Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

dimanche 14 juin 2026

La FIFA, l’organisation sportive la plus puissante du monde !

 

La Fifa est perçue comme une machine à générer des milliards de dollars. Mais ça n’est pas le cas, et ce, en raison d’un élément essentiel : le modèle financier de la FIFA fonctionne par cycles de quatre ans, centrés autour de la Coupe du monde. Et dans ce modèle, les années sans tournoi mondial sont presque toujours déficitaires.

Un bénéfice net par année ou par cycle ?

Les états financiers récents de la FIFA montrent des pertes de plusieurs millions de dollars US en 2023 (390 M$), en 2024 (616 M$) et en 2025 (248 M$), soit des pertes cumulatives pour ces trois années de 1 254 millions.


François Brouard, Author provided (no reuse)


Ainsi, les années qui précèdent la Coupe de monde sont marquées par des produits limités, car les contrats majeurs se concrétisent surtout l’année du tournoi mondial, par des investissements massifs pour les activités liées au football et à son développement ainsi qu’à des dépenses administratives récurrentes.

Mais en extrapolant sur les résultats de l’année 2022, celle de la Coupe du monde au Qatar, l’année 2026 devrait être profitable avec la tenue du tournoi mondial, qui se déroule en partie au Canada. On parle de plus d’un milliard de dollars de bénéfice net sur le cycle de quatre ans en utilisant l’année 2022 au lieu de 2026.

Les très rentables Coupe du monde

La FIFA tire l’essentiel de ses revenus de la Coupe du monde. Par exemple, en 2025, les droits de retransmission télévisée ont généré un revenu d’un milliard de dollars, comparativement à près de trois milliards en 2022, année du tournoi au Qatar. Même tendance pour les droits marketing (un milliard comparativement à près de 1,5 milliard en 2022), pour les droits d’exploitation de licence (97 millions comparativement à plus de 270 millions en 2022), pour les produits des droits d’hospitalité et de la billetterie (410 millions contre près d’un milliard en 2022).

Le même scénario est attendu pour 2026, en mieux. On s’attend à plus de 10,9 milliards de dollars de revenus, un sommet historique. Cela se compare avantageusement avec les sept milliards de revenus du tournoi mondial au Qatar en 2022 et avec le 5,3 milliards de celui en Russie en 2018.

Cette Coupe du monde 2026, qui sera la plus vaste et la plus lucrative de l’histoire, marque un tournant majeur. Organisée conjointement par le Canada, le Mexique et les États‑Unis, elle est soutenue par un marché nord‑américain extrêmement lucratif. Elle sera la plus grande de l’histoire, avec une expansion à 48 équipes (contre 32 pour les précédentes) et 104 parties (contre 64 en 2022). Elle aura une visibilité mondiale sans précédent.

Les actifs de la FIFA : un coussin solide

Même en période déficitaire, la FIFA reste loin d’être en difficulté.

Elle bénéficie d’une trésorerie solide, conçue pour absorber les fluctuations du cycle. Elle a des actifs financiers importants, des réserves stratégiques, et des investissements diversifiés dans le développement du football mondial.


François Brouard, Author provided (no reuse)

Au 31 décembre 2025, la trésorerie et les équivalents de trésorerie sont de plus d’un milliard de dollars, avec 974 millions en encaisse et comptes bancaires et plus de 206 millions en dépôt à terme inférieurs à 3 mois.

Les actifs financiers totalisent plus de cinq milliards de dollars, dont 3,3 milliards en actifs courants et 2,4 milliards en actifs non courants. Ce type d’actifs comprend des titres de créances, des dépôts, des fonds de placement, des fonds du marché monétaire, des placements en actions et des prêts.

Les réserves stratégiques totalisent près de 2,7 milliards de dollars et comprennent le capital de l’association pour plus de quatre millions et des réserves spéciales aux fins des objectifs statutaires de la FIFA et du football de clubs, pour plus de 2,5 milliards.

Ces actifs et réserves sont justement prévus pour absorber les années déficitaires et garantir la stabilité financière de l’organisation. Ils jouent un rôle essentiel en permettant de maintenir les opérations courantes, de respecter les engagements à long terme et de préserver la capacité d’investissement, même lorsque les revenus fluctuent.

En constituant un coussin financier solide, l’organisation se protège contre les imprévus et assure la continuité de ses services sans compromettre sa mission. On pourrait même s’interroger si le coussin est trop confortable.

Une stratégie long terme maîtrisée

Ainsi, les pertes enregistrées par la FIFA de 2023 à 2025 ne doivent pas être perçues comme un signe de faiblesse, mais plutôt comme une conséquence logique et attendue de son modèle financier.

L’organisation fonctionne selon un cycle quadriennal où les années précédant la Coupe du monde sont traditionnellement déficitaires, en raison des investissements massifs nécessaires à la préparation du tournoi, au développement des infrastructures, au soutien des fédérations membres et au financement de programmes mondiaux.

Ainsi, selon les projections, la FIFA devrait enregistrer plus d’un milliard de dollars de bénéfice net sur le cycle de quatre années 2023‑2026, confirmant la solidité de son modèle économique.

Grâce à des actifs solides, des réserves financières importantes et une capacité d’investissement soutenue, la FIFA demeure l’une des organisations sportives les plus puissantes au monde. Son modèle, fondé sur des cycles d’investissement et de rendement, lui permet non seulement d’assurer sa stabilité financière, mais aussi de continuer à soutenir le développement du football à l’échelle mondiale.

En ce sens, les déficits temporaires ne sont pas un signal d’alerte, mais la preuve d’une stratégie long terme maîtrisée, qui continue de renforcer la position dominante du football sur la scène sportive et économique internationale.

Francois Brouard

mondafrique.com

Entre Xi Jinping et Kim Jong-un, on ne parle plus de dénucléarisation en Corée du Nord

 

La visite du leader chinois Xi Jinping à Pyongyang les 8 et 9 juin, la première depuis 2019, aura permis à la Chine de renouer les liens avec son turbulent voisin Kim Jong-un qui s’est rapproché de la Russie de Vladimir Poutine depuis 2024. Mais au-delà d’un accueil fastueux, de discours enflammés et de projets de coopération économique, les deux leaders sont restés étrangement silencieux sur le dossier ultra-sensible de la dénucléarisation de la Corée du Nord. Non négociable pour Pyongyang et désormais, semble-t-il, mis sous le boisseau par Pékin.

Accueil empressé de Xi Jinping et son épouse Peng Liyuan à l’aéroport de Pyongyang par le couple Kim. Sourires, poignées de mains chaleureuses, courbettes, des dizaines de milliers de Nord-Coréens agitant des drapeaux des deux pays massés tout le long de la route menant au centre de la capitale nord-coréenne. La logistique nord-coréenne et les services de propagande n’ont pas lésiné sur les moyens pour offrir au leader chinois un accueil flamboyant, à la hauteur des enjeux : renforcer des liens politiques, diplomatiques, militaires et économiques avec le voisin chinois dont la Corée du Nord ne peut se passer, depuis des décennies, pour assurer sa survie. Mais dont les relations s’étaient quelque peu rafraîchies depuis la pandémie de Covid-19 et surtout le rapprochement sensible de Pyongyang avec Moscou depuis 2024.

Cette mise en scène orchestrée au millimètre a-t-elle fait son effet sur le leader chinois âgé de 72 ans ? On l’a rarement vu autant sourire lorsqu’il est en voyage officiel ou lorsqu’il reçoit d’autres dignitaires à Pékin. De toute évidence, les deux leaders ont voulu montrer à leur opinion publique respective et au monde extérieur que leurs pays demeurent plus que jamais des alliés alors que la situation mondiale n’a jamais été aussi instable. Les déclarations dithyrambiques diffusées par les agences de presse officielles des deux pays en ont fourni une preuve supplémentaire. Beaucoup de symboles donc pour réaffirmer et consolider des liens historiques forgés dans le sang avec le soutien militaire chinois pendant la guerre de Corée (1950-1953) entre deux pays frères. Mais tout ceci désormais à l’ombre d’une nouvelle et étroite alliance avec la Russie.

« Quelles que soient les évolutions de la situation internationale, la position ferme du Parti communiste chinois et du gouvernement, qui attachent une grande importance à l’amitié traditionnelle entre la Chine et la RPDC (République populaire démocratique de Corée), demeure inchangée, » a déclaré Xi Jinping à Kim Jong Un, selon l’agence d’État chinoise Xinhua. « Le soutien indéfectible à la cause socialiste de la RPDC, dirigée par le camarade secrétaire général Kim Jong-un, reste intact ; de même, la ferme détermination à préserver les intérêts communs et l’environnement stratégique favorable de la Chine et de la RPDC demeure inchangée, » a-t-il ajouté, appelant à un renforcement des échanges à tous les niveaux, notamment en matière de politique étrangère, de sécurité et de défense, et de commerce.

Une alliance nouée dans le sang de la guerre de Corée

Kim Jong-un a, quant à lui, félicité Xi Jinping d’avoir fait de la Corée du Nord sa première destination à l’étranger en 2026, affirmant au dirigeant chinois que ce voyage témoignait de « l’importance que vous accordez à l’amitié entre la RPDC et la Chine. » Selon un compte-rendu de l’agence d’État nord-coréenne KCNA publié à l’issue de cette visite, Xi Jinping et Kim Jong-un ont également « échangé leurs points de vue sur les questions internationales et régionales […] dans le contexte politique mondial complexe et sont parvenus à un consensus satisfaisant. »

Au-delà de la langue de bois convenue, fait notable, KCNA a indiqué que les deux dirigeants étaient accompagnés, lors de leur sommet, de leurs ministres des Affaires étrangères et de leurs responsables de la Défense respectifs. Aucun n’avait participé aux discussions lors du dernier voyage de Xi Jinping à Pyongyang. Pleine de faste et de discours louangeurs sur un « nouveau chapitre » dans les relations sino-nord-coréennes, la visite du dirigeant chinois Xi Jinping à Pyongyang a été une célébration des liens historiques « forgés dans le sang. »

Toutefois, comme souvent, c’est peut-être ce qui n’a pas été dit publiquement qui restera comme l’élément le plus important de cette visite de deux jours : l’absence criante de toute mention du programme d’armement nucléaire de la Corée du Nord. Bien qu’il ne soit pas possible de déterminer avec certitude si Xi Jinping a ou non évoqué la dénucléarisation ou le statut nucléaire de la Corée du Nord avec Kim, pour Rachel Minyoung Lee, expert du groupe de réflexion Stimson Center, interrogé par le quotidien Japan Times, cette absence « renforce l’impression que la Chine ne considère plus la dénucléarisation comme une option viable et a plutôt décidé de privilégier d’autres questions de sécurité plus urgentes pour lesquelles elle a besoin de l’adhésion de la Corée du Nord. »

Pourtant, en dépit de cette omission publique, « un indice laisse toutefois entendre que le sujet a pu être abordé, » commente dans les colonnes du même journal du 10 juin le spécialiste de la Corée du Nord et des questions de défense Jesse Johnson. « Lors du banquet de bienvenue lundi 8 juin, l’agence de presse chinoise Xinhua a rapporté que Xi Jinping semblait accepter tacitement l’arsenal nucléaire nord-coréen, déclarant que Pékin « souhaitait sincèrement que le peuple coréen atteigne les objectifs fixés » lors du congrès du parti au pouvoir en février, » a-t-il expliqué, notant que l’une des principales missions définies par Kim Jong-un lors de cette réunion était précisément son engagement à « développer et renforcer davantage la force nucléaire de l’État […] et à exercer pleinement son statut d’État doté de l’arme nucléaire. »

Xi Jinping a-t-il entériné une Corée du Nord dotée de l’arme nucléaire ?

En d’autres termes, Xi Jinping semble avoir entériné ou, à tout le moins, mis de côté la course aux armes nucléaires de la Corée du Nord. Dans une autre analyse publiée sur le site spécialisé sur la Corée du Nord basé à Séoul NK PRO (North Korea Professional Research Platform), Chad O’Carroll, son directeur, confirme cette nouvelle orientation chinoise : « Les deux pays ont mis fin à une période de tension en mettant de côté la dénucléarisation, la Corée du Nord se voyant ainsi reconnue de facto comme [puissance] nucléaire. »

Il s’agit là d’une rupture avec les positions publiques passées de la Chine. La Corée du Nord aurait construit environ 60 ogives nucléaires et disposerait de suffisamment de matières fissiles pour en produire au moins 30 de plus, selon un rapport publié début juin par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

Pékin s’inquiétait traditionnellement et depuis longtemps des effets potentiellement déstabilisateurs du programme nucléaire militaire nord-coréen – et de ses répercussions sur la Chine – allant jusqu’à voter des sanctions onusiennes contraignantes contre son seul allié en matière de sécurité en 2016 et 2017. Mais, depuis l’été 2023, la Chine s’était soigneusement abstenue d’évoquer publiquement la question de la dénucléarisation, y compris lors de la dernière rencontre entre Xi Jinping et Kim Jong-un à l’occasion des commémorations du 80e anniversaire de la défaite du Japon en 1945.

Or Kim Jong-un ne cesse d’accélérer le développement des capacités nucléaires du pays. Par la voix de sa sœur Kim Yo-jong, à la veille de l’arrivée de Xi Jinping, il avait prévenu : « Le statut de la RPDC en tant qu’État doté de l’arme nucléaire est une ligne irréversible et une réalité incontestable, qu’on le reconnaisse ou non. La réalité ne changera jamais, quelles que soient les espérances ou les rhétoriques extérieures. »

Au-delà de la déclaration de sa sœur, Kim Jong-un a également multiplié ses apparitions ces derniers jours, soulignant avec force sa position inflexible concernant l’arsenal nucléaire nord-coréen. La semaine passée, il a visité une usine de production de matières nucléaires récemment inaugurée, laissant entendre qu’elle préfigurait des projets encore plus ambitieux pour son arsenal. Le lendemain, le même Kim est monté à bord d’un nouveau destroyer, promettant d’accélérer le développement d’une marine dotée de l’arme nucléaire. Samedi 6 juin, il a visité une importante usine de munitions et ordonné que la capacité de production de missiles du pays soit multipliée par 2,5 au cours des cinq prochaines années.

Si ces déplacements théâtraux étaient perçus comme visant en priorité le Japon, la Corée du Sud et les États-Unis, ils véhiculaient également un message implicite à l’attention de Xi Jinping : « nous avons les mêmes intérêts stratégiques dans la région, nous partageons la même volonté de créer un monde multipolaire et je me donne les moyens militaire et nucléaire d’y participer avec la Chine et la Russie. »

Une visite de Xi Jinping à l’ombre de l’influence russe

Face à cette audace nouvelle nord-coréenne, largement nourrie par son rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine, la Chine devait s’assurer que son influence et son lien avec la Corée du Nord restaient plus importants que la Russie. La dépendance de la Corée du Nord à l’égard de la Chine perdure. Celle-ci représenterait plus de 95 % du commerce nord-coréen et, malgré des liens de plus en plus étroits avec Moscou, Pékin reste le principal partenaire diplomatique de Pyongyang ainsi qu’un rempart important pour lui permettre de contourner les sanctions internationales liées à son programme d’armement nucléaire.

Cependant, comparé à la dernière visite de Xi Jinping en 2019, Kim Jong-un se trouve aujourd’hui dans une position nettement plus forte. Il dispose d’un arsenal nucléaire croissant, d’une forme d’alliance militaire renforcée avec Moscou et d’une marge de manœuvre bien plus grande pour résister aux pressions de Pékin visant à un retour à la table des négociations sur la dénucléarisation.

Lors de la visite de Vladimir Poutine à Pyongyang en juin 2024, les deux pays ont signé un traité de défense mutuelle. Des troupes nord-coréennes avaient ensuite été déployées sur le théâtre de l’Ukraine. En avril, des renseignements publiés par l’Ukraine suggéraient la présence de plus de 14 000 soldats nord-coréens en Russie et la mort de plus de 2 250 d’entre eux sur le front de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.

Selon diverses estimations distinctes publiées en Corée du Sud, quelque 11 000 soldats nord-coréens se trouvaient en février dernier dans la région russe de Koursk, à la frontière ukrainienne, dont 10 000 appartenaient à des unités de combat et les autres des ingénieurs. Kang Jun-young, professeur d’études chinoises à l’Université Hankuk d’études étrangères de Séoul, cité par le quotidien anglophone de Hong Kong South China Morning Post, estimait que la Chine visait « à ramener la Corée du Nord dans sa sphère d’influence. »

« En dialoguant avec Kim Jong-un après les sommets avec les États-Unis et la Russie, la Chine cherche à prendre l’initiative sur la scène diplomatique internationale, tout en gérant l’incertitude en Corée du Nord et en se prémunissant contre un rapprochement entre Pyongyang et Moscou, » avait expliqué Kang. Pour lui, la « Chine semble privilégier la stabilité de la péninsule coréenne et la compétition stratégique avec les États-Unis plutôt que les pressions en faveur de la dénucléarisation de la Corée du Nord. »

Dans le même sens, Andrei Lankov, professeur à l’Université Kookmin à Séoul, observateur de la Corée du Nord depuis plus de 40 ans, a souligné en début de semaine dans un podcast radio de NK News que « la stratégie chinoise depuis des années est de maintenir l’économie nord-coréenne en état de fonctionner. Pékin n’aime pas voir son voisin maîtriser l’armée nucléaire mais elle veut plus que tout que la Corée du Nord reste un État-tampon entre la Chine et la Corée du Sud où sont basés près de 30 000 soldats américains. »

« Kim est quelque peu imbu de lui-même en ce moment, » a expliqué cette semaine à l’agence de presse Bloomberg Mike Chinoy, chercheur associé au Centre Chine du XXIe siècle de l’École de politique et de stratégie mondiales de l’UC San Diego et auteur d’un ouvrage à paraître sur la Corée du Nord. « Il ne se contente plus de jouer le petit frère socialiste dévoué au grand frère chinois et compte bien tracer sa propre voie. »

Il ressort de tout cela que la Corée du Nord de Kim Jong-un veut s’émanciper et être considérée comme une égale. Les progrès fulgurants du programme d’armement nucléaire en sont devenus un outil prépondérant. En début d’année, le président sud-coréen Lee Jae-myung avait averti que Pyongyang pouvait désormais produire suffisamment de matières fissiles pour fabriquer jusqu’à vingt armes nucléaires par an. D’ici une décennie, selon certains experts, son arsenal pourrait surpasser ceux d’Israël, du Pakistan et du Royaume-Uni.

Ainsi, au lendemain de cette resplendissante visite de Xi Jinping chez son voisin Kim Jong-un, les deux alliés ont peut-être obtenu ce qu’ils voulaient. Pyongyang s’est assuré que Pékin accepte tacitement son statut de puissance nucléaire qui représente pour lui son assurance vie contre toute attaque américaine. Pékin, de son côté, peut jusqu’à un certain point se rassurer quant à la prééminence de son partenariat indispensable avec la Corée du Nord sur celui de Moscou. Une visite qui ne manquera pas de renforcer encore les inquiétudes de ses voisins sud-coréen et japonais.

Dorian Malovic

asialyst.com

L’avenir du Liban ne se joue pas au Liban

 



Alors que le Qatar s’active pour rapprocher les positions américaines et iraniennes, le Liban se retrouve une nouvelle fois pris dans un jeu diplomatique qui le dépasse. Entre ambitions régionales, calculs militaires, recompositions syriennes et volonté du Hezbollah de redevenir incontournable, le pays du Cèdre risque d’être l’une des principales victimes d’un nouvel ordre moyen-oriental en gestation.

Officiellement, les discussions en cours entre les États-Unis et l’Iran portent sur les sanctions, les avoirs gelés, la sécurité maritime dans le Golfe et les modalités d’un accord susceptible de réduire les tensions régionales. L’envoi de négociateurs qataris à Téhéran pour tenter de surmonter les derniers blocages témoigne de l’importance stratégique accordée à ces pourparlers. Doha s’est imposé depuis plusieurs années comme l’un des rares acteurs capables de parler à tout le monde : aux Américains, aux Iraniens, aux mouvements islamistes, à Israël comme à plusieurs capitales arabes. Mais croire que ces discussions concernent uniquement le nucléaire ou le détroit d’Ormuz serait une erreur. Comme souvent au Moyen-Orient, les dossiers sont imbriqués. Derrière les négociations visibles se dessine une autre question, plus discrète mais tout aussi déterminante : celle du devenir des réseaux d’influence iraniens dans la région.

À cet égard, le Liban occupe une place particulière. Depuis plus de quarante ans, le Hezbollah constitue l’un des principaux instruments de projection de puissance de la République islamique. Même affaibli par les développements militaires récents, le mouvement demeure un levier stratégique majeur pour Téhéran. Dans la logique iranienne, renoncer au Hezbollah ou accepter son démantèlement reviendrait à abandonner l’un des rares acquis géopolitiques construits patiemment depuis la révolution de 1979. Il n’est donc guère surprenant que le Liban apparaisse, directement ou indirectement, dans les calculs entourant un éventuel compromis avec Washington.

Cette réalité place Beyrouth dans une situation particulièrement inconfortable. Car le Liban ne participe pas réellement aux discussions qui pourraient pourtant déterminer une partie de son avenir. Comme à de nombreuses reprises dans son histoire contemporaine, il risque d’être l’objet des négociations plutôt que l’un de leurs acteurs. Une perspective d’autant plus préoccupante que le pays traverse déjà une crise existentielle profonde, faite d’effondrement économique, de paralysie institutionnelle et d’épuisement social.

Le Hezbollah veut redevenir le centre du jeu

Pendant que les diplomates s’activent, le Hezbollah observe attentivement l’évolution du rapport de force régional. Contrairement à ce que certains avaient anticipé après les revers subis ces derniers mois, le mouvement chiite ne semble pas disposé à accepter une marginalisation progressive au profit de l’État libanais. Bien au contraire. Au sein de ses rangs, la conviction semble se renforcer que les bouleversements régionaux peuvent constituer une occasion de reprendre l’initiative politique.

Depuis l’élection du président Joseph Aoun et la formation du gouvernement dirigé par Nawaf Salam, une tentative de réaffirmation de l’autorité de l’État est perceptible. Pour la première fois depuis longtemps, le pouvoir central cherche à réintroduire dans le débat public une idée pourtant élémentaire : celle selon laquelle les décisions de guerre et de paix devraient relever exclusivement des institutions nationales. Cette orientation bénéficie du soutien d’une partie importante de la communauté internationale, mais elle se heurte frontalement à la vision du Hezbollah, qui considère ses armes comme une composante non négociable de son identité et de sa mission.

Dans ce contexte, plusieurs diplomates et observateurs régionaux évoquent l’existence de canaux parallèles susceptibles d’être activés pour défendre les intérêts du mouvement. Rien ne permet aujourd’hui de confirmer publiquement ces informations. Il se murmure toutefois dans certains cercles diplomatiques que le Hezbollah chercherait lui aussi à faire entendre sa voix dans les discussions indirectes qui se déroulent autour du conflit, notamment par l’intermédiaire de médiateurs qataris. Que ces informations soient exactes ou non importe finalement moins que ce qu’elles révèlent : le mouvement refuse d’être un simple objet de négociation. Il entend demeurer un acteur incontournable de toute solution régionale.

Le risque pour le Liban est évident. Plus les puissances étrangères considèrent que les dossiers sécuritaires peuvent être traités directement avec le Hezbollah ou autour du Hezbollah, plus l’État libanais apparaît secondaire. La question n’est alors plus seulement celle des armes du mouvement chiite. Elle devient celle de la souveraineté même du pays. Qui parle au nom du Liban ? Qui négocie ses frontières, sa sécurité et son avenir ? Derrière les débats techniques se cache une interrogation fondamentale sur la nature de l’État libanais.

La Syrie redevient une inconnue stratégique

Comme si cette équation n’était pas suffisamment complexe, un autre acteur revient progressivement au centre du jeu : la Syrie. Pendant des années, le Liban a vécu dans l’ombre du régime de Bachar el-Assad. La chute de ce dernier a ouvert une période d’incertitude dont les conséquences restent largement imprévisibles. Le nouveau pouvoir dirigé par Ahmad al-Chareh cherche à consolider son autorité, à reconstruire un pays dévasté et à obtenir une reconnaissance internationale. Mais cette transition réactive également d’anciens fantasmes géopolitiques que beaucoup croyaient définitivement enterrés.

Les déclarations de l’émissaire américain Tom Barrack sur le risque de voir le Liban retourner dans l’espace historique de Bilad al-Cham ont provoqué un choc à Beyrouth. Même si l’intéressé a ensuite nuancé ses propos, la référence à la « Grande Syrie » a immédiatement réveillé des peurs profondément enracinées dans l’imaginaire politique libanais. Ces inquiétudes peuvent sembler excessives. Elles n’en traduisent pas moins une réalité : les frontières du Moyen-Orient apparaissent aujourd’hui moins immuables qu’elles ne l’étaient il y a encore quelques années.

À mesure que les États s’affaiblissent, les logiques communautaires et les zones d’influence retrouvent de la vigueur. Certains scénarios évoqués dans les cercles stratégiques régionaux paraissent encore improbables, mais leur simple évocation mérite attention. Au sud, certains redoutent une situation où Israël conserverait durablement une influence sécuritaire sur une bande frontalière élargie. Au nord, d’autres imaginent une intégration économique et politique croissante avec la Syrie nouvelle, notamment autour de Tripoli et des régions majoritairement sunnites. Entre ces deux pôles, les zones d’influence du Hezbollah continueraient de structurer une partie du territoire.

Aucun de ces scénarios n’est en voie de réalisation immédiate. Mais leur apparition dans les débats montre à quel point la question de l’unité nationale est redevenue fragile. Le Liban a toujours été un pays de compromis. Il pourrait devenir un pays de lignes de fracture si ses institutions continuent de s’affaiblir.

Un pays à bout de souffle

Le contexte intérieur rend ces perspectives encore plus inquiétantes. Après des années d’effondrement financier, d’exode massif, de guerre, de crises politiques et de tensions communautaires, la société libanaise apparaît épuisée. Cette fatigue n’est pas seulement économique. Elle est psychologique. Elle se lit dans les conversations quotidiennes, dans la lassitude des familles, dans l’incapacité croissante à se projeter dans l’avenir.

Le Liban est un petit pays à la densité démographique extrêmement élevée. Chaque crise s’y répercute immédiatement sur l’ensemble du corps social. Les déplacements de population, les difficultés économiques et l’insécurité permanente créent une tension diffuse qui traverse toutes les communautés. Or les sociétés épuisées deviennent souvent plus vulnérables aux discours de rupture. La solidarité existe toujours, mais elle s’use. La compassion demeure, mais elle se réduit. Lorsqu’une population vit trop longtemps sous pression, le risque de déshumanisation apparaît progressivement. Le voisin devient un concurrent. Le déplacé devient un problème. La communauté adverse devient une menace.

C’est dans ce climat que s’inscrivent les négociations régionales en cours. Et c’est ce qui les rend particulièrement dangereuses. Car le Liban ne dispose plus des marges de résilience qui lui permettaient autrefois d’absorber les chocs successifs. Une erreur de calcul, une escalade militaire ou un arrangement régional mal conçu pourraient produire des conséquences disproportionnées.

À cela s’ajoute l’imprévisibilité grandissante du contexte international. Donald Trump continue d’imprimer sa marque sur la politique étrangère américaine à travers une diplomatie souvent déroutante. Une déclaration, un message sur les réseaux sociaux ou une menace militaire suffisent parfois à faire bondir les marchés, à faire grimper le prix du pétrole ou à modifier les calculs stratégiques des acteurs régionaux. Les frappes américaines, les ripostes iraniennes et les réactions israéliennes s’enchaînent dans un environnement où les certitudes se raréfient et où les lignes rouges semblent constamment redessinées.

Le plus inquiétant n’est peut-être pas la guerre visible. C’est celle qui se joue dans les coulisses. Tandis que Doha tente de rapprocher Washington et Téhéran, tandis que l’Iran cherche à préserver ses leviers régionaux, qu’Israël poursuit ses objectifs sécuritaires et que la Syrie redéfinit sa place dans l’équilibre levantin, le Liban risque une nouvelle fois de découvrir que son destin se négocie ailleurs. Dans les capitales qui comptent, il n’est souvent plus perçu comme un acteur mais comme un espace. Un territoire à stabiliser, à contenir, à utiliser ou à remodeler selon les nécessités du moment. Or les pays ne disparaissent pas seulement lorsqu’ils sont vaincus. Ils commencent à s’effacer lorsqu’ils cessent d’être les auteurs de leur propre histoire.

 Nicolas Beau

mondafrique.com

L’intelligence artificielle permet à la croissance asiatique de résister en 2026

 

La Banque mondiale vient de publier ses dernières prévisions pour la croissance mondiale en 2026. L’Asie-Pacifique est fortement touchée par la guerre entre les États-Unis et l’Iran, avec une perte de 0,8 point de croissance par rapport à 2025 contre 0,4 point à l’échelle globale. Mais les échanges liés à l’intelligence artificielle soutiennent de façon impressionnante les exportations asiatiques et limitent ce choc conjoncturel.

L’institution a publié le 10 juin ses nouvelles prévisions pour l’économie mondiale sans savoir si un accord allait intervenir entre l’Iran et les États-Unis pour consolider le cessez-le-feu très fragile accepté par les deux pays le 7 avril dernier. Les prévisions de la Banque incluent donc un scénario central dans lequel l’accord intervient dans le courant du mois de juin, permettant la réouverture progressive du détroit d’Ormuz, et un scénario plus pessimiste où les hostilités reprennent. Dans le scénario central, la croissance mondiale en 2026 ralentit à 2,5% contre 2,9% en 2025, et se situe déjà au plus bas niveau depuis la période de la Covid 19 en 2020. Dans le scénario alternatif, elle chute beaucoup plus nettement à 1,3%, un scénario qui n’est pas détaillé dans le rapport.

L’Asie-Pacifique assez durement touchée

Dans les prévisions de la Banque mondiale pour l’Asie-Pacifique, la croissance moyenne de la région chute de 0,8 point en 2026 (4,2% contre 5% en 2025), soit le double de la moyenne mondiale. Les pays qui étaient en très forte croissance en 2025 comme l’Inde ou le Vietnam perdent plus d’un point de croissance. La Chine se situe dans la moyenne régionale avec un ralentissement de 0,8 point.


Banque mondiale, Global economic prospects de juin 2026

La Banque mondiale reconnaît qu’elle a eu un début d’année prometteur avec une croissance au premier trimestre de 5% soutenue par une nouvelle progression des exportations. Mais le marché immobilier reste au plus bas, la consommation intérieure est molle et le ralentissement de la demande mondiale va finir par peser sur les exportations.

Dans le reste de l’Asie, les pénuries physiques de produits pétroliers ou gaziers touchent certains pays très dépendants du Moyen-Orient et disposant de réserves nationales limitées comme les Philippines, le Pakistan ou l’Inde. Au Japon, le plan de relance gouvernemental permet de limiter un peu le choc économique de la guerre, mais le pays perd 0,4 point de perspectives de croissance.

Le choc inflationniste de la crise pétrolière est inégal

La Banque prévoit une remontée globale des prix à la consommation, qui atteindraient en moyenne 4% en 2026 (un chiffre déjà dépassé en mai pour les États-Unis). L’Asie-Pacifique part d’un niveau d’inflation globalement faible en 2025, à l’exception de certains pays. Les principaux gouvernements de la région – Chine, Inde – ont fortement augmenté les subventions à l’énergie pour contenir les prix intérieurs. Mais pas tous, et The Economist rappelle dans un article paru en mai dernier que les hausses de prix du pétrole ont atteint jusqu’à 150% au Laos, 90% en Indonésie ou 60% au Vietnam. Les pays dont les prix intérieurs à la consommation risquent de connaître la progression la plus importante sont les Philippines (7%) et le Vietnam (5%).

Les hausses de prix en 2026 touchent particulièrement les métaux industriels (+18%), les métaux précieux (+42%) et les fertilisants (+38%), des produits pour lesquels la demande asiatique est très forte.

L’effet d’aubaine des investissements dans l’intelligence artificielle

Tout ne va pas mal pour autant dans les perspectives de croissance asiatique. La région est au cœur des échanges mondiaux liés à l’intelligence artificielle, et la dynamique d’exportations créée par l’IA est très forte. Il faut ici un peu de technique douanière pour comprendre ce qui se passe dans ce domaine, car l’intelligence artificielle n’est pas directement identifiée dans la classification douanière mondiale connue sous le terme de Système Harmonisé (SH). Les codes douaniers à quatre chiffres du SH comprennent cinq positions correspondant pour une large part aux échanges liés à l’intelligence artificielle.

Le code 8542 concerne les circuits électroniques intégrés (microprocesseurs, puces spécialisées, accélérateurs matériels conçus pour exécuter les algorithmes d’IA). Le code 8471 concerne les serveurs, supercalculateurs et matériels dotés de capacités d’apprentissage ou de calculs intensifs. Le code 8517 concerne pour une bonne part les smartphones, mais aussi des équipements de transmission utilisés pour les data centers. Le poste 8523 concerne les matériels de stockage des données (disques durs, logiciels pré-enregistrés). Enfin le poste 8537 vise les consoles et armoires pour la commande et la distribution d’électricité.

En cumulant ces cinq positions douanières ont obtient une vision certes approximative, mais relativement fiable des échanges internationaux liés à l’intelligence artificielle. L’analyse de l’évolution des exportations mondiales et asiatiques entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026 montre que les ventes mondiales de produits liés à l’intelligence artificielle ont progressé de 35%, et les exportations asiatiques de ces produits de presque 50%. La part de l’Asie dans les ventes mondiales de ces produits est passée en un an de 77 à 85%. Si l’on fait un focus sur le monde chinois en cumulant les exportations de Taïwan, Hong-Kong et la Chine populaire, on constate que les exportations de ce trio ont progressé de 44% en un an et qu’elles représentent aujourd’hui 55% des exportations mondiales de produits liés à l’intelligence artificielle. Le monde chinois est manifestement irremplaçable dans ce processus.


International Trade Center. Calculs de l’auteur. 
Addition des codes SH 8542, 8517,8523, 8537 et 8471


L’effet d’aubaine sur les exportations lié à l’intelligence artificielle n’a pas globalement un impact direct important sur la croissance en Asie. Mais il faut y ajouter l’effet de productivité sur lequel se penche la Banque mondiale en présentant une fourchette très large de gains de productivité allant de 0,6 à 2,7% par an à l’horizon 2030, ce qui est énorme quand on sait que les gains de productivité annuels mondiaux d’aujourd’hui se situent à 0,8% (on parle ici de productivité globale des facteurs, dans le jargon des économistes).

Comment va se placer l’Asie dans cette dynamique de gains de productivité ? Probablement en bonne place pour les pays développés d’Asie et pour la Chine, de façon plus incertaine pour les autres, compte tenu des écarts entre les infrastructures digitales et les investissements directs dans l’IA. En tout cas, le choc conjoncturel de la guerre avec l’Iran pourrait être rapidement oublié face aux changements structurels imposés par la course vers l’intelligence artificielle.

Hubert Testard

asialyst.com

La Moldavie, « coincée » entre l’UE et la Russie

 

Tiraillée entre ses aspirations européennes et les pressions russes, sur fond de guerre en Ukraine, la Moldavie a organisé, en 2024 et 2025, des scrutins cruciaux pour son avenir, alors qu’elle souhaite adhérer à l’Union européenne (UE). Si l’orientation pro-européenne a été confortée aux élections législatives du 28 septembre 2025, des clivages socio-économiques et politiques persistent, fragilisant l’unité d’un territoire de plus en plus polarisé.

ituée dans la partie orientale de l’Europe, enclavée entre la Roumanie et l’Ukraine, sans accès à la mer Noire, la République de Moldavie est le pays le plus pauvre d’Europe, avec un PIB par habitant de 7 617 dollars en 2024, soit 2,6 fois inférieur à celui de la Roumanie. Peuplée de 2,99 millions d’habitants en 2025 pour une superficie de 33 851 kilomètres carrés, la Moldavie connaît une dynamique démographique négative, avec un faible indice de fécondité (1,7 enfant par femme) et une forte émigration vers l’ouest : le pays devrait encore perdre 600 000 individus d’ici à 2050, alors qu’il en comptait 4,3 millions en 1990.

Des différences et des tensions héritées du passé

Ancienne république socialiste, indépendante depuis 1991, la Moldavie est divisée entre un flanc oriental sous influence russe et une partie occidentale qui regarde vers l’UE. La région de Transnistrie, à l’est du fleuve Dniestr, le long de la frontière ukrainienne, peuplée de quelque 500 000 habitants et soutenue militairement et économiquement par la Russie, s’est autoproclamée souveraine, échappant au contrôle de Chisinau. Si les Moldaves roumanophones représentent les trois quarts de la population, de nombreuses minorités sont également présentes (Ukrainiens, Russes, Gagaouzes, Bulgares). L’héritage soviétique est encore visible dans l’économie, basée sur la production agroalimentaire, de grandes exploitations et une industrie principalement installée dans l’est du pays.

Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, Chisinau a accéléré son rapprochement avec Bruxelles, obtenant le statut de candidat à l’UE en juin 2022 et ouvrant les négociations d’adhésion deux ans plus tard. Les Européens ont multiplié les signes de soutien, avec des visites de haut niveau et la tenue du premier sommet Moldavie-UE le 4 juillet 2025. Pour mieux ancrer la Moldavie dans l’orbite occidentale, les Vingt-Sept y ont engagé plus de 2 milliards d’euros depuis 2022, avec un accent mis sur la stabilité économique, les réformes, l’énergie et la sécurité. Près de 200 millions d’euros d’aides militaires et sécuritaires entre 2021 et 2025 ont fait de la Moldavie le deuxième bénéficiaire de la Facilité européenne pour la paix.

Le 20 octobre 2024 s’est tenu un référendum sur l’adhésion à l’UE. Le « oui » l’a emporté de façon serrée, avec seulement 50,35 % des voix. Le scrutin a révélé une participation inégale au sein du pays (50,69 %). La diaspora moldave s’est mobilisée et a massivement voté « oui », ce qui a renversé le rapport de force au moment du dépouillement. Des régions comme la Transnistrie (à majorité russophone) et la Gagaouzie (turcophone et russophile) ont préféré le « non » à plus de 70 %. La faible avance des pro-européens et les allégations d’ingérences et d’achats de votes par Moscou ont attisé les tensions entre les deux camps.

Ingérence russe

Postée aux marges orientales de l’UE, la Moldavie occupe une place stratégique pour la stabilité européenne. Elle s’est affirmée comme un soutien constant de l’Ukraine, notamment en accueillant plus d’un million de réfugiés fuyant la guerre, dont près de 140 000 étaient encore présents fin 2025. Cette orientation l’expose toutefois à des pressions croissantes de Moscou – offensives numériques, opérations de désinformation, survols de drones… – visant à fragiliser les institutions et la vie démocratique moldaves.

Le 3 novembre 2024, Maia Sandu a remporté un second mandat présidentiel, après celui de 2020, avec 55,35 % des voix face à Alexandr Stoianoglo, candidat prorusse, dans un scrutin caractérisé par une participation record de la diaspora. Les élections législatives du 28 septembre 2025 ont, elles aussi, été marquées par une victoire du mouvement de Maia Sandu, le Parti action et solidarité (PAS), qui a obtenu 50,2 % des voix et la majorité au Parlement monocaméral (55 députés sur 101). Ce score confirme l’ancrage pro-européen du pays, mais révèle des fractures profondes et une polarisation inédite. Dès l’annonce des résultats, Maia Sandu a dénoncé l’ingérence de la Russie, évoquant des centaines de millions d’euros dépensés pour influencer le vote, avec des campagnes de désinformation, des achats de voix et des cyberattaques contre l’infrastructure électorale. Le Bloc électoral patriotique, alliance socialo-communiste proche de Moscou, a recueilli 24,17 % des suffrages et 26 sièges, un score en retrait, mais qui ne l’empêche pas d’incarner une opposition virulente.

La réussite ou l’échec du projet pro-­européen dépendra de la capacité des autorités à transformer les gains électoraux en résultats tangibles (emploi, services, justice, lutte contre l’inflation…), seuls à même de résorber les fractures territoriales et identitaires du pays. L’UE, de son côté, doit faire face à ses propres contradictions : si elle affiche son soutien à la Moldavie, les négociations d’adhésion s’annoncent longues et semées d’embûches, notamment en raison des réformes structurelles et de la lutte contre la corruption exigées par Bruxelles. 

Entre Europe et Russie : la Moldavie en 2025


Thibaut Courcelle

Laura Margueritte

areion24.news