Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 2 mars 2026

Pourquoi la direction ukrainienne n’a pas écouté les avertissements américains

 

Les auteurs décortiquent l’absence de réaction des dirigeants européens et ukrainiens aux avertissements américains sur l’attaque russe imminente en février 2022. L’une des raisons était la désinformation « de bonne foi », provenant d’un proche de Poutine qui lui-même n’était pas au courant. Une autre raison était la méfiance vis-à-vis des Américains, qui avaient induit plusieurs pays en erreur en affirmant que l’Irak possédait des armes de destruction massive et les entraînant dans une guerre dévastatrice. Les auteurs imaginent un scénario bien différent si ces avertissements avaient été entendus. 

Le matin du 24 février 2022, Bruno Kahl, chef du BND (service fédéral de renseignement allemand), s’est réveillé dans un hôtel de Kyïv au milieu du vacarme d’une guerre à laquelle il n’avait jamais cru. Il était arrivé la veille au soir à Kyïv pour des négociations, alors que les Américains, les Britanniques et les Polonais disposaient déjà d’informations confirmées : Poutine avait donné l’ordre d’attaquer.

On lui proposa une place dans le convoi diplomatique destiné à évacuer les employés restants. Kahl refusa, car il avait des rendez-vous prévus. Il fut finalement évacué par les services secrets polonais sur des routes encombrées de réfugiés.

Ce détail n’en est qu’un parmi des dizaines d’autres, dignes d’un roman d’espionnage, publiés dans The Guardian. S’appuyant sur plus d’une centaine d’entretiens avec des agents de renseignement, des militaires, des diplomates et des initiés politiques de nombreux pays, Shaun Walker a reconstitué comment les personnalités politiques et les meilleurs services de renseignement du monde ont agi ou n’ont pas agi avant le début de la guerre, la plus importante en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le début de la guerre a été bien documenté. Dans son livre War (Simon & Schuster, 2024), le légendaire Bob Woodward décrit en détail la conversation de novembre 2021 entre le directeur de la CIA William Burns et Poutine, ainsi que l’absence de scénarios de pression sur le Kremlin de la part de la Maison-Blanche.

Un autre journaliste célèbre, Simon Shuster, a reconstitué dans The Showman (William Collins, 2024) la psychologie du comportement de Zelensky dans les mois qui ont précédé la guerre, y compris son appel tristement célèbre à « ne pas céder à la panique et à faire des barbecues ».

Une enquête du Washington Post (août 2022) a analysé les échecs des services secrets occidentaux, qui ont surestimé la puissance militaire russe, tandis que la série d’articles “Road to War: U.S. struggled to convince allies, and Zelensky, of risk of invasion1” (publié par le Washington Post, prix Pulitzer en 2023) a détaillé les relations entre la CIA et Kyïv après le début de l’invasion.

Walker révèle de nouveaux faits et relie pour la première fois les points de vue américains, britanniques, ukrainiens et européens à des témoignages isolés provenant de sources russes, ce qui donne une image globale peu flatteuse.

Les raisons de l’échec

La première chose que l’article de Walker permet de repenser, c’est la nature même du renseignement. Woodward a créé le suspense en faisant allusion à une « source humaine au Kremlin », mais Walker réfute cette version : les principales méthodes de renseignement utilisées étaient le renseignement radio-électronique de la NSA américaine et du GCHQ britannique, la photographie spatiale et l’analyse de la logistique militaire.

L’un des interlocuteurs de Walker est catégorique : « Il n’y avait aucune source humaine. » Walker a pour la première fois nommé le lieu probable de l’interception des plans militaires : le principal centre opérationnel de l’état-major général du ministère de la Défense de la Fédération de Russie, sous le commandement du colonel-général Sergueï Roudskoï, où les plans de guerre étaient élaborés. Les Américains et les Britanniques lisaient les plans des stratèges russes, qui n’en soupçonnaient rien. Il n’y avait donc pas de super taupe, mais une collecte d’informations routinière, effectuée sans parti pris politique et ignorée par ceux qui devaient agir.

Pourquoi les avertissements des services de renseignement n’ont-ils pas été entendus ? C’est le deuxième sujet, et là aussi, Walker apporte des compléments d’information importants par rapport à ce que l’on savait déjà. Le Washington Post et Politico ont tous deux écrit sur le scepticisme des alliés européens à l’égard des renseignements américains. Walker explique les raisons de cet échec, les unes plus belles que les autres.

La première est le « syndrome irakien » : l’invasion de l’Irak par la coalition en 2003 a tellement discrédité les services de renseignement américains que même les avertissements précis étaient accueillis avec méfiance. Un ministre européen des Affaires étrangères a dit clairement à Antony Blinken, le secrétaire d’État américain : « Je suis assez âgé pour me souvenir de 2003, et à l’époque, j’étais parmi ceux qui vous ont crus. »

Les Américains ont divulgué plus d’informations que d’habitude, mais les informations les plus sensibles ont été transmises sans indication de la source. « Ils nous ont prévenus », a reconnu ce ministre européen. « Mais ils nous ont dit : “Croyez-nous sur parole”, c’est-à-dire que l’effet à long terme de la perte de confiance s’est avéré plus fort que les faits. »

Une autre raison est d’ordre analytique : le rationalisme, qui a pris son système de coordonnées pour la réalité. Les Européens ont conclu que, puisqu’une invasion à grande échelle était irrationnelle, Poutine n’oserait pas la mener. C’est pourquoi le 24 février 2022 n’a pas seulement été un choc militaire et politique. Il a été une épreuve pour la vision la plus rationaliste du monde, sur laquelle reposait la paix depuis la fin de la guerre froide.

Pendant des décennies, les systèmes décisionnels occidentaux se sont fondés sur des hypothèses de base : les États maximisent leurs profits, les dirigeants évitent les mesures autodestructrices, l’interdépendance économique empêche l’escalade. Dans ce modèle, une grande guerre en Europe n’était pas impossible, mais irrationnelle, et donc peu probable. Elle ne prévoyait ni Poutine en 2022, ni Trump, qui en 2025 est lui-même devenu une source d’incertitude pour les alliés qui avaient bâti tout l’ordre d’après-guerre sur les garanties américaines.

C’est précisément cette hypothèse qui s’est avérée trompeuse.

Le problème n’était pas l’absence de données, ni l’absence d’avertissements. Le problème résidait dans l’architecture cognitive, dans la conviction qu’un acte dépassant les limites de l’intérêt rationnel serait finalement annulé par le calcul lui-même. Seulement, le calcul s’est avéré obéir à une autre logique.

Le monde n’a pas été confronté à une surprise, il a été victime d’une réticence à intégrer un scénario indésirable dans ses prévisions. Shuster, dans The Showman, décrit comment cette même logique a fonctionné à Kyïv : les dirigeants ukrainiens ont vécu pendant huit ans dans un état de conflit limité et ne pouvaient tout simplement pas imaginer une guerre totale. L’histoire de Kahl est une excellente illustration de l’échec du rationalisme : ce ne sont pas les lacunes dans la collecte de données qui ont causé l’échec, mais l’incapacité d’un individu à revoir ses convictions face aux preuves. Tout le monde avait raison dans son évaluation de l’irrationalité. La conclusion tirée était erronée.

Désinformation de bonne foi

Dans le scénario ukrainien, Walker a complété le puzzle assemblé avant lui par de nouveaux faits. Andriy Yermak, chef du bureau du président à l’époque, entretenait des contacts réguliers et secrets avec Dmitri Kozak, responsable des relations avec l’Ukraine au Kremlin. Il s’avère que Kozak n’était pas au courant des plans d’invasion : selon les estimations de la CIA, seuls quelques membres de l’entourage non militaire de Poutine en avaient connaissance.

Ainsi, Yermak a transmis à Zelensky les assurances d’une personne qui croyait sincèrement qu’il n’y aurait pas de guerre, car elle-même avait été induite en erreur. Le problème ne résidait pas dans la malhonnêteté des sources, mais dans le fait que tous les participants se trouvaient dans le même système de coordonnées, un système où une guerre à grande échelle était considérée comme stratégiquement illogique. Shuster a constaté le scepticisme de Zelensky à l’égard des renseignements fournis par les alliés, et Walker en a expliqué la raison : les informations qui semblaient fiables à la source provenaient d’une personne qui avait un accès réel à Poutine. Ainsi, une série d’erreurs de bonne foi, fondées sur la désinformation, a créé une image fausse.

Walker révèle un nouveau fait important provenant de sources russes : la confrontation entre Kozak et Poutine le 21 février 2022, après la mise en scène théâtrale de la réunion du Conseil de sécurité. Woodward a décrit l’unanimité mise en scène lors de la réunion. Walker montre ce qui s’est passé en coulisses : Kozak, publiquement perçu comme un partisan de la ligne dure, a pris conscience de l’horreur de la situation et s’est disputé avec Poutine, sans témoins, affirmant que l’invasion serait une catastrophe ; il n’a pas été entendu, et sa position lui a valu d’être mis en retrait, au profit de figures plus favorables à Vladimir Poutine, comme Kirienko. Sergueï Narychkine s’embrouillait dans ses mots et bafouillait, et Poutine l’a ridiculisé publiquement. Les autres ont dit ce qu’on attendait d’eux.

Owen Matthews (Overreach: The Inside Story of Putin’s War Against Ukraine, Mudlark, 2022) a montré que le plan d’invasion n’avait pas fait l’objet d’une expertise professionnelle au Kremlin. Walker ajoute désormais des détails : tout le monde dit à Poutine uniquement ce qu’il veut entendre, et dans ce système, il ne peut y avoir aucune expertise. C’est pourquoi les troupes russes sont entrées en Ukraine, s’attendant à recevoir des fleurs et du pain et du sel sur des serviettes [tradition de bienvenue, NDLR], et se préparaient à défiler à Kyïv. Mais les forces armées ukrainiennes n’ont pas laissé partir vivants beaucoup de Russes, comme l’avait promis Zelensky.

Dégrisés ?

La leçon de février 2022 est simple et donne à réfléchir : quand on a affaire à Poutine, il faut toujours partir du pire scénario, irrationnel, et non du plus logique et le plus probable. Il ne faut pas que les échecs passés bloquent la perception d’informations d’une importance cruciale. Le danger ne réside pas dans l’incapacité à prévoir une catastrophe, mais dans le fait que les gouvernements la prévoient, la jugent improbable et continuent à ne rien faire.

Aujourd’hui, les Européens s’entraînent à des scénarios d’attaques contre les infrastructures et à de répression de troubles civils, tandis que le Canada modélise des réponses à une invasion américaine. Des scénarios inimaginables en 2021 sont régulièrement examinés lors de jeux de guerre. Cela signifie-t-il qu’ils ont repris leurs esprits ?

Imaginons maintenant qu’en novembre 2021, les dirigeants occidentaux aient cru leurs services de renseignement et agi non pas comme des observateurs inquiets investis de pouvoir, mais comme des dirigeants responsables capables de prévenir la guerre.

Le Pentagone aurait pu transférer des milliers de systèmes antichars en Ukraine, non pas en février, alors que les chars étaient déjà à la frontière, mais en décembre, lorsque cela avait un sens stratégique.

Bruxelles aurait pu mettre en place un mécanisme de sanctions avant l’invasion : couper le SWIFT, geler les avoirs, instaurer un embargo pétrolier. Ces mesures, prises à l’avance, auraient privé Poutine de ses calculs sur la soumission stratégique de l’Europe.

Washington aurait pu rendre publiques les images satellites en décembre lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, comme cela avait été le cas lors de la crise des Caraïbes (et avait fonctionné).

L’OTAN aurait pu déployer des troupes aux frontières orientales avant la crise, et non en réponse à celle-ci.

Kyïv aurait pu préparer la société, non pas en criant au désastre, mais par un travail discret et méthodique : réservistes et réserves, logistique d’évacuation, planification de l’aide des alliés. Et miner les frontières.

Enfin, il aurait été possible de faire comprendre à l’élite russe : nous connaissons les détails du plan, nous connaissons les noms, nous connaissons le prix. C’est votre guerre, elle ne sera pas rapide. Vous en souffrirez personnellement, nous frapperons là où cela vous fera mal.

Confronté à une Ukraine armée et mobilisée, à un Occident uni et à sa propre élite consciente du coût personnel de la guerre, Poutine aurait pu battre en retraite, non par pacifisme, mais par peur.

Rien de tout cela ne s’est produit. Non pas parce que la vérité était inconnue, elle était à la portée de tous ceux qui voulaient la connaître, mais parce que chacun espérait que cela passerait. Non pas parce qu’il n’existait pas d’outils : ils existaient et étaient répertoriés dans les rapports de renseignement. Mais simplement parce que les systèmes de prise de décision — à Berlin, Paris, Kyïv, et en partie à Washington — fonctionnent exactement comme Jack London l’a décrit dans Martin Eden : on récompense ceux qui disent ce qu’on attend d’eux et on rejette ceux qui disent ce qu’ils voient.

Kahl n’était pas une exception, mais un exemple parfait d’aveuglement politique. Ah oui, c’est qu’il avait des rendez-vous prévus…

Contrairement au dicton, la première victime de la guerre n’a pas été la vérité, car elle était connue. La première victime a été la volonté des dirigeants d’agir à l’encontre de ce qu’on attendait d’eux.

Et c’est la principale conclusion que l’on peut tirer de l’enquête du Guardian.

Borukh Taskin

Aaron Lea

desk-russie.eu

Des hackers ont attaqué des applications et des sites web iraniens

 

Selon des experts en cyber-sécurité et des observateurs, une vague de cyberopérations a eu lieu samedi aux premières heures du matin, parallèlement au déploiement des frappes conjointes américano-israéliennes contre des cibles iraniennes.

Ces opérations ont notamment consisté à pirater plusieurs sites d’information afin d’y faire apparaître différents messages, ainsi qu’à pirater l’application BadeSaba, un calendrier religieux téléchargé plus de 5 millions de fois, sur lequel ont été affichés des messages invitant les utilisateurs à « rendre des comptes », exhortant également les forces armées à rendre les armes et à se joindre à la population.

Reuters n’a pas pu établir de contact avec le directeur général de BadeSaba.

Le porte-parole du Cyber Command américain n’a pas immédiatement répondu à notre demande de commentaires.

L’accès à Internet en Iran a chuté de manière spectaculaire dans la matinée, puis à nouveau quelques heures plus tard, ne laissant qu’une connexion minimale, a expliqué Doug Madory, directeur de l’analyse Internet chez Kentik, dans un message publié sur X.

« À mesure que l’Iran évalue les options qui lui restent, la possibilité augmente que des groupes de proxys et des hacktivistes mènent des actions, notamment des cyberattaques, visant des cibles militaires, commerciales ou civiles affiliées à Israël et aux États-Unis », a indiqué Rafe Pilling, directeur du renseignement sur les menaces chez Sophos, une entreprise spécialisée dans la cyber-sécurité.

Ces attaques pourraient inclure des violations de données anciennes présentées comme de nouvelles tentatives, peu sophistiquées, visant à compromettre les systèmes industriels exposés à Internet, ainsi que des cyberopérations directement offensives, a ajouté Pilling.

La société de cyber-sécurité Anomali, dans une analyse partagée hier avec Reuters, a rapporté que des groupes de pirates informatiques iraniens soutenus par l’État ont déjà lancé des attaques de type « wiper », ayant pour but d’effacer les données des cibles israéliennes avant les frappes.

fr.timesofisrael.com

La France se dit prête à contribuer à la défense des pays visés par les attaques iraniennes

 

En réponse aux opérations «Fureur épique» et «Rugissement du lion», lancées respectivement par les États-Unis et Israël au moment précis où le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei tenait une réunion avec la plupart de ses subordonnés dans un complexe sécurisé de Téhéran, le régime iranien a tiré plusieurs salves de missiles et de drones Shahed vers l’État hébreu ainsi que vers les pays de la région abritant des emprises militaires américaines, à savoir le Qatar, Bahreïn [où est implanté le siège de la 5e flotte de l’US Navy], le Koweït, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis. Mais pas seulement.

En effet, deux missiles balistiques ont été tirés par l’Iran «en direction» de la République de Chypre, naguère menacée par le Hezbollah libanais, inféodé à Téhéran. Mais à en croire John Healey, le secrétaire britannique à la Défense, cette action n’aurait pas été délibérée.

«Nous sommes désormais assez certains qu’ils n’étaient pas destinés à frapper Chypre, mais cela montre à quel point nos bases, notre personnel militaire et les civils, sont actuellement en danger», a-t-il en effet déclaré, sans donner plus de détails, le 1er mars. Cet incident «montre qu’il existe une menace très réelle et croissante de la part d’un régime qui frappe à tout-va dans la région. […] Cela exige que nous agissions de manière défensive», a-t-il estimé, à l’antenne de SkyNews.

Si le tir des deux missiles balistiques ne visait pas spécialement Chypre, par ailleurs membre de l’Union européenne [UE], il en est allé autrement avec le drone «kamikaze» Shahed qui s’est abattu, sans causer de dégâts importants, sur la base aérienne britannique d’Akrotiri, durant la nuit du 1er au 2 mars.

«Notre dispositif de protection dans la région est au niveau le plus élevé», a fait valoir le ministère britannique de la Défense [MoD], après avoir confirmé cet incident.

Cela étant, les Forces françaises aux Émirats arabes unis [FFEAU] ont également été visées, la base navale où elles sont implantées, à Abu Dhabi, ayant été touchée par deux drones Shahed iraniens.

Le ministère émirien de la Défense a précisé que les engins s’étaient écrasés sur un «entrepôt de la base navale d’Al Salam, provoquant un incendie dans deux conteneurs de matériel divers». C’est «un acte flagrant d’agression et une flagrante violation de la souveraineté nationale et du droit international», a-t-il fustigé.

«Un hangar de notre base navale, mitoyenne de celle des Émiriens, a été touché dans une attaque de drones qui a ciblé le port d’Abu Dhabi. Les dégâts ne sont que matériels et limités. Aucun blessé n’est à déplorer. La vigilance de nos forces est maximale face à une situation qui évolue d’heure en heure», a confirmé Catherine Vautrin, la ministre des Armées.

Au-delà de cette frappe contre la base navale d’Abou Dhabi, les attaques iraniennes contre les Émirats arabes unis concernent la France étant donné que les deux pays sont liés par un accord de défense signé en 2009.

«Le Gouvernement de la République française s’engage à participer à la défense de la sécurité, de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance de l’État des Émirats arabes unis» et «à déployer les moyens et dispositifs définis en commun de nature à dissuader tout État qui tenterait de menacer la sécurité, la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance de l’État des Émirats arabes unis», stipule l’article 4 de cet accord.

Quoi qu’il en soit, dans une déclaration conjointe publiée le 1er mars, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne se sont dits prêts à «mener des actions défensives nécessaires et proportionnées» face aux attaques iraniennes afin de «détruire à la source» les capacités militaires de l’Iran. Ce qui est un concept assez curieux… puisqu’il n’est pas question pour ces trois pays de se joindre aux États-Unis et à Israël. «Nous prendrons des mesures pour défendre nos intérêts et ceux de nos alliés dans la région», ont-il ajouté.

Ce qu’a fait le Royaume-Uni, un Eurofighter Typhoon de la Royal Air Force ayant abattu un drone Shahed iranien qui s’approchait de l’espace aérien du Qatar.

Si les intentions de l’Allemagne restent à préciser, au regard de sa posture militaire dans la région, la France s’est dite prête à contribuer à la défense des pays du golfe Persique ainsi qu’à celle de la Jordanie, qui abrite quatre Rafale [et probablement un drone MQ-9 Reaper] engagés par l’armée de l’Air & de l’Espace dans l’opération Chammal.

«Aux pays amis qui ont été ciblés délibérément par les missiles et les drones des Gardiens de la révolution et entraînés dans une guerre qu’ils n’avaient pas choisie – Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Irak, Bahreïn, Koweït, Oman et Jordanie – la France exprime son soutien entier et sa pleine solidarité. Elle se tient prête […] à participer à leur défense», a en effet déclaré Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse donnée ce 2 mars.

«Près de 400 000 Français sont résidents ou de passage dans la douzaine de pays de la région» a-t-il poursuivi. «À notre connaissance, aucune victime française n’est à déplorer à ce stade. Notre dispositif est déjà organisé localement pour faciliter les sorties par voie terrestre lorsque c’est possible, ce qui n’est pas le cas dans tous les pays concernés», a expliqué le chef du Quai d’Orsay.

En attendant, étant donné que les rebelles houthistes, proches du régime iranien, ont annoncé la reprise de leurs attaques contre le trafic maritime en mer Rouge, l’UE a annoncé le renforcement de l’opération navale ASPIDES, qu’elle vient de reconduire jusqu’au 28 février 2027. Visiblement, ce renfort sera fourni par la Marine nationale.

«Deux navires militaires français viendront renforcer dans les prochains jours cette mission, composée actuellement de trois navires de guerre, dont déjà un français», a en effet indiqué un diplomate de l’UE à l’AFP.

Pour le moment, si cette hypothèse a pu être avancée par BFMTV, on ignore si le groupe aéronaval formé autour du porte-avions Charles de Gaulle va interrompre son déploiement en mer Baltique pour gagner la Méditerranée orientale.

opex360.com

Une Méditerranée sous tension : entre multiplication des acteurs d’influence et hégémonie américaine

 

La Méditerranée connait aujourd’hui une recomposition où s’entrecroisent l’affirmation de puissances régionales, une intervention des États-Unis sur certains dossiers et sous l’impulsion de Donald Trump, couplées à l’affaiblissement de certains acteurs traditionnels. Avec cette nouvelle donne géopolitique, quelles perspectives dégager pour la Méditerranée ?

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la phase II du Plan de paix pour Gaza proposé par les États-Unis le 17 novembre dernier. Sa mise en œuvre parait néanmoins très aléatoire. Des frappes israéliennes continuent ainsi ponctuellement à avoir lieu après la signature du cessez-le-feu et le Hamas ne semble pas prêt à désarmer. Tandis que la composition du « Comité pour la paix » présidé par Donald Trump et chargé de la conduite du plan n’est pas connue, la colonisation de la Cisjordanie continue d’être soutenue par le gouvernement Netanyahou, n’offrant pas réellement de perspective à une véritable sortie de crise avec les Palestiniens. Par ailleurs, pour dépasser l’annonce par le président américain d’un « âge d’or » et d’« une paix éternelle » à venir, rappelons que la nécessaire étape de la reconstruction de Gaza est estimée entre 50 et 70 milliards de dollars, autre question forcément épineuse. 

À ces défis du Gaza d’après-guerre et de l’avenir politique du peuple palestinien, viennent s’ajouter ceux de la Syrie post-Assad. Si le président par intérim syrien, Ahmed al-Chaara, a vu son nom retiré de la liste noire américaine du terrorisme et les sanctions de l’ONU contre lui être levées, la voie vers l’apaisement et la reconstruction en Syrie demeure étroite. Alors que des militaires ont massacré des alaouites au printemps dernier et que les relations intercommunautaires restent empreintes d’une grande méfiance, Al-Chaara a conclu un accord avec les Kurdes mais doit encore régler le problème des poches détenues par des groupes djihadistes. Selon la Banque mondiale, il faudrait injecter 216 milliards de dollars pour la reconstruction de la Syrie. Cela explique sans doute le rapprochement de l’ancien djihadiste devenu président avec les Occidentaux. La Russie a dû chercher du côté du maréchal Haftar [en Libye] de nouveaux ports d’attache pour sa flotte, même si elle espère pouvoir se maintenir à Tartous. Dans ce nouveau contexte, les États-Unis n’écarteraient pas l’hypothèse d’installer une base militaire près de Damas.

Remodeler le Moyen-Orient par un exercice désinhibé de la force : une méthode Trump ?

Une certitude : Donald Trump replace les États-Unis au centre du jeu stratégique au Proche et Moyen-Orient et avec des méthodes en partie nouvelles — attitude imprévisible et diplomatie à coups d’envoyés spéciaux. La convergence avec Israël est plus traditionnelle, avec un horizon assez clair constitué par la consolidation et l’élargissement des accords d’Abraham. Certes, 60 pays (parmi lesquels l’Iran, mais aussi les cinq pays qui avaient normalisé leurs relations avec l’État hébreu) dont les sociétés sont majoritairement musulmanes ont publié en septembre dernier une déclaration commune exhortant « tous les États à prendre toutes les mesures légales et pertinentes possibles afin d’empêcher Israël de poursuivre ses actions à l’encontre du peuple palestinien », notamment « en réexaminant leurs relations diplomatiques et économiques avec Israël, et en engageant des poursuites judiciaires à son encontre ». Mais, en réalité, de nombreux États arabes n’envisagent pas vraiment d’opposition frontale aux plans de Washington et Tel Aviv (1). Alors que toutes les administrations américaines qui se sont succédé depuis 20 ans ont annoncé vouloir se désinvestir de la région, n’est-ce pas paradoxal et inquiétant ? N’est-ce pas le signe de recompositions selon les logiques d’une puissance désinhibée — tant d’Israël que des États-Unis — plutôt que d’une sécurité collective ? 

Cette désinhibition semble bien à l’œuvre. C’est tout le débat autour de la personnalité clivante de Benyamin Netanyahou en Israël comme de Donald Trump à une échelle plus globale. Il n’est donc pas étonnant de voir le second appuyer la demande de grâce présidentielle en faveur du premier, poursuivi pour corruption par la justice israélienne. La gestion du dossier palestinien depuis les attaques terroristes du Hamas le 7 octobre 2023 divise la société israélienne. Elle a un impact sur l’image du pays à l’international, et produit donc également des effets économiques. Le fonds souverain norvégien s’est, par exemple, retiré cet été de plusieurs entreprises israéliennes de défense. La guerre dans la bande de Gaza et les douze jours d’affrontements militaires avec l’Iran en juin ont, en partie, paralysé la vie économique et se sont soldés par une contraction de 1,2 % du PIB israélien au deuxième trimestre. Pourtant, par-delà ces impacts ponctuels, l’économie de la « Start-Up Nation » semble résiliente, avec une croissance de 3,5 % sur les neuf premiers mois de 2025. Le soutien apparemment indéfectible de l’administration Trump joue sans doute un rôle majeur dans le rebond de la Bourse de Tel Aviv. En tous cas, cette désinhibition de la force traduit bien une profonde inflexion dans l’évolution géopolitique en Méditerranée. 

UE et Turquie : des acteurs traditionnels aux diplomaties en demi-teinte

Le temps parait loin où les Européens s’inscrivaient (à partir de 1995) dans une logique partenariale entre les différentes rives de la Méditerranée. Même dans sa version réactivée d’Union pour la Méditerranée (UpM), avec des États-Unis disposés à adopter un leadership from behind (voir les opérations en Libye en 2011 contre Kadhafi). Certes, la reconnaissance de l’État de Palestine par davantage d’États européens dont la France, membre permanent du Conseil de sécurité, contrecarre les plans de Donald Trump. Mais le poids réel des Européens semble bien continuer à fondre, notamment en raison d’un diagnostic non partagé sur le niveau de priorité à donner aux affaires méditerranéennes. C’est encore plus vrai aujourd’hui, alors qu’ils sont confrontés à la cruelle question d’un sérieux décrochage économique — sur lequel le rapport de Mario Draghi en 2024 ouvrait la perspective des enjeux géopolitiques subséquents — par rapport aux États-Unis et à la Chine, tout comme à une focalisation sur le conflit ukrainien qui induit une priorité orientale dans la sécurité de l’Union.

Pendant ce temps, l’activisme turc accru sur la scène internationale — depuis plus d’une décennie — fait de Recep Erdogan un acteur important des relations dans la région. Si le bilan de l’AKP dans les dossiers internationaux de la décennie 2010 est très discuté (positionnement dans la guerre civile syrienne sous Bachar el-Assad, agressivité sur les enjeux gaziers et de souveraineté maritime autour de Chypre, rôle actif en Libye pour apporter un soutien militaire décisif au Gouvernement d’union nationale…), la période la plus récente lui ouvre de nouvelles opportunités. L’arrivée au pouvoir d’Al-Charaa en Syrie ouvre la voie à la formation d’une partie de la nouvelle armée syrienne, avec la perspective d’équipements turcs dans un second temps. Sa « diplomatie du drone » est une retombée directe de l’utilisation remarquée en 2019-2020 du Bayraktar B2 au bénéfice de Tripoli. Toutefois, Ankara s’est, depuis, rapproché de Haftar : reprise des vols de Turkish Airlines vers Benghazi en janvier 2025, réception du frère et chef d’état-major du maréchal Haftar, envoi d’équipes de reconnaissance pour l’éventuelle installation d’une base militaire turque dans le Fezzan. Plus au sud, en Afrique subsaharienne, l’effort de renforcement de l’influence turque est méthodique.

Ce poids en Méditerranée semble pourtant souvent suspendu aux questions intérieures. Malgré l’annonce d’une dissolution du PKK après l’appel de son leader historique Ocälan, le processus de désarmement reste très fragile. Les scandales récurrents de corruption ou le durcissement dans le traitement des oppositions nuisent également à la croissance du pays : après l’arrestation du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, la confiance des investisseurs étrangers s’est effritée et l’inflation continue de grimper. 

Une percée confirmée des monarchies du Golfe

Les monarchies du Golfe apparaissent désormais dans quasiment tous les dossiers touchant à la Méditerranée orientale. Si leur opposition à l’Iran a longtemps guidé l’appui qu’elles apportaient aux acteurs locaux au Liban ou en Syrie, elles déploient de façon plus large une diplomatie d’influence au long cours, à l’instar de la « Vision 2030 » de Mohammed ben Salmane et des Émiratis. En coopération avec les États-Unis, les monarchies sont entrées dans une normalisation de leurs rapports avec Israël. Les Émirats arabes unis ont validé les accords d’Abraham ; Donald Trump espère que Riyad franchira également rapidement le pas. La « Start-Up Nation » a su leur proposer des compétences pour cela. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (mais aussi le Maroc) figurent parmi les clients de NSO, le groupe qui a lancé le fameux logiciel Pegasus. En fait, la cyberdiplomatie de Tel Aviv a été un travail de longue haleine. Dès 2014, des experts israéliens ont apporté leur concours à Aramco victime d’une cyberattaque, vraisemblablement iranienne. Juste après l’annonce des Accords d’Abraham en septembre 2020, l’une des premières manifestations concrètes fut la rencontre entre le directeur de l’Autorité nationale cyber israélienne et son homologue émirati. À l’heure actuelle, les deux pays sont engagés dans une cyber coopération à tous les niveaux : échanges technologiques, création d’un fonds émirati estimé à 10 milliards de dollars exclusivement dédié à l’investissement en Israël, échange d’informations sur les menaces cyber, exercices conjoints, etc.

La diplomatie économique de ces États est plus largement très active. C’est le cas avec Israël. En 2024, les échanges commerciaux entre Israël et les Émirats — pays de 10 millions d’habitants — ont augmenté de 43 %, arrivant à 3,24 milliards de dollars ; près de 600 entreprises israéliennes se sont installées aux Émirats, tandis qu’un million de touristes israéliens ont visité le pays en 2024, soit plus d’un Israélien sur dix. Mais inversement, les Émirats arabes unis portent financièrement l’un des plus grands projets de rénovation urbaine en Méditerranée : à la place de l’ancien aéroport d’Athènes, dans le district d’Ellinikon, commence à jaillir de terre un immense complexe immobilier de luxe qui devrait être dominé par deux gratte-ciel d’environ 200 mètres de haut. Riyad a injecté près de 9 milliards de dollars dans l’économie égyptienne ces vingt dernières années et signait au printemps 2025 de nouveaux protocoles dans des secteurs variés (élevage, panneaux solaires, immobilier…). Si le royaume saoudien est un partenaire économique majeur du Liban de longue date, il porte avec la France la mise en place d’un fonds de développement qui mobilise plus de 70 millions pour le Liban, très ébranlé depuis l’explosion dans le port de Beyrouth, confirmant son rôle de parrain politique du pays du Cèdre. En 2022, les Émirats arabes unis se joignaient d’ailleurs à l’initiative.

Ainsi, les monarchies du Golfe jouent un rôle politique croissant dans la région. Outre la médiation dans la guerre à Gaza, les Émiratis apportent par exemple leur soutien à Haftar en Libye (avec une stratégie complémentaire autour d’Hemedti au Soudan). Jusqu’à sa mort début novembre 2025, l’ancienne cheffe du protocole de Muammar Kadhafi, Mabrouka Cherif, sert les intérêts du maréchal Haftar dans la région de Ghat (à la frontière avec l’Algérie). Dans ce Sud libyen très disputé entre les deux camps, elle finance le développement local, grâce à des fonds émiratis. 

Un Maghreb entre déséquilibres nationaux et enjeux générationnels

Le Maroc semble également gagner des points sur la scène géopolitique régionale. Le royaume chérifien déploie une active diplomatie du sport. À l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) sur son territoire fin 2025-début 2026, il a lancé plus de 120 projets, incluant la rénovation de stades (Grand Stade de Tanger, complexes sportifs Prince Moulay Abdellah à Rabat, Mohammed V à Casablanca) et la modernisation de grands axes routiers et d’aéroports. En vue de l’accueil de la Coupe du monde de football en 2030, d’autres projets d’infrastructures sont annoncés. Le prolongement de la ligne à grande vitesse partant de Kénitra, dans le Nord-Ouest du pays, en direction de Marrakech sur un tracé de 430 kilomètres permettra de réduire le temps de trajet à 2 heures 40, contre plus de 5 heures aujourd’hui. Mais les investissements annoncés concernent aussi les secteurs de l’hôtellerie, de la logistique portuaire ou du numérique. L’ensemble devrait continuer à doper également le tourisme international. Cette politique de grands travaux et d’ouverture touristique participe à la diversification des partenaires. Outre les traditionnelles relations avec les États-Unis et l’Europe (France et Espagne notamment), les investissements chinois ne cessent de monter en puissance (installation de l’entreprise chinoise Boway Alloy à Nador pour produire des alliages spécialisés pour l’électronique de pointe, lancement à Jorf Lasfar de la co-entreprise Cobco de batteries lithium-ion pour la mobilité électrique, sélection de consortiums chinois pour développer le secteur des énergies renouvelables…). 

Le Maroc espère ainsi renforcer son influence dans le monde arabe, mais aussi en Afrique subsaharienne. L’objectif central demeure de conforter la marocanité du Sahara occidental, dossier au cœur des relations conflictuelles avec l’Algérie voisine. Si les États-Unis reconnaissent sa souveraineté sur le Sahara occidental depuis 2020 (dans le cadre des accords d’Abraham), la France a fini par le faire en 2024, portant à 14 le nombre d’États européens à adopter cette position. En 2025, Mohamed VI propose même aux États de l’Alliance des États du Sahel une « initiative atlantique » visant à développer un corridor pour ces États enclavés débouchant sur l’océan au Sahara occidental et en novembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé le plan marocain d’autonomie de la région (dans le cadre du royaume).

Ce dossier est au cœur des tensions historiques avec l’Algérie. Alors qu’elle multiplie les déclarations au Conseil de sécurité de l’ONU (qu’elle a intégré en janvier 2024), particulièrement sur la question palestinienne, son influence régionale et internationale semble en net recul avec un positionnement diplomatique de moins en moins compris. Même l’allié traditionnel russe n’a pas posé de veto au Conseil de sécurité sur la marocanité du Sahara occidental. Le sujet est également un paramètre de la relation bilatérale avec la France. Alors qu’Emmanuel Macron avait multiplié les gestes envers l’Algérie, le rapprochement avec Mohamed VI — scellé lors de la visite du président français en octobre 2024 — a provoqué une grave crise entre Paris et Alger. La libération de l’écrivain Boualem Sansal début novembre 2025, comprise comme un signal, pourrait marquer un début de dégel des relations. Celles avec son autre voisin maghrébin, la Tunisie, sont de plus en plus formelles, tandis que celle avec Bamako — essentielle en termes de sécurité — se dégrade également.

Comme en Turquie à travers les mobilisations en faveur de l’opposition au printemps dernier, les pays du Maghreb souffrent de l’absence de perspectives pour les jeunes générations. Avec une moitié de sa population ayant moins de 30 ans et un taux de chômage d’environ 25 % pour les diplômés de l’enseignement supérieur, le défi demeure entier près de quinze ans après les « printemps arabes » dans le premier pays de ce vaste mouvement de contestations. Dans l’Algérie voisine, un nouvel Hirak (2019) est une préoccupation permanente pour le régime, a fortiori à l’heure de puissantes protestations de la jeunesse marocaine. De grandes manifestations de la « gen Z », mobilisée depuis septembre, contestent la politique de grands travaux et d’influence perçue comme en décalage avec les besoins réels de la population (« Nous ne voulons pas la coupe du Monde, nous voulons la santé »). De ce point de vue, la poussée des populismes en Europe est une autre traduction du malaise de la jeunesse, comme une métaphore de la situation géopolitique.

Note

(1) Lazar Berman, « Qu’en est-il cinq ans après les accords d’Abraham ? », The Times of Israël, 27 septembre 2025 (https://​tinyurl​.com/​3​s​a​b​b​uwb).

Walter Bruyère-Ostells

areion24.news

Fureur Épique : La défense aérienne du Koweït aurait abattu trois F-15E Strike Eagle américains par erreur

 

Au regard du nombre d’aéronefs engagés dans l’opération «Fureur épique», lancée par les États-Unis contre le régime iranien, la gestion des espaces aériens n’a sans doute jamais été aussi compliquée. D’autant plus qu’il faut aussi composer avec les missiles et les drones kamikazes lancés par l’Iran contre les pays abritant des bases militaires américaines.

Et, quand une situation est confuse, le risque d’erreur augmente. Et c’est ce qui explique sans doute le sort qui a été fait à trois chasseurs-bombardiers de l’US Air Force, ce 2 février.

En effet, selon un communiqué de l’US CENTCOM, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, trois F-15E Strike Eagle participant à l’opération «Fureur épique» se sont «écrasés au-dessus du Koweït», sans faire de victime, les équipages des appareils ayant réussi à s’éjecter avant l’impact au sol.

«Au cours de combats intenses – notamment des attaques d’avions, de missiles balistiques et de drones iraniens – les chasseurs de l’US Air Force ont été abattus par erreur par la défense aérienne koweïtienne», a ensuite avancé l’US CENTCOM.

Et d’ajouter : «Les six membres d’équipage se sont éjectés. Ils ont été récupérés sains et saufs et sont dans un état stable. Le Koweït a confirmé l’incident et nous remercions les forces de défense koweïtiennes pour leur soutien dans cette opération en cours».

Théoriquement, de tels incidents ne sont pas censés se produire dans la mesure où les avions de combat sont équipés de systèmes d’identification ami/ennemi [IFF – Identification Friend or Foe].

De son côté, via un communiqué, le ministère koweïtien de la Défense a indiqué qu’une «coordination directe a été mise en place avec les forces américaines amis concernant les circonstances» de ces incidents et «l’adoption de procédures techniques conjointes».

En outre, a-t-il poursuivi, «les autorités compétentes continuent d’enquêter afin de déterminer les causes» de ces trois incidents», tout en appelant le public à «s’informer uniquement auprès de sources officielles».

Pour rappel, les forces aériennes koweïtiennes sont dotées systèmes de défense aérienne Patriot et MIM-23 HAWK. Elles disposent également d’avions de combat Eurofighter Typhoon et de F/A-18 Hornet.

opex360.com