Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 21 octobre 2026

Népal : Retour sur la catastrophe de Rasuwa

 

Le glissement de terrain catastrophique de Rasuwa illustre l’incapacité des autorités à anticiper les ravages du changement climatique dans l’Himalaya, et le dénuement du Népal face à ses trois immenses voisins que sont la Chine, l’Inde et le Pakistan.

La catastrophe de Rasuwa, symbolisée par la vague qui a submergé le poste-frontière Népal-Tibet de Gyirong, a le 26 août vers 10h30 fait au moins 7000 victimes, presque autant que le séisme de 2015. La puissance des flots a emporté certains jusqu’à 180 kilomètres en aval. L’armée et la police ont néanmoins secouru près de 14.000 personnes, souvent réfugiées sur des versants escarpés. Selon le ministère de l’Éducation, 9 430 enfants sont directement touchés par la perte d’un parent ou la destruction de leur maison ou de leur école. Selon l’UNICEF, 17 000 enfants ont besoin d’un soutien en santé mentale. Les crues ont endommagé ou détruit 35 établissements scolaires.

Et voilà que la coulée mortelle vient de se reproduire le 11 octobre dans une autre région montagneuse alors même qu’on n’a pas encore identifié la majorité de ceux qui ont péri le 26 août. Or cela peut durer longtemps avec de lourdes conséquences pour les survivants, en particulier les enfants faute de certificats de décès de leurs parents.

Une catastrophe prévisible

Comme l’écrit le Nepali Times dès le 30 août, la catastrophe était tout sauf imprévue même si certains ont douté de l’authenticité des images sous leurs yeux. La tragédie, ce n’est pas seulement l’inondation, c’est qu’on a du mal à y croire, n’était-ce pas de la « réalité augmentée » se demande son fondateur, Kunda Dixit ?

Au pouvoir depuis à peine 6 mois, le RSP (Rastriya Swatantra Party) a été confronté à ce phénomène aux dimensions épiques.

La catastrophe a mis en lumière l’incapacité des pouvoirs précédents à faire face à un changement climatique qui, certes, n’est pas principalement dû au Népal, mais que les pouvoirs publics n’ont pas su prévoir alors que les cris d’alarme d’ICIMOD (International Center for Integrated Mountain Development) repris par le Nepali Times dès 2015 n’avaient pas manqué.

Car c’est bien le dérèglement du climat qui est la première cause du torrent de boue et débris de 80 m de haut au poste-frontière de Gyiron avec le Tibet occupé par la Chine qui a tout emporté en débordant du cours de la rivière Trishuli, d’ordinaire paisible torrent de montagne. Un morceau de glace et de roche s’est détaché de la face nord du mont Langtang Lirung, à environ 5 200 m d’altitude et a plongé environ 800 mètres plus bas sur un glacier. « Sur une pente extrêmement forte, la gravité a rapidement accéléré l’eau et les débris, » selon le dernier rapport du géologue Sudan Bikash Maharjan, de l’ICIMOD, qui a estimé à 142 millions de mètres cubes le volume qui a déferlé dans la vallée. Cette masse a parcouru une distance de 20 km en à peine sept minutes.

La catastrophe a fait en Chine un nombre inconnu de victimes : au moins 43 morts et entre 260 et plus de 500 disparus officiellement, mais on sait qu’en Chine la réalité est souvent différente. Le président chinois Xi Jinping a certes ordonné « la mobilisation de tous les moyens » afin de secourir les blessés et de minimiser les pertes humaines après ce drame. Le lendemain les autorités népalaises, prévenues par celles de Chine, ont averti que le torrent mortel risquait de continuer sa course en aval. En même temps, elles demandaient aux aides étrangères de ne pas porter directement secours mais d’offrir leur assistance à une liste de besoins que les pouvoirs publics identifieraient, réaction nationaliste déjà à l’œuvre dans d’autres catastrophes.

On a cru à un séisme mais il est vite apparu que c’était la catastrophe qui avait provoqué un tremblement de terre d’une magnitude de 5,2 et non l’inverse.

Des agences de presse internationales – beaucoup d’étrangers, notamment des pèlerins indiens, se trouvaient parmi les victimes – ont rapidement fait le lien avec des risques similaires ailleurs au Népal comme dans d’autres pays himalayens.

Même le Président Donald Trump, ému par la catastrophe et sensible à la présence d’Américains parmi les victimes, s’est engagé à fournir au Népal « tout ce dont il aurait besoin. » Idem pour l’Australie, qui est passée par des organisations internationales comme le programme alimentaire mondial (PAM) et l’Inde. Le journaliste Kunda Dixit observe qu’à ses débuts comme correspondant, il fallait être conforme aux 4Ns – New, Near, Negative and North – pour être publié. Ça s’est un peu amélioré : les médias aiment les catastrophes, même au Sud…

Les inondations et les glissements de terrain sont pourtant fréquents pendant la mousson d’été (juin-septembre) au Népal et dans toute l’Asie du Sud. Mais selon les scientifiques, le réchauffement climatique, s’il n’explique pas tout, accroît leur intensité et leur fréquence.

Les fumées suscitées par l’écobuage (brûlis volontaires), la cuisson des briques, les usines qui créent un effet de serre, une circulation automobile anarchique dans toute l’Asie du Sud figurent parmi les causes de la fonte des glaciers, deux fois plus rapide dans l’Himalaya qu’au niveau du sol.

Se rendant à la semaine des Nations Unies qui permet à tous, même les plus pauvres dont fait partie le Népal de se faire entendre, le Premier ministre Balen Shah a rappelé que son pays n’était à l’origine que de 0,05% des gaz à effet de serre, mais il est de ceux qui en souffrent le plus.

La Banque mondiale a particulièrement étudié les conséquences pour l’économie népalaise. Elle estime les dommages causés par la catastrophe à environ 2,7 milliards de dollars (estimation supérieure à celle du Népal qui s’établissait à 1,81 Md USD). Les besoins de financement pour la reconstruction sont quant à eux estimés à 4,8 Mds USD par les autorités nationales.

La Banque identifie trois canaux principaux. D’abord l’énergie. Quinze équipements hydroélectriques qui avaient coûté 3,4 Mds €, et qui produisaient ou allaient produire 753 MW (soit 10,6% de la capacité installée) ont été affectés par les crues.

Ensuite la logistique et les transports : le corridor de Rasuwagadhi, endommagé, représente à lui seul 11 % des importations népalaises en provenance de Chine. Des centaines de voitures électriques chinoises qui attendaient au poste-frontière leur agrément ont été emportées.

Enfin le secteur du tourisme, qui a vu 200 de ses hôtels et restaurants frappés par les inondations tandis que les flux touristiques s’asséchaient.

Les causes réelles

Parmi les autres causes du désastre on peut citer la suie, ou noir de carbone, qui en tombant sur la glace la fait fondre à vive allure, mettant le sol à nu. L’équilibre naturel est rompu et l’Himalaya sous les gaz à effet de serre ou les dépôts de suie est entraîné dans le désastre.

Comme le signale l’écrivain Kanak Dixit, le concept de « pralaya » (annihilation cosmique) a été utilisé par les ingénieurs et politiciens népalais pour décrire la catastrophe de Rasuwa.

Mais l’économie de marché, poursuit-il, est également en cause en suscitant la concentration des populations autour des routes, donc le long des fleuves. Quant aux barrages hydroélectriques, ils ont également été installés aux mêmes endroits afin de tirer profit de la forte pente des chutes d’eau en montagne.

Il faut aussi souligner la perte du permafrost himalayen, un sujet académique jusqu’au débordement de Rasuwa mais qui est sans doute à l’origine de nombreuses catastrophes survenues depuis 2013.

.On le sait, la plaque himalayenne pousse depuis 50 millions d’années la plaque eurasienne, ce qui fragilise la montagne qui n’est pas immuable et subit depuis des siècles des inondations dues aux lacs glaciaires. La vallée de Pokhara, deuxième ville du pays, est le résultat d’un tel cataclysme survenu en l’an 1190 de notre ère (effondrement partiel de l’Annapurna) et aggravé par les dépôts sédimentaires.

Plusieurs analyses scientifiques révèlent que le changement climatique a contribué à la fonte du pergélisol qui maintient en partie la cohésion des hautes parois montagneuses et à l’amincissement des glaciers.

Il faut néanmoins être précis : attribuer une catastrophe particulière au changement climatique n’équivaut pas à dire que celui-ci en serait la cause unique. Dans un événement de cette nature interviennent la géologie, le relief, la glace, l’eau et différents phénomènes locaux de même que les activités humaines et leurs conséquences. Le changement climatique agit notamment en modifiant les conditions dans lesquelles ces risques se produisent.

Comme le dit B. Horton, doyen de l’Institut de l’énergie de Hong Kong, « la tragédie de Rasuwa s’est produite dans une région où le réchauffement est plus rapide que la moyenne, le permafrost se dégrade et les pentes des montagnes sont moins stables […] le Népal a perdu 1/3 de sa glace au cours des 30 dernières années » et cela se voit.

Localement, les villages népalais étaient traditionnellement construits en hauteur car les anciens connaissaient le risque d’inondation des fonds de vallée, utilisés seulement pour les rizières. Le modèle de développement appuyé sur les routes de bord de cours d’eau vers la Chine, en particulier quand l’Inde avait instauré le blocus en 2015 dans un Népal éprouvé par le tremblement de terre et que la « China card » paraissait une alternative, s’est retourné contre le pays.

Les habitants n’ayant pas péri ont immédiatement passé des coups de fil plus bas dans la vallée pour annoncer qu’une vague dévalant à plus de 120 km/h allait les frapper de plein fouet. Le maire du district de Rasuwa a eu 20 minutes pour avertir sa population.

Habitués aux inondations, beaucoup n’en ont pas perçu la gravité exceptionnelle. Il faudrait, comme en Suisse, un système d’alerte plus efficace.

Un problème géopolitique

Le problème est donc politique : n’est-ce pas à un État himalayen comme le Népal de convaincre ses immenses voisins – Inde, Chine, Pakistan – où se trouvent bien d’autres régions à risque, de traiter cet enjeu ? Et au-delà, n’est-ce pas aux pays riches du Nord de payer la facture quand le Népal, 52ème population mondiale, n’émet que 0.03 à 0.05 % des gaz à effet de serre ?

Le dérèglement climatique frappe l’Asie du Sud très peuplée plus encore que d’autres régions, or les Universités où l’on apprend à réaliser des infrastructures se situent le plus souvent au Nord. L’Asie méridionale est divisée, en particulier entre l’Inde et le Pakistan souvent en guerre, et incapable de s’entendre sur une politique commune en particulier en matière d’environnement alors que l’organisation commune (SAARC) a justement son siège à Katmandou où aucun sommet n’a pu se tenir depuis 2014…

Qui va payer ?

Lors de son discours devant l’ONU le jeudi 24 septembre, le Premier ministre népalais a appelé les pays de la communauté internationale à intensifier leurs efforts pour aider son pays à s’adapter à l’urgence climatique. « Le Népal a contribué à moins de 0,1% des émissions globales de gaz à effet de serre. Nous n’avons pas créé cette crise, et pourtant nous en payons le prix, » a insisté Balendra Shah devant l’Assemblée générale de l’ONU. Il a proposé de créer un « mécanisme de résilience climatique himalayen, » comprenant le Népal ainsi que la Chine et l’Inde, qui leur permettrait de partager des données satellitaires et leur expertise, de surveiller les lacs glaciaires et de renforcer les systèmes communs d’alerte.

De fait, un fonds des Nations unies pour les pertes et les dommages, créé en 2022 à la suite des inondations catastrophiques au Pakistan et après une décennie de débats houleux, n’a toujours pas effectué son premier versement et souffre d’un grave déficit de financement.

Kunda Dixit observe que son pays a doublé sa surface forestière ces trente dernières années, 25% est en zones protégées, toute l’électricité est hydraulique et le Népal arrive au 2ème rang mondial après la Norvège en pourcentage de nouveaux véhicules électriques.

Mais il faut aussi réduire l’usage des combustibles fossiles qui constituent 17% des importations : celles-ci sont financées par les virements de l’immigration (1/3 du PIB) que menace le blocage du détroit d’Ormuz.

Derrière le drame népalais ressurgit une question que trente ans de diplomatie climatique n’ont toujours pas vraiment réglée : quand certains pays ont largement contribué à détériorer le climat et que d’autres en paient les conséquences, qui doit payer la facture ?

Le paradoxe est qu’en même temps a été instauré un mécanisme juridique pour que la reconnaissance des dégâts ne signifie pas automatiquement celle d’une dette et que, pour financer les victimes, on ne transforme pas les grands émetteurs historiques en débiteurs responsables.

La catastrophe népalaise pourrait constituer le premier « vrai test » pour les coordonnateurs de ce fonds expliquait au magazine environnemental Drilled le chef-négociateur du Népal pour le climat. « Ce fonds international est-il prêt à répondre lorsque se présentent des pertes et des dommages à une telle échelle ? »

Le directeur général de l’Autorité nationale de réduction et de gestion des risques de catastrophe a indiqué que le gouvernement prévoyait de déclarer les zones riveraines et autres zones touchées par la catastrophe « impropres à l’habitation. » Il a également précisé que le gouvernement sélectionnait actuellement des sites sûrs pour un relogement à long terme et s’employait à relocaliser les écoles, les hôpitaux et d’autres infrastructures. Cela coûtera cher et il compte demander l’aide du Japon, habitué aux catastrophes.

Enfin, le gouvernement prévoit de lancer dès l’exercice 2026 une opération de grande envergure visant à vidanger quatre lacs glaciaires situés en haute montagne avec l’apport du Fonds vert pour le climat et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

Yves Carmona

asialyst.com

La justice helvétique classe la procédure concernant la mort d'un Suisse détenu en Iran

 

Le Ministère public de la Confédération (MPC) a classé la procédure ouverte à la suite du décès d'un Suisse dans une prison iranienne en janvier 2025. Aucun indice concret laissant penser à un homicide n'a été trouvé. Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) doutait de la thèse du suicide.

Ce ressortissant suisse de 64 ans avait été arrêté à la fin de 2024 par les autorités iraniennes, qui le soupçonnaient d'espionnage. Le 9 janvier 2025, il est retrouvé mort dans sa cellule de la prison de Semnan, à l'est de Téhéran, sans que la diplomatie helvétique ait pu lui rendre visite (voir encadré 1). Selon le régime, il aurait mis volontairement fin à ses jours.

Les doutes du renseignement helvétique

Dans un premier temps, cette assertion est accueillie avec circonspection par le Service de renseignement de la Confédération (SRC). Ce dernier fait savoir au Ministère public de la Confédération (MPC) que ce "prétendu suicide" soulève des questions.

Selon les services secrets helvétiques, les éléments en leur possession "remettent en cause le déroulement du suicide présumé" tel que décrit par l'Iran. C'est ce qui figure dans l'ordonnance de classement du parquet fédéral, que SRF a pu consulter.

Le SRC évoque la pratique du régime iranien consistant à utiliser les arrestations comme moyen de pression politique. Il rappelle également certains événements survenus à l'ambassade de Suisse à Téhéran, notamment le cas mystérieux d'une diplomate suisse décédée en 2021 après avoir chuté de son immeuble d'habitation à Téhéran (voir encadré 2).

Autopsie pratiquée en Suisse, avec des limites

À la suite de l'ouverture d'une procédure pénale autour de ce décès, le Ministère public de la Confédération a fait pratiquer une autopsie sur le corps. Les autorités iraniennes avaient toutefois embaumé la dépouille avant son transfert en Suisse, ce qui a limité les possibilités d'analyse médico-légale.

L'autopsie a conclu que la mort par pendaison était plausible. Il n'est toutefois pas possible de déterminer avec certitude si le corps a été suspendu alors que la victime était consciente, inconsciente ou déjà décédée. Par ailleurs, aucune trace de lutte ni aucun indice d'une sédation ou d'une autre cause de décès n'ont été découverts.

Possession de matériel potentiellement interdit

La nature exacte des accusations d'espionnage portées par l'Iran reste incertaine. Selon une proche du défunt, celui-ci effectuait un voyage de deux ans à bord d'un véhicule aménagé en camping-car. Il avait emporté du matériel photographique en tant que photographe. Il aurait aussi réalisé des prises de vue avec un drone.

Il transportait en outre plusieurs téléphones portables ainsi qu'un appareil de communication par satellite. Selon le Ministère public de la Confédération, l'utilisation de certains de ces équipements pourrait être interdite en Iran.

La proche a reçu du défunt des images montrant "une sorte de pylône de transmission", des stations-service, des bâtiments, des routes ainsi que l'épave d'un véhicule militaire. La police judiciaire fédérale (PJF) estime que ces images n'ont pas été prises en Iran. Mais l'homme s'est peut-être "exposé à un risque accru en raison du matériel qu'il transportait et de son comportement", selon la PJF.

Aucun indice concret d'un homicide

Selon le parquet fédéral, il n'est pas possible de déterminer, dans ce contexte, s'il s'agissait d'une "arrestation totalement arbitraire". Il n'existe toutefois aucun indice concret laissant penser que l'Iran aurait voulu exercer une pression politique sur la Suisse ou d'autres Etats en procédant à cette arrestation.

Le Ministère public de la Confédération conclut qu'il n'y a aucun indice concret d'un homicide et, par conséquent, a décidé de classer la procédure. De toute manière, la poursuite des investigations se serait heurtée à des "difficultés majeures", car elle aurait nécessité la coopération de l'Iran.

Domink Meier

rts.ch

Opération conjointe des services de renseignement turcs et syriens

 

Le Turco-Syrien Mihraç Ural, alias Ali Kayali et surnommé Ali Hoca ou dit la « Hyène », a été appréhendé dans la nuit du 14 au 15 octobre 2026, officiellement en tentant de fuir la Syrie (sous-entendu au niveau de la frontière libanaise).

Du temps du régime Assad, il commandait la milice progouvernementale Résistance syrienne (ou Front populaire pour la libération du Sandjak d’Alexandrette), accusée de nombreux carnages et d’actions terroristes en Turquie.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) repris par des médias libanais, Mihraç Ural était déjà réfugié au Liban. Il aurait été repéré alors qu’il sortait du très réputé hôpital Al-Rasoul Al-Azam de Beyrouth. Un commando d’hommes masqués aurait ensuite pris d’assaut sa résidence située dans la région de Mansourieh (à une dizaine de kilomètres au nord-est de Beyrouth). Il aurait été emmené entravé, tandis que sa femme et son gendre auraient été immobilisés à l’intérieur de la maison.

Cette capture est intervenue quelques jours après l’arrestation, par la direction de la lutte antiterroriste syrienne, de son bras droit au sein de la milice, Jamal Trabulsi, au début du mois d’octobre 2026.

Cet enlèvement au Liban aurait été conduit en coordination entre les nouveaux services de renseignement syriens (Service de renseignement général — Jihāz al-Mukhābarāt al-‘Āmmā) et l’Organisation nationale du renseignement turc (MIT). Cette dernière connait ce pays comme sa poche depuis des décennies, ayant traqué les activistes du PKK et de l’extrême gauche qui y avaient élu domicile.

Ural est actuellement détenu par les autorités syriennes en vue d’être jugé, en particulier pour les massacres de centaines de civils qui ont eu lieu les 2 et 3 mai 2013 dans les régions d’al-Bayda et de Banias dans des villages majoritairement sunnites.

Carrière 

Mihraç Ural né en 1956 dans le district d’Antakya (Alexandrette) au sein d’une famille alaouite. Il a d’abord appartenu au mouvement d’extrême gauche turc, le Parti du front de libération du peuple turc (Halk Kurtuluş Partisi-Cephesi, THKP-C). Il est responsable de plusieurs assassinats de personnalités turques.

Il a rejoint la faction dissidente THKP-C/Acilciler, une organisation d’extrême gauche/marxiste-léniniste. Fondée en 1974-1975 par de jeunes universitaires et d’anciens cadres du THKP-C libérés de prison en 1974, cette branche a été surnommée « Acilciler » (les « Agitateurs »). Mihraç Ural en a pris la direction en 1976 après que la direction de ce mouvement a été décapitée lors d’un affrontement avec les forces de sécurité turques à Malatya.

Il a été arrêté le 10 mars 1978, mais il s’est évadé de la prison d’Adana en 1980 en soudoyant les gardes. Bien que la branche principale de l’organisation ait été démantelée, l’évasion de Mihraç Ural a conduit à une réutilisation du nom Acilciler dans les années qui suivirent.

Cette organisation a tissé des liens étroits avec les services de renseignement syriens (Mukhabarat) pendant le règne d’Hafez el-Assad, et elle a mené pour eux des activités clandestines, notamment dans la province du Hatay.

En 1983, Mihraç Ural, pourchassé par les services turcs, a fini par se réfugier en Syrie où la nationalité syrienne lui est accordée. Il y a épousé Melek Fadal, membre de la famille Assad.

À noter qu’il a été arrêté en Allemagne en 1982, puis en France en 1986, alors qu’il était recherché par la Turquie pour terrorisme. Ni Bonn ni Paris n’avaient voulu l’extrader vers Ankara, les activistes turcs de toutes natures trouvant un accueil favorable en Europe…

En Syrie, il s’est installé à Lattaquié où il a bâti une fortune colossale due à son rôle dans le trafic de drogue. En liaison avec le crime organisé turco-kurde (1), il était l’un des maillons de la chaîne d’acheminement d’héroïne d’Afghanistan via la Syrie, puis la Turquie, et aboutissant en Europe.

Dans les premières années suivant son installation à Lattaquié, il a rencontré des personnalités telles que Dursun Karataş (terroriste turc dirigeant la Gauche révolutionnaire — Dev-Sol — puis le Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple — DHKP-C), qui a aussi été arrêté en France en 1995, mais non extradé vers la Turquie, et Abdullah Öcalan, le chef historique du PKK qui résidait officiellement en Syrie sous la protection du président Hafez el-Assad. Ce dernier le chassera du pays uniquement en 1998, car la Turquie avait alors menacé la Syrie d’une intervention militaire. Le président syrien savait que son pays ne faisait pas le poids face à la deuxième armée de l’OTAN…

Lors de la guerre civile syrienne, qui a débuté en 2011, Mihraç Ural a fondé le groupe Résistance syrienne, une milice paramilitaire soutenant le régime de Bachar el-Assad.

Le drapeau de la Résistance syrienne est visiblement inspiré de ceux du PKK et du DHKP-C : la « convergence des luttes » ?

En Turquie, il est accusé d’avoir planifié l’attentat de Reyhanlı du 11 mai 2013, qui a fait 53 victimes, amenant Ankara à l’inscrire sur la liste des personnes les plus recherchées du pays et Interpol à émettre une notice rouge à son égard.

Il a réussi à participer, dans la délégation syrienne, à la réunion internationale de Sotchi en janvier 2018 organisée dans le cadre du processus de paix syrien. La Turquie a exprimé sa profonde irritation face à la participation d’Ural et a demandé à ce qu’il soit arrêté et extradé… ce que Moscou n’a pas fait.

Le procès de cet individu va être exemplaire. Il aurait sans doute préféré être jugé en Turquie, où la peine de mort a été abolie en 2004. En Syrie, il risque sa tête.

raids.fr

mardi 20 octobre 2026

Mairie de Limoges brûlée: un suspect fiché S arrêté

 

Un homme a été interpellé mardi matin en Haute-Vienne dans l'enquête sur l'incendie volontaire de la mairie de Limoges, a appris l'AFP auprès du parquet et d'une source proche du dossier, selon laquelle ce quadragénaire est connu pour son appartenance à l'ultragauche.

Cette «personne suspectée dans les faits d'incendie» de l'hôtel de ville lors des violences survenues en marge de la mobilisation nationale de samedi a été interpellée à Val d'Issoire avec l'assistance de l'antenne bordelaise du RAID, unité d'élite de la police nationale, a précisé le parquet de Limoges.

La Sous-direction anti-terroriste (SDAT) a été saisie, a déclaré à l'AFP une source proche du dossier. Un homme de 40 ans, soupçonné d'être lié à l'incendie volontaire de la mairie de Limoges samedi et connu pour son appartenance à l'ultragauche, a été interpellé mardi matin en Haute-Vienne, a appris l'AFP de source proche du dossier.

Âgé de 40 ans, l'homme est fiché S pour des faits de violences sur personne dépositaire de l'autorité publique, selon une source policière. Il s'agit d'un habitant du département voisin de la Creuse, a précisé une source syndicale.

Samedi, la mobilisation contre la vie chère a donné lieu à d'importants débordements dans plusieurs villes de France, dont Limoges. Des émeutes ont éclaté au centre-ville et des casseurs sont entrés dans la mairie pour y mettre le feu.

La partie ancienne de l'hôtel de ville de Limoges, inauguré en 1883 a été «quasi 100% détruite» à l'intérieur, selon les autorités. La toiture et le beffroi se sont effondrés et seule la partie moderne à l'arrière a été sauvée par les pompiers.

AFP

Adapter le cyber militaire français aux temps tactique et opératif

 

Les opérations militaires contemporaines imposent un rythme toujours plus rapide aux forces armées. Pourtant, les organisations cyber occidentales restent largement structurées selon des logiques héritées du renseignement : centralisation, secret et maîtrise technique. Les débats actuels autour de l’US Cyber Command montrent les limites de ce modèle. Pour la France, l’enjeu n’est plus seulement de développer des capacités cyber performantes, mais de les intégrer pleinement aux temps tactique et opératif afin de produire des effets exploitables.

Les opérations cyber militaires souffrent d’un paradoxe : conçues pour agir à la vitesse du numérique, elles sont en réalité conduites selon des temporalités héritées du renseignement stratégique. Alors que les cycles de décisions opérationnelles sont toujours plus rapides, les capacités cyber peinent encore à produire des effets exploitables dans les temps tactique et opératif.

Les débats actuels autour de l’US Cyber Command illustrent particulièrement cette tension. Plusieurs analystes américains soulignent désormais que le principal frein des opérations cyber n’est plus technique mais organisationnel. Timothy Neslony résume ainsi le problème : « cyber operations aren’t slow, our thinking is » (1). Selon lui, les délais des opérations cyber ne proviennent pas principalement des limitations technologiques, mais d’une organisation construite autour de la culture du renseignement technique, davantage pensée pour le contrôle et la haute technicité que pour la réactivité opérationnelle.

Un modèle cyber américain confronté au tempo des opérations

Cette réalité trouve son origine dans la manière dont les structures cyber occidentales se sont développées depuis les années 2000. Aux États-Unis, l’US Cyber Command s’est largement construit dans l’orbite de la National Security Agency (NSA). Cette proximité a permis de développer des capacités techniques extrêmement avancées, mais elle a également profondément façonné la culture opérationnelle du cyber militaire américain : centralisation des décisions, cloisonnement, validation lourde et priorité donnée à la préservation des accès sur le long terme. Cette logique est particulièrement pertinente dans le domaine du renseignement stratégique. L’intrusion d’un réseau adverse, la collecte de renseignement technique ou la préparation d’un accès à fin d’entrave nécessitent effectivement beaucoup de temps, de discrétion, d’excellence technique et une forte maîtrise des risques. Mais les opérations militaires modernes peuvent imposer désormais des contraintes différentes. Une fenêtre tactique peut s’ouvrir pour quelques heures seulement. Une opportunité opérationnelle peut disparaître avant même que les chaînes de validation ne soient terminées. 

Neslony décrit précisément cette difficulté en évoquant des opérations de contre-terrorisme au cours desquelles des forces spéciales attendaient un effet cyber dans des délais incompatibles avec les procédures existantes. Selon lui, certains chefs militaires américains ont progressivement cessé de considérer le cyber comme une capacité actionnable, au vu des délais de mise en œuvre trop longs. Cette critique rejoint celle formulée par John Cobb à propos du fonctionnement opérationnel de l’US Cyber Command. Dans son analyse des « cyber campaign plans », il décrit une structure fragmentée, marquée par des chaînes de commandement complexes et par une difficulté persistante à lier planification stratégique et réalité tactique (2). Cobb estime que le principal problème réside moins dans les équipes techniques elles-mêmes que dans l’organisation chargée de les employer.

Les débats américains convergent ainsi vers une même idée : les organisations cyber héritées du renseignement ont historiquement privilégié le contrôle et la sophistication technique au détriment de la vitesse. Or les opérations multi-domaines contemporaines imposent désormais une logique différente. Le véritable enjeu n’est plus seulement de disposer d’un accès technique performant, mais d’être capable de transformer rapidement cet accès en effets opérationnels synchronisés. Cette évolution renvoie à un triptyque structurant : vitesse, intensité et contrôle. Pendant longtemps, les organisations cyber occidentales ont privilégié le contrôle des opérations et la préservation des accès, quitte à ralentir la production d’effets. Désormais, le tempo des opérations impose de concilier réactivité et intensité des effets dans des délais de plus en plus courts, au détriment donc du contrôle.

Le cyber militaire français face à un risque de rigidité similaire

Ces débats américains intéressent directement les armées françaises. Certes, la France ne dispose pas des ressources humaines, techniques ou budgétaires américaines. Pourtant, les difficultés rencontrées par l’US Cyber Command annoncent probablement des difficultés que les armées françaises pourraient rencontrer également à mesure que leurs capacités cyber montent en puissance.

Comme aux États-Unis, les capacités françaises de lutte informatique offensive, défensive ou d’influence se sont historiquement développées autour d’une logique de sécurité opérationnelle forte pilotée par le niveau stratégique. Cette approche reste indispensable, mais elle peut devenir un frein lorsque le cyber doit produire des effets synchronisés dans une manœuvre interarmées. Les frontières entre cyber, guerre électronique, OSINT (Open source intelligence) et ILI (Influence et lutte informationnelle) deviennent progressivement plus poreuses, alors que différentes organisations traitent ces sujets au niveau stratégique : COMCYBER, DRM, CPCO, COS, ASO… Les conflits récents montrent clairement une convergence croissante entre ces différents champs. L’avantage tactique est donné à qui exploite simultanément ces différents domaines pour accélérer son cycle décisionnel, plutôt au niveau opératif, et désorganiser celui de son opposant.

La France pourrait toutefois disposer d’un avantage relatif. Là où les États-Unis doivent transformer une architecture institutionnelle massive, les armées françaises disposent encore de structures suffisamment réduites en termes de ressources humaines pour adapter plus rapidement leur organisation, et ainsi éviter le piège américain du silo.

Fusion des données et data hub opératif : vers un cyber militaire intégré à la manœuvre

Dans ce contexte, le principal défi devient celui de la fusion des données et de la synchronisation des effets. La supériorité opérationnelle dépendra de plus en plus de la capacité à agréger rapidement des informations issues de capteurs multiples afin d’identifier des opportunités exploitables dans des délais très courts. Or les structures actuelles restent souvent cloisonnées. Les données cyber, électromagnétiques, OSINT suivent leurs propres circuits au sein de chaînes fonctionnelles dédiées, ralentissant de fait considérablement la production d’effets opérationnels.

L’intelligence artificielle pourrait précisément transformer cette problématique. Son intérêt militaire réside aujourd’hui probablement moins dans des cyberattaques autonomes que dans sa capacité à accélérer la fusion multidomaines et la circulation de l’information utile à la décision. L’IA pourrait permettre de corréler rapidement données cyber, signaux électromagnétiques, renseignement open source, et dispositifs informationnels afin d’identifier plus rapidement des vulnérabilités adverses ou des fenêtres d’actions tactiques. Le principal apport des technologies d’intelligence artificielle réside donc dans la capacité à réduire la friction entre vitesse, intensité et contrôle, et pourrait permettre la maîtrise des effets opératifs sans dépendre d’un niveau de centralisation stratégique.

Cette évolution pourrait conduire à la création de véritables data hubs

cyber-électroniques au niveau opératif, à la main des OPCON, afin de fusionner les différents flux d’information et ainsi produire une compréhension « technico-ops » unique de théâtre. Le cyber ne doit plus être pensé comme une spécialité technique isolée, mais comme une fonction pleinement intégrée à la manœuvre. Une telle évolution suppose cependant une transformation capacitaire significative sur tout le spectre DORESE (Doctrine, organisation, ressources humaines, équipement, soutien, entraînement). En première approche, la mise en place dans tous les états-majors de théâtre d’une cellule dédiée « Appui électromagnétique et Cyber » semble nécessaire, afin de garantir l’administration du data hub, l’exploitation de la donnée, et surtout « penser la manœuvre » dans ces champs. Elle permettrait la concrétisation d’une logique d’emploi « décentralisée » du cyber, davantage orientée vers la vitesse et la synchronisation des effets.

En conclusion, le principal enseignement des débats américains est celui-ci : le défi du cyber militaire n’est pas technologique, mais organisationnel. Pour les armées françaises, l’enjeu est donc d’éviter de reproduire un modèle opérationnel américain, puissant mais trop centralisé, actuellement en difficulté pour répondre aux temps tactiques et opératifs des conflits actuels. La supériorité, dans le milieu cyber, et de façon plus générale pour les opérations multi-domaines, dépendra en effet de la capacité des organisations à fusionner rapidement information, décision et action.

Notes

(1) Timothy Neslony, « Cyber Operations Aren’t Slow — Our Thinking Is », War on the Rocks, 14 mai 2026 – https://​warontherocks​.com/​c​y​b​e​r​-​o​p​e​r​a​t​i​o​n​s​-​a​r​e​n​t​-​s​l​o​w​-​o​u​r​-​t​h​i​n​k​i​n​g​-is.

(2) John Cobb, « Cyber Campaign Plans and Other Fairy Tales », War on the Rocks¸ 20 décembre 2024 – https://​warontherocks​.com/​c​y​b​e​r​-​c​a​m​p​a​i​g​n​-​p​l​a​n​s​-​a​n​d​-​o​t​h​e​r​-​f​a​i​r​y​-​t​a​les

Julien Chamberon

areion24.news