Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

dimanche 25 octobre 2026

Le 'Nid d'Aigle' d'Adolf Hitler ravagé par un incendie au-dessus de Berchtesgaden

 

Un incendie a ravagé la résidence Kehlsteinhaus d'Adolf Hitler, également connue sous le nom de 'Nid d'Aigle', en Bavière, dans le sud de l'Allemagne. Les autorités privilégient la piste d'un "acte de malveillance", alors qu'un homme de 33 ans a été interpellé par la police allemande. Il présente un trouble psychique.

Près de 200 pompiers ont été mobilisés pour éteindre l'incendie de cette bâtisse, très difficile d'accès, surplombant un éperon rocheux au-dessus de Berchtesgaden. Maison d'apparat du Führer, construite de pierres et de granit, elle doit son surnom de 'Nid d'Aigle' à André François-Poncet, qui fut l'ambassadeur de France auprès du IIIᵉ Reich.

Samedi, des images prises juste avant l'aube montraient l'ensemble du bâtiment en proie aux flammes. En début de matinée, une caméra vidéo panoramique ne montrait plus de feu ravageant le bâtiment, mais de la fumée continuait de s'en échapper.

L'incendie "semble bien dû à un acte de malveillance", a estimé le ministre bavarois de l'Intérieur Joachim Herrmann. Le suspect est un Allemand de 33 ans qui a des liens avec les environs mais n'y vit pas, a déclaré le porte-parole du parquet de Traunstein, Rainer Vietze, cité par le quotidien local PNP.

Si "d'éventuels motifs politiques sont à l'étude", des éléments concrets ont orienté les enquêteurs vers une "possible maladie psychique", un soupçon confirmé par un rapport d'expertise, a indiqué le représentant du parquet selon la même source. Les déclarations du suspect "doivent être interprétées avec prudence", a-t-il encore déclaré.

"Entièrement en feu"

Selon les forces de l'ordre, un détecteur de fumée du bâtiment a déclenché l'alarme incendie vendredi vers 21h50. Les pompiers, alertés, ont aperçu des flammes s'élevant haut dans les airs alors qu'ils se rendaient sur place. Une fois arrivés, ils ont "constaté que le bâtiment était entièrement en feu".

Le 'Nid d'Aigle', la Kehlsteinhaus, fume encore au matin du 24 octobre 2026. La veille au soir, la maison d'apparat d'Adolf Hitler, au-dessus de Berchtesgaden, en Bavière, a été incendiée. [AFP - KERSTIN JOENSSON]


L'accès au lieu de l'incendie, situé à 1834 mètres d'altitude, ainsi que les opérations d'extinction se sont "avérés difficiles", a indiqué la porte-parole de la police, Lisa Maier. Les secours n'ont trouvé personne à l'intérieur du bâtiment. Aucune information n'a encore pu être donnée quant à la cause de l'incendie: "L'enquête de la police judiciaire est en cours", précise-t-elle. Les autorités privilégient un "acte de malveillance".

Non loin du Berghof

Construit entre 1937 et 1938 au-dessus de Berchtesgaden, la Kehlsteinhaus devait servir de bâtiment de représentation à Adolf Hitler pour impressionner les diplomates étrangers; le chef nazi ne s'y est que très peu rendu. Elle faisait partie de la 'zone interdite du Führer' d'Obersalzberg, un de ses lieux de villégiature favoris: à ne pas confondre avec le Berghof, sa résidence secondaire privée, situé plus bas dans la montagne.

Le Berghof était considérée comme la 'seconde chancellerie' du Reich: Hitler y passait plus d'un quart de son temps. Il n'existe plus aujourd'hui: la villa fut d'abord en partie consumée par l'incendie allumé par les SS à l'approche de l'armée américaine, en 1945, puis totalement détruite en 1950 sur ordre du gouvernement bavarois.

Quant au 'Nid d'Aigle', il a traversé la Seconde Guerre mondiale sans subir de dommages. Depuis 1952, le bâtiment abrite un restaurant qui attire de nombreux curieux et curieuses, avec quelque 350'000 visites par an, selon l'office du tourisme du Land de Bavière. Une exposition y retrace l'histoire de la maison.

Le site de la Kehlsteinhaus, sur l'Obersalzberg, dans le pays de Berchtesgaden, photographié le 11 mai 2025. [KEYSTONE - BARBARA GINDL]

Popularisé dans de nombreux films américains d'après-guerre, le bâtiment offre une vue exceptionnelle sur un paysage de montagnes qui tranche avec l'horreur et les exactions sanguinaires du IIIᵉ Reich. Ses politiques antisémites, racistes et expansionnistes ont provoqué la mort de millions de personnes, dont le génocide d'environ 6 millions de personnes de confession juive – soit les deux tiers des juifs et juives d'Europe.

En 1963, le reportage de Continents sans visa (ci-dessous) explique que Berchtesgaden est devenu "un centre touristique important: c'est d'ailleurs la principale activité de ses quelque 5000 habitants", narre le commentaire. Les autocars qui mènent à la Kehlsteinhaus sont "bondés de touristes".


A Berchtesgaden, le nid d'aigle d'Hitler / Continents sans visa / 11 min. / le 3 octobre 1963


"Aurait-il fallu faire de toute cette zone gardée un musée?" s'interroge le journaliste qui pose la question à un habitant qui réplique que "personne, à Berchtesgaden, ne veut y voir un musée consacré à Hitler (...) nous ne voulons pas en faire un mythe, mais nous ne voulons pas faire disparaître l'Obersalzberg. Il a existé avant Hitler. Ce que nous voulons faire, avant tout, c'est développer le tourisme", affirme-t-il. Un autre homme parlant l'allemand n'est pas de cet avis: "On aurait tout dû faire exploser au lieu d'en faire une exploitation commerciale".

"C'est une période compliquée en Allemagne", souligne l'historien Yan Schubert, joint par RTSinfo: "En 1963, date de la diffusion du reportage, le procès d'Adolf Eichmann – responsable logistique de la 'solution finale', l'extermination de la population juive d'Europe – a eu lieu à Jérusalem, deux ans plus tôt", durant huit mois. "Et il a eu un grand retentissement".

Quel futur pour ce lieu?

Aujourd'hui, "la Kehlsteinhaus est l'un des endroits les plus problématiques d'Allemagne, car c'est un business", explique ce membre de l'Atelier Interdisciplinaire de Recherche (AIR), à Genève. "Pour arriver au 'Nid d'Aigle', il faut soit trois heures de marche, soit payer le prix prohibitif de 34,70 euros par personne pour utiliser l'ascenseur d'époque qui y mène".

"De plus, les touristes vont clairement là-bas à cause d'Hitler, mais la mention du dictateur n'est faite nulle part", remarque le spécialiste du nazisme.

En effet, sur le site internet de la Kehlsteinhaus, il faut bien chercher pour trouver la mention de la 'nationalsozialistischen Präsenz', pudiquement, la présence nationale-socialiste.

Le mot 'nazi' ou 'nazisme' est absent, quant à 'Hitler', il est très rare et n'apparaît même pas dans la notice consacrée à l'exposition – gratuite – montée par le respectable Institut d'Histoire contemporaine allemand, das Institut für Zeitgeschichte. C'est l'expérience touristique qui est mise en avant.

"Le mieux, ce serait que ce lieu soit repris et géré par le Centre de documentation sur le nazisme, très bon, qui se trouve à Obersalzberg, en plaine. Ce serait notamment un non-sens que de reconstruire le 'Nid d'Aigle' à l'identique", note Yan Schubert. Or, ce qui est paradoxal, c'est que cet endroit appartient au Land de Bavière et est géré par une fondation aux buts louables (lire encadré); la restauration est pour sa part exploitée par un opérateur privé.

En 2023, l'historien s'est rendu aux pieds de la Kehlsteinhaus, mais a renoncé à y monter: "J'ai été choqué par l'immense parking, type station de ski, rempli de cars de tourisme. Une sorte de disneylandisation... Juste à côté, un bistro – qui ne date pas de l'époque nazie – vendait des souvenirs douteux, comme des tasses estampillée 'Eagle's Nest' ou même des layettes. Honnêtement, qui veut que son bébé porte une chose pareille?"

De l'argent public

Le propriétaire de la Kehlsteinhaus est le Land libre de Bavière, der Freistaats Bayern. Le ministre bavarois de l'Intérieur, Joachim Herrmann, a promis que le site "ne sera en aucun cas laissé à l'état de ruine", tout en ajoutant: "Cette maison en tant que telle, tout le site, les environs sont liés à une histoire particulière. Il est important que nous poursuivions notre travail de mémoire".

Le Land a accordé à la Berchtesgadener Landesstiftung un droit d'usufruit de ce lieu, ainsi que de sa route d'accès. Cette fondation indique ne poursuivre que des buts d'utilité publique et caritatifs dans le district de Berchtesgaden. Elle finance notamment la santé, les soins, l'éducation, les écoles et la préservation du patrimoine local.

Une question demeure pourtant: faut-il exploiter touristiquement un lieu aussi étroitement lié au régime nazi, à ses décisions génocidaires majeures, ainsi qu'à ses plus hautes figures dirigeantes? Ce point sera sans doute à l'agenda de la Bavière ces prochains temps, pour savoir quoi faire des ruines fumantes du 'Nid d'Aigle'.

Stéphanie Jaquet

Quel état de santé réel pour l’économie russe ?

 

Après quatre années de guerre avec l’Ukraine, force est de constater que l’économie russe a fait preuve d’une résilience surprenante, malgré les nombreuses sanctions occidentales. Comment expliquer cette résilience ?

La trajectoire macroéconomique de la Russie depuis le début de la guerre d’Ukraine a en effet surpris — aussi bien d’ailleurs à Moscou qu’en Occident. Je me souviens qu’au cours des jours qui ont suivi le déclenchement de la guerre d’Ukraine, on envisageait une récession de l’ordre de 10 % pour 2022. Finalement, le PIB du pays n’a reculé que de 1,4 %, avant de rebondir à +4,1 % en 2023 et 4,9 % en 2024. Cette résilience s’explique notamment par le fait que le pays avait commencé à s’adapter à aux sanctions occidentales dès 2014. Si personne ou presque n’imaginait que les choses iraient aussi loin, certains mécanismes avaient été initiés. La substitution d’importation et la « souverainisation » des secteurs-clefs de l’économie, jusqu’alors limités pour l’essentiel à l’agriculture, ont pu être déployés assez rapidement, quoiqu’avec des succès inégaux. Les flux commerciaux ont été réorientés en quelques mois seulement. Vladimir Poutine a en outre eu la chance de pouvoir compter sur des équipes particulièrement compétentes au sein du gouvernement, de son administration et de la Banque centrale, même s’il est de bon ton aujourd’hui à Moscou de critiquer la politique monétaire de sa gouverneure, Elvira Nabioullina. Enfin, il faut souligner le faible endettement de la Russie (moins de 20 % du PIB) : c’était l’une des premières priorités de Vladimir Poutine au début de sa présidence dans les années 2000, et elle a été menée à bien avec constance depuis lors. Une Russie dépendante de créanciers étrangers n’aurait pas disposé de telles marges de manœuvres financières et politiques. 

Cependant, l’économie du pays connait également une inflation très forte et la hausse des prix commence à peser sérieusement sur le pouvoir d’achat des ménages. Alors que l’économie russe se contracte pour la première fois depuis trois ans, quel est concrètement l’état de santé économique de la Russie aujourd’hui ?

Le miracle touche à sa fin. La Russie est en effet confrontée, depuis la fin de l’année dernière, à un ralentissement général de l’activité économique. C’est visible dans tous les secteurs ou presque. Les taux d’intérêts élevés (le taux directeur de la Banque centrale est aujourd’hui de 14,5 %, après avoir atteint 21 % à l’automne 2024) en sont l’une des principales raisons : de fait, emprunter est pratiquement impossible pour les entreprises, qui gèlent leurs investissements. Le même problème se pose aussi pour les particuliers, notamment pour les personnes souhaitant acheter un logement : c’est inenvisageable, sauf à bénéficier de taux bonifiés par l’État (on constate que les ventes de logements neufs ont reculé de plus de 20 % au 1er trimestre 2026). La Banque centrale est sous pression des milieux économiques et du gouvernement, mais elle reste prudente face aux risques d’inflation. Notons que cette dernière a fortement baissé — elle s’établit actuellement à environ 5,5 % — mais elle est inégalement répartie géographiquement et sectoriellement : la province et les couches populaires, qui dépensent une grande partie de leurs revenus en biens alimentaires, la ressentent plus fortement. Autre problème : la fiscalité. Le gouvernement, qui cherche de l’argent pour financer l’effort de guerre, a d’abord mis à contribution les grands groupes ; il a ensuite introduit de nouvelles tranches pour l’impôt sur le revenu (jusqu’ici au taux unique de 13 %) puis a, au 1er janvier 2026, relevé la TVA de 20 % à 22 % et abaissé le seuil de chiffre d’affaires en deça duquel les PME et entreprises individuelles bénéficient d’un régime simplifié. Cela a produit des effets très négatifs, à tel point que les autorités ont dû rétropédaler dans certains secteurs comme la restauration.

Pour résumer, je dirais que la Russie a mangé son pain blanc. Elle entre désormais dans une période plus incertaine. Mais ne sous-estimons pas l’ampleur de l’effet redistributif du keynésianisme de guerre : les perdants des années dites de « transition » — ouvriers spécialisés, régions périphériques — se sont retrouvés au cœur des attentions du pouvoir et ont vu leurs conditions de vie s’améliorer sensiblement, parfois même spectaculairement. Et ne surestimons pas les difficultés de la Russie : elle gage ses perspectives à moyen terme, ce qui est inquiétant, mais elle n’est pas menacée d’effondrement, comme on l’entend souvent dans les médias occidentaux. Le PIB a reculé de 0,2 % au 1er trimestre, mais il est probable que la Russie échappe à la récession. Le gouvernement table sur une croissance de 0,4 % cette année, des chiffres très prudents comparables à ce que feront les économies occidentales. 

Alors que le pays est passé en économie de guerre, on peut observer une « surchauffe » liée aux commandes d’État dans le secteur de la défense. Jusqu’à quel point cette croissance tirée par l’industrie militaire est-elle soutenable avant que le déficit d’investissement dans les infrastructures civiles ne devienne critique ?

On ne peut pas dire que la Russie est passée en économie de guerre. Elle consacre certes des montants faramineux à ses armées et aux services de sécurité (environ 10 % du PIB), mais on est très loin de 1942 (on ne reconvertit pas des usines civiles en productions militaires) et même des années 1970 (les évaluations font état de plus de 30 % de la richesse nationale de l’URSS alloués à la défense). Mais il est vrai que le complexe militaro-industriel tourne pleinement et qu’il se développe, notamment dans le secteur des drones. Les Russes apprennent vite, ils ont tiré les leçons de l’échec de leur « opération spéciale » de mars 2022, qui est dès lors devenue une guerre d’attrition. Ils ont mis en ordre de marche leur industrie militaire dès l’été 2022. Naturellement, cet effort — imprévu — crée de fortes distorsions. Les dépenses sociales courantes ne sont pas menacées, mais de nombreux projets d’investissement sont reportés. Combien de temps est-ce tenable pour l’État et acceptable pour la population ? Nul ne le sait. Personnellement, je dirais au moins 18 mois encore. Mais on voit qu’il peut y avoir des surprises. D’une part, la nouvelle guerre du Golfe va permettre de maintenir le budget fédéral à flot au moins jusqu’à l’automne, probablement au-delà. Mais d’autre part, la lassitude de la société — qui est largement favorable à la fin de la guerre — commence à s’exprimer et ne peut plus être ignorée par le Kremlin. 


La mise en place de nombreuses sanctions contre la Russie a favorisé la « souverainisation » de l’économie et du système financier russe. Dans quelle mesure cela constitue-t-il un atout ou un défi pour la Russie dans le contexte actuel ?

Pratiquement toutes les banques de Russie sont sous sanctions. Les piliers du système financier national que sont Sber, VTB ou VEB font l’objet de restrictions américaines et européennes maximales. Et pourtant, le secteur bancaire affiche des bénéfices historiques. Aucune banque n’a fait faillite, il n’y a pas eu de panique chez les épargnants russes (pourtant très échaudés par les krachs des années 1990). Certes, le débranchage de SWIFT et, plus généralement, des circuits de financements occidentaux n’a pas été indolore, loin s’en faut. Mais les acteurs russes ont rapidement su trouver des circuits alternatifs en Chine, en Turquie, aux Émirats arabes unis et dans bien d’autres pays. On sait aussi que les sanctions occidentales ont fortement accéléré l’usage des crypto-monnaies et que les efforts de la Russie pour sanctuariser son système financier ont bénéficié de l’unilatéralisme de l’administration Trump. Au fond, beaucoup de pays — à commencer par la Chine, mais pas seulement — qui ne se sentaient pas vraiment concernés par les déboires de Moscou (voire cherchaient à s’en distancier) ont compris qu’ils pouvaient être les prochaines victimes. Les arguments de Moscou sur la nécessaire dédollarisation du commerce mondial trouvent désormais un autre écho, au sein des BRICS par exemple.

Entre la mobilisation sur le front et l’exode d’une partie de la population, la Russie fait face à un taux de chômage historiquement bas, mais subit une pénurie de main-d’œuvre. Alors que le pays connait également depuis plusieurs années une crise de la natalité, dans quelle mesure cela représente-t-il un problème à moyen ou long terme ? Est-ce que l’accord entre l’Inde et la Russie sur la mobilité de la main-d’œuvre a pour but de contribuer à réduire le déficit russe dans ce domaine ?

Le taux de chômage de 2 %, qui ferait rêver bien des responsables occidentaux, n’est en effet pas forcément une bonne nouvelle pour la Russie. La mobilisation de 300 000 civils en septembre 2022, l’exode d’environ 750 000 personnes pour y échapper — souvent des personnes hautement qualifiées, dont certaines continuent cependant à travailler à distance pour des entités russes — et la faible natalité — à peine plus d’un million de naissances en 2025 — jouent à plein. À moyen terme, il n’y a que deux solutions : l’immigration — qui pose cependant des problèmes politiques assez comparables à ceux observés en France — et l’augmentation de la productivité, où il y a beaucoup de marge. L’Inde est un pays nouveau pour l’immigration de travail en Russie. La Russie cherche également de la main-d’œuvre au Vietnam et en Afrique. Cet hiver, la mairie de Moscou a même recruté des Cubains pour déblayer la neige sur les trottoirs de la ville. De façon générale, la Russie ne peut plus compter sur l’afflux de populations slaves ; les « pieds rouges » qui souhaitaient le faire sont rentrés d’ex-URSS, les derniers immigrants russophones — au nombre d’un million environ — étant les Ukrainiens du Donbass en 2014-2015. Elle cherche à encadrer le nombre de ressortissants d’Asie centrale et regarde donc au-delà des frontières de l’ex-URSS. Ce qui est plutôt rationnel mais qui pose un problème majeur : la connaissance du russe, ou plutôt, sa non-maitrise par les nouveaux arrivants. 

Alors que la Russie a entamé un pivot vers l’Asie et en particulier vers la Chine, dans quelle mesure l’économie, l’industrie et la technologie russe ne risquent-elles pas de se trouver trop dépendantes de Pékin ? Quelle est la position du Kremlin vis-à-vis de ce risque ?

Cette dépendance est réelle, que ce soit pour les composants militaires, les exportations d’hydrocarbures, l’importation de machines-outils et d’automobiles, entre autres. Aujourd’hui, les échanges avec la Chine se situent aux alentours de 230 milliards de dollars par an, contre à peine un peu plus de 60 avec l’Union européenne. Il y a une dizaine d’années, c’était l’inverse ; je ne suis pas sûr que l’on mesure bien en France ce que cela signifie. On préfère parler de « vassalisation » de la Russie, sans doute pour se rassurer et piquer l’amour-propre des Russes. Or c’est, de mon point de vue, une erreur d’analyse. Il y a une asymétrie profonde des potentiels des deux pays, au plan économique, démographique, et même bientôt militaire — le nucléaire stratégique étant l’un des rares domaines où la Russie a encore l’avantage. Mais ces déséquilibres, qui sont évidents et que nul ne conteste à Moscou, n’induisent pas une soumission politique. La principale raison est que la Chine, très sagement, ne le souhaite pas et fait tout pour traiter symboliquement la Russie comme son égal. Ce qui ne veut pas dire que les Russes ne sont pas inquiets. Le remplacement des marques automobiles occidentales par les chinoises a mis en évidence le risque de submersion du marché national et de coopérations moins équilibrées. Beaucoup de dirigeants russes souhaitent pouvoir, après la guerre d’Ukraine, rééquilibrer les choses avec les Occidentaux. Les Américains l’ont bien compris. Pas les Européens, qui se privent, me semble-t-il, de leviers pour l’avenir.

La guerre en Iran a profondément perturbé la circulation des flux énergétiques et d’une partie du commerce maritime international. Dans quelle mesure la Russie en a-t-elle profité ou au contraire a-t-elle été impactée par cette crise qui affecte de nombreuses économies dans le monde ?

La Russie fait partie des principaux bénéficiaires de la crise iranienne. Les gains les plus évidents sont liés à l’augmentation des cours du pétrole et donc des rentrées fiscales : en février, le baril d’Urals — la marque de brut russe la plus courante — se négociait en moyenne à 44,6 dollars ; en avril, à 94,9 ; en mai, ce sera au moins autant. À cela s’ajoutent, par exemple, les recettes supplémentaires tirées des exportations d’engrais. La destruction de certaines lignes de production de GNL au Qatar remet par ailleurs en selle NOVATEK et Gazprom, à l’heure où l’Europe décide de se couper du gaz en provenance de Russie. Il y a donc un vrai effet d’aubaine, plus qu’un simple répit pour le budget fédéral russe. Sans cette nouvelle guerre du Golfe, le Kremlin aurait été confronté, dès ce printemps, à de sérieuses difficultés. On peut donc dire que Poutine a la baraka. Pour autant, cette pluie de pétrodollars ne règle pas tous les problèmes. Le déficit sera sans doute contenu dans les paramètres initialement envisagés (1,6 %), mais on voit bien que l’activité économique reste atone. 

Alors que la vente d’hydrocarbures constitue une part importante des revenus du pays, dans quelle mesure les sanctions, les mesures prises contre la flotte fantôme et les attaques ukrainiennes visant les sites de production et d’exportation russe affectent-elles cette manne financière ?

De façon générale, les sanctions occidentales ont augmenté les couts, notamment logistiques, pour les exportateurs russes. Les marges de ces derniers avaient considérablement reculé l’an dernier, les rabais consentis s’ajoutant à la baisse des cours mondiaux. La crise autour de l’Iran a rebattu les cartes. Les Indiens, qui étaient plus prudents après les menaces de l’administration Trump et l’introduction de sanctions américaines contre Lukoil et Rosneft en novembre 2025, se sont remis à acheter d’importants volumes, souvent en payant des primes. Le pétrole russe revient au Japon, pays du G7 qui, soit dit en passant, a envoyé fin mai une délégation économique à Moscou. Reste bien sûr à savoir si cette situation est appelée à durer, mais la séquence actuelle souligne que la Russie dispose d’une carte importante à jouer alors que le Moyen-Orient semble plongé durablement dans le chaos. Quant aux attaques ukrainiennes, elles ne sont pas parvenues, à l’automne 2025, à engendrer une pénurie de carburant en Russie. Il y avait en effet de fortes capacités de raffinage non utilisées qui ont pu être mobilisées. Les frappes plus récentes contre les terminaux pétroliers en Baltique et en mer Noire ont en revanche provisoirement (généralement pour quelques jours) perturbé les exportations, mais sans parvenir à couper les flux. On peut donc parler d’une entrave, limitée, mais pas négligeable. Les Russes doivent renforcer leurs défenses antiaériennes dans ces secteurs et tenir compte des risques nouveaux, notamment après la destruction d’un méthanier en Méditerranée.

Thomas Delage

Arnaud Dubien

areion24.news

samedi 24 octobre 2026

En Asie, la transition énergétique n'est plus une politique climatique

 

Le 28 février 2026, le détroit d’Ormuz s’est fermé. 84% du pétrole brut qui y transitait était destiné à l’Asie. En six semaines, le choc a fait pour la transition énergétique asiatique ce que quinze ans de diplomatie climatique n’avaient pas réussi, et il l’a fait dans les deux sens.

À Manille, le 9 mars 2026, les stations-service affichent des panneaux « plus de carburant. » À Bangkok, le gouvernement plafonne le prix du gazole, demande aux fonctionnaires de travailler depuis chez eux et invite les citoyens à venir au bureau en chemisette pour économiser la climatisation. À Séoul, les acheteurs de brut cherchent en urgence des barils qui ne passent pas par Ormuz. À Tokyo, où 95% du pétrole importé vient du Golfe, le gouvernement prépare la levée temporaire des restrictions pesant sur les centrales à charbon.

Le détroit d’Ormuz a été fermé à la suite des frappes américano-israéliennes contre l’Iran. L’Agence internationale de l’énergie (AIEA) a parlé du plus important choc d’approvisionnement de l’histoire. Selon la Banque mondiale, l’offre mondiale de pétrole a chuté de 10,1 millions de barils par jour au mois de mars. Le Brent a grimpé de plus de 90 % par rapport au début de l’année, le gazole de plus de 75 %, le kérosène de plus de 170 %.

Aux Philippines, qui importent 98 % de leur pétrole du Moyen-Orient, le prix du gaz naturel liquéfié (GNL) a triplé ; l’état d’urgence énergétique national a duré de fin mars à fin juin, et l’institut public de recherche sur le développement a estimé que la crise pouvait faire basculer entre 1,3 et 3,1 millions de Philippins sous le seuil de pauvreté.

L’accord américano-iranien de juin a permis une réouverture progressive. Le blocus naval a été levé le 18 juin, les flux de brut sont revenus près de leurs niveaux d’avant-guerre au début d’octobre, mais l’agence américaine d’information sur l’énergie n’attend pas de normalisation complète de la production moyen-orientale avant début 2027, et une prime de risque persiste.

Pour comprendre ce que cette année fait à l’économie verte asiatique, il faut accepter une idée inconfortable. La décarbonation n’y avance presque jamais pour des raisons climatiques.

Le réflexe charbon

Premier mouvement, immédiat et régressif. Le Japon annonce fin mars la suspension temporaire des contraintes réglementaires sur ses centrales à charbon. La Corée du Sud supprime le plafond qui limitait à 80% le taux de fonctionnement de son parc charbonnier ; ses importations de charbon bondissent de plus de 26 % sur un an en mars et avril. La Thaïlande remet en service deux centrales qu’elle avait fermées l’année précédente. Taïwan redémarre des tranches au charbon. Les Philippines en brûlent davantage.

Aucun de ces gouvernements ne revendique un revirement climatique. Tous invoquent la sécurité d’approvisionnement, et tous présentent la mesure comme temporaire. C’est précisément ce qui inquiète les spécialistes de la région. Une fois qu’une centrale amortie a été relancée, l’économie politique du prix de l’électricité rend sa fermeture très difficile.

Sharon Seah, qui dirige le programme climat de l’ISEAS-Yusof Ishak Institute à Singapour, met en garde contre un verrouillage carbone de long terme lorsqu’un pays revient sur le calendrier de retrait de son parc vieillissant. Sandeep Pai, de l’université Duke, résume la logique sans détour qu’en dernière analyse, la sécurité énergétique l’emporte sur toute autre considération.

Il faut y ajouter un effet de second ordre, rarement commenté. Les grands exportateurs de charbon de la zone (notamment l’Australie et l’Indonésie) ont intérêt, en situation de tension, à garder leur production pour eux plutôt que de la vendre aux voisins.

La Chine, elle, a ordonné dès le début de la crise à ses raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole, d’essence et de kérosène. La solidarité énergétique régionale, concept dont l’ASEAN parle depuis vingt ans, n’a pas survécu au premier hiver.

Le pari nucléaire

Deuxième mouvement, plus lent et plus lourd de conséquences. L’Asie, qui débattait du nucléaire depuis Fukushima sans trancher, a tranché.

Le revirement le plus spectaculaire est taïwanais. Le Parti démocrate progressiste (DPP) gouverne depuis 2016 sur une promesse de « patrie sans nucléaire » ; l’île a débranché son dernier réacteur en 2025. Un an plus tard, le président Lai Ching-te annonce le redémarrage de deux tranches à l’arrêt.

Le Japon accélère la remise en service des réacteurs mis à l’arrêt après 2011. La Corée du Sud, qui n’a jamais vraiment quitté l’atome, en fait le pivot de sa stratégie post-Ormuz. Et l’Asie du Sud-Est, qui ne compte à ce jour pas un seul réacteur en fonctionnement, explore sérieusement l’option pour la première fois.

La raison tient en une phrase. Le nucléaire est la seule source pilotable et bas-carbone dont le combustible ne transite pas par un détroit que l’on peut fermer. Elle vaut ce qu’elle vaut. Les délais de construction se comptent en décennies, le financement reste problématique et l’acceptabilité sociale demeure fragile dans des pays sismiques. Mais pour la première fois depuis 2011, le nucléaire asiatique a un argument que l’opinion entend.

Le pays qui n’a presque rien senti

Et puis il y a la Chine, dont la position dans cette crise mérite un paragraphe à elle seule, car elle valide a posteriori quinze ans de politique industrielle. Pékin a traversé le choc d’Ormuz presque sans dommage. Son système électrique repose sur le charbon, le nucléaire et les renouvelables, non sur le pétrole et le GNL ; ses réserves stratégiques sont estimées à environ cent vingt jours d’importations. Pendant que ses voisins rationnaient, la Chine a continué à fonctionner.

Les chiffres de son parc électrique disent pourquoi. En février 2026, la capacité installée non-fossile a dépassé pour la première fois la capacité fossile, à environ 52% du total. Le pays a installé 277 gigawatts de solaire en 2024, puis 315 en 2025. Davantage, chaque année, que le reste du monde réuni. À la mi-2026, l’éolien et le solaire cumulés approchaient les 2 000 gigawatts, auxquels s’ajoutent 454 gigawatts d’hydroélectricité. Le quinzième plan quinquennal fixe la cible de 3 500 gigawatts de renouvelables en 2030, dont 2 800 d’éolien et de solaire. Les véhicules électriques et hybrides rechargeables représentaient 58,5 % des ventes automobiles domestiques en juin.

Mais il faut se garder du récit héroïque, car les données de 2026 racontent aussi autre chose. Après une première baisse annuelle des émissions de CO2 en 2025, un événement historique en soit, celles-ci sont reparties de 2% au premier trimestre 2026. La cause n’est pas un ralentissement des installations, c’est le gaspillage. Le taux d’écrêtement a atteint 9,2% pour le solaire et 8,5% pour l’éolien, faute d’un réseau et de mécanismes de marché capables d’absorber cette production.

Dans le même temps, la mise en service de capacités thermiques neuves battait un record sur les cinq premiers mois de l’année, en hausse de 84%. La Chine construit simultanément le plus grand parc renouvelable du monde et un système de soutien au charbon qui l’empêche de fonctionner à plein. Les émissions restent sous le pic de mars 2024, mais la trajectoire n’est pas linéaire et elle dépend désormais moins des panneaux que des lignes à haute tension.

L’Inde, ou le piège de la capacité

Le cas indien illustre un malentendu courant. En mai 2026, la capacité renouvelable installée du pays (hors grande hydraulique) a dépassé pour la première fois celle du charbon, soit 230,8 gigawatts contre 230,1. New Delhi a atteint cinq ans à l’avance son objectif de 50% de capacité non fossile. Au 30 juin, le total renouvelable atteignait 288,6 gigawatts, dont 162 de solaire, après un premier semestre record, environ 26 gigawatts de solaire installés en six mois, en hausse de plus de 40 %. L’objectif de 500 gigawatts non fossiles en 2030 est devenu, de l’avis général, une question de calendrier plutôt que de faisabilité.

Et pourtant le charbon fournit toujours près de 70% de l’électricité indienne. L’explication est arithmétique. Un parc solaire tourne en moyenne à 20 % de sa puissance nominale, une centrale à charbon indienne à plus de 60%.

La capacité n’est pas la production. Tant que l’Inde n’aura pas massivement déployé le stockage et le réseau qui permettent de déplacer l’électron solaire de midi vers le pic de dix-neuf heures, les gigawatts installés resteront une statistique flatteuse plutôt qu’une courbe d’émissions qui s’infléchit. C’est aussi, du reste, là que l’argent se déplace. Le stockage, les projets hybrides et les lignes de transport sont devenus les segments les plus recherchés du marché indien.

L’usine du monde vert

Reste la dimension qui transforme l’économie verte asiatique en question géopolitique, et non plus seulement énergétique. La Chine fabrique la transition mondiale. Elle représente environ 80 à 85% de la capacité de production de panneaux solaires, 80% des cellules et systèmes de batteries, 70% de l’éolien et des véhicules électriques, près de 60% des électrolyseurs à hydrogène.

Ses exportations de technologies bas-carbone ont progressé de 51% sur un an en juillet 2026, celles de véhicules électriques de 90%. En mars, au plus fort de la crise pétrolière, elle a exporté un record de 68 gigawatts de panneaux en un seul mois, et une cinquantaine de pays ont battu leur record d’importation.

L’analyse est devenue banale dans les milieux énergétiques. Le choc d’Ormuz, loin de freiner le déploiement des renouvelables, l’a accéléré partout où le réseau était fragile et le carburant devenu inabordable.

Mais cette dominance a cessé d’être seulement commerciale. Depuis avril 2025, Pékin utilise les terres rares comme instrument de politique étrangère, en réponse aux restrictions américaines sur les semi-conducteurs. Le pays assure environ 90% de la séparation mondiale des oxydes de terres rares et plus de 90% de la fabrication des aimants permanents (ceux des moteurs de véhicules électriques et des éoliennes offshore).

L’AIEA a estimé en juillet 2026 que la pleine application de ces contrôles exposerait quelque 6 500 milliards de dollars de production en aval hors de Chine. Les contrôles les plus durs ont été suspendus jusqu’au 10 janvier 2027 à l’issue du sommet Trump-Xi de Washington, mais rien n’a été démantelé. Les restrictions d’avril 2025 restent en vigueur, et les exportations de terres rares soumises à licence vers le Japon étaient nulles trois mois d’affilée à l’été. Mi-octobre, Pékin mettait en consultation un catalogue ajoutant quarante technologies à contrôler, dont des procédés de fabrication solaire.

Le paradoxe est brutal et il structurera la décennie. L’Asie sort d’un détroit pour entrer dans une usine. Elle réduit sa dépendance à un passage stratégique maritime contrôlé par des tiers en augmentant sa dépendance à des chaînes industrielles contrôlées par son voisin le plus puissant. Le Japon, la Corée et l’Inde le savent, et c’est la raison pour laquelle leurs plans « verts » comportent désormais un volet industriel autant qu’un volet climatique. New Delhi a porté sa capacité de fabrication de modules solaires à plus de 170 gigawatts, non par vertu écologique mais par refus de substituer une dépendance à une autre.

La force et la faiblesse d’une transition sans morale

Il faut en tirer la conclusion qui s’impose, même si elle déplaît aux deux camps du débat climatique. L’économie verte asiatique n’est pas un projet moral. C’est une politique industrielle doublée d’une politique de sécurité. Cela lui donne une robustesse que les transitions occidentales n’ont pas.

Elle ne dépend ni d’une majorité parlementaire convaincue du réchauffement, ni de la popularité d’un mouvement écologiste. Un panneau solaire chinois posé au Pakistan ou aux Philippines l’est parce qu’il revient moins cher que le diesel, et il le reste quel que soit le gouvernement.

Mais la même indifférence joue dans l’autre sens. Une politique énergétique qui ne répond qu’à la sécurité et au prix construit du charbon dès lors que le charbon est sûr et bon marché, et c’est exactement ce qui s’est produit entre mars et juin de cette année. Elle n’a aucune raison structurelle de fermer une centrale amortie, ni d’investir dans un réseau qui ne rapporte rien à celui qui le finance, ni de renoncer à un fournisseur dominant tant qu’il livre.

Le vrai test des dix-huit prochains mois n’est donc ni le sommet d’Antalya de 2026 sur les changements climatiques (COP 31) en novembre ni les objectifs de 2030. Maintenant que le pétrole recommence à circuler, les gouvernements asiatiques débrancheront-ils les centrales qu’ils ont rallumées en urgence et construiront-ils les lignes et les batteries qui transformeraient leurs gigawatts installés en électricité réellement consommée ?

La réponse à cette question pèsera davantage sur le climat mondial que tout ce qui se dira dans un centre de conférences méditerranéen.

Andrew Bernard

asialyst.com

jeudi 22 octobre 2026

Le Pentagone développerait de nouvelles capacités en matière d’espionnage clandestin et de sabotage

 

Selon Politico, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, et son secrétaire adjoint Steve Feinberg, ont rapidement mis en place de nouvelles initiatives en toute discrétion, en procédant principalement à la réorganisation de deux programmes de renseignement clandestins déjà existants. Ces projets seraient pilotés par Feinberg, qui bénéficie des conseils de Tom Rakusan, un ancien haut responsable de la branche chargée des opérations clandestines de la CIA.

Selon le Washington Post, un nouveau programme consacré aux agents opérant sous une couverture non officielle, appelés “nonofficial cover officers” (NOC), se trouve encore au stade de la planification. Ces agents américains opéreraient sous une fausse identité, sans lien apparent avec le gouvernement, par exemple en se faisant passer pour des hommes d’affaires ou des employés du secteur privé. Leur mission consisterait à recueillir des informations économiques et technologiques sur des concurrents tels que la Chine.

Parallèlement, Politico rapporte que le Pentagone a discrètement créé, dès le mois d’avril, une nouvelle structure baptisée “Technology Support Office” (TSO). Cette unité aurait pour mission de perturber les programmes technologiques étrangers susceptibles de menacer la supériorité militaire américaine. Selon des sources proches du dossier, ces opérations pourraient prendre la forme de sabotages de chaînes d’approvisionnement, de campagnes de désinformation ou encore de manipulations clandestines de composants destinés à être intégrés dans des systèmes d’armement étrangers.

Des services américains peu enthousiastes

Les deux médias soulignent que ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie plus large dans l’approche américaine en matière de sécurité, qui accorde une importance croissante à la concurrence économique et technologique. Au cours des derniers mois, l’administration Trump a largement misé sur les moyens de pression économiques, les restrictions à l’exportation et les investissements dans les matières premières stratégiques et les technologies.

Le Washington Post avance également que le Pentagone souhaite aussi renforcer ses propres capacités en matière de renseignement humain. Cette ambition est notable, car ce type d’opérations relève traditionnellement de la CIA. Le journal rapporte que certains anciens responsables de l’agence craignent que le Pentagone ne cherche ainsi à mettre en place un service de renseignement parallèle.

Politico pour sa part signale que la création du TSO a également suscité des résistances au sein d’autres services de sécurité américains, notamment le Cyber Command et le Special Operations Command, qui redoutent de perdre des prérogatives et des ressources budgétaires.

Les deux médias soulèvent également des interrogations concernant le contrôle démocratique de ces initiatives. Selon leurs sources, seuls des groupes restreints de membres du Congrès ont été informés des projets. Les critiques mettent en garde contre le risque que le secret entourant ces opérations ne rende plus difficile le contrôle de leur mise en œuvre et d’éventuels conflits d’intérêts.

Le Pentagone conteste ces révélations. Son porte-parole, Jacob Bliss, a répondu au Washington Post et à Politico que les initiatives décrites étaient “tout simplement fausses” et que les sources des journalistes leur transmettaient des informations erronées. “La personne qui vous avance ces affirmations est soit mal informée, soit cherche délibérément à vous induire en erreur pour vous vendre ses fantasmes”, a affirmé Bliss.

Luka Geets

7sur7.be

Allemagne : arrestation d'un Ukrainien soupçonné d'espionnage pour la Russie

 

Désigné sous le nom de Vadym Y., celui-ci "était en contact, par l'intermédiaire d'un tiers, avec un service de renseignement russe", et ce au plus tard depuis juillet 2025, a indiqué le parquet allemand dans un communiqué.

Il s'agissait notamment de "renseignements sur la production de véhicules blindés, de munitions et d'explosifs, ainsi que sur le personnel et les installations militaires situés sur des sites destinés à la sécurisation du flanc Est de l'Otan", a détaillé cette source.

Parmi les informations transmises, certaines étaient en libre accès. D'autres provenaient de personnes issues du secteur européen de l'armement que le suspect a "ciblées et sollicitées", selon le communiqué.

L'agent présumé a été arrêté dans le Brandebourg, près de Berlin, et sera présenté vendredi au juge d'instruction.

Ces agissements ont eu lieu "dans le cadre de la guerre entre la Fédération de Russie et l'Ukraine", a expliqué le parquet.

Un autre Ukrainien avait été arrêté cet été en Allemagne, suspecté d'avoir espionné une entreprise d'armement en Bavière à des fins de sabotage pour le compte d'un service de renseignement étranger.

Berlin soutient activement Kiev depuis le début de l'invasion russe en 2022 et le chancelier allemand Friedrich Merz a milité la semaine dernière en faveur de l'augmentation des financements européens à l'Ukraine dans son budget de 2027.

Martin Jäger, chef du service de renseignement extérieur allemand BND, a déclaré aux parlementaires ce mois-ci que la "guerre de l'ombre" non déclarée menée par la Russie contre l'Allemagne et ses alliés s'intensifiait davantage et avait "pris un caractère nouveau, plus dangereux".

dhnet.be