Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 12 août 2026

Trump confesse son exfiltration secrète d'Air Force One

Nouvel Air Force One offert par le Quatar (pas encore opérationnel)
 

Air Force One Officiel (le leurre)


C-32A qui accompagne Air Force One dans lequel Trump a réellement voyagé


Donald Trump a confirmé mardi soir avoir changé secrètement d'avion face à une «menace» début juillet et a assuré avoir simplement suivi les conseils de son service de protection. «Ils voulaient me mettre dans un autre vol, dans un autre avion, avec la même sécurité, ils voulaient que je le fasse, donc je l'ai fait. Je fais ce qu'ils me disent», a déclaré le président américain près de Washington en rentrant d'un déplacement.

Les révélations du «Washington Post» sur l'opération de sécurité rocambolesque qui s'est déroulée sur le tarmac de l'aéroport d'Ankara le 8 juillet, face au risque d'une attaque iranienne, soulèvent des questions sur la sécurité du président américain ainsi que sur la crédibilité de la menace qui pesait sur lui autant que sur la communication de la Maison Blanche. Ce jour-là, pour quitter le sommet de l'OTAN en Turquie, le président des Etats-Unis a été exfiltré dans un conteneur de ravitaillement vers un autre avion, tandis qu'Air Force One a décollé avec à son bord une douzaine de journalistes persuadés, à tort, de voyager avec Donald Trump. Ce dernier a finalement pris place à bord d'un autre appareil.

«J'imagine qu'il y avait une menace. Je n'en ai pas demandé beaucoup plus», a dit le président mardi soir, interrogé sur la raison qui a poussé son service de protection, le Secret Service, à lui conseiller cette manoeuvre. Donald Trump, tentant visiblement de minimiser l'épisode, a affirmé n'avoir été «pas surpris», «je suis l'objet de beaucoup de menaces dont vous n'avez pas connaissance.»

L'affaire est pourtant devenue politique: plus tôt mardi, le chef de file de l'opposition démocrate au Sénat, Chuck Schumer, avait demandé que les parlementaires soient «immédiatement informés». «Il est inacceptable que le Congrès ait été laissé dans l'ignorance.»

Conteneurs de ravitaillement






Ce voyage retour de Turquie avait déjà donné lieu auparavant à une péripétie. Donald Trump aurait dû quitter Ankara pour le Royaume-Uni avec le même Boeing 747 qui l'avait amené, un appareil offert par le Qatar et soumis à de coûteuses modifications.

Mais des inquiétudes pour sa sécurité avaient conduit la Maison Blanche à changer de programme à la dernière minute et à le faire voyager sur l'ancien appareil, considéré comme plus sûr. C'est donc dans cet avion – aux peintures bleu clair caractéristiques des anciennes versions d'Air Force One – que le président américain a embarqué, sous les caméras et les objectifs des photographes.

Sur une photo de l'AFP prise auparavant, deux conteneurs de ravitaillement montés sur des ressorts hydrauliques sont bien visibles, l'un positionné à l'avant, l'autre à l'arrière. Selon la presse américaine, c'est bien dans ce conteneur que Donald Trump a quitté l'avion, pour embarquer sur l'autre appareil de l'armée de l'air américaine, un C-32A.

Le «Wall Street Journal» cite un responsable américain selon lequel Israël a informé les Etats-Unis d'une menace d'attaque par missile sol-air portable contre l'avion. Le quotidien précise que de hauts responsables américains, dont le chef de la diplomatie Marco Rubio, sont, eux, restés à bord.

Une méthode déjà utilisée par Clinton

Tout comme la douzaine de journalistes voyageant à l'arrière, dans une cabine qui ne communique pas avec l'espace réservé au président, situé vers l'avant, et qui n'ont rien deviné du subterfuge – la sécurité leur avait d'ailleurs demandé de baisser les stores des hublots, une consigne très inhabituelle en dehors de zones de combat. Une fois arrivé sur la base militaire de Mildenhall, dans l'est de l'Angleterre, un peu avant cet avion leurre, le milliardaire de 80 ans y est remonté, là aussi secrètement et sans que le «Washington Post» n'ait pu apprendre comment.

Puis il a descendu la passerelle devant les journalistes avant d'embarquer immédiatement, avec eux, dans l'avion offert par le Qatar pour regagner les Etats-Unis. Ce n'est pas la première fois dans l'histoire qu'un président américain prend ainsi des précautions exceptionnelles, mais le secret entourant cette opération est inhabituel.

En 2000, Bill Clinton avait déjà utilisé cette technique d'un avion leurre pour se rendre d'Inde au Pakistan. Selon le «Washington Post», la présidente de l'Association des correspondants à la Maison Blanche de l'époque avait été avertie. En 2023, une visite de Joe Biden en Ukraine avait également été entourée du plus grand secret. Le président démocrate avait été accompagné de deux journalistes.

ATS

Russie – Vénézuéla : à qui perd gagne ?

 

Le changement de régime à Caracas a suscité une condamnation mièvre de la part de la Russie, qu’expliquent tant le caractère inabouti de son partenariat noué avec le Vénézuéla que sa guerre d’agression en cours en Ukraine.

Appelée à l’aide par Nicolás Maduro, la Russie a préféré se tenir à l’écart de l’escalade ininterrompue, depuis septembre 2025, des tensions entre le Vénézuéla et les États-Unis. Cette séquence a abouti, le 3 janvier 2026, à une foudroyante opération d’extradition, menée par les forces spéciales américaines Delta, du président vénézuélien accusé de « narco-terrorisme ». 

Un partenariat inabouti

C’est sous la présidence d’Hugo Chávez (1999-2013) que sont consolidés les deux piliers principaux sur lesquels repose le partenariat russo-vénézuélien. Il s’agit, d’une part, des coopérations militaro-industrielles, rythmées, à partir de 2008, par la fourniture au Vénézuéla de plusieurs batteries de systèmes de défense antiaérienne de fabrication soviétique ou russe (Buk-M2, S-125, S-300). Il s’agit, d’autre part, de synergies dans le secteur pétrolier, avec la création en 2010 d’une entreprise conjointe détenue par Petróleos de Vénézuéla (PDVSA) et par le Consortium national pétrolier (CNP, formé par Rosneft, Gazprom et d’autres entreprises pétrogazières russes), pour mettre en valeur le bassin de l’Orénoque. D’autres axes de coopération sont parallèlement investis par la Russie et le Vénézuéla : en matière économique, par exemple, les deux pays se dotent en 2001 d’une Commission intergouvernementale de haut niveau (CIAN) chargée de gérer les investissements et crédits russes destinés au marché vénézuélien. Très symboliquement, c’est durant la dernière année de la présidence Chávez (2013) que le commerce bilatéral connait son acmé, à hauteur de 2,45 milliards de dollars (1).

Plateforme de projection géopolitique de la puissance russe dans l’« hémisphère occidental » sous Hugo Chávez, le Vénézuéla demeure, sous Nicolás Maduro (2013-2026), un terreau fertile aux actes de « réciprocité symbolique » (2) adressés par Moscou à Washington, pour prix de ses propres incursions déstabilisatrices dans l’« étranger proche », sphère d’influence revendiquée par le Kremlin. Ces actions se matérialisent par le déploiement de bombardiers stratégiques russes Tupolev Tu-160 au Vénézuéla, comme en 2008, peu après l’intervention éclair lancée par la Russie en Abkhazie et en Ossétie du Sud pour mater le fantasque président géorgien Mikheil Saakachvili, imprudemment enhardi par l’administration Bush, et en 2018, dans le contexte de la guerre hybride russo-ukrainienne dans le Donbass. 

Les conflits mettant la Russie aux prises avec ses deux voisins les plus réfractaires à son autorité font d’ailleurs ressortir une continuité entre les diplomaties d’Hugo Chávez et de Nicolás Maduro : le premier reconnait les républiques autoproclamées d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud (2008) ; le second approuve les annexions russes de la Crimée et de Sébastopol (2014), puis celles des régions ukrainiennes de Lougansk, Donetsk, Zaporijjia et Kherson (2022).

Pour le reste, l’héritage de Chávez ne lui survit clairement pas sous la mandature de son successeur. Les livraisons d’équipements de pointe russes ont beau se poursuivre — avec, notamment, la fourniture d’une batterie de S-300 au régime Maduro menacé d’une intervention américaine au soutien de Juan Guaidó, vainqueur autoproclamé de l’élection présidentielle de 2019 —, une pénurie de pièces détachées née de l’inexécution, par la Russie, de ses obligations d’entretien et de modernisation de ses matériels finit par miner les capacités de défense vénézuéliennes. 

Quant à la coopération pétrolière entre Caracas et Moscou, elle tourne à la Bérézina : après avoir pris une part dominante au sein du CNP en 2014, Rosneft s’en retire au profit de Roszarubezhneft en 2020, sans non plus parvenir, par la suite, à mettre en exploitation tous les gisements vénézuéliens sur lesquels il détient une licence d’exploitation (Mejillones, Patao) (3).

Enfin, la multiplication d’initiatives notables dans les industries bancaire (déploiement des cartes de paiement russes MIR au Vénézuéla), touristique (levée des visas en 2008) et pharmaceutique (distribution aux hôpitaux vénézuéliens de vaccins russes contre la grippe en 2023-2024, avec l’aide de Cuba et du Nicaragua) ne suffit pas à redresser la barre d’un négoce bilatéral anémié (67 millions de dollars en 2019) (4), sur fond de tarissement de la manne financière russe allouée par le CIAN. Aussi, en effaçant le régime Maduro, Donald Trump n’a pas, nécessairement, causé des dégâts aussi importants qu’il n’y paraitrait de prime abord à la Russie, laquelle n’a d’ailleurs pas manqué de reconnaitre la nouvelle direction vénézuélienne échéant, conformément aux desiderata américains, à Delcy Rodriguez.

Un mal pour un bien ?

Au-delà d’un cout certain en termes d’image pour la Russie, activement engagée depuis 2022 dans la désoccidentalisation de l’ordre mondial, la décapitation d’un régime ami à Caracas a surtout privé Moscou d’un point d’ancrage stratégique dans la sphère d’influence américaine. 

Restée les bras ballants face au renversement de Bachar al-Assad en Syrie (décembre 2024) et aux bombardements israélo-américains contre l’Iran (juin 2025), la Russie a de nouveau brillé par une passivité confondante alors qu’un autre de ses partenaires proches était dans le désarroi (janvier 2026). Ces pas de côté successifs ne doivent pas, néanmoins, être interprétés comme la marque d’un manque de fiabilité structurel du côté de la Russie. Pas davantage, en effet, que la Syrie ni que l’Iran avant lui, le Vénézuéla ne pouvait se prévaloir, au titre de l’accord de partenariat stratégique conclu par son président avec son homologue russe au Kremlin (7 mai 2025), d’une clause de défense mutuelle comparable à celle figurant par exemple dans le traité signé par Vladimir Poutine avec le leader nord-coréen Kim Jong-un à Pyongyang (19 juin 2024).

Russie – Brésil, quelle relation ? 

La Russie n’avait donc aucune obligation juridique de se porter au secours du Vénézuéla pour contrer l’agression américaine, mais en outre, soutenir comme elle l’a fait durant toutes ces années le régime Maduro n’a pas forcément été sans contraintes pour elle en Amérique du Sud. Que ce soit en 2019 face à Juan Guaidó, ou en 2024 face à Edmundo González Urrutia, Vladimir Poutine a dû dépêcher à Caracas des mercenaires pour y réprimer des manifestations post-électorales (5) au soutien d’un président inapte à remporter les élections organisées sur son propre sol, prêtant en tant que tel le flanc aux critiques en illégitimité adressées par ses voisins, à commencer par les poids lourds argentin et brésilien. Principal partenaire en affaires de Moscou en Amérique du Sud (6), pays moteur des BRICS+ qu’il a co-fondés avec la Russie en 2009 et où il n’a pas hésité à mettre, en 2024, son veto à une adhésion vénézuélienne pourtant soutenue par Vladimir Poutine, hôte du sommet de Kazan (7), le Brésil fait, aux yeux du Kremlin, bien davantage figure d’interlocuteur de choix dans le sous-continent que ne pouvait l’être, sur la fin, le Vénézuéla.

En définitive, il n’est même pas à exclure que la disparition du président Maduro du paysage régional se révèle plutôt bénéfique pour la Russie : en peaufinant toujours plus ses relations avec le Brésil, à la diplomatie particulièrement allante pour tout ce qui touche au « Sud global », Vladimir Poutine se doterait d’un relais tout à fait pertinent dans sa stratégie de désoccidentalisation de l’ordre mondial. D’autant que le président Lula, depuis son retour au pouvoir en 2023, a décoché plus de flèches en direction de l’OTAN que de Moscou sur le dossier ukrainien.

La discrétion russe face à l’aventurisme de Donald Trump 

La guerre en cours en Ukraine a, elle aussi, bien évidemment, concouru à maintenir la Russie à distance respectable du foyer de tension émergeant concomitamment en mer des Caraïbes. Ce n’est peut-être pas tant son affaiblissement géopolitique, occasionné par ce conflit aberrant, qu’un calcul opéré par ses dirigeants qui pourrait expliquer la discrétion de la Russie relativement à l’aventurisme vénézuélien de Donald Trump. 

Tacitement opérée par Donald Trump au Vénézuéla, la validation idéologique des actions subversives déployées par Vladimir Poutine contre ses voisins indociles ne doit cependant pas être assimilée à une « poutinisation » en règle de la politique étrangère américaine (8). Aussi illégale que soit leur intervention du 3 janvier 2026 à Caracas, les États-Unis n’ont jamais développé de discours officiels niant l’existence de l’État vénézuélien, ni annexé des bribes de son territoire. L’opération « Southern Spear » ne reflète pas non plus un strict alignement de la Maison-Blanche sur le Kremlin : l’arraisonnage dans l’Atlantique d’un tanker battant pavillon russe suspecté de faire du trafic de pétrole vénézuélien et l’envoi d’une nouvelle « armada » américaine, cette fois-ci au large des côtes iraniennes, sont les symptômes d’une superpuissance faisant un usage décomplexé de la force pour atteindre ses objectifs au mépris des intérêts d’autrui, y compris ceux de la Russie, dont d’autres régimes amis en Amérique latine paraissent désormais dans le viseur de l’administration Trump : Cuba et le Nicaragua. 

Enfin, ni la crise vénézuélienne, ni l’étiolement du lien transatlantique généré par la montée subséquente des tensions américano-européennes autour du Groenland, n’ont à ce jour abouti à un lâchage américain de l’Ukraine. Rassuré de constater qu’il n’est pas forcément question, pour Donald Trump, de donner carte blanche à Vladimir Poutine en Europe de l’Est, Volodymyr Zelensky n’a pas boudé son plaisir face au changement de régime à Caracas, y voyant à la fois le modèle à reproduire pour un « autre dictateur » et le germe d’un affaiblissement de la machine de guerre russe, financée en premier lieu par des revenus pétroliers dont le président ukrainien espère qu’ils pâtiront du redimensionnement annoncé de la production pétrolière vénézuélienne.

Notes

(1) « Financial, Economic and Productive Management of Russia’s Relations with Venezuela », Transparencia Venezuela en el Exilio, mai 2025, p. 28 (https://​tinyurl​.com/​y​7​2​z​f​y6x).

(2) Ivan U. Klyszcs, « The Fall of Maduro: How Russia Lost an Ally but Gained a Like-Minded Thinker », Riddle, 5 janvier 2026.

(3) En matière pétrolière, la holding publique russe se serait surtout illustrée dans le dispositif mis en place par Moscou pour aider Caracas à contourner les sanctions durcies par les États-Unis en 2019. Ce système aurait également bénéficié de l’expertise en matière de courtage d’Evrofinance Mosnarbank, un établissement de crédit créé à Moscou en 2009 qui aurait eu recours à une cryptomonnaie vénézuélienne, le petro, pour commercialiser l’or noir de Caracas.

(4) Transparencia Venezuela en el Exilio, op. cit., p. 19, 22, 23 et 28.

(5) Ivan U. Klyszcs, op. cit.

(6) Avec un volume d’échanges commerciaux ayant atteint en 2024 un nouveau record, fixé à 12,4 milliards de dollars (soit dix fois plus que celui des échanges russo-vénézuéliens enregistrés pour la même année). (« Lula on Foreign Trade With Russia: ‘Brazil Cannot Miss Any Opportunity’ », présidence de la République brésilienne, 12 mai 2025.)

(7) « Angered Over BRICS Veto, Venezuela Recalls Ambassador to Brazil », Al Jazeera, 30 octobre 2024.

(8) Julian Borger, « The ‘Putinization’ of US Foreign Policy Has Arrived in Venezuela », The Guardian, 3 janvier 2026.

Michaël Levystone

areion24.news

"Personne ne fait mieux que le MI6" : le palmarès exclusif de L'Express fait réagir à l'étranger


L'exercice était inédit... et n'a pas laissé indifférent. Le 29 juillet, L'Express a publié le premier classement des services de renseignement européens. Un palmarès destiné à raconter la guerre invisible menée sur le Vieux Continent, obtenu grâce à un démarchage soutenu des professionnels de l'espionnage. Pendant trois mois, nous avons sollicité une centaine d'espions et d'anciens chefs de renseignement. Soixante votants de 25 pays - dont 18 chefs ou ex-chefs d'agences - se sont dévoués pour juger leurs pairs. Leur top 5, parfois réalisé à visage découvert - comme Susan Miller, ex-officier de la CIA, ou encore Yossi Cohen, ancien directeur du Mossad -, a permis de dévoiler un classement plaçant le MI6, puis la DGSE en tête. Trois autres pays se situent dans le peloton de tête : l'AIVD pour les Pays-Bas, le renseignement ukrainien (SBU/GUR) et l'Allemagne avec son BND.

Dix jours après sa sortie, un premier bilan s'impose. D'abord, quelques chiffres. Les journaux près de soixante-dix pays ont repris le classement de L'Express. Les "bons élèves" ne sont évidemment pas en reste : les Ukrainiens, manifestement satisfaits de leur place, lui ont consacré 17 reprises, le Royaume-Uni treize, et les Pays-Bas 10. Les Polonais (9e du classement), pointés du doigt par nos experts pour leurs services secrets "instrumentalisés politiquement", se sont largement penchés sur le sujet avec quatorze articles. La Slovaquie, lanterne rouge du classement, y a consacré onze articles. En tout, près de 200 mentions auraient été faites de notre palmarès, aux Etats-Unis, en Hongrie, et dans des endroits plus inattendus comme la Corée du Sud, l'Argentine, la Bosnie-Herzégovine ou même… le Kirghizistan.

"Effet Bond"

Au Royaume-Uni, les principaux titres exultent de cette première place. "Les espions européens l'admettent : personne ne fait mieux que le MI6", se réjouit le Times londonien. "Le MI6 est franchement la meilleure agence de renseignement en Europe", abonde Sir Richard Dearlove, patron du service de 1999 à 2004. Toujours dans le Times, l'historien Ben Macintyre, grand spécialiste des services secrets, estime que le "trophée de vainqueur n'est que partiellement mérité", et relève le "lot de trahisons internes" qu'a connu le MI6 au fil des décennies. Kim Philby, l'un des "cinq de Cambridge", brillant étudiant recruté par le KGB, devenu taupe au sein de l'agence, en est un exemple. "Personne ne fait mieux. Et parfois, personne ne fait d'erreurs aussi flagrantes", tance Macintyre. Dans ce cas, comment expliquer le prestige dont jouissent les espions de sa Majesté auprès de leurs pairs ? "Bond demeure un outil de propagande redoutablement efficace", pointe l'historien, soulignant que, désormais, la France a "sa propre version cinématographique" avec Le Bureau des légendes. Même constat du côté du Guardian : sous la plume de leur spécialiste défense Dan Sabbagh, "l'effet Bond" continue de fasciner à travers le monde – y compris les professionnels du renseignement.

La majorité des articles publiés hors du Vieux Continent titrent sur le succès de "l'agence de 007", à l'exemple du Sin Chew Daily, journal malaisien fort de 500 000 tirages. Le "facteur réputationnel et la culture pop" ont joué un rôle, souligne encore le site argentin Imago. "Le MI6 devient l'agence de renseignement la plus puissante d'Europe", titre le journal indien Sandesh - un constat également relayé par Khaama Press, agence de presse basée à Kaboul. "Le résultat est accueilli au sein de l'agence avec une satisfaction discrète", assure un article de la chaîne qatarie Al-Jazeera. A Tel-Aviv, Ynet news fait aussi la comparaison avec Bond, tout en s'interrogeant sur ce que le palmarès révèle de la vision européenne du Mossad. Les Britanniques ne sont pas les seules stars du classement : The Chosun Ilbo, quotidien sud-coréen aux plus de 2 millions de lecteurs, a relevé les "exceptionnelles" capacités de la DGSE en matière d'opérations clandestines, et notamment d'assassinats.

Jubilation à Kiev et Amsterdam

Ukrainiens et Néerlandais se réjouissent de leurs troisième et quatrième places. Aux Pays-Bas, De Telegraaf, le premier quotidien du pays, compare l'AIVD au Mossad israélien. "Les Pays-Bas sont par nature une nation commerçante, fortement tournée vers l'international, et nous excellons aussi dans l'art de passer inaperçus", confie Eric Schouten, ancien agent de l'AIVD et l'un de nos votants, à la station néerlandaise BNR Nieuwsradio. L'agence occupe une place de choix dans notre dossier : Erik Akerboom, son directeur jusqu'en mars 2026, nous a d'ailleurs accordé sa première interview depuis son départ de l'AIVD.

Même jubilation à Kiev, où l'Ukrainian National News se félicite de la place de ses services secrets. "Les services spéciaux ukrainiens sont entrés dans le top 5 des meilleurs d'Europe", renchérit le site d'information ukrainien Gordon. "Un haut responsable du renseignement européen a comparé le SBU et le GUR au Mossad", s'enthousiasme l'Unian, l'agence de presse ukrainienne.

Stockholm célèbre pour sa part son entrée au pied du top 5. "Les autorités suédoises admettent rarement disposer de leurs propres espions", note Svenska Dagbladet. Le deuxième journal suédois se réjouit que ses agents soient classés à la sixième place, "parmi les meilleurs d'Europe". Pour Dagens Nyheter, le plus important quotidien du pays, la Suède est "désignée comme le pôle du renseignement nordique - l'un des meilleurs d'Europe".

Expertise "de niche"

Les pays moins bien classés voient le verre à moitié plein. En Norvège, Aftenposten et son concurrent Dagens Næringsliv remarquent qu'Oslo "se distingue par son expertise maritime et technique dans le Grand Nord". Qu'importe la 19e place, le Diário de Noticias souligne que le Portugal est "salué pour son action en Afrique australe". À Athènes, le titre Proto Thema veut retenir que "la Grèce est valorisée pour son expertise sur la Turquie". "Les capacités analytiques de l'Estonie sont valorisées", décrypte Meelis Oidsalu auprès de l'Eesti Rahvusringhääling, le service public estonien. Dans un article consacré à la huitième place obtenue par Tallinn, l'expert estonien en sécurité estime néanmoins que les services baltes "doivent réfléchir à la manière de collecter des informations et de porter l'analyse à un niveau supérieur". En Pologne, Forsal.pl regrette la neuvième place de Varsovie "derrière l'Estonie", mais s'enthousiasme des louanges de Yossi Cohen, l'ex-patron du Mossad.

En Europe centrale, on ironise sur la mauvaise réputation des services de renseignement slovaques. Ils "sont si peu fiables qu'on ne partage presque plus d'information avec eux", écrit 444, site d'information indépendant hongrois. Le quotidien Népszava, l'un des plus anciens du pays, concède que sa propre agence "figure, de manière peu glorieuse, en bas de liste", avant de tancer les Slovaques et leur service "le moins performant d'Europe". "Incompétence et liens avec la Russie : le service secret slovaque a totalement échoué dans cette évaluation", s'amuse le site d'information tchèque Novinky. Le bilan est repris en Slovaquie, le chef de son service de renseignement, Pavol Gaspar, étant qualifié "d'espion en tongs" par Denník N. Les Irlandais, mal classés, sont beaucoup plus discrets que leurs voisins britanniques. Aucun de nos votants n'a apporté de points à leur renseignement même si certains ont salué leurs compétences dans l'antiterrorisme. "Après le 11-Septembre, j'ai beaucoup travaillé avec les Irlandais, que je trouvais plutôt efficaces", nous a indiqué Gina Bennett, analyste antiterroriste à la CIA jusqu'en 2022. "Tout comme au football, les Irlandais sont légèrement supérieurs à la Hongrie, dont l'appareil orbanien (NDLR : lié à l'ancien Premier ministre Victor Orban) est perçu avec méfiance", reconnaît The Irish Times, dans le seul article consacré au sujet.

En Italie, La Repubblica préfère consacrer une reprise au MI6 plutôt qu'à son propre service de renseignement. Le professeur italien Antonio Teti, cité par le magazine Formiche, conteste toutefois la pertinence de notre classement. "Le renseignement n'est pas un sport olympique", regrette-t-il. Rome a été classée quinzième par notre jury, à égalité avec la Belgique et la République tchèque.



Alexandra Saviana

lexpress.fr

La Russie serait derrière le drone explosif retrouvé à l’aéroport de Leipzig

 

Qui a placé un drone explosif à l’aéroport de Leipzig, en Allemagne, dans la nuit du mardi 4 au mercredi 5 août ? Une semaine après la découverte de l’objet sur le tarmac, la piste russe semble se préciser. Selon des sources au sein du renseignement américain citées par The Wall Street Journal, l’appareil appartiendrait à la Russie.

L’engin, auquel avait été fixé un puissant explosif, s’est retrouvé dans l’enceinte de l’aéroport de Leipzig-Halle, un hub stratégique pour le transport de matériel militaire allemand et destiné aux alliés de l’Otan et à l’Ukraine, sans que l’on sache comment.

Une « nouvelle dimension de menace »

D’après le scénario rapporté par le journal allemand Die Zeit, le drone aurait volé directement en direction d’un avion-cargo ukrainien de type Antonov. Des images de vidéosurveillance montrent l’engin percuter une aile de l’appareil vers 19h30 et des traces relevées sur celle-ci seraient compatibles avec ce scénario. Pour une raison encore inconnue, l’explosif n’a cependant pas détoné.

Berlin, qui évoque une « nouvelle dimension de menace » et un possible « scénario d’attaque hybride » sans avoir désigné de suspect évoque la piste d’une implication possible de « puissances étrangères ». L’ambassadeur d’Ukraine à Berlin a, lui, clairement pointé la Russie.

Une hypothèse que semblent valider les renseignements américains. Selon le Wall Street Journal, des responsables américains ayant eu accès aux renseignements sur l’affaire estiment que le drone appartenait probablement aux forces russes. CNN, qui cite un responsable de la défense américaine en Europe, rapporte de son côté que Washington aurait établi un lien avec le service de renseignement russe, de par la présence de matières explosives suggérant une fabrication de nature militaire.

Des traces ADN auraient également été retrouvées sur le drone. Selon The Bild, il pourrait correspondre à un échantillon prélevé après l’explosion d’un colis incendiaire dans un centre DHL du même aéroport en juillet 2024. Cinq hommes soupçonnés d’être impliqués dans une série d’envois de colis incendiaires sont actuellement jugés en Lituanie, rappelle The Guardian. Les procureurs les accusent d’avoir été recrutés par les services de renseignement russes.

« Un tout autre niveau »

La prudence de Berlin sur l’identité du responsable pourrait notamment s’expliquer par les conséquences d’une attribution officielle à la Russie. « Si cela devait être qualifié comme un acte d’agression, c’est-à-dire une attaque militaire de la Russie contre les infrastructures critiques (de l’Allemagne), alors nous serions au bord d’entrer dans un état de guerre », analyse auprès de la chaîne n-tv Wolfgang Schröder, politologue à l’université de Kassel.

« Une approche prudente est adoptée ici, précisément parce que l’objectif est d’éviter d’être entraîné dans le conflit, ce qui reviendrait à en faire une question de sécurité européenne – une question de sécurité de l’OTAN – et cela porterait certainement l’implication de l’Allemagne dans le conflit armé entre la Russie et l’Ukraine à un tout autre niveau », précise-t-il.

De son côté, l’ambassade russe a rejeté ces accusations, dénonçant une « provocation montée de toutes pièces ». Par ailleurs, un jour après l’incident de Leipzig, des drones ont été repérés au-dessus d’une installation militaire de l’ouest de l’Allemagne abritant des composants destinés aux systèmes américains de défense antiaérienne Patriot.

Lundi, le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt a ordonné de porter à 300 le nombre de policiers fédéraux spécialisés dans la lutte contre les drones. « Le ministre (de l’Intérieur, Alexander Dodrindt) ordonnera aujourd’hui à la police fédérale de porter à 300 le nombre des forces spéciales engagées dans l’unité antidrones », a déclaré une porte-parole du ministère, Sonja Kock, lors d’un point presse régulier du gouvernement allemand à Berlin. Cette unité comptait jusqu’ici environ 130 personnes.

Le nombre de sites dédiés à la lutte contre ces appareils passera également de quatre à huit, afin « d’être présents autant que possible sur l’ensemble du territoire allemand » et de pouvoir intervenir rapidement, a ajouté la porte-parole.

 Julie Bernichan 

leparisien.fr

mardi 11 août 2026

Trump évacué de son avion et caché dans le camion du traiteur par le Secret Service

 

Pour le retour de Donald Trump après le sommet de l'OTAN à Ankara, en juillet, la Maison-Blanche aurait eu recours à une ruse très inhabituelle en raison de la menace iranienne. Il est monté dans l'avion présidentiel devant les caméras mais aussitôt, selon le «Washington Post», il en est ressorti. Il serait monté dans un véhicule de catering (le service de traiteur pour les repas à bord) arrimé au Boeing 747 afin de rejoindre discrètement un appareil militaire plus petit, qui s'est envolé vers le Royaume-Uni.

Le même manège, en sens inverse, s'est produit à l'arrivée sur la base militaire de Mildenhall (GB), selon le «New York Times».¨

Employés de la Maison-Blanche pas au courant

Certains employés de la Maison-Blanche qui étaient dans l'avion gouvernemental en Turquie ne savaient même pas que Trump n'était pas à bord. Tout comme le groupe de journalistes, qui accompagne régulièrement le président lors de ses voyages.

La Maison-Blanche n'a pas commenté. Le directeur de la communication, Steven Cheung, a toutefois rappelé que, comme Trump l'a récemment dit, il y avait beaucoup d'ennemis de l'Amérique qui en ont après lui. «Nous utilisons tous les moyens à notre disposition» pour faire face à ces menaces, a-t-il ajouté.

Trump avait déjà remplacé l'Air Force One

Ce voyage avait déjà intrigué les observateurs. Trump s'était rendu en Turquie avec le nouvel avion gouvernemental offert par le Qatar. Puis il avait été révélé que le président utiliserait l'ancien avion gouvernemental pour le retour. Des médias avaient suggéré que le cadeau controversé n'avait pas reçu toutes les installations de sécurité de l'ancienne machine, une hypothèse qu'a semblé confirmer le président dans ses déclarations ultérieures.

Pendant le sommet de l'OTAN en Turquie – un pays voisin de l'Iran –, Trump avait minimisé l'importance du changement d'avion. Il volerait avec l'ancien appareil «pour (se rappeler du) bon vieux temps». Interrogé à Ankara sur les préoccupations de sécurité, il avait déclaré aux journalistes: «Je suis la cible No 1 pour l'Iran.» Les États-Unis ont attaqué l'Iran avec Israël le 28 février, tuant le Guide suprême de la République islamique le jour même.

Quel avion s'appelle Air Force One?

Air Force One désigne normalement l'avion dans lequel se trouve le président américain. La désignation peut donc s'appliquer aux deux avions gouvernementaux de type Boeing 747. Le plus petit avion militaire avec lequel Trump a quitté la Turquie a utilisé un autre nom pour ne pas révéler la manœuvre de diversion.

Konstantin Furrer

Arnaud Gallay

20min.ch