Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 22 juin 2026

La Russie et les chasseurs légers : il va falloir prendre une décision !

 

Chasseur lourd ? Chasseur léger ? Intercepteur ? Appareil de supériorité aérienne ? Les questions et options en matière de classification des avions militaires sont presque aussi anciennes que les avions eux-mêmes. Si, pour des raisons à la fois budgétaires et opérationnelles, une grande majorité des forces aériennes contemporaines alignent dans leurs flottes un seul modèle d’appareil polyvalent capable de remplir un large éventail de missions air-air et air-sol, il n’en a pas toujours été ainsi.

D’un point de vue historique, dès le premier vol du MiG‑15 (1), l’URSS a mis l’accent sur des chasseurs légers et rapides pouvant être produits en masse, même si ces derniers n’étaient pas nécessairement les plus à la pointe de la technologie. Véritable aboutissement de cette philosophie : le MiG‑21 (code OTAN : Fishbed), produit à raison d’environ 11 500 unités (2) entre 1959 et 1985, un chasseur monomoteur léger dont la conception mettait l’accent sur une certaine forme de rusticité qui devait permettre de le produire en masse, rapidement, sans nécessiter de processus technologiques complexes et à faible coût. En outre, cette rusticité devait également faciliter la formation des pilotes, ce qui permettait une très large diffusion du modèle dans des forces aériennes qui n’étaient pas toujours réputées pour leur niveau de préparation au combat.

Un tandem lourd-léger

Équipant massivement les forces aériennes soviétiques (VVS (3)), presque tous les membres du Pacte de Varsovie ainsi que les pays proches (à un moment ou à un autre de l’histoire) de Moscou, le MiG‑21 répondait au besoin d’équiper en masse les forces aériennes, à une époque où les taux d’attrition élevés étaient monnaie courante (4). Néanmoins, les responsables soviétiques adoptèrent rapidement une approche duale, avec, d’un côté, les VVS qui exploitaient des avions simples et moins performants (MiG‑15/17/19/21) et, de l’autre, les forces de défense antiaérienne (PVO (5)) qui alignaient des avions lourds pour des missions d’interception à longue portée, notamment des bimoteurs Sukhoï Su‑15 (code OTAN : Flagon) et Tupolev Tu‑128 (code OTAN : Fiddler) dont l’exportation ne fut jamais autorisée. Cette politique de dualité dans le choix des appareils équipant les VVS et les PVO s’est perpétuée jusqu’à la fin de l’URSS.

Malgré son côté rustique, le MiG‑21 (aligné par le Nord-Vietnam avec l’aide de « conseillers » soviétiques) s’est révélé une (très) mauvaise surprise pour l’US Air Force au Vietnam, infligeant des pertes significatives aux lourds F‑4 Phantom II (6) ainsi qu’aux appareils de reconnaissance et de bombardement notamment. Cependant, une fois les faiblesses du MiG‑21 identifiées, l’USAF a réagi en modifiant ses tactiques d’emploi tout en travaillant sur l’efficacité de ses armements : les pertes des Vietnamiens ont commencé à augmenter de manière conséquente. Les deux blocs en présence ont bien évidemment exploité les enseignements de ce conflit et les ont intégrés dans leurs nouveaux programmes d’avions de chasse et d’armements. Les États-Unis ont lancé dès le milieu des années 1960 le programme F‑X devant succéder au F‑4 Phantom II et qui a donné naissance au chasseur lourd McDonnell Douglas F‑15 Eagle et, au début des années 1970, le Lightweight fighter program découlant pour partie des travaux réalisés par John Boyd et qui a débouché sur le General Dynamics F‑16 Fighting Falcon. Soit deux des appareils les plus performants de leur génération et qui furent, en outre, largement exportés au sein de l’OTAN et ailleurs.

Les responsables soviétiques, très largement informés des développements en cours aux États-Unis, et conscients que le MiG‑23 Flogger, chasseur monomoteur léger disposant d’ailes à géométrie variable entré en service dès 1970, allait très rapidement marquer le pas face aux nouveaux appareils américains, ont lancé en 1969 le programme PFI (7) visant à développer une réponse adaptée aux futurs F‑15 et F‑16. Vu l’ampleur de ce programme, les travaux ont été effectués en collaboration avec le TsAGI : en effet, tout ou presque était à développer. Radar, électronique embarquée, motorisation, matériaux : l’exigence de performances nécessitait d’abandonner la rusticité prévalant antérieurement et de construire un appareil techniquement avancé capable de tenir la dragée haute aux productions occidentales… ce qui allait demander un travail colossal ainsi que des budgets à la hauteur des ambitions. Les dirigeants ont rapidement conclu qu’un seul appareil ne pouvait pas tout faire et ont donc mis en concurrence les bureaux d’études et divisé le projet en deux branches : une partie « lourde », attribuée à Sukhoï et qui a donné naissance au chasseur bimoteur Su‑27 (code OTAN : Flanker), et une partie « légère », attribuée au bureau d’études MiG et qui a donné naissance au chasseur bimoteur MiG‑29 (code OTAN : Fulcrum). Les travaux ont toutefois duré beaucoup plus longtemps que prévu et le Su‑27 n’est entré en service qu’à partir de 1985 (après une refonte complète de son premier design), le MiG‑29 l’ayant précédé dès 1983.

D’un point de vue technique, il est intéressant de regarder de plus près le MiG‑29. Cet appareil qui bénéficie d’une aérodynamique travaillée est doté d’une motorisation Klimov RD‑33 (très !) gourmande limitant fortement le rayon d’action et dont la durée de vie est courte. Il pâtit en outre d’un choix technique pour le moins incompréhensible : la présence d’un seul réducteur commun (ensemble KDA et KSA‑2) pour les deux moteurs. Dit autrement, si cette pièce vient à défaillir, l’avion perd les deux moteurs d’un coup. Ce dernier dispose donc des contraintes d’une formule bimoteur combinées avec les faiblesses d’un monomoteur !

À la mise en service des Su‑27 et des MiG‑29, au milieu des années 1980, l’URSS disposait donc de deux appareils perpétuant la logique antérieure : un appareil « lourd » pour les PVO, exploité par les unités d’élite et qui n’a pas (dans un premier temps) été exporté, et un appareil « léger », exploité par les VVS et dont l’exportation fut assez rapidement autorisée. Les coûts beaucoup plus élevés des deux modèles ont eu pour conséquence de réduire les volumes de production, le concept de « masse » hérité des chasseurs légers monomoteurs disparaissant progressivement avec la modernisation des forces aériennes.

La fin de l’URSS

Le rééquipement des VVS et des PVO fut interrompu « en plein vol » par la disparition de l’URSS à la fin de 1991 : du jour au lendemain, l’ennemi avait « disparu », temporairement tout du moins, l’économie s’effondra et les unités stationnées à l’étranger, ainsi que leurs matériels, revinrent sur le sol de la nouvelle Russie… pour laquelle ces équipements n’avaient aucune utilité. Confrontés à des choix cornéliens découlant de la rareté des moyens, les responsables militaires russes ont pris la décision pour le moins radicale de retirer du service l’ensemble des monomoteurs : en quelques mois, tous les MiG‑21, MiG‑23 et MiG‑27 furent mis au rebut sans ménagement, malgré le fait que certains avions avaient volé moins de dix ans, nombre de bases aériennes étant fermées dans la foulée… et leurs équipements abandonnés sur place ! La force aérienne russe a achevé sa transformation et la réduction de sa voilure par la fusion des VVS et des PVO en 1998 sous le nom de VVS.

Histoire de noircir encore un peu plus le tableau, la décennie 1990 s’est révélée un désastre sans nom pour l’industrie russe. De très nombreuses usines ont disparu du jour au lendemain, et les survivantes vivotaient en se réorientant vers d’autres productions, perdant au passage leur main – d’œuvre, partie vers d’autres secteurs d’activité. Cependant, les bureaux d’études Sukhoï et MiG ont continué à travailler sur plusieurs projets tournés en priorité vers l’exportation, l’armée russe n’ayant aucunement les moyens de financer, et encore moins d’acquérir, des avions neufs dans le contexte économique de l’époque. Si la plupart n’ont jamais quitté la table à dessin, deux prototypes ont pris l’air dans la décennie 1990 : le MiG‑1.42/1.44 (MFI (8)) ainsi que le S‑37 Berkut (9), célèbre pour sa voilure à flèche inversée. Véritables parangons du concept de chasseurs « lourds » bimoteurs, ces deux prototypes conçus pour prendre la relève à terme des MiG‑29 et des Su‑27 n’ont pas débouché sur une production en série et ont fini par être abandonnés après avoir servi de plateformes de tests pour le futur PAK FA.

Aspect moins connu de ces projets, l’existence d’équivalents légers venant compléter ces derniers. Le bureau d’études MiG travaillait sur une version simplifiée et monomoteur (équipée d’un AL‑41F) du MiG‑1.44 : le projet MiG‑4.12 LFI (10) qui récupérait les solutions techniques développées pour le « grand » frère tout en partageant un maximum de similitudes avec ce dernier. Le bureau d’études Sukhoï a suivi exactement la même logique, travaillant pendant quelques années sur le projet de Su‑54 destiné à concurrencer le MiG LFI. Tel qu’il était envisagé, le S‑54 devait être un chasseur léger monomoteur récupérant pour partie les développements techniques effectués sur les Su‑27 (et dérivés). Deux variantes (S‑55 et S‑56), la deuxième étant embarquée, ont été envisagées dès la conception. Dans les deux cas de figure, ces projets ont permis aux bureaux d’études de travailler, mais n’ont débouché sur rien de concret… Ils ont été ressortis des placards une fois le projet PAK FA lancé en 2002.

De la doctrine et de ses applications

La doctrine aérienne russe reposant sur le principe « tacite » de pouvoir franchir une distance de 3 000 km sans ravitaillement en vol (11), les VKS semblaient condamnées à toujours devoir recourir à des plateformes lourdes pour leur composante « chasse », une plus grande taille signifiant un emport de carburant accru. Les Flanker (et dérivés) s’inscrivaient ainsi pleinement dans cette logique, le développement du Su‑57 (code OTAN : Felon) venant consacrer le principe d’une plateforme lourde et bimoteur de « cinquième génération » pour assurer le renouvellement de la chasse.

La présentation d’un nouveau chasseur monomoteur léger russe, le 13 juillet 2021 durant le salon MAKS, a créé la surprise : développé par le bureau d’études Sukhoï et repris en tant que T‑75 (surnom « Checkmate »), il était présenté comme un chasseur tactique léger (12) et récupérait une partie des briques technologiques du Su‑57, adaptées au nouveau design. Il a été développé sur fonds propres par l’OKB Sukhoï en vue du marché export, et plus précisément des Émirats arabes unis, qui se montrèrent intéressés par le projet avant de se retirer dans le courant de l’année 2022, peu de temps après l’invasion de l’Ukraine, craignant des retards. Si les VKS n’étaient pas intéressées dans un premier temps (la force aérienne russe n’a pour le moment pas formulé de prérequis technico – tactiques pour un tel appareil), la position des militaires russes vis-à‑vis du projet semble avoir maintenant évolué.

Plus de quatre ans après la présentation du projet et malgré l’annonce de la préparation de l’entrée en production en novembre 2023, ainsi que de la présentation d’un premier prototype volant à l’horizon 2025 (13), le T‑75 n’a toujours pas pris l’air, seul un prototype statique de ce modèle ayant été construit. Néanmoins et bien qu’il se soit fait fort discret depuis sa présentation, les ingénieurs de Sukhoï ont poursuivi les travaux sur le projet. Plusieurs brevets relatifs à des modifications à apporter à l’avion indiquent que son développement et sa mise au point se poursuivent activement. C’est notamment le cas au niveau de l’entrée d’air, de la partie arrière du fuselage et de l’aile ainsi que du développement d’une variante biplace et d’une version sans pilote. Si l’on en croit la presse russe et Rostec, le bureau d’études a achevé la documentation technique, signe que le projet a atteint une certaine maturité, et l’usine KnAAZ de Komsomolsk-sur-l’Amour travaillerait à la production de deux prototypes qui doivent prendre l’air en 2026 ou 2027. Même si les annonces russes sont toujours à envisager avec les réserves de rigueur, les délais annoncés sont globalement cohérents et crédibles.

Avec une charge utile annoncée de 7,4 t comportant un ensemble de missiles air-air et air-sol emporté dans trois soutes internes, la masse maximale au décollage s’établit à 18 t tandis que la distance franchissable serait d’environ 3 000 km, le rayon d’action étant de 1 500 km une fois l’avion chargé. Comparativement au Su‑57, le T‑75, qui en théorie sera baptisé Su‑75 une fois admis au service, est donc globalement un avion avec une empreinte logistique réduite de moitié par rapport à son grand frère (la masse maximale au décollage du Su‑57 est de 35 t). Avantage de l’appareil, il présente une grande similitude technique avec le Su‑57, les deux appareils étant dotés du même radar, du même moteur ainsi que de la même suite de protection embarquée. L’argument principal mis en avant par les industriels repose sur un coût d’acquisition moins élevé que le Su‑57, avec lequel il partage une forte similitude technique.

Il est un fait que la flotte des VKS, largement mise à contribution depuis février 2022, va nécessiter l’arrivée de sang neuf : ce qui est déjà le cas vu les rythmes de livraisons annuels de nouveaux dérivés des Flanker (Su‑30SM2, Su‑34 avec NVO et Su‑35S) et, dans une moindre mesure, de Su‑57. Dans ce cadre, on peut aisément envisager le futur Su‑75 comme étant un remplaçant crédible pour le solde de Su‑27 et de MiG‑29 toujours actifs : outre l’aspect opérationnel (un avion en théorie moins onéreux pouvant être acquis en plus grand nombre), il y a également un aspect industriel. Si le Su‑75 n’est pas acquis par les VKS, il aura été développé sans client(s) de lancement… et un abandon pur et simple du projet est une hypothèse qui n’est donc pas à exclure. L’acquisition d’un lot, même réduit, d’appareils pour les VKS donnerait une assise crédible au projet ainsi que la garantie d’un suivi technique pérennisé pour les décennies à venir. Sachant que KnAAZ travaille déjà de front sur le Su‑35S et le Su‑57 (et sa variante export Su‑57E), l’ajout d’un troisième modèle d’avion militaire ne viendrait que complexifier la tâche d’une usine croulant déjà sous la charge de travail. Il reste donc à voir si le futur Su‑75 marquera le grand retour du chasseur léger dans l’ordre de bataille des VKS à l’horizon 2030, 40 ans après la disparition des chasseurs légers monomoteurs. Ce qui indiquerait un amendement de la doctrine russe du « tout au lourd » pour y inclure une composante légère plus en phase avec les retours d’expérience provenant de la guerre en Ukraine. À moins que, comme les précédents, ce projet ne retourne dans un tiroir de bureaux d’études en attendant le prochain concept de chasseur léger destiné à équiper la Russie ? Réponse dans quelques années…

Notes

(1) Le 30 décembre 1947.

(2) Sans prendre en ligne de compte les variantes produites en Chine.

(3) Военно-Воздушные Силы СССР.

(4) Cette attrition n’a rien d’unique au Pacte de Varsovie : on peut notamment citer le cas du F-104G au sein de la Luftwaffe, surnommé le Witwenmacher (« Le faiseur de veuves »).

(5) Войска ПротивоВоздушной Обороны.

(6) Que ses concepteurs avaient eu la « mauvaise idée » de ne pas doter d’un canon fixe, pensant que l’ère du « tout missile » rendait l’emport de ce dernier obsolète.

(7) Перспективного Фронтового Истребителя (ПФИ) – Chasseur prospectif de première ligne.

(8) Многофункциональный Фронтовой Истребитель (МФИ) – Chasseur multifonction de première ligne.

(9) Ainsi que le projet S-22 de chasseur navalisé très proche du S-37.

(10) Лёгкий Фронтовой Истребитель (ЛФИ) – Chasseur léger de première ligne.

(11) Les moyens russes en la matière étant des plus restreints : une vingtaine d’Il-78M Midas en service.

(12) Лёгкий Тактический Самолёт (ЛТС) – Chasseur léger tactique.

(13) Voir l’article de l’agence TASS : https://​tass​.ru/​a​r​m​i​y​a​-​i​-​o​p​k​/​1​9​2​6​6​499.

Benjamin Gravisse

areion24.news

dimanche 21 juin 2026

Liban, le mythe des deux Hezbollah

 

Pendant des années, l’Occident s’est convaincu qu’il pouvait contenir l’influence iranienne sans affronter directement son principal instrument régional. Cette illusion vacille aujourd’hui. Tandis que Washington et Téhéran négocient, que le cessez-le-feu imposé au Sud-Liban sous pression américaine est régulièrement mis à l’épreuve et que l’État libanais peine à réaffirmer son autorité, le pays du Cèdre apparaît plus que jamais comme une pièce maîtresse du dispositif stratégique iranien. Derrière les discussions sur le nucléaire, les sanctions ou les équilibres régionaux, le Hezbollah demeure l’un des principaux leviers de Téhéran face à Israël. Plus qu’un simple front périphérique, le Liban est devenu l’un des terrains où se joue l’avenir des rapports de force au Moyen-Orient, tandis que les Libanais continuent de payer le prix de calculs qui les dépassent.

La « libanisation » du Hezbollah n’est plus à l’ordre du jour. Conséquence du bouleversement que connait le Moyen Orient, le Hezbollah est plus uni que jamais derrière le pouvoir iranien alors que certains, notamment chez les alliés occidentaux du Liban, espéraient que la direction du mouvement chiite serait plus tentée par l’intégration dans le jeu politique libanais que par le renforcement de son appareil militaire aux ordres des Gardiens de la Révolution.

Il existe des fictions diplomatiques si commodes qu’elles finissent par tenir lieu de réalité. La distinction entre une prétendue aile politique du Hezbollah et sa branche militaire en fait partie. Pendant plus de treize ans, l’Union européenne a justifié cette séparation artificielle au nom de la stabilité du Liban : condamner les armes, sans rompre les canaux politiques. Une prudence qui a surtout permis d’entretenir l’illusion.

Le problème est que cette distinction n’a jamais été reconnue par ceux qu’elle visait. Depuis des décennies, les dirigeants du Hezbollah affirment que leur organisation forme un tout indivisible. Ministres, députés, cadres politiques, responsables sécuritaires et combattants relèvent d’une même hiérarchie, poursuivent une même stratégie et servent un même projet, étroitement lié à la République islamique d’Iran.

Plusieurs pays occidentaux en ont tiré les conséquences. L’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la République tchèque, l’Estonie, la Lituanie ou encore la Slovénie ont conclu qu’aucune séparation crédible n’existait entre les différentes composantes du Hezbollah. La France, elle, est longtemps restée l’exception.

Depuis les années 2000, Paris a privilégié le dialogue avec l’ensemble des acteurs libanais, y compris le Hezbollah, au nom de la stabilité du pays. Cette ligne s’est imposée avec une clarté particulière après l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020, lorsque Emmanuel Macron a choisi de parler à toute la classe politique libanaise sans faire du désarmement du Hezbollah un préalable à la reconstruction de l’État.

Cette approche trouvait aussi un relais au Liban, notamment sous le mandat de Michel Aoun, élu en 2016 avec l’appui du Hezbollah et de ses alliés. Une partie du pouvoir défendait alors l’idée d’une coexistence durable entre l’État et le mouvement chiite. Sans remettre en cause son arsenal, cette stratégie de « libanisation » a contribué à banaliser sa présence institutionnelle et à entretenir, en Occident, l’illusion d’une séparation entre le politique et le militaire.

Les développements récents ont pourtant affaibli cette lecture. Loin de se « libaniser », le Hezbollah a continué de revendiquer son appartenance à l’axe iranien. Ses responsables ont même accusé de trahison non seulement leurs adversaires, mais aussi d’anciens partenaires dès lors qu’ils défendaient la souveraineté de l’État ou l’application des résolutions internationales sur les armes non étatiques.

Lorsque le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji, affirme qu’il n’existe qu’un seul Hezbollah, instrument de la stratégie régionale iranienne, il ne contredit donc pas seulement la doctrine européenne. Il remet aussi en cause une partie de l’héritage politique des années Michel Aoun. Sous Joseph Aoun, avec le gouvernement de Nawaf Salam, une nouvelle ligne semble se dessiner : la souveraineté de l’État ne peut plus être séparée de la question des armes du Hezbollah.

C’est cette évolution qui nourrit les tensions actuelles. Deux visions du Liban s’affrontent désormais. L’une accepte le Hezbollah comme une composante permanente du système, avec ses armes, au nom des équilibres internes et de la confrontation avec Israël. L’autre estime qu’aucun État souverain ne peut tolérer durablement une organisation armée autonome, arrimée à une stratégie régionale qui lui échappe.

Le Liban, priorité stratégique de l’Iran

Cette remise en cause de la théorie des « deux Hezbollah » révèle une incompréhension plus profonde encore. Depuis des années, nombre d’analyses occidentales traitent le Liban comme un dossier parmi d’autres dans la relation entre Washington et Téhéran, au même titre que les sanctions, le nucléaire, le pétrole ou le détroit d’Ormuz. Or, du point de vue iranien, la hiérarchie est presque inverse.

Pour la République islamique, le Hezbollah n’est pas un simple allié libanais. Il est l’un des piliers de sa stratégie de sécurité. Aucun autre partenaire ne lui offre une telle proximité avec Israël. Depuis sa création, il constitue pour Téhéran une profondeur stratégique, un outil de dissuasion et un moyen de projeter le rapport de force iranien jusqu’aux frontières mêmes de l’État hébreu.

La guerre de 2006 l’a montré avec une brutalité particulière. Pour les Libanais, elle fut une catastrophe, avec ses morts, ses destructions, ses déplacés et ses infrastructures ravagées. Pour le Hezbollah et pour Téhéran, elle fut présentée comme une « victoire divine ». La conclusion iranienne fut simple : malgré le coût immense supporté par le Liban, le Hezbollah avait prouvé sa capacité à tenir tête à Israël et à renforcer le prestige régional de l’axe iranien. Ce que le Liban vivait comme une tragédie nationale était lu à Téhéran comme la validation d’un investissement stratégique.

La séquence ouverte par les attaques du 7 octobre 2023 a confirmé cette hiérarchie. Beaucoup s’attendaient à ce que le Hezbollah ouvre un véritable second front pour soulager le Hamas à Gaza. Il ne l’a pas fait. Les affrontements au Sud-Liban ont été réels, parfois violents, mais soigneusement calibrés. Le Hezbollah n’a jamais engagé l’ensemble de ses capacités pour sauver son allié palestinien. La principale carte stratégique de l’Iran n’a pas été consommée pour Gaza.

Ce contraste dit l’essentiel. Le Hamas est un allié. Le Hezbollah est un actif stratégique vital. L’un participe à la politique régionale iranienne ; l’autre en constitue l’un des fondements. Lorsque les intérêts directs de Téhéran se sont retrouvés au cœur de la confrontation avec Israël, le Hezbollah est apparu moins comme le défenseur inconditionnel de Gaza que comme un élément central du dispositif régional iranien. Sa fonction première n’est pas de protéger les Palestiniens. Elle est de protéger la position régionale de l’Iran et les intérêts du Guide suprême.

C’est pourquoi les échanges de tirs qui se poursuivent au Sud-Liban, malgré les tentatives de désescalade, dépassent largement le cadre d’un simple contentieux frontalier. Derrière chaque escalade limitée se joue une partie beaucoup plus vaste. Les diplomates peuvent parler de nucléaire, de sanctions ou de pétrole ; les stratèges iraniens savent que le rapport de force se mesure aussi à la frontière israélo-libanaise.

Les événements récents ont d’ailleurs confirmé cette centralité du dossier libanais. À plusieurs reprises, les tensions entre Israël et le Hezbollah ont pesé sur le calendrier diplomatique entre Washington et Téhéran. Avant certaines réunions, des responsables iraniens ont laissé entendre qu’il était difficile de négocier pendant qu’Israël poursuivait ses opérations contre le Hezbollah au Liban. Des informations relayées notamment par Reuters ont même évoqué des responsables proches du Hezbollah affirmant que l’Iran avait retardé certaines étapes des discussions pour observer l’attitude israélienne sur le front libanais.

Que ces signaux relèvent du moyen de pression ou de la ligne rouge stratégique, ils disent la même chose : le Liban n’est pas une simple conséquence des négociations entre Washington et Téhéran. Il en est l’un des paramètres centraux.

C’est aussi pourquoi les scénarios annonçant un abandon du Hezbollah dans le cadre d’un grand accord régional paraissent peu crédibles. La République islamique peut négocier des compromis économiques, diplomatiques ou tactiques. Mais renoncer à son principal levier face à Israël reviendrait à fragiliser l’un des fondements mêmes de sa politique régionale. Le Liban demeure l’une des pièces maîtresses du dispositif iranien au Levant. C’est précisément ce qui rend son avenir si incertain.

De 1975 à l’ombre de l’atome

Pour beaucoup de Libanais, le spectre qui réapparaît aujourd’hui est celui de 1975. Mais il ne s’agit pas d’un simple retour du passé. Il s’agit d’une version aggravée, transformée et potentiellement plus dangereuse encore. La guerre civile avait éclaté dans un pays où plusieurs camps armés se disputaient le pouvoir dans un contexte de fragmentation généralisée. Le Liban d’aujourd’hui présente une configuration différente. L’État est plus faible qu’il ne l’était alors. L’économie est détruite. Une partie considérable de la jeunesse a quitté le pays sans velléité de retour. Surtout, une seule organisation dispose d’une supériorité militaire incontestable.

Cette asymétrie change profondément la nature du risque. Là où la guerre de 1975 opposait plusieurs forces rivales dans un État en voie d’effondrement, le Liban actuel pourrait être confronté à une dynamique différente, où l’affaiblissement des institutions bénéficierait essentiellement à un seul acteur armé adossé à une puissance régionale. Derrière les discours sur la résistance, la stabilité ou les équilibres confessionnels se dessine ainsi une question beaucoup plus fondamentale : celle de la survie même du Liban comme entité politique indépendante.

Pendant des années, les Européens ont prétendu protéger le Liban en ménageant le Hezbollah. Les Américains ont expliqué préserver la stabilité régionale en évitant certaines confrontations. Le résultat est visible. Le Hezbollah demeure le principal relais de la puissance iranienne au Levant tandis que l’énième cessez-le-feu imposé sous pression américaine semble répondre à la volonté d’empêcher le front libanais de compromettre les négociations avec Téhéran.

Le Liban, une monnaie d’échange

Le report des discussions prévues à Genève a illustré cette réalité. Selon plusieurs informations concordantes, l’escalade entre Israël et le Hezbollah a pesé sur le calendrier diplomatique. Des responsables iraniens ont laissé entendre qu’il était difficile de poursuivre les négociations pendant qu’Israël continuait ses opérations contre le Hezbollah au Liban. D’autres sources ont indiqué que Téhéran liait la poursuite du processus au respect du cessez-le-feu au Sud-Liban et à la limitation des frappes israéliennes.

Qu’il s’agisse d’une ligne rouge stratégique ou d’un moyen de pression diplomatique, la conclusion est la même : le Liban n’est plus un dossier périphérique des négociations. Il est devenu l’un des paramètres.

Cette évolution intervient alors que les relations entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou semblent moins évidentes qu’autrefois. Plusieurs signaux suggèrent une exaspération américaine face à une stratégie israélienne jugée de plus en plus coûteuse, imprévisible et difficilement compatible avec une désescalade régionale. Les critiques publiques de Trump, les divergences sur le dossier iranien et les interrogations croissantes à Washington nourrissent l’idée que Netanyahou n’est plus nécessairement perçu comme un atout stratégique.

Donald Trump aime les gagnants et les accords qu’il peut présenter comme des succès. Or, après des mois de tensions régionales, d’impasses diplomatiques et de désaccords sur l’Iran, Benjamin Netanyahou apparaît de moins en moins comme l’homme capable de lui offrir l’un ou l’autre. Dans cette logique transactionnelle, aucun allié n’est irremplaçable lorsqu’il devient un obstacle à une négociation jugée prioritaire.

Le drame est là. Derrière le nucléaire, les sanctions, le détroit d’Ormuz et les grands marchandages régionaux, le Liban cesse progressivement d’être un acteur de sa propre histoire. Les cessez-le-feu de circonstance, les pressions diplomatiques et les brusques accès de tension témoignent tous de cette même réalité : le risque de voir un pays tout entier ramené à la valeur que les autres lui accordent dans leurs calculs stratégiques. Une simple monnaie d’échange.

Nicolas Beau

mondafrique.com

La nouvelle Route de la Soie passe par l’Afrique

 


La  Chine investit massivement dans plus de 35 pays africains, avec des engagements financiers particulièrement concentrés dans les pays riches en ressources naturelles et en infrastructures L’Afrique est un partenaire économique et commercial majeur de la Chine, qui demeure son premier partenaire commercial depuis seize années consécutives.


1) La Chine vieillit rapidement. La crise de la démographie chinoise est accentuée par les décennies de la politique de l’enfant unique, entraînant un manque de main-d’œuvre et une pression croissante sur le système de retraite 

2) Le  secteur immobilier en panne. Longtemps un pilier de la croissance et une valeur refuge pour l’épargne des ménages, l’immobilier souffre d’une crise de surproduction  avec la faillite de géants du secteur qui a fragilisé les finances des collectivités locales et ralenti les investissements 

3) Une consommation atone. Le  modèle chinois repose traditionnellement sur les investissements publics et les exportations. La consommation des ménages reste atone, poussant les ménages à thésauriser plutôt qu’à dépenser 

4) Une pression déflationniste. Les  investissements massifs de l’État dans les nouvelles technologies  ont créé des surcapacités,  couplées à une demande intérieure faible, a engendré une pression déflationniste

Autant de raisons qui expliquent que la Chine se tourne résolument vers l’hémisphère Sud, un ne nouvelle frontière pour la première puissance exportatrice mondiale

Globalement, le total cumulé des importations et exportations de la Chine a atteint un niveau historique de 6 360 milliards de dollars américains. En 2025, le commerce extérieur chinois a atteint un record de 6 480 milliards de dollars (45 470 milliards de yuans). Les exportations ont augmenté de 5,5 % pour s’élever à 3 770 milliards de dollars, tandis que les importations ont stagné (+0,5 %) à 2 580 milliards de dollars. La Chine a ainsi enregistré un excédent commercial historique de près de 1 200 milliards de dollars et en tendance, les exportations de produits à haute valeur ajoutée (véhicules électriques, batteries, panneaux solaires) ont supplanté la fabrication à bas coût traditionnelle, la stagnation des importations s’explique principalement par une consommation locale plus faible que prévu.

Zéro tarif douanier

À compter du 1er mai 2026, la Chine applique officiellement une politique de tarif douanier zéro à 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, ce qui favorise davantage les échanges bilatéraux entre la Chine et l’Afrique, une stratégie qui rentre dans le cadre de la Nouvelle Route de la Soie.  La Chine applique une politique de zéro tarif douanier sur une grande majorité des produits provenant du continent africain

Entre 2015 et 2024, le continent africain a vu passer le ratio dette/PIB (Produit Intérieur Brut) de 44,4 % en 2015, à 66,7 % en moyenne.  Selon les données du FMI (octobre 2025), cette montée des ratios dette/PIB est dominée par le Soudan (272 %), suivi du Sénégal (128 %), de la Zambie (115 %), et du Cap-Vert (111 %).Concernant la Chine , le  stock cumulé de la dette africaine publique et garantie par l’État envers la Chine est estimé à environ 61 milliards de dollars.   Les prêts étant bilatéraux, la dette chinoise est très concentrée sur quelques pays, les principaux montants dus se décomposent comme suit :  Angola : 17,8\) milliards  de dollars  –Éthiopie : 6,5\) milliards  -Égypte :   6,3\) milliards  –Zambie :  6,0\) milliards  -Kenya :   6,0\) milliards  -Ethiopie :5,4 milliards  -Afrique du Sud : 3,5 milliards  -Cameroun : 3,5 milliards  .

Le remboursement de la dette africaine envers la Chine s’effectue principalement par des versements directs en devises (dollars ou euros), mais aussi par des garanties sur les ressources naturelles (contrats pétroliers ou miniers) et, plus récemment, par des conversions en monnaie chinoise (yuan/renminbi).  Les échanges commerciaux entre la Chine et le continent africain ont atteint un volume record de 348,05 milliards de dollars en 2025, après s’être établis à 295,56 milliards de dollars en 2024. Ce partenariat fait de la Chine le premier partenaire commercial de l’Afrique pour la seizième année consécutive,  les exportations chinoises vers l’Afrique ont été de  225,03 milliards de dollars et  les  importations  d’Afrique   de 123,02 milliards de dollars , soit un déficit de 102,1 milliard de dollars  La croissance des exportations chinoises vers le continent (+25,8 %) a largement dépassé celle des importations africaines vers la Chine (+5,4 %).

Des investissements de 39 milliards $

On assiste à une une hausse des investissements chinoisde près de 20 % par rapport à 2024  à travers des secteurs stratégiques allant des infrastructures aux minerais critiques, en passant par l’industrie et les énergies renouvelables. Les volumes d’investissements les plus importants se concentrent principalement sur des pays disposant de ressources naturelles ou de marchés intérieurs majeurs .Les principaux secteurs d’investissement sont  la construction de routes, chemins de fer, ports, aéroports et barrages hydroélectriques (ex: le Standard Gauge Railway au Kenya), l’exploitation et raffinage des minerais critiques (cobalt, cuivre, lithium) et hydrocarbures, la création de Zones Économiques Spéciales (ZES) pour délocaliser une partie de la production manufacturière chinoise et le  déploiement des réseaux de télécommunications, de la 5G et des infrastructures de villes intelligentes (Smart Cities).

Les  principaux pays bénéficiaires sont  le  Nigeria avec le principal pôle de construction et de grands travaux (ex: la centrale hydroélectrique de Mambilla) ; la  République Démocratique du Congo (RDC) pour l’extraction minière (cuivre et cobalt) ; l’Afrique du Sud  qui est un partenaire historique avec le  pôle industriel et technologique accueillant des projets comme la ZES de Musina-Makhado,  l’Angola ,avec le  secteur pétrolier et le financement d’infrastructures lourdes ;la  Tanzanie  avec des investissements importants dans le transport et la logistique portuaire, le Zimbabwe et Zambie dans l’exploitation des minerais critiques.   

Et sans oublier d’autres pays, la  Côte d’Ivoire, le Niger,  le Ghana le Cameroun, le Kenya, le Sénégal,  caractérisés par un volume d’échanges record (dépassant les 4 milliards de dollars)   soutenant de nombreux projets d’infrastructures à travers le pays ; pour l’Éthiopie, la Chine est le premier partenaire commercial et l’un des plus grands investisseurs du pays. Les capitaux chinois se concentrent sur le secteur manufacturier (textile, assemblage) et les infrastructures, à l’image de l’emblématique ligne de chemin de fer reliant Addis-Abeba au port de Djibouti , la  Chine ayant joué  un rôle crucial dans le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), inauguré en septembre 2025

L’Algérie, partenaire privilégié                                           

Pour l’Afrique du Nord de 2023 à 2025, les exportations chinoises vers l’Algérie ont atteint respectivement 9,46 milliards de dollars, 11,68 milliards de dollars et 13,91 milliards de dollars, affichant une croissance continue. Sur la même période, les exportations algériennes vers la Chine se sont élevées respectivement à 849 millions de dollars, 800 millions de dollars et 1,34 milliard de dollars. Pour d’autres pays de l’Afrique du Nord , en prenant  l’année  2024, selon les  données du FMI  , les  exportations du Maroc vers la Chine ont atteint une valeur de 1,3 milliard de dollars  et les importations marocaines depuis la Chine entre  6 à 7 milliards de dollars  en 2024; le  volume total des échanges commerciaux entre la Chine et l’Égypte pour l’année 2024 s’est élevé à 17,37 milliards de dollars, les importations égyptiennes  de  16,8 milliards de dollars  et les exportations égyptiennes vers la Chine ont été environ 578 millions de dollars ;  le volume global des échanges commerciaux entre la Chine et la Mauritanie a atteint 2,4 milliards de dollars, les exportations de  1,1  à 1,3  et les importations  de 1,1 à 1,4 milliards de dollars ;  les échanges commerciaux entre la Tunisie et la Chine  ont totalisé  3 milliards de dollars : la Tunisie ayant importé  pour près de 2,9 milliards de dollars,  et exporter près de 100 millions de dollars;  les exportations de la Chine vers la Libye ont atteint environ 3,59 milliards de dollars  et les ventes libyennes  plus de  90\% de pétrole brut)  et  les  échanges commerciaux entre la Chine et le Soudan s’élevait à environ 1,39 milliard de dollars et les  exportations de la Chine vers le Soudan ont atteint 830 millions de dollars, tandis que les importations chinoises depuis le Soudan se sont établies à environ 560 millions de dollars.

Quant aux  échanges commerciaux entre la Chine et le Moyen-Orient, ils   dépassent actuellement les 400 milliards de dollars. Le commerce bilatéral avec les six pays du Conseil de Coopération du Golfe  s’élève à 257 milliards de dollars. [La Chine étant devenue  le premier partenaire commercial des monarchies du Golfe, dépassant les États-Unis, le Royaume-Uni et la zone euro réunis. Près  de  49,4\% des importations chinoises en pétrole brut, GNL et autres combustibles viennent du Moyen-Orient, étant le premier partenaire commercial des pays du Golfe et exporte en retour des produits manufacturés, des technologies et des véhicules  où environ 50\% du commerce sino-moyen-oriental est concentré avec les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. La Chine est le premier partenaire commercial de l’Iran et absorbe, avec plus de 80 % à 90 %des exportations pétrolières iraniennes. Au niveau des exportations globales  la part de la Chine représente plus d’un quart (25 %  du total des exportations de l’Iran  ce qui nous renvoie au dossier du détroit d’Ormuz  et de la guerre Iran USA et de la récente visite du président US en Chine  où pour  ce dossier la Chine est  un acteur incontournable.

Abderrahmane MEBTOUL

mondafrique.com

L’Iran fait perdre tous ses fondamentaux à Donald Trump !

 

À peine en poste à la Maison-Blanche en 2025, il avait bloqué l’invasion des produits chinois à coups de droits de douane, multiplié les efforts pour casser le monopole chinois sur les terres rares, épuré le canal de Panama de ses entreprises portuaires chinoises, mis un terme à l’invasion migratoire, bloqué le wokisme et l’antisémitisme des grandes universités, arrêté Nicolas Maduro, président du Venezuela ce qui a privé la Chine d’une source de pétrole bon marché, et fait le siège de Cuba…

Politique étrangère et politique intérieure formaient un récit unifié : une Amérique forte, souveraine, qui ne se laisse dicter sa conduite, ni par les institutions multilatérales, ni par les lobbies, ni par les élites mondialistes. La pression sur les universités “woke”, le soutien à Israël, la lutte contre l’impérialisme chinois et iranien formaient un dispositif MAGA anti-mondialisation quasi sans faute.

Et puis, il y a eu l’Iran. Les États-Unis ont fait la guerre à l’Iran aux côtés d’Israël, pour tenter de renverser le régime, détruire ses installations nucléaires et militaires et accessoirement… priver la Chine d’une autre source de pétrole bon marché. Mais le régime n’est pas tombé et a pris l’économie mondiale en otage en bloquant le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole et du gaz consommés dans le monde.

En riposte, les États-Unis ont empêché l’Iran d’exporter son pétrole.

Qui allait flancher le premier ?

Ce furent les États-Unis .

Le mercredi 17 juin 2026, l’Iran et les États-Unis ont signé un MoU (mémorandum of understanding) qui apparaît, aux yeux de nombreux observateurs, comme une défaite stratégique des États-Unis : le document ordonne certes à l’Iran de débloquer le détroit d’Ormuz ! Mais, en échange, l’Iran est autorisé à vendre librement son pétrole à des prix de marché, à récupérer, dans le cadre d’un accord séparé, tout ou partie de ses avoirs gelés dans des banques non iraniennes, à voir levées toutes les restrictions sur les virements et transactions bancaires, y compris via les banques américaines. Les États-Unis s’engagent aussi à alléger substantiellement les sanctions dès le début des négociations, le tout sans aucune concession sérieuse des Iraniens sur le nucléaire, les missiles (« Si d’autres pays en possèdent, il est un peu injuste que l’Iran n’en ait pas », a expliqué Donald Trump), ou le financement des milices Hezbollah, Houthi, Hamas, etc. Le « droit » des Iraniens à l’enrichissement de l’uranium pourrait se voir légitimé, et un fonds de 300 milliards de dollars sera mis en place pour réparer les dommages de guerre. Bref, tout ce qui a motivé la guerre est devenu soudain « négociable », y compris la présence militaire d’Israël au Liban, contrôlé par le Hezbollah. L’avantage secondaire d’empêcher l’Iran d’alimenter la Chine en pétrole bon marché a également disparu.

Comment expliquer une telle débâcle ?

Trump a perdu la tête. En négociant avec Téhéran et en prenant ses distances avec Israël, Donald Trump a détruit la pierre angulaire qui rendait cohérente l’architecture de ses politiques intérieure et extérieure. Seule une forme de folie peut justifier que l’on lutte contre l’antisémitisme à Harvard tout en réintroduisant l’Iran, principal sponsor du Hamas et du Hezbollah, dans la communauté des nations.

La corruption. Est-ce un hasard si l’avion de 400 millions de dollars donné en cadeau à Donald Trump par le Qatar entre en service au moment où Trump fait machine arrière sur l’Iran ? Ce cadeau souligne le rôle de pivot diplomatique joué par Doha au Moyen-Orient et pourrait expliquer les tensions au sein de l’administration Trump et la soudaine redéfinition de la présence américaine face à l’Iran.

L’ambivalence de la diplomatie trumpienne. De nombreuses études académiques dotent la diplomatie trumpienne d’une tension permanente entre un nationalisme civilisationnel (lutte contre le totalitarisme commercial chinois, défendre les juifs contre le wokisme) et un transactionnalisme pur, qui se traduit par des « deals » peu importe avec qui. Des droits de douane trop élevés sur la Chine auraient risqué de priver l’industrie américaine des terres rares, qui sont au cœur du fonctionnement de tout outil électronique ? Alors la guerre commerciale se termine par un « deal », pas très glorieux, mais qui abaisse les droits de douane et sauve l’électronique américaine. Le blocage d’Ormuz pousse-t-il le monde à la récession ? Alors un « deal » avec l’Iran — pas très glorieux non plus — s’impose pour repousser le spectre de la récession.

Ces deals refroidissent-ils les relations avec Israël ? Peu importe : Trump peut ménager le Hezbollah aujourd’hui et faire le contraire demain si le contexte change.

Si le « deal » est la vérité de cette administration, si seul compte l’intérêt immédiat des États-Unis, alors la cohérence apparaît plus comme une rhétorique que comme une doctrine.

Le deal est-il un art du repli ?

Si le « deal » est dominant et la cohérence stratégique une façade, alors la conclusion s’impose : Donald Trump organise le repli des États-Unis sur le continent américain, au nord comme au sud.

Les signaux d’un tel repli convergent :

Obsession pour le Canada, dont l’indépendance apparaît comme une faiblesse stratégique, obsession pour le Groenland, considéré comme une mine de terres rares et une zone de défense stratégique, obsession pour le canal de Panama, qui doit être géré par des Américains, obsession pour le Venezuela qui doit cesser de trafiquer avec la Chine et les narcos, et obsession pour Cuba, qui doit cesser d’être la plaque tournante du trafic de drogue et une épine chinoise au flanc du géant américain.

Infliger des droits de douane à tout le monde, y compris les alliés.

Menaces des Etats Unis de se retirer de l’OTAN

Et surtout, désengagement du Moyen-Orient au profit d’un « parrain » iranien pour la zone. L’accord irano-américain apparaît comme le retour du « réalignement » décrit par Michael Doran et Tony Badran, chercheurs respectivement au Hudson Institute et à la Foundation for Defense of Democracies, en 2021. Badran et Doran affirmaient qu’en signant l’accord sur le nucléaire avec l’Iran en 2015, Barack Obama avait abandonné les alliés traditionnels des États-Unis (Arabie saoudite, Égypte, Israël) pour réordonner le Moyen-Orient autour de l’Iran. Dans cette perspective, les États-Unis considéraient Téhéran comme un allié plutôt que comme un ennemi.

Trump aujourd’hui n’agit pas autrement qu’Obama. Le MoU négocié entre l’Iran et Washington fait réapparaître cette idée d’un « ordre régional stable » mais sous domination de l’Iran, dont l’impérialisme se voit légitimé. Ceux qui regimbent (Israël, les Émirats…) subissent l’« étreinte de l’ours » : des garanties américaines pour les immobiliser sous prétexte de les protéger.

Même la confusion organisée par Donald Trump devient une méthode pour rendre le projet illisible et en faciliter l’avancement.

Telle serait la doctrine Monroe du XXIᵉ siècle : l’Amérique maîtresse de son hémisphère, et tant pis pour le reste ?

Les conséquences d’une telle logique sont plus qu’inquiétantes :

  • Si les États-Unis acceptent le reformatage du Moyen-Orient autour de l’Iran, que devient Israël ?
  • Si les États-Unis lâchent Israël, quelles garanties offrent-ils à Taïwan ?
  • Ce n’est pas un hasard si le 20 juin 2026, le Wall Street Journal a publié un article indiquant un resserrement de l’emprise chinoise sur Taiwan.
  • Si l’Iran obtient un deal malgré son programme nucléaire avancé, quel message est envoyé à la Corée du Nord, et par ricochet à la Chine concernant Taïwan ?
  • Le désengagement du conflit ukrainien avait déjà ébranlé la crédibilité américaine : le précédent iranien le structure comme doctrine.

Tout n’est pas encore joué.

L’accord avec l’Iran pourrait s’avérer être une ruse — faire semblant de lâcher Israël et de s’accommoder de l’Iran pour libérer Ormuz, avant de revenir à une posture plus dure ? Peu probable, mais qui sait ?

L’arrogance iranienne peut faire capoter le projet d’accord. Rendus arrogants, les Iraniens peuvent avoir des exigences qui incitent les Etats Unis à reprendre les hostilités. Le 20 juin, les Gardiens de la révolution iraniens ont refermé le détroit d’Ormuz qu’ils avaient libéré la veille parce que les hostilités ne cessaient pas contre le Hezbollah au Liban.

Le refus d’obtempérer des Israéliens. Enfin, les Israéliens peuvent également avoir intérêt à faire capoter un accord États-Unis – Iran. Le refus de se retirer du sud Liban peut être une cause d’échec du nouveau dialogue américano-iranien.

Le MoU s’est ouvert pour soixante jours qui s’annoncent plus qu’incertains. Comme nous l’avons déjà évoqué sur Substack, négocier avec l’Iran, c’est voir la guerre se poursuivre par d’autres moyens.

Yves Mamou

mondafrique.com

Lumière sur Xenia Fedorova

 

Plus Xenia Fedorova, née Bortchik, occupe l’espace public français, plus les zones d’ombre de son parcours suscitent des interrogations. Jeune journaliste d’investigation russe, Iouri Izotov, a pris soin de recueillir diverses données qui éclairent quelques zones d’ombre dans son passé. 

Dans son livre Bannie, l’ancienne patronne de RT France expose un récit soigneusement maîtrisé de sa trajectoire. Son parcours professionnel, notamment avant son engagement au sein du groupe RT, est entouré d’un flou remarquable.

Desk Russie a donc entrepris d’examiner les données publiques, les archives d’entreprises et plusieurs bases de données russes ayant fait l’objet de fuites au cours des dernières années.

Selon des données issues de la fuite d’une base administrative russe recensant les emplois et les revenus déclarés, Xenia Fedorova a continué à figurer dans les effectifs de l’organisation non commerciale autonome de droit russe TV-Novosti, la maison mère de RT, jusqu’au 31 août 2024, soit plus de deux ans et demi après l’interdiction des médias RT dans l’Union européenne.

Selon Le Monde, des discussions concernant son arrivée dans l’écosystème Bolloré auraient été engagées dès l’été 2023. Si tel est le cas, Xenia Fedorova négociait son repositionnement dans le paysage médiatique français alors qu’elle était toujours salariée de la structure centrale du groupe RT.

Les mêmes données permettent d’identifier plusieurs versements effectués par TV-Novosti à Xenia Fedorova entre juillet 2023 et juillet 2024. Sur cette seule période, les rémunérations connues atteignent environ 24,5 millions de roubles. Certains mois, plusieurs millions de roubles auraient été versés en une seule fois.

Selon les données consultées par Desk Russie, Xenia Fedorova figurait 
toujours dans les effectifs de TV-Novosti, maison mère de RT, jusqu’au 31 août 2024



Les données consultées par Desk Russie révèlent que RT a employé bien d’autres membres de l’entourage familial de Xenia Fedorova : son frère Maxime Bortchik (né en 1975), sa sœur Ioulia Bortchik (née en 1986), sa sœur par alliance Elizaveta Demianova (née en 1990), ainsi que l’ancien mari de cette dernière, Andreï Demianov, ont également occupé des fonctions au sein du groupe.

Elizaveta Demianova occupait une position particulièrement importante puisqu’elle dirigeait encore, jusqu’en octobre 2024, le service de diffusion francophone de RT. Selon les données consultées par Desk Russie, elle a continué à percevoir des rémunérations de la maison mère du groupe jusqu’en novembre 2024.

Elizaveta Demianova semble aujourd’hui elle aussi établie en France. En juillet 2025, elle s’est enregistrée à Paris comme entrepreneuse individuelle spécialisée dans la production de films institutionnels, publicitaires et d’entreprise.

Les liens de la famille de Xenia Fedorova avec les structures de l’État russe ne se limitent pas au groupe RT. Son frère Igor Bortchik (né en 1967) a travaillé jusqu’en 2024 pour le réseau russe des communications spéciales (Spetzsviaz), organisme chargé notamment du transport sécurisé de documents sensibles, de cargaisons stratégiques, de fonds et d’autres biens pour les administrations publiques et les grandes entreprises d’État.

L’ancien mari de Xenia Fedorova, Andreï Fedorov, a quant à lui travaillé jusqu’en 2023 pour Inpredkadry, une structure de services relevant de l’administration diplomatique russe. Auparavant, il a exercé dans plusieurs chaînes de télévision russes, notamment NTV, la VGTRK et TVS. Dans les années 2010, il a également figuré parmi les collaborateurs du bureau moscovite de la Télévision centrale de Chine (CCTV).  

L’examen des archives d’entreprises fait également apparaître plusieurs connexions avec des personnalités issues de l’appareil administratif russe. La mère de Xenia Fedorova, Natalia Bortchik, journaliste à l’époque soviétique puis femme d’affaires, a notamment développé plusieurs activités commerciales avec Olga Leonova, ancienne haute responsable du ministère russe des Finances. Entre 1997 et 2002, cette dernière dirigeait au ministère l’administration chargée des relations avec les organisations publiques et institutionnelles avant de poursuivre sa carrière dans les services de communication du groupe PhosAgro puis de l’aéroport Cheremetievo.

Olga Leonova est la conjointe d’Alexandre Velitchenkov, lui aussi cadre dirigeant de PhosAgro, ancien collaborateur de structures de recherche relevant du ministère soviétique de la Défense et de l’industrie de défense, puis chroniqueur économique à Rossiïskaïa Gazeta, où il travaillait probablement à la même époque que Natalia Bortchik. Sur ses blogs et dans ses interventions publiques, Velitchenkov participe activement à la diffusion de la propagande anti-ukrainienne.

Un autre détail du parcours de Xenia Fedorova, passé sous silence dans Bannie, mérite d’être relevé. Bien avant son arrivée à RT, au début des années 2000, son frère Maxime et elle ont travaillé pour la filiale russe du groupe danois Maersk, l’un des géants mondiaux du transport maritime.

Cette étape professionnelle intrigue à plus d’un titre. D’une part, les secteurs du transport maritime et de la logistique ont joué un rôle majeur dans la constitution des élites économiques russes de l’après‑URSS, en particulier à Saint‑Pétersbourg, où l’économie portuaire a servi de laboratoire à la fusion entre cadres issus du KGB, milieux d’affaires et organisations criminelles. D’autre part, ce secteur n’était pas non plus étranger à Vincent Bolloré avant son expansion dans les médias. Cette convergence biographique ouvre une piste qui mériterait d’être explorée par nos confrères spécialisés dans les enquêtes économiques.

Enfin, les archives d’entreprises montrent qu’à la fin des années 2000, Xenia Fedorova elle-même a participé à la création de plusieurs sociétés commerciales en Russie. Dans l’une d’entre elles figurait comme associée Zinaïda Pavlova, épouse ou proche parente de Nikolaï Pavlov, ancien haut responsable de la mairie de Moscou sous Iouri Loujkov et ancien directeur du département municipal du logement et des services publics.

À en croire Intelligence Online, les services français n’auraient pas pu « documenter de façon indiscutable ses liens avec le sommet du pouvoir russe ». Notre modeste enquête montre pourtant que les éléments permettant d’éclairer l’environnement professionnel, familial et relationnel de Xenia Fedorova ne manquent pas. On peut donc raisonnablement espérer que les autorités françaises disposent de moyens un peu plus importants que les nôtres.

Iouri Izotov