Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

dimanche 21 juin 2026

Liban, le mythe des deux Hezbollah

 

Pendant des années, l’Occident s’est convaincu qu’il pouvait contenir l’influence iranienne sans affronter directement son principal instrument régional. Cette illusion vacille aujourd’hui. Tandis que Washington et Téhéran négocient, que le cessez-le-feu imposé au Sud-Liban sous pression américaine est régulièrement mis à l’épreuve et que l’État libanais peine à réaffirmer son autorité, le pays du Cèdre apparaît plus que jamais comme une pièce maîtresse du dispositif stratégique iranien. Derrière les discussions sur le nucléaire, les sanctions ou les équilibres régionaux, le Hezbollah demeure l’un des principaux leviers de Téhéran face à Israël. Plus qu’un simple front périphérique, le Liban est devenu l’un des terrains où se joue l’avenir des rapports de force au Moyen-Orient, tandis que les Libanais continuent de payer le prix de calculs qui les dépassent.

La « libanisation » du Hezbollah n’est plus à l’ordre du jour. Conséquence du bouleversement que connait le Moyen Orient, le Hezbollah est plus uni que jamais derrière le pouvoir iranien alors que certains, notamment chez les alliés occidentaux du Liban, espéraient que la direction du mouvement chiite serait plus tentée par l’intégration dans le jeu politique libanais que par le renforcement de son appareil militaire aux ordres des Gardiens de la Révolution.

Il existe des fictions diplomatiques si commodes qu’elles finissent par tenir lieu de réalité. La distinction entre une prétendue aile politique du Hezbollah et sa branche militaire en fait partie. Pendant plus de treize ans, l’Union européenne a justifié cette séparation artificielle au nom de la stabilité du Liban : condamner les armes, sans rompre les canaux politiques. Une prudence qui a surtout permis d’entretenir l’illusion.

Le problème est que cette distinction n’a jamais été reconnue par ceux qu’elle visait. Depuis des décennies, les dirigeants du Hezbollah affirment que leur organisation forme un tout indivisible. Ministres, députés, cadres politiques, responsables sécuritaires et combattants relèvent d’une même hiérarchie, poursuivent une même stratégie et servent un même projet, étroitement lié à la République islamique d’Iran.

Plusieurs pays occidentaux en ont tiré les conséquences. L’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la République tchèque, l’Estonie, la Lituanie ou encore la Slovénie ont conclu qu’aucune séparation crédible n’existait entre les différentes composantes du Hezbollah. La France, elle, est longtemps restée l’exception.

Depuis les années 2000, Paris a privilégié le dialogue avec l’ensemble des acteurs libanais, y compris le Hezbollah, au nom de la stabilité du pays. Cette ligne s’est imposée avec une clarté particulière après l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020, lorsque Emmanuel Macron a choisi de parler à toute la classe politique libanaise sans faire du désarmement du Hezbollah un préalable à la reconstruction de l’État.

Cette approche trouvait aussi un relais au Liban, notamment sous le mandat de Michel Aoun, élu en 2016 avec l’appui du Hezbollah et de ses alliés. Une partie du pouvoir défendait alors l’idée d’une coexistence durable entre l’État et le mouvement chiite. Sans remettre en cause son arsenal, cette stratégie de « libanisation » a contribué à banaliser sa présence institutionnelle et à entretenir, en Occident, l’illusion d’une séparation entre le politique et le militaire.

Les développements récents ont pourtant affaibli cette lecture. Loin de se « libaniser », le Hezbollah a continué de revendiquer son appartenance à l’axe iranien. Ses responsables ont même accusé de trahison non seulement leurs adversaires, mais aussi d’anciens partenaires dès lors qu’ils défendaient la souveraineté de l’État ou l’application des résolutions internationales sur les armes non étatiques.

Lorsque le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji, affirme qu’il n’existe qu’un seul Hezbollah, instrument de la stratégie régionale iranienne, il ne contredit donc pas seulement la doctrine européenne. Il remet aussi en cause une partie de l’héritage politique des années Michel Aoun. Sous Joseph Aoun, avec le gouvernement de Nawaf Salam, une nouvelle ligne semble se dessiner : la souveraineté de l’État ne peut plus être séparée de la question des armes du Hezbollah.

C’est cette évolution qui nourrit les tensions actuelles. Deux visions du Liban s’affrontent désormais. L’une accepte le Hezbollah comme une composante permanente du système, avec ses armes, au nom des équilibres internes et de la confrontation avec Israël. L’autre estime qu’aucun État souverain ne peut tolérer durablement une organisation armée autonome, arrimée à une stratégie régionale qui lui échappe.

Le Liban, priorité stratégique de l’Iran

Cette remise en cause de la théorie des « deux Hezbollah » révèle une incompréhension plus profonde encore. Depuis des années, nombre d’analyses occidentales traitent le Liban comme un dossier parmi d’autres dans la relation entre Washington et Téhéran, au même titre que les sanctions, le nucléaire, le pétrole ou le détroit d’Ormuz. Or, du point de vue iranien, la hiérarchie est presque inverse.

Pour la République islamique, le Hezbollah n’est pas un simple allié libanais. Il est l’un des piliers de sa stratégie de sécurité. Aucun autre partenaire ne lui offre une telle proximité avec Israël. Depuis sa création, il constitue pour Téhéran une profondeur stratégique, un outil de dissuasion et un moyen de projeter le rapport de force iranien jusqu’aux frontières mêmes de l’État hébreu.

La guerre de 2006 l’a montré avec une brutalité particulière. Pour les Libanais, elle fut une catastrophe, avec ses morts, ses destructions, ses déplacés et ses infrastructures ravagées. Pour le Hezbollah et pour Téhéran, elle fut présentée comme une « victoire divine ». La conclusion iranienne fut simple : malgré le coût immense supporté par le Liban, le Hezbollah avait prouvé sa capacité à tenir tête à Israël et à renforcer le prestige régional de l’axe iranien. Ce que le Liban vivait comme une tragédie nationale était lu à Téhéran comme la validation d’un investissement stratégique.

La séquence ouverte par les attaques du 7 octobre 2023 a confirmé cette hiérarchie. Beaucoup s’attendaient à ce que le Hezbollah ouvre un véritable second front pour soulager le Hamas à Gaza. Il ne l’a pas fait. Les affrontements au Sud-Liban ont été réels, parfois violents, mais soigneusement calibrés. Le Hezbollah n’a jamais engagé l’ensemble de ses capacités pour sauver son allié palestinien. La principale carte stratégique de l’Iran n’a pas été consommée pour Gaza.

Ce contraste dit l’essentiel. Le Hamas est un allié. Le Hezbollah est un actif stratégique vital. L’un participe à la politique régionale iranienne ; l’autre en constitue l’un des fondements. Lorsque les intérêts directs de Téhéran se sont retrouvés au cœur de la confrontation avec Israël, le Hezbollah est apparu moins comme le défenseur inconditionnel de Gaza que comme un élément central du dispositif régional iranien. Sa fonction première n’est pas de protéger les Palestiniens. Elle est de protéger la position régionale de l’Iran et les intérêts du Guide suprême.

C’est pourquoi les échanges de tirs qui se poursuivent au Sud-Liban, malgré les tentatives de désescalade, dépassent largement le cadre d’un simple contentieux frontalier. Derrière chaque escalade limitée se joue une partie beaucoup plus vaste. Les diplomates peuvent parler de nucléaire, de sanctions ou de pétrole ; les stratèges iraniens savent que le rapport de force se mesure aussi à la frontière israélo-libanaise.

Les événements récents ont d’ailleurs confirmé cette centralité du dossier libanais. À plusieurs reprises, les tensions entre Israël et le Hezbollah ont pesé sur le calendrier diplomatique entre Washington et Téhéran. Avant certaines réunions, des responsables iraniens ont laissé entendre qu’il était difficile de négocier pendant qu’Israël poursuivait ses opérations contre le Hezbollah au Liban. Des informations relayées notamment par Reuters ont même évoqué des responsables proches du Hezbollah affirmant que l’Iran avait retardé certaines étapes des discussions pour observer l’attitude israélienne sur le front libanais.

Que ces signaux relèvent du moyen de pression ou de la ligne rouge stratégique, ils disent la même chose : le Liban n’est pas une simple conséquence des négociations entre Washington et Téhéran. Il en est l’un des paramètres centraux.

C’est aussi pourquoi les scénarios annonçant un abandon du Hezbollah dans le cadre d’un grand accord régional paraissent peu crédibles. La République islamique peut négocier des compromis économiques, diplomatiques ou tactiques. Mais renoncer à son principal levier face à Israël reviendrait à fragiliser l’un des fondements mêmes de sa politique régionale. Le Liban demeure l’une des pièces maîtresses du dispositif iranien au Levant. C’est précisément ce qui rend son avenir si incertain.

De 1975 à l’ombre de l’atome

Pour beaucoup de Libanais, le spectre qui réapparaît aujourd’hui est celui de 1975. Mais il ne s’agit pas d’un simple retour du passé. Il s’agit d’une version aggravée, transformée et potentiellement plus dangereuse encore. La guerre civile avait éclaté dans un pays où plusieurs camps armés se disputaient le pouvoir dans un contexte de fragmentation généralisée. Le Liban d’aujourd’hui présente une configuration différente. L’État est plus faible qu’il ne l’était alors. L’économie est détruite. Une partie considérable de la jeunesse a quitté le pays sans velléité de retour. Surtout, une seule organisation dispose d’une supériorité militaire incontestable.

Cette asymétrie change profondément la nature du risque. Là où la guerre de 1975 opposait plusieurs forces rivales dans un État en voie d’effondrement, le Liban actuel pourrait être confronté à une dynamique différente, où l’affaiblissement des institutions bénéficierait essentiellement à un seul acteur armé adossé à une puissance régionale. Derrière les discours sur la résistance, la stabilité ou les équilibres confessionnels se dessine ainsi une question beaucoup plus fondamentale : celle de la survie même du Liban comme entité politique indépendante.

Pendant des années, les Européens ont prétendu protéger le Liban en ménageant le Hezbollah. Les Américains ont expliqué préserver la stabilité régionale en évitant certaines confrontations. Le résultat est visible. Le Hezbollah demeure le principal relais de la puissance iranienne au Levant tandis que l’énième cessez-le-feu imposé sous pression américaine semble répondre à la volonté d’empêcher le front libanais de compromettre les négociations avec Téhéran.

Le Liban, une monnaie d’échange

Le report des discussions prévues à Genève a illustré cette réalité. Selon plusieurs informations concordantes, l’escalade entre Israël et le Hezbollah a pesé sur le calendrier diplomatique. Des responsables iraniens ont laissé entendre qu’il était difficile de poursuivre les négociations pendant qu’Israël continuait ses opérations contre le Hezbollah au Liban. D’autres sources ont indiqué que Téhéran liait la poursuite du processus au respect du cessez-le-feu au Sud-Liban et à la limitation des frappes israéliennes.

Qu’il s’agisse d’une ligne rouge stratégique ou d’un moyen de pression diplomatique, la conclusion est la même : le Liban n’est plus un dossier périphérique des négociations. Il est devenu l’un des paramètres.

Cette évolution intervient alors que les relations entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou semblent moins évidentes qu’autrefois. Plusieurs signaux suggèrent une exaspération américaine face à une stratégie israélienne jugée de plus en plus coûteuse, imprévisible et difficilement compatible avec une désescalade régionale. Les critiques publiques de Trump, les divergences sur le dossier iranien et les interrogations croissantes à Washington nourrissent l’idée que Netanyahou n’est plus nécessairement perçu comme un atout stratégique.

Donald Trump aime les gagnants et les accords qu’il peut présenter comme des succès. Or, après des mois de tensions régionales, d’impasses diplomatiques et de désaccords sur l’Iran, Benjamin Netanyahou apparaît de moins en moins comme l’homme capable de lui offrir l’un ou l’autre. Dans cette logique transactionnelle, aucun allié n’est irremplaçable lorsqu’il devient un obstacle à une négociation jugée prioritaire.

Le drame est là. Derrière le nucléaire, les sanctions, le détroit d’Ormuz et les grands marchandages régionaux, le Liban cesse progressivement d’être un acteur de sa propre histoire. Les cessez-le-feu de circonstance, les pressions diplomatiques et les brusques accès de tension témoignent tous de cette même réalité : le risque de voir un pays tout entier ramené à la valeur que les autres lui accordent dans leurs calculs stratégiques. Une simple monnaie d’échange.

Nicolas Beau

mondafrique.com

La nouvelle Route de la Soie passe par l’Afrique

 


La  Chine investit massivement dans plus de 35 pays africains, avec des engagements financiers particulièrement concentrés dans les pays riches en ressources naturelles et en infrastructures L’Afrique est un partenaire économique et commercial majeur de la Chine, qui demeure son premier partenaire commercial depuis seize années consécutives.


1) La Chine vieillit rapidement. La crise de la démographie chinoise est accentuée par les décennies de la politique de l’enfant unique, entraînant un manque de main-d’œuvre et une pression croissante sur le système de retraite 

2) Le  secteur immobilier en panne. Longtemps un pilier de la croissance et une valeur refuge pour l’épargne des ménages, l’immobilier souffre d’une crise de surproduction  avec la faillite de géants du secteur qui a fragilisé les finances des collectivités locales et ralenti les investissements 

3) Une consommation atone. Le  modèle chinois repose traditionnellement sur les investissements publics et les exportations. La consommation des ménages reste atone, poussant les ménages à thésauriser plutôt qu’à dépenser 

4) Une pression déflationniste. Les  investissements massifs de l’État dans les nouvelles technologies  ont créé des surcapacités,  couplées à une demande intérieure faible, a engendré une pression déflationniste

Autant de raisons qui expliquent que la Chine se tourne résolument vers l’hémisphère Sud, un ne nouvelle frontière pour la première puissance exportatrice mondiale

Globalement, le total cumulé des importations et exportations de la Chine a atteint un niveau historique de 6 360 milliards de dollars américains. En 2025, le commerce extérieur chinois a atteint un record de 6 480 milliards de dollars (45 470 milliards de yuans). Les exportations ont augmenté de 5,5 % pour s’élever à 3 770 milliards de dollars, tandis que les importations ont stagné (+0,5 %) à 2 580 milliards de dollars. La Chine a ainsi enregistré un excédent commercial historique de près de 1 200 milliards de dollars et en tendance, les exportations de produits à haute valeur ajoutée (véhicules électriques, batteries, panneaux solaires) ont supplanté la fabrication à bas coût traditionnelle, la stagnation des importations s’explique principalement par une consommation locale plus faible que prévu.

Zéro tarif douanier

À compter du 1er mai 2026, la Chine applique officiellement une politique de tarif douanier zéro à 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, ce qui favorise davantage les échanges bilatéraux entre la Chine et l’Afrique, une stratégie qui rentre dans le cadre de la Nouvelle Route de la Soie.  La Chine applique une politique de zéro tarif douanier sur une grande majorité des produits provenant du continent africain

Entre 2015 et 2024, le continent africain a vu passer le ratio dette/PIB (Produit Intérieur Brut) de 44,4 % en 2015, à 66,7 % en moyenne.  Selon les données du FMI (octobre 2025), cette montée des ratios dette/PIB est dominée par le Soudan (272 %), suivi du Sénégal (128 %), de la Zambie (115 %), et du Cap-Vert (111 %).Concernant la Chine , le  stock cumulé de la dette africaine publique et garantie par l’État envers la Chine est estimé à environ 61 milliards de dollars.   Les prêts étant bilatéraux, la dette chinoise est très concentrée sur quelques pays, les principaux montants dus se décomposent comme suit :  Angola : 17,8\) milliards  de dollars  –Éthiopie : 6,5\) milliards  -Égypte :   6,3\) milliards  –Zambie :  6,0\) milliards  -Kenya :   6,0\) milliards  -Ethiopie :5,4 milliards  -Afrique du Sud : 3,5 milliards  -Cameroun : 3,5 milliards  .

Le remboursement de la dette africaine envers la Chine s’effectue principalement par des versements directs en devises (dollars ou euros), mais aussi par des garanties sur les ressources naturelles (contrats pétroliers ou miniers) et, plus récemment, par des conversions en monnaie chinoise (yuan/renminbi).  Les échanges commerciaux entre la Chine et le continent africain ont atteint un volume record de 348,05 milliards de dollars en 2025, après s’être établis à 295,56 milliards de dollars en 2024. Ce partenariat fait de la Chine le premier partenaire commercial de l’Afrique pour la seizième année consécutive,  les exportations chinoises vers l’Afrique ont été de  225,03 milliards de dollars et  les  importations  d’Afrique   de 123,02 milliards de dollars , soit un déficit de 102,1 milliard de dollars  La croissance des exportations chinoises vers le continent (+25,8 %) a largement dépassé celle des importations africaines vers la Chine (+5,4 %).

Des investissements de 39 milliards $

On assiste à une une hausse des investissements chinoisde près de 20 % par rapport à 2024  à travers des secteurs stratégiques allant des infrastructures aux minerais critiques, en passant par l’industrie et les énergies renouvelables. Les volumes d’investissements les plus importants se concentrent principalement sur des pays disposant de ressources naturelles ou de marchés intérieurs majeurs .Les principaux secteurs d’investissement sont  la construction de routes, chemins de fer, ports, aéroports et barrages hydroélectriques (ex: le Standard Gauge Railway au Kenya), l’exploitation et raffinage des minerais critiques (cobalt, cuivre, lithium) et hydrocarbures, la création de Zones Économiques Spéciales (ZES) pour délocaliser une partie de la production manufacturière chinoise et le  déploiement des réseaux de télécommunications, de la 5G et des infrastructures de villes intelligentes (Smart Cities).

Les  principaux pays bénéficiaires sont  le  Nigeria avec le principal pôle de construction et de grands travaux (ex: la centrale hydroélectrique de Mambilla) ; la  République Démocratique du Congo (RDC) pour l’extraction minière (cuivre et cobalt) ; l’Afrique du Sud  qui est un partenaire historique avec le  pôle industriel et technologique accueillant des projets comme la ZES de Musina-Makhado,  l’Angola ,avec le  secteur pétrolier et le financement d’infrastructures lourdes ;la  Tanzanie  avec des investissements importants dans le transport et la logistique portuaire, le Zimbabwe et Zambie dans l’exploitation des minerais critiques.   

Et sans oublier d’autres pays, la  Côte d’Ivoire, le Niger,  le Ghana le Cameroun, le Kenya, le Sénégal,  caractérisés par un volume d’échanges record (dépassant les 4 milliards de dollars)   soutenant de nombreux projets d’infrastructures à travers le pays ; pour l’Éthiopie, la Chine est le premier partenaire commercial et l’un des plus grands investisseurs du pays. Les capitaux chinois se concentrent sur le secteur manufacturier (textile, assemblage) et les infrastructures, à l’image de l’emblématique ligne de chemin de fer reliant Addis-Abeba au port de Djibouti , la  Chine ayant joué  un rôle crucial dans le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), inauguré en septembre 2025

L’Algérie, partenaire privilégié                                           

Pour l’Afrique du Nord de 2023 à 2025, les exportations chinoises vers l’Algérie ont atteint respectivement 9,46 milliards de dollars, 11,68 milliards de dollars et 13,91 milliards de dollars, affichant une croissance continue. Sur la même période, les exportations algériennes vers la Chine se sont élevées respectivement à 849 millions de dollars, 800 millions de dollars et 1,34 milliard de dollars. Pour d’autres pays de l’Afrique du Nord , en prenant  l’année  2024, selon les  données du FMI  , les  exportations du Maroc vers la Chine ont atteint une valeur de 1,3 milliard de dollars  et les importations marocaines depuis la Chine entre  6 à 7 milliards de dollars  en 2024; le  volume total des échanges commerciaux entre la Chine et l’Égypte pour l’année 2024 s’est élevé à 17,37 milliards de dollars, les importations égyptiennes  de  16,8 milliards de dollars  et les exportations égyptiennes vers la Chine ont été environ 578 millions de dollars ;  le volume global des échanges commerciaux entre la Chine et la Mauritanie a atteint 2,4 milliards de dollars, les exportations de  1,1  à 1,3  et les importations  de 1,1 à 1,4 milliards de dollars ;  les échanges commerciaux entre la Tunisie et la Chine  ont totalisé  3 milliards de dollars : la Tunisie ayant importé  pour près de 2,9 milliards de dollars,  et exporter près de 100 millions de dollars;  les exportations de la Chine vers la Libye ont atteint environ 3,59 milliards de dollars  et les ventes libyennes  plus de  90\% de pétrole brut)  et  les  échanges commerciaux entre la Chine et le Soudan s’élevait à environ 1,39 milliard de dollars et les  exportations de la Chine vers le Soudan ont atteint 830 millions de dollars, tandis que les importations chinoises depuis le Soudan se sont établies à environ 560 millions de dollars.

Quant aux  échanges commerciaux entre la Chine et le Moyen-Orient, ils   dépassent actuellement les 400 milliards de dollars. Le commerce bilatéral avec les six pays du Conseil de Coopération du Golfe  s’élève à 257 milliards de dollars. [La Chine étant devenue  le premier partenaire commercial des monarchies du Golfe, dépassant les États-Unis, le Royaume-Uni et la zone euro réunis. Près  de  49,4\% des importations chinoises en pétrole brut, GNL et autres combustibles viennent du Moyen-Orient, étant le premier partenaire commercial des pays du Golfe et exporte en retour des produits manufacturés, des technologies et des véhicules  où environ 50\% du commerce sino-moyen-oriental est concentré avec les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. La Chine est le premier partenaire commercial de l’Iran et absorbe, avec plus de 80 % à 90 %des exportations pétrolières iraniennes. Au niveau des exportations globales  la part de la Chine représente plus d’un quart (25 %  du total des exportations de l’Iran  ce qui nous renvoie au dossier du détroit d’Ormuz  et de la guerre Iran USA et de la récente visite du président US en Chine  où pour  ce dossier la Chine est  un acteur incontournable.

Abderrahmane MEBTOUL

mondafrique.com

L’Iran fait perdre tous ses fondamentaux à Donald Trump !

 

À peine en poste à la Maison-Blanche en 2025, il avait bloqué l’invasion des produits chinois à coups de droits de douane, multiplié les efforts pour casser le monopole chinois sur les terres rares, épuré le canal de Panama de ses entreprises portuaires chinoises, mis un terme à l’invasion migratoire, bloqué le wokisme et l’antisémitisme des grandes universités, arrêté Nicolas Maduro, président du Venezuela ce qui a privé la Chine d’une source de pétrole bon marché, et fait le siège de Cuba…

Politique étrangère et politique intérieure formaient un récit unifié : une Amérique forte, souveraine, qui ne se laisse dicter sa conduite, ni par les institutions multilatérales, ni par les lobbies, ni par les élites mondialistes. La pression sur les universités “woke”, le soutien à Israël, la lutte contre l’impérialisme chinois et iranien formaient un dispositif MAGA anti-mondialisation quasi sans faute.

Et puis, il y a eu l’Iran. Les États-Unis ont fait la guerre à l’Iran aux côtés d’Israël, pour tenter de renverser le régime, détruire ses installations nucléaires et militaires et accessoirement… priver la Chine d’une autre source de pétrole bon marché. Mais le régime n’est pas tombé et a pris l’économie mondiale en otage en bloquant le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole et du gaz consommés dans le monde.

En riposte, les États-Unis ont empêché l’Iran d’exporter son pétrole.

Qui allait flancher le premier ?

Ce furent les États-Unis .

Le mercredi 17 juin 2026, l’Iran et les États-Unis ont signé un MoU (mémorandum of understanding) qui apparaît, aux yeux de nombreux observateurs, comme une défaite stratégique des États-Unis : le document ordonne certes à l’Iran de débloquer le détroit d’Ormuz ! Mais, en échange, l’Iran est autorisé à vendre librement son pétrole à des prix de marché, à récupérer, dans le cadre d’un accord séparé, tout ou partie de ses avoirs gelés dans des banques non iraniennes, à voir levées toutes les restrictions sur les virements et transactions bancaires, y compris via les banques américaines. Les États-Unis s’engagent aussi à alléger substantiellement les sanctions dès le début des négociations, le tout sans aucune concession sérieuse des Iraniens sur le nucléaire, les missiles (« Si d’autres pays en possèdent, il est un peu injuste que l’Iran n’en ait pas », a expliqué Donald Trump), ou le financement des milices Hezbollah, Houthi, Hamas, etc. Le « droit » des Iraniens à l’enrichissement de l’uranium pourrait se voir légitimé, et un fonds de 300 milliards de dollars sera mis en place pour réparer les dommages de guerre. Bref, tout ce qui a motivé la guerre est devenu soudain « négociable », y compris la présence militaire d’Israël au Liban, contrôlé par le Hezbollah. L’avantage secondaire d’empêcher l’Iran d’alimenter la Chine en pétrole bon marché a également disparu.

Comment expliquer une telle débâcle ?

Trump a perdu la tête. En négociant avec Téhéran et en prenant ses distances avec Israël, Donald Trump a détruit la pierre angulaire qui rendait cohérente l’architecture de ses politiques intérieure et extérieure. Seule une forme de folie peut justifier que l’on lutte contre l’antisémitisme à Harvard tout en réintroduisant l’Iran, principal sponsor du Hamas et du Hezbollah, dans la communauté des nations.

La corruption. Est-ce un hasard si l’avion de 400 millions de dollars donné en cadeau à Donald Trump par le Qatar entre en service au moment où Trump fait machine arrière sur l’Iran ? Ce cadeau souligne le rôle de pivot diplomatique joué par Doha au Moyen-Orient et pourrait expliquer les tensions au sein de l’administration Trump et la soudaine redéfinition de la présence américaine face à l’Iran.

L’ambivalence de la diplomatie trumpienne. De nombreuses études académiques dotent la diplomatie trumpienne d’une tension permanente entre un nationalisme civilisationnel (lutte contre le totalitarisme commercial chinois, défendre les juifs contre le wokisme) et un transactionnalisme pur, qui se traduit par des « deals » peu importe avec qui. Des droits de douane trop élevés sur la Chine auraient risqué de priver l’industrie américaine des terres rares, qui sont au cœur du fonctionnement de tout outil électronique ? Alors la guerre commerciale se termine par un « deal », pas très glorieux, mais qui abaisse les droits de douane et sauve l’électronique américaine. Le blocage d’Ormuz pousse-t-il le monde à la récession ? Alors un « deal » avec l’Iran — pas très glorieux non plus — s’impose pour repousser le spectre de la récession.

Ces deals refroidissent-ils les relations avec Israël ? Peu importe : Trump peut ménager le Hezbollah aujourd’hui et faire le contraire demain si le contexte change.

Si le « deal » est la vérité de cette administration, si seul compte l’intérêt immédiat des États-Unis, alors la cohérence apparaît plus comme une rhétorique que comme une doctrine.

Le deal est-il un art du repli ?

Si le « deal » est dominant et la cohérence stratégique une façade, alors la conclusion s’impose : Donald Trump organise le repli des États-Unis sur le continent américain, au nord comme au sud.

Les signaux d’un tel repli convergent :

Obsession pour le Canada, dont l’indépendance apparaît comme une faiblesse stratégique, obsession pour le Groenland, considéré comme une mine de terres rares et une zone de défense stratégique, obsession pour le canal de Panama, qui doit être géré par des Américains, obsession pour le Venezuela qui doit cesser de trafiquer avec la Chine et les narcos, et obsession pour Cuba, qui doit cesser d’être la plaque tournante du trafic de drogue et une épine chinoise au flanc du géant américain.

Infliger des droits de douane à tout le monde, y compris les alliés.

Menaces des Etats Unis de se retirer de l’OTAN

Et surtout, désengagement du Moyen-Orient au profit d’un « parrain » iranien pour la zone. L’accord irano-américain apparaît comme le retour du « réalignement » décrit par Michael Doran et Tony Badran, chercheurs respectivement au Hudson Institute et à la Foundation for Defense of Democracies, en 2021. Badran et Doran affirmaient qu’en signant l’accord sur le nucléaire avec l’Iran en 2015, Barack Obama avait abandonné les alliés traditionnels des États-Unis (Arabie saoudite, Égypte, Israël) pour réordonner le Moyen-Orient autour de l’Iran. Dans cette perspective, les États-Unis considéraient Téhéran comme un allié plutôt que comme un ennemi.

Trump aujourd’hui n’agit pas autrement qu’Obama. Le MoU négocié entre l’Iran et Washington fait réapparaître cette idée d’un « ordre régional stable » mais sous domination de l’Iran, dont l’impérialisme se voit légitimé. Ceux qui regimbent (Israël, les Émirats…) subissent l’« étreinte de l’ours » : des garanties américaines pour les immobiliser sous prétexte de les protéger.

Même la confusion organisée par Donald Trump devient une méthode pour rendre le projet illisible et en faciliter l’avancement.

Telle serait la doctrine Monroe du XXIᵉ siècle : l’Amérique maîtresse de son hémisphère, et tant pis pour le reste ?

Les conséquences d’une telle logique sont plus qu’inquiétantes :

  • Si les États-Unis acceptent le reformatage du Moyen-Orient autour de l’Iran, que devient Israël ?
  • Si les États-Unis lâchent Israël, quelles garanties offrent-ils à Taïwan ?
  • Ce n’est pas un hasard si le 20 juin 2026, le Wall Street Journal a publié un article indiquant un resserrement de l’emprise chinoise sur Taiwan.
  • Si l’Iran obtient un deal malgré son programme nucléaire avancé, quel message est envoyé à la Corée du Nord, et par ricochet à la Chine concernant Taïwan ?
  • Le désengagement du conflit ukrainien avait déjà ébranlé la crédibilité américaine : le précédent iranien le structure comme doctrine.

Tout n’est pas encore joué.

L’accord avec l’Iran pourrait s’avérer être une ruse — faire semblant de lâcher Israël et de s’accommoder de l’Iran pour libérer Ormuz, avant de revenir à une posture plus dure ? Peu probable, mais qui sait ?

L’arrogance iranienne peut faire capoter le projet d’accord. Rendus arrogants, les Iraniens peuvent avoir des exigences qui incitent les Etats Unis à reprendre les hostilités. Le 20 juin, les Gardiens de la révolution iraniens ont refermé le détroit d’Ormuz qu’ils avaient libéré la veille parce que les hostilités ne cessaient pas contre le Hezbollah au Liban.

Le refus d’obtempérer des Israéliens. Enfin, les Israéliens peuvent également avoir intérêt à faire capoter un accord États-Unis – Iran. Le refus de se retirer du sud Liban peut être une cause d’échec du nouveau dialogue américano-iranien.

Le MoU s’est ouvert pour soixante jours qui s’annoncent plus qu’incertains. Comme nous l’avons déjà évoqué sur Substack, négocier avec l’Iran, c’est voir la guerre se poursuivre par d’autres moyens.

Yves Mamou

mondafrique.com

Lumière sur Xenia Fedorova

 

Plus Xenia Fedorova, née Bortchik, occupe l’espace public français, plus les zones d’ombre de son parcours suscitent des interrogations. Jeune journaliste d’investigation russe, Iouri Izotov, a pris soin de recueillir diverses données qui éclairent quelques zones d’ombre dans son passé. 

Dans son livre Bannie, l’ancienne patronne de RT France expose un récit soigneusement maîtrisé de sa trajectoire. Son parcours professionnel, notamment avant son engagement au sein du groupe RT, est entouré d’un flou remarquable.

Desk Russie a donc entrepris d’examiner les données publiques, les archives d’entreprises et plusieurs bases de données russes ayant fait l’objet de fuites au cours des dernières années.

Selon des données issues de la fuite d’une base administrative russe recensant les emplois et les revenus déclarés, Xenia Fedorova a continué à figurer dans les effectifs de l’organisation non commerciale autonome de droit russe TV-Novosti, la maison mère de RT, jusqu’au 31 août 2024, soit plus de deux ans et demi après l’interdiction des médias RT dans l’Union européenne.

Selon Le Monde, des discussions concernant son arrivée dans l’écosystème Bolloré auraient été engagées dès l’été 2023. Si tel est le cas, Xenia Fedorova négociait son repositionnement dans le paysage médiatique français alors qu’elle était toujours salariée de la structure centrale du groupe RT.

Les mêmes données permettent d’identifier plusieurs versements effectués par TV-Novosti à Xenia Fedorova entre juillet 2023 et juillet 2024. Sur cette seule période, les rémunérations connues atteignent environ 24,5 millions de roubles. Certains mois, plusieurs millions de roubles auraient été versés en une seule fois.

Selon les données consultées par Desk Russie, Xenia Fedorova figurait 
toujours dans les effectifs de TV-Novosti, maison mère de RT, jusqu’au 31 août 2024



Les données consultées par Desk Russie révèlent que RT a employé bien d’autres membres de l’entourage familial de Xenia Fedorova : son frère Maxime Bortchik (né en 1975), sa sœur Ioulia Bortchik (née en 1986), sa sœur par alliance Elizaveta Demianova (née en 1990), ainsi que l’ancien mari de cette dernière, Andreï Demianov, ont également occupé des fonctions au sein du groupe.

Elizaveta Demianova occupait une position particulièrement importante puisqu’elle dirigeait encore, jusqu’en octobre 2024, le service de diffusion francophone de RT. Selon les données consultées par Desk Russie, elle a continué à percevoir des rémunérations de la maison mère du groupe jusqu’en novembre 2024.

Elizaveta Demianova semble aujourd’hui elle aussi établie en France. En juillet 2025, elle s’est enregistrée à Paris comme entrepreneuse individuelle spécialisée dans la production de films institutionnels, publicitaires et d’entreprise.

Les liens de la famille de Xenia Fedorova avec les structures de l’État russe ne se limitent pas au groupe RT. Son frère Igor Bortchik (né en 1967) a travaillé jusqu’en 2024 pour le réseau russe des communications spéciales (Spetzsviaz), organisme chargé notamment du transport sécurisé de documents sensibles, de cargaisons stratégiques, de fonds et d’autres biens pour les administrations publiques et les grandes entreprises d’État.

L’ancien mari de Xenia Fedorova, Andreï Fedorov, a quant à lui travaillé jusqu’en 2023 pour Inpredkadry, une structure de services relevant de l’administration diplomatique russe. Auparavant, il a exercé dans plusieurs chaînes de télévision russes, notamment NTV, la VGTRK et TVS. Dans les années 2010, il a également figuré parmi les collaborateurs du bureau moscovite de la Télévision centrale de Chine (CCTV).  

L’examen des archives d’entreprises fait également apparaître plusieurs connexions avec des personnalités issues de l’appareil administratif russe. La mère de Xenia Fedorova, Natalia Bortchik, journaliste à l’époque soviétique puis femme d’affaires, a notamment développé plusieurs activités commerciales avec Olga Leonova, ancienne haute responsable du ministère russe des Finances. Entre 1997 et 2002, cette dernière dirigeait au ministère l’administration chargée des relations avec les organisations publiques et institutionnelles avant de poursuivre sa carrière dans les services de communication du groupe PhosAgro puis de l’aéroport Cheremetievo.

Olga Leonova est la conjointe d’Alexandre Velitchenkov, lui aussi cadre dirigeant de PhosAgro, ancien collaborateur de structures de recherche relevant du ministère soviétique de la Défense et de l’industrie de défense, puis chroniqueur économique à Rossiïskaïa Gazeta, où il travaillait probablement à la même époque que Natalia Bortchik. Sur ses blogs et dans ses interventions publiques, Velitchenkov participe activement à la diffusion de la propagande anti-ukrainienne.

Un autre détail du parcours de Xenia Fedorova, passé sous silence dans Bannie, mérite d’être relevé. Bien avant son arrivée à RT, au début des années 2000, son frère Maxime et elle ont travaillé pour la filiale russe du groupe danois Maersk, l’un des géants mondiaux du transport maritime.

Cette étape professionnelle intrigue à plus d’un titre. D’une part, les secteurs du transport maritime et de la logistique ont joué un rôle majeur dans la constitution des élites économiques russes de l’après‑URSS, en particulier à Saint‑Pétersbourg, où l’économie portuaire a servi de laboratoire à la fusion entre cadres issus du KGB, milieux d’affaires et organisations criminelles. D’autre part, ce secteur n’était pas non plus étranger à Vincent Bolloré avant son expansion dans les médias. Cette convergence biographique ouvre une piste qui mériterait d’être explorée par nos confrères spécialisés dans les enquêtes économiques.

Enfin, les archives d’entreprises montrent qu’à la fin des années 2000, Xenia Fedorova elle-même a participé à la création de plusieurs sociétés commerciales en Russie. Dans l’une d’entre elles figurait comme associée Zinaïda Pavlova, épouse ou proche parente de Nikolaï Pavlov, ancien haut responsable de la mairie de Moscou sous Iouri Loujkov et ancien directeur du département municipal du logement et des services publics.

À en croire Intelligence Online, les services français n’auraient pas pu « documenter de façon indiscutable ses liens avec le sommet du pouvoir russe ». Notre modeste enquête montre pourtant que les éléments permettant d’éclairer l’environnement professionnel, familial et relationnel de Xenia Fedorova ne manquent pas. On peut donc raisonnablement espérer que les autorités françaises disposent de moyens un peu plus importants que les nôtres.

Iouri Izotov

Les grandes manœuvres Chine/Japon/Philippines ont commencé autour de Taïwan

 

Le Japon et les Philippines ont annoncé fin mai la conclusion d’un accord de partenariat inédit portant sur la délimitation d’espaces maritimes dans des îles géographiquement sensibles car proches de Taïwan. Cet accord a suscité la fureur de Pékin qui a conduit peu après des manœuvres maritimes d’ampleur, dont certaines inédites. Des épisodes qui illustrent les tensions croissantes dans une zone devenue l’épicentre de rivalités géostratégiques mondiales.

Tout a commencé avec l’annonce le 28 mai à Tokyo par la Première ministre du Japon Sanae Takaichi et le président philippin Ferdinand Marcos Jr. d’un accord dont le but principal affiché est de délimiter les droits maritimes des Zones économiques exclusives (ZEE) des deux pays qui, à certains endroits, se chevauchent.

Une ZEE est une zone maritime s’étendant jusqu’à 200 milles marins à partir de la ligne de base d’un État côtier. Au sein de cette zone, les pays disposent de droits souverains pour explorer et gérer les ressources. En apparence, rien donc de plus normal.

Mais cet accord marque le lancement de négociations entre les deux pays voisins de Taïwan sur le tracé de leur frontière maritime, non résolu jusque-là entre les îles au sud-est du Japon et au nord des Philippines. Il prévoit également le partage de renseignements militaires, une aide logistique de nature militaire de la part du Japon aux Philippines et la possible livraison à ce pays de matériels militaires japonais.

Outre que cet accord consacre la poursuite d’un net rapprochement entre Tokyo et Manille, pour la première fois des négociations internationales portent sur des zones maritimes situées sur le flanc est de Taïwan, ce que Pékin n’aura pas manqué de noter avec inquiétude.

L’activisme du Japon pour nouer des liens stratégiques dans la région

« Il y a une logique. Côté Japon, il s’agit de renforcer les liens de solidarité, mais aussi des liens stratégiques, avec non seulement les Philippines, mais aussi les autres pays de la région, le Vietnam, même la Malaisie ou Singapour et, de manière peut-être plus discrète, l’Indonésie, où le Japon reste assez présent, » explique le sinologue Jean-Pierre Cabestan.

En dépit de la crainte qu’elle n’en devienne une victime collatérale, « dans l’ensemble, Taïwan n’est pas contre. L’inconvénient c’est que cela amène la Chine à sortir du bois et à se montrer beaucoup plus active à l’Est de Taïwan qu’elle ne l’était auparavant. Il faudra voir comment tout ça va se terminer, » ajoute-t-il dans une interview à Asialyst.

Même s’il est impossible pour Tokyo d’élargir publiquement les négociations à Taïwan du fait de l’absence de liens diplomatiques, « le sentiment de la direction japonaise est loin d’être hostile à Taïwan, » ajoute le sinologue. « La question est de savoir si les Philippines seraient prêts à s’associer à ce genre de discussion. » Taipei a salué « un dialogue pacifique » dans le cadre du droit international, tout en demandant aux deux gouvernements de veiller à ce que ses droits et ses mécanismes de pêche existants ne soient pas menacés.

Rappelons que Taïwan se trouve au cœur de la première chaîne d’îles de l’océan Pacifique avec au nord le Japon et au sud les Philippines. L’île en est donc le verrou et un enjeu de sécurité pour toute l’Asie. La prise de l’île par l’armée chinoise modifierait l’ensemble de l’équilibre militaire en Asie de l’Est au profit de Pékin, car elle permettrait à la Chine et sa marine de prendre le contrôle effectif de la mer du Japon (978 000 km²), de la mer Jaune (380 000 km²) et de la Mer de Chine Orientale (770 000 km²), d’immenses étendues océaniques totalisant 2,13 millions de km², vitales puisqu’elles ouvrent l’accès aux autres chaînes d’iles de l’océan Pacifique jusqu’aux rives du continent américain.

La Chine revendique sa souveraineté et exerce déjà un contrôle militaire sans cesse croissant sur la mer de Chine du Sud, soit quelque 3,8 millions de km² riches en ressources halieutiques et de ressources en hydrocarbures supposées. Cet espace maritime est lui aussi stratégique puisqu’il ouvre sur l’océan Indien. Un arrêt de la Cour internationale d’arbitrage de La Haye rendu en juillet 2016 déclare la souveraineté chinoise nulle et non avenue mais Pékin a décidé de passer outre.

Un blocus maritime de l’île sans réelle guerre chaude qui semble aujourd’hui le scénario préféré de Pékin pour s’emparer de Taïwan aurait la même conséquence à terme puisque l’objectif recherché serait dans une première étape l’asphyxie de l’économie taïwanaise, un chaos social dans une deuxième et la reddition des autorités dans une troisième et dernière étape.

La géopolitique des mers à l’est de Taïwan

L’accord conclu entre le Japon et les Philippines par lequel les deux pays ont élevé leurs relations au rang de « partenariat stratégique global, » stipule la mise en vigueur d’un accord d’accès réciproque, une assistance mutuelle et entérine le début de discussions sur la protection d’informations militaires classifiées. Le Japon prévoit en outre de renforcer les garde-côtes philippins et négocie le transfert d’équipements de défense.

Ces questions concernent les îles au sud-ouest du Japon et au nord des Philippines : des îles japonaises, telles que Yonaguni (与那国) et Hateruma (波照間) et des îles philippines, telles que Mavulis et Étayât, des zones maritimes susceptibles de se chevaucher, car la distance entre les côtes concernées est inférieure à 400 milles marins.

En vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), chaque État côtier peut revendiquer une ZEE et un plateau continental s’étendant jusqu’à 200 milles marins, ce qui rend la délimitation nécessaire en cas de chevauchement des droits. Mais la situation est d’autant plus complexe et sensible que cette future frontière entre le Japon et les Philippines se situe à l’est de Taïwan et chevauche de manière significative la ZEE de Taïwan.

La réaction Pékin ne s’est pas fait attendre : le 6 juin, la République populaire de Chine a déclaré ces discussions « illégales, » les qualifiant d’atteinte unilatérale à la « souveraineté et aux droits maritimes chinois » car portant sur des espaces maritimes dont elle revendique la souveraineté. Elle a alors lancé ce qu’elle a qualifié d’« opération spéciale de contrôle du trafic maritime » dans les eaux situées à l’est de Taïwan.

Cette opération d’ampleur a été organisée par le ministère chinois des Transports, et non par la Marine de l’Armée populaire de libération (PLAN) ni même par les garde-côtes chinois (CCG), bien que ces derniers aient apporté leur soutien. Elle a mobilisé l’Administration de la sécurité maritime du Fujian, l’Administration de la sécurité maritime du Guangdong, le Centre d’aide à la navigation de la mer de Chine orientale et le Bureau de sauvetage de la mer de Chine orientale.

Pékin a affirmé que cette action visait à renforcer les patrouilles en haute mer, à réguler le trafic dans des eaux stratégiques, à garantir la sécurité maritime et à protéger les droits nationaux. Cependant, il ne s’agissait pas d’une opération de sécurité maritime ordinaire. Il s’agissait d’un acte de diplomatie « sous le seuil » d’une guerre soigneusement mis en scène.

L’opération menée à l’est de Taïwan doit donc être interprétée moins comme une patrouille de sécurité que comme une réponse coercitive à l’égard de Tokyo et de Manille et comme une tentative d’effacer Taïwan en tant qu’acteur maritime indépendant.

La localisation de la patrouille renforce cette interprétation. La route empruntée par les navires chinois est passée à environ 40 milles marins de Lanyu (l’île des Orchidées) à 51 milles marins de la côte est de Taïwan, à 35 milles marins des îles Ryukyu japonaises et à 56 milles marins d’Itbayat, au nord des Philippines.

Il ne s’agissait pas d’un déplacement aléatoire car il a permis de positionner les navires d’État chinois à proximité de la frontière maritime reliant Taïwan, le Japon et les Philippines, et directement au sein de la zone faisant l’objet des discussions entre le Japon et les Philippines.

La formation elle-même était tout aussi révélatrice de l’importance donnée par Pékin à ce développement. Taïwan a identifié quatre navires chinois majeurs : le Haixun 09, un bâtiment de sécurité maritime de 10 000 tonnes exploité par l’Administration de la sécurité maritime du Guangdong ; le Haixun 06, un grand navire de patrouille et de sauvetage de 6 000 tonnes relevant de l’Administration de la sécurité maritime du Fujian ; le Haixun 08, un navire de levés hydrographiques en haute mer de 7 500 tonnes exploité par le Centre de soutien à la navigation de la mer de Chine orientale ; et le Donghaijiu 113, un navire de sauvetage maritime professionnel de 3 500 tonnes, relevant du Bureau de sauvetage de la mer de Chine orientale.

L’opération a également été soutenue par plusieurs navires de la Garde côtière chinoise (CCG) d’une capacité comprise entre 3 000 et 4 000 tonnes.

Pékin adresse un avertissement au Japon et aux Philippines

« L’opération chinoise à l’est de Taïwan n’était pas une simple patrouille isolée. Il s’agissait d’une démonstration de la manière dont Pékin peut utiliser des moyens civils de maintien de l’ordre, de sauvetage et de reconnaissance pour restreindre l’espace stratégique de Taïwan tout en adressant un avertissement au Japon et aux Philippines, » explique Zack Liao, chercheur associé au China Strategic Risks Institute (CSRI).

Pékin n’avait en réalité d’autre choix que de réagir car, sans le dire explicitement, la Chine s’inquiète du rapprochement en cours entre Tokyo et Manille qu’illustre cet accord puisque les deux dirigeants ont aussi annoncé le lancement de négociations relatives à un Accord général sur la sécurité des informations militaires (GSOMIA), un cadre institutionnel visant à gérer et à rationaliser le partage de données militaires sensibles pour des opérations critiques, améliorant ainsi la préparation conjointe et la coordination de la planification d’urgence.

Un tel accord n’aurait pu voir le jour sans un renforcement de la confiance entre les deux pays. Les deux dirigeants ont également convenu d’accélérer le transfert aux Philippines d’escorteurs de classe Abukuma du Japon, marquant ainsi la première exportation par Tokyo de matériel de défense létal vers ce pays d’Asie du Sud-Est.

La coopération en matière de sécurité entre les Philippines et le Japon s’est considérablement approfondie et élargie au cours des trois dernières années, en grande partie grâce à la nouvelle vision de la géopolitique régionale adoptée par Tokyo et exposée dans la Stratégie de sécurité nationale 2022 qui a été concomitante avec l’annonce d’un quasi doublement de ses dépenses militaires qui doivent atteindre en cinq ans 2% du PIB nippon.

Dans la perspective d’un rôle accru du Japon en tant que garant de la sécurité et partenaire dans la région indopacifique, le Japon a mis en place l’Assistance à la sécurité à l’étranger (OSA), destinée à renforcer les capacités de dissuasion des partenaires partageant les mêmes valeurs dans la région. En tant que premier bénéficiaire de l’OSA, les Philippines ont reçu du Japon des systèmes de radars de surveillance côtière et des bateaux pneumatiques à coque rigide.

Une autre étape importante a été franchie avec la signature de l’Accord d’accès réciproque (RAA) en juillet 2024, qui a rationalisé les collaborations interarmées entre les Forces armées des Philippines (AFP) et les Forces d’autodéfense japonaises (JSDF).

Alors que l’aide japonaise en matière de sécurité a longtemps été présentée comme modeste et mesurée, Tokyo a récemment réorienté cette approche, cherchant à renforcer la dimension sécuritaire de l’Initiative pour un Indopacifique libre et ouvert (FOIP), mise en place sous le gouvernement de Shinzo Abe en 2016.

À cette fin, le gouvernement Takaichi a plus que doublé la dotation budgétaire 2026 de l’OSA, la portant à 116 millions de dollars, contre 54 millions l’année précédente. Le 21 avril, le cabinet Takaichi a également annoncé sa décision de lever l’interdiction traditionnelle du Japon sur l’exportation d’une gamme plus large d’équipements de défense dotés de capacités létales, notamment des avions de chasse, des frégates et des destroyers.

Dans ce contexte, le transfert des navires de classe Abukuma aux Philippines revêt une importance encore plus grande, car il constituerait une avancée notable dans les exportations japonaises liées à la sécurité vers les Philippines, qui se sont traditionnellement concentrées sur des moyens destinés à la Garde côtière philippine (PCG), à vocation civile.

Afin d’approfondir leur collaboration en matière de base industrielle, le Japon et les Philippines envisagent également de mettre en place un groupe de travail chargé de superviser la maintenance et la gestion à long terme de ces navires. Une fois finalisé, le transfert de ces navires de guerre constituera un tremplin essentiel vers un intensification du commerce d’armes entre les deux nations.

Les Philippines ont également manifesté leur intérêt pour le système de missiles sol-navire de type 88 et le char de type 10 du Japon. Pour maximiser ce potentiel, Manille pourrait faire appel aux 500 millions de dollars de financement militaire étranger (Foreign Military Financing) fournis par Washington pour soutenir la modernisation des Forces armées des Philippines (AFP).

De plus, les Philippines ayant désormais conclu des accords de partage de renseignements tant avec les États-Unis qu’avec le Japon, tandis que les États-Unis ont également conclu un accord de ce type avec le Japon, les conditions semblent réunies pour que les trois pays renforcent leur coordination trilatérale en matière de partage d’informations.

Taïwan tend la main aux Philippines

Taïwan en a de son côté profité pour tendre la main en direction des Philippines, invitant son voisin à intensifier ses efforts pour renforcer ses partenariats afin de contrer les dernières pressions maritimes exercées par la Chine qui, selon Taipei, visent à instaurer une « nouvelle normalité, » a déclaré le chef de la diplomatie taïwanaise le 12 juin.

« Taïwan et les Philippines sont confrontés à de nombreux problèmes similaires, dont certains sont liés au changement climatique, mais aussi à d’autres menaces non naturelles, telles que les menaces militaires croissantes de la Chine, » a estimé Lin Chia-lung, ministre des Affaires étrangères de Taïwan et l’une des figures de proue du Parti démocratique progressiste au pouvoir.

« Je souhaite tout particulièrement renforcer la collaboration avec les Philippines » et mettre en place une coopération qui garantira « une sécurité économique globale et une résilience, » a déclaré la ministre.

L’image d’un effacement progressif des États-Unis en Asie depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 suscite des inquiétudes croissantes dans les milieux dirigeants de pays alliés de l’Amérique en Asie. Sous l’action résolue de Sanae Takaichi, le Japon s’est engagé dans un programme de réarmement accéléré, suscitant une rhétorique de plus en plus musclée de Pékin qui dénonce un retour du Japon à ses démons militaristes des années 1930.

Le 17 juin, le ministre japonais de la Défense Shinjiro Koizumi a justifié ce réarmement par la nécessité pour le Japon de revoir sa posture pacifiste qui caractérise le pays depuis la Seconde Guerre mondiale au risque d’une nouvelle guerre. Le Japon doit « renforcer ses capacités de défense, » a-t-il déclaré à la BBC.Le renforcement de la défense du Japon, « le renforcement de son alliance avec les États-Unis et l’élargissement de la collaboration avec des pays partageant les mêmes valeurs » s’inscrivent dans le cadre de la « mise en place d’une dissuasion à plusieurs niveaux, essentielle pour garantir qu’aucune nouvelle guerre n’éclate dans cette région, » a-t-il ajouté.

Il a évoqué les récents changements intervenus dans la politique de défense du Japon, tels que l’assouplissement des règles d’exportation d’armes en vigueur depuis des décennies. Pour la première fois depuis 50 ans, Tokyo a récemment adopté une loi qui l’autorise à vendre ou transférer du matériel de défense et des armes létales aux 17 pays avec lesquels il a signé des accords officiels, notamment les États-Unis et le Royaume-Uni.

« L’Australie a choisi des navires de guerre japonais. Des discussions sont en cours avec les Philippines concernant l’acquisition de destroyers d’occasion provenant de la Force d’autodéfense maritime japonaise. Nous menons des pourparlers approfondis avec l’Indonésie, et la Nouvelle-Zélande a également manifesté son intérêt pour l’acquisition de destroyers japonais, » a expliqué M. Koizumi lors d’un entretien à Tokyo avec la BBC.

L’effort de réarmement japonais se concentre en particulier sur ses îles méridionales proches de Taïwan qui ont elles-mêmes été ces dernières années la cible d’opérations d’intimidation de l’Armée populaire de libération chinoise. Tokyo s’est employé à y installer des stations radar sophistiquées et des structures permettant le lancement de missiles.

L’accord nippo-philippin aura-t-il ouvert la boîte de pandore dans les eaux à l’Est de Taïwan ? À l’évidence, cette zone serait cruciale pour la Chine si elle devait lancer les hostilités contre Taïwan. D’autant que, comme le rappelle la chercheuse Marianne Péron-Doise dans son dernier opus « Géopolitique des mers et océans, » la marine de guerre chinoise, déjà l’une des plus importantes du monde, a pour ambition de rattraper celle des États-Unis. « Il s’agit, suivant en cela les ambitions de Xi Jinping, de faire de la marine chinoise une force navale équivalente ou supérieure à l’US Navy pour 2049 et le centenaire de la création du Parti communiste chinois, » écrit-elle..

Pierre-Antoine Donnet

asialyst.com