Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 30 mars 2026

Un avion radar E-3G Sentry américain a été détruit au sol en Arabie saoudite

 

Le 25 mars, le chef de l’US CENTCOM, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, l’amiral Brad Cooper, a assuré que les tirs de missiles et de drones iraniens avaient diminué de plus de 90 % depuis le lancement de l’opération «Fureur épique».

«Nous avons endommagé ou détruit plus des deux tiers des sites de production de missiles, de drones et de navires de guerre iraniens. Nous sommes sur le point d’éliminer complètement l’industrie militaire iranienne», a-t-il affirmé, via une vidéo diffusée par l’US CENTCOM.

Cependant, citées par l’agence Reuters, cinq sources proches du renseignement américain ont nuancé le propos de l’amiral Cooper en affirmant que, après un mois de guerre, les forces américaines n’avaient détruit qu’environ un tiers de l’arsenal iranien de drones et de missiles. Et d’ajouter qu’un autre tiers aurait été «probablement endommagé ou enfoui dans des tunnels et des bunkers souterrains».

Quoi qu’il en soit, les forces iraniennes ont encore des ressources, comme en témoignent les attaques qu’elles ont lancées contre plusieurs infrastructures industrielles à Bahreïn et aux Émirats arabes unis au cours de ces dernières heures. En outre, le 27 mars, elles ont de nouveau visé la base aérienne «Prince Sultan», située près de Riyad [Arabie Saoudite], à 600 km de l’Iran.

Deux semaines plus tôt, cinq avions ravitailleurs KC-135 Stratotanker de l’US Air Force avaient été endommagés lors d’une attaque de la base saoudienne. Visiblement, elle n’a pas servi d’avertissement. En effet, des images fournies par le satellite européen Sentinel-2, utilisant l’imagerie infrarouge à ondes courtes [SWIR] ont suggéré que plusieurs KC-135 Stratotanker avaient été touchés lors de la frappe iranienne du 27 mars, au cours de laquelle au moins dix militaires américains ont été blessés, dont deux grièvement.

Des responsables saoudiens et américains ont confirmé, auprès du Wall Street Journal, que la base «Prince Sultan» avait été visée par un missile iranien ainsi que par plusieurs drones et que «plusieurs avions ravitailleurs» de l’USAF avaient été endommagés.

Mais les KC-135 Stratotanker n’ont pas été les seuls appareils visés. En effet, plus tard, le magazine spécialisé Air & Space Forces a révélé qu’un avion de détection et de commandement aéroporté E-3B/G AWACS avait aussi été touché lors de cette attaque. Sollicité, l’US CENTCOM s’est refusé à faire le moindre commentaire.

Cela étant, des photographies prises par les sous-officiers de l’US Air Force et ensuite diffusées sur les réseaux sociaux ont montré que la partie arrière de l’AWACS en question – l’E-3G Sentry n°81-0005 – avait été totalement détruite.

Évidemment, la perte de cet AWACS est un coup dur pour les forces américaines. Six appareils de ce type avaient été déployés au Moyen-Orient avant le déclenchement des opérations contre le régime iranien. Pour rappel, grâce à leur puissant radar, les E-3 Sentry sont indispensables aux opérations aériennes, dans la mesure où ils sont en mesure d’établir une situation tactique sur environ un million de km² et de la partager avec les autres aéronefs engagés. En outre, ils peuvent servir de relais de communication.

Par ailleurs, la flotte d’E-3 Sentry de l’USAF connaît d’importants problèmes de disponibilité, en raison de son âge. Sur les trente-et-un appareils livrés, quinze ont récemment été retirés du service, faute de pouvoir assurer leur entretien.

Reste à voir si la perte de cet E-3 Sentry va affecter la planification des opérations américaines au-dessus de l’Iran. Cependant, au moins cinq avions de guet aérien E-2D Advanced Hawkeye de l’US Navy ont été récemment envoyés au Moyen-Orient, afin de renforcer les moyens de détection et de commandement aéroporté. En outre, la force aérienne israélienne [IAF] dispose de deux G550 CAEW ainsi que de deux B-707 EL/M-2075 Phalcon.

opex360.com

Réarmer l’Europe en construisant sa dissuasion robotique

 

La fin de sept décennies d’insouciance occidentale sous le parapluie américain rebat les cartes de la dissuasion nucléaire et des doctrines militaires. Si la nécessité de réarmer l’Europe fait consensus à Bruxelles, il reste encore à mettre en œuvre cette dynamique et à en préciser l’orchestration nationale, alors qu’une nouvelle forme de dissuasion apparait, cette fois de nature purement robotique.

Face à une menace russe grandissante, et dans un contexte de retour d’un conflit de haute intensité aux portes de l’Europe, le premier défi à relever concerne notre dissuasion nucléaire et sa perception, à son juste niveau, par nos compétiteurs. Un triplement du nombre de nos têtes nucléaires constituerait un premier message fort envoyé à la Russie. Avec près de 300 têtes opérationnelles, la France est la première et la seule puissance nucléaire du club européen. Elle occupe donc une position centrale dans la construction d’une défense crédible et dissuasive. Le Royaume-Uni possède quant à lui 225 têtes actives. Ces effectifs sont jugés « échantillonnaires » par le président Vladimir Poutine et sont régulièrement moqués par les élus et les médias russes, qui opposent fièrement la supériorité numérique de leurs 4 300 têtes nucléaires.

Un moyen efficace pour l’Europe de redevenir un compétiteur crédible aux yeux de la Russie serait de procéder à une augmentation conséquente du nombre de têtes nucléaires en France et au Royaume-Uni, afin d’atteindre idéalement, en trois ans, un effectif de l’ordre de 1 000 têtes chacun. En plus de ces 2 000 têtes, l’Allemagne pourrait s’engager à son tour dans le développement de sa propre dissuasion nucléaire, avec un soutien technologique franco-britannique. Une telle montée en puissance ferait entrer l’Europe dans le top 3 mondial, en rééquilibrant le ratio capacitaire avec la Russie, et attesterait pleinement de notre réarmement.

Préparer l’Europe au combat robotisé multi-domaines autonome et à la dissuasion robotique

En complément de la mise à niveau de notre dissuasion nucléaire, il est urgent d’adapter nos capacités conventionnelles aux évolutions du combat de haute intensité et à la robotisation du champ de bataille à toutes les échelles. Le conflit russo-ukrainien a mis en lumière une évolution rapide vers une guerre robotisée aéroterrestre et navale. Durant l’année 2025-2026, les drones aériens FPV (First Person View) ont provoqué 75 % des pertes russes et ukrainiennes sur le terrain. En saturant l’espace de combat, les drones le rendent transparent pour l’adversaire et obligent les belligérants à s’enterrer de part et d’autre de la ligne de front, figeant durablement les positions. L’usage généralisé des drones FPV instaure sur la ligne de front une « kill zone » (zone mortelle), sur une largeur évolutive de 30 à 40 kilomètres, devenue invivable pour les soldats humains, dont la probabilité de survie tend vers zéro en quelques minutes. Ce territoire est désormais celui des robots, qui s’y affrontent à l’occasion de duels aéroterrestres et de manœuvres d’interception air-air menées par des drones intercepteurs. Espace fortement brouillé, avec un système de positionnement par satellites bloqué (GNSS/GPS denied), il impose le recours à des techniques d’IA pour la navigation autonome, telles que le PNT (Positioning, Navigation, and Timing), ou à des liaisons filaires par fibres optiques accrochées aux drones aériens. Le machine learning devient indispensable pour franchir le mur du brouillage et poursuivre la mission en autonomie.

La lutte antidrones (LAD) est une fonction à la fois prioritaire et très complexe sur le champ de bataille. L’avantage demeure toujours du côté de l’attaquant opérant un drone kamikaze. La neutralisation de ce type de drone repose sur l’empilement de plusieurs niveaux technologiques : détection, identification ami-ennemi, suivi, poursuite et interception. Les drones intercepteurs doivent pouvoir voler et manœuvrer très rapidement pour rattraper leurs cibles ; on parle alors de drones hypervéloces. D’une manière générale, les qualités d’un drone aérien de combat se déclinent désormais selon l’acronyme de robotique hyper VAMAFER (Vélocité, Accélération ou Agressivité, Miniaturisation, Autonomie, Furtivité, Endurance, Résilience). La montée en puissance de cette robotique sur le champ de bataille contribue à en expulser le combattant humain et à le remplacer par des machines. L’arrivée imminente de robots humanoïdes chinois et américains en zone de conflit est également susceptible de renforcer cette évolution vers une guerre des drones sans présence humaine. Dans ce contexte d’hyper-robotisation, la course aux armements, tant matériels (hardware) que logiciels (software), est lancée. Elle repose sur l’innovation et sur la capacité à créer de la masse à faibles couts. Les géants chinois et américains se disputent la pole position de cette course en s’appuyant sur des capacités d’innovation en boucles courtes, de production, d’industrialisation et de passage à l’échelle.

Cette compétition donne naissance à une nouvelle forme de dissuasion, cette fois de nature purement robotique, qui se superpose à la dissuasion nucléaire historique et la complète. À la différence du nucléaire, la dissuasion robotique présente un très haut niveau de dissémination vers des puissances de taille intermédiaire, capables de se doter facilement d’unités robotisées de très haut niveau. L’Europe et la France n’ont d’autre choix que d’entrer pleinement dans cette nouvelle dynamique en accélérant le développement de leurs bases industrielles et technologiques de défense (BITD).

Libérer l’innovation de défense en France

Il est important de rappeler que notre BITD, composée de 4 500 start-up, PME, ETI et grands groupes, est l’une des meilleures du monde, et qu’elle occupait les deuxième et troisième places du classement mondial des ventes d’armes en 2025 et 2026. Les « Big 7 » français (Thales, KNDS, MBDA, Safran, Dassault, Airbus, Naval Group) réalisent des exploits commerciaux sur tous les continents et fournissent à la France un socle de souveraineté industrielle de très haut niveau.

Les difficultés apparaissent le plus souvent au niveau des start-up et des TPE de la défense, qui peinent encore à lever des fonds en France et à obtenir des commandes publiques. La majorité des fonds d’investissement français refusent toujours d’investir dans des start-up de l’armement, en se référant aux chartes d’investissement socialement responsables et aux critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Il s’agit d’un premier obstacle, peu évolutif dans le temps, qui limite fortement l’engagement des jeunes ingénieurs et chercheurs vers le secteur de la défense. Quelques fonds spécialisés ont vu le jour, mais ils restent très minoritaires dans le paysage du capital-risque français. Ce verrou est encore renforcé lorsqu’il s’agit de financer des projets hardware, mécatroniques ou robotiques. Les fonds acceptant de s’engager sur des dossiers de drones ou de robots demeurent très rares sur notre territoire.

L’État pourrait mettre en place des avantages fiscaux ciblés en faveur des fonds jouant le jeu des investissements « kakis » et, à l’inverse, pénaliser ceux refusant tout investissement dans le domaine militaire. Concrètement, il reste aujourd’hui très difficile de trouver un financement pour une start-up développant des drones militaires ou des composants pour drones aériens, et le fonds spécialisé Definvest est difficilement accessible pour la majorité des entrepreneurs. Les dispositifs de soutien et de subvention manquent également de visibilité. L’ouverture d’un guichet unique, s’appuyant sur de nouvelles métriques de détection de l’innovation de défense, serait une avancée majeure pour l’écosystème français.

Des verrous purement réglementaires persistent et freinent l’innovation dans le segment des drones aériens. Il est urgent d’ouvrir enfin le ciel français au vol des drones et de simplifier le millefeuille administratif des déclarations SORA — acronyme anglais pour « évaluation des risques pour opérations spécifiques » — ainsi que des demandes d’autorisation de vol. La Direction générale de l’aviation civile (DGAC) et les Directions de la sécurité de l’aviation civile (DSAC) doivent travailler en urgence à ces simplifications et à l’ouverture du ciel aux drones aériens.

Enfin, alors que cette question ne sera traitée qu’à l’occasion de l’élection présidentielle de 2027, la commande publique doit être repensée : réforme des critères d’attribution dans le domaine des drones et abandon de certaines doctrines toxiques prônant le soutien d’un seul acteur industriel au détriment des autres. La commande publique doit s’appuyer sur des métriques de performance au combat et sur des classements objectifs du niveau d’efficacité des technologies. Si nous n’adoptons pas ce protocole, nous perdrons la bataille de l’innovation avant de perdre la guerre…

Thierry Berthier

areion24.news

Russie : expulsion du deuxième secrétaire de l’ambassade britannique pour activités de renseignement

 

La Russie a expulsé le deuxième secrétaire de l’ambassade du Royaume-Uni à Moscou, Jance Gerardus, pour des accusations d’activités de renseignement, a annoncé lundi le Service fédéral de sécurité (FSB).

Dans un communiqué, le FSB a indiqué que l’accréditation de Gerardus a été révoquée et qu’il doit quitter la Russie dans un délai de deux semaines.

« Il a été établi de manière fiable que le deuxième secrétaire Jance Van Rensburg Albertus Gerardus, né le 06/01/1996, a délibérément fourni de fausses informations lors de sa demande d’entrée sur notre territoire, violant ainsi la législation russe », a déclaré le FSB.

Selon le service de renseignement, Gerardus aurait tenté d’obtenir des informations sensibles lors de rencontres informelles avec des experts économiques russes, lesquelles auraient été enregistrées.

« Le FSB de Russie a identifié des signes indiquant que ce diplomate menait des activités de renseignement et subversives menaçant la sécurité de la Fédération de Russie », a-t-il ajouté.

Dans un communiqué distinct, le ministère russe des Affaires étrangères a indiqué que la chargée d’affaires par intérim du Royaume-Uni, Danae Dholakia, a été convoquée dans le cadre de cette affaire. Une note de protestation diplomatique lui sera remise et elle sera officiellement informée de l’obligation faite à Gerardus de quitter le pays.

Wafae El Baghouani

aa.com

dimanche 29 mars 2026

Trump ou la guerre sans boussole

 

Entre provocations, contradictions et mise en scène permanente, Donald Trump brouille les repères au cœur de la guerre contre Iran. À force d’affirmations démenties et de postures changeantes, la parole américaine s’érode, au moment même où la situation internationale exige clarté, cohérence et maîtrise stratégique.

Il y a, d’abord, la question du ton. Et celle, indissociable, du contexte. En pleine guerre, devant un parterre d’investisseurs réunis dans un forum soutenu par l’Arabie saoudite, Donald Trump choisit de s’en prendre publiquement au prince héritier Mohammed Ben Salmane.

Le propos, en apparence anecdotique, est en réalité révélateur. Le président américain entame son intervention par des éloges, qualifiant MBS de « grand homme » avec lequel il affirme avoir noué des liens solides. Mais très vite, le récit bascule. Trump relate une conversation privée qu’il décide d’exposer : le prince lui aurait confié qu’un an auparavant, les États-Unis étaient « un pays mort », avant de devenir « le pays le plus important au monde ».

C’est dans la reformulation de cette scène que réside le basculement. Trump insiste sur le fait que Mohammed Ben Salmane « ne pensait pas que cela arriverait » et surtout « qu’il devrait me lécher les bottes ». Il prolonge ensuite cette mise en scène en suggérant que le prince croyait avoir affaire à un « président raté », désormais contraint de revoir son jugement.

Ce passage n’est pas un simple trait d’humour. Il révèle une conception profondément personnalisée des relations internationales, où l’alliance stratégique cède la place à une logique de domination interpersonnelle. Or, dans un contexte de guerre, cette théâtralisation fragilise la lisibilité et la solidité des partenariats.

Le récit d’une victoire contestée

Parallèlement, Donald Trump martèle une autre idée : l’Iran serait « en train de supplier » pour obtenir un accord. Cette affirmation est répétée avec constance, comme pour imposer une lecture univoque du rapport de force.

Mais cette narration se heurte à un démenti frontal de la part de Téhéran, qui nie toute demande de négociation et conteste la réalité même de discussions en cours.

Nous sommes ici face à deux récits incompatibles. Peut-être relèvent-ils tous deux d’une stratégie de bluff, pratique classique en temps de guerre. Chaque camp cherche à projeter une image de maîtrise et à influer sur les perceptions adverses.

Toutefois, la répétition insistante d’une version systématiquement contredite affaiblit celui qui la porte. Une parole qui doit sans cesse être réaffirmée face au démenti finit par susciter le doute.

Au-delà de cet épisode, c’est l’ensemble de la communication présidentielle qui apparaît traversé par une instabilité structurelle.

Donald Trump affirme que l’Iran souhaite négocier, tout en assurant qu’il n’est « pas pressé » de conclure. Il évoque des échanges « productifs », alors même que Téhéran nie tout contact. Il alterne entre menaces d’escalade et ouvertures diplomatiques, sans ligne directrice clairement identifiable.

Cette oscillation permanente ne produit pas un effet de dissuasion. Elle installe une incertitude diffuse, qui fragilise la capacité des États-Unis à envoyer des signaux cohérents.

OTAN et Ormuz : l’ambivalence stratégique

Les déclarations relatives à l’OTAN en offrent une illustration particulièrement nette. Donald Trump suggère que les États-Unis pourraient ne plus honorer leur engagement de défense : « Nous dépensons des centaines de milliards de dollars pour les protéger… mais au vu de leurs actions, je suppose que nous n’avons plus à l’être, n’est-ce pas ? »

Cette mise en cause intervient précisément au moment où Washington sollicite le soutien de ses alliés pour sécuriser le détroit d’Ormuz.

Le contraste est frappant. D’un côté, un appel à la solidarité stratégique ; de l’autre, une remise en cause de son principe même. Cette ambivalence affaiblit mécaniquement la cohésion de l’alliance et brouille le message adressé tant aux partenaires qu’aux adversaires.

À cela s’ajoute la séquence du « détroit de Trump ». En évoquant la nécessité d’ouvrir ce passage stratégique, le président glisse ce lapsus — ou cette provocation — avant de se corriger, puis d’affirmer qu’« avec lui, il n’y a pas d’accidents ».

Ce moment, à la fois léger et troublant, illustre une difficulté plus profonde : celle de maintenir un registre présidentiel à la hauteur des enjeux. Car le détroit d’Ormuz n’est pas un simple symbole. Il constitue un point névralgique du commerce énergétique mondial, dont la perturbation affecte l’ensemble de l’économie internationale.

Une guerre mal calibrée

Ces dérives discursives renvoient à une question plus fondamentale : celle de l’évaluation initiale du conflit.

L’offensive américaine semble avoir été conçue comme une démonstration de force rapide, susceptible de contraindre l’Iran à céder. Or, la réalité observée suggère une dynamique différente.

L’Iran ne cherche pas l’affrontement frontal décisif. Il privilégie une stratégie d’usure, fondée sur la durée, la dispersion et la perturbation indirecte. Le blocage du détroit d’Ormuz en constitue une illustration majeure.

Dans ce type de configuration, le temps devient un facteur déterminant. Et il apparaît aujourd’hui davantage favorable à Téhéran qu’à Washington.

La conséquence directe de cette situation est une érosion progressive de la crédibilité américaine.

Lorsque la parole officielle est perçue comme fluctuante, voire contradictoire, elle perd de sa force normative. Elle cesse d’être un repère stable pour devenir un élément parmi d’autres dans le jeu des perceptions.

Or, la crédibilité constitue un pilier essentiel de la puissance. Elle conditionne la capacité à dissuader, à rallier, à structurer les alliances.

Un précédent préoccupant

Au-delà du cas américain, une interrogation plus large s’impose.

Si le président de la première puissance mondiale adopte une posture aussi instable — mêlant provocation, contradiction et personnalisation extrême — que peut-on attendre des dirigeants de puissances moins structurantes ? Le risque est celui d’un effet de diffusion. La norme se délite au sommet, et avec elle les cadres implicites qui régulent les comportements étatiques.

Donald Trump ne se contente pas de conduire une guerre : il en redéfinit les modalités discursives.

Mais à force de contradictions et de mises en scène, la parole présidentielle cesse d’être un instrument de puissance pour devenir un facteur d’incertitude.

Et cette incertitude n’est pas neutre. Elle peut, à elle seule, accélérer le glissement vers un désordre dont nul ne maîtriserait plus les contours.

mondafrique.com

Whatsapp, Signal, Telegram... ces messageries grand public inquiètent les services de renseignement

 

Elles s’appellent Signal, Telegram ou WhatsApp. Ces messageries instantanées que nous sommes nombreux à utiliser seraient particulièrement ciblées par les cyberattaques.

L’avertissement n’est pas anodin car il émane d’une publication officielle fin mars 2026 du très officiel Centre de coordination des crises cyber (C4) effectuée en commun avec la DGSE et la DGSI, les services de renseignement extérieur et intérieur français, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) et le Commandement de la cyberdéfense (ComCyber) du ministère des Armées.

Tous sont catégoriques concernant la recrudescence de campagnes d’attaques visant les comptes de messageries instantanées appartenant à des responsables politiques et des hauts fonctionnaires français.

Le sujet n’est pas nouveau puisqu’au regard des risques déjà constatés, François Bayrou, alors Premier ministre avait en juillet 2025 signé une circulaire imposant aux agents de l’État d’utiliser à partir du 1er septembre 2025 exclusivement l'application tricolore Tchap.

Usurpation d'identité et espionnage

Les attaquants cherchent à amener leur interlocuteur à leur laisser avoir accès à leur compte en liant leur téléphone au profil de leur victime. C’est notamment le cas pour Signal et WhatsApp. La future victime reçoit un message l’invitant à rejoindre un groupe de discussion sur un sujet qui la concerne ou l’intéresse.

En cliquant sur un QR code, en pensant s’inscrire à cette nouvelle communauté, il déclenche à son insu la liaison de son compte personnel avec le téléphone de l’attaquant. Celui-ci reçoit donc les messages et peut publier en usurpant l’identité du compte piraté.

Dans d’autres cas, on reçoit un prétendu message émanant du service "Support" de Signal. Il vous est demandé de fournir vos identifiants au nom d’une opération de contrôle technique. Là encore, le pirate est à même désormais d’utiliser le compte comme s’il en était le gestionnaire légitime. Il faut donc régulièrement vérifier dans les paramètres de l’application qu’il n’existe pas d’autres appareils jumelés avec votre compte.

Des piratages constatés dans tous les pays

En février dernier, les services de renseignement allemand sonnaient l’alerte, et furent relayés par leurs homologues néerlandais début mars. Le 20 mars 2026, le FBI publiait une mise en garde concernant des opérations iraniennes contre les utilisateurs de la messagerie Telegram.

L’idée étant que ces actions offensives servent aussi bien à espionner les conversations, que de manipuler les sujets de discussion dès lors que ces messageries sont aujourd’hui souvent utilisées comme des réseaux sociaux à part entière.

De quoi inciter à ne pas scanner de QR codes partagés sur ces plateformes et à vérifier par un autre canal l’identité de l’émetteur d’un message dont la teneur est surprenante ou inhabituelle.