Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

jeudi 30 juillet 2026

Les services de renseignement portugais lancent leur première campagne de recrutement publique

 

Pour la première fois de son histoire, le service de renseignement portugais a lancé une campagne de recrutement publique afin de convaincre davantage de personnes de rejoindre ses rangs.

Le système de renseignement de la République portugaise (MALADE) a annoncé lundi le lancement d'une campagne nationale de recrutement de nouveaux agents de renseignement.

Des panneaux publicitaires faisant la promotion de la campagne ont commencé à apparaître à Lisbonne, Porto et Faro, parallèlement à des affiches distribuées dans les universités et les institutions publiques à travers le pays.

Avec l'approbation du gouvernement, Vítor Sereno, le secrétaire général récemment nommé du SIRP, a lancé une initiative visant à aligner le recrutement des services de renseignement portugais sur les pratiques déjà observées dans d'autres pays de l'UE.

« Il s'agit de la première campagne de recrutement publique, à l'instar de ce que font d'autres pays alliés comme l'Allemagne, la France et l'Espagne, par le biais de panneaux d'affichage et des médias sociaux », a déclaré le bureau du SIRP, notant que des efforts similaires à l'étranger avaient produit des « résultats très positifs ».

Les candidatures resteront ouvertes jusqu'au 2 décembre, suite à la création de 54 nouveaux postes répartis dans les trois principales branches du SIRP : le SIS (Service de renseignement de sécurité intérieure) ; le SIED (Service de renseignement de défense stratégique) ; et le SIRP lui-même.

Les postes proposés sont variés : agents de renseignement, juristes, ingénieurs, chauffeurs, informaticiens, logisticiens, personnel administratif et même cuisiniers. Une deuxième phase de recrutement ciblera spécifiquement les agents de renseignement et les techniciens supérieurs.

SIRP décrit cette campagne comme « le plus important processus de recrutement de son histoire », coïncidant avec le 40e anniversaire du SIS et le 30e anniversaire du SIED en 2025. Comme l'explique l'agence, de nombreux membres fondateurs sont déjà à la retraite ou sur le point de l'être, et il existe un besoin croissant de personnel possédant une expertise dans les nouvelles technologies et la cyberdéfense pour relever les défis modernes en matière de sécurité.

Michael Bruxo

portugalresident.com

La Canadienne d’origine chinoise accusée d’espionnage à l’OTAN identifiée

 

La Canadienne récemment arrêtée par les autorités belges pour suspicion d'espionnage semble avoir déjà travaillé pour des organisations canadiennes avant de s'installer en Belgique, où elle effectuait un stage à l’OTAN, selon une enquête de CBC News qui a permis de l’identifier.

Il s’agirait de Biwei Zhang, une ingénieure système ayant une formation en économie, dont le CV en ligne indique qu'elle a auparavant travaillé pour l'Agence spatiale canadienne et Statistique Canada. Les profils publics et professionnels de Mme Zhang correspondent aux informations fournies par les procureurs belges.

Avant son arrestation, elle était stagiaire au Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE), le quartier général militaire de l'OTAN à Mons, en Belgique, qui emploie plusieurs milliers de personnes.

Le domicile et le lieu de travail de la suspecte, au SHAPE, ont été perquisitionnés la semaine dernière, selon un communiqué du parquet fédéral belge. Elle aurait été arrêtée le lendemain pour espionnage et participation à une organisation criminelle.

Les autorités judiciaires belges n'ont pas confirmé l'identité de la personne soupçonnée d'espionnage ni celle de son avocat, déclarant à CBC News qu'elles ne divulguent jamais l'identité des personnes soupçonnées dans des enquêtes en cours, une approche conforme à son respect de la présomption d'innocence, qui doit être garantie en toutes circonstances.

Cependant, en utilisant des techniques d'enquête en sources ouvertes, CBC a fait correspondre la description des autorités belges avec des informations permettant d'identifier Mme Zhang sur ses profils LinkedIn, Facebook et Threads, ainsi que dans son mémoire de maîtrise et une autre affaire portée devant un tribunal fédéral.

Bien que Biwei Zhang semble être son nom légal, elle utilise le nom de Claire Zhang professionnellement et se fait appeler Catina Zhang sur son profil Facebook.

Stages dans des institutions européennes

Dans des messages publiés sur deux groupes Facebook distincts en juillet 2025, Mme Zhang a indiqué qu'elle cherchait une chambre à louer à Mons pour son stage. Elle avait également cherché un logement à Genève en 2023, juste avant un stage à l'Organisation mondiale du commerce – des dates qui correspondent à son expérience professionnelle mentionnée sur son profil LinkedIn.

Ces détails correspondent également aux informations publiées par Reuters en début de semaine, qui identifiaient la femme comme étant Claire Z. Une source a indiqué à Reuters qu'elle travaillait au sein du département informatique de SHAPE, ce qui concorde avec la formation de Mme Zhang en informatique et en ingénierie des systèmes, domaine dans lequel elle a obtenu une maîtrise à l'Université d'Ottawa en 2022.

La source la décrivait également comme non étudiante et dans la trentaine, informations correspondant au profil professionnel de Biwei Zhang. Son nom d'utilisateur Facebook, biwei.zhang.93, laisse entendre également qu'elle serait née en 1993, ce qui lui donnerait 32 ou 33 ans.

Au moment de publier, elle n’avait pas répondu aux questions de CBC news.

Les autorités belges indiquent que l'espionne présumée restera en détention provisoire pendant au moins un mois supplémentaire, le temps que l'enquête se poursuive. Mme Zhang a fait appel de cette décision.

Inquiétudes à Ottawa

Cette affaire soulève des inquiétudes quant à l'efficacité des processus de vérification de sécurité du Canada, incitant le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, à s'engager à enquêter pour savoir si la personne en question a bien travaillé pour des agences canadiennes.

Au final, nous devons aller au fond des choses et veiller à ce que ce genre d'incidents ne se reproduise plus à l'avenir, a déclaré M. Anandasangaree.

Selon son profil LinkedIn, Biwei Zhang a occupé divers postes au sein d'agences fédérales, dont :

  • scientifique des données au Conseil national de recherches du Canada en 2017;
  • économiste à Statistique Canada d'avril 2018 à octobre 2022;
  • ingénieure système à l'Agence spatiale canadienne (ASC) à partir de mai 2022.

Elle mentionne également une expérience comme analyste politique pour l'Agence spatiale européenne et la division de recherche économique et de statistiques de l'Organisation mondiale du commerce, ainsi que des postes au sein de comités miroirs du Conseil canadien des normes, une société d'État qui agit comme la voix du Canada en matière de normes et d'accréditation sur la scène internationale.

Dans un communiqué envoyé par courriel, l'Agence spatiale européenne a déclaré qu'elle appliquait des procédures de sélection standard pour les postes qui ne nécessitent pas d'habilitation de sécurité et qu'elle s'appuyait sur l'autorité de sécurité nationale compétente [pour] mener un processus de vérification complet de la personne concernée lorsque des informations classifiées sont impliquées.

De son côté, l’Agence spatiale canadienne n’a pas répondu à CBC News avant la publication.

Un porte-parole d'Affaires mondiales Canada a déclaré à CBC News que le gouvernement canadien prend la décision finale d'accorder, de refuser ou de révoquer les habilitations de sécurité pour les Canadiens qui souhaitent occuper des postes au sein d'organisations internationales, y compris l'OTAN, à la suite des évaluations de sécurité du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Affaires mondiales Canada a refusé de commenter ce cas précis, car il fait l'objet d'une enquête en cours.

En 2024, Mme Zhang avait également contesté judiciairement une décision de la Commission de la fonction publique du Canada concluant qu'elle avait commis une fraude en postulant sous deux noms et adresses électroniques différents pour un poste à l'Agence des services frontaliers du Canada et en omettant par la suite de préciser qu'elle avait soumis plusieurs candidatures. Un juge fédéral a rejeté l'affaire en août 2024.

Le poste de stagiaire, cheval de Troie des espions

Dan Stanton, ancien agent de renseignements du SCRS, a déclaré à CBC News que, même s'il n'a pas de connaissance directe du dossier, il comprend pourquoi l'OTAN s'inquiète d'éventuelles failles de sécurité.

Il affirme que les stages constituent une excellente porte d'entrée qu'il compare à un talon d'Achille pour une organisation comme l'OTAN.

La plupart des plus grands secrets d'espionnage ne résultent pas du vol de fichiers ou de l'accès à des bases de données. Il s'agit de conversations, d'informations entendues, explique M. Stanton, qui est désormais directeur du programme de sécurité nationale à l'Institut de perfectionnement professionnel de l'Université d'Ottawa.

L’ancien espion considère néanmoins l’enquête contre Mme Zhang comme une bonne nouvelle. Dans le monde du contre-espionnage, ce genre de choses arrive, a-t-il déclaré, c’est la preuve que nos processus fonctionnent.

ici.radio-canada.ca

mercredi 29 juillet 2026

« Entre la France et l’Algérie, en matière d’énergie, c’est “business as usual” »

 

L’Algérie est l’une des grandes puissances gazières de la planète. Pouvez-vous rappeler les caractéristiques de ce statut particulier et la place que cela lui donne sur la scène énergétique mondiale ?

L’Algérie est un pays à la fois pétrolier et gazier, mais c’est surtout un acteur important dans le domaine du gaz naturel : en 2024, elle est le dixième producteur de la planète avec 103 milliards de mètres cubes. Certes, ce n’est pas un « géant », sa part dans la production mondiale ne s’élevant qu’à 2 %, contre 24 % pour les États-Unis, en haut du classement. Toutefois, elle occupe une place non négligeable. C’est encore plus vrai pour les exportations : toujours en 2024, l’Algérie est le huitième exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) et le sixième par gazoduc.

Elle est donc, indiscutablement, un pays gazier majeur, mais ses exportations sont concentrées sur le marché européen, ce qui est logique en raison de la proximité géographique. Depuis longtemps, elle est un grand fournisseur de l’Europe, en particulier de l’Union européenne (UE). À travers la Sonatrach, la compagnie nationale algérienne, elle dispose d’une expérience de plusieurs décennies sur ce marché auquel elle est reliée par deux gazoducs en fonctionnement : le TRANSMED et le MedGaz. Le premier permet à la Sonatrach d’exporter le gaz naturel vers l’Italie en traversant la Tunisie et la Méditerranée. Le second lui ouvre le marché espagnol via Almería. Il existe un troisième gazoduc, le Maghreb-Europe (GME), mais il est à l’arrêt depuis le 1er novembre 2021, quand, la veille, Alger a décidé de ne pas reconduire le contrat d’exploitation. La Sonatrach s’appuie aussi sur ses usines de GNL situées à Arzew et à Skikda, sur la côte. Cette diversité d’infrastructures gazières tournées vers l’exportation constitue un atout majeur. Si l’Algérie est surtout un fournisseur de l’Europe méditerranéenne (Italie, Espagne, France, Turquie, Grèce), elle a également réalisé des percées en direction de pays d’Europe centrale et orientale, ainsi que de l’Allemagne.

L’un des grands défis de l’Algérie est de faire face à l’augmentation de la consommation interne et de rester en même temps un exportateur important. Tout producteur d’énergie cherche d’abord à répondre aux besoins de sa population, de son industrie et de son économie avant d’exporter. L’Algérie conjugue les deux depuis longtemps, mais cela pourrait devenir plus difficile, voire impossible, selon certaines projections de la demande gazière interne à moyen et à long terme. La Sonatrach s’efforce de maintenir la capacité d’extraction du plus grand champ gazier algérien, Hassi R’mel. L’ajout d’unités de compression doit permettre de stabiliser la production de ce gisement à 188 millions de mètres cubes par jour. Le développement et l’exploitation d’autres sites figurent également parmi les priorités, de même que l’intensification de l’exploration, menée à la fois par la Sonatrach et par les compagnies étrangères associées à ses projets, afin de favoriser de nouvelles découvertes. Pour le gaz naturel comme pour le pétrole, tout commence par l’exploration, ce qui suppose de rester suffisamment attractif pour les investisseurs étrangers. C’est aussi une priorité pour les responsables algériens.

Ce panorama ne serait pas complet sans évoquer le gaz de schiste. Selon l’U.S. Energy Information Administration, l’Algérie disposerait des troisièmes réserves mondiales, derrière la Chine et l’Argentine, mais devant les États-Unis. Il faut toutefois considérer ce classement avec prudence, car il repose sur des études menées dans environ 45 pays, sans travaux d’exploration, et il concerne des ressources techniquement récupérables, ce qui signifie que ce n’est pas forcément économiquement viable. Il ne fait guère de doute, néanmoins, que l’Algérie dispose d’un fort potentiel dans ce domaine. Plusieurs compagnies étrangères ont manifesté leur intérêt pour la recherche de ces ressources, dont les deux géants américains ExxonMobil et Chevron. Au printemps 2024, ils ont signé séparément avec la Sonatrach des protocoles d’accord portant sur des zones susceptibles d’être riches en gaz non conventionnel. Mais, à ce jour, cela n’a débouché sur aucun contrat.

Que représente la rente gazière et pétrolière pour les autorités d’Alger ? Dans quelle mesure est-elle une « arme » de politique intérieure, mais aussi de diplomatie ?

′′′ La rente générée par le secteur des hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) est d’une importance capitale pour l’Algérie. Chaque année, les hydrocarbures représentent 90 % des exportations totales du pays (47,38 milliards de dollars en 2024). Cette proportion est considérable, bien qu’en légère baisse, puisqu’il n’y a pas si longtemps, elle s’élevait plutôt à 95 %. Les recettes issues de ces exportations permettent à l’Algérie de financer ses importations (44,29 milliards de dollars). Les principaux postes d’achat concernent les produits alimentaires, les biens de consommation, les produits semi-finis et les équipements industriels.

La rente des hydrocarbures sert également à soutenir des programmes essentiels pour la population, ainsi qu’un système de subventions coûteux mais précieux pour la stabilité du pays et du régime. Les revenus de ce secteur stratégique sont estimés à environ 45 % du budget. De plus, le poids de l’Algérie sur la scène internationale dépend en partie de ses atouts pétroliers et gaziers, notamment vis-à-vis de l’UE.


Depuis la guerre en Ukraine, les sanctions contre la Russie ont poussé les Européens à diversifier leurs fournisseurs. L’Algérie est-elle une alternative viable à long terme ?

′′′ Quelques semaines après l’agression russe contre l’Ukraine, lancée le 24 février 2022, l’UE a décidé de se passer totalement de toutes les énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz naturel) en provenance de la Russie, et ce au plus tard (pour le gaz) d’ici à la fin de 2027. L’UE a déjà réduit d’environ 90 % ses importations pétrolières issues de la fédération russe et, pour le gaz naturel, la part russe ne représentait plus que 19 % des approvisionnements européens en 2024, contre 40 % en 2021.

L’objectif est clair, mais, pour y parvenir dans le délai prévu, il faut aller chercher des ressources ailleurs. Pour le pétrole, l’UE se tourne surtout vers l’Amérique du Nord, le Moyen-Orient et l’Afrique. Pour le gaz naturel, les Européens sont allés jusqu’au bout du monde depuis 2022 pour conclure de nouveaux accords. L’Algérie figure parmi les principaux fournisseurs de l’UE (14,4 % en 2024). Dans ce contexte, l’Italie a été la plus rapide, puisque le groupe ENI a signé dès le printemps 2022 un contrat avec la Sonatrach pour augmenter les livraisons via le TRANSMED. Depuis, d’autres engagements ont suivi avec des membres de l’Union : citons, sans être exhaustif, la République tchèque, la Slovénie et l’Allemagne. Le Royaume-Uni est également concerné.

L’Algérie apporte donc sa contribution à la volonté de l’UE de diversifier ses approvisionnements gaziers. Mais cela ne permet de régler qu’une petite partie du problème. L’UE a besoin d’importer du gaz de nombreux pays pour se passer complètement, à terme, du géant russe. En 2024, on retrouve parmi les autres principaux fournisseurs la Norvège (33,4 %), les États-Unis (16,5 %), le Qatar et l’Azerbaïdjan (4,3 % chacun).

Fin 2021, l’Algérie a suspendu les livraisons de gaz par le GME, qui passe par le Maroc. Quelles ont été les conséquences d’une telle décision ? Le MedGaz et le TRANSMED sont-ils capables de combler le manque ?

′′′ Le GME a été arrêté par l’Algérie le 1er novembre 2021, après la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc survenue durant l’été 2021. Une telle mesure pouvait, a priori, pénaliser toutes les parties concernées : l’Algérie (fournisseur), le Maroc (territoire de transit) et l’Espagne (importateur). Dans les faits, ces trois pays ont trouvé des solutions pour gérer ce problème.

L’Algérie a fermé l’un des trois gazoducs la reliant à l’UE, mais elle a augmenté la capacité de transport du MedGaz, qui dessert lui aussi l’Espagne, et elle dispose d’usines de liquéfaction qui lui permettent d’exporter davantage de GNL vers l’Europe. Outre ces deux éléments, l’Espagne peut s’approvisionner en GNL auprès d’autres exportateurs, dont les États-Unis, car elle est bien dotée en terminaux de réception et de regazéification. Le Maroc, pour sa part, a perdu les droits de transit qui lui étaient dus pour le transport de gaz algérien vers l’Espagne, et il ne peut plus acheter du gaz algérien, lequel alimentait deux centrales thermiques via le GME. Il a fallu recourir à d’autres sources d’énergies fossiles pour faire fonctionner ces sites, ou importer directement de l’électricité. En accord avec Madrid, Rabat a par ailleurs utilisé « à l’envers » le GME, de la façon suivante : l’Espagne a importé du GNL, l’a regazéifié sur son territoire, puis l’a injecté dans le gazoduc afin de l’acheminer vers le Maroc. À moyen terme, le Maroc compte importer lui-même du GNL et poursuivre son programme d’énergies renouvelables pour accroître sa production électrique domestique. On évoque aussi à Rabat le possible développement du champ gazier offshore d’Anchois, mais la décision d’investissement n’a pas encore été prise par les opérateurs du permis concerné, Chariot Limited et son partenaire, l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM).

En somme, tout le monde a réussi à se passer du GME. La principale « victime » de cette fermeture est la coopération énergétique entre les pays du Maghreb. Ce gazoduc était l’un des rares succès en la matière. Il a bien fonctionné pendant vingt-cinq ans, entre 1996 et 2021, en dépit des mauvaises relations entre l’Algérie et le Maroc.

Comment analysez-vous la « guerre du gaz » entre l’Algérie et le Maroc, notamment avec leurs projets concurrents de gazoduc relié au Nigeria ? Quelle est leur viabilité ?

′′′ Chacun de ces deux pays porte un projet de gazoduc présentant plusieurs points communs : le gaz naturel proviendrait du Nigeria, en totalité ou en partie, et l’infrastructure desservirait l’UE. Le plus ancien de ces projets, promu par Alger, est le gazoduc transsaharien (TSGP). Le tracé envisagé est simple : Nigeria, Niger, Algérie et, de là, le gaz serait transporté vers l’Europe via les gazoducs existants reliant Hassi R’mel à l’Italie et à l’Espagne. Le second est le gazoduc Afrique Atlantique (GAA), un ouvrage principalement offshore reliant le Nigeria au Maroc et à l’Espagne, en longeant l’Afrique de l’Ouest. Il a pour but de fournir du gaz à plusieurs pays africains et à l’UE, alors que le TSGP vise uniquement l’Europe.

Une chose est certaine : il n’y a pas de place pour ces deux projets en même temps, pour des raisons liées au financement et aux marchés. Autrement dit, il y en aura un seul ou… aucun. En apparence, le TSGP est plus simple, car il implique seulement trois pays, mais l’Algérie et le Nigeria le soutiennent depuis une vingtaine d’années sans succès. La dégradation de la situation politique et sécuritaire dans le Sahel, ainsi que les relations tendues entre Alger et ses voisins du sud sont autant d’éléments qui rendent difficile, à court et à moyen terme, la relance de ce projet, pourtant souhaitée du côté algérien. Quant au GAA, il a connu des avancées, notamment grâce à l’action d’Abuja et de Rabat, mais les questions clés relatives aux débouchés et au financement n’étaient pas encore résolues début novembre 2025.

Quelle est la politique énergétique de l’Algérie vis-à-vis des États sahéliens (Mali, Niger, Burkina Faso), en froid avec Paris ?

′′′ Réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ces trois pays sont certes en froid avec la France, mais aussi avec l’Algérie. Entre Alger et Bamako, les relations sont même exécrables. Par exemple, fin septembre 2025, à l’ONU, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga (depuis 2024), a accusé l’Algérie d’être la « championne de la promotion du terrorisme » et une « exportatrice de terroristes ». Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf (depuis 2023), a rétorqué que son interlocuteur était un « faux poète, mais un vrai putschiste », un « soudard » au « bavardage de caniveau ». Le Burkina Faso et le Niger ont resserré leurs rangs avec le Mali. Dans un tel climat, les conditions ne sont pas réunies pour un développement des relations économiques et énergétiques entre l’Algérie et l’AES. Il y a même des rumeurs de retrait du Niger du projet TSGP, mais la prudence s’impose. En effet, début 2025, les autorités de Niamey ont salué l’apport de la Sonatrach à une coopération entre les deux pays dans les domaines pétrolier et pétrochimique. Il y a donc beaucoup d’incertitudes autour de ces sujets, et il faudra attendre pour y voir plus clair. 

Dans les échanges (et les tensions) entre la France et l’Algérie, que représente le gaz ? Quels sont les grands secteurs économiques liant les deux pays ?

′′′ En 2024, le gaz algérien constitue 11 % des importations françaises de gaz naturel, dominées par la Norvège (40 %), les États-Unis (21 %) et la Russie (18 %). Du côté algérien, la France absorbe 29 % des exportations de GNL de la Sonatrach et 11 % de ses exportations gazières totales. Dans les deux cas, c’est significatif, mais finalement pas très important.

En dépit des relations difficiles entre Alger et Paris, les échanges énergétiques se poursuivent dans le cadre de contrats respectés par les deux parties. TotalEnergies est l’un des partenaires majeurs de la Sonatrach en Algérie, avec sa participation à l’exploitation de plusieurs champs gaziers et pétroliers. Et, en juin 2025, le groupe français a fait son entrée sur un nouveau permis d’exploration, en association avec la Sonatrach et ­QatarEnergy, à la suite d’un appel d’offres international. Il s’agit d’Ahara, un vaste permis d’une superficie de 14 900 kilomètres carrés, situé à la jonction des bassins de Berkine et d’Illizi, dans le sud-est algérien, au nord de la ville d’In Amenas. Autrement dit, en matière d’énergie, c’est « business as usual ».

Dans les échanges commerciaux franco-algériens, les hydrocarbures représentent la plus grande partie des importations de la France. Ce n’est pas une surprise, puisque le pétrole et le gaz naturel pèsent pour 92 % des exportations algériennes en 2024. Les Français envoient en Algérie des produits industriels, des matériels de transport, des équipements mécaniques, électriques et électroniques, ainsi que des produits agricoles et alimentaires. Ces dernières années, ces échanges bilatéraux ont généré un excédent commercial en faveur de l’Algérie. Là encore, c’est le poids des hydrocarbures qui domine.

Guillaume Fourmont

Francis Perrin

areion24.news

Un vétéran d’une unité secrète de Tsahal inculpé d’espionnage pour Téhéran

 

Un civil israélien ayant servi au sein d’une unité secrète de Tsahal a été arrêté et inculpé pour espionnage au profit du régime iranien, ont annoncé mercredi les autorités israéliennes.

Dans un communiqué conjoint, la police israélienne, le ministère de la Défense et le Shin Bet ont indiqué que l’homme avait été inculpé le 16 juillet devant le tribunal de district de Tel Aviv pour « contact avec un agent étranger et tentative de transmission d’informations à l’ennemi ».

Selon l’enquête, cet homme, qui avait servi dans cette unité classifiée durant son service militaire puis dans la réserve, était en contact avec « un individu se présentant comme un agent des services de renseignement iraniens ».

Le suspect aurait par ailleurs été chargé, à un moment donné, de recruter un soldat « afin d’établir un contact avec ces agents [iraniens] », précise le communiqué.

Aucun détail supplémentaire n’a été communiqué sur la nature des informations que le suspect aurait transmises à son officier traitant iranien ni sur la date de son arrestation. L’unité au sein de laquelle il a servi n’est pas non plus précisée, ses activités demeurant classifiées.

Les autorités de sécurité israéliennes ont dit « réitérer leur mise en garde » aux civils contre tout contact avec « des acteurs étrangers issus d’États ennemis ou des individus non identifiés ».

Ces deux dernières années, plusieurs dizaines d’Israéliens, dont des soldats et des réservistes, ont été inculpés d’espionnage au profit du régime iranien. Dans nombre de ces affaires, les agents iraniens avaient recruté leurs cibles via les réseaux sociaux, en particulier sur Telegram, selon les autorités.

Au début du mois, un soldat qui effectuait son service obligatoire a été condamné à cinq ans de prison pour avoir mené des activités d’espionnage pour le compte de l’Iran, après avoir été reconnu coupable d’avoir été en contact avec un agent étranger et d’avoir transmis des informations susceptibles de profiter à l’ennemi.

Les responsables iraniens confient généralement à leurs recrues des tâches relativement banales au départ – actes de vandalisme ou prise de vue de lieux publics – qui tournent ensuite en infractions plus graves, parfois même violentes.

Le nombre croissant d’agents iraniens présumés a même poussé Israël à ouvrir une nouvelle aile de la prison Damon de Haïfa pour les personnes inculpées de tels chefs d’accusation d’espionnage. La plupart des affaires sont encore en cours d’examen par la justice.

fr.timesofisrael.com

Clayton confirmé comme directeur du renseignement américain

 

Le Sénat américain a officiellement confirmé Jay Clayton comme directeur du renseignement national, malgré les réserves de l’opposition démocrate qui craint que ce choix de Donald Trump ne l’aide à interférer dans les prochaines élections.

Le président américain l’a rapidement félicité sur sa plateforme Truth Social : « Jay est incroyable à tous points de vue, et il fera un travail spectaculaire comme directeur », a-t-il écrit.

La nomination de ce procureur a été approuvée mardi soir avec 51 voix pour et 47 contre, toutes démocrates.

Aux États-Unis, le poste de directeur du renseignement national (DNI) sert avant tout de coordinateur des différentes agences comme la CIA et la NSA, et présente un rapport quotidien au président.

Jay Clayton était procureur du district sud de New York depuis le printemps 2025, après avoir dirigé la puissante autorité des marchés boursiers (SEC) pendant le premier mandat de Donald Trump.

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, John Thune, a défendu son bilan comme procureur. « Il a supervisé les poursuites contre des terroristes et la rédaction de la mise en accusation contre Nicolas Maduro », a-t-il affirmé dans l’hémicycle, en référence au président vénézuélien poursuivi à New York depuis sa capture début janvier par les États-Unis.

John Thune a aussi accusé les démocrates de se livrer à « des jeux politiciens » en s’opposant au choix de Donald Trump.

Lors d’une audition mi-juillet devant une commission du Sénat, en vue de la confirmation de sa nomination, Jay Clayton avait fait face au feu nourri des membres démocrates, notamment au sujet du résultat de l’élection présidentielle de 2020.

À plusieurs reprises, ils lui ont en effet demandé qui avait remporté le scrutin, cherchant à savoir s’il allait contredire Donald Trump, qui ne cesse d’affirmer sans preuve avoir remporté l’élection face au démocrate Joe Biden.

Jay Clayton avait alors répété à plusieurs reprises que Joe Biden avait été « certifié » vainqueur, sans toutefois affirmer qu’il avait remporté l’élection.

À l’issue du vote de mardi, le sénateur démocrate Mark Warner, vice-président de la commission du renseignement, a dit qu’il était « ressorti de l’audition de confirmation avec de sérieux doutes sur sa volonté de résister aux pressions politiques ».

« J’espère sincèrement qu’il démontrera que ces inquiétudes sont infondées, car la communauté du renseignement mérite une direction plus stable que celle dont elle a bénéficié ces derniers mois », a déclaré M. Warner.

Pour un autre sénateur démocrate, Adam Schiff, les déclarations de M. Clayton « suggèrent que si le président veut que les agences de renseignement lui concoctent quelque chose pour justifier une ingérence dans les élections de mi-mandat, alors Jay Clayton n’aura pas le courage de lui faire face ».

La nomination de Jay Clayton en juin avait fait suite à une vive polémique après que Donald Trump eut désigné un proche allié, Bill Pulte, comme DNI par intérim, pour remplacer la démissionnaire Tulsi Gabbard.

À la tête d’une agence fédérale sur le logement, Bill Pulte avait en effet entamé des enquêtes contre plusieurs adversaires politiques du président républicain.

Dans ses dernières heures de son intérim, ce dernier a annoncé mardi avoir effectué « un cinquième et presque dernier tour de limogeages » au sein des bureaux du DNI — soit « une réduction d’environ 30 % des effectifs d’il y a quelques semaines », comme le lui avait demandé Donald Trump en le nommant.

ledevoir.com