Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

vendredi 6 novembre 2026

Les usages de l’eau d’irrigation dans le Sahara algérien : entre gestion ancestrale et moderne

 

La gestion de la ressource hydrique est au cœur des pratiques agricoles et de l’aménagement de l’espace. Cela est davantage le cas dans les régions arides où le manque d’eau oblige à l’adoption de stratégies adéquates telles que le choix des cultures et des variétés tolérantes à la sécheresse. Des systèmes ingénieux ont alors vu le jour ; dans les oasis du Sahara algérien, quatre existent : le ghout dans le Souf, les séguias dans les palmeraies de vallées, les ouvrages hydroagricoles du M’Zab et la foggara dans le Sahara central. La modernisation des techniques a bouleversé ce mode de fonctionnement ancestral : les forages profonds sont devenus accessibles avec une exploitation outrancière de la nappe.

De nouveaux problèmes sont apparus et ne font que s’aggraver avec le réchauffement climatique. Nous allons passer en revue la chronologie des types d’exploitation de l’eau, dont la gestion actuelle n’est pas sans conséquences sur l’environnement oasien, le tout en vue d’en tirer quelques enseignements utiles à la future gestion de cette denrée, devenue une préoccupation centrale dans les différents projets et politiques de développement.

Une gestion communautaire locale et ancestrale

Jadis, selon les régions, l’oumma ou la ­djmaa veillait au partage équitable de l’eau et était chargée, le cas échéant, de régler les conflits. Ce groupe de personnes était désigné par les religieux et les nobles de la tribu, tout en étant sous la responsabilité du kiyal al-maa, le « mesureur d’eau » en arabe. Sa mission consistait à attribuer des droits d’usages en fonction de l’effort consenti pendant les travaux de creusement. Ce modèle était appliqué dans les palmeraies du M’Zab (wilaya de Ghardaïa) et celles du Touat, du Gourara et du Tidikelt (Adrar). Dans les vallées de l’oued M’ya et de l’oued Righ, le partage de la ressource se faisait par paiement de parts d’eau à des ghettas (plongeurs) qui façonnaient des puits. Dans le Souf, on faisait appel à la touiza (travail d’intérêt général) pour chercher l’humidité dans des ghouts creusés. La gestion communautaire ancestrale prenait alors plusieurs formes selon les types et systèmes d’irrigation répondant eux-mêmes à des contraintes de terrain.

Chaque région dispose de son propre modèle « sur mesure ». Ainsi, dans les anciennes palmeraies du M’Zab, l’irrigation provient des crues de l’oued N’tissa et de l’oued Inghid. Les eaux sont captées par des galeries souterraines de plusieurs dizaines de mètres surmontées de cheminées d’aération. Chaque galerie débouche sur un canal. Des séguias sont confectionnées pour acheminer l’eau jusqu’aux parcelles. Les retenues d’eau, au nombre de deux (ah’bass et ouqdach), assurent une répartition équitable pour les terrains situés en contrebas de la palmeraie qui ne sont pas irrigués directement par les crues (1).

Plus au sud, dans le Sahara central, des galeries drainantes reliant des puits successifs ont été creusées dans les oasis du Gourara, du Touat et du Tidikelt. C’est la technique de la foggara (2). Elle draine l’eau sur des kilomètres (cinq en moyenne). Au bout, une kessria principale fait office de répartiteur et véhicule l’eau vers des secteurs de la palmeraie. Par la suite, des répartiteurs secondaires prennent le relais et assurent l’acheminement de l’eau vers les parcelles où les parts sont données grâce à une règle perforée (louh ou chegfa) selon un diamètre unitaire (habba). L’effort fourni lors des opérations de creusage donne lieu à un certain nombre de habbas qui va déterminer le débit, donc la part d’eau du bénéficiaire. En cas de faible débit, ce qui est souvent le cas, un bassin de rétention (madjen) est confectionné.

Quant au ghout, cela consiste à creuser une mini-cuvette dans l’Erg afin de se rapprocher de la nappe phréatique et d’y planter les palmiers dattiers. C’est une technique adoptée pour faire face aux contraintes hydriques. En effet, établis dans le nord du Bas-Sahara septentrional algérien, là où la pente a tendance à s’affaiblir, les Soufis ont opté pour cette façon de faire, évitant ainsi la confection de drains et de système d’irrigation (3). Les palmiers sont implantés par groupes de 20 à 100 au centre de la cuvette artificielle, qui forme une sorte de cône, d’une profondeur de 10 mètres et d’un diamètre de 80 à 200 mètres. Le fond est amené à moins d’un mètre au-dessus de la nappe phréatique, permettant aux palmiers d’être proches de la ressource (4).


Enfin, dans les palmeraies de vallées, oued Righ (Touggourt) et oued M’ya (Ouargla), les parts d’eau sont monnayées. La denrée est puisée dans des puits creusés dans la nappe phréatique à une dizaine de mètres de profondeur grâce aux ghettas. Ces puits, inondés une fois la dalle calcaire percée, obligeaient les plongeurs à poursuivre leurs travaux en apnée. L’eau est partagée entre les différents contributeurs selon les parts payées et le nombre de palmiers à irriguer.

Les aléas de la modernisation

Ce mode de gestion commence avec l’avènement des nouvelles techniques exploitant les nappes fossiles profondes par forage. Cette modernisation a bouleversé le fonctionnement communautaire d’antan : alors que l’eau était équitablement répartie, par manque, sa disponibilité a subitement gommé les principes d’une utilisation rationnelle dans la plupart des cas, l’eau étant devenue accessible avec des débits satisfaisants. Il était enfin possible de pratiquer une agriculture extensive sur de grandes surfaces reposant sur le modèle de l’agrobusiness. Toutefois, bien que la gestion communautaire perdure, elle a pris une autre forme : elle s’est modernisée à son tour. Son principe est basé sur un responsable de forage, désigné d’un commun accord par les usagers qui procèdent au partage des parts d’eau selon un volume horaire hebdomadaire. Ce dernier serait, au conditionnel, fonction du nombre de palmiers à irriguer, car dans les faits, nous avons constaté des défaillances (5).

Ces forages communautaires sont creusés et équipés par l’État. Une association de bénéficiaires se constitue autour de chaque forage. Un système de cotisation permet la maintenance et le paiement du salaire du gestionnaire. Ce dernier tient un registre régulièrement actualisé, notamment pour la gestion des cotisations et des paiements des factures mensuelles d’électricité. Il arrive que le forage soit « surchargé » à cause d’une forte demande en eau. Les pannes deviennent alors fréquentes en été et les frais augmentent en raison des réparations successives. Cette surcharge est due à deux principales raisons. La première est la non-actualisation des débits qui entraîne l’épuisement de la nappe ; il faut donc plus de temps pour la recharger. La seconde est d’ordre social ; une sorte de complaisance induite par la demande d’eau (6). Les membres de la communauté se connaissent et n’osent pas se contrarier, prétextant que l’État dispose de moyens pour venir à bout du problème. La gestion communautaire moderne des forages prédomine dans quasi toutes les palmeraies du Sahara algérien au niveau du mont des Ksour.

Dans les nouvelles palmeraies, la gestion des forages s’opère de façon individuelle par le propriétaire (7), la norme retenue étant un forage qui débite 20 litres par seconde pour 20 hectares de terrain irrigable. La modernisation de la technique d’accès à la ressource hydrique via les forages a affecté le mode de gestion ancestral et ses techniques d’antan. Il existe certes quelques endroits où elles perdurent, notamment à Adrar avec ses foggaras ou au M’Zab avec la gestion des crues des oueds. Elles sont cependant menacées de disparition tant leur débit reste en deçà des attentes actuelles. 

Délicat équilibre entre excédent et déficit hydrique 

Les forages ont permis une amélioration des débits extraits des nappes fossiles profondes. Il en résulta une extension fulgurante des surfaces agricoles avec le concours de la loi foncière dite « APFA », qui octroie un terrain agricole moyennant un dinar symbolique. De grands périmètres de mise en valeur ont vu le jour et la pression sur la ressource hydrique a également augmenté. Le climat saharien permet la pratique d’une agriculture « hors saison », ce qui offre de réelles opportunités économiques. Cependant, cette manne apparente n’est pas sans conséquences sur l’environnement oasien et ses palmeraies. Les cultures de rentes maraîchères sont très gourmandes en intrants et en eau. L’irrigation à outrance a pris des dimensions telles que certaines poches de nappe se vident. Il faut alors approfondir les forages moyennant des coûts exorbitants.

Sur le plan environnemental, l’apport massif d’eau d’irrigation génère des problèmes d’inondations, puis de salinisation des sols à cause de l’évaporation de cette eau résiduelle et de la faible profondeur de la nappe phréatique (10 mètres en moyenne) (8). La gestion non appropriée de la ressource hydrique provoque ainsi deux phénomènes techniquement opposés, mais qui aboutissent, tous les deux, à des situations défavorables : un excédent hydrique d’une part, et un déficit d’autre part.

L’excédent hydrique résulte d’une surirrigation. Dans la palmeraie traditionnelle de N’Goussa (Ouargla), nous avons constaté l’équivalent de 25 043 mètres cubes par hectare par an sur une surface d’à peine 0,19 hectare, soit un excédent de + 278 %, de l’ordre de 2,5 fois la dose recommandée (9).

Les secteurs excédentaires génèrent des secteurs déficitaires en matière d’irrigation, dans les palmeraies des Ksour « abreuvées » par le même aquifère géologique du Mio-pliocène, situé entre 100 et 400 mètres de profondeur (10). Cet excédent, en plus de pénaliser les cultures, engendre deux types de salinisation : des sols à une échelle locale ou sectorielle et des eaux à une échelle territoriale. En effet, l’évaporation des eaux excédentaires laisse précipiter des cristaux salins qui, au contact des eaux d’irrigation, vont se dissoudre et recharger les eaux en sels, et en profondeur par infiltration. Un cercle vicieux se met alors en place et c’est ce qui explique le taux de salinité extrêmement élevé de la nappe phréatique, jadis utilisée pour l’irrigation à une époque où l’on creusait des puits à Ouargla ou à Biskra.

Enfin, on constate l’expansion des cultures, principalement maraîchères, passées entre 2003 et 2015 de 121 825 hectares à 246 276. Sur une surface qui a donc doublé, le maraîchage prédomine dans quasi toutes les régions sahariennes. À titre d’exemple, cette augmentation est de 1 245 % dans la wilaya de l’Adrar, un record national, et de 420 % dans celle de Ghardaïa. Il faut rappeler que le climat saharien offre la possibilité de saisir les opportunités économiques rapides et lucratives des cultures primeurs. L’inconvénient de taille est que ces cultures sont gourmandes en eau en dépit du manque de prise en compte des besoins hydriques précis de ces cultures. Comme l’eau est accessible, on « perfuse » à profusion.

La rationalité face à la démesure

Le premier enseignement à tirer est la longévité des anciennes palmeraies des Ksour ; celle de Ouargla a par exemple été créée au VIIIe siècle, alors que l’agriculture moderne et ses problèmes environnementaux ne datent que de la décennie 1950 avec l’apparition des forages. On comprend mieux le rôle du savoir-faire ancestral dans la gestion rationnelle de la ressource hydrique. Il faut garder à l’esprit que la conjoncture socio-économique d’antan est radicalement différente de celle des années 2000, mais ce qui interpelle est la démesure caractérisant les projets de mise en valeur depuis cette période.

Le forage a permis de pratiquer une agriculture extensive en dehors des palmeraies des Ksour. De grands périmètres oasiens, composés de palmiers dattiers et de cultures intercalaires maraîchères, ont vu le jour et constituent un point relativement positif dans l’absolu. Toutefois, dans une optique de durabilité, il convient de procéder de façon rationnelle. Si l’eau permet une augmentation des surfaces cultivées, boostée par des cultures maraîchères primeurs très lucratives, son utilisation non maîtrisée est une réelle source de préoccupation : l’usage à caractère outrancier de la ressource en eau d’irrigation génère des cas d’excédents hydriques qui viennent gonfler le niveau de la nappe phréatique, provoquant un phénomène connu localement comme la n’ezz (remontée de la nappe qui inonde la surface) à l’origine de problèmes d’asphyxie racinaire chez les plantes. En été, l’eau s’évapore, laissant précipiter des sels qui vont s’accumuler et provoquer une salinisation des sols. Les plantes subissent un stress physiologique qui, finalement, affecte les rendements (11). Ce qui est à retenir de la gestion ancestrale est la rationalité d’usage de la ressource hydrique même si l’eau est disponible. De même, les besoins des cultures ne sont toujours pas maîtrisés et nécessitent davantage d’études, impératives dans le contexte du ­changement climatique.

Notes

(1) Nourredine Ben Saadoun et Nordine Boulahouat, Le palmier dattier, raconté par un cultivateur, Association BEDE, 2010.

(2) Boualem Remini et Bachir Achour, « Les Foggaras du Grand Erg occidental algérien », in Larhyss Journal, no 7, juin 2008, p. 21-37.

(3) Abdelhakim Senoussi, Samia Bissati et Imad-Eddine Leghrissi, « Le Ghout dans le Souf : l’agonie d’un système ingénieux », in Revue des BioRessources, vol. 2, no 1, juin 2012, p. 65-80.

(4) Boualem Remini et Monique Mainguet, « La remontée des eaux dans la région d’El Oued (Algérie) », in Vecteur environnement, vol. 37, no 1, janvier 2003, p. 63-67.

(5) Khaled Amrani, « Gestion de l’eau d’irrigation dans le Bas-Sahara algérien : le paradoxe hydrique de la palmeraie d’Ouargla », in Annales de géographie, no 738, mars-avril 2021, p. 77-104.

(6) Cette forte demande est générée par le manque de considération des besoins des cultures en eau.

(7) Khaled Amrani, « Typologie des oasis algériennes : pour une meilleure considération de ces espaces fertiles dans un milieu aride. Cas de la palmeraie de Ouargla », in VertigO, vol. 23, no 1, avril 2023.

(8) L’apport massif d’eau d’irrigation qu’ont permis les forages profonds vient gonfler la nappe phréatique, qui n’arrive plus à absorber cet excédent. Les terrains immergés en hiver deviennent des sebkha (dépressions à fond plat) en été avec l’évaporation de l’eau.

(9) Khaled Amrani, « Durabilité des agrosystèmes oasiens : évaluation et perspectives de développement : cas de la palmeraie de Ouargla (Algérie) », Thèse de doctorat en géographie, université Grenoble Alpes, 2021.

(10) La nappe de l’Albien, située à 1 500 mètres de profondeur, est aussi utilisée, mais dans une moindre mesure.

(11) Marc Côte, « Des oasis malades de trop d’eau ? », in Sécheresse, vol. 9, no 2, 1998, p. 123-130.

Khaled Amrani

areion24.news

jeudi 5 novembre 2026

Le SBU a arrêté une autre agente du FSB

 

Le contre-espionnage du Service de sécurité d’Ukraine a arrêté à Soumy une autre agente du FSB chargée de guider les tirs. Selon l’enquête, cette habitante sans emploi orientait les attaques russes contre cette ville proche du front.

Cette information est rapportée par СБУ.

Pour ne pas se faire repérer, la femme a changé de 4 logements en une semaine. Il s’agissait de maisons et de dépendances appartenant à des connaissances qui ignoraient qu’elle travaillait pour l’ennemi.

Selon l’enquête, elle cherchait à repérer pour les forces russes les lieux où étaient stationnés des gardes-frontières ainsi que les postes de contrôle des Forces de défense, en périphérie du centre régional. Pour cela, elle se déplaçait dans la communauté urbaine en bus et effectuait des reconnaissances à pied.

Les agents du SBU ont documenté les agissements de la suspecte et l’ont arrêtée dans un logement qu’elle louait. Selon le dossier, elle avait attiré l’attention du FSB en cherchant des petits boulots « faciles » dans les discussions de chaînes thématiques sur Telegram.

Elle transmettait à l’ennemi les informations recueillies sous forme de photos de « cibles » potentielles accompagnées de coordonnées sur Google Maps. Lors des perquisitions, les enquêteurs ont saisi 2 smartphones qu’elle utilisait à tour de rôle pour communiquer discrètement avec un agent du FSB. Le contre-espionnage du SBU a établi son identité.

Les enquêteurs du SBU ont notifié à la femme une suspicion au titre de la partie 2 de l’article 111 du Code pénal ukrainien – trahison d’État commise sous la loi martiale. Elle est en détention provisoire. Elle encourt la réclusion à perpétuité avec confiscation de ses biens.

L’opération a été menée par des agents de la direction générale du SBU dans les régions de Donetsk et de Louhansk, sous la direction procédurale du parquet régional de Donetsk.

mezha.net

La diplomatie régionale de Pékin et le poids des mots

 

Les multiples agressions verbales des autorités chinoises contredisent la politique de bon voisinage du pays qui vise, en principe, à renforcer les relations économiques, diplomatiques et stratégiques avec les voisins de l’ancien empire du Milieu. Elle s’appuie à la fois sur les Cinq principes de la coexistence pacifique, chers aux autorités pékinoises depuis les années cinquante, et sur la vision d’une « communauté de destin pour l’humanité » présentée il y a dix ans par le président Xi Jinping lui-même.

Au regard de l’attitude offensive et de la rhétorique automnale agressive des autorités chinoises ciblant une kyrielle de capitales régionales (Tokyo, New Delhi, Manille, Taipei), il est permis de s’interroger sur la désuétude de cette feuille de route pourtant pertinente et nécessaire, pour Pékin et l’ensemble de l’Indopacifique. Retour ci-après, pays par pays, sur les récentes saillies des autorités chinoises, faisant aujourd’hui (hélas) visiblement peu cas des bénéfices du bon voisinage. À tort, assurément.

Japon : militarisme sous-jacent et absence de repentance (selon Pékin)

Sur la problématique toujours sensible des offrandes rituelles de la 1ère ministre Sanae Takaichi (ès qualités et à titre personnel) au sanctuaire Yasukuni de Tokyo, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, citée par le Straits Times, s’emportait en octobre, à l’aune du courroux pékinois sur le sujet : « Le sanctuaire Yasukuni constitue un instrument spirituel et un symbole de la guerre d’agression menée par les militaristes japonais. Cette année marque le 80e anniversaire de l’ouverture du procès de Tokyo. Nous appelons, une fois de plus, le Japon à reconnaître l’histoire, à faire acte de repentance pour ses crimes passés, à mettre fin à toute régression sur les questions historiques et à gagner la confiance de ses voisins asiatiques ainsi que de la communauté internationale par des actions concrètes. »

Quelques jours plus tôt, après que Tokyo eut annoncé vouloir à terme se doter de sous-marins à propulsion nucléaire (pour rappel, l’armée chinoise dispose d’une douzaine de bâtiments de ce type), le ministère chinois des Affaires étrangères réagissait avec le tact et la mesure qu’on lui connaît : « En tant que nation vaincue lors de la Seconde Guerre mondiale et État non doté d’armes nucléaires partie au Traité sur la non-prolifération, le Japon est tenu, en vertu du droit international, de ne pas déroger à sa politique exclusivement axée sur la défense et de ne pas détenir d’armes nucléaires. Il est grand temps que les responsables politiques japonais se remettent à niveau en matière d’histoire et de droit. »

Le lendemain, dans la presse d’État pékinoise, l’ire des autorités était encore palpable, pour dire le moins : « Le Japon présente de plus en plus les activités maritimes légitimes de la Chine et d’autres problèmes régionaux comme des « menaces » pour justifier l’expansion de ses forces de sécurité maritime. En mer de Chine de l’Est et autour des îles Diaoyu [les îles Senkaku selon Tokyo], de tels discours risquent de transformer les activités normales de protection des droits et de maintien de l’ordre de la Chine en problèmes de sécurité, » rapportait le Global Times.

Taïwan : « l’île rebelle » sous administration DPP, cible permanente de Pékin

La diplomatie chinoise a récemment pleinement affiché son irritation vis-à-vis des dirigeants (DPP ; pro-indépendance) de l’île rebelle après une action de la marine taïwanaise à l’encontre d’un… bateau de pêche chinois cinglant à proximité des îles Pratas, en mer de Chine du Sud (situées à 400 km au sud-ouest de Taïwan, 300 km au sud-est de Hong Kong), administrées par Taipei mais revendiquées, avec une certaine insistance dernièrement, par Pékin. Ainsi, pour le Taiwan Affairs Office de Pékin, la Chine exerce une « souveraineté incontestable » sur les Pratas et les eaux environnantes : « La présence de navires continentaux [chinois] dans ces eaux est parfaitement légale et justifiée […] ». Avant de poursuivre : « La manière dont Taïwan traite les navires en provenance de Chine continentale — une approche dangereuse mettant en péril la vie et les biens des personnes concernées — attise de façon malveillante la confrontation entre les deux rives du détroit ; Taïwan devra en assumer toutes les conséquences. »

Quelques jours plus tôt (le 12 oct.), réagissant à un discours du chef de l’État taïwanais Lai Ching-te sollicitant le soutien du concert des nations à l’indépendance de Taipei, le ministère chinois des Affaires étrangères avait catégoriquement rétorqué : « Quels que soient les propos ou les actes de Lai Ching-te, ils ne peuvent altérer le fait — étayé par l’histoire et le droit — que Taïwan appartient à la Chine, ni changer l’issue inévitablement vouée à l’échec de « l’indépendance de Taïwan » ; ils ne pourront, en aucune manière, empêcher la réunification finale de la Chine. »

Inde : la « plus grande démocratie du monde, » un voisin et rival stratégique

Le 13 octobre, en réaction à l’officialisation par le ministère indien de l’Intérieur d’une nouvelle carte de l’Inde faisant apparaître une trentaine de lieux (sommets, pics, vallées, etc.) du Territoire du Ladakh – sur lequel Pékin lorgne de longue date – sous de nouvelles dénominations, le ministère chinois des Affaires étrangères répliquait : « La Chine n’a jamais reconnu le soi-disant « territoire de l’Union du Ladakh », établi de manière unilatérale et illégale par l’Inde, et s’oppose fermement aux prétendus « noms normalisés » rendus publics par l’Inde. Cette démarche de l’Inde est illégale et nulle, et ne change rien au fait que le secteur occidental de la frontière sino-indienne appartient à la Chine. »

Une amabilité pékinoise à l’encontre du voisin et rival stratégique indien en amenant facilement une autre, on pouvait lire ces derniers jours dans la presse officielle une tribune au contenu acerbe, faisant peu pour nourrir une détente sino-indienne déjà ténue. Sur le ton de la condescendance, une plume du Global Times évoquant les activités de la société américaine Apple en Inde aujourd’hui, écrivait : « Pour l’Inde, il peut être utile de se demander pourquoi, alors même qu’Apple continue de franchir de nouvelles étapes dans le pays, certains doutent encore qu’elle puisse devenir « la prochaine Chine ». C’est un peu comme un train qui prend de la vitesse, mais qui n’atteint toujours pas sa destination. Peut-être le problème ne réside-t-il pas dans le train, mais dans la destination elle-même. »

On saurait difficilement se montrer moins aimable avec un voisin. À moins que le paragraphe ci-dessous, consacré aux (dernières) péripéties sino-philippines en mer de Chine du Sud, n’élève encore d’un cran le curseur.

Philippines : l’archipel en résistance en mer de Chine du Sud

« Si nous voulons recourir à la force, nous pouvons facilement l’emporter [face à un adversaire philippin en mer de Chine du Sud]. Mais non, nous ne choisirons pas la force, car nous aimons la paix. Dans cette région, nous savourons la paix. » C’est en ces termes – niés depuis lors par leur auteur – que s’exprimait il y a quelques jours à peine l’émissaire de Pékin en République des Philippines ; pour le chef de l’État philippin (le 16 oct.) Ferdinand Marcos Jr., ces propos ressemblant « fort à une menace » justifiaient une explication de la part du chef de poste chinois.

En guise d’explication, la présidence philippine reçut plutôt de nouvelles foudres du ministère chinois des Affaires étrangères, peu avare ces dernières années de reproches et bravades à l’endroit de Manille, coupable à ses yeux notamment de contester (par le verbe et sur le terrain) les ambitions territoriales exorbitantes de la Chine en mer de Chine du Sud : « Personne ne doit s’attendre à ce que l’ambassade de Chine reste silencieuse face aux calomnies et aux attaques dirigées contre la Chine […]. Nos relations bilatérales se trouvent à une étape très sensible et complexe. » Et la porte-parole de la diplomatie chinoise d’exhorter la nation archipélagique du Sud-Est asiatique à « contenir les propos et agissements irresponsables de certains responsables politiques. »

Au cas où ces coups de semonce n’auraient pas été suffisamment limpides, le ministère de la Défense nationale chinois, en soutien de ses collègues des Affaires étrangères, apporta son écot : « Depuis quelque temps, la partie philippine mobilise des forces extérieures pour semer le trouble en mer de Chine méridionale, au détriment des intérêts communs des pays de la région. Elle multiplie les provocations portant atteinte à la souveraineté d’autrui et déforme les faits pour diffuser des récits fallacieux, se posant ainsi en destructrice de la paix et en facteur de déstabilisation en mer de Chine méridionale. »

La Corée du Nord, seule digne de confiance

« La Chine est prête à œuvrer avec la Corée du Nord pour faire perdurer l’amitié traditionnelle entre les deux nations, consolider la confiance politique mutuelle, élargir la coopération concrète et maintenir une communication et une coordination étroites […]. De tels efforts « favoriseront le bien-être des deux peuples et contribueront à la paix et au développement dans la région et dans le monde. »

Tout bien pesé, c’est presque (tout est dans le presque) à se demander si les capitales asiatiques mentionnées dans ces quelques paragraphes doivent finalement jalouser les prévenances automnales répétées de la diplomatie chinoise à l’endroit de la dictature héréditaire kimiste.

Olivier Guillard

asialyst.com

De Rio à Muskö : l’immobilier comme point d’appui du renseignement

 

Le 25 août 2026, Fortifikationsverket, l’agence immobilière militaire suédoise, a demandé au gouvernement l’autorisation d’exproprier une propriété placée proche de la base navale de Muskö, dans l’archipel de Stockholm. La démarche répond à un besoin de protection contre les drones. Elle repose aussi sur une appréciation de sécurité : pour les forces armées, le maintien du bien sous le contrôle de sa propriétaire constitue une menace.

Cette affaire rappelle l’importance d’une ressource discrète du renseignement : disposer d’un lieu dans l’environnement d’une cible. À Rio de Janeiro, Artem Shmyrev, un agent clandestin russe identifié sous l’identité brésilienne de Gerhard Daniel Campos Wittich, dirigeait une entreprise d’impression 3D installée près du consulat américain. Le rapprochement permet d’examiner ce qu’une adresse peut apporter à un service de renseignement : une implantation durable qui peut précéder longtemps l’exploitation opérationnelle.

À Muskö, contrôler les abords de la base

Le 11 octobre 2026, TV4, chaîne suédoise, a précisé les éléments du dossier. Tatiana Sazonova, propriétaire du terrain, possède les nationalités russe et suédoise. Selon les autorités, l’achat aurait été financé par Stanislav Aleshchenko, son mari et homme d’affaires actif dans le secteur énergétique russe. Celui-ci a également été associé dans une entreprise collaborant avec Sevmash, constructeur russe de sous-marins nucléaires. Tatiana Sazonova conteste ce financement et dément tout lien personnel avec les services russes.

Le communiqué militaire présente le terrain comme la pièce manquante du dispositif de défense contre les drones. Il s’agit du seul emplacement nécessaire à cette protection dont les forces armées ne disposent pas. L’enjeu est donc double : pouvoir aménager les abords de la base et mettre fin à une situation de propriété jugée dangereuse.

Cette distinction donne sa portée à l’affaire. Le terrain intéresse la défense par ce qu’elle pourrait y installer, mais aussi par ce qu’un tiers pourrait en faire. Aucune opération clandestine menée depuis cette propriété n’est publiquement établie. La demande d’expropriation vise à reprendre le contrôle d’un emplacement avant qu’une menace ne se concrétise.

À Rio, une entreprise comme couverture

Shmyrev dirigeait 3D Rio, société d’impression tridimensionnelle, lorsqu’il a cessé de donner des nouvelles pendant un voyage en Malaisie, en janvier 2023. Fondée en 2018, l’entreprise exerçait une activité réelle. Elle avait reçu des commandes d’organismes fédéraux, dont la marine brésilienne. Les prestations documentées concernaient des fournitures et des objets imprimés. La marine a indiqué qu’elles n’avaient pas compromis le secret de ses opérations.

Une activité commerciale renforce durablement une couverture. Elle donne une raison de louer des bureaux et d’entretenir des relations professionnelles. Les factures inscrivent l’individu dans la vie administrative du pays. Les clients et les salariés connaissent un entrepreneur, dont ils peuvent confirmer les habitudes sans connaître sa véritable identité.

La proximité des locaux avec le consulat américain est rapportée par plusieurs enquêtes. Les récits divergent sur le statut immobilier et les circonstances de l’installation. Il faut donc s’en tenir au fait documenté : l’entreprise disposait d’une adresse proche d’une représentation diplomatique. L’intérêt opérationnel de cet emplacement reste une hypothèse, distincte de la fonction de couverture assurée par l’activité économique.

Une infrastructure opérationnelle se prépare dans la durée

Pour un service de renseignement, disposer d’un lieu permet d’abord de s’inscrire dans un environnement. Une présence régulière rend les occupants familiers du voisinage. Elle leur permet de connaître le fonctionnement du quartier et d’y développer des relations sans devoir justifier chaque retour sur place.

La valeur de l’implantation dépend ensuite de sa configuration. Un local commercial et une parcelle commandant une approche maritime ne donnent pas les mêmes possibilités. Leurs occupants ne disposent ni des mêmes accès ni de la même liberté d’action. C’est cette utilité concrète qu’il faut apprécier, plutôt que la seule distance séparant le bien d’une installation sensible.

La préparation constitue ici une part du travail opérationnel. Un agent peut consacrer des années à rendre son existence ordinaire avant de recevoir une mission exploitant cette implantation. Le bénéfice immédiat est une capacité disponible. Le service dispose d’une présence déjà établie, qu’il pourra éventuellement mobiliser sans devoir organiser une installation nouvelle au moment du besoin.

Pour les responsables de sites sensibles, cette lecture élargit le périmètre de protection. La sécurité dépend aussi de ceux qui peuvent s’installer durablement aux abords. Connaître le propriétaire déclaré ne suffit pas toujours à comprendre qui finance un bien ou qui en dispose effectivement. Le contre-espionnage doit donc regarder au-delà des clôtures. Une adresse acquiert sa valeur par les possibilités qu’elle ouvre et par la durée pendant laquelle elle reste disponible. À Muskö, l’appréciation de cette valeur a conduit les militaires à demander la maîtrise du terrain.

Paul-Gabriel Lantz

enderi.fr

« Le business de la mort » : les recrues africaines en Russie

 

Selon vos enquêtes, le Kremlin a déployé une campagne de recrutement structurée dans le Sud global, avec un accent particulier sur le continent africain. Celle-ci vise à recruter des ressortissants africains et à les déployer sur le front ukrainien, en s’appuyant sur des réseaux transnationaux qui exploitent des vulnérabilités socio-économiques persistantes. Comment votre ONG, INPACT, a-t-elle identifié cette campagne et quelle est la stratégie mise en œuvre par la Russie ?

Les campagnes de recrutement déployées par le Kremlin présentent une dimension à la fois systémique et globale, s’étendant au-delà du continent africain, bien qu’il en constitue une cible majeure. Cette stratégie touche une trentaine de pays africains, mais elle touche également le Moyen-Orient, l’Asie du Sud ainsi que l’Amérique latine. Ces opérations, caractérisées par une organisation décentralisée mais structurée, remontent au début de l’invasion de l’Ukraine en 2022, lorsque Vladimir Poutine a signé un décret autorisant le recrutement de ressortissants étrangers. Son approche révèle une double dynamique : d’une part, Moscou cherche à renforcer son influence dans le Sud global en s’appuyant sur des réseaux transnationaux, et d’autre part, elle ponctionne des individus dans ces régions pour alimenter ses besoins militaires.

Pour documenter ce phénomène, INPACT a identifié l’implication de ressortissants africains dans le conflit dès 2022. Ces individus, majoritairement résidents en Russie, appartenaient à des catégories variées (prisonniers libérés en échange de leur engagement, étudiants, travailleurs). En croisant ces observations avec des données fournies par l’organisation ukrainienne « Je veux vivre » (Rachujit), proche du gouvernement de Kyiv, nous avons pu établir des listes partielles des recrues africaines. Toutefois, ces documents ne reflètent qu’une fraction de la réalité, car les chiffres réels sont bien plus élevés. Par ailleurs, INPACT a adopté une approche proactive, où l’objectif était non seulement de comprendre l’ampleur de ces réseaux, mais aussi d’identifier des leviers pour entraver ces opérations.

Quels sont les profils des jeunes Africains recrutés et comment se déroulent concrètement ces campagnes ? 

Nos recherches ont permis d’identifier deux profils distincts au sein des recrues africaines. D’une part, certaines voies recrutent des hommes en vue de leur intégration directe dans l’armée russe et leur déploiement sur le front. D’autre part, des réseaux parallèles, aux méthodes similaires, ciblent des profils pour le complexe militaro-industriel russe, notamment dans la zone industrielle d’Alabuga, au Tatarstan, où sont produits les drones. Cette dernière filière, intitulée « Alabuga Start », se concentre sur le recrutement de jeunes femmes âgées de 18 à 22 ans, principalement originaires du continent africain. Les mécanismes de recrutement employés pour ces deux catégories reposent sur les mêmes schémas, au point que l’on peut les assimiler à des formes de trafic humain, une dimension essentielle à souligner pour essayer de démanteler ces réseaux.

Nos investigations ont révélé une dualité dans les motivations des individus concernés. Une première catégorie regroupe des étrangers déjà intégrés aux organes de sécurité russes avant 2022. Ces recrues, motivées par une adhésion idéologique, expriment une hostilité marquée envers l’Occident et aspirent à s’inscrire dans un projet collectif plus large. Toutefois, cette catégorie reste très minoritaire. La majorité des recrues est mue par des motivations socio-économiques, cherchant à améliorer leur condition matérielle. La Russie exploite ainsi la précarité structurelle de ces populations, transformant leur vulnérabilité en levier de recrutement. Cette dynamique s’explique aussi par le contexte migratoire actuel, marqué par une fermeture accrue des pays occidentaux aux flux en provenance du Sud global. Cela pousse les populations vulnérables à chercher des alternatives, même risquées, exploitées par le Kremlin.

Les modalités de recrutement varient selon les cas, selon que l’intégration dans l’armée soit explicite ou dissimulée, mais reposent systématiquement sur des promesses mensongères. Les candidats se voient offrir des conditions avantageuses, qu’il s’agisse de salaires élevés, de l’obtention de la citoyenneté russe, d’avantages familiaux en cas de décès, ou encore de la prise en charge des frais de voyage. Quand le recrutement est dissimulé, on retrouve des annonces promettant des postes de travail assortis à des salaires attractifs. Or, à leur arrivée, les candidats découvrent qu’ils doivent rembourser leurs frais de voyage en signant un engagement dans l’armée, souvent rédigé en russe et donc incompréhensible pour eux.

Quelles sont leurs conditions de vie une fois déployés en Ukraine ?

Les informations disponibles sont lacunaires, mais elles révèlent un système d’exploitation brutal, où la survie des recrues semble sacrifiée au profit des intérêts stratégiques russes. Leur taux de survie moyen sur le front ukrainien est de six mois, mais en réalité, une majorité ne survit pas plus de un à trois mois. Ces chiffres suggèrent que ces recrues sont systématiquement placées en première ligne, servant de « chair à canon » pour l’ensemble des unités russes.

S’agissant des jeunes femmes recrutées pour le complexe militaro-industriel, leurs conditions de vie restent largement opaques. Elles sont logées dans des dortoirs sous surveillance stricte, mais les détails concrets de leur quotidien nous échappent. Plusieurs hypothèses évoquent des violences systémiques, notamment des abus sexuels ou des traitements dégradants, sans que ces allégations puissent être systématiquement vérifiées. Ces zones constituent une boite noire, où les mécanismes de contrôle et de répression rendent toute investigation approfondie extrêmement difficile.

Quelles ont été les réactions des gouvernements africains concernés face à ces recrutements ? Certains pays ont-ils pris des mesures pour protéger leurs ressortissants, et comment la société civile africaine a-t-elle réagi ?

Les réactions des gouvernements africains et internationaux face à ces campagnes de recrutement restent limitées et inégales, tant en nombre qu’en efficacité. Parmi les pays ayant réagi, l’Inde a abordé directement la question avec Vladimir Poutine, mais son initiative reste exceptionnelle. Sur le continent africain, seuls quelques États, dont le Kenya, l’Afrique du Sud et le Ghana, ont émis des déclarations publiques, sans pour autant traduire ces prises de position en actions concrètes significatives. 

Plusieurs obstacles structurels expliquent cette inertie. D’une part, les gouvernements africains peinent à exercer un contrôle réel sur les dynamiques sociétales internes, d’autant que ces recrutements s’appuient sur des filières criminelles transnationales, souvent difficiles à démanteler. D’autre part, des complicités au sein de certaines administrations, bien que difficiles à documenter, pourraient faciliter ces départs, ajoutant une couche de complexité à la lutte contre ces réseaux. Les mesures prises par ces États se concentrent principalement sur des négociations bilatérales avec la Russie en vue du rapatriement des combattants, et des échanges avec l’Ukraine pour faciliter le retour des prisonniers. Cependant, ces démarches se heurtent à des difficultés juridiques majeures. Bien que leur statut soit officiellement celui de prisonniers de guerre, l’absence de consentement éclairé lors de leur recrutement rend leur situation juridique ambiguë. Cela pose des questions complexes sur leur éventuelle implication dans des crimes de guerre, ainsi que sur les obligations légales des États dont elles dépendent.

Côté société civile, la prise de conscience progresse, portée notamment par une large couverture médiatique. Au Cameroun par exemple, où le nombre de recrues est particulièrement élevé, des initiatives solidaires émergent pour soutenir les familles affectées. À plus grande échelle, des organisations de défense des droits humains, comme la FIDH, ont également saisi le sujet, publiant des rapports qui contribuent à éclairer l’opinion publique et à faire pression sur les acteurs étatiques. Ces dynamiques, bien que récentes, marquent une évolution positive dans la réponse à ce phénomène, révélant une mobilisation croissante contre ces opérations.

Rachele Luisari

Lou Osborn

areion24.news