à celui de la conquête du détroit d’Ormuz – modelage de l’ennemi par des campagnes de frappes, assaut et tenue – mais à plus petite échelle. Outre le blocage total du commerce du pétrole iranien, l’intérêt d’une telle conquête serait de disposer d’un gage susceptible d’être échangé éventuellement contre, par exemple, le retour à la liberté totale de navigation dans le Golfe.

Au bilan, on s’aperçoit malgré tout que les marges de manœuvre américaines sont faibles, en proportion de la faible diversité des moyens déployés, elle-même résultat d’une planification étriquée par un échelon politique qui ne voulait pas s’engager dans un bourbier, et qui, comme dans une tragédie grecque, s’y retrouve finalement à force de vouloir l’éviter.

Michel Goya

areion24.news

Pékin à l’épreuve de la résilience tibétaine

 

Une série de manifestations pro-tibétaines à l’occasion de la visite de Xi Jinping aux États-Unis et lors de la fête nationale chinoise du 1er octobre montrent que la cause tibétaine est toujours vivante malgré la sinisation forcée orchestrée par le Parti communiste chinois.

Début juillet se refermait – presque dans la confidentialité – une fébrile Année de la Compassion entamée douze mois plus tôt par les célébrations du 90e anniversaire du Dalaï-Lama. Celles-ci étaient principalement organisées dans sa cité d’exil indienne de Dharamsala. Les Tibétains en exil y participèrent à distance et en ordre dispersé, pour le plus grand plaisir de l’emblématique chef spirituel du bouddhisme tibétain comme de l’Administration centrale tibétaine (anciennement Gouvernement tibétain en exil).

La tragique immolation d’un Tibétain (Lobga Rangzen) intervenue le 2 juillet à quelques pas du siège new yorkais de l’ONU, a rappelé brutalement au monde entier la désespérance d’une communauté opposant sa résilience à la sinisation à marche forcée d’un régime faisant peu cas du sort des 6 millions de Tibétains vivant au pays des neiges.

Un trimestre plus tard, à la faveur d’événements moins graves, le rude quotidien du Toit du monde était brièvement de retour dans une actualité internationale lui laissant ces dernières années de moins en moins d’espace.

Mobilisation lors de la visite de Xi Jinping aux États-Unis

Le 24 septembre, plusieurs milliers d’exilés Tibétains domiciliés en Amérique du Nord convergeaient vers Washington pour protester contre la visite du président Xi Jinping, et sensibiliser l’opinion publique internationale, en marge du très médiatique sommet Trump – Xi, sur la résilience de la communauté tibétaine et sa détermination intacte, nonobstant l’implacable sinisation accablant le pays des neiges. Dans la capitale américaine, le « comité d’accueil » tibétain débutait sa mobilisation pacifique sur le perron de l’ambassade de Chine, avant de défiler en un cortège animé mais non violent en direction du Capitole, jalonnant son périple pédestre de critiques sévères à l’encontre des politiques répressives de Pékin et du génocide culturel imposé aux populations bouddhistes tibétaines des hauts plateaux, à quelques 12 000 km de là. Selon le Tibet Post du 25 septembre, les manifestants demandaient en particulier l’abrogation de la « loi sur la promotion de l’unité ethnique et du progrès » qui prévoit le démantèlement systématique de la langue, la culture, la religion et l’identité nationale tibétaine.

Fête nationale chinoise et manifestations tibétaines

Le 1er octobre, à l’occasion de la fête nationale commémorant la proclamation de la République populaire de Chine, des rassemblements bruyants mais non violents agrégeant des Tibétains, des Hongkongais et des Ouïghours se déployaient à travers le monde de Sydney à Washington devant les ambassades et consulats chinois pour dénoncer l’autoritarisme du régime, déplorer les violations continues des droits de l’homme sur les hauts plateaux tibétains, dans l’ancienne colonie britannique et au Xinjiang. Des manifestations conjointes pour amplifier la résistance extérieure contre la feuille de route pékinoise, ses lois draconiennes sur « l’unité ethnique » ou la « sécurité nationale, » l’assimilation culturelle forcée, la répression transnationale, ou encore l’inlassable travail de sape érodant les particularismes ethniques, culturels, religieux. Des mobilisations immédiatement censurées sur l’internet chinois et ignorées par les représentants officiels chinois dans le monde lors des célébrations du 1er octobre.

La mobilisation s’est déroulée dans un climat plus tendu à New Delhi. Plusieurs dizaines de membres du Tibetan Youth Congress (TYC) ont manifesté bruyamment devant l’ambassade de Chine, et les forces de l’ordre ont arrêté certains des participants. L’allocution du président du TYC lors de la manifestation fut percutante : « À l’occasion du 77e anniversaire de la fondation de la soi-disant République populaire de Chine, le Tibetan Youth Congress condamne sans équivoque l’affirmation persistante de la souveraineté et du contrôle politique de la Chine sur le Tibet, le Turkestan oriental, la Mongolie-Méridionale et la Mandchourie. Le Tibet n’a jamais fait partie de la Chine et n’en fera jamais partie. »

Chaque année durant la semaine qui précède le 1er octobre les Tibétains en exil de par le monde célèbrent avec entrain la désormais traditionnelle Tibetan National Identity Preservation Week dont la vocation est, pour l’Administration centrale tibétaine « de préserver et de renforcer l’identité, la langue, la culture, les traditions et les valeurs tibétaines pour les générations actuelles et futures. »

Expositions et journées du Tibet en France

Le 1er octobre, la municipalité de Levallois-Perret et son édile (Mme Agnès Pottier-Dumas) inauguraient l’exposition « Dalaï-Lama : la compassion en action, » célébrant la vie, les enseignements et le message intemporel de paix, de compassion et de valeurs universelles associés au chef spirituel tibétain. Un trimestre plus tôt (début juillet), la mairie de Levallois-Perret avait inauguré l’Allée du Tibet au sein de son Parc des Cinq Continents – Jacques-Chirac.

Quelques 800 km en direction du Sud, aux pieds des Pyrénées, la bonne ville de Pau et l’Association Paloise pour l’Art et la Culture du Tibet (APACT) célébraient le 3 octobre une Journée du Tibet, en déclinant un programme culturel franco-tibétain fait de discussions, d’échanges et de réflexions croisées sur le sort du Toit du monde, du bouddhisme tibétain et de son pontife nonagénaire, cible privilégiée de la vindicte des autorités centrales chinoises s’évertuant à contrarier sans relâche les conditions futures de sa succession.

L’anniversaire de Gandhi et la non-violence

Une curieuse facétie du calendrier sino-indien adosse à un jour d’intervalle la fête nationale chinoise (le 1er octobre) et l’anniversaire du Mahatma Gandhi le lendemain. Dans l’Union indienne, cet événement est chaque année célébré d’un bout du pays à l’autre, à Mumbai, New Delhi, Kolkata ou Dharamshala. Dans cette dernière, siège de l’Administration centrale tibétaine, les autorités tibétaines rendent comme chaque année hommage à l’apôtre de la non-violence, saisissant cette opportunité pour rappeler leur engagement à poursuivre la lutte tibétaine pour la liberté et la justice par la non-violence et le dialogue.

Le Palais des nations genevois, autre caisse de résonance de la résilience tibétaine

Le 1er octobre toujours, à deux pas des paisibles berges du Lac Léman, la communauté tibétaine helvète et ses nombreux amis genevois se mobilisaient quant à eux devant le cadre solennel du Palais des nations onusien – où se déroulait par ailleurs la 63ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. S’ensuivit dans le calme une symbolique marche pour la paix visant à « attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation des droits de l’homme au Tibet et à l’exhorter à prendre des mesures concrètes, » mais également à sensibiliser l’opinion sur le sort du 11e Panchen-Lama tibétain, Gedhun Choekyi Nyima. Il fut reconnu voilà 31 ans comme la véritable réincarnation du défunt 10e Panchen-Lama par le Dalaï-Lama, et on ne l’a pas revu en public depuis sa disparition orchestrée par les services chinois en 1995.

Une thématique douloureuse pour l’intéressé et la population tibétaine sur laquelle les autorités pékinoises rechignent à discourir, préférant évoquer l’activité de « leur » Panchen- Lama, coopté par leurs soins voilà trois décennies, mais à l’autorité disputée et au crédit inexistant aux yeux des Tibétains.

La nouvelle feuille de route pour l’avenir du Tibet

Dans les derniers jours de septembre, trois ans après une première feuille de route institutionnelle à l’intitulé éloquent (« Assurer l’avenir du Tibet »), l’Administration centrale tibétaine présentait une version amendée de ce document s’attelant notamment aux deux priorités suivantes : rechercher une résolution rapide du différend sino-tibétain et promouvoir le bien-être de la communauté tibétaine en exil. Les lecteurs – et les autorités pékinoises – noteront que cette mise à jour conserve officiellement la « Voie du milieu, » non-violente et privilégiant le dialogue, comme principe politique d’éventuels rapports avec les autorités chinoises. Malgré certaines interrogations dans les rangs tibétains les plus sceptiques sur la pertinence de cette approche, jugée trop peu incisive par certains.

L’étonnant clin d’œil que voilà. Le 1er octobre 2026, littéralement 60 ans après le début de l’épouvantable Révolution culturelle chinoise, trois décennies après la sortie en salle du film « Sept ans au Tibet (1997), » Netflix ajoute enfin cet automne à son vaste catalogue cette superproduction à succès où le jeune Brad Pitt – incarnant un aventurier autrichien – dispute à l’écran la vedette au 14e Dalaï Lama, alors dans ses jeunes années. Pendant longtemps, les autorités pékinoises se sont emportées sur la manière dont le réalisateur de ce film dépeignait l’occupation chinoise du Pays des neiges, sur le contraste immanquable opposant l’image négative des militaires à celle autrement plus positive de Sa Sainteté. Du reste, dans la foulée de la sortie de ce blockbuster (tourné non au Tibet … mais au Canada et en Argentine), le très populaire acteur américain et le réalisateur Jean-Jacques Annaud étaient considérés persona non grata en République populaire…

Il y a quelques jours, dans une tribune du Tibet Express, un ancien diplomate tibétain (et par ailleurs neveu du Dalaï-Lama) estimait, le ton grave : « La disparition du Dalaï-Lama pourrait ne pas résoudre la question tibétaine ; elle risquerait au contraire de susciter une résistance renouvelée et de raviver la solidarité internationale. » Une lecture des temps à venir somme toute assez franche, plausible autant que préoccupante, qui pourtant ne semble guère prévaloir à Pékin en cet automne 2026.

Olivier Guillard

asialyst.com

August Hanning était en contact avec un responsable chinois

 

L’ancien chef des services secrets allemands, August Hanning, placé en détention pour espionnage présumé, entretenait depuis longtemps des contacts avec un ancien haut gradé chinois, rapporte le magazine Spiegel.

Le magazine indique que M. Hanning, qui a quitté le service allemand de renseignement extérieur en 2005, s’était rendu plusieurs fois en Chine, où il connaissait un ancien responsable ayant servi à l’ambassade de Chine en Allemagne de l’Est, alors communiste.

Il précise que cet ancien général de division, identifié sous le nom de Wang Jianzheng, était un expert reconnu des questions liées à l’Allemagne et avait traduit plusieurs ouvrages allemands en chinois.

Hanning a été placé en détention cette semaine, soupçonné d’avoir transmis à des agents de renseignement étrangers des informations provenant de documents confidentiels fournis par son ancien chef de cabinet. Les activités présumées ont eu lieu après son départ à la retraite, alors qu’il travaillait comme consultant indépendant en matière de sécurité.

Les procureurs n’ont pas indiqué quels documents auraient été transmis ni à qui ils auraient pu l’être.

L’avocat de Hanning n’a pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires, mais, dans une déclaration au Spiegel, ]il a démenti que son client ait porté atteinte aux intérêts allemands et a affirmé que celui-ci faisait l’objet de poursuites injustifiées.

ch.zonebourse.com

jeudi 8 octobre 2026

Statut personnel et condition féminine : dialogue entre modernité et héritage au Maroc et en Irak

 

Les Codes du statut personnel sont des textes juridiques régissant des aspects de la vie tels que le mariage, le divorce, la garde des enfants et l’héritage, tout en mettant en lumière le statut de la femme. Dans les pays arabes, ces codes sont principalement influencés par la charia islamique et les traditions locales. Depuis leur adoption au XXe siècle, ils ont connu diverses réformes, reflétant les transformations sociales et économiques ainsi que les pressions internationales, mais variant selon les contextes nationaux.

Ces réformes visent à améliorer les droits des femmes en conciliant les principes islamiques avec les aspirations modernes à l’égalité et à la justice sociale. Le Maroc et l’Irak offrent deux trajectoires opposées : Rabat poursuit une voie progressiste en renforçant les libertés tout en respectant la charia, tandis que Bagdad adopte une approche régressive, réduisant les acquis des femmes et réinstaurant des pratiques patriarcales.

Les origines : droit positif ou droit divin ?

Les Codes du statut personnel appliqués dans de nombreux pays arabes s’appuient sur les textes fondamentaux de l’islam, comme le Coran et les hadiths (récits et paroles rapportés du prophète Mahomet), pour régir les relations familiales. Ainsi, le mariage, perçu tel un contrat civil et religieux, repose sur des conditions essentielles telles que le consentement mutuel, la présence de témoins et le versement d’une dot (mahr). Ces principes sont parfois modernisés, comme dans la Moudawana marocaine codifiée en 1957 et 1958, pour assurer une plus grande équité entre époux. Le divorce (talaq), bien qu’autorisé, est considéré comme un dernier recours, avec des mesures telles qu’une période d’attente et des tentatives de réconciliation. Enfin, les règles successorales islamiques prévoient une répartition genrée des parts, reflétant les responsabilités financières traditionnellement assignées aux hommes. Cependant, ces principes, qui montrent un équilibre entre droits et devoirs tel qu’interprété dans le cadre de la charia, évoluent sous l’influence des réformes contemporaines visant à concilier tradition et modernité.

Ces codes intègrent également des traditions, façonnées par des contextes historiques, sociaux et politiques distincts. En matière de mariage, au Maroc et en Irak, les textes reposent sur un fondement commun qui exige le consentement mutuel des époux et fixe l’âge minimum légal à 18 ans. Toutefois, des différences émergent, en particulier dans la gestion du divorce et de la polygamie. Par exemple, l’Irak conserve la répudiation, permettant au mari de dissoudre unilatéralement le mariage. En revanche, le Maroc, bien qu’il maintienne cette possibilité, la soumet à une procédure judiciaire obligatoire, conférant davantage de garanties aux femmes. En ce qui concerne l’héritage, les deux États respectent la charia, qui attribue aux hommes une part double de celle des femmes. Cependant, des dynamiques contrastées se dessinent : au Maroc, un mouvement féministe croissant milite pour une égalité successorale, suscitant des débats avec les conservateurs. En Irak, en revanche, les inégalités restent exacerbées par les traditions, sans qu’aucun mouvement contestataire similaire prenne forme.

La polygamie est encadrée de manière différente. Au Maroc, la Moudawana impose des restrictions rigoureuses à cette pratique, notamment l’obligation d’obtenir le consentement de la première épouse et une autorisation judiciaire. Ces mesures visent à limiter la polygamie en s’assurant que les conditions d’équité prévues par la charia sont respectées. En Irak, bien que la polygamie soit autorisée et que l’accord de la première épouse soit requis, son cadre réglementaire reste plus souple (1). Les régulations locales ne prévoient pas les mêmes exigences en matière de contrôle judiciaire, ce qui laisse une plus grande marge de liberté aux hommes pour contracter plusieurs mariages.

Ces différences reflètent des approches divergentes dans l’application des principes islamiques et des adaptations locales, influencées par les contextes sociaux et culturels propres. Quoi qu’il en soit, ces codes ne se limitent pas à suivre les prescriptions de la charia, mais intègrent également des pratiques spécifiques. Par exemple, au Maroc et en Irak, ces traditions peuvent influencer des aspects cruciaux tels que l’âge légal du mariage, le rôle du wali (tuteur masculin) et le consentement familial (2). Une illustration de cette influence est le mariage religieux coutumier, souvent pratiqué en dehors de tout cadre judiciaire, contournant ainsi les règles imposées par le Code du statut personnel. Dans les deux pays, les unions conformes à la charia peuvent être célébrées avant 18 ans. Elles sont généralement validées par le juge pour garantir leur reconnaissance légale et protéger les droits des enfants. Ce phénomène montre la tension entre les normes juridiques et les pratiques traditionnelles.

Les Codes du statut personnel en Irak et au Maroc ont également été influencés par les législations coloniales. En Irak, le texte de 1959, marqué par les systèmes juridiques français et britannique, a unifié les lois en s’écartant des interprétations strictes des écoles islamiques, introduisant des réformes modernistes comme l’autorisation judiciaire pour un second mariage, au grand dam des autorités religieuses chiites. Au Maroc, l’impact du protectorat français (1912-1956) a aussi conduit à l’intégration de principes tels que l’enregistrement civil du mariage, et, après l’indépendance, le royaume a élaboré un code conciliant bases islamiques et normes modernes, témoignant d’un certain équilibre.

En Irak, des avancées fragiles

Depuis leur adoption, les Codes du statut personnel en Irak et au Maroc n’ont cessé de subir des réformes visant principalement à améliorer le statut juridique des femmes. Bien que ces changements aient été mis en œuvre dans des contextes sociaux différenciés, ils partagent des enjeux communs, marqués par une tension entre la modernité et les traditions.

En Irak, la première grande réforme de 1990 a été une tentative importante de modernisation du droit familial, tout en conservant les principes fondamentaux de la charia (3). Cette révision a été introduite dans un contexte où le pays, dirigé par Saddam Hussein (1937-2006) entre 1979 et 2003, cherchait à répondre aux évolutions sociales et politiques tout en renforçant son autorité sur les affaires internes. La réforme visait à améliorer la régulation des relations familiales, notamment en ce qui concerne le mariage, le divorce et l’héritage. Certaines mesures prises ont visé à accorder davantage de droits aux femmes, en introduisant des mécanismes plus stricts pour la séparation et en renforçant les conditions du mariage. Par exemple, le consentement des deux parties a été mis en avant comme une condition essentielle du mariage. De plus, certaines pratiques, telles que la répudiation, ont été restreintes par l’introduction d’une procédure judiciaire plus formalisée.

Bien que la réforme de 1990 ait tenté de concilier la modernisation du droit familial avec le respect des principes islamiques, elle n’a pas apporté de changements radicaux. Les dispositions concernant l’héritage sont restées basées sur la charia, attribuant toujours aux hommes une part double. Cette réforme n’a ni bouleversé l’ordre patriarcal en place ni empêché les inégalités. Son impact a été limité par le contexte politique et social de l’Irak, où les influences traditionnelles et religieuses ont continué de dominer, malgré les efforts pour moderniser certaines pratiques. Ainsi, le code de 1990 a renforcé les structures patriarcales déjà existantes sans transformer les dynamiques de pouvoir au sein des familles.

Treize ans plus tard, après l’invasion américaine en 2003, plusieurs propositions ont émergé. L’une d’elles a été la résolution no 137, introduite cette année-là par le Conseil de gouvernement irakien, sous l’influence de l’administrateur civil américain Paul Bremer et des leaders religieux chiites. Cette résolution visait à remplacer le code en vigueur par des législations confessionnelles distinctes, permettant à chaque communauté d’appliquer ses propres règles en matière de statut personnel. Cette réforme a suscité de vifs débats, notamment en raison de la possibilité d’adopter des pratiques controversées comme le mariage des jeunes filles dès l’âge de 9 ans, conformément à certaines interprétations de la jurisprudence jaafarite (4). Ces initiatives ont été critiquées par les mouvements féministes, car interprétées comme un recul pour les droits des femmes et une menace pour l’unité juridique de l’Irak.

Les tentatives de réforme du code irakien se sont poursuivies en 2013 et 2017, visant encore une fois à introduire des règles fondées sur le jaafarisme (5). Ces projets ont de nouveau provoqué une vive controverse, particulièrement en raison de la proposition d’abaisser l’âge légal du mariage pour les filles et de reconnaître le mariage temporaire « de jouissance » (6), des mesures perçues comme une régression des droits et une remise en cause des avancées légales précédentes. Face à cette opposition croissante, ces propositions ont échoué, et le Code du statut personnel de 1959 est resté en vigueur, seules les réformes de 1990 étant appliquées.

Au Maroc, renforcer les droits des femmes

C’est dans un contexte sociopolitique différent que la réforme de la Moudawana de 2004 a marqué une étape décisive (7). Cette évolution est le fruit de plusieurs années de débats sociaux et politiques, et elle a été adoptée dans le but de moderniser le droit de la famille tout en conciliant les principes de la charia avec les exigences d’égalité entre les sexes. Ce processus a été influencé par les mouvements féministes, ainsi que par les pressions internationales visant à promouvoir les droits des femmes dans le royaume.

Le principal objectif de la réforme était de garantir une plus grande équité dans les relations familiales, avec un accent particulier sur le renforcement des droits des femmes. Elle a cherché à répondre aux critiques concernant les inégalités juridiques entre les sexes, en particulier dans des domaines clés comme le mariage, le divorce, la garde des enfants et l’héritage. Dans cette optique, la réforme a introduit plusieurs mesures significatives, à commencer par l’instauration d’un âge minimum de 18 ans pour le mariage, un progrès par rapport aux dispositions précédentes qui autorisaient des exceptions dès 15 ans. En outre, la réforme a renforcé le rôle des femmes dans le mariage en exigeant leur consentement explicite pour toute union. Cette modification visait à donner plus de liberté aux femmes dans le choix de leur époux et à limiter les mariages forcés. La réforme a également marqué une évolution significative en matière de divorce. Autrefois réservé aux hommes, notamment par le biais de la répudiation, il est désormais accessible aux femmes, qui peuvent en faire la demande pour cause de préjudice, sous réserve d’un contrôle judiciaire. Les garanties financières en faveur des femmes divorcées ont été renforcées, avec l’obligation pour l’époux de verser une pension alimentaire.

En ce début d’année 2025, un projet de réforme lancé par le roi Mohamed VI (depuis 1999) en juillet 2022 est en débat au niveau parlementaire (8). Après des mois de consultations, une version du texte a été soumise au souverain en mars 2024, mais le vote des députés, initialement prévu pour la session de printemps, n’a pas eu lieu. Cette réforme aborde des questions sensibles, telles qu’un renforcement des restrictions sur le mariage des mineurs et l’égalité des sexes dans la tutelle parentale, ce qui a entraîné des consultations prolongées et une vive opposition de groupes conservateurs, ceux-ci craignant des impacts sur les règles religieuses et la structure familiale. Malgré la volonté du gouvernement de réformer, ces changements profonds nécessitent un large consensus, d’autant plus que les priorités humanitaires liées aux conséquences du tremblement de terre de septembre 2023 ont retardé le processus.

L’influence croissante des religieux sur les réformes

Un autre projet a émergé en Irak, en opposition à une tentative de réforme lancée en 2019. Cette dernière visait à unifier les lois familiales entre les communautés religieuses du pays. En cherchant à standardiser les règles applicables à toutes les communautés religieuses, elle devait promouvoir une plus grande égalité devant la loi, en évitant de traiter différemment les individus en fonction de leur appartenance religieuse. Elle faisait suite aux critiques des précédentes tentatives, perçues comme des régressions pour les droits des femmes et un pas vers la division communautaire et était donc en partie une réponse à ces préoccupations et à la pression pour rétablir l’égalité et les Droits de l’homme au sein du système juridique irakien.

Dans le détail, l’initiative de 2019 visait à garantir l’égalité en matière de mariage, de divorce et d’héritage, tout en renforçant les droits des femmes, avec des mesures telles que l’augmentation de l’âge minimum du mariage à 18 ans pour toutes les communautés. Cependant, ce projet a suscité une vive opposition, notamment de la part des groupes religieux conservateurs, en particulier les autorités chiites, qui ont estimé que ces modifications entraient en conflit avec les principes de la charia. Les débats autour de la révision des lois sur le mariage des mineures et sur les droits des femmes en matière de divorce ont mis en évidence les tensions entre modernité et traditions religieuses, entraînant des résistances majeures au sein de la société irakienne.

Le projet de loi de 2019 n’a pas été adopté en raison de plusieurs facteurs. L’opposition des groupes religieux conservateurs, notamment chiites, s’est concentrée sur les réformes proposées concernant l’âge du mariage et le divorce. De plus, des divisions politiques internes entre les partis chiites, sunnites et kurdes ont empêché un consensus. À cela s’ajoutent les pressions sociales et culturelles dans certaines régions rurales et conservatrices de l’Irak, où les pratiques traditionnelles, telles que les mariages arrangés et les inégalités successorales, restent ancrées. Enfin, l’influence des pays voisins, comme l’Iran, et des pressions internationales pour améliorer les droits des femmes ont alimenté des débats sur les valeurs culturelles et religieuses locales.

En réponse à cette opposition, une nouvelle proposition de réforme du Code du statut personnel a vu le jour en 2023 sous le nom de « loi jaafarite ». Bien qu’elle soit présentée comme une continuité du projet de 2019, cette initiative reflète un changement majeur dans l’équilibre politique irakien, mettant en évidence l’influence croissante des partis religieux aux dépens des formations laïques. Ce projet reprend les propositions confessionnelles des réformes de 2013 et de 2017, cherchant à instaurer un code basé sur des principes religieux, ce qui pourrait compromettre les avancées obtenues par les femmes en Irak. Le projet de loi a été présenté en première lecture le 11 août 2024, ce qui constitue l’une des trois étapes nécessaires avant d’être soumis au vote. Il propose l’établissement d’un code divisé en deux sections : l’une consacrée aux principes de la charia selon l’école jaafarite, et l’autre aux règles de la charia sunnite. Dans les cas où la femme ne suit aucun des deux courants, c’est celui de l’homme qui prévaut (9). Les amendements suggérés visent à transférer les décisions concernant les affaires familiales, telles que le mariage et l’héritage, des tribunaux civils vers des juridictions religieuses. Cette proposition a suscité des critiques, notamment de la société civile, car elle est perçue comme un retour en arrière qui pourrait compromettre les droits des femmes et des groupes minoritaires, introduisant des normes variées en fonction des affiliations confessionnelles.

Le droit international : un appui fiable ou une utopie ?

Parmi les aspects les plus controversés figure une proposition visant à permettre les mariages précoces dès l’âge de 9 ans. Une autre question également sensible porte sur la notion d’« obligation maritale », selon laquelle une épouse ne satisfaisant pas son mari ne serait pas en droit de recevoir une pension alimentaire, ce qui va à l’encontre des normes internationales sur les droits des enfants. En outre, ce projet autorise la reconnaissance, institutionnalisée cette fois-ci, des mariages religieux sans passer par les instances judiciaires, ouvrant la voie à des unions échappant aux garanties légales nécessaires pour protéger les deux époux (10). Ces propositions ont déclenché des protestations et des manifestations organisées par des mouvements féministes et des activistes, qui ont exigé leur rejet.

Ces réformes sont également vues comme un recul par rapport aux principes d’égalité inscrits dans la Constitution irakienne et dans les droits fondamentaux garantis par le droit international, exacerbant ainsi la division entre réformistes et conservateurs au sein de la société. Bien que les amendements aient été discutés au Parlement, ils n’ont pas encore été adoptés et la réforme reste bloquée, en raison des oppositions politiques internes, des contestations de la société civile et des conséquences potentielles pour les Droits de l’homme.

L’évolution des Codes du statut personnel en Irak et au Maroc illustre des dynamiques opposées : le royaume continue de renforcer les droits juridiques des femmes, tandis qu’en Irak, le projet de réforme risque d’éroder les acquis précédents. À l’échelle du monde arabe, l’Irak se distingue comme le seul pays empruntant une voie régressive, alors que les réformes envisagées dans d’autres tendent, au moins symboliquement, à améliorer et à protéger davantage les droits des femmes. Par ailleurs, l’Irak fait l’objet d’une surveillance accrue de la part des mécanismes des Nations unies sur les enfants et les femmes. Le droit international pourrait jouer un rôle clé pour limiter cette régression, bien que l’efficacité de ces actions reste à démontrer.

Notes

(1) Rend al-Rahim, « Amendment to Personal Status Law: A Blow to Iraqi Women & Society », in Enheduanna, Wilson Center, 22 août 2024.

(2) Asma Lamrabet, Islam et femmes : Les questions qui fâchent, En toutes lettres, 2021.

(3) Chibli Mallat, Introduction to Middle Eastern Law, Oxford University Press, 2007.

(4) Le jaafarisme est l’une des principales écoles juridiques de l’islam chiite. Elle tire son nom de l’imam Jaafar al-Sadiq (702-765).

(5) Zahra Ali, « Offensive contre les femmes en Irak », in Orient XXI, 25 novembre 2017.

(6) Le mariage temporaire « de jouissance » est une pratique spécifique à l’islam chiite. Il s’agit d’une union contractuelle pour une durée déterminée, convenue à l’avance entre un homme et une femme. Ce type de mariage est généralement interdit par les écoles sunnites.

(7) Fatima Sadiqi et Moha Ennaji, « The Feminization of Public Space: Women’s Activism, the Family Law, and Social Change in Morocco », in Journal of Middle East Women’s Studies, vol. 2, no 2, 2006, p. 35-59.

(8) Mériam Cheikh, « L’égalité des sexes en débat : l’essor de l’antigenre au Maroc ? », in Moyen-Orient, no 62, avril-juin 2024, p. 26-31.

(9) Hiyam Ali, « Réformes de la Loi sur le statut personnel en Irak : institutionnalisation du confessionnalisme et menace pour les droits des femmes », Centre français de recherche sur l’Irak (CFRI), 11 octobre 2024.

(10) Human Rights Watch, « Irak : Les mariages non enregistrés font du tort aux femmes et aux enfants », 3 mars 2024.

Imad Khillo

areion24.news

Commerce : l’Union européenne se prépare à une épreuve de force avec la Chine

 

La France, l’Allemagne et la Commission européenne se sont mises d’accord pour préparer des mesures fortes, dont un outil qui permettrait d’interdire l’accès au marché européen à la Chine en cas de pratiques déloyales, au risque de déclarer une guerre commerciale inédite avec ce partenaire désormais devenu rival. L’Union européenne fait face à un déficit commercial abyssal avec la Chine qui ne cesse de gonfler, jusqu’à représenter une menace existentielle pour des secteurs de l’industrie européenne.

Longtemps ouvertes à toutes formes de coopérations avec la Chine, la France et l’Allemagne ont radicalement changé de ton par la voix du président Emmanuel Macron et du chancelier Friedrich Merz pour qui les déséquilibres commerciaux et industriels avec la Chine sont devenus « insoutenables » et nécessitent désormais un « nouvel outil » pour y faire face.

Cet instrument, dont le nom exact n’a pas été révélé mais déjà baptisé par certain « bazooka ultime, » fait partie d’une série de nouvelles recommandations transmises à la Commission européenne par les gouvernements français et allemand qui s’étaient auparavant affrontés sur la politique à l’égard de la Chine mais se sont rapprochés ces derniers mois.

Paris et Berlin, dont les désaccords sont nombreux, ont considérablement rapproché leurs positions face à une flambée des importations chinoises dans des secteurs clés, que les responsables qualifient de « China Shock 2.0 » et dont parmi les victimes figure aujourd’hui surtout le secteur automobile.

« Il est important de constater qu’il existe aujourd’hui un consensus européen sur le fait que ces déséquilibres sont insoutenables, » a déclaré une source de l’Élysée citée par le quotidien anglophone de Hong Kong South China Morning Post (SCMP) daté du 5 octobre.

Paris et Berlin ont préparé un document conjoint de même qu’une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne, signée des deux dirigeants. Bien qu’aucun des deux documents ne cite nommément la Chine et qu’ils précisent tous deux que tout nouvel instrument devrait s’appliquer de manière neutre vis-à-vis des pays, ils regorgent d’expressions généralement considérées comme des synonymes des politiques chinoises, relève ce journal.

Ainsi par exemple « déficits commerciaux insoutenables avec des partenaires clés, » « surcapacités structurelles, » « dumping, subventions excessives et généralisées, » ainsi que « manipulation et sous-évaluation monétaires, » souligne le quotidien.

Le journal affirme avoir pu consulter les deux documents et précise qu’ils constituent « le signe le plus fort à ce jour d’un changement de politique de l’Union européenne à l’égard de la Chine. » MM. Macron et Merz y réclament la mise en œuvre un nouvel outil commercial « qui permettrait de couper l’accès au marché de l’UE lorsque des pays tiers provoquent de graves distorsions. »

Le nouveau « bazooka » de l’Europe contre la Chine

« Cet outil fonctionnerait en effet comme un « kill switch, » [coupe-circuit] permettant à Bruxelles de réagir rapidement, voire immédiatement, aux distorsions systémiques. Il conférerait de nouveaux pouvoirs considérables à la Commission européenne, l’organe exécutif de l’UE, qui gère la politique commerciale de l’Union composée de 27 États membres, » affirme le quotidien qui, avant d’être repris en main par le PCC à la faveur de la mise sous cloche de toute dissidence à Hong Kong à partir de 2019, était un journal indépendant de grande qualité.

« Nous avons besoin d’un instrument crédible entre les mains de la Commission pour permettre une réaction décisive et systémique, c’est-à-dire une activation par majorité qualifiée inversée, ainsi que des mesures puissantes pouvant aller jusqu’à une exclusion immédiate du marché intérieur si nécessaire, » indique la lettre, signée par le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron, selon le SCMP.

Dans un article intitulé « La France et l’Allemagne à l’unisson pour muscler la défense commerciale de l’Europe contre la Chine » publié mardi, le quotidien Les Echos confirme largement ce bras-de-fer à venir de même que les nouveaux instruments que souhaitent les deux dirigeants français et allemand.

L’arme ultime demandée par Emmanuel Macron et Friedrich Merz est « l’interdiction d’accès du marché européen aux entreprises d’un pays qui chercherait, par des moyens politiques ou économiques, à compromettre le rétablissement de conditions de concurrence équitables et de conditions de marché loyales, » souligne ce journal.

Le marché européen ne sera plus garanti aux tricheurs

« L’accès au marché intérieur européen à un prix et n’est pas garanti » lorsque certains pays tiers ne respectent pas les règles, souligne l’Elysée, selon le quotidien qui n’identifie pas sa source. « Il y a une convergence de vues sur le fait que la situation commerciale internationale n’est plus tenable et sur la nécessité d’une réponse robuste de l’Europe, » ajoute cette même source.

En septembre dernier, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait elle-même souligné que le déficit commercial avec la Chine avait « atteint un point de bascule, » accusant ce « choc chinois » de nourrir « la désindustrialisation » de l’Europe.

Pour l’Elysée, au-delà de la protection du secteur automobile européen déjà très fortement mis à mal par la concurrence chinoise, « la Commission a été saisie sur d’autres secteurs, mais il faut le faire dans des délais les plus courts, dans tous les secteurs où cela s’imposera. Il faut aller vite et être plus efficace et ne pas attendre jusqu’à deux ans pour réagir. »

Selon ce même journal, Friedrich Merz et Emmanuel Macron exigent de Pékin des mesures rapides, telles que la limitation volontaire des exportations de véhicules électriques et appellent en parallèle l’Europe à « dérisquer » son exposition à certains fournisseurs dans des secteurs clé pour les souverainetés industrielles européennes. Paris et Berlin exigent en outre d’agir dans le domaine des taux de change qui faussent la concurrence.

Le FMI a récemment estimé que le Yuan (Renminbi) chinois est artificiellement dévalué de 15%, le chancelier allemand ayant porté sa propre estimation à 30%.

« Le désalignement et la sous-évaluation des taux de change renforcent l’avantage en matière de compétitivité prix qui s’ajoute à d’autres facteurs (investissements élevés, forte concurrence, subventions importantes), ce qui entraîne des déséquilibres croissants avec l’UE, » mentionne le document franco-allemand.

Bruxelles se félicite de la fermeté nouvelle franco-allemande à l’égard de la Chine

Côté Bruxelles, on se félicite publiquement de l’initiative franco-allemande. Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne chargé du commerce, a déclaré : « Nous saluons vivement cette lettre » adressée à Ursula von der Leyen. « Il s’agit d’une contribution précieuse au débat en cours sur la meilleure façon pour l’UE de faire face aux risques géoéconomiques et aux déséquilibres macroéconomiques mondiaux, » a récemment déclaré M. Gill.

« Elle s’inscrit dans la lignée des travaux de la Commission européenne et de la position claire de la présidente sur la compétitivité et l’approche à adopter vis-à-vis des partenaires commerciaux, y compris la Chine, » a-t-il précisé.

Ces documents préparent le terrain pour les discussions qui auront lieu jeudi et vendredi entre le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, et le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao. La semaine prochaine, les résultats de leurs discussions contribueront à donner le ton d’un sommet des dirigeants de l’UE à Bruxelles. Ceux-ci discuteront des mesures à prendre face à ce qui est désormais considéré comme un problème existentiel pour des pans entiers de l’industrie européenne.

Depuis que des informations concernant ce nouvel outil ont commencé à faire surface la semaine dernière, celui-ci a été tour à tour comparé à l’instrument tarifaire américain de la « Section 301 » et à l’instrument anti-coercition (ACI) de l’Union européenne, adopté il y a trois ans mais resté inactif depuis, malgré ce qui est perçu comme une recrudescence des comportements coercitifs à l’égard de l’Europe, tant de la part des États-Unis que de la Chine.

Selon le SCMP, afin d’empêcher que certaines capitales ne bloquent sa mise en œuvre, la Commission pourrait activer cet instrument rapidement, sauf si une majorité qualifiée d’États membres de l’UE s’y oppose.

Le langage utilisé dans ces documents préfigure la menace de ce nouvel instrument déjà baptisé de « bazooka » dans les cercles de la Commission européenne. Il illustre la volonté désormais partagée de Paris, Berlin et Bruxelles d’engager un bras-de-fer avec Pékin qui, en cas de refus des autorités chinoises, risquerait de déclencher une véritable guerre commerciale entre la Chine et l’Europe, estiment les observateurs experts de ce dossier.

Or à ce stade, le régime chinois a d’ores et déjà lancé des menaces explicites en direction de l’Europe. Pékin n’a en réalité pas cessé de hausser le ton, en menaçant les Européens de représailles s’ils adoptaient toute « mesure protectionniste ou unilatérale. »

« Si l’UE s’acharne à instaurer des restrictions discriminatoires à l’encontre des entreprises ou des produits chinois, la Chine réagira avec fermeté pour protéger les droits et intérêts légitimes de ses industries, » a prévenu mardi 29 septembre un porte-parole du gouvernement chinois.

Par le passé, la Chine n’a pas hésité à prendre des mesures de rétorsion lorsqu’ont surgi des conflits commerciaux avec les Européens. Les derniers exemples concernaient la taxation des importations de produits emblématiques comme le cognac français.

La balance commerciale entre la Chine et l’Union européenne n’a cessé de gonfler ces dernières années à la faveur d’une surproduction industrielle en Chine associée à une consommation intérieure devenue atone en raison des incertitudes qui pèsent sur l’avenir des Chinois avec un chômage au plus haut et une croissance en panne.

Cette surproduction a entraîné des exportations toujours plus vigoureuses, en particulier en direction de l’Union européenne. L’excédent commercial pour 2026 devrait dépasser le record déjà inédit de 360 milliards d’euros enregistré en 2025, soit un milliard d’euros par jour.

Volkswagen, exemple emblématique d’une déconfiture face au « Choc chinois 2.0 »

Le « Choc chinois 2.0 » se traduit dans le secteur automobile européen par un vent de panique chez certains constructeurs comme Volkswagen, premier constructeur automobile européen et fierté de l’industrie allemande, devenu l’exemple emblématique de la déconfiture dans le secteur face à la montée en puissance de la concurrence chinoise.

Son PDG Oliver Blume a annoncé en juillet la suppression de 100 000 emplois d’ici 2030 sur des effectifs actuels de 660 000 employés, principalement en raison de la concurrence des grandes marques chinoises qui vendent en moyenne 30 à 40% moins cher des véhicules d’une qualité équivalente ou supérieure.

Volkswagen était l’un des premiers majors de l’industrie européenne à faire le « pari chinois » en délocalisant dès les années 70 une partie de sa production sur le sol de la République populaire de Chine, dont le marché resta pour lui le premier pendant deux décennies.

Tous les chanceliers allemands, à l’exception du dernier Friedrich Merz, firent le même « pari chinois, » jugeant que la Chine et son marché représentaient un réservoir de puissance infini pour l’industrie allemande. Las ! Les ventes de Volkswagen en Chine commencèrent à s’effondrer au début des années 2000 jusqu’à enregistrer une baisse de plus de 70% en moins de dix ans.

La déroute est presque comparable pour BMW, Mercedes, Stellantis. Pendant ce temps, le géant chinois BYD achève en Hongrie une méga-usine dont la capacité nominale sera de 100 000 véhicules électriques par an pour le marché européen. Le carnage dans l’automobile européenne ne fait que commencer puisque les constructeurs chinois entendent produire plus d’1 million de voitures en Europe d’ici à 2030.

Absents du continent il y a encore trois ans, les constructeurs chinois y ont doublé leurs parts de marché en un an, passant de 5 % à 10 % à la fin juin. Grâce à leurs voitures électriques et hybrides, ils devraient continuer leur progression jusqu’à s’approprier 14 % des ventes en Europe en 2029, selon les prévisions du cabinet d’études indépendant Schmidt Automotive Research.

La grande bascule de l’adhésion de la Chine à l’OMC, une « erreur de parallaxe »

La grande bascule de l’industrie chinoise et des exportations a suivi l’adhésion de la Chine en janvier 2001 à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui a été pour elle un tremplin en leur donnant accès à tous les marchés mondiaux. Elle avait été grandement facilitée par une aide active des États-Unis qui, non sans naïveté, en attendaient une ouverture de la Chine au libéralisme et à la démocratie.

Lundi 5 octobre, l’ancien directeur de l’OMC Pascal Lamy a fait son mea-culpa dans une interview accordée au média en ligne Le Grand Continent, soulignant que « mon analyse a changé, mais pas mon choix initial. »

« L’erreur n’a pas été l’adhésion de la Chine. L’erreur a été que les États-Unis, l’Union européenne et le Japon n’ont pas renforcé les règles de l’OMC en matière de subventions et d’aides d’État avant l’adhésion de Pékin, par souci de préserver le soutien apporté aux grands champions nationaux tels que Boeing, Airbus ou Toyota, » explique-t-il.

« Jens Eskelund, le président de la Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine, décrit la relation économique actuelle comme « un porte-conteneurs géant de 400 mètres chargé de 24 000 conteneurs qui va vers l’Europe et revient presque vide, » relève Pascal Lamy qui se félicite de la prise de conscience qui fait son chemin en Europe car, dit-il encore, « la Chine est en train de tuer le système d’ouverture des échanges commerciaux mondiaux. »

« L’avertissement lancé par Xi Jinping en 2021 contre le fait d’éviter de tomber dans le piège de ‘l’assistanat’ qui entretient les paresseux illustre peut-être mieux la situation de la Chine que d’autres documents officiels, » relève Pascal Lamy.

Dans une autre interview accordée au journal Le Monde publiée mardi 6 octobre, le même Pascal Lamy admet : « Nous avons fait une erreur de parallaxe historique avec la Chine » avec son adhésion à l’OMC.

Aujourd’hui, constate-t-il, l’Europe « ne se bat pas à armes égales et dans des conditions équitables avec ses concurrents chinois, ni sur le marché chinois, ni ailleurs. » « En face, il y a un État doté d’un plan à long terme, une administration locale déterminée à maintenir une entreprise en activité pour protéger les emplois, un système bancaire public résolu à continuer de prêter pour soutenir cette entreprise, quelles que soient les conditions commerciales ou la conjoncture, » dit-il.

« Chez [l’économiste et professeur en science politique autrichien naturalisé américain Joseph] Schumpeter, permettre la « destruction créatrice » envoie un signal utile en matière d’efficacité : la disparition d’une entreprise signale qu’elle a moins bien employé ses ressources que ses concurrents. Mais quand une entreprise survit d’abord grâce à son aptitude à décrocher de l’argent public, ce signal s’éteint, et l’argument économique en faveur de la concurrence libre et non faussée ne vaut plus, » souligne encore le Français qui, lui aussi, énumère parmi les autres avantages compétitifs de l’industrie chinoise la sous-évaluation de la monnaie, les subventions étatiques massives et une hyper-concurrence sur un marché chinois déprimé.

Reste que ce virage sur l’aile à 180 degrés de l’Allemagne et de la France à l’égard de Pékin est saisissant. Friedrich Merz est le premier chancelier à adopter une telle fermeté envers la Chine qui a pendant des années été le premier partenaire commercial de l’Allemagne, avant même les États-Unis.

Quant à Emmanuel Macron, il s’agit d’une volte-face complète après des visites d’État à Pékin lors desquelles il pensait pouvoir tisser des « relations stratégiques » avec la Chine et des liens personnels avec Xi Jinping. Ceci jusqu’à la dernière en décembre 2025 où lorsqu’il avait prié son hôte de rééquilibrer les déséquilibres commerciaux et d’exhorter Vladimir Poutine à mettre fin à sa guerre contre l’Ukraine, il s’était vu sèchement remis à sa place et vertement invité à « se tenir du bon côté de l’Histoire. »

Pierre-Antoine Donnet

asialyst.com