Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

vendredi 4 septembre 2026

A Kiev, la fusillade entre le SUB et le GUR ukrainiens expose leur rivalité au grand jour


 

L’affaire pourrait paraître rocambolesque si l’Ukraine n’était pas menacée depuis plus de quatre ans par l’invasion russe. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé ce vendredi 4 septembre des sanctions et une enquête après une fusillade ayant opposé cette semaine des membres des services de sécurité (SBU) et du renseignement militaire (GUR) à Kiev. Une affaire qui met en lumière la rivalité entre ces deux puissants organismes.

Un commandant russe au cœur de la fusillade

Mercredi matin, plusieurs médias ont rapporté une fusillade, à Kiev, entre des agents du GUR – la direction du renseignement militaire, dépendant du ministre de la Défense – et du SBU – le service de sécurité d’Ukraine, dépendant du ministère de l’Intérieur – dans un quartier résidentiel de la capitale ukrainienne. Des vidéos d’hommes en treillis échangeant des coups de feu dans une rue de la capitale fleurissent sur les réseaux sociaux.

Le SBU a affirmé jeudi que cet incident « absolument inacceptable » entre des agents des deux structures avait eu lieu alors que le SBU menait une perquisition.

Une guerre des espions ukrainiens dans les rues de Kiev ? Hors de question pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky qui a sommé, mercredi 2 septembre, les deux principaux services de renseignement du pays – le SBU et le GUR – de baisser les armes après des échanges de coups de feu entre membres de ces officines plus tôt dans la journée.

Le dirigeant ukrainien a qualifié l’incident d'"absolument honteux" et prévenu qu’aucune fusillade ne serait tolérée, sauf pour "tirer sur les occupants russes pour défendre le pays".

Intense face-à-face d’espions à Kiev

L’échange de coups de feu dénoncé par Volodymyr Zelensky aurait fait plusieurs blessés graves parmi les membres du GUR – le service de renseignement militaire – d’après les autorités ukrainiennes.

La fusillade s'est déroulée à l’issue d’un intense face-à-face de plusieurs heures entre des agents masqués en tenue militaire du service ukrainien de renseignement intérieur, le SBU, et une unité des forces spéciales du GUR.

Les agents du SBU étaient venus effectuer une perquisition au domicile du numéro 2 de cette unité des forces spéciales, ce qui n’aurait pas plu aux autres membres de ce groupe. Les coups de feu "auraient été tirés après que le SBU a tenté d’arrêter des agents [du GUR] qui s’opposaient à la perquisition", indique Ryhor Nizhnikau, spécialiste de l’Ukraine à l'Institut finlandais des affaires internationales.

Les récits divergent quant à savoir qui a tiré en premier. Pour le procureur général ukrainien, les agents du SBU ont été pris pour cible, ce que le GUR conteste, arguant que ce sont ses membres qui ont été attaqués les premiers. La présidence ukrainienne a assuré qu’une enquête avait été lancée pour établir précisément les faits.

Une chose est sûre : le SBU "a fait intervenir le groupe Alpha, c’est-à-dire une de ses unités d’élite, chargée notamment de la lutte antiterroriste. C’est donc une opération importante aux yeux du contre-espionnage ukrainien", souligne Huseyn Aliyev, spécialiste de la guerre en Ukraine à l’université de Glasgow.

Pourquoi un tel affrontement ? C’est la grande inconnue, tant les circonstances autour de cet incident ayant mis le président ukrainien hors de lui sont floues. L’affaire implique des combattants russes pro-ukrainiens aux ordres du GUR, dont l’un des responsables aurait été kidnappé par le SBU, une prétendue tentative d’assassinat organisée par des espions russes du FSB à Kiev et de potentielles ramifications politiques jusqu’aux plus hautes sphères de l’État ukrainien.

La thèse d’un complot du FSB

La perquisition qui a mis le feu aux poudres s’est déroulée au domicile de Stepan Kaplunov, le vice-commandant du Corps des volontaires russes, un groupe paramilitaire composé de Russes anti-Poutine aux ordres du GUR. "C’est une petite unité de forces spéciales mise en 2022 sous le commandement des services de renseignement militaires ukrainiens et utilisée pour des opérations spéciales, essentiellement à la frontière russe ou en territoire russe", précise Huseyn Aliyev.

Officiellement, le SBU s’intéresse à Stepan Kaplunov dans le cadre d’une enquête liée à une tentative d’assassinat préparée par le FSB, le service de renseignement russe, visant "un important opposant russe" et qui aurait été déjouée à Kiev.

Les espions ukrainiens avaient même déjà enlevé Stepan Kaplunov à son domicile le 23 août avant de le relâcher plusieurs jours plus tard. À l’époque déjà, il était question de cette fameuse tentative d’assassinat du FSB. Les services de renseignement ukrainiens ont depuis affirmé que les assassins russes se préparaient à agir le 24 août, jour de la fête de l’indépendance ukrainienne, contre un opposant russe venu à Kiev pour participer aux célébrations.

Qui était cet opposant russe dans le viseur du FSB ? Pourquoi fallait-il enlever le numéro 2 d’une milice de combattants russes aux ordres du GUR pour déjouer la tentative d’assassinat ? Stepan Kaplunov a-t-il été accusé de travailler avec les espions russes, ou de détenir des informations permettant de prévenir le complot du FSB ?

Dans un communiqué de presse publié jeudi, le SBU affirme que Stepan Kaplunov a reconnu avoir collaboré avec les services de renseignement russes.

Ce n’est pas la version fournie par le numéro 2 du Corps des volontaires russes au site The New Voice of Ukraine. Dans une interview, il affirme que ces aveux ont été obtenus sous contrainte.

Une histoire de rivalité politique ?

Cet incident s’inscrit dans la relation souvent difficile et parfois explosive entre les deux principaux services de renseignement. "Ils empiètent souvent sur leurs plates-bandes respectives", assure Huseyn Aliyev.

Ce n’est pas non plus la première fois que cette guerre larvée des espions se traduit par des éclats de violence. En 2022, le GUR avait accusé le SBU d’avoir fait tuer l’un de ses agents, un banquier qui avait obtenu des informations sur les plans russes d’invasion. Les services ukrainiens de contre-espionnage avaient auparavant suggéré que l’homme était en réalité un agent double à la solde de Moscou.

L’affaire Kaplunov et la fusillade aux aurores à Kiev qui en a résulté sont par ailleurs à replacer dans un contexte politique conflictuel plus général. "Le GUR a longtemps été dirigé par Kyrylo Boudanov [entre 2020 et janvier 2026, NDLR], perçu aujourd’hui comme un potentiel rival politique de Volodymyr Zelensky", souligne Ryhor Nizhnikau. De son côté, "le SBU dépend directement de la présidence ukrainienne, et ses responsables sont tous loyaux à Volodymyr Zelensky", précise Huseyn Aliyev.

Kyrylo Boudanov, très populaire en Ukraine, a été nommé en janvier chef de l'administration présidentielle et a dans la foulée été remplacé à la tête du GUR par Oleh Ivachtchenko, "qui représente moins un rival politique potentiel pour Volodymyr Zelensky", assure Ryhor Nizhnikau.

Pour cet expert, la trame de fond de cette affaire serait donc peut-être une lutte d'influence politique au plus haut sommet de l'État. C’est aussi ce qu’a affirmé Stepan Kaplunov à The New Voice of Ukraine. Il y soutient que "le SBU voulait obtenir de lui des informations permettant de discréditer le GUR et son ancien patron, Kyrylo Boudanov". "Le but serait, d’après cette hypothèse, de pouvoir écarter les fidèles de l’ancien chef du GUR et réduire l’influence du conseiller présidentiel sur ce service de renseignement", explique-t-il.

Huseyn Aliyev est moins sûr que quelqu’un comme Stepan Kaplunov – simple numéro 2 d’une petite unité du GUR – soit suffisamment important pour avoir accès à des informations vraiment compromettantes.

Mais quoi qu’il en soit, "cette guerre des services de renseignement fait surtout le jeu de Moscou", souligne Huseyn Aliyev. Un avis partagé par Ryhor Nizhnikau, qui souligne que "tant que des unités d’élite comme le groupe Alpha doivent régler des différends entre les services à Kiev, elles ne s’occupent pas de préparer des opérations contre la Russie". Ce qui laisse les coudées franches aux agents de Moscou.

france24.com

Après la tragédie du Népal, la présence chinoise au Tibet interroge

 

La tragédie que vit le Népal depuis le 26 août avec les gigantesques coulées de boue qui ont fait des milliers de morts et disparus est pour l’essentiel vraisemblablement due au réchauffement climatique et la fonte des glaciers de l’Himalaya, mais certains experts s’interrogent aussi sur les conséquences des activités humaines causées par la présence chinoise au Tibet.

Ce qui a commencé comme un phénomène naturel – une avalanche massive de glace et de roches qui a arraché une partie d’un glacier à 5 200 mètres d’altitude, près de la frontière entre le Tibet et le Népal – s’est transformé en une catastrophe en cascade après avoir heurté, en amont, un paysage montagneux de plus en plus modifié par l’homme.

« Les inondations soudaines et dévastatrices qui ont ravagé les vallées des fleuves Trishuli et Koshi au Népal ne doivent pas être considérées comme une simple tragédie himalayenne de plus, » explique Brahma Chellaney, professeur d’études stratégiques au Centre for Policy Research, un organisme indépendant basé à New Delhi, vendredi 28 août dans les colonnes du Nikkei Asia.

« La leçon est claire : dans la région fragile de l’Himalaya, les modifications apportées par l’homme aux cours d’eau et aux paysages montagneux peuvent amplifier de manière spectaculaire l’impact des catastrophes naturelles, » ajoute ce chercheur à l’Académie Robert Bosch de Berlin, auteur d’ouvrages de référence sur ce sujet dont Water : Asia’s New Battleground.

Gyirong, poste-frontière entre le Népal et la Chine, est un entonnoir : 30 % du commerce entre la Chine et le Népal passe par cet endroit, porte d’entrée des produits chinois au Népal : 95 % des marchandises échangées en 2024 étaient chinoises. Sa grande vulnérabilité s’est déjà manifestée. En juillet 2025, des inondations avaient totalement emporté le pont reliant le poste-frontière de Gyirong à Rasuwa, au Népal, coupant toute circulation des marchandises et des personnes. Les activités avaient repris le 1er janvier 2026.

Gyirong est ainsi devenu le principal « hub » logistique tibétain : « Et inévitablement, l’urbanisation au fond de la vallée s’y est développée de manière organique, » commente Robbie Barnett, tibétologue britannique, chercheur associé et professeur à la School of Oriental and African Studies (SOAS), de l’université de Londres, cité par le quotidien Le Monde.

Gyirong avait remplacé en 2015 l’ancien poste-frontière de Zhangmu, 300 kilomètres plus à l’est, détruit par un séisme, par lequel l’auteur de ces lignes était passé pour rejoindre le Tibet en août 1985. A l’époque, il servait de point de passage pour 90 % des marchandises circulant entre la Chine et le Népal.

Pourquoi un véritable tsunami de boue s’est-il déversé sur le Népal ?

La catastrophe s’est déroulée à une vitesse stupéfiante. De nombreux scientifiques mondiaux se sont demandés ces derniers jours pourquoi et comment une telle masse de glace et de roche s’est précipitée dans le haut bassin versant de la Lhende Khola, une rivière et sa vallée situées dans l’Himalaya, à la frontière entre le Népal et le Tibet, prenant la forme d’un tsunami de boue dense qui a temporairement endigué l’étroite gorge avant que la barrière improvisée ne s’effondre.

En quelques minutes, un mur d’eau, de boue et de rochers s’est déversé en aval, faisant monter le niveau des cours d’eau. L’effondrement a généré des ondes sismiques si inhabituelles que les systèmes de surveillance automatisés ont d’abord confondu l’événement avec un séisme de magnitude 5,2. Alors que le déluge déferlait dans les vallées escarpées du Népal, il a emporté villages, ponts et routes avec une force dévastatrice.

Plusieurs centrales hydroélectriques situées en aval ont été détruites par les débris, provoquant des pannes généralisées d’électricité et de communications. Les inondations ont également ravagé le côté tibétain de la frontière. Au Népal, cependant, elles ont laissé derrière elles une vaste traînée de mort et de destruction, tandis que d’immenses dépôts de boue et de gravats ont gravement entravé les opérations de recherche et de sauvetage.

Les autres facteurs humains de la tragédie népalaise

« Mais le déclencheur naturel de la catastrophe ne révèle que la moitié de l’histoire. La question clé est de savoir pourquoi les inondations ont été si destructrices en aval. La réponse réside dans l’effet cumulatif des infrastructures chinoises en amont, de la modification du lit des cours d’eau et de l’absence de coopération transfrontalière significative. Aucun de ces facteurs n’a provoqué la rupture du glacier, bien qu’ensemble, ils aient pu en amplifier les conséquences, » estime Brahma Chellaney.

Pour ce chercheur renommé, « un facteur humain important a été la transformation du corridor fluvial lui-même près de la frontière entre le Tibet et le Népal, » puisque la Chine a depuis une dizaine d’année procédé à de gigantesques travaux pour l’extension des digues, la construction d’installations frontalières, d’autoroutes et d’autres ouvrages de génie civil qui ont rétréci certains passages de la haute vallée en concentrant l’activité de construction le long des berges. Dans des conditions normales, de tels projets facilitent le commerce et les transports.

Lors d’une crue extrême, ils deviennent des sources de vulnérabilité. Le torrent a emporté des déblais, des gravats de béton, des engins de chantier et des débris de structures, transformant une coulée de débris déjà violente en ce que les hydrologues comparent à juste titre à du béton liquide — un bélier capable d’écraser presque toutes les structures sur son passage.

Une deuxième contribution humaine à cette catastrophe semble avoir été la modification de l’hydrologie. Les barrages de dérivation, les ouvrages de prise d’eau, les remblais et autres aménagements en amont des rivières ou des cours d’eau « ont créé des goulots d’étranglement localisés dans les gorges étroites de l’Himalaya, » dit-il.

Si bien que lorsque la vague provoquée par l’avalanche a frappé ces points d’étranglement, la formation temporaire de bassins et le débordement ont probablement généré des impulsions d’inondation secondaires, accélérant la montée rapide du niveau des cours d’eau en aval. Ces effets en cascade ont fait que certaines communautés en aval ont dû faire face non pas à une, mais à plusieurs vagues destructrices se succédant rapidement.

La Chine et son silence informationnel

Mais la défaillance la plus évitable était peut-être d’ordre informationnel plutôt que physique : la Chine exploite des stations de surveillance hydrologique des rivières et fleuves qui prennent leur source au Tibet, collectant des données en temps réel sur les niveaux des cours d’eau et les conditions en amont. Or, malgré le renforcement de ses relations avec Katmandou, Pékin n’a pas mis en place avec le Népal (ni avec aucun autre pays en aval) de mécanismes complets de partage de données hydrologiques et de notification d’urgence, fonctionnant en temps réel et tout au long de l’année, souligne-t-il encore.

Même en l’absence d’une liaison de télémétrie entièrement intégrée fonctionnant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, transmettant directement les données sur les niveaux d’eau en amont au Département népalais d’hydrologie et de météorologie, une notification d’urgence immédiate de la part de la Chine concernant des pics soudains de niveau d’eau, la formation de barrages de débris ou d’autres anomalies en amont aurait pu faire gagner un temps précieux pour évacuer les habitations, les sentiers de randonnée et les infrastructures vulnérables, réduisant ainsi potentiellement le nombre de victimes.
« L’absence de transparence hydrologique institutionnalisée a donc transformé un aléa naturel en un échec de gouvernance, » ajoute encore cet expert. « Les fleuves transfrontaliers exigent une responsabilité transfrontalière, » juge-t-il.

Or, affirme l’agence Reuters dimanche 30 août, trois mois avant cette tragédie, le Népal avait dûment demandé à la Chine de partager avec lui ses informations hydrologiques, mais en vain. Lors d’une réunion le 27 mai à Katmandou, une vingtaine de responsables népalais et chinois, notamment de la région du Tibet où la catastrophe s’est produite, ont discuté du renforcement de la coopération en matière de surveillance et de gestion des inondations et des risques liés aux glaciers.

Deux responsables népalais ont déclaré à Reuters qu’ils n’avaient pas reçu de la Chine les informations souhaitées. « Ce que nous attendions réellement d’eux, et ce que nous attendons toujours, c’est d’être informés un peu plus tôt en cas de mouvements précoces des glaciers et de mouvements précoces dans cette région, » a ainsi déclaré Sauhardra Joshi, hydrologue à la Division népalaise de prévision des crues, cité par l’agence.

En Chine, la censure est à l’œuvre

D’autre part, comme de coutume en cas de catastrophe en Chine, la censure a fait son œuvre sous la conduite du Parti communiste chinois puisque aucun média d’État chinois n’a transmis d’images révélant l’ampleur de la tragédie en cours au Tibet et au Népal, mis à part quelques images de secouristes chinois à pied d’œuvre au Tibet, tandis que les vidéos circulant sur les réseaux sociaux étaient toutes rapidement effacées par les censeurs du Parti.

Le Tibet, brutalement annexé par la Chine en 1950, demeure avec le Xinjiang (l’ancien Turkestan oriental lui aussi annexé la même année) l’un des sujets tabous en Chine. La propagande chinoise s’efforce de présenter sous un jour favorable les gains supposés de la présence chinoise au Tibet où la presse occidentale ne peut pas se rendre sans être accompagnée d’ « anges gardiens » qui prennent soin de leur interdire tout travail d’investigation sérieux.

Si bien qu’il est difficile – sinon impossible – pour les correspondants étrangers à Pékin de connaître l’ampleur des dégâts et des pertes humaines côté tibétain. Dimanche, citant les autorités chinoises, l’agence d’État Chine Nouvelle (Xinhua) a fini par annoncer que plus de 260 ressortissants étrangers originaires de 23 pays figurent parmi les centaines de personnes portées disparues au Tibet. Selon Xinhua, les groupes les plus importants d’étrangers portés disparus sont composés de 104 Népalais, 49 Indiens, 33 Lettons, 18 Américains et 15 Britanniques.

Au total, 546 personnes sont toujours portées disparues au Tibet où le bilan des victimes s’élève désormais à 16 personnes, a indiqué l’agence, un chiffre à prendre avec des pincettes comme souvent s’agissant des chiffres officiels gouvernementaux chinois.

« Jeudi soir, alors que les gros titres du monde entier faisaient la une sur les ravages subis par une vallée himalayenne, la chaîne d’État chinoise a ouvert son journal télévisé principal en annonçant la sortie du nouveau livre de Xi Jinping, une sélection de ses « œuvres les plus importantes et fondamentales, » souligne Laura Bicker, la correspondante à Pékin de la BBC.

« Les journalistes étrangers ne peuvent pas se rendre au Tibet sans l’autorisation du gouvernement. Nous ne disposons que de quelques heures pour recueillir autant d’informations que possible sur des événements d’une telle ampleur avant que les vidéos ne soient supprimées et les voix réduites au silence. Nous devons donc nous fier aux médias d’État, qui se sont jusqu’à présent concentrés sur des opérations de sauvetage incroyablement spectaculaires, » dit-elle.

« Lorsque l’on compare le contenu Internet du pays à ce que le reste du monde a pu voir en ligne ces derniers jours, le « pare-feu » chinois apparaît plus clairement que jamais, » souligne la journaliste. « Compte tenu de cette histoire, le simple nom de « Tibet » attire l’attention des censeurs chinois. Les sensibilités de Pékin sont particulièrement manifestes dans des moments comme celui-ci, » explique-t-elle.

Les médias d’État chinois ont néanmoins pris soin de souligner que le Premier ministre Li Qiang s’est rapidement dépêché dans la région, où il a été vu en train d’inspecter les opérations de déblaiement et précisé que Xi Jinping lui-même avait exhorté les services de secours à fournir un effort pour aider les sinistrés.

« Il convient de mobiliser tous les moyens disponibles pour retrouver et sauver les personnes disparues, qu’elles soient chinoises ou étrangères, » avaient déclaré des responsables du Parti communiste chinois (PCC) cités par l’agence de presse officielle Chine nouvelle, à l’issue d’une réunion de hauts cadres du Parti.

« La raison de ce que le monde pourrait considérer comme une réaction modérée est de préserver la seule chose que Xi chérit pour son pays : la stabilité, » souligne la journaliste. « Le Parti communiste craint qu’une telle catastrophe n’alimente le mécontentement, que ce soit à l’égard de la réponse apportée ou du manque de prévoyance qui n’a pas permis de l’éviter, » dit-elle.

Ces travaux pharaoniques de la Chine au Tibet et leurs conséquences

Le Tibet, parfois nommé « le château d’eau de l’Asie, » est une zone stratégique en Asie : plateau d’une altitude moyenne de 4 000 mètres situé au cœur de l’Himalaya, de nombreux fleuves y prennent leur source. Parmi eux l’Indus, le Brahmapoutre, le Yangtze, le Fleuve Jaune, le Mékong et la Salween qui alimentent en eau douce près de deux milliards de personnes.

La Chine a entrepris des travaux titanesques pour y construire d’énormes barrages. Pékin a ainsi annoncé en décembre 2024 avoir donné son feu vert à la construction de ce qui sera le plus grand barrage hydroélectrique du monde sur le fleuve Yarlung Tsangpo, le nom tibétain du Brahmapoutre, un monstre trois fois plus grand que le barrage des Trois-Gorges, cette méga centrale hydroélectrique sur le fleuve Yangtze qui détenait déjà ce triste record et dont l’érection dans les années 2000 avait symbolisé la démesure des ambitions de la Chine au XXIe siècle.

Pour le Tibet, comme pour les pays en aval, ce projet représente un désastre écologique et humain monumental. Prévu pour produire 60 gigawatts, le projet du barrage de Motuo (Medog en tibétain), au sud du Tibet, acté par le 14e plan quinquennal en 2020, ne constitue qu’une illustration de plus de la vague démesurée de projets hydroélectriques sur le plateau tibétain. L’Inde et d’autres pays en aval ont plusieurs fois condamné ce projet et demandé en vain d’être consultés par la Chine.

Ce bétonnage pharaonique des plus hautes vallées du monde a été engagé au nom de la décarbonation, au mépris des communautés locales. Selon Tenzin Palmo, chercheuse et autrice d’un rapport de l’ONG International Campaign for Tibet (ICT), 198 barrages hydroélectriques ont déjà été construits ou sont planifiés sur le sol du Tibet historique (la Région Autonome du Tibet ainsi que le Kham et l’Amdo rattachés à des provinces chinoises). 54 de ces barrages sont opérationnels, 26 en construction, 40 en phase de préparation et 73 à l’état de propositions.

« Dans ce contexte, la catastrophe népalaise pourrait raviver l’attention internationale sur un pari bien plus risqué qui se joue dans une autre partie de l’Himalaya : le gigantesque barrage chinois sur le Yarlung Tsangpo […] à proximité d’une faille géologique majeure, comporte des risques extraordinaires, en particulier pour les millions de personnes vivant en aval, en Inde et au Bangladesh, » affirme encore le chercheur Brahma Chellaney.

« La catastrophe népalaise est plus qu’une simple calamité nationale. C’est un avertissement indiquant que la frontière entre catastrophe naturelle et catastrophe d’origine humaine s’estompe dans l’Himalaya. Alors que les infrastructures se développent dans l’un des systèmes montagneux les plus instables de la planète et que les glaciers s’affaiblissent, la question est de savoir si les gouvernements en amont et en aval agiront avant que la prochaine catastrophe en cascade ne frappe, » avertit cet expert.

Robbie Barnett, l’un des chercheurs les plus renommés sur le Tibet, dénonce régulièrement les dangers inhérents à ces travaux colossaux menés par le régime chinois sur le « Toit du monde, » à la fois pour leurs conséquences sur le changement climatique et pour les populations en aval.

« Dans tous ces projets finalement, la volonté d’extraire de l’énergie de la nature, d’une part, et d’imposer sa puissance chez ses voisins, d’autre part, implique, comme nous le voyons désormais, des paris aux risques effroyables face aux limites de la nature, » souligne ce tibétologue britannique respecté.

 Pierre-Antoine Donnet

lundi 31 août 2026

Colombie: un caporal de la Légion étrangère a été capturé

 

La guérilla colombienne de l'EMC a revendiqué dimanche la capture d'un Colombien de la Légion étrangère française, la principale dissidence des ex-FARC précisant qu'il est «en parfaite santé». José Olger Melo Charry, caporal en permission, a été pris en otage le 6 août alors qu'il circulait sur une route du département de Nariño, dans le sud-ouest du pays, avait révélé l'armée colombienne jeudi.

Des unités de l'Etat-major central «ont intercepté et fait prisonnier le caporal JOSÉ OLGER MELO CHARRY, membre actif de l'Armée française et appartenant à la Légion étrangère, qui se trouvait en territoire colombien», a indiqué cette guérilla dans un communiqué. «Sa capture a été effectuée après avoir confirmé sa condition de militaire étranger se déplaçant en zone rurale de la municipalité de Cumbitara, un lieu où se déroulent des opérations militaires contre nos unités», a-t-elle ajouté, en français.

«Nous informons les autorités françaises, sa famille et ses amis que le caporal MELO CHARRY est vivant, en parfaite santé, et qu'il a reçu des soins médicaux et une alimentation adéquate», a assuré l'EMC, qui le qualifie de «prisonnier de guerre» et dit rejeter «les termes d''enlèvement' utilisés par les autorités colombiennes et les médias». Agé d'une trentaine d'années, José Olger Melo Charry était arrivé en Colombie la veille de son enlèvement et voyageait avec une femme, elle aussi enlevée avant d'être libérée quelques heures plus tard, selon l'armée colombienne.

Une libération qui s'annonce périlleuse

Selon le ministère français des Armées, le soldat, qui ne dispose pas de la nationalité française, avait un permis l'autorisant à résider en France métropolitaine, mais pas à se rendre en Colombie. La Légion étrangère est une force combattante de l'armée de terre française composée de 9000 soldats de diverses nationalités, commandés essentiellement par des officiers français.

La Colombie traverse sa pire vague de violence en une décennie, les nombreux groupes armés, s'affrontant notamment pour le contrôle du trafic de cocaïne. Le nouveau président Abelardo de la Espriella, de droite dure, a promis une lutte sans merci contre les guérillas et les narcotrafiquants.

Des opérations militaires meurtrières ont déjà eu lieu depuis son investiture le 7 août. L'EMC a rejeté l'accord de paix de 2016 signé à l'époque avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Ce groupe, surtout actif dans les départements de Valle del Cauca et Cauca, dans le sud-ouest, est dirigé par un homme connu sous le nom d'Ivan Mordisco, considéré comme le guérillero le plus recherché de Colombie.

L'EMC affirme que «l'intégrité physique» de José Olger Melo Charry est «pleinement garantie tant qu'aucune opération militaire hostile ne sera menée dans la zone», faisant porter à Abelardo de la Espriella la responsabilité de «toute tentative d'opération de sauvetage militaire qui mettrait en danger la vie du prisonnier de guerre». L'armée colombienne avait précisé vendredi ne pas prévoir en l'état d'opération pour le libérer.

AFP

Un retraité vendait des munitions de précision à des espions russes

 

En mai dernier, un comptable zurichois avait été condamné à la prison avec sursis pour avoir vendu à des agents russes des dispositifs chimiques pouvant servir à la fabrication d'armes de destruction massive. La transaction s'était déroulée dans le parking d'une Migros bâloise. Vendredi, le Tribunal pénal fédéral se penchera sur un autre trafic ayant pour décor un parking de l'enseigne orange, cette fois à Köniz (BE).

C'est là que des espions sous couverture diplomatique auraient acquis 38'000 cartouches, dont une bonne partie destinées à des tireurs d'élite. Du matériel potentiellement utile pour des assassinats ciblés, rappelle la «SonntagsZeitung». Fedpol a pu reconstituer 22 livraisons de 2014 à 2024, qui se seraient intensifiées depuis 2022, date de l'invasion de l'Ukraine.

Des «chasseurs»?

L'armurier, âgé aujourd'hui de 80 ans, comparaîtra en procédure accélérée pour violations graves de la loi sur le matériel de guerre et infractions à la loi sur le contrôle des marchandises et à la loi sur les armes. Il reconnaît les faits et a accepté la peine de 14 mois de prison avec sursis, assortie d'une amende de 5000 francs et de 28'000 francs de dommages et intérêts.

Contacté par les journalistes, l'homme a assuré qu'il croyait avoir eu affaire à un diplomate intéressé par la chasse. Pourquoi faire affaire dans un parking plutôt qu'au magasin? Parce que c'était «pratique», assure-t-il. Les acheteurs ont été identifiés comme des agents du GRU, le service de renseignement militaire russe. Ils étaient employés comme personnel administratif et technique de la mission commerciale de Russie, installée près de la gare de Berne. Visés par des poursuites pénales, ils auraient quitté la Suisse depuis belle lurette.

Arnaud Gallay

20min.ch

dimanche 30 août 2026

Une ex-Pussy Riot dit avoir espionné pendant deux ans pour le FSB

 

Rita Flores, ancienne membre de Pussy Riot, affirme avoir travaillé pendant plus de deux ans pour le FSB, les services de sécurité intérieure russes. Dans une interview diffusée sur la chaîne YouTube de son avocat Dmitri Zakhvatov, l'artiste assure avoir été forcée de collaborer.

Sous le nom de code «Harley», elle aurait été chargée de dresser des profils détaillés d'artistes russes et d'opposants politiques. À partir de début 2024, ses contacts au FSB lui auraient versé 50'000 roubles par mois, soit environ 475 francs. Elle aurait auparavant touché 30'000 roubles.

«Ils ont menacé de tuer ma famille»

Rita Flores, de son vrai nom Margarita Konovalova, affirme que tout a commencé après une perquisition de son appartement à Moscou, en février 2023.

Des agents du FSB l'auraient alors forcée à signer un accord de coopération. Selon son récit, ils auraient menacé de la poursuivre pour des publications sur les réseaux sociaux concernant de possibles crimes de guerre russes en Ukraine. Elle assure également que ses proches ont été menacés de mort.

«Ils ont essayé de me recruter avec toutes sortes de menaces et d'insultes, notamment en menaçant de tuer ma famille», raconte-t-elle.

Pendant plus de deux ans, Flores affirme avoir volontairement saboté certaines missions. Elle aurait notamment simulé des conflits avec plusieurs personnes qu'elle devait surveiller, afin de retarder leur éventuelle arrestation.

Trois millions de roubles pour attirer son ex dans un piège

Selon elle, la situation bascule à la mi-2025. Le FSB lui aurait demandé d'attirer son ancien compagnon et ex-membre de Pussy Riot, Piotr Verzilov, dans un café en Serbie.

Des agents russes infiltrés auraient alors prévu de l'enlever et de le tuer. Flores affirme qu'on lui a proposé trois millions de roubles, soit environ 28'600 francs, pour participer à l'opération. «C'est à ce moment-là qu'il n'y avait plus de retour en arrière possible», explique-t-elle. «J'ai compris jusqu'où ils étaient prêts à aller.»

Elle refuse et fuit la Russie

Flores assure avoir finalement refusé de participer au projet, tout en faisant patienter ses contacts du FSB. Elle s'est ensuite tournée vers l'avocat spécialisé dans les droits humains, Dmitri Zakhvatov.

Selon son récit, l'homme d'affaires russe en exil Leonid Nevzlin l'a finalement aidée à quitter la Russie, à la mi-août. En décembre dernier, un tribunal de Moscou a classé Pussy Riot comme «organisation extrémiste», interdisant toute activité du collectif en Russie.

Karin Leuthold

20min.ch