Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mardi 14 juillet 2026

Le Japon prévoit de créer un service de renseignement centralisé

 

Autrefois un « paradis pour les espions »

Selon le New York Times, depuis la Seconde Guerre mondiale, Tokyo dépend fortement de Washington pour ses renseignements étrangers.

Sur le plan intérieur, le contrôle excessivement strict exercé par la police secrète Tokko a également suscité une opposition publique et politique à la création d'un service de renseignement indépendant.

De ce fait, le système de renseignement japonais s'est fragmenté, les agences partageant moins d'informations, ce qui a créé des failles propices à l'espionnage et aux influences étrangères. C'est pourquoi le Japon a été considéré comme un véritable « refuge pour les espions ».

En 2013, le Premier ministre Shinzo Abe a commencé à modifier cette approche. Il a créé un Conseil national de sécurité sur le modèle américain, promu des lois protégeant les secrets d'État afin de limiter les fuites d'informations et renforcé progressivement les capacités de sécurité du Japon.

Selon les analystes, le Premier ministre Takaichi Sanae poursuit la politique d'Abe.

« C’est un pas de géant vers la construction d’une communauté du renseignement unifiée et solide. Mais le Japon n’est pas encore une superpuissance du renseignement, et il en est conscient », a déclaré le professeur Richard Samuels du Massachusetts Institute of Technology (MIT).

L'ambition de créer la « CIA du Japon »

Depuis son entrée en fonction, le Premier ministre Takaichi a levé l'interdiction d'exporter des armes létales et a impulsé le plus important programme de renforcement de la défense du Japon depuis la Seconde Guerre mondiale.

Selon Reuters, en mai, le Parlement japonais a également adopté une loi établissant un nouveau Conseil du renseignement – ​​une étape importante dans le plan de réforme du système de sécurité.

Par ailleurs, le gouvernement de Takaichi souhaite également renforcer les lois anti-espionnage et créer une agence de renseignement étranger dédiée, similaire à la CIA américaine.

La nouvelle agence dispose d'un budget d'environ 407 millions de dollars et devrait être opérationnelle avant décembre. Dans un premier temps, elle comptera plusieurs centaines d'employés, dont des ingénieurs logiciels, des experts en cybersécurité et des agents de liaison à l'étranger.

Ce centre servira de plateforme centrale pour la collecte, l'analyse et la coordination des activités de renseignement à l'échelle nationale, reliant environ 33 000 agents de renseignement travaillant dans les services de police, le ministère de la Défense, le ministère des Affaires étrangères et d'autres agences.

Soutien occidental

Selon le New York Times , le Japon a récemment consulté l'expérience de plusieurs pays dans le cadre de la création de sa nouvelle agence de renseignement.

En tant que principal allié de Tokyo en matière de sécurité, les États-Unis ont prodigué des conseils sur les systèmes de cybersécurité et les mesures de contre-espionnage, et ont formulé des recommandations visant à renforcer la surveillance des flux d'investissements étrangers et des activités des agents étrangers au Japon.

Parallèlement, le chef du Service de renseignement extérieur allemand (BND) est arrivé à Tokyo pour discuter de la création d'un nouveau service de renseignement et pour renforcer le partage d'informations entre les deux pays.

L'Australie a également apporté au Japon un soutien technologique et partagé son expertise en matière de renforcement de la coordination entre les ministères et les agences.

L’ambassadeur d’Australie au Japon, Andrew Shearer, a déclaré : « Le fait que Mme Takaichi considère ce projet comme une priorité absolue est une étape très importante. Elle est également disposée à consacrer des ressources politiques à sa concrétisation. »

De son côté, le gouvernement japonais a déclaré que Tokyo « entretient une coopération étroite et régulière avec ses partenaires dans les pays concernés ».

tuoitre.vn

L'unité 61240 du FSB passe au sabotage

 


Espionner sans jamais rien casser : Turla a suivi cette règle pendant vingt-cinq ans. Cette équipe de pirates du FSB, le service de sécurité russe, vient de la rompre. Le 13 juillet 2026, Paris, Bruxelles et Londres l’ont sanctionnée. Les services occidentaux se demandent ce qu’un espion aussi patient fera d’une arme capable de détruire.

En Pologne, l’espion russe a voulu couper l’eau

À la fin de l’année 2025, des logiciels conçus pour effacer définitivement les données ont pénétré les systèmes qui alimentent la Pologne en eau potable. Au même moment, les attaquants s’en prenaient au secteur énergétique du pays, plusieurs entreprises et centrales de cogénération électrique et thermique, au plus fort de l’hiver. Le réseau ferroviaire figurait lui aussi parmi les cibles. Les techniciens appellent ces charges des wipers : elles ne dérobent aucune donnée, elles les détruisent, et une destruction, contrairement à un vol, se remarque immédiatement.

Les enquêteurs ont d’abord soupçonné Sandworm, l’équipe de sabotage du renseignement militaire russe, le GRU, déjà responsable de coupures d’électricité en Ukraine. Les investigations menées par les agences européennes ont abouti ailleurs. Elles ont rattaché ces attaques à une campagne pilotée par l’autre grand service russe, le FSB, héritier du KGB, et conduite par une équipe de pirates informatiques que les spécialistes de la cyberdéfense connaissent sous le nom de Turla. Ce groupe n’avait, jusque-là, jamais rien cassé.

La Pologne sert de plaque tournante logistique et militaire au soutien occidental livré à l’Ukraine. En cherchant à interrompre sa distribution d’eau et son approvisionnement en énergie en pleine période hivernale, les opérateurs de Turla frappaient l’arrière du front allié.

Vingt-cinq ans sans jamais rien détruire

Le MITRE, organisme américain de référence en cyberdéfense, qualifie la méthode de Turla de « furtivité innovante ». Le groupe pénètre le système informatique d’une administration, s’y installe, observe les échanges internes et en extrait les documents stratégiques par petites quantités, sans déclencher la moindre alerte, parfois pendant des années. Sa doctrine lui interdit, en temps normal, toute destruction ou perturbation visible du réseau qu’il occupe.

Le GRU, service de renseignement de l’armée russe, s’appuie de son côté sur des acteurs bruyants, Sandworm et APT28, alias Fancy Bear. Leur signature reste l’agression spectaculaire ; le logiciel destructeur NotPetya, déployé en 2017, a ravagé les réseaux de multinationales entières. Le FSB, service de sécurité intérieure et de contre-espionnage, a fait avec Turla le pari opposé, celui du silence prolongé.

Les chercheurs Thomas Rid et Juan Andres Guerrero-Saade ont établi en 2016 le lien entre Turla et l’opération Moonlight Maze, une vaste campagne d’espionnage lancée en 1996 contre le gouvernement américain. Les intrus avaient alors siphonné les systèmes de l’US Air Force, de la NASA et de l’agence américaine de protection de l’environnement. Certains analystes datent le début officiel des activités du groupe de 2004 ; les travaux les plus poussés en font remonter les racines au milieu des années 1990.

En 2008, une clé USB a suffi. Un employé du département américain de la Défense l’a branchée sur un poste appartenant à des réseaux volontairement coupés d’internet, réputés inviolables pour cette raison même. Le ver informatique Agent.btz s’y est propagé. Le choc fut tel à Washington que le gouvernement créa dans la foulée l’US Cyber Command, aujourd’hui chargé de coordonner l’ensemble des opérations cyber américaines.

Le Bundestag, le parlement allemand, a été visé en 2014. La chaîne française TV5 Monde l’a été en 2015. Les systèmes du gouvernement afghan ont été compromis peu avant le retrait des troupes américaines, par une porte dérobée, un accès clandestin laissé ouvert dans le réseau à l’insu de ses administrateurs. Turla a atteint des cibles dans 45 à 50 pays. Il n’en a saboté aucune.

Le 24 février 2022, l’espion change de mission

L’armée russe a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine le 24 février 2022. Turla a alors abandonné l’espionnage patient et sans échéance qui faisait sa marque. Placé sous la supervision directe du FSB, le groupe a reçu pour consigne de concentrer ses moyens sur l’Ukraine et ses alliés occidentaux.

Le groupe se contentait jusque-là de surveiller des diplomates sur le long cours. Il fournit désormais au Kremlin du renseignement immédiatement exploitable, destiné à anticiper les décisions de l’OTAN et à appuyer les opérations russes sur le terrain. De cette collecte de guerre au sabotage d’infrastructures physiques, la pente conduisait droit à l’hiver polonais de 2025.

Une unité du FSB dédiée à espionner la France

L’unité 61240 dépend du 16e Centre du renseignement du FSB, aussi désigné comme l’unité militaire 71330, et opère près de Krasnoïe Selo, dans la région de Saint-Pétersbourg. Ses officiers ciblent spécifiquement la France. Le Quai d’Orsay désigne Turla comme un « mode opératoire d’attaque », une formule administrative qui décrit une manière de faire attribuée à un service, sans nommer les individus qui l’exécutent.

Selon les données publiées par l’Union européenne, cette unité espionne le territoire français sans interruption depuis au moins 2010. Les intrus ont infiltré, à partir de 2017, plusieurs comptes de messagerie stratégiques du ministère des Armées, ouvrant une fenêtre durable sur les échanges internes. En 2018, le réseau informatique de l’ambassade de France à Moscou est tombé, livrant la diplomatie française à une surveillance conduite depuis le sol russe. L’année suivante, un serveur du secteur de la Justice a été compromis, portant l’espionnage au-delà des ministères régaliens habituels. En février 2025, un institut de recherche travaillant pour l’industrie de défense française a vu s’échapper un volume significatif de données stratégiques.

Sur ce qui a réellement été dérobé, les autorités françaises n’ont rien dit. Ni le contenu des messageries du ministère des Armées, ni la nature des documents pris à l’institut n’ont été rendus publics. Sur le sol français, Turla a poursuivi son travail d’écoute sans rien détruire, fidèle à sa vieille discipline. Le même groupe qui sabote la Pologne continue d’espionner Paris en silence.

On sanctionne un espion, on affronte un saboteur

Le 13 juillet 2026, Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, a convoqué l’ambassadeur de Russie à Paris, Alexeï Mechkov. Il a dénoncé une « vaste campagne cyber aux buts de sabotage et d’espionnage » visant une dizaine de pays européens. Le même jour, Paris, Bruxelles et Londres ont annoncé des sanctions coordonnées.

L’Union européenne a ajouté treize entités et individus à son régime de sanctions cyber, gels d’avoirs et interdictions de voyager à la clé. Neuf personnes et quatre entités figurent sur la liste française. Londres, de son côté, a visé vingt-quatre acteurs liés au renseignement de Moscou.

Le mot « sabotage », employé par Barrot, est nouveau dans le vocabulaire des chancelleries européennes à l’égard du FSB. Les instruments, eux, n’ont pas changé. Geler des avoirs et interdire des visas renchérit le coût d’une opération d’espionnage ; ces mesures s’appliquent aujourd’hui à un groupe qui a introduit des logiciels destructeurs dans une station d’épuration polonaise.

Les officiers de l’unité 61240 restent hors d’atteinte : aucun État occidental ne peut saisir les avoirs d’un fonctionnaire russe en poste à Saint-Pétersbourg. Les trois capitales ont donc visé ce qui gravite autour d’eux. Paris a sanctionné deux sociétés de bulletproof hosting, des hébergeurs qui louent des serveurs en garantissant à leurs clients de ne jamais répondre aux réquisitions judiciaires, et qui abritaient les serveurs de commande de Turla. Le groupe Cyber Army of Russia Reborn, qui avait menacé les stations d’épuration de la Seine pendant les Jeux olympiques de Paris 2024, figure sur les listes avec ses dirigeants présumés, Yuliya Pankratova et Denis Degtyarenko. Londres a frappé Rybar LLC, chaîne Telegram forte de 1,5 million d’abonnés, accusée d’ingérence électorale en Moldavie et en Arménie. Le FSB récupère par ailleurs les outils de cybercriminels ordinaires, le voleur de mots de passe Lumma Stealer, 2 100 victimes britanniques en six mois, ou le programme malveillant Trickbot, pour s’introduire à bas coût dans des systèmes d’État.

Les États-Unis ont créé l’US Cyber Command en 2008 sans faire disparaître Turla. Le FBI a démantelé une partie de Snake en 2023, lors de l’opération MEDUSA, sans faire disparaître Turla non plus. Ces ripostes visaient un espion. Elles n’ont pas empêché la naissance d’un saboteur.

Face à l’échéance présidentielle de 2027, la France s’appuie sur l’ANSSI, l’agence chargée de la sécurité des systèmes d’information, et sur le C4, qui réunit autour d’elle la DGSE, la DGSI, la DGA et le commandement militaire du cyberespace, ainsi que sur Viginum, chargé de traquer les manipulations de l’information. Reste une inconnue que les sanctions ne lèvent pas : ce qu’un espion aussi patient, désormais équipé pour détruire, choisira de couper la prochaine fois.

Comment Turla se rend invisible

Le groupe s’appuie depuis vingt ans sur un logiciel d’un genre particulier, Snake, aussi appelé Uroburos, apparu en 2003. Un rootkit de ce type s’installe au cœur du système d’exploitation, à un niveau si profond que les logiciels de sécurité ne le voient pas. Snake a infecté des réseaux dans plus de cinquante pays avant que le FBI n’en démantèle une partie en 2023.

Kazuar, actif depuis 2017, va plus loin. Les modules de ce programme, une fois répartis sur les différentes machines d’un même réseau, se reconnaissent entre eux et élisent un chef, selon les analystes de Microsoft : celui qui tourne depuis le plus longtemps sans avoir été redémarré l’emporte. Le module élu ordonne alors à tous les autres de se taire, ils passent en mode SILENT, et devient le seul à communiquer vers l’extérieur. Une seule machine parle, les autres attendent. Un défenseur qui repère un flux suspect ne découvre qu’un fragment de l’infection.

Turla brouille aussi les pistes. En 2019, les enquêteurs ont découvert que le groupe avait volé deux outils d’espionnage, Neuron et Nautilus, à des pirates iraniens du groupe Oilrig, puis les avait utilisés contre des serveurs de messagerie occidentaux. Les attaques ont été attribuées à Téhéran, jusqu’à ce que les experts constatent que ces outils étaient pilotés depuis l’infrastructure de Snake. Dès 2015, le groupe achetait par ailleurs des connexions satellites commerciales pour intercepter les données de ses victimes sans jamais révéler d’où il opérait.

lessentieldeleco.fr

Ahmadinejad dément un rapport affirmant des contacts avec le Mossad

 

L'ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad a rejeté mardi un article du New York Times affirmant que le service de renseignement israélien Mossad aurait cherché à le recruter et qu'il serait assigné à résidence, qualifiant ces affirmations de « complètement fausses ».

Dans un communiqué, le bureau d'Ahmadinejad a accusé le journal d'avoir publié des informations fabriquées afin d'induire l'opinion publique en erreur et d'alimenter les divisions internes en Iran.

Le bureau a également démenti qu'Ahmadinejad soit assigné à résidence, affirmant que cette accusation avait été inventée pour appuyer ce qu'il a qualifié d'« absurdes » affirmations du journal.

« Nous rejetons catégoriquement toutes les accusations totalement fausses diffusées par le New York Times », indique le communiqué.

Le New York Times avait rapporté lundi que le Mossad avait tenté ces dernières années de convaincre Ahmadinejad de coopérer avec Israël et le considérait comme un candidat potentiel pour diriger l'Iran. L'article affirmait également que l'ancien président était assigné à résidence.

 Ayse Bashoruz

aa.com.tr

La Russie espionne l'Europe via les caméras des sonnettes

 

La Russie aurait piraté des caméras de surveillance civiles afin d'espionner les livraisons d'armes occidentales destinées à l'Ukraine. C'est ce qu'affirme le quotidien britannique The Telegraph, qui s'appuie sur une enquête des services de renseignement néerlandais.

Un rapport conjoint du Service de renseignement militaire et de sécurité néerlandais (MIVD) et du Service général de renseignement et de sécurité néerlandais (AIVD) confirme que des groupes de pirates informatiques russes ont ciblé des systèmes de caméras de sécurité – appartenant en grande partie à des entreprises privées – situés le long d'itinéraires fréquemment utilisés par les forces de l'OTAN pour transporter du matériel vers l'Ukraine.

Selon ces derniers, des hackers russes sont parvenus à prendre le contrôle de caméras installées le long des itinéraires empruntés par les convois militaires. Leur objectif: identifier les armes et le matériel acheminés vers Kiev.

Plusieurs pays membres de l'Otan seraient concernés. Les autorités indiquent avoir averti les organisations dont les caméras se trouvent sur ces axes afin qu'elles puissent renforcer leur sécurité.

Les services de renseignement n'ont toutefois pas précisé quels modèles de caméras étaient visés. Ces dernières années, les sonnettes connectées et autres caméras de surveillance accessibles via smartphone se sont largement démocratisées, notamment grâce à des produits bon marché importés de Chine.

Une affaire qui s'inscrit dans un schéma plus large

Cette affaire s'inscrit dans une série de renseignements déjà rendus publics par les services de sécurité européens, selon lesquels la Russie mène des opérations d'espionnage à grande échelle en Europe, afin d'obtenir des avantages dans sa guerre contre l'Ukraine.

Dès mai 2025, les autorités allemandes et étasuniennes avaient mis en garde contre la tactique. L'unité spéciale 26165 du service de renseignement militaire russe (GRU), connue sous le nom de «Fancy Bear», aurait obtenu, depuis 2022, un accès à des caméras de surveillance installées aux postes-frontières, dans des gares et sur des sites militaires afin de suivre les livraisons d'aide à destination de l'Ukraine.

Selon le Service fédéral de renseignement allemand (BND), l'Office fédéral de protection de la Constitution (BfV) et l'Office fédéral de la sécurité des technologies de l'information (BSI) du pays, environ 10 000 caméras situées à proximité d'installations militaires et de gares ont été touchées. La majorité se trouvait en Ukraine et en Roumanie. Des cibles ont toutefois également été recensées dans treize pays au total, dont l'Allemagne.

Le piratage de caméras civiles à des fins d'espionnage est une pratique courante dans les guerres et les conflits en tout genre. Des pirates informatiques ukrainiens auraient ainsi, eux aussi, pris le contrôle de caméras de surveillance russes afin de préparer une attaque contre le port de Novorossiïsk.

Selon un reportage du Financial Times, le Mossad, le service de renseignement israélien, serait particulièrement efficace dans ce type d'opérations. Ses agents auraient ainsi piraté pendant des années le réseau de surveillance du trafic de Téhéran afin d'espionner le guide suprême iranien, Ali Khamenei.

«Nous connaissions Téhéran aussi bien que Jérusalem», a affirmé un membre des services de renseignement israéliens au quotidien. Les renseignements recueillis ont contribué à la préparation de l'attaque au cours de laquelle Ali Khamenei a été tué. 

watson.ch

Lutte contre le djihadisme : le défi de la durée

 

Le vendredi 13 février, un homme armé d’un couteau qui attaquait un gendarme sous l’Arc de Triomphe a été a abattu. Condamné pour s’en être pris à des policiers en Belgique en 2012, déjà avec une arme blanche (1), il avait purgé sa peine en France et avait été libéré au mois de décembre dernier. Connu donc de longue date des services de sécurité, il avait pris soin, le 13 février, de prévenir le commissariat d’Aulnay-sous-Bois de sa volonté de passer à l’acte (2).

Récidiviste, pas moins radicalisé en 2026 à la fin de sa peine qu’il ne l’était en 2012 lors de sa première attaque, ce djihadiste incarne parfaitement le défi de long terme auquel sont confrontées les autorités et qu’elles ne comprennent peut-être pas.

La lutte continue derrière les barreaux

Au plus fort de la campagne djihadiste qui a visé la France et l’Europe (3) entre 2014 et 2017, les services de police français interpellaient chaque semaine un si grand nombre de complices ou de sympathisants de l’État islamique que les prisons durent s’adapter à l’arrivée en masse de ces détenus, dangereux, prosélytes, mus par une idéologie qui appelait à la guerre contre la France et glorifiaient le martyre (4).

Le monde carcéral, intrinsèquement en première ligne contre les phénomènes criminels, ne découvrit évidemment pas l’islam radical avec le califat. Les premières incarcérations d’islamistes radicaux sunnites avaient eu lieu au début des années 1990 lors des premiers démantèlements de réseaux de soutien aux maquis algériens, et le flot de djihadistes ne s’était jamais tari, alimenté par les différentes séquences par lesquelles est passé le phénomène.

La prison constitue pour les radicaux l’illustration de la répression forcément injuste dont ils sont la cible et la démonstration de la justesse de leur cause. Pour les djihadistes, opérationnels comme idéologues, elle a toujours été considérée comme une étape presque inévitable et une occasion de mettre sa foi à l’épreuve. Elle est aussi, en France comme en Algérie ou en Irak, un théâtre d’opérations où il est possible de recruter de nouveaux adeptes, de constituer de nouveaux réseaux, de préparer des attentats, voire d’en commettre (5).

La lutte dans les établissements pénitentiaires entre les islamistes radicaux et les autorités semble se dérouler dans l’indifférence générale. Elle est pourtant essentielle, mais n’intéresse la presse qu’à l’occasion d’attentats comme celui du 13 février (6). Le public peut alors toucher du doigt la mobilisation de l’État dans les prisons, invisible et ingrate, mais surtout de longue haleine.

L’obsession de la récidive terroriste

La lutte contre le terrorisme est par essence affaire d’anticipation, et cette logique s’applique avec encore plus de force à la gestion de la population pénale condamnée. L’anticipation rejoint alors la lutte contre la récidive, déjà au cœur de la politique mise en œuvre dans les prisons par la Direction générale de l’administration pénitentiaire (DGAP). Il ne s’agit pas pour l’État de rééduquer ou de déradicaliser – l’expression est d’ailleurs proscrite –, mais de désengager d’une idéologie violente les djihadistes et les détenus soupçonnés d’adhérer aux thèses de l’islam radical.

Cette stratégie répond aux impératifs sociaux de l’administration pénitentiaire, chargée d’accompagner la réinsertion des détenus à la fin de leur passage derrière les barreaux. Appliquée à la lutte contre le terrorisme islamiste, elle contribue à la politique globale antiterroriste péniblement déployée après les années terribles que furent 2015 et 2016. Aux côtés de la mobilisation de la communauté du renseignement et des réformes de l’appareil judiciaire, la lutte contre la radicalisation, dans une optique préventive, est ainsi devenue une véritable politique publique, notamment incarnée par le Plan national de prévention de la radicalisation (PNPR) dont le nom, « Prévenir pour protéger », dit tout (7).

Déclinée au sein des prisons françaises, cette stratégie de détection et de prise en charge de la radicalisation a donné naissance à une mécanique d’une grande complexité (8). Celle-ci a pris la forme de quartiers spécialisés dans certains établissements pénitentiaires, armés par des équipes capables de composer avec des détenus dangereux, à la radicalisation extrême et ayant parfois une connaissance ancienne de la vie en détention. L’objectif, par ces tentatives de désengagement, est de contribuer à la lutte contre le djihadisme en démontrant aux détenus que leur interprétation de l’islam repose sur des erreurs théologiques (9), en les convainquant par le dialogue que la violence n’est pas un mode d’expression acceptable et en les accompagnant à leur sortie de détention vers des dispositifs de prise en charge spécialisés afin de poursuivre le travail engagé.

La politique de désengagement a sans conteste une dimension morale, mais elle cherche d’abord à réduire le nombre d’individus adhérant à l’idéologie djihadiste et donc à littéralement grignoter la masse d’auteurs potentiels d’actes de terrorisme et de soutiens à la cause. S’agissant de détenus condamnés, l’objectif est évidemment d’éviter autant que possible la récidive des terroristes à l’issue de leur incarcération.

La gestion des récidivistes potentiels fait l’objet depuis 2018 d’un système géré par la DGSI (10), auquel contribue naturellement l’administration pénitentiaire via le SNRP, un jeune service de renseignement au positionnement encore fragile. Le risque de récidive terroriste est en effet devenu une obsession légitime des autorités. Des centaines, sinon des milliers, de djihadistes sont passés dans les prisons françaises, et nombre d’entre eux sont toujours considérés par les services comme des individus porteurs de menace. Les services sont, sans ambiguïté, débordés.

Sisyphe fait du contre-terrorisme

Les djihadistes n’ont pas tort de considérer la prison comme une étape, et c’est ainsi qu’elle devrait être aussi appréhendée par les services de sécurité et les autorités judiciaires. L’histoire du djihad français montre bien, depuis le début des années 1990, l’enchaînement des vagues de violence, des démantèlements de réseaux, des procès, des condamnations, des incarcérations et des libérations (11). Inhérente au monde criminel, la récidive est également une réalité du terrorisme, et pas seulement des djihadistes, comme le montre le parcours de certains membres d’Action directe (12).

Affrontant des croyances politiques et religieuses parfois assorties de névroses ou de traumatismes, la politique de lutte contre la radicalisation ne saurait produire d’effets immédiats ou même mécaniques comparables à ceux observés dans une usine. Mobilisées par le risque de récidive, les autorités semblent pourtant attendre des résultats qui seraient à la hauteur des efforts consentis. La demande est légitime et les inquiétudes fondées, mais le débat au sein de l’État est sans doute mal posé.

Il est en effet absurde d’attendre qu’un passage en prison, du moins dans une démocratie, étouffe des revendications politiques. La prise en charge spécifique ne saurait non plus produire le désengagement total et durable de l’ensemble des détenus concernés. Le débat qui agite les administrations depuis des mois révèle la frustration des autorités : faut-il maintenir en l’état la politique actuelle de gestion de la radicalisation, complexe, ambitieuse, et dont les effets sont encore difficilement mesurables (13) ? Faut-il l’adapter en lui faisant prendre une orientation plus sécuritaire, au risque d’empiéter sur le périmètre des services de renseignement ? Faut-il l’abandonner et adopter en détention une approche purement répressive, au risque de perdre l’occasion de désengager certains détenus ?

Les questionnements actuels auraient dû intervenir, en réalité, il y a des années. Phénomène historique en perpétuelle mutation, le djihadisme met les démocraties à l’épreuve en raison de sa durée même. Sa nature rend inévitables des récidives de la part d’individus violents, fortement radicalisés, dont l’idéologie postule que la lutte qu’ils mènent sera longue et ne doit jamais faiblir. Confrontées à une menace qui fragilise les sociétés et l’État de droit, les autorités ont su adapter les services de sécurité et concevoir des stratégies complexes dont elles attendent, paradoxalement, des résultats immédiats. Cette incohérence, nourrie par la prise en compte d’autres menaces comme la criminalité organisée ou le retour des actions de déstabilisation en provenance de puissances hostiles, risque de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Les débats au sujet de la pertinence des choix faits sont légitimes et toute politique publique doit être évaluée et adaptée si nécessaire. La lutte contre la radicalisation ne peut cependant être correctement comprise sans la certitude que le défi sécuritaire, politique et social, qui dure depuis un demi – siècle au moins au Moyen – Orient, est appelé à durer et à durer encore. Les peines longues infligées aux djihadistes incarcérés en France, à la mesure des crimes commis, illustrent la temporalité du djihadisme. Menaçants en liberté, les terroristes le sont tout autant dans les prisons et ne rien tenter en matière de désengagement revient à laisser dans des entrepôts vétustes des explosifs mal conditionnés. On comprend que les responsables politiques et administratifs soient pris de vertige devant l’ampleur et la complexité du défi. 

Notes

(1) Jean-Pierre Stroobants, « L’islamiste qui poignarde des policiers pour “punir” l’interdiction de la burqa », Le Monde, 14 juin 2012.

(2) « Paris : ce que l’on sait de l’attaque au couteau d’un gendarme à l’Arc de Triomphe », TF1 (https://​www​.tf1info​.fr/​j​u​s​t​i​c​e​-​f​a​i​t​s​-​d​i​v​e​r​s​/​p​a​r​i​s​-​c​e​-​q​u​e​-​l​-​o​n​-​s​a​i​t​-​d​e​-​l​-​a​t​t​a​q​u​e​-​a​u​-​c​o​u​t​e​a​u​-​d​-​u​n​-​g​e​n​d​a​r​m​e​-​p​r​e​s​-​d​e​-​l​-​a​r​c​-​d​e​-​t​r​i​o​m​p​h​e​-​a​u​x​-​c​h​a​m​p​s​-​e​l​y​s​e​e​s​-​2​4​2​4​6​9​0​.​h​tml).

(3) Certains commentateurs oublient opportunément de citer l’attentat commis le 24 mai 2014 contre le musée juif de Bruxelles, première attaque réalisée en Europe par l’État islamique, des semaines avant le début de l’intervention occidentale contre l’organisation djihadiste.

(4) Claire Hache, « Prisons : enquête sur la difficile gestion des radicalisés », L’Express, 10 juillet 2019.

(5) Roger Noël, « Gestion des Jeux olympiques et paralympiques : puissance et limites du contre-terrorisme », Défense & Sécurité Internationale, no 174, novembre-décembre 2024.

(6) Christophe Ayad et Soren Seelow, « Terrorisme islamiste : les données inédites du parquet illustrent le difficile suivi des djihadistes à leur sortie de prison », Le Monde, 17 février 2026. Le Parquet national antiterroriste met ici en avant son rôle, mais ne paraît pas saisir que l’efficacité de la lutte contre le terrorisme djihadiste doit d’abord s’appuyer sur l’action des services de sécurité et de renseignement. Les mesures judiciaires en milieu ouvert ne sont que des appuis à l’efficacité manifestement insuffisante.

(7) Cf. le site du Secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (SG-CIPDR – https://​www​.cipdr​.gouv​.fr/​p​l​a​n​-​n​a​t​i​o​n​a​l​-​p​r​e​v​e​n​t​i​o​n​-​r​a​d​i​c​a​l​i​s​a​t​ion).

(8) Thibaut Daussy, Paola Esteso Quiñonero et Roxane Maine, « Lutte contre la radicalisation violente en milieu pénitentiaire : l’opérationnalisation d’une catégorie d’action publique », in Tristan Renard et Romain Bertrand (dir.), Expériences autour de la radicalisation et sa prévention, ERES, Toulouse, 2024.

(9) Une démarche assurée par une poignée de Médiateurs du fait religieux (MFR), cf. une fiche de poste sur le site Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (IISMM – https://iismm.hypotheses.org/files/2020/02/fiche-de-poste-me%CC%81diateur-du-fait-religieux-002.pdf).

(10) Voir sur le site de la DGSI : « La prise en compte des sortants de prison radicalisés », 6 décembre 2022 (https://​www​.dgsi​.interieur​.gouv​.fr/​d​e​c​o​u​v​r​i​r​-​d​g​s​i​/​n​o​s​-​m​i​s​s​i​o​n​s​/​l​u​t​t​e​-​c​o​n​t​r​e​-​t​e​r​r​o​r​i​s​m​e​-​e​t​-​e​x​t​r​e​m​i​s​m​e​s​-​v​i​o​l​e​n​t​s​/​p​r​i​s​e​-​e​n​-​c​o​m​p​t​e​-​des).

(11) Christophe Ayad, « Le terrorisme djihadiste analysé par ceux qui l’affrontent », Le Monde, 2 janvier 2026.

(12) « Jean-Marc Rouillan, cofondateur d’Action directe, condamné pour apologie du terrorisme », Le Monde, 10 décembre 2023.

(13) Les responsables qui ne cessent de pointer du doigt le risque de récidive sont parfois incapables de définir précisément celle-ci. 

Roger Noël

areion24.news