Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mardi 3 février 2026

Accord commercial États- Unis/ Inde : la fin de la discorde

 

L’Inde est enfin parvenue à un accord commercial avec les États-Unis après des mois de négociations en coulisses. Le tarif moyen américain passe à 18% pour l’Inde contre 50% depuis le mois d’août 2025. Donald Trump annonce des contreparties mirifiques qui restent à confirmer car très peu de détails de cet accord ont filtré. L’impact sur les ventes de pétrole russe à l’Inde sera l’un des points clés à vérifier.

L’annonce d’un accord le 2 février met fin à une anomalie, qui faisait de l’Inde le pays le plus touché au monde par les droits de douane américains en dépit de la proximité économique et stratégique qui lie les deux pays. Avec une moyenne de 50% de droits de douane – assortie d’exceptions pour la pharmacie et l’électronique – l’Inde était plus touchée que la Chine et très désavantagée par rapport à ses concurrents d’Asie du Sud (Bangladesh et Pakistan en particulier). L’Inde était aussi le seul pays taxé à 25% en raison de ses achats de pétrole russe.

Donald Trump s’est exprimé dans son réseau social Truth le 2 février : « C’était un honneur de parler avec le premier ministre d’Inde ce matin. C’est l’un de mes plus grands amis et c’est un leader puissant et respecté dans son pays. Nous avons parlé de beaucoup de choses, y compris le commerce et la fin de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Nous nous sommes mis d’accord pour arrêter des importations (indiennes) de pétrole en provenance de Russie, et pour en acheter beaucoup plus des États-Unis et potentiellement du Venezuela. Nous avons conclu un accord commercial dans lequel les États-Unis appliqueront un droit réciproque réduit de 18%. »

Narendra Modi lui a répondu sur le réseau social X : « C’était un plaisir de parler avec mon cher ami le président Trump aujourd’hui. Je suis enchanté de voir que les produits indiens seront désormais soumis à un tarif réduit de 18% (sur le marché américain). Un grand merci au Président Trump au nom d’1,4 milliards d’habitants de l’Inde pour cette magnifique annonce. »

Le ministre du commerce indien, Piyush Goyal, de retour des États-Unis, souligne dans le réseau social X « qu’il ne s’agit pas seulement d’un accord commercial. C’est un tournant historique qui va reconfigurer la relation entre les deux pays et accélérer notre marche vers une Inde développée en 2047. »

Ce que l’on sait de l’annonce du 2 février

Les détails de l’accord devraient filtrer dans les prochains jours. A ce stade, on dispose essentiellement de l’annonce faite par Donald Trump. Un tarif de 18% veut dire lever les sanctions de 25% liées aux achats de pétrole russe par l’Inde, et ramener de 25 à 18% les « droits réciproques » selon le vocabulaire de la Maison Blanche. Ce niveau de 18% replace l’Inde favorablement dans la compétition avec ses voisins d’Asie du Sud, notamment le Bangladesh et le Pakistan, touchés par des droits « réciproques » de 20 et 19%.

L’application de ce nouveau tarif est déclarée « immédiate » par Donald Trump mais ne figure pas encore dans les « executive orders » de la Maison Blanche. Les marchés indiens ont tout de suite réagi. La roupie indienne a gagné 1% face au dollar dans la journée du 2 février et l’indice des 50 plus grandes valeurs indiennes (le Nifty 50) a progressé de 3%.

Une grande incertitude sur les engagements indiens

Donald Trump a annoncé des contreparties colossales du côté indien. Il a souligné que l’Inde va « ramener à zéro ses tarifs et ses barrières non tarifaires, et que le Premier ministre indien s’était engagé à acheter américain pour 500 milliards de dollars de produits énergétiques et agricoles, technologies, charbon et bien d’autres produits. » Narendra Modi n’a fait aucun commentaire sur ces engagements qui suscitent de nombreuses interrogations en Inde.

Côté pétrole, les experts soulignent qu’il sera très difficile à l’Inde de basculer entièrement ses achats en provenance de Russie vers les États-Unis et le Venezuela. L’Inde était encore la seconde destination des exportations de pétrole russe en décembre 2025, avec 38% du total derrière la Chine à 47%.

Les capacités d’exportation vénézuéliennes sont limitées et leur augmentation nécessite d’énormes investissements. L’agence de notation Moody’s souligne par ailleurs que « si l’Inde a réduit ses achats de pétrole russe ces derniers mois, elle a peu de chances de les interrompre immédiatement car ce serait un choc inflationniste pour l’économie indienne. » Car le pétrole russe est toujours vendu avec un rabais significatif par rapport aux prix mondiaux (évalué autour de 17 dollars par baril).

Les 500 milliards de nouveaux achats annoncés par Donald Trump ne sont pas crédibles alors que l’Inde importait 43Md$ de produits américains en 2024. L’emphase dans les annonces de Donald Trump n’est pas nouvelle. Il évaluait en décembre dernier à 18 000Md$ les promesses d’investissements aux États-Unis faites à l’occasion des accords commerciaux signés avec les partenaires internationaux du pays en 2025. Une étude récente du Peterson Institute ramène à 5 000Md$ les engagements réels figurant dans les « fact sheets » de la Maison Blanche, et à 1 400 Md$ sur une période de dix ans ce qui pourrait être effectivement réalisé. L’Inde fera des gestes mais certainement pas à la hauteur de ce qui est annoncé à Washington.

L’Union européenne aux aguets

L’Union européenne, qui vient de signer un accord de libre-échange avec l’Inde, va regarder de près les engagements pris par New Delhi vis-à-vis de Washington en matière d’accès au marché. Les exportateurs européens pourraient être pénalisés sur deux points : les délais et le niveau des concessions.

En matière de délais, l’accord UE-Inde nécessite au moins un an de procédures avant sa mise en œuvre compte tenu de la complexité du système de ratification en Europe. Ce n’est pas le cas de l’accord Inde-USA qui peut être mis en vigueur très rapidement. Par ailleurs les clauses de transition qui concernent du côté des exportations européennes les produits les plus sensibles – 5 à 7 ans par exemple pour l’automobile ou les vins et spiritueux – ne vont pas nécessairement figurer dans l’accord indo-américain.

S’agissant de l’ampleur des concessions, Donald Trump annonce une élimination de tous les obstacles tarifaires et non tarifaires indiens, ce qui est improbable. Narendra Modi est très sensible au poids du lobby agricole indien sur un certain nombre de produits agricoles, et c’est la raison pour laquelle les négociations traînent depuis des mois. Il n’a sans doute pas tout lâché. Pour autant il est possible que Washington ait obtenu de meilleures conditions que Bruxelles sur certains produits, ce qui conduirait à des demandes européennes d’égalisation des conditions de concurrence.

La France en alerte

La France est proche de la conclusion d’un contrat militaire géant pour la fourniture de 114 Rafales de la dernière génération, un contrat qui pourrait être signé lors de la prochaine visite d’Emmanuel Macron en Inde prévue ce mois-ci. Il ne s’agit pas d’un simple accord commercial mais d’un partenariat industriel conduisant à une localisation croissante en Inde des composants du Rafale -dont les moteurs fournis par Safran – dans le cadre du programme « Make In India » qui constitue une priorité majeure pour Narendra Modi.

L’accord annoncé par Donald Trump peut-il remettre en cause ce projet ? Rien ne l’indique à ce stade et les commandes militaires vers les États-Unis mentionnées par la presse indienne font référence à d’autres produits (drones, hélicoptères, moteurs d’avions…). Mais Washington n’a sûrement pas envie de laisser passer un contrat militaire de cette dimension, et le suspense demeure…

Globalement, l’accord annoncé devrait pacifier les relations bilatérales, mais l’écart entre les attentes de Donald Trump et les réalités économiques de l’Inde pourraient conduire à de nouvelles tensions dans les prochains mois, comme on a pu le voir avec d’autres partenaires asiatiques de Washington comme la Corée du Sud. Si le volet pétrole de l’accord est effectivement mis en œuvre dans les prochains mois, ce sera au moins une bonne nouvelle pour l’Ukraine et une très mauvaise pour Vladimir Poutine.

Hubert Testard

asialyst.com

Cette réputation qui colle à Jack Lang du Maroc au Japon

 

L’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand, Jack Lang, qui a laissé sa marque dans ces fonctions emblématiques, est mis en cause ainsi que sa fille pour ses relations avec le milliardaire prédateur Jeffrey Epstein. Le patron de l’Institut du Monde Arabe (IMA), qui a été reconduit malgré un âge canonique grâce aux pressions de ses nombreux amis arabes, a souvent été mis en cause pour les largesses dont il aurait bénéficié durant son parcours flamboyant, sans jamais pour autant avoir été mis en cause par la justice française.

La nouvelle masse de documents diffusés le 30 janvier par le ministère de la Justice américain – pas moins de 3 millions de pages – sur les agissements et la correspondance de Jeffrey Epstein éclabousse toute une partie de l’élite américaine, mais pas seulement. Selon les informations de Mediapart, Caroline Lang, la fille de Jack Lang, l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand et de l’Éducation nationale de Lionel Jospin, a fondé en 2016 une société offshore dans les îles Vierges avec le pédocriminel, soit huit ans après la première condamnation de l’homme d’affaires pour prostitution de mineures.

Petits profits

Les suspicions qui existent sur de possibles frasques financières de Jack Lang tiennent en partie à la désinvolture avec laquelle il a assumé les petits cadeaux dont il a souvent bénéficié. Ainsi ses costumes étaient devenus presque aussi célèbres que son action politique lorsqu’il était ministre de la Culture (années 1980–1990). Seul souci, on découvrira ensuite que les grands couturiers lui offraient ou lui prêtaient, c’est selon, de superbes vêtements. Ce qu’il n’a pas démenti, bien au contraire, puisqu’il s’agissait selon lui de faire connaitre le talent des grands couturiers français et de servir le pays

Entre 2013 et 2018, Jack Lang aurait reçu environ 195 000 € de costumes et pantalons de la maison de couture italienne Francesco Smalto, spécialisée dans les vêtements pour hommes sur mesure ou grande mesure. Smalto était une maison réputée pour habiller des personnalités politiques et chefs d’État. Un pur hasard, le fondateur Francesco Smalto a notamment habillé François Mitterrand.

D’autres créateurs de mode lui auraient offert des vêtements au fil des années: Thierry Mugler – notamment une veste à col Mao dans les années 1980 (quand Lang était ministre de la Culture), qui a marqué les esprits politiques par son style atypique et qui a ensuite été donnée au Musée de la mode. Issey Miyake – styliste japonais connu pour ses plis et constructions innovantes.Yohji Yamamoto, designer japonais avant-gardiste.

De même en 2015, un conflit éclata entre le patron de l’IMA  et le restaurant libanais privé qui avait obtenu une concession. « Noura », qui accordait un tarif réduit de 25 euros par repas à Jack Lang et ses invités depuis l’arrivée à la tête de l’IMA de l’ancien ministre socialiste de la Culture en 2013, réclamait initialement quelque 41 000 euros de factures impayées.

Des droits de l’homme à géométrie variable

Plus sérieusement, Jack Lang n’a pas le mêmes critères d’évaluation des libertés publiques selon les pays mis en cause. Ainsi ce fidèle de Mitterrand a combattu la dictature du Président tunisien Ben Ali avec une énergie qu’il faut reconnaitre. Le même a toujours montré une réelle solidarité avec le peuple palestinien en n’hésitant pas à organiser, ces dernières années, plusieurs excellentes expositions à l’IMA sur l’archéologie ou la poésie de la Palestine. Pour autant, Jack Lang aura toujours été d’une discrétion remarquable sur les atteintes aux droits humains en Algérie comme au Maroc.  

Diplômé de Sciences Po, Jack Lang commence sa carrière comme professeur, avant d’être directeur de théâtre. Docteur en droit, agrégé de droit public, il est professeur de droit international (1976), puis doyen de l’U.E.R. de sciences juridiques et économiques de l’université de Nancy (1977). À l’époque, ce brillant universitaire qui milite aux cotés de François Mitterrand donne quelques consultations pour arrondir ses fins de mois. La puissante Sonatrach qui possède un monopole sur le gaz et le pétrole algériens aura été un de ses fidèles clients.

Devenu ministre de la Culture, le patron de l’IMA conservera d’excellentes relations avec les régimes algériens successifs. Durant la décennie noire (1992-1998) où 100 000 algériens trouvent la mort, Jack Lang sera d’une discrétion exemplaire. Des intellectuels comme Pierre Vidal Naquet ou Gilles Perrault ainsi que des militants des droits de l’homme lui ont reproché d’être trop proche du pouvoir algérien. Les accusations reposent principalement sur ses prises de position publiques contre une rupture diplomatique, sa critique des soutiens français au Front islamique du salut, qui organise des maquis armés contre le pouvoir algérien. Jack Lang n’a pas fait de déclaration officielle au nom de l’État français sur les libertés publiques en Algérie durant ces années-là.

Ces dernières années, il s’est exprimé publiquement sur des rares cas particuliers où ces libertés sont mises en cause, notamment contre la détention de l’écrivain Bouallem Sansal, en en rajoutant trois couches, mais sans mettre nommément en cause les responsables algériens.

La proximité avec le Maroc

Interrogé par l’auteur de ces lignes sur les cadeaux dont aurait bénéficié Jack Lang de la part du Maroc, Driss Basri, l’ancien et redouté ministre de l’Intérieur d’Hassan II réfugié à l’époque en France, avait botté en touche. « Ce n’est pas de mon niveau, cette question, répondit-il, c’est un simple commissaire qui s’occupait de Lang. » Et d’ajouter: « Tu devrais me demander quel politique français n’a pas reçu de cadeaux de notre part ». 

Le Maroc est hospitalier, l’hospitalité y est une tradition. Jack Lang y fit de fréquents séjours à titre privé. On comprend qu’il ne voulait pas faire de peine à ses hôtes. Il n’existe pas de déclaration publique de Jack Lang où il qualifie explicitement le gouvernement marocain de « régime » et où il émette la moindre critique. Jamais il n’attaque ouvertement les institutions marocaines dans les médias grand public. Au contraire, ses propos sont toujours très louangeurs et en tout cas respectueux des politiques et du leadership marocain dans les domaines culturel, social et diplomatique.

Un détour par le Japon

Lorsqu’en 1983, Yasuhiro Nakasone, futur Premier ministre japonais, envoie une lettre à Jacques Chirac, alors maire de Paris, pour lui recommander son ami Shoichi Osada, un sulfureux banquier proche des sociétés secrètes mafieuses, le premier magistrat de la capitale, à court pour ses fins de mois et amoureux des combats de sumos, accueille volontiers ce représentant de la droite conservatrice qui, d’après sa biographie serait « un combattant pour la paix et un philanthrope global ».  Les deux hommes ne vont plus se quitter, comme le montre un livre documenté publié en 2008 (1).

Dans la foulée de cette lune de miel avec la Mairie de Paris, le banquier Osada obtient, sur l’intervention de Jacques Lang, un rendez-vous à l’Élysée avec François Mitterrand, mais sans grands lendemains. Fondateur et Président de la très argentée Fondation Sasakawa, qui jouit d’une réputation mitigée au Japon en raison de ses relations avec d’anciens criminels de guerre, Shoichi Osada tente de faire reconnaitre sa noble institution à Paris. Après la défaite présidentielle de Chirac en 1988, le gang japonais va frapper à d’autres portes. Jack Lang est à nouveau sollicité. Et ce n’est pas un hasard si ce dernier, alors maire de Blois, va bénéficier quelque temps après de l’aide de la Fondation pour la réfection de la cathédrale de sa ville.

Sur la pression de Lang et de son directeur de cabinet Jean Paul Huchon, Michel Rocard, de mauvaise grâce, accordera à la Fondation  Sasakawa une reconnaissance d’utilité publique.

Fidèle en amitié, Jack Lang devrait apprendre à mieux choisir ses relations.


(1) Voir le livre d’Olivier Toscer et Nicolas Beau, « l’incroyable histoire du compte jamonais de Jacques Chirac », Édition « Les Arènes »

 Nicolas Beau

mondafrique.com

lundi 2 février 2026

«Luch Olymp K2» a été détruit ce samedi à la suite d’une collision avec des débris spatiaux

 

Un célèbre satellite d’espionnage russe a été désintégré ce samedi dans une collision avec des débris spatiaux. Déjà remplacé par d’autres appareils, il était néanmoins célèbre pour ses missions contre les occidentaux. 

Alors que le conflit se poursuit entre Kiev et Moscou, le satellite de reconnaissance russe nommé «Luch Olymp K2» a été détruit ce samedi à la suite d’une collision avec des débris spatiaux. 

Un incident confirmé par des images diffusées par la société suisse S2A Systems, montrant la désintégration du satellite.

Celui-ci bénéficie d’une inquiétante réputation. Lancé en septembre 2014, il est notamment connu pour avoir espionné d’autres satellites occidentaux au profit du FSB, le service de renseignement russe. Le 7 septembre 2018, la ministre française des Armées de l’époque, Florence Parly, avait dénoncé l’attitude «inaceptable» de ce satellite, qu’elle avait accusé de s’être approché de certaines bases essentielles pour les communications militaires françaises. 

L’appareil était cependant en fin de vie. En effet, Moscou l’avait officiellement relégué sur une orbite dite «cimetière». A la retraite, le Luch Olymp K2 a déjà été remplacé par les «Luch Olymp-2» et «Luch Olymp-3». Ces derniers ont déjà effectué plusieurs missions d’espionnage.

Une utilisation contestée de Starlink

Dans sa guerre en Ukraine, la Russie aurait également recours aux systèmes satellites Starling, développés par le milliardaire Elon Musk. Le 27 janvier dernier, le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski a exhorté le propriétaire du réseau social X à couper tous les accès à Moscou. 

Selon les services de renseignement ukrainiens, les terminaux Starlink obtenus par l'armée russe l'ont été via des circuits parallèles tels que des importations par des pays tiers, et non via une vente officielle par la société d'Elon Musk. 

Le milliardaire avait lui-même démenti en février 2024 que des terminaux Starlink avaient été vendus à la Russie. Une coupure sans distinction du système Starlink en Ukraine serait compliquée par le fait qu'il est également massivement utilisé par l'armée ukrainienne pour ses communications.

cnews.fr

Affaire Epstein: la justice dévoile de nouveaux liens

 

Certains des nouveaux documents publiés vendredi par le ministère américain de la Justice liés à l'affaire Epstein font référence au président Donald Trump et à d'autres personnalités de premier plan, comme Bill Gates. L'AFP fait le point sur ce que contiennent ces fichiers à leur propos. Aucun n'est dans le viseur de la justice à ce sujet.

Donald Trump

Les documents fraîchement diffusés contiennent une liste établie par le FBI, la police fédérale américaine, d'allégations d'agressions sexuelles liées au président Donald Trump, dont beaucoup provenaient d'appels anonymes et d'informations non vérifiées. Ces allégations, obtenues pour certaines via des sources indirectes, ont été transmises par téléphone ou bien par voie électronique au Centre national de gestion des menaces du FBI.

Le document suggère que les enquêteurs ont donné suite à certaines de ces informations. D'autres ont été jugées peu crédibles. Donald Trump nie depuis longtemps toute implication dans les agissements du criminel sexuel Jeffrey Epstein. «Certains des documents contiennent des allégations mensongères et sensationnalistes à l'encontre du président Trump,» écrit le ministère de la Justice. «Ces allégations sont infondées et fausses.»

Bill Gates

Dans un brouillon d'email figurant parmi les documents publiés vendredi, Jeffrey Epstein assurait que Bill Gates, cofondateur de Microsoft, entretenait des relations extraconjugales et qu'il aurait eu une maladie vénérienne après des rapports avec de jeunes femmes russes. Le financier new-yorkais y affirmait que sa relation avec ce milliardaire allait permettre d'«aider Bill à trouver de la drogue, afin de faire face aux conséquences du sexe avec des filles russes, à faciliter des rendez-vous illicites avec des femmes mariées.»

Richard Branson

Les fichiers mentionnent la relation amicale de Jeffrey Epstein avec le milliardaire britannique Richard Branson, cofondateur de Virgin Group. Dans un email envoyé à Epstein en septembre 2013, il écrivait: «C'était vraiment sympa de te voir hier. (...) Si tu passes dans la région, je serai ravi de te revoir. A condition que tu m'amènes ton harem!»

Elon Musk

Apparaissent également de nombreux échanges de mails entre Jeffrey Epstein et l'entrepreneur Elon Musk. En novembre 2012, Jeffrey Epstein lui a écrit un courriel demandant «combien de personnes seront à bord de l'hélicoptère pour se rendre sur l'île». «Probablement juste Talulah et moi. Quel jour/soirée aura lieu la fête la plus folle sur ton île?», a répondu le milliardaire. Jeffrey Epstein possédait deux îles dans les Caraïbes. L'une d'elles serait selon l'accusation le lieu où il aurait agressé sexuellement plusieurs femmes et filles mineures.

Andrew Mountbatten-Windsor

L'ancien prince déchu a invité Jeffrey Epstein à lui rendre visite au palais de Buckingham en septembre 2010, alors que le financier était en voyage à Londres. Un échange de courriels montre qu'il a contacté Andrew Mountbatten-Windsor pour lui demander: «A quelle heure souhaitez-vous que je (...), nous aurons également besoin (...) d'un moment en privé». Ce à quoi Andrew avait répondu: «Nous pourrions dîner au palais de Buckingham et bénéficier d'une grande intimité».

Howard Lutnick

Des emails montrent que Jeffrey Epstein et l'homme d'affaires Howard Lutnick, l'actuel secrétaire au Commerce de Donald Trump, avaient prévu en décembre 2012 de déjeuner sur l'île du financier. «Nous arrivons vers vous depuis Saint Thomas», a écrit la femme d'Howard Lutnick à la secrétaire de Jeffrey Epstein, lui demandant où ils devaient jeter l'ancre.

Steve Tisch

Plusieurs emails suggèrent que Jeffrey Epstein a mis en relation Steve Tisch, producteur de «Forrest Gump» et propriétaire des Giants de New York, équipe de football américain, avec plusieurs femmes. Dans un échange avec lui, le criminel sexuel décrit une femme comme étant «russe, qui dit rarement la vérité, mais qui est amusante».

Princesse Mette-Marit, future reine de Norvège

Le nom de Mette-Marit, épouse du prince héritier Haakon, apparaît au moins un millier de fois, selon le journal norvégien Verdens Gang (VG), dans les millions de pages diffusées vendredi par le ministère américain de la Justice.

Le contenu et le ton des échanges entre 2011 et 2014, publiés ce week-end dans la presse norvégienne, attestent d'une forme de complicité entre Mette-Marit et Jeffrey Epstein. En 2012, alors que Epstein dit être à Paris «en quête d'une épouse», elle lui répond que la capitale française est «bien pour l'adultère» mais que «les Scandinaves (font) de meilleures femmes».

En réaction à ces révélations, Mette-Marit a admis avoir «commis une erreur de jugement». «Je regrette profondément avoir eu le moindre contact avec Epstein. C'est tout simplement embarrassant», a-t-elle dit dans une déclaration transmise par le Palais royal à l'AFP.

Le président du comité des JO de Los Angeles 2028, Casey Wasserman

Le président du comité d'organisation des Jeux olympiques de Los Angeles 2028, Casey Wasserman, a présenté samedi ses excuses après que son nom est apparu parmi les derniers documents liés à l'affaire. Ces documents sont des échanges d'e-mails salaces en 2003 entre Casey Wasserman et Ghislaine Maxwell, qui purge une peine de 20 ans de prison pour avoir aidé Epstein à recruter des prostituées mineures.

«Je regrette profondément ma correspondance avec Ghislaine Maxwell, qui a eu lieu il y a plus de 20 ans, bien avant que ses crimes horribles ne soient révélés au grand jour», a déclaré Casey Wasserman, 51 ans, dans un communiqué obtenu par l'AFP.

Miroslav Lajcák, conseiller du Premier ministre slovaque

Le Premier ministre slovaque Robert Fico a annoncé samedi sur Facebook avoir accepté la démission de son conseiller Miroslav Lajcák, ancien ministre des Affaires étrangères du pays accusé d'avoir échangé avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein.

«J'accepte son offre de mettre fin à notre collaboration, même si nous perdons tous, pas seulement moi, une source incroyable d'expérience et de connaissances en politique étrangère», a dit le chef du gouvernement nationaliste dans une vidéo.

D'après un échange de SMS consulté par la BBC, datant de 2018, le criminel sexuel promettait des femmes à Miroslav Lajcák, à l'époque chef de la diplomatie slovaque, dans une discussion au ton léger. Robert Fico juge que son conseiller s'est montré «grand diplomate» en démissionnant.

Peter Mandelson, ex-ambassadeur britannique

Peter Mandelson, ex-ambassadeur britannique aux Etats-Unis limogé pour ses liens avec Jeffrey Epstein, a quitté dimanche soir le parti travailliste britannique, dont il était une figure historique, après de nouvelles révélations sur sa relation avec le criminel sexuel américain. L'ancien ministre aurait à plusieurs reprises reçu de l'argent d'Epstein au début des années 2000, selon des documents publiés vendredi par le ministère américain de la Justice.

«Des allégations que je crois fausses, selon lesquelles (Epstein) m'aurait versé de l'argent il y a vingt ans – et dont je n'ai ni trace, ni souvenir, nécessitent une enquête de ma part», a-t-il écrit dans une lettre adressée à Hollie Ridley, secrétaire générale du Labour. Il apparaît aussi sur de nouvelles photos non-datées, en tee-shirt et caleçon à côté d'une femme. Il avait dit dimanche matin ne «pas parvenir à situer le lieu, ni à identifier la femme».

Le prince déchu Andrew

La publication de nouveaux emails et de photos compromettantes du dossier Epstein – qui le montrent à quatre pattes au-dessus d'une femme allongée – a encore fait monter la pression sur le prince déchu Andrew, que le Premier ministre britannique Keir Starmer a appelé à témoigner aux Etats-Unis sur les crimes du financier américain. Une deuxième accusatrice de Jeffrey Epstein a affirmé que le criminel sexuel américain l'avait envoyée au Royaume-Uni pour avoir des relations sexuelles avec Andrew, a rapporté la BBC.

L'avocat américain représentant cette femme, Brad Edwards, a affirmé samedi soir au média britannique que la relation présumée avait eu lieu en 2010, dans la résidence de l'ex-prince située dans le domaine de Windsor, à l'ouest de Londres, alors que sa cliente était âgée d'une vingtaine d'années.

Epstein rendait dépendantes des jeunes femmes en Suisse

«Bonjour de Suisse!» peut-on lire dans l'objet d'un e-mail adressé à Jeffrey Epstein le 1er octobre 2014. L'expéditrice cite le roman «Lolita»: «Rien n'est plus conservateur qu'un enfant, surtout une fille (...), aussi mystérieuse qu'une nymphe dans la brume des vergers d'octobre». La femme écrit qu'il faut trouver des «assistantes» – «pour que tu (ndlr: Epstein) puisses faire ce que tu veux avec elles ... hmm ... mon dangereux Jeffrey ;)». A la fin de la lettre, on peut lire: «Bisous de la belle Suisse.»

Vendredi, le ministère américain de la Justice a déclassifié trois millions de pages supplémentaires de dossiers d'enquête. La montagne de documents contient de nouveaux détails sur le réseau d'abus d'Epstein: comment le financier new-yorkais a recruté et exploité sexuellement des mineures et des jeunes femmes pendant des années, ou avec quels complices, comme Ghislaine Maxwell ou d'autres, il a pu agir de la sorte. 

Au moins cinq femmes concernées

Il faudra des semaines pour que tous les documents soient analysés. Les premières recherches de Blick révèlent toutefois de nouveaux liens avec la Suisse. Epstein entretenait des contacts systématiques avec des femmes de ce pays. Il est impossible d'en évaluer l'ampleur exacte, car de nombreuses victimes ont été anonymisées, c'est ce que prescrit la loi américaine. Mais ces occultations sont parfois incohérentes.

On peut ainsi constater que Jeffrey Epstein était en contact avec au moins cinq femmes en Suisse. La plupart d'entre elles étaient originaires de Russie ou d'Ukraine. Beaucoup d'entre elles étaient dans une situation financière précaire. Elles écrivaient à Epstein des mails parfois intimes, échangeaient avec lui via divers services de messagerie.

L'assistante d'Epstein, Lesley Groff, se chargeait régulièrement de la conversation. Surtout lorsqu'il s'agissait d'organisation: billets d'avion, visas, hôtels. Lesley Groff faisait partie du cercle le plus proche d'Epstein. Elle coordonnait les rendez-vous, les voyages et faisait venir des filles sur l'île privée d'Epstein.

34'510 francs pour une école d'élite

Le cas d'une jeune Russe montre comment Epstein rendait les jeunes femmes en Suisse financièrement dépendantes de lui. Jeffrey Epstein lui a financé un cours d'été dans une école d'élite au bord du lac Léman. Coût du financement: 34'510 francs pour six semaines entre juin et juillet 2019. Le criminel s'est finalement fait arrêter avant même la fin du cours et s'est pendu dans sa cellule à New York.

Blick dispose d'e-mails et de factures. Selon ces documents, Epstein versait l'argent via un intermédiaire nommé Richard Kahn. Ce comptable américain a travaillé pendant de nombreuses années pour Epstein. Il a géré ses finances et les structures de l'entreprise et a été nommé exécuteur testamentaire de la succession d'Epstein après son décès. Ce n'est que récemment que Richard Kahn a reçu une convocation pour témoigner devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants des Etats-Unis.

Richard Kahn n'est pas seulement apparu comme le sponsor de la coûteuse école privée de la jeune femme, il lui a également organisé des billets d'avion et de train. Cela rappelle le cas d'une jeune danseuse de ballet à Genève, à qui Epstein a versé des milliers de dollars sur plusieurs années, selon les journaux de Tamedia.

«Tu t'amuses sur ton île?»

Une confidente d'Epstein a organisé pour la femme un vol vers Miami, où le New-Yorkais avait l'une de ses résidences. Dans un e-mail, la femme lui a écrit: «Cher Jeffrey, ma gratitude envers toi est sans limite. Cela me manque de te donner un massage des pieds.»

Dans les dossiers nouvellement déclassifiés, on trouve d'autres e-mails entre Epstein et des femmes en Suisse. «Hey Jeffrey, tu t'amuses sur ton île?», lui demande une femme d'Europe de l'Est en décembre 2010, tout en lui envoyant «un gros bisou» depuis la Suisse.

D'autres femmes racontent à Epstein leur quotidien ici en Suisse. De l'école en passant par leurs loisirs. Elles lui envoient des photos et des emojis en forme de cœur. L'une d'elles écrit: «Je suis en train de passer une matinée de paresse après le concert d'hier à Lugano.»

Des promesses mirobolantes

Les victimes d'Epstein étaient souvent issues de milieux difficiles. Le multimillionnaire faisait miroiter aux filles et aux jeunes femmes vulnérables une formation ou une carrière de mannequin. Et donc une vie meilleure en fin de compte. Une partie de son système d'exploitation consistait à prendre en charge tous les frais et à créer ainsi des dépendances.

Le cas d'une femme de Moscou qui s'est rendue en Suisse en est une parfaite illustration. Dans un e-mail adressé à Lesley Groff, l'assistante d'Epstein, elle écrit que le «Monsieur» lui a dit de s'adresser à elle «pour l'argent». Elle avait besoin d'un billet pour la Suisse, d'un hôtel ainsi que «d'un peu d'argent» pour couvrir les dépenses liées à «l'équipement scolaire, aux excursions, à la nourriture, etc».

«C'est à toi que je dois tout ça!»

D'autres messages prouvent qu'Epstein a rencontré au moins une femme en personne. Dans un SMS de septembre 2018, une femme se réjouit d'avoir tout juste obtenu un visa pour la Suisse. Elle s'adresse à Epstein en l'appelant «Monsieur». Un titre qui revient souvent dans les dossiers.

«Je voudrais partir directement demain soir pour la Suisse», écrit-elle. Jeffrey Epstein répond promptement: «Parfait, comme c'est excitant». Tout en ajoutant: «Je viendrai te voir ce soir à 11h.»

Le lendemain, il lui souhaite un bon vol par SMS. Elle le remercie «pour cette aventure». Quelques jours plus tard, elle lui envoie une photo montrant probablement le lac Léman. «C'est à toi que je dois tout ça!!! Merci beaucoup!!!!!»

Robin Bäni 

Fabian Eberhard

blick.ch

Le SVR affirme que l’administration française cherche un « retour politique » sur le continent africain après des « pertes »

 

Le Service russe de renseignement extérieur (SVR) a accusé lundi le président français Emmanuel Macron d’avoir autorisé des opérations de renseignement visant à éliminer ce qu’il qualifie de « dirigeants indésirables » en Afrique.

Dans un communiqué, le SVR affirme que l’administration Macron chercherait « frénétiquement » à opérer un « retour politique » sur le continent africain, où la France a subi ces dernières années d’importantes « pertes ».

Ces revers seraient liés, selon le servic e russe, à « l’arrivée au pouvoir, dans plusieurs anciennes colonies françaises d’Afrique, de forces patriotiques qui placent les intérêts des peuples au premier plan et refusent de servir de marionnettes à l’oligarchie financière et politique des mondialistes français ».

« Qu’il s’inspire de l’opération américaine visant à capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro ou qu’il s’imagine en arbitre du destin des nations africaines, Macron a autorisé ses services de renseignement à lancer un plan d’élimination des “dirigeants indésirables” en Afrique », affirme le SVR.

Le service russe soutient par ailleurs que « l’implication de la France dans la tentative de coup d’État au Burkina Faso le 3 janvier de cette année a déjà été établie ».

Selon le SVR, ce complot aurait notamment inclus un projet d’assassinat du président burkinabè Ibrahim Traoré, présenté comme « l’un des leaders de la lutte contre le néocolonialisme ».

Paris aurait espéré, d’après ces accusations, que de telles actions permettraient l’arrivée au pouvoir de forces pro-françaises à Ouagadougou et l’affaiblissement des mouvements politiques africains favorables à la souveraineté et à l’idéologie panafricaniste.

Malgré ce que le SVR décrit comme un échec au Burkina Faso, la France aurait, selon lui, déplacé son action vers la déstabilisation de « pays indésirables » dans la région sahélo-saharienne.

Ces opérations seraient menées « avec l’aide de groupes terroristes locaux et, bien entendu, du régime ukrainien, qui fournirait des drones et des instructeurs aux combattants », affirme le service russe.

« Le principal coup de cette bande est dirigé contre le Mali », poursuit le communiqué, évoquant des attaques contre des convois de carburant, des tentatives de blocus de villes et des actes terroristes visant des civils.

Ces actions viseraient, selon le SVR, « à créer les conditions du renversement du président Assimi Goïta ».

Le service russe accuse également la France de manœuvres similaires en République centrafricaine.

Autre cible présumée : Madagascar, où de nouvelles autorités arrivées au pouvoir en octobre 2025 auraient « choisi de développer leurs relations avec les BRICS ». Paris chercherait, selon le SVR, à renverser le président malgache Michael Randrianirina et à « rétablir un régime loyal ».

« La France est passée au soutien direct de terroristes de toutes obédiences, devenus ses principaux alliés sur le continent africain », accuse encore le SVR.

Le communiqué conclut que « la faillite politique de la ligne de Macron est d’autant plus évidente qu’il ne parvient pas à débarrasser la France de son image de métropole parasitaire qui pille ses anciennes colonies et entrave leur développement ».

Sanaa Amir

Elena Teslova  

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