Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 6 juillet 2026

Les services secrets canadiens ont attaqué des cybercriminels et des extrémistes internationaux

 

Le Centre de la sécurité des télécommunications (CST) du Canada a mené une série de cyberattaques autorisées par l'État au cours de l'année écoulée contre des trafiquants de drogue, des groupes extrémistes et des gangs de ransomware. C'est ce qu'indique le rapport annuel de l'institution. Cette déclaration publique d'une agence de renseignement, qui opère généralement dans le plus grand secret, a attiré l'attention d'experts internationaux. Comme le rapporte Techcrunch.com rapporte .

Selon le rapport du CST, l'agence a mené trois grandes « cyberopérations actives » l'année dernière. Ce terme désigne des cyberattaques directes menées contre des entités étrangères menaçant la sécurité nationale du Canada. L'objectif principal des opérations était de perturber les activités des structures hostiles et de neutraliser leur infrastructure numérique.

Lutte contre la drogue et l'extrémisme

La première opération visait des courtiers internationaux impliqués dans le trafic de produits chimiques nécessaires à la production de fentanyl, un opioïde synthétique. Le service de renseignement a collecté des informations sur ces individus, bloqué leurs canaux de communication et limité considérablement leurs capacités opérationnelles. Cela a contribué à réduire le flux de substances dangereuses entrant dans les rues canadiennes.

Le deuxième axe important a été la lutte contre un groupe extrémiste étranger. Ce groupe utilisait Internet pour diffuser une idéologie violente et recruter de nouveaux membres, y compris des Canadiens. En analysant les signaux provenant d'appareils électroniques, le CST a identifié les points faibles du groupe. La cyberattaque qui en a résulté a nui à la réputation des extrémistes et a limité leur capacité à attirer de nouvelles recrues.

Coup dur contre les gangs de ransomware

La troisième opération majeure a ciblé un groupe de pirates informatiques opérant sur le modèle « Ransomware-as-a-Service ». Ce groupe louait son infrastructure à d'autres cybercriminels et a mené des attaques contre les secteurs canadien de la santé, des transports et des entreprises. Le service de renseignement a non seulement neutralisé les serveurs du groupe, mais a également supprimé toutes les données qu'ils contenaient.

En outre, l'agence a imposé des restrictions techniques simultanées aux 10 plus grands gangs de ransomware considérés comme les plus dangereux pour le Canada. De telles mesures visent à augmenter le coût des attaques pour les cybercriminels et à détruire leurs sources de revenus. Le rapport ne précise pas dans quels pays ces groupes sont basés.

TechCrunch et d'autres publications internationales soulignent qu'il est rare que les agences de renseignement rendent compte de leurs propres cyberopérations. Habituellement, ces informations sont gardées secrètes pour éviter de révéler les méthodes et techniques utilisées. Cependant, ces dernières années, des structures telles que le Cyber Command des États-Unis ont commencé à annoncer plus ouvertement des stratégies de « frappe préventive » afin de prévenir les cyberattaques.

Ce rapport confirme une fois de plus que, dans le monde moderne, la sécurité nationale ne consiste pas seulement à protéger les frontières, mais à neutraliser les menaces sur le réseau mondial. Des pays comme le Canada ne se contentent plus de se défendre dans le cyberespace, mais utilisent désormais des tactiques de contre-attaque actives contre les agresseurs.

zamin.uz

Comment Trump a mis au pas le renseignement américain

 

Après plusieurs semaines de cacophonie, Donald Trump vient d’annoncer la nomination de Jay Clayton au poste de directeur national du renseignement, ce conseiller qui chapeaute et coordonne l’action des 18 agences de la communauté américaine du renseignement, de la CIA à la NSA, du FBI à la Defense Intelligence Agency.

Avec cette nomination, Trump espère mettre fin aux polémiques et à plusieurs épisodes rocambolesques entamés avec la nomination de Tulsi Gabbard, cette ex-élue démocrate qui avait choisi de le soutenir, nommée directrice du renseignement pendant 15 mois.

Créé après le 11 Septembre précisément pour éviter les angles morts entre agences et coordonner leur travail, l’ODNI (pour Office of the Director of National Intelligence, Bureau du directeur du renseignement national) a un rôle central. C’est à partir de la synthèse quotidienne réalisée par ses agents que le président – théoriquement – est informé chaque jour de la réalité du monde.

Outing d’agents secrets

Sous la direction de Gabbard, l’ODNI a subi une saignée de 40 % de ses effectifs. Sous son impulsion, les services ont surtout été mis au service d’une obsession présidentielle : prouver que l’élection de 2020 avait été volée et que les démocrates avaient triché. Elle a ainsi participé en personne à une perquisition du FBI dans un centre électoral en Géorgie. Gabbard a aussi déclassifié des dossiers en publiant sur X les noms d’agents de la CIA encore en activité !

Dont celui d’une analyste russe qui opérait sous couverture – Julia Gurganus, qui conseillait l’administration sur l’attitude à adopter avec Vladimir Poutine. Une bourde que ses anciens collègues qualifient encore, à voix basse, de trahison. Le Washington Post a depuis révélé que Gabbard aurait, pendant toute la durée de son mandat, suivi les consignes… d’une secte : la Science of Identity Foundation.

Pour la remplacer (elle a démissionné en mai, en affirmant vouloir s’occuper de son mari souffrant d’un cancer), Donald Trump a dans un premier temps désigné Bill Pulte par un message sur le réseau Truth Social pour assurer l’intérim. À 38 ans, cet héritier d’une fortune immobilière fondée par son grand-père à Detroit, propulsé à la tête de l’Agence fédérale de financement du logement depuis janvier, n’avait pourtant aucune expérience en matière de sécurité nationale. Quant à son image, elle était surtout celle d’un homme prêt à tout pour séduire le président américain.

Le parcours de Pulte vers les cercles du pouvoir tient en effet de la fable contemporaine. Pour se faire remarquer de Trump lors du premier mandat, il s’était filmé en costume dans les rues de New York, distribuant des liasses de billets à des inconnus. Avec ses centaines de milliers d’abonnés sur X, il interpellait ainsi le milliardaire républicain : « Si Donald Trump retweete ça, je donnerai 30 000 dollars à un vétéran. » L’appât a fonctionné. Pendant la campagne, Pulte est entré dans le cercle de Mar-a-Lago…

Un levier au service de la Maison-Blanche

Il y a quelques semaines, alors qu’il dirigeait une agence fédérale, Pulte avait tenté d’obtenir la tête du président de la Réserve fédérale. Une opération qui a fini en désastre : le secrétaire au Trésor Scott Bessent, pourtant lui aussi proche de Trump, a menacé Pulte de lui casser la figure pour ne pas avoir agi en concertation avec lui. Sa nomination comme directeur du renseignement par intérim a provoqué une levée de boucliers. Le sénateur républicain John Thune, chef de la majorité avait déclaré de son côté : « Nous avons besoin de professionnels. »

Ces récents épisodes ne sont pas des accidents de parcours. Ils illustrent la stratégie de la Maison-Blanche : faire des 18 agences du renseignement américain un levier au service du président. À peine installé à l’ODNI, Pulte a d’ailleurs reçu carte blanche pour déclassifier tous les documents liés à l’élection de 2020. Un ordre donné par Trump devant les caméras de télévision. Pulte a aussi tenté d’obtenir du FBI et de la CIA une liste de leurs « cibles » partout dans le monde y compris les espions présumés et les recrues potentielles.

Du jamais vu. Enfin, pendant son mois comme directeur par intérim du renseignement, Pulte a aussi licencié six responsables de haut rang et écarté 45 agents, suspects selon lui de ne pas être assez loyaux. Ce n’est pas une première : sous Gabbard, le général Jeffrey Kruse, patron de la Defense Intelligence Agency, avait été limogé pour avoir publiquement nuancé les résultats des frappes américaines contre l’Iran. Son crime : ne pas avoir validé le récit triomphal du président.

Clayton, un profil plus consensuel

Des dizaines de spécialistes de la Russie et de la Chine ont aussi été mis à la porte pour avoir, dix ans plus tôt, travaillé sur les ingérences russes de 2016. Ce dossier des ingérences russes, les proches de Trump l’utilisent depuis des mois pour régler leurs comptes avec les services secrets – en premier lieu avec la CIA – et attaquer les démocrates.

Avec cet angle d’attaque : après la défaite de Hillary Clinton et avant de quitter la Maison-Blanche, Barack Obama aurait demandé aux agents de la CIA de produire de « faux documents » accusant les Russes d’avoir apporté à Donald Trump leur savoir-faire en matière de manipulation, ce qui aurait été déterminant dans la victoire de ce dernier. La CIA et les différentes agences du renseignement américain sont, depuis son retour à la Maison-Blanche, dans le collimateur. Celui-ci en a fait le symbole de « l’État profond », dont il dénonce la supposée influence depuis sa réélection.

Au début de son second mandat, il a ainsi autorisé le départ de 1 200 agents de la CIA dans le cadre du plan de départs volontaires organisé par Elon Musk. C’est dans ce contexte que John Ratcliffe, le directeur de la CIA, lui aussi proche de Trump mais respecté pour avoir protégé sa maison en plusieurs occasions, a plaidé pour que Jay Clayton, procureur fédéral du district sud de New York et ancien patron de la SEC (pendant le premier mandat du président américain) soit nommé à ce poste stratégique.

Sans être un expert du renseignement il a, au moins, une stature juridique et institutionnelle bien plus sérieuse que Pulte. Ce n’est toutefois pas une personnalité indépendante. C’est lui qui a signé l’acte d’accusation du président vénézuélien Nicolas Maduro et donc autorisé sa capture à Caracas. Il joue au golf avec le président mais son profil reste infiniment moins clivant que celui de Pulte.

Romain Gubert

lepoint.fr

dimanche 5 juillet 2026

La tension monte entre la Pologne et l’Ukraine

 

Dans la crise qui agite les relations ukraino-polonaises, sans précédent depuis l’indépendance des deux pays, le président Karol Nawrocki porte une lourde responsabilité. Pour plaire à l’extrême droite nationale, il a mis en danger la politique internationale de son pays vis-à-vis de l’Ukraine. Ce qui réjouit Poutine. Sa décision n’est qu’un prétexte pour s’attaquer au Premier ministre Donald Tusk.

Le président polonais Karol Nawrocki incarne la frange nationaliste extrême de la Pologne, qui a toujours été anti-ukrainienne et qui a toujours regardé les Ukrainiens de haut. C’est en grande partie à cette frange de l’électorat qu’il doit son élection, et c’est à elle qu’il cherche à plaire.

Pour marquer des points sur la scène nationale, il vient de sacrifier l’un des principaux piliers de la politique étrangère auquel la Pologne tenait depuis 1990, fondé sur la nécessité d’entretenir de bonnes relations avec l’Ukraine en tant qu’État indépendant et démocratique, censé servir de rempart entre la Pologne et la Russie impérialiste. Un objectif sur lequel tous les hommes politiques polonais sans exception ont travaillé depuis 1990, qu’il s’agisse des libéraux de droite de Tusk, de la gauche ou de l’ancien président Andrzej Duda du parti Droit et justice (PiS), ainsi que de nombreux hommes politiques ukrainiens, dont Zelensky. Ce principe fondateur de l’État polonais avait été formulé dès l’après Seconde guerre mondiale déjà par Jerzy Giedroyć, une autorité morale polonaise, vivant en exil en France à Maisons-Laffitte, qui stipulait que la Pologne ne pourrait avoir une existence tranquille – sans être menacée par la Russie impérialiste – que si elle avait comme voisins une Ukraine et un Bélarus indépendants et démocratiques1.

Il existe entre Polonais et Ukrainiens une histoire complexe, mal connue à l´étranger, faite de sommets et d’abîmes, d’ascensions et de chutes, de sang et de résistance, de vastes territoires qui ont tour à tour appartenu à la Pologne et à l’Ukraine. Les Polonais non nationalistes affirment que l’avenir ne peut se construire sur le passé car celui-ci ne changera pas. Il faut bien sûr le nommer et l’assumer, ce qui est le travail des historiens, mais non celui des hommes politiques. L’avenir doit se construire en regardant vers l’avant, dans l’intérêt des deux États, et cet intérêt est aujourd’hui sans équivoque : que l’Ukraine tienne bon et ne succombe pas à la Russie impérialiste. Les Polonais perçoivent Poutine comme une menace majeure pour eux-mêmes ; c’est pourquoi ils s’arment autant qu’ils le peuvent, consacrant déjà 5 % de leur PNB à la défense (la France reste à 2 %).

L’extrême droite polonaise anti-ukrainienne

Dans ce contexte, il est difficile pour un étranger de comprendre que la droite nationaliste polonaise s’en prenne bien davantage à Bruxelles, à Berlin et même à l’Ukraine qu’à la Russie. Et ce pas seulement verbalement, mais parfois physiquement à l’encontre des Ukrainiens vivant en Pologne. Les attaques contre eux dans les lieux publics se multiplient. Certains des responsables de la droite radicale, appelée « Confédération de la Couronne polonaise », soutiennent même ouvertement le discours russe et n’hésitent pas à accepter les invitations aux cocktails organisés à l’ambassade de Russie.

Tout récemment, Nawrocki a reçu à Varsovie le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, au cours de sa tournée européenne. Il a exprimé l’espoir que celui-ci devienne président de la France. Nawrocki est en quelque sorte une version polonaise de Marine Le Pen. Il s’appuie sur l’extrême droite en calculant que, lorsque Jarosław Kaczyński, âgé de 77 ans, aura quitté la scène politique, le parti PiS s’effondrera et qu’il prendra la tête d’une nouvelle droite unifiée, comprenant même ses extrêmes radicaux (qui totalisent aujourd’hui 20 % dans les sondages).

Il n’a jamais particulièrement soutenu l’Ukraine ; sa campagne électorale comportait déjà de nombreux éléments anti-ukrainiens et, depuis son accession à la présidence il y a un an , il ne s’est pas rendu une seule fois dans ce pays. Il n’a rencontré Zelensky que lorsque celui-ci était venu le voir à Varsovie en décembre dernier.

Or son prédécesseur Andrzej Duda, bien qu’élu lui aussi sous la bannière de la droite nationaliste de Kaczyński, s’était rendu en Ukraine une quinzaine de fois. Et ce, aussi bien à la veille de l’invasion russe qu’après, en avril 2022, premier homme d’État étranger à aller à Kyïv, accompagné des représentants baltes. Il y est retourné à sept reprises. Son soutien inconditionnel à l’Ukraine honore grandement Duda.

Contrairement à lui, Nawrocki, quand il a reçu pour leur première rencontre le président Zelensky à Varsovie, lui a offert tout de go un livre sur les crimes perpétrés par des Ukrainiens contre les Polonais, appelés en Pologne « le massacre de Volhynie ». Une pure provocation de sa part, que Zelensky a très mal vécue.

Comment tout cela a-t-il commencé ?

Zelensky a fait décerner il y a quelques semaines à une unité militaire, qui en avait fait la demande, le titre de « héros de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, UPA », en référence à l’ancienne organisation militaire de lutte pour l’indépendance nationale. Personne n’y aurait probablement prêté attention en Pologne, mais le président Nawrocki, fort de son passé d’historien spécialisé dans certains aspects du XXᵉ siècle, a eu vent de cette affaire. Il a bien senti que cela pourrait lui rapporter des points auprès de son électorat d’extrême droite et a gonflé l’affaire jusqu’à en faire un grand problème de la politique internationale et des relations avec l’Ukraine. Il a lancé un ultimatum peu diplomatique à Zelensky, lui demandant de changer ce nom et, comme le président ukrainien n’a pas obéi, il a pris une mesure absurde : il a décidé de lui retirer la plus haute distinction polonaise, l’ordre de l’Aigle blanc – que Zelensky n’avait d’ailleurs pas reçue de lui, mais de son prédécesseur, Andrzej Duda.

Depuis plus de quatre ans, Zelensky vit avec une énorme pression, portant sur ses épaules tout le poids de la guerre russe, parcourant le monde pour expliquer et persuader, manœuvrant face à l’imprévisible Trump. Le nom d’une unité militaire aura très probablement échappé à sa capacité de discernement, il avait d’autres chats à fouetter. Il ne pouvait pas soupçonner que le chef de l’État polonais s’emparerait d’une affaire isolée pour en faire un incident international majeur.

Escalade

Les choses se sont accélérées ensuite. Zelensky empaquette sa décoration et l’envoie par la poste à Nawrocki ; tous les anciens présidents ukrainiens, ainsi que l’ambassadeur ukrainien à Varsovie, l’imitent en renvoyant leurs distinctions polonaises au président Nawrocki. 

À Varsovie, en revanche, les libéraux, y compris les grandes figures de l’opposition anticommuniste, se mobilisent contre la décision de Nawrocki. Plusieurs d’entre eux, en signe de solidarité avec Zelensky, rendent à Nawrocki les décorations polonaises reçues par le passé. Une initiative voit le jour pour décerner à Zelensky une nouvelle distinction civique polonaise, diverses autres manifestations de soutien à l’Ukraine émergent. À l’inverse, Jarosław Kaczyński et le vice-président du Sénat Michał Kamiński (proche des chrétiens-démocrates) annoncent leur intention de rendre leurs décorations ukrainiennes à Kyïv.

Inspiré par le président polonais et sans aucune raison tangible, le député tchèque Jindřich Rajchl de l’extrême droite nationaliste a tout récemment demandé au président tchèque d’ôter à Zelensky la plus haute distinction de l’État tchèque, le Lion blanc. Une bonne occasion pour lui de montrer sa haine de l’Ukraine et de son président et pour appuyer ses amis de l’extrême droite polonaise.

Adam Michnik, l’une des figures de proue de la Pologne libérale, rédacteur en chef du quotidien Gazeta Wyborcza, a qualifié l’acte de Nawrocki de « geste inacceptable, un crachat au visage du président d’un pays en guerre contre la Russie de Poutine. C’était odieux, erroné, faux », a-t-il déclaré. Mais c’était aussi, selon lui, « un crachat au visage de toute la tradition démocratique polonaise », qui reposait sur la devise « Pour notre liberté et la vôtre ». Par son geste, Nawrocki s’est, selon lui, rangé du côté de la propagande grand-russe.

Le premier à applaudir Nawrocki est bien sûr Poutine. Diviser les Ukrainiens et les Polonais est son rêve, et il n’aurait sans doute jamais imaginé que ce soit le président polonais qui s’en charge à sa place. Et gratuitement. « La Pologne a enfin découvert des sympathisants nazis en Ukraine », a déclaré Kirill Dmitriev, conseiller de Poutine.

La démarche de Nawrocki, intentionnelle selon certains observateurs, a précédé de près la tenue, ces derniers jours, d’une grande conférence internationale sur la reconstruction de l’Ukraine. Elle s’est tenue pour la première fois en Pologne, où se sont rendus des dizaines de responsables politiques européens de premier plan, dont la Présidente de la Commission européenne et le chancelier allemand, ainsi que des centaines d’hommes d’affaires. La conférence fut un grand succès pour le Premier ministre Tusk qui a su la faire venir dans sa ville natale de Gdańsk.

Mais le protagoniste principal, Zelensky, y manquait. Seule la Première ministre ukrainienne y a participé. Cela n’a pas empêché la signature de cent soixante contrats commerciaux mais, sur le plan symbolique, c’était un coup dur. Cependant, après la décision de Nawrocki, Zelensky ne pouvait venir.

L’UPA n’a pas la même signification pour les Polonais et pour les Ukrainiens

Décerner le titre de héros de l’UPA à une unité a certainement été un faux pas de la part de Zelensky. Ses conseillers auraient dû l’avertir que l’UPA était pour la Pologne comme un chiffon rouge pour un taureau. Mais on touche là au fait que chacun de ces peuples perçoit différemment certains éléments de leur histoire commune. L’UPA a une signification différente pour les Ukrainiens et pour les Polonais. Pour ces derniers, il s’agit d’une organisation qui, pendant la guerre, a massacré des dizaines de milliers de Polonais sur le territoire de l’Ukraine occidentale. Certains historiens parlent de cent mille, d’autres de quatre-vingts mille, d’autres encore de quarante mille victimes. L’objectif était de procéder à un nettoyage ethnique de ce territoire, l’UPA misant sur l’hypothèse d’un référendum qui y serait organisé après la guerre et souhaitait n’y voir qu’une population ukrainienne.

Ces événements restent, en Pologne, un sujet sensible, voire douloureux pour certains. Ils réclament des exhumations et des excuses de la part des Ukrainiens. Mais c’est avant tout un sujet que la droite polonaise, très nationaliste, remet de temps à autre sur le tapis dans des buts purement conjoncturels. Celle-ci a quatre thèmes de prédilection : les Juifs, les Ukrainiens et l’Ukraine, l’Allemagne en tant que menace présumée et l’Union européenne en tant qu’espace libéral, non catholique.

Pour beaucoup d’Ukrainiens en revanche, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, l’UPA, est le symbole de la lutte pour l’indépendance nationale. S’ils devaient la rejeter, il ne leur resterait peut-être pas grand-chose. Tout le monde n’a pas eu la chance de se libérer de l’occupant par une révolution de velours. Les combattants de l’UPA y sont, surtout dans l’ouest du pays, considérés comme des héros nationaux qui ont combattu les Soviétiques, et ce même après la guerre ; certaines de ses unités ont ainsi tenu bon jusqu’aux années 1950. Un peu comme les « soldats maudits » polonais, aujourd’hui la fierté de la Pologne, qui ont eux aussi résisté au pouvoir communiste plusieurs années encore après la guerre.

Comme l’a fait remarquer l’ancien ministre polonais des Affaires étrangères Adam D. Rotfeld, Zelensky, l’enfant de son temps, né en 1978, pouvait ne voir dans les soldats de l’UPA que des combattants pour l’indépendance ukrainienne contre le communisme moscovite. Comme à l’école soviétique, on les qualifiait de « fascistes », de « nazis » ou de « bandéristes », il ne pouvait que prendre le contre-pied. Sans se douter de la perception toute différente de l’UPA en Pologne.

En Europe, surtout dans sa partie occidentale, il est difficile de comprendre la profonde blessure qui marque les relations entre Ukrainiens  et Polonais. Beaucoup de choses n’ont pas encore été dites par les historiens, il reste des angles morts dans les manuels scolaires, l’histoire mutuelle étant complexe.

Il faut également voir que durant les siècles où l’Ukraine occidentale, y compris la ville de Lviv, faisait partie de la Pologne, les Polonais se comportaient envers la population ukrainophone comme une caste supérieure, pour ne pas dire carrément comme des colonisateurs. Les Ukrainiens étaient pour la plupart des paysans, bons tout au plus pour le ménage ou comme main-d’œuvre, la population urbaine étant essentiellement composée de Juifs et de Polonais.

La fin de la Première Guerre mondiale fut un moment crucial pour les deux peuples, chacun essayant d’imposer son propre État. Les Polonais ont gagné la guerre contre les Ukrainiens pour la Galicie de l’Est en 1919, se sont ensuite brièvement unis avec eux pour conquérir Kyïv, d’ou ils ont été chassés par les Soviétiques. Ces derniers furent ensuite battu par les Polonais en 1921, de sorte que la Pologne a gagné une grande part de l’Ukraine occidentale.

L’une des figures de proue de la droite nationaliste polonaise d’avant-guerre, Roman Dmowski, affirmait que les Ukrainiens n’existaient pas, qu’aucune nation de ce nom n’existait. Il tenait là le même discours que les Russes impérialistes. Dans ses réflexions sur l’avenir de la Pologne, il misait sur l’assimilation et la polonisation des minorités, qui représentaient, entre les deux guerres, un bon tiers de la population.

La cible de Nawrocki était Tusk

Le deuxième objectif de l’initiative de Nawrocki était le Premier ministre Donald Tusk. Depuis son élection, la priorité du président est d’affaiblir Tusk et son parti et de mener la droite, y compris les deux formations de l’extrême droite, appelées « Confédération » et « Confédération de la Couronne polonaise », à la victoire lors des prochaines élections. Aussi bloque-t-il une grande partie des lois proposées par Tusk et adoptées par le Parlement. Au cours de sa première année au pouvoir, il a opposé son veto à plus de lois que son prédécesseur Duda ne l’avait fait pendant tout son mandat.

Après la décision malencontreuse de Zelensky, Tusk a rencontré le président ukrainien pour un long tête-à-tête. Très probablement, il lui a discrètement expliqué ce que l’UPA représentait pour les Polonais, y compris pour lui-même, et lui a demandé de reconsidérer la nomination de l’unité. Mais dès le lendemain, Nawrocki a annoncé publiquement qu’il retirait à Zelensky la plus haute distinction polonaise, comme s’il voulait prendre de court l’initiative de Tusk. À ce moment, Zelensky ne pouvait bien sûr plus faire marche arrière, il aurait perdu la face dans son pays. Lui aussi doit gérer la droite nationaliste chez lui. Quant à Tusk, il n’était plus à même d’apaiser la situation. Pour éviter que la droite polonaise ne le qualifie de traître à la nation, il a dû lui aussi condamner la décision de Zelensky.

Nawrocki a transformé un fait mineur en scandale international sans prendre en compte les conséquences de son acte. En politique internationale, il est novice, il n’a jamais pratiqué la diplomatie ni la négociation. Il ne réagit que sur le plan de la politique intérieure et se laisse guider par son animosité contre les libéraux et contre Tusk.

Le conflit a déjà un écho à l’étranger. C’est bien sûr de l’eau au moulin de tous ceux qui ne se sont pas précipités pour soutenir l’Ukraine et qui peuvent désormais dire : « Vous voyez, même le président polonais affirme que les Ukrainiens sont ingrats, les Polonais ont tant fait pour eux et Zelensky soutient les fascistes. »

Maintenant on ne peut qu’attendre de voir jusqu’où le conflit va s’étendre et comment il sera réglé. La Pologne s’efforce de participer à tous les débats et coalitions européennes concernant l’Ukraine. Cependant, en tant que pays qui a si bêtement créé un conflit avec l’Ukraine, elle n’aura pas la tâche facile. Elle perd son statut de soutien incontestable.

Des relations refroidies et transactionnelles

À quoi pourront ressembler les relations polono-ukrainiennes à l’avenir ? J’ai vécu ce conflit à Varsovie et là-bas, on entendait dire que les relations allaient se refroidir, d’autant plus que cela n’a pas été le premier point de discorde entre les deux capitales. On pouvait entendre que la Pologne s’efforcerait de leur donner un aspect plus transactionnel. Elle continuera à soutenir l’Ukraine dans la guerre, mais plutôt sur la base d’un donnant-donnant : finie l’aide désintéressée. On ignore pour l’instant ce que cela impliquera, mais la droite polonaise est convaincue que les Ukrainiens devraient se montrer reconnaissants et remercier la Pologne. Sans cesse et à l’infini. Il est alarmant de constater que, selon certains sondages, la sympathie envers les Ukrainiens cesse d’être le sentiment dominant en Pologne.

Donald Tusk s’efforce de minimiser la tension, il voit bien le danger d’une rupture polono-ukrainienne. Mais il sait que la tâche est difficile, car le conflit est avant tout une guerre locale menée par Nawrocki contre lui, alors que Zelensky et l’UPA ne sont que des prétextes.

Dans ce contexte, la fédération des entreprises polonaises vient d’appeler au calme, rappelant les milliers de liens commerciaux entre les deux pays, la Pologne étant le deuxième partenaire de l’Ukraine. Et les entreprises polonaises ont tout intérêt à se tailler une part du gâteau de la reconstruction d’après-guerre qui commence à se profiler. Un appel similaire à l’apaisement des émotions a d’ailleurs été publié par six médias dans les deux pays.

Petr Janyška

desk-russie.eu

Regard sur l’histoire de la Crimée

 

À l’heure où les frappes ukrainiennes dans la grande profondeur du champ de bataille modifient la situation stratégique, il est utile de revenir sur l’histoire de la Crimée. Sauf renversement de Vladimir Poutine par une révolution de palais, précédée ou accompagnée d’un effondrement de l’État russe, elles ne suffiront probablement pas à changer la donne. Sans restauration de la manœuvre sur le champ de bataille, le retour à l’Ukraine des territoires qui lui ont été ôtés est incertain. Il reste que la fable de territoires « russes depuis toujours » ne résiste pas à l’examen.

Au fil des millénaires, la presqu’île de Crimée (environ 30 000 km²) est passée sous des dominations successives, celle de la Russie intervenant tardivement en regard de la longue durée. La partie nord de la Crimée relève du monde des steppes et la presqu’île est occupée par des peuples nomades issus des profondeurs de l’Eurasie. Abritée des rigueurs septentrionales par des montagnes, la partie sud est pleinement ouverte sur la mer Noire et bénéficie d’un climat de type méditerranéen. Dans la haute Antiquité, ce sont des peuples de langue indo-européenne qui occupent ce qu’Hérodote nomme la Tauride : Cimmériens, Scythes et Sarmates. La Tauride entre ensuite dans la sphère hellénique puis romaine. Ainsi les Romains recrutent des contingents sarmates pour protéger une partie du limes et des grands axes de circulation de l’Empire.

La Crimée et la grande steppe eurasiatique

Dans l’Antiquité tardive (le Bas-Empire de l’historiographie classique), les Sarmates de la mer Noire passent sous la domination des Goths. Pourtant, l’Empire romain d’Orient conserve des positions dans la partie sud de la presqu’île. Au fil du temps, les Goths sont hellénisés et christianisés, tout en maintenant une identité propre qui perdura jusque dans le Haut Moyen-Âge. Au IVe siècle, le royaume goth qui s’étend alors sur le territoire de l’actuelle Ukraine, continentale et péninsulaire, est défait par les Huns qui se ruent vers l’Occident. Dès lors, la partie nord de la Crimée passe sous la domination de peuples altaïques venus de Haute-Asie (ces peuples parlent des langues turco-mongoles). Aux Huns succèdent les Bulgares, les Khazars, les Coumans (ou Kiptchaks) et les Petchenègues, la dynamique de ces peuples couvrant un vaste espace qui s’étend de la Caspienne au Danube. Pour faire face, Constantinople s’allie avec les uns contre les autres et transforme le Sud de la Crimée en une province militaire (le « thème » de Kherson).

Avec les croisades et la prise de Constantinople par les Latins, en 1204, les cités-États de Gênes et de Venise sont en mesure d’installer en Crimée des comptoirs fortifiés. Les marchands italiens captent ainsi une partie des richesses qui circulent sur les « routes de la soie », la Crimée constituant une plaque tournante vers l’Orient byzantin et égyptien comme vers l’Occident continental. C’est au XIIIe siècle que les Mongols, également dénommés « Tatars », font irruption. Sous les ordres de Batu, petit-fils de Gengis Khan, Kyïv est détruite (1240), la Rus’ médiévale est conquise et la Crimée est contrôlée par le Khanat de la Horde d’Or, également appelé « Khanat de Kiptchak ». Dès lors, le fait « Tatar » va dominer l’histoire de la Crimée pendant plusieurs siècles. La domination mongole est remise en cause en 1480, sous le règne d’Ivan III dit « le Grand ». Bientôt, Ivan IV le Terrible passe à la contre-offensive, avec la prise de Kazan et d’Astrakhan (1552-1554). Il est le premier à prendre le titre de tsar et la principauté de Moscou devient la Russie. Cette nouvelle appellation vise à capter le prestigieux héritage civilisationnel de la Rus’ de Kyïv ainsi qu’à légitimer ses revendications sur les steppes méridionales. Celles-ci sont alors disputées entre l’État polono-lithuanien, sur l’axe Baltique-mer Noire, et les Tatars de Crimée, gouvernés par la dynastie Giray.

Transformée en khanat régional depuis la dislocation de l’Empire mongol, la Crimée tatare est un grand centre commercial et cosmopolite qui participe activement au commerce entre l’Orient et l’Occident. Outre les comptoirs italiens mentionnés plus haut, il accueille aussi des colonies marchandes grecques, arméniennes, arabes et juives (les Karaïtes). À la fin du XVe siècle, le Khanat de Crimée entre dans la sphère de l’Empire ottoman, tout en conservant une certaine autonomie. Au XVIe siècle encore, des armées tatares remontent le Dniepr et le Don pour envahir la Moscovie (en 1571 et 1577, les Tatars brûlent Moscou). Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’Empire russe s’avance vers le sud, une partie des steppes méridionales, dans la région de l’actuelle Kharkiv, devenant une marche ( « Ukraïna »). Sous Catherine II, les terres situées au nord de la mer Noire sont l’objet de rivalités géopolitiques entre Russes et Ottomans. Entre 1768 et 1774, une guerre russo-ottomane débouche sur la victoire des armées de Catherine II et la constitution d’une « Nouvelle Russie ». Les rives septentrionales de la mer Noire ainsi que la presqu’île de Crimée sont annexées et regroupées dans le gouvernement de Tauride. L’annexion est entérinée par le traité de Jassy qui met fin à une nouvelle guerre russo-ottomane (1787-1792).

La domination russo-soviétique

La Crimée prend alors une place majeure dans le dispositif naval russe et la stratégie des « mers chaudes » (le port de Sébastopol est construit en 1783). Sur place, les Tatars sont victimes de persécutions et 300 000 d’entre eux quittent la Crimée pour l’Empire ottoman. Le gouvernement du tsar mène une politique de repeuplement en faisant appel à des colons slaves, allemands, arméniens et grecs. Lors de la guerre de Crimée (1853-1856), les Tatars sont déplacés vers l’intérieur et 200 000 d’entre eux s’exilent. Les Tatars sont alors devenus minoritaires en Crimée, la colonisation et les transferts de populations s’accompagnent de la russification de la presqu’île. La Première Guerre mondiale vient remettre en cause les possibilités d’avenir de l’Empire des Tsars. Il était engagé dans une transformation d’ensemble depuis les années 1880-1890 (une possible évolution libérale ?), qui fut stoppée net par la défaite et la révolution en 1917. Après la Paix de Brest-Litovsk (3 mars 1918), la Crimée fait partie des territoires auxquels les Bolcheviks ont provisoirement renoncé. Très vite, elle devient l’une des bases des armées blanches que les Alliés soutiennent, avec plus ou moins de vigueur, à la suite de la défaite des Centraux. En 1920, l’armée du général Wrangel évacue la Crimée devant les Bolcheviks. Dans un premier temps, les droits nationaux des Tatars sont mis en avant, dans le cadre d’une « République socialiste soviétique autonome de Crimée » (1921). À partir de 1927-1930, les purges de Staline, la « dékoulakisation » et les famines secouent les populations. L’alliance Hitler-Staline rompue, avec l’opération Barbarossa lancée le 22 juin 1941, la guerre et les développements du bolchévisme grand-russie en renforcent la répression des éléments non russes.

Ces persécutions expliquent l’accueil réservé par une partie des Tatars aux troupes allemandes, à l’été 1942. Berlin autorise la constitution d’un « Comité central musulman » et six bataillons tatars sont recrutés. L’armée allemande chassée de Crimée, les Tatars sont dénoncés comme un « peuple-collaborateur » et Staline décide leur déportation (ordonnance du 11 mai 1944). Du 18 au 20 mai 1944, près de 200 000 Tatars, dont 40 à 50 % d’enfants de moins de seize ans, sont placés dans des wagons à bestiaux, avec pour destination l’Asie centrale. Peu après, Bulgares, Grecs et Arméniens de Crimée sont aussi déportés. Les soldats tatars démobilisés de l’armée soviétique suivront bientôt. Des milliers de déportés périssent pendant le trajet et le quart de ce peuple disparaît dans les quatre années qui suivent. En Crimée, les terres des Tatars sont allouées à des colons russes, les toponymes sont systématiquement modifiés et la république autonome disparaît, absorbée par la Russie.

Lorsque Khrouchtchev transfère la Crimée à l’Ukraine en 1954, la présence des Tatars n’est plus qu’un passé oblitéré (quelques veuves de guerre d’ethnie tatare subsistaient encore). Réduits à l’état de « colons spéciaux », au Kazakhstan et en Ouzbékistan, les Tatars bénéficient en 1956 d’un assouplissement de leurs conditions de vie. S’ils sont réhabilités en 1967, le retour en Crimée leur est interdit et ils ne recouvrent pas leurs droits nationaux. Ce n’est qu’en 1989 que les Tatars sont autorisés à revenir sur leurs terres natales. Un peu plus de la moitié effectue le voyage du retour (sur un total de 400 000) sans qu’ils puissent récupérer les maisons et les terrains dont Staline les a spoliés. La question foncière est une composante des difficiles relations entre les Tatars (15 % de la population) et les Russes de Crimée (60 %).

La pression russe sur la Crimée ukrainienne

Quand l’URSS se disloque, le sort de la Crimée et de la base de Sébastopol sont au centre d’un conflit géopolitique entre la Russie et l’Ukraine (les habitants de Crimée ont voté en faveur de l’indépendance de l’Ukraine). Pourtant, la signature par la Russie du Mémorandum de Budapest, sur la dénucléarisation de l’Ukraine, implique la reconnaissance des frontières de cette dernière, Crimée incluse. Il en va de même du traité d’amitié et de coopération russo-ukrainien signé en 1997. En contrepartie, Moscou peut continuer à utiliser la base navale de Sébastopol, moyennant le paiement d’un loyer et une réduction des tarifs du gaz. La « révolution orange » (2004) et l’accès au pouvoir d’une équipe pro-occidentale, décidée à faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN et dans l’Union européenne, ont leurs conséquences en Ukraine, Moscou redoutant de perdre la jouissance de la base de Sébastopol.

Les tensions sont particulièrement fortes lorsque des unités navales russes partent de cette base pour participer à la guerre contre la Géorgie (août 2008). Quelque mois plus tôt, la France et l’Allemagne avaient refusé l’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine comme à la Géorgie (sommet de Bucarest, 2-4 avril 2008). Pourtant, le retour au pouvoir du Parti des régions (pro-russe) en 2009 apaise ce conflit géopolitique. Kyïv renonce à sa candidature à l’OTAN, adopte un statut de neutralité et prolonge jusqu’en 2042 le bail de la base de Sébastopol. Schématiquement, la possibilité de nouer des relations plus étroites avec Bruxelles est la contrepartie du renoncement à l’OTAN. En 2013, les pressions russes sur Kyïv qui s’apprêtait à signer un accord d’association et de libre-échange avec l’Union européenne se répercutent en Crimée : Vladimir Poutine s’empare de cette presqu’île, illégalement annexée le 18 mars 2014. Depuis, la Russie a fait de la Crimée une république prétendument autonome, Sébastopol disposant d’un statut de ville fédérale. Quelques années plus tard, la construction du « pont de Poutine » est censée matérialiser le rattachement de la Crimée à la Russie.

Lorsque la guerre d’Ukraine entame un nouveau cours, à partir de l’ « opération militaire spéciale » déclenchée le 24 février 2022, la Crimée sert de base arrière pour l’armée russe qui opère sur le continent, et de « porte-avions » à l’échelle du bassin de la mer Noire (la littérature militaire russe parle d’un « bastion stratégique méridional »). On sait que la marine russe a rapidement perdu le contrôle de la partie occidentale de la mer Noire, les frappes ukrainiennes la contraignant à se replier dans les ports de la mer d’Azov et ceux de la façade caucasienne (Novorossiïsk), jusqu’en Abkhazie, prise à la Géorgie en 2008 et prétendument indépendante. Après bientôt 1 600 jours de guerre, la Crimée est quasiment assiégée, les lignes d’approvisionnement sont rompues et le « pont de Poutine » est exposé aux frappes ukrainiennes (les S-400 destinés à le protéger sont neutralisés). La situation d’ensemble ouvre le champ des possibles pour la péninsule.

En guise de conclusion : ouvrir des perspectives

Longtemps, les « réalistes » voulaient que l’Ukraine soit fatalement vaincue et, pour espérer le maintien d’un État-croupion, qu’elle reconnaisse la souveraineté russe sur la Crimée. Avec le Donbass en sus et quelques autre « broutilles » (à leurs yeux), à savoir la concession d’un « droit d’ingérence » (un oxymoron) dans la politique ukrainienne, via le patriarcat de Moscou et quelques autres moyens institutionnels, au prétexte de « dénazifier » le pays. Bref, l’Ukraine était vouée à la découpe, la partie située à l’ouest du Dniepr devant être satellisée par Moscou. Quant aux Ukrainiens, en regard de l’histoire (l’Holodomor) et de la condition présente des populations occupées, elle pouvait craindre le pire.

Aujourd’hui, l’Ukraine est invaincue et elle reprend l’initiative, le sens des réalités militaires invalidant la prospective des prétendus réalistes. Aux États-Unis, l’administration Trump semble enfin comprendre la vanité du « Nixon in reverse » qu’elle visait (mais méfions-nous des errements du président américain). Sur le plan géo-historique enfin, la connaissance des faits du passé, examinés selon différentes échelles temporelles, ne légitime en rien le discours russe relatif à la Crimée, pas plus qu’à l’Ukraine dans son intégralité. Il nous faut donc penser et préparer le retour à la mère-patrie de cette presqu’île et des autres territoires provisoirement perdus.

Jean-Sylvestre Mongrenier

desk-russie.eu

samedi 4 juillet 2026

La cyberarmée iranienne : l’ombre numérique du régime

 

D’abord articulée autour de missions de sabotage et d’espionnage, la cyberarmée iranienne est passée du piratage rudimentaire à une guerre cognitive mondiale sophistiquée. En s’appuyant sur ses alliés et l’intelligence artificielle (IA), elle s’impose désormais comme une arme de dissuasion face à l’Occident, permettant à Téhéran de projeter sa puissance sans confrontation directe.

Créée en 2005, la cyberarmée iranienne constitue un pilier central de la stratégie asymétrique de Téhéran. Initialement limitée à des opérations de cyberguérilla et de piratage, elle s’est rapidement structurée et professionnalisée, intégrant sabotage, espionnage et guerre cognitive. Inspirée par les méthodes de la Russie et de la Chine, elle vise à renforcer la survie du régime, sa légitimité et son influence régionale et mondiale, tout en exploitant les réseaux sociaux pour diffuser propagande et désinformation via des faux comptes et des contenus manipulés.

L’Iran mobilise également des acteurs tiers, comme la cyberarmée du Hezbollah (CAH), pour étendre sa cyberinfluence. Celle-ci combine formation de militants, campagnes de désinformation et utilisation de médias en ligne pour promouvoir la cause iranienne et anti-israélienne, notamment lors du conflit à Gaza en 2023 et lors de la guerre des Douze Jours à l’été 2025, où des avatars IA ont servi à diffuser de faux reportages. Les opérations visent à manipuler l’opinion internationale, à déstabiliser les adversaires et à accentuer les fractures internes dans les démocraties occidentales, notamment aux États-Unis et en Europe. Partiellement décentralisée et hybride, la cyberstratégie iranienne est créative et adaptable, permettant à Téhéran de projeter sa puissance sans confrontation directe, tout en constituant un défi croissant pour les puissances occidentales face à l’expansion d’une influence numérique sophistiquée et globale.

De la cyberguérilla à la guerre cognitive

La cyberarmée iranienne est créée parallèlement à la doctrine de Mosaic Warfare (défense ou guerre mosaïque), conçue pour compenser le déséquilibre des forces par des moyens asymétriques. Initialement réduite à une cellule rudimentaire de piratage et de cyberguérilla, elle se structure rapidement, élargissant ses capacités et son rôle dans la stratégie militaire, le renseignement et la guerre cognitive de la République islamique.

En 2010, l’opération « Stuxnet » constitue un véritable catalyseur : les pasdarans (corps des Gardiens de la révolution islamique — CGRI) modernisent leurs infrastructures et recrutent des spécialistes. Dès 2012, les attaques attribuées à l’Iran se multiplient, souvent limitées à la défiguration de sites web, dont celui de Twitter (renommé X en 2023). Des groupes de hackers, comme Parastoo et Glaive de la Justice, sont soupçonnés de cibler le serveur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ou d’utiliser le malware Shamoon. Parallèlement, les printemps arabes, la guerre civile syrienne et la lutte contre Daech accélèrent la montée en compétences de ces opérations.

D’abord articulée autour de missions de sabotage et d’espionnage, la cyberarmée iranienne se mue en unité d’influence en prenant l’habitude d’idéologiser et de revendiquer systématiquement ses attaques. Dans le même temps, ses actions deviennent de plus en plus sophistiquées, si bien que, dès 2013, les pasdarans se proclament quatrième puissance cyber mondiale, un constat confirmé par un institut israélien (1). Durant les années 2010, leurs compétences en sabotage et en influence convergent : en 2018, FireEye et Fortinet identifient plusieurs entités iraniennes — notamment l’APT35 (Advanced Persistent Threat, « menace persistante avancée »), également connu sous le nom de Charming Kitten —, actives dans l’utilisation massive de faux comptes sur les réseaux sociaux, pratique progressivement généralisée sur Twitter/X et Facebook. Au début des années 2020, l’Iran est reconnu comme « l’un des acteurs en ligne les plus sophistiqués et redoutés » (2). En 2022, les chercheurs suisses Myriam Dunn Cavelty et Andreas Wenger considèrent la cyberarmée du CGRI comme un acteur central des activités d’influence cybernétique.

L’influence cybernétique de l’Iran : objectifs et message

La mission première de la cyberdiplomatie iranienne est de renforcer l’image et la légitimité de la République islamique, promouvant un régime ouvert et tolérant, tout en combattant l’« iranophobie » attribuée à la propagande hostile. Elle combine « propagande blanche », revendiquée, et « propagande noire », dénuée de liens visibles avec l’Iran, brouillant ainsi les pistes (3).

Hors du Moyen-Orient, en Eurasie, en Afrique subsaharienne, en Amérique latine, en Europe et en Amérique du Nord, l’Iran se présente comme un « champion de la résistance » face aux puissances occidentales, consolidant une présence durable et une influence significative (4). Parallèlement, ses activités visent à discréditer les rivaux régionaux : Israël est présenté comme instrument de l’impérialisme occidental et les monarchies du Golfe comme corrompues et inféodées à Washington. Dans le contexte de Gaza, l’État hébreu est accusé de persécuter les Palestiniens et les pétromonarchies de complicité dans un « génocide » (5). Enfin, la cyberarmée iranienne exploite les clivages internes aux États-Unis, amplifiant les tensions sociales sur le racisme, les violences policières ou l’immigration, dans le but d’accentuer les fractures idéologiques entre groupes sociopolitiques.

Les données comme arme d’influence

À partir de 2015, la cyberarmée iranienne exploite les données comme levier de manipulation et d’influence. En 2019, l’Institut iranien Rana et Remix Kittens s’attaquent aux bases de données de compagnies aériennes, ciblant particulièrement des citoyens irano-américains critiques du régime. Pioneer Kittens et d’autres groupes visent également des agences de sécurité américaines, menaçant des citoyens israéliens et divulguant des données sensibles dans une logique de pression psychologique.

Lors des élections présidentielles de 2020 et 2024, des cybermilitants liés au CGRI cherchent à favoriser Joe Biden, craignant qu’un second mandat de Donald Trump n’aboutisse à un changement de régime. En 2020, ils envoient des courriels d’intimidation à des électeurs démocrates ; en 2024, ils multiplient les campagnes de désinformation et piratent les documents de l’équipe Trump pour les transmettre à Biden et à la presse, tout en créant de faux sites d’actualités tels que Nio Thinker et Savannah Time.

Israël et l’Europe sont également ciblés. En 2021, Black Shadow pirate une organisation LGBTQ israélienne et divulgue ses données confidentielles, tandis que Networm attaque la branche israélienne de H&M. Au Royaume-Uni, des influenceurs iraniens amplifient les divisions sociales via des pages comme « Free Scotland » ou « Britishleft​.com ». En 2022, l’Iran attaque massivement l’Albanie, divulguant des données sensibles sur 30 000 personnes, conduisant Tirana à rompre ses relations diplomatiques. En 2023, les mêmes pirates diffusent les données de plus de 200 000 abonnés de Charlie Hebdo, en représailles à des caricatures du Guide suprême.

Furtivité et persuasion par procuration

Entretemps, la cyberdiplomatie iranienne, initialement centralisée, a évolué vers un modèle « bureaucratique-entrepreneurial », sous-traitant à des acteurs non étatiques, privés ou étrangers (6). Fin 2018, l’Iran est suspecté d’utiliser des milliers de faux comptes sur Facebook et Twitter/X pour une campagne mondiale de manipulation, incluant l’usurpation d’identités visuelles de médias, comme l’imitation d’Al-Arabiya.net en 2019 ou le « typosquattage » de pages Facebook en 2020. En 2021, le pays est considéré comme l’un des principaux utilisateurs de ces méthodes de désinformation et de « blanchiment d’influence » (7).

La cyberarmée iranienne opère de plus en plus via des unités affiliées à l’« axe de la résistance », parmi lesquelles la CAH constitue son relais principal. Reproduisant le modèle iranien, la CAH combine cyberespionnage, cybersabotage et cyberinfluence, atteignant une autonomie significative tout en restant soutenue par les Gardiens de la révolution. Elle administre plus de vingt sites en sept langues et un réseau étendu de comptes proxy diffusant sa propagande anti-israélienne et anti-occidentale. La CAH dispose de plateformes cryptées pour recruter et former des cyberactivistes au Moyen-Orient, en Europe et en Amérique du Nord, créant des « fermes de trolls » et des « armées électroniques ». Les militants formés sont déployés à l’international, bénéficiant à des groupes comme les Houthis et le Kata’ib Hezbollah, cette dernière inondant à son tour Facebook de faux comptes.

À l’ère de l’IA générative et de l’hypertrucage

La guerre à Gaza offre au CGRI et à la CAH l’occasion de perfectionner leurs techniques d’information et de démontrer leur savoir-faire. Vingt-quatre heures après l’opération « Déluge d’Al-Aqsa » du 7 octobre 2023, un groupe lié au CGRI et au Hezbollah interrompt les programmes de la BBC et d’autres chaines au Royaume-Uni, aux Émirats arabes unis et au Canada pour diffuser un faux reportage présenté par un avatar généré par IA — une première pour le CAH. Profitant de l’enlisement du conflit, les deux organisations mobilisent massivement Facebook, X, YouTube, Telegram, WhatsApp et Signal pour se poser en leaders de la lutte anti-israélienne et de l’« axe de la résistance ». Avant sa mort en octobre 2024, Hassan Nasrallah notait que les cyberopérations étaient « plus efficaces pour les objectifs du Hezbollah que les opérations militaires » (8), soulignant l’importance stratégique de la guerre de l’information : en maitrisant ce domaine, le CGRI et le CAH peuvent atteindre leurs objectifs politiques sans confrontation directe.

La guerre des Douze Jours de 2025 : montée en puissance et « cyberreprésailles »

Dans le contexte de la guerre irano-israélienne de 2025, les opérations cyber et d’influence attribuées à l’Iran et à ses alliés, comme le Hezbollah, se sont fortement intensifiées : selon un rapport de mars 2025, les cyberattaques iraniennes et pro-iraniennes contre Israël avaient déjà triplé depuis le 7 octobre 2023 (9).

Dès juin 2025, des agences spécialisées observent une montée en puissance des cyberattaques iraniennes, incluant des campagnes de phishing, attaques en déni de service (DDoS), intrusions dans des infrastructures civiles et tentatives de perturbation — confirmant ainsi l’accroissement en intensité et en sophistication des capacités iraniennes. Loin de s’atténuer après la fin des hostilités, les cyberopérations iraniennes se poursuivent. En juillet 2025, le groupe Handala Hacking Team — présumé iranien — revendique le piratage de la chaine satellite Iran International, divulguant des données personnelles (passeports, permis de conduire, photos, etc.) d’employés, illustrant une nouvelle fois l’usage des fuites de données comme instrument de pression. En novembre 2025, le Service canadien du renseignement de sécurité a révélé avoir déjoué des opérations d’intimidation et des menaces potentiellement létales dirigées contre des dissidents iraniens de nationalité canadienne.

À court terme, ce regain d’intensité dans les campagnes cyber iraniennes s’inscrit clairement dans une logique de « cyberreprésailles » : à la suite des frappes israéliennes et américaines de l’été 2025, de nombreuses alertes ont été émises quant au risque accru d’attaques contre des infrastructures critiques en Occident. Cependant, au-delà des tensions immédiates et des conséquences directes du conflit, l’activisme de la République islamique dans le cyberespace s’inscrit dans une stratégie de cyberdissuasion à long terme, visant à projeter sa puissance et à protéger ses intérêts stratégiques à moindre prix et sans recourir à un affrontement militaire direct.

Conclusion

Alors que le régime islamique apparait de plus en plus fragilisé et que plusieurs piliers de sa stratégie asymétrique — notamment ses milices et ses relais régionaux — sont affaiblis, sa cyberarmée et son appareil de cyberinfluence acquièrent une importance stratégique accrue. Ces outils numériques permettent à Téhéran de protéger ses intérêts, de projeter sa puissance et de perturber ses adversaires, tout en évitant l’escalade militaire.

Dans un environnement hypermédiatique où les conflits se jouent de plus en plus dans l’arène des opinions publiques, l’Iran s’est doté d’un large arsenal d’outils de cyberinfluence lui permettant de rivaliser avec ses adversaires. Si de nombreux acteurs adoptent désormais une posture hybride, rares sont ceux — comme l’Iran — qui en font un pilier central de leur politique internationale. Partiellement décentralisée et largement déléguée, la cyberstratégie iranienne se distingue par sa créativité, son caractère hybride et sa forte adaptabilité. Ce modèle pourrait contribuer à la longévité du régime en maintenant une défense avancée tout en évitant les confrontations directes. Pour les puissances occidentales, cette diplomatie numérique, potentiellement coordonnée avec celle de la Chine et de la Russie, constitue un défi croissant.

Notes

(1) Daniel S. Brantley, Evolving Cyber Warfare Strategies of the United States, Russia, China, and Iran, Utica College, 2021, p. 31.

(2) Aaron Delwiche, « Computational Propaganda and the Rise of the Fake Audience », in Paul Baines, Nicholas O’Shaughnessy, Nicholas Snow (dir.), The SAGE Handbook of Propaganda, SAGE, 2020.

(3) Marc Lynch, « Digital Activism and Authoritarian Adaptation in the Middle East », POMEPS (Project on Middle East Political Science), 2021.

(4) Toulu Akerele, « The Iranian Revolutionary Apparatus and Hezbollah in West Africa », Current Trends in Islamist Ideology, n°29, 2021, p. 102-127 (mis en ligne le 22 octobre 2021 : https://​www​.hudson​.org/​n​o​d​e​/​4​4​280).

(5) Lev Topor, Pnina Shuker, « Cyber Influence Campaigns in the Dark Web », Cyber, Intelligence, and Security, vol. 3, n°2, 2019, p. 67 (https://​tinyurl​.com/​y​r​r​4​8​8u2).

(6) Pierre Pahlavi, Éric Ouellet, « Iran: Asymmetric Strategy and Mass Diplomacy », Journal of Strategic Security, vol. 13, n°2, 2020, p. 97 (https://​tinyurl​.com/​m​k​w​c​f​83f).

(7) Marc Lynch, op. cit.

(8) Chuck Freilich, « The Iranian Cyber Threat: The Institution and Praxis of Iran’s Cyber Strategy », Institute for National Security Studies (INSS), Memorandum 230, janvier 2024, p. 84 (https://​tinyurl​.com/​2​9​k​p​h​8​wuf).

(9) Esmaeil Mohades, « Iran and Hezbollah’s Cyber Attacks on Israel Have Tripled Since October 7 Attack », Iran Focus, 27 mars 2025 (https://​tinyurl​.com/​m​r​2​9​r​wy7).

Pierre Pahlavi

areion24.news