Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 9 mars 2026

Derrière les frappes iraniennes, l’ombre du renseignement russe

 

La Russie a transmis à l’Iran des informations concernant le positionnement militaire états-unien dans le Golfe persique et au Moyen-Orient après le début des frappes israélo-américaines : c’est l’information exclusive qu’a publiée, vendredi 6 mars, le Washington Post. Le grand quotidien de la capitale des États-Unis s’appuie sur « trois sources proches des milieux du renseignement », sans préciser ni nommer, comme c’est l’usage, les personnes à l’origine de ces informations.

Moscou un allié de l’Iran avec lequel la Russie a forgé d’étroits liens économiques et stratégiques — a ainsi donné au régime de Téhéran « la position des moyens militaires américains », informations concernant en priorité les navires de guerre et les avions, écrit le quotidien, dont l’une des sources précise qu’« il semble s’agir d’un effort d’envergure ».

Le « scoop » est intéressant : même si Donald Trump semble toujours pencher du côté de Vladimir Poutine lorsqu’il s’agit de trouver un chemin vers la paix en Ukraine, la Russie poursuit une stratégie de type guerre froide à l’égard de Washington en aidant en sous-main l’ennemi numéro un des États-Unis.

Selon les analystes cités anonymement par le Washington Post, la fourniture de renseignements russes serait visible dans le « mode opératoire des frappes iraniennes contre les forces américaines, [les Iraniens ayant ciblé] les infrastructures de commandement et de contrôle, les radars et les structures temporaires, comme celle du Koweït où six militaires ont trouvé la mort ». Le journal révèle également que le bureau de la CIA dans l’ambassade américaine en Arabie saoudite, à Riyad, « a été touché et détruit ces derniers jours ». Il ajoute, citant Dara Massicot, spécialiste des forces armées russes à la Fondation Carnegie pour la paix internationale, que « l’Iran effectue des frappes très précises contre les radars : [les Iraniens] agissent de manière très ciblée. Ils s’attaquent aux centres de commandement et de contrôle ». Tout cela illustrerait donc la possibilité d’une aide russe à l’Iran en matière de renseignement militaire.

Le positionnement militaire des forces américaines

Cette aide serait cruciale : le régime des mollahs a besoin de ce genre d’informations militaires, car l’Iran ne possède pas de capacités satellitaires lui permettant de connaître avec précision le positionnement militaire des forces des États-Unis. Toujours selon Mme Massicot, « les images fournies par les capacités spatiales beaucoup plus avancées de la Russie sont extrêmement précieuses — d’autant plus que le Kremlin a perfectionné son propre système de ciblage après des années de guerre en Ukraine ».

Le quotidien américain cite aussi une autre experte, Nicole Grajewski, spécialiste de la coopération irano-russe au Belfer Center de la Harvard Kennedy School : selon elle, les frappes iraniennes ont atteint au début de la guerre « un haut niveau de sophistication », tant dans les cibles visées par Téhéran que dans leur capacité, dans certains cas, à submerger les défenses américaines et alliées. Faut-il donc voir là aussi la main de Moscou dans ces capacités nouvelles ? C’est ce que les sources du Washington Post laissent entendre.

Ce « coup de main » russe aux Iraniens pourrait avoir des implications plus larges : cette aide contribuerait peut-être à redéfinir, toujours selon le Washington Post, « la manière dont différents pays s’engagent dans une guerre par procuration depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022 ». Tout au long de ce conflit, les adversaires des États-Unis, notamment l’Iran, la Chine et la Corée du Nord, ont fourni à la Russie une aide militaire directe ou un soutien matériel à son importante industrie de défense. « De leur côté, les États-Unis ont livré à l’Ukraine des équipements militaires d’une valeur de plusieurs dizaines de milliards de dollars et ont partagé des renseignements sur les positions russes afin d’améliorer le ciblage des frappes aériennes de Kiev. »

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a sauté sur l’occasion pour se positionner comme allié indéfectible des États-Unis. La coopération américano-ukrainienne ayant pour le moins vacillé depuis le retour au pouvoir du magnat des affaires américain, il a annoncé sur « X » que l’administration Trump a « sollicité » une « assistance » pour se protéger des drones de fabrication iranienne, utilisés à foison par les Russes contre l’Ukraine… et au Moyen-Orient depuis le début des frappes américaines et israéliennes. Belle revanche pour celui que Donald Trump humilia dans le Bureau ovale l’année dernière : Zelensky a précisé, avec une satisfaction à peine voilée, que Kiev enverra des « spécialistes » pour répondre à la demande de Washington.

Soutien rhétorique

Aide russe ou pas, l’Iran ne peut cependant compter que sur lui-même en ce début de conflit : ses alliés traditionnels ainsi que les pays avec lesquels Téhéran entretient des relations cordiales ou de « proximité intéressée » ne se bousculent pas pour soutenir un régime menacé dans son existence même. La Turquie, l’Inde et la Chine ont apporté un soutien « essentiellement rhétorique », et rien de plus, affirme ainsi le New York Times.

Ankara et Delhi entretiennent pourtant des liens relativement étroits avec Téhéran « en termes commerciaux et stratégiques », relève le quotidien new-yorkais. La Chine a besoin de l’Iran pour son pétrole, Pékin étant très dépendante de Téhéran à cet égard. La Corée du Nord, le Venezuela et la Russie « considèrent [que l’Iran] est un allié dans sa lutte contre l’influence occidentale et ont conspiré avec l’Iran pour développer des technologies militaires et contourner les sanctions ».

Mais la guerre a changé la donne : aucun de ces « alliés » n’a les moyens ou la volonté de défendre plus qu’il n’est nécessaire le régime du défunt ayatollah Khamenei. « Ils pourraient eux-mêmes devenir la cible » de représailles commerciales ou militaires de la part des États-Unis, écrit le New York Times, qui constate : « Ces amis, partenaires ou voisins de l’Iran n’ont que de belles paroles à offrir » à Téhéran.

Même les fameux « proxys » de l’Iran ne peuvent plus faire grand-chose pour leur mentor perse : le Hezbollah, de nouveau sous les tirs d’Israël depuis le début des frappes sur l’Iran, est durablement affaibli ; même chose pour son « homologue » palestinien, le Hamas, décimé par Tsahal durant deux années de guerre à Gaza ; quant aux Houthis du Yémen ou aux milices chiites irakiennes, « si elles peuvent viser des forces américaines positionnées en Irak, de telles attaques risquent fort peu d’influer sur le cours de la guerre à l’intérieur de l’Iran ».

Et le New York Times de conclure : « Sans alliés véritables, l’Iran est en train de mener une guerre bien solitaire… »

Bruno Philip

mondafrique.com

Les nombreuses caméras de surveillance insécurisées sont une bénédiction pour les services de renseignement

 

Pendant des décennies, les armées ont fait confiance aux satellites, drones et espions humains pour la reconnaissance et la surveillance. Mais à l’ère de l’électronique grand public bon marché et insécurisée, une nouvelle arme redoutable a fait son apparition: la caméra de surveillance au quotidien.

La firme de sécurité Check Point, basée à Tel Aviv, a publié mercredi une enquête sur des centaines de tentatives de piratage de caméras grand public au Moyen-Orient. Nombre de ces tentatives ont coïncidé avec les récentes frappes de missiles iraniens contre des cibles en Israël, au Qatar et à Chypre. Selon Check Point, un groupe de pirates informatiques entretenant des liens avec les services de renseignement iraniens serait à l’origine de ces attaques. Cela laisse supposer que l’armée iranienne utilise des caméras civiles pour sélectionner des cibles, planifier des attaques ou évaluer les dégâts après une frappe.

De leur côté, les armées israélienne et américaine font exactement la même chose. La semaine dernière, le Financial Times a révélé que l’armée israélienne avait eu accès à la ‘quasi-totalité’ des caméras routières de Téhéran, la capitale iranienne. En collaboration avec la CIA, ces images ont servi à coordonner la frappe aérienne qui a tué le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Des sources israéliennes ont expliqué comment elles avaient cartographié le quotidien des gardes entourant le dirigeant grâce aux images provenant directement de caméras routières. ‘Nous avons appris à connaître Téhéran aussi bien que Jérusalem’, a déclaré une source.

Simple et efficace

D’après Check Point, le piratage des caméras de sécurité est devenu un élément essentiel de la guerre moderne. Non seulement les informations qu’elles fournissent, s’avèrent extrêmement précieuses, mais il est également relativement simple de les pirater, car les propriétaires des caméras effectuent rarement les mises à jour de sécurité. Et il ne s’agit pas seulement de négligence: dans de nombreux cas, les caméras restent en service même après leur fin de vie. Or ces problèmes sont difficiles à résoudre, car les responsables de la sécurité – le fabricant et le propriétaire – ne sont pas directement touchés par l’espionnage.

Check Point a toutefois déterminé que des hackers avaient exploité une série de vulnérabilités connues dans des modèles de caméras de sécurité populaires lors de récentes cyberattaques iraniennes. Il est même question de problèmes pour lesquels des correctifs étaient disponibles. Lisez aussi: Deux centres de données d’AWS aux Emirats touchés par des drones

En Ukraine également, les autorités avertissent depuis des années déjà que la Russie pirate les caméras grand public pour espionner les mouvements de troupes. Le service de renseignement ukrainien, le SSU, affirme avoir déjà désactivé 10.000 caméras connectées à internet, afin d’empêcher la Russie de les utiliser pour diriger des frappes de missiles. Parallèlement, l’Ukraine elle-même recourt à cette technique: les images d’une attaque contre un sous-marin russe dans la baie de Sébastopol semblaient provenir directement d’une caméra de surveillance piratée.

Sebastien Marien

datanews.levif.be

Comment de faux recruteurs chinois ciblent des responsables politiques sur LinkedIn

 

Les services de renseignement britanniques ont alerté les parlementaires après la découverte de profils LinkedIn liés au renseignement chinois. Derrière des offres de conseil bien rémunérées, l’objectif serait de collecter des informations non publiques.

Le profil est soigné, la photo, celle d’une jeune femme souriante, le nom anglicisé. Amanda Qiu se présente comme directrice d’un cabinet de recrutement basé à Pékin, avec six ans d’expérience et des intérêts affichés pour le ministère britannique des Transports. Shirly Shen, elle, co-dirige une association censée aider des étudiants à découvrir la Chine, depuis Hangzhou. Deux profils LinkedIn en apparence anodins, sauf que le renseignement britannique affirme qu’ils appartiennent à des officiers du renseignement chinois.

Mardi 18 novembre 2025, le service de contre-espionnage britannique a diffusé une alerte officielle auprès des membres du Parlement, transmise par les présidents de la Chambre des communes et de la Chambre des lords. Message : ces deux profils ont été utilisés pour approcher « à grande échelle » des élus et des pairs, dans le but de collecter des informations non publiques sur le gouvernement et ses politiques.

Le ministre de la Sécurité, Dan Jarvis, a confirmé l’opération devant les Communes dans la journée. « Il s’agit d’une tentative clandestine et calculée d’une puissance étrangère d’interférer dans nos affaires souveraines », a-t-il déclaré. Selon lui, la campagne est conduite par un groupe d’officiers du renseignement chinois agissant derrière des sociétés-écrans ou de faux recruteurs.

« Expert du politique ou de l’économie »

Les cibles sont d’abord sollicitées pour rédiger des rapports géopolitiques en qualité de « consultants indépendants ». Le paiement proposé peut atteindre 20 000 euros, en espèces ou en cryptomonnaie. Les informations demandées doivent être « non publiques », « sensibles », « en temps réel » ou « off the record ». Des signaux d’alerte listés dans la fiche d’information que le MI5 a jointe à son message.

L’ambassade de Chine à Londres a rejeté l’ensemble des accusations, les qualifiant de « pure fabrication et de diffamation malveillante ». Ce n’est pas la première fois que ce type d’affrontement éclate entre Pékin et Londres sur le terrain de l’espionnage.

Martin Lagrave

parismatch.com

Espions, sabotage et frappes ciblées contre les défenses antiaériennes iraniennes

 

En juin 2025, Israël a mené une offensive d'une ampleur inédite contre l'Iran, neutralisant en quelques heures 300 cibles militaires stratégiques. Cette opération reposait sur des années de préparation clandestine menée par le Mossad.

La capacité d'Israël à frapper en profondeur sur le territoire iranien repose sur un réseau d'espionnage construit depuis des décennies. Le 13 juin 2025, cette infrastructure clandestine s'est activée pour neutraliser les défenses antiaériennes et les sites de missiles avant l'offensive aérienne israélienne. L'opération clandestine du Mossad en Iran a mobilisé plus de 100 agents déployés simultanément, une première dans l'histoire du service de renseignement israélien.

Des agents iraniens recrutés par haine du régime

Bon nombre de ces recrues ont reçu une formation spécialisée pour manipuler des systèmes d’armement guidés et des drones explosifs. ProPublica indique que le renseignement israélien a mis en place des canaux de communication sécurisés. Grâce à eux, les opérations pouvaient être coordonnées sans attirer l’attention des services iraniens. De plus, les agents ont opéré par cellules indépendantes pour limiter les risques de démantèlement.

Leur mission principale consistait à placer des équipements militaires à proximité immédiate des sites stratégiques iraniens. Ces agents ont également fourni des renseignements en temps réel sur les mouvements des forces armées iraniennes, permettant aux planificateurs israéliens d'affiner leurs cibles. La dimension humaine de cette opération a joué un rôle déterminant dans sa réussite.

Le recrutement s'est étendu sur plusieurs années, avec un pic d'activité avant l'offensive de juin 2025. Les agents ont été payés via des circuits financiers opaques pour éviter toute traçabilité. Certains ont donc agi par conviction idéologique, d'autres pour des raisons financières ou personnelles.

Drones et missiles dissimulés pendant des mois dans le territoire ennemi

Le Mossad a orchestré une campagne d'infiltration d'armement sur le sol iranien bien avant le déclenchement de l'offensive. Selon le WSJ cité par The Times of Israel, des centaines de quadricoptères explosifs ont été introduits en Iran via des canaux commerciaux légitimes. Ces drones ont été dissimulés dans des valises, des camions de marchandises et même des conteneurs maritimes.

Ces équipements ont été entreposés dans des caches disséminées sur le territoire iranien, notamment près de Téhéran et dans les provinces abritant des installations militaires sensibles. Les agents locaux ont assuré la maintenance et la surveillance de ces stocks pendant des mois. Par ailleurs, Euronews évoque la mise en place d’une véritable base de drones en territoire ennemi. Elle permettait de lancer des frappes immédiates sans engager d’appareils venus de l’extérieur.

Dans le même temps, des systèmes d’armement guidés ont été installés près de certaines batteries de défense antiaérienne iraniennes. Leur positionnement n’était pas anodin. Ils pouvaient être activés à distance au moment jugé opportun. Une telle logistique exigeait une coordination étroite entre les agents sur place et les centres de commandement israéliens.

L’objectif consistait à contourner les défenses iraniennes en frappant depuis l’intérieur. Les drones dissimulés ont ainsi permis de neutraliser plusieurs cibles sans exposer l’aviation israélienne. De plus, l’emploi de technologies civiles détournées a rendu la détection beaucoup plus difficile pour les services de renseignement adverses.

L'opération clandestine du Mossad en Iran frappe 300 cibles en quelques heures

Dans la nuit du 13 juin 2025, les équipes infiltrées ont déclenché les dispositifs installés à l’avance. L’opération a été menée de façon quasi simultanée. Selon Axios, les frappes ont d’abord ciblé les batteries de défense aérienne, les dépôts de missiles balistiques et plusieurs installations nucléaires. En quelques heures, près de 300 objectifs ont été touchés. L’Iran s’est ainsi retrouvé privé d’une part importante de sa capacité de riposte.

Sur le terrain, des agents ont ensuite guidé les drones vers leurs cibles. En parallèle, ils transmettaient des informations en temps réel aux forces aériennes israéliennes. Cette coordination entre sabotage interne et frappes aériennes a rapidement semé la confusion dans le commandement iranien. Déjà fragilisés par les premières attaques, les systèmes antiaériens ont eu du mal à suivre. Les raids qui ont ensuite frappé le territoire ont donc rencontré une défense désorganisée.

L’opération a surtout révélé l’ampleur de l’infiltration israélienne en Iran. Le Mossad semble avoir pénétré des cercles sécuritaires pourtant réputés difficiles d’accès. Sous l’effet du sabotage, Téhéran a dû revoir une grande partie de ses protocoles de sécurité intérieure. Plusieurs généraux des Gardiens de la révolution figuraient aussi parmi les cibles. Leur disparition a encore compliqué la chaîne de commandement.

Cette offensive marque un tournant dans les méthodes de guerre hybride combinant espionnage humain, sabotage prépositionné et frappes conventionnelles. Les capacités de riposte iraniennes ont été réduites de manière significative, retardant toute réponse militaire coordonnée. L'opération a également mis en lumière la vulnérabilité des infrastructures critiques face à des menaces internes coordonnées sur une longue période.

Auriane Polge

science-et-vie.com

dimanche 8 mars 2026

Iran : deux marines mutantes

 

Dès la fondation de la République islamique d’Iran en 1979, les deux marines, celle héritée du régime impérial (Nedaja) et celle des Gardiens de la révolution (Nedsa), se distinguent par le tonnage de leurs bâtiments et par leurs missions, hauturière et classique pour la première, côtière et asymétrique pour la seconde. Depuis cinq ans, cette ligne s’efface. Les deux rivales se dotent l’une comme l’autre de grandes bases mobiles lance-missiles balistiques et de croisière, anti-terre et antinavires, de porte-hélicoptères et de porte-drones destinés à des déploiements globaux.

Le premier porte – drones de combat au monde appartient aux Gardiens de la révolution (Pasdaran) et non à la marine régulière. Si celle-ci poursuit son programme de frégates et de patrouilleurs lance – missiles, toujours en copiant les coques d’unités soixantenaires, anglaises et françaises, la marine révolutionnaire construit désormais de grands catamarans capables d’affronter la haute mer et armés de missiles à longue portée lancés en silos ; un pas que la marine régulière n’a pas encore franchi. Autre nouveauté, les deux marines sont vues en train d’opérer ensemble, non seulement lors d’exercices, mais désormais lors d’escales à l’étranger. Si, traditionnellement, les deux rivales agissent séparément sous un même commandement opérationnel central, la coopération pourrait aujourd’hui s’établir à des échelons locaux. Ces évolutions s’accompagnent d’une série noire d’accidents, lors desquels la marine régulière de la République islamique perd successivement son plus grand bâtiment, un pétrolier ravitailleur d’escadre, incendié, et une nouvelle frégate, disloquée par une tempête. Une autre frégate chavire puis sombre, avant d’être renflouée tandis les superstructures d’un gros patrouilleur sont emportées par un missile d’exercice. Pourtant moins expérimentée, la marine des Gardiens de la Révolution est paradoxalement épargnée par ces calamités.

Défense antimissile… depuis un porte-drones de combat

La première mutation concerne l’amélioration des capacités de défense antiaérienne de la marine et l’introduction de moyens équivalents chez les Gardiens de la révolution. Le 26 octobre 2024, en réponse à des tirs iraniens contre son territoire, Israël lance trois séries de frappes contre 20 localités de la République islamique. Les deux marines doivent évacuer précipitamment la base principale de Bandar Abbas, par crainte d’être attaquées sur leurs quais d’amarrage. Si les Gardiens de la révolution disposent de galeries souterraines pour abriter leurs vedettes, les grosses unités doivent gagner le large.

Si l’on ne dispose pas d’informations sur une éventuelle participation des deux marines à la défense aérienne contre les représailles israéliennes, depuis cinq ans, la marine régulière dote deux frégates de type Moudge, les Sahand et Deilaman, de missiles portant jusqu’à 120 km, les types Sayyad, dérivés du SM‑1R américain (2 × 2). Pour leur part, les Gardiens de la révolution adoptent les Sayyad‑3 en silos (1 × 16) pour leurs quatre corvettes catamarans Shahid Soleimani. Des véhicules portant des Sayyad‑3 sont occasionnellement arrimés sur les ponts des pétroliers 441 Makran et 442 Kordestan de la marine ainsi que sur l’ancien cargo roulier L 110‑1 Shahid Roudaki et les deux porte-conteneurs de 240 m type Germanischer Lloyd, les C 110‑3 Shahid Mahdavi et C 110‑4 Shahid Bahman Bagheri, des Gardiens de la Révolution. S’inspirant de la Turquie tout en la devançant, ceux-ci transforment l’un de leurs deux porte – conteneurs en porte – drones à piste oblique, une première mondiale.

À Téhéran, l’Institut d’études et d’analyse militaires (MSAI), un centre de réflexion institutionnel (1), explique que la mission principale du Shahid Bahman Bagheri consiste à intercepter des missiles de croisière tirés contre l’Iran grâce au drone à réaction Qaher‑313. Par rapport au Shahid Mahdavi, le Shahid Bahman Bagheri dispose d’un tremplin, d’une piste oblique de 180 m et de brins d’arrêt permettant l’envol et la récupération des Qaher‑313. Ce drone à réaction correspond d’abord à un avion d’attaque, le JAS‑313, qui semble aujourd’hui abandonné au profit de sa version sans pilote. Le Qaher‑313 tire six missiles air-air chinois PL‑12 d’une portée de 100 km. Guidé par son autodirecteur, le PL‑12 est comparable à l’AIM‑120 AMRAAM américain et au R‑77 russe, capables d’engager des missiles de croisière. Il est un peu moins performant que le PL‑15E qui vient de se distinguer contre l’armée de l’air indienne en abattant au moins un Rafale. Embarquant une demi – douzaine de Qaher‑313, le Shahid Bahman Bagheri devance le transport d’assaut turc Anadolu qui recevra le drone à réaction Bayraktar Kizilelma, capable d’intercepter des avions et des missiles de croisière avec le missile transhorizon turc Göktug. À Téhéran, le MSAI évoque déjà une variante du porte-drones Shahid Bahman Bagheri qui serait dotée d’un pont continu de 240 m avec un îlot déporté sur tribord, comme un porte – avions classique, toujours sur une coque du type Germanischer Lloyd.

Pour ses plus petites unités navales, l’Iran se dote d’un autre missile mer-air. Il s’agit du Nawab à lancement vertical, observé sur une vedette des Pasdaran et qui présente une ressemblance troublante avec le missile Umkhonto de l’industriel sud – africain Denel. Si Washington paraît avoir interdit une vente sud – africaine à Téhéran, on peut s’interroger sur une éventuelle co-opération technique. Avec ce nouveau missile, les vedettes des Pasdaran sont moins vulnérables à l’aviation et aux hélicoptères qui menaçaient de les neutraliser.

Projection et gesticulation politique

La seconde mutation concerne l’allonge des deux flottes iraniennes. Jusqu’à présent, seule la marine régulière effectuait des déploiements au – delà des approches, pour sa croisière – école annuelle, pour des patrouilles occasionnelles en mer Rouge et dans le nord de l’océan Indien (lutte anti – piraterie) et pour des mouvements exceptionnels en Méditerranée, à l’époque de l’alliance syrienne. Désormais, la marine dispose, comme les Gardiens de la révolution, de plateformes capables de circumnavigation pour porter les missiles de la République islamique à portée du territoire de ses ennemis, ou du moins l’affirmer à la population iranienne, inquiète de la présence de missiles de croisière sur les bâtiments occidentaux qui patrouillent le Golfe. Ces nouvelles plateformes permettent des escales médiatisées chez des partenaires lointains comme la Russie ou l’Afrique du Sud (2).

Apparu en novembre 2020, le premier pétrolier converti en base mobile, le Makran (230 m), est armé de missiles antinavires Ghader et de croisière Soumar (2 000 km). Il peut lancer sept hélicoptères et autant de vedettes lance – missiles et lance – torpilles Kajami ainsi que des drones kamikazes Shahed. Déployé en Atlantique et en Baltique d’avril à juillet 2021, il boucle un tour du monde durant le premier semestre 2023, franchissant l’océan Indien, l’océan Pacifique, les caps Horn et de Bonne – Espérance avec des escales remarquées à Rio de Janeiro et à Cape Town. Ce faisant, Téhéran démontre à sa population que le pays a désormais la capacité de déployer des missiles de croisière dans les approches de nations qui viennent croiser avec des unités armées de missiles de croisière le long de ses propres côtes. En mars 2025, la marine iranienne achève dans un chantier de Bandar Abbas la transformation en base mobile d’un second pétrolier, le Kordestan. Légèrement plus petit, il semble équipé d’un ascenseur pour abriter ses hélicoptères et drones dans un hangar aménagé dans ses cuves.

Admis en service en 2022, le Shahid Mahdavi des Gardiens de la révolution emporte les mêmes vedettes, drones kamikazes, hélicoptères et missiles de croisière et antinavires que le Makran, complétés par des missiles balistiques antinavires Zolfaqar (750 km) et des missiles de défense aérienne Khordad. Le Shahid Mahdavi, le Shahid Roudaki et le Shahid Bahman Bagheri étendent la portée et la durée des opérations asymétriques des Gardiens de la révolution, qui affirment pouvoir durer un an à la mer et parcourir 22 000 nautiques avec ces nouvelles plateformes. Le 21 février 2025, le Shahid Madhavi gagne Port Klang, en Malaisie, escorté par la frégate Dena. C’est la seconde fois, semble-t‑il, que les deux forces navales de la République islamique effectuent ensemble une escale à l’étranger, après la visite de quatre bâtiments à Sharjah, aux Émirats arabes unis, le 2 février. Les drones à réaction Qaher‑313 du Shahid Bahman Bagheri peuvent aussi larguer deux bombes de 910 kg sur des objectifs terrestres ou navals. Ils sont complétés par des drones à hélices Ababil‑3N et Mohajer‑6, dotés de senseurs et de charges de précision. Toutefois, le MSAI de Téhéran explique que l’utilité des drones est limitée par leur incapacité à pénétrer des défenses durcies, les rendant impropres pour des combats de haute intensité. Ces drones représentent toutefois une menace pour la navigation commerciale, si celle-ci n’est pas escortée.

Loi des séries…

Le 7 juillet 2024, la frégate Sahand chavire et sombre devant le complexe iranien de construction navale et d’industries offshore (ISOICO) au port marchand de Bandar Abbas, à l’embouchure du golfe Arabo – Persique. L’agence de presse officielle IRNA confirme le chavirement, expliquant que la Sahand « a perdu sa stabilité en raison d’une voie d’eau » alors qu’elle était en réparation à couple d’un autre navire, lui – même amarré à quai. Plusieurs personnes auraient été blessées, sans autres précisions. La classe Moudge est déjà marquée par la malchance. Très active pendant deux ans dans la diplomatie navale de Téhéran en mer Caspienne, la Damavand est prise dans la tempête du 28 janvier 2018. Heurtant la jetée de Bandar Anzali, elle se disloque. Autre sistership en construction, la Talayieh bascule le 6 décembre 2021 dans la cale sèche de l’arsenal de Bandar Abbas. Les 11 mai 2020 et 2 juin 2021, la marine subit deux autres accidents : la superstructure de l’auxiliaire Konarak est détruite par un missile tiré par erreur et le pétrolier ravitailleur d’escadre Kharg s’embrase et sombre au large de Jask.

Lancée le 18 septembre 2012 et admise au service le 1er décembre 2018, la Sahand est la troisième unité de la classe Moudge et la deuxième du nom. Les Moudge sont dérivées des Saam/Alvand britanniques dont elles reprennent la coque de 95 m. Construites par Vosper entre 1968 et 1972, elles symbolisent alors la volonté de l’Iran impérial de dominer le golfe Arabo – Persique. Rebaptisées Alvand après la révolution de 1979 et actives durant la « guerre des pétroliers » contre l’Irak en 1980-1988, deux sont mises hors de combat par l’US Navy le 18 avril 1988, à la suite du minage iranien de la frégate USS Samuel B. Roberts. La première Sahand est coulée par une salve de missiles Harpoon et de bombes guidées, qui coûte la vie à 45 membres d’équipage, et son sistership Sabalan est sérieusement endommagé. La perte de ces deux unités décide la République islamique à lancer un effort national pour restaurer la Sabalan et produire des successeurs sur le même modèle.

La construction débute en 2001 dans trois chantiers, l’arsenal de Bandar Abbas, le chantier ISOICO, à l’ouest de Bandar Abbas, et le chantier Shahid Tamjidi à Bandar Anzali, sur la mer Caspienne. Cinq unités sont admises au service entre février 2010 et novembre 2023 : les Jamaran et Damavand (mars 2015), les Sahand et Dena (juin 2021) et la Deilaman. Outre des missiles antinavires (chinois C‑802 ou iraniens Qader et Qadir) installés ultérieurement sur les trois Alvand à la place des Sea Killer d’origine, les Moudge substituent des copies iraniennes Fajr et Kamand des canons italien Oto Melara de 76 mm, suédois Bofors de 40 mm et russe multitube de 30 mm aux canons d’origine de 114 mm et de 35 mm. Elles conservent des lance – torpilles triples, mais abandonnent le mortier anti – sous – marin. À la place, les nouvelles frégates reçoivent une plateforme hélicoptères et emportent des missiles antiaériens Sayyad‑2/3/4 à longue portée. L’industrie et le génie naval iraniens développent une variante du radar anglais Plessey AWS‑1, l’antenne tridimensionnelle ASR (2013), puis un mât à quatre phases « œil d’aigle » (2023) avec une capacité supposée de détecter 100 cibles et d’en intercepter 13 simultanément. De fait, chaque unité de la classe Moudge se distingue par une disposition différente des armements, des mâts et des senseurs. Les Sahand, Dena et Deilaman présentent des superstructures inclinées. La mâture en treillis des deux premières limite toutefois la furtivité recherchée. L’adjonction de six, voire de huit lanceurs-érecteurs antiaériens Sayyad‑3 devant la passerelle de la Sahand et celle d’une énorme conduite de tir juste au – dessus de la couronne de veille augmentent le poids des superstructures, affectant nécessairement la stabilité du navire et expliquant le chavirement du 7 juillet 2024. Plus légère avant sa modernisation, la Sahand avait participé en juillet 2021 à la revue navale de Saint – Pétersbourg, en Russie, effectuant ce long voyage sans apparemment rencontrer de problèmes de stabilité.

Parallèlement, l’Iran apporte des modifications à l’Alborz et à la Sabalan, deux des trois frégates soixantenaires de la classe Alvand dont sont dérivées les Moudge. Selon les photos de l’exercice « IMEX 2024 », l’Alborz reçoit un lanceur, vraisemblablement pour des drones kamikazes Shahin‑1 (3 × 4) également installés à bord de la Deilaman de classe Moudge. L’Alborz est observée à quai avec 16 missiles antinavires, une quantité sans précédent qui pourrait également menacer la stabilité du bâtiment.

La Sahand a été renflouée et remise à flot le 24 juillet 2024. Ses armements et équipements sont désormais rapprochés de la ligne de flottaison pour améliorer ses qualités nautiques. Les ouvertures sous l’ancien pont d’envol sont fermées, celui-ci se trouvant désormais sur la superstructure arrière à la place du canon multitube antimissile et des missiles mer-mer déménagés sur la poupe où se trouvait l’ancienne plateforme hélicoptères. Tout paraît fait pour réduire les poids dans les hauts et protéger le pont principal des vagues qui pourraient causer une voie d’eau catastrophique. La haute mâture en treillis est abandonnée au profit d’un mât plein, beaucoup plus court. Il semble que des silos pour le missile antiaérien Sayyad soient en cours d’installation devant le bloc passerelle. Le bâtiment devrait recevoir 12 missiles (3). Concernant la Damavand disloquée par une tempête en 2018, certains équipements sont sauvés, mais la coque démantelée n’a jamais été réassemblée dans le chantier tout proche de Shahid Tamjidi. Le nom et le numéro de ce navire n’ont pas été réattribués, ce qui pourrait laisser prévoir un remplacement (4).

Sixième unité de la classe Moudge, la Talayieh bascule dans un bassin de Bandar Abbas le 6 décembre 2021 avant d’être redressée et achevée dans la configuration originale d’un « destroyer collecteur de renseignement » rebaptisé Zagros. En décembre 2024, Tasmin News rapporte l’affectation du Zagros à Bandar Abbas, à l’orée d’Ormuz. Peint en blanc, le Zagros est pour le moment dépourvu d’armements, y compris pour son autodéfense, ce qui surprend. Il étend la surveillance maritime et la guerre électronique en mer d’Arabie, potentiellement en soutien des partenaires houthis. Une septième unité de la classe Moudge, le Taftan, est sur cale au chantier Shahid Darvishi de Bandar Abbas. Il semble en revanche que le projet d’un plus grand « destroyer », le Loghman, soit abandonné avec la disparition du premier segment de coque.

Concernant les Gardiens de la révolution, le contre – amiral Ali Fadavi informe de l’existence de vedettes lance – missiles avec des vitesses de 80 à 120 nœuds, dont la production en série devait être lancée fin 2024. Parallèlement, les Gardiens de la révolution sortent un nouveau catamaran de débarquement au chantier Shahid Mahallati Industries. Armé par cinq membres d’équipage, il mesure 27 m de long sur environ 11 m de large pour un déplacement de 85 t à pleine charge avec une charge utile de 16 t, une vitesse de croisière de 25 nœuds, une vitesse maximale de 31 nœuds, et une distance franchissable de 800 km (réduite de moitié à pleine charge), suffisante pour atteindre toutes les îles du golfe Arabo – Persique ainsi que la mer d’Oman.

Réassurance sino-russe

Le 10 mars 2025, l’Iran, la Chine et la Russie lancent la cinquième édition de leur exercice naval annuel axé sur la défense de la République islamique contre une attaque venue de la mer. Baptisés « Ceinture de sécurité maritime 2025 », les exercices se déroulent dans le golfe d’Oman, une zone où l’Iran a attaqué et/ou saisi des navires commerciaux appartenant à des intérêts israéliens. En mer Rouge, les rebelles houthis du Yémen, soutenus par la République islamique, tirent sur des bâtiments américains, menaçant la navigation commerciale. Moscou dépêche les corvettes Rezky et Aldar Tsydenzhapov, ainsi que le pétrolier Pechenga, tandis que Pékin aligne le destroyer lance – missiles Baotou et le pétrolier ravitailleur Gaoyouhu. L’Azerbaïdjan, l’Irak, le Kazakhstan, Oman, le Pakistan, le Qatar, l’Afrique du Sud, le Sri Lanka et les Émirats arabes unis envoient des observateurs.

La Chine et la Russie ont l’une et l’autre besoin de l’Iran. Pékin lui achète du pétrole brut malgré les sanctions occidentales, probablement à un prix inférieur aux cours mondiaux. Moscou importe des drones – suicides employés massivement contre l’Ukraine. Ce cinquième exercice intervient après l’attaque massive de l’aviation israélienne précédée d’une campagne d’assassinats ciblés de scientifiques iraniens. Sur la scène régionale, Téhéran vient de perdre son allié syrien alors que son autre allié libanais, le Hezbollah, est profondément diminué par la contre – attaque spectaculaire d’Israël (5). La négociation se poursuit entre Téhéran et la nouvelle administration Trump qui veut absolument interdire un programme nucléaire militaire iranien, sollicitant la coopération de Moscou sur ce point. Téhéran accumule des stocks croissants d’uranium enrichi à des niveaux proches de ceux nécessaires à la fabrication d’une arme atomique (6).

Un exemple à suivre ?

La mutation des deux marines iraniennes et l’innovation dont font preuve les Gardiens de la révolution tiennent au rôle de ceux-ci dans la direction de l’industrie d’armement iranienne. Naguère ignorants des affaires navales, ils sont aujourd’hui au cœur d’une industrie nationale qui assimile des technologies occidentales anciennes pour produire des armes fiables et dangereuses qui permettent des exportations au partenaire russe contre l’Ukraine. Si ses armements donnent incontestablement à l’Iran une puissance de feu dans des environnements contestés, les grosses unités des deux marines, et en particulier les bases mobiles, demeurent des cibles de choix par leur taille et leur faible vitesse. Elles pourraient toutefois inspirer la France, dont les porte – hélicoptères de classe Mistral sont encore plus vulnérables et bien moins armés. Ils trouveraient avantage à embarquer drones et missiles en conteneurs, comme le fait déjà l’Égypte pour augmenter la défense aérienne des deux sister-ships anciennement destinés à la Russie. Pour sa part, l’Iran aligne aujourd’hui le premier porte – drones à réaction au monde. Il est destiné à un usage intéressant, l’interception des missiles de croisière et de l’aviation adverses avec les mêmes missiles antiaériens chinois qui se sont distingués contre l’Inde.

Notes

(1) Étude, https://​iranthinktanks​.com/​c​a​t​e​g​o​r​y​/​r​e​s​e​a​r​c​h​/​s​t​r​a​t​e​g​y​-​s​t​u​dy/

(2) « Major missions on Iran Navy’s agenda: Cmdr. », Mehr News Agency, 18 mai 2025.

(3) « Sahand destroyer to be equipped with 12 missiles: Navy cmdr. », Mehr News Agency, 7 mai 2025.

(4) « The Iranian frigate IRIS Sahand F-74, which sank twice in the port of Bandar Abbas, was lifted from the bottom and sent for restoration », VPK News, 24 juillet 2024.

(5) « China, Iran and Russia hold joint naval drills in Mideast as tensions rise between Tehran and US », Associated Press, 12 mars 2025.

(6) « Pezeshkian says Iran will not compromise on its nuclear right », Mehr News Agency, 3 juin 2025.

Alexandre Sheldon-Duplaix

areion24.news