Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mardi 16 juin 2026

États-Unis – Afrique : regain d’intérêt sur fond de politique transactionnelle

 

Si lors de sa première mandature (2017-2021), Donald Trump n’avait manifesté qu’un intérêt limité pour les questions africaines (1), la priorité désormais donnée par les États-Unis à la diplomatie commerciale traduit néanmoins une forme d’interventionnisme plus marqué expliquant pourquoi l’Afrique s’est régulièrement invitée à l’agenda public américain depuis le retour du républicain à la Maison-Blanche en janvier 2025.

Les fondements stratégiques de la politique américaine en Afrique révèlent indéniablement une certaine continuité sur le long terme : les États-Unis n’ont jamais fait du continent africain une priorité stratégique au même niveau que l’Europe, le Moyen-Orient ou l’Asie-Pacifique (2). En fait, l’implication de Washington en Afrique a le plus souvent alterné entre phases de coopération soutenue et périodes de relative indifférence, en fonction des rivalités entre acteurs internationaux, des crises internationales et des intérêts économiques (3). Après 1945, l’Afrique était vue, avant tout, comme un espace de rivalités idéologiques sur fond de guerre froide contre l’Union soviétique, et les années 1990 ont plutôt été une période de désintérêt relatif de la politique extérieure américaine vis-à-vis du continent africain, alors considéré comme « périphérique » (4). À partir des années 2000, la relation américano-africaine est devenue plus complexe, notamment à l’aune de la reconfiguration des enjeux sécuritaires (menaces hybrides, lutte contre le terrorisme, etc.) couvrant à la fois des aspects militaires, mais aussi économiques et de développement. Depuis la mandature de George W. Bush (5), chaque administration a donc régulièrement réévalué et réorienté l’engagement des États-Unis en Afrique en fonction de l’évolution de ses priorités nationales et internationales.

Dans ce contexte, que penser de la diplomatie africaine de Donald Trump depuis son retour à la tête des États-Unis début 2025 ? L’Afrique, qui n’était pas une priorité de l’administration de Joe Biden (2021-2025) en matière de politique étrangère, ne semble pas, a priori, en devenir une pour la nouvelle administration Trump. Cependant, elle semble s’inviter régulièrement dans l’agenda public américain. En effet, du démantèlement de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), dont les pays africains étaient les principaux bénéficiaires, à la restriction d’accès aux visas (travel ban), en passant par les incertitudes concernant l’African growth and opportunity act (AGOA (6)), la nouvelle mandature de Trump n’épargne pas l’Afrique et prend même quelquefois une posture abrupte à l’image des échanges tendus entre Donald Trump et Cyril Ramaphosa lors de la visite en mai dernier du président sud-africain à Washington (7). Placée sous le slogan « Trade, not aid » (8) et présentée comme visant à servir les intérêts mutuels des États-Unis et de l’Afrique, la nouvelle approche de l’administration Trump cache en réalité d’autres objectifs plus stratégiques : contrer l’influence des concurrents internationaux, notamment celle de la Chine, et sécuriser l’accès à certaines ressources naturelles du continent, dont plusieurs minerais critiques comme le cobalt, le coltan, le platine ou le lithium. Notons toutefois que cette approche plus que jamais transactionnelle n’a pas fondamentalement modifié la perception de l’Afrique par les États-Unis en matière de lutte contre le terrorisme et de menace migratoire, ces deux questions continuant d’inspirer largement leurs actions sur le continent (9).

Diplomatie commerciale sur fond de lutte entre grandes puissances

Contrairement à l’impression d’improvisation laissée par le premier mandat de Trump, la nouvelle politique extérieure des États-Unis semble, cette fois-ci, mieux intégrer la compétition en cours avec la Chine et les autres acteurs internationaux tels que la Russie (10). Le traitement diplomatique actuel de l’Afrique par les Washington doit être lu dans le contexte plus large de l’offensive commerciale engagée par le président américain à travers le monde et de sa charge contre le multilatéralisme (11). En effet, face à l’influence croissante de la Chine, matérialisée par des investissements massifs dans les infrastructures et une présence économique dominante dans de nombreux pays africains (12), les États-Unis adoptent une posture plus affirmée impliquant un changement brusque de référentiel, l’Afrique n’étant plus considérée comme simple bénéficiaire de l’aide au développement, mais bien comme un partenaire commercial à part entière. Les récentes coupes budgétaires imposées à la majorité des programmes de l’USAID (13), ainsi que le lancement par le Département d’État, en mai dernier, d’une stratégie de diplomatie économique et commerciale vis-à-vis du continent, s’inscrivent parfaitement dans cette logique (14). Finalement, la politique de l’administration Trump est assez explicite : il s’agit de renforcer la présence économique américaine en Afrique à travers l’augmentation des exportations et des investissements, d’assurer la sécurité de l’approvisionnement en ressources stratégiques, de réduire les déficits commerciaux et, accessoirement, de « promouvoir une prospérité mutuelle » (15).

Ces nouvelles orientations diplomatiques ont d’ores et déjà d’importantes conséquences. Les mesures mises en œuvre dans le cadre du Liberty Day, en avril 2025, ont particulièrement touché les pays africains, traduisant une application indifférenciée de la politique tarifaire américaine. Plusieurs d’entre eux ont vu leurs droits de douane fortement augmenter, y compris certains pourtant bénéficiaires des préférences commerciales accordées par l’AGOA. Sur le plan de l’aide publique au développement, des milliers de programmes d’appui à l’Afrique, tous secteurs confondus, se sont arrêtés en quelques semaines, affectant ainsi le quotidien de plusieurs millions de personnes sur le continent. Enfin, la diplomatie américaine, en faisant de l’accès aux nombreuses ressources du sous-sol africain un enjeu stratégique majeur, vient bousculer les dynamiques à l’œuvre en Afrique. C’est déjà le cas dans la région des Grands Lacs, qui fait l’objet d’un engagement américain accru avec, en toile de fond, l’accès à ses réserves minières (16), ou encore au Sahel, où la reconfiguration pragmatique de la présence américaine vise à préserver une influence sécuritaire et économique face à l’expansion russe (17).

Si la diplomatie commerciale constitue désormais un axe central de l’engagement de l’administration Trump en Afrique (18), celle-ci s’accompagne également d’un processus de personnalisation de la diplomatie américaine, impulsé par le président en personne. Ainsi, la structure actuelle de la gouvernance des affaires africaines au sein de l’administration illustre une concentration du pouvoir en dehors des canaux traditionnels. Alors que les postes clés au Département d’État et au Conseil de sécurité nationale manquent encore de figures d’autorité établies, l’homme d’affaires Massad Boulos a été nommé, en avril dernier, envoyé spécial pour l’Afrique (19). Sa proximité personnelle avec Trump en fait l’interlocuteur le plus influent sur ces dossiers, suggérant alors une primauté des liens personnels sur l’expertise institutionnelle dans la formulation de la politique américaine sur le continent africain. Par ailleurs, les États-Unis semblent, de plus en plus, opter pour le recours à des sociétés militaires privées en Afrique, afin notamment de contourner les contraintes politiques et budgétaires d’un engagement militaire direct. Cette externalisation, souvent justifiée par la lutte antiterroriste ou la protection des intérêts économiques, permet alors à Washington de maintenir une influence sécuritaire tout en réduisant sa visibilité et ses responsabilités sur le terrain (20).



Une diplomatie toujours marquée par les questions sécuritaires et migratoires

Depuis le début des années 2000, la sécurité et la lutte contre le terrorisme demeurent des axes structurants de l’engagement américain en Afrique. En dehors du volet commercial, l’administration Trump parait s’inscrire dans la continuité de cette orientation. En effet, l’engagement des États-Unis dans la lutte antiterroriste reste fortement centré sur le théâtre africain. Dès le mois de juin 2025, la Maison-Blanche a d’ailleurs souligné la persistance de la menace terroriste provenant du continent, en particulier de la Somalie, et a réaffirmé la nécessité d’y apporter une réponse adéquate.

Toutefois, les États-Unis semblent aujourd’hui privilégier une réduction des engagements directs, en limitant les opérations militaires permanentes et en favorisant des frappes ciblées, comme en Somalie (21). Ainsi, le Commandement américain pour l’Afrique (Africom (22)) a subi certaines transformations depuis début 2025. Il a notamment subi une réduction significative de son empreinte opérationnelle sur le terrain ainsi qu’une recentralisation de ses priorités, reflétant la volonté de l’administration Trump de réduire les couts et les risques pour les forces américaines (23). L’Africom se concentre désormais sur trois axes principaux : la lutte contre les groupes djihadistes perçus comme une menace directe pour les États-Unis, la limitation des influences militaires, chinoise et russe, et la protection des routes maritimes stratégiques (24). Notons que l’engagement américain se concrétise également à travers une coopération dans les domaines militaire et du renseignement, avec certains régimes africains jugés stratégiques, afin d’assumer au mieux la lutte contre les groupes djihadistes, notamment au Sahel et en Afrique de l’Ouest.

En parallèle, dans le cadre de sa politique de lutte contre l’immigration illégale, la Maison-Blanche a annoncé, le 4 juin dernier, interdire l’entrée sur le territoire américain aux citoyens de sept pays africains (25). En réinstaurant et en étendant le travel ban, l’administration Trump s’est clairement inscrite dans la logique idéologique portée par la galaxie MAGA (26) à l’égard de l’Afrique. Cette politique, qui illustre parfaitement l’instrumentalisation des questions sécuritaires et migratoires à des fins de politique intérieure et de rivalité géopolitique, ne répond que très partiellement aux défis réels de stabilité en Afrique (27). Ainsi, le travel ban, qui vise à protéger le territoire national américain en ciblant des États perçus comme instables ou liés à des réseaux djihadistes, apparait quelquefois arbitraire et souvent inefficace, d’autant plus qu’il touche parfois des partenaires considérés comme stratégiques par les États-Unis, comme le Tchad ou le Sénégal. Sur le plan géopolitique, la mesure s’inscrit dans une stratégie de rivalité avec la Chine et la Russie. En restreignant les mobilités et en durcissant les conditions d’entrée, Washington cherche à renforcer sa capacité de pression sur les gouvernements africains et leurs politiques extérieures. Enfin, sur le plan idéologique, le travel ban traduit la continuité d’un discours populiste ancré dans la doctrine « America First ». Il illustre la vision d’une diplomatie de la force, où les instruments migratoires sont mobilisés comme des leviers politiques plutôt que comme des outils de coopération. Depuis début juin, 25 nouveaux pays du continent africain sont menacés par la restriction d’accès au visa américain s’ils ne se conforment pas aux exigences de Washington (28).

Le second mandat de Trump redéfinit les relations américano-africaines à travers un pragmatisme sélectif, combinant désengagement (réduction de l’aide publique, retrait diplomatique, abandon du multilatéralisme) et recentrage sur la rivalité avec la Chine et la Russie. Pour l’Afrique, cette approche offre certes quelques opportunités économiques — à l’instar des accords sur l’accès aux ressources stratégiques —, mais fragilise la stabilité régionale en laissant s’installer un vide géopolitique dans des zones déjà sensibles. Enfin, cette politique fait courir le risque d’un affaiblissement des États africains face aux crises, et laisse à Pékin et à Moscou des occasions supplémentaires de renforcer leur influence en affaiblissant encore un peu plus les puissances occidentales déjà en grande difficulté sur le continent.

Notes

(1) Cette période avait été caractérisée par une réduction significative de la présence américaine en Afrique, avec des postes d’ambassadeurs laissés vacants pendant de longues périodes et une diminution des initiatives diplomatiques.

(2) Depuis les années 1970, seuls 14 des 46 pays d’Afrique subsaharienne ont reçu la visite d’un président américain.

(3) Driss Alaoui Belghiti, « Les États-Unis d’Amérique et l’Afrique : une relation en redéfinition perpétuelle », Policy Center for the New South, Policy Paper, n°6, mai 2024 (https://​rebrand​.ly/​9​9​c​8ca).

(4) L’Afrique ne représente actuellement que 3 % du commerce mondial.

(5) Depuis les années 2000, quatre présidents se sont succédé : George W. Bush (2001-2009), Barack Obama (2009-2017), Donald Trump (2017-2021 et de nouveau depuis janvier 2025), Joe Biden (2021-2025).

(6) Loi commerciale de 2000 garantissant notamment des facilités d’accès au marché américain à une quarantaine de pays d’Afrique. Elle a expiré le 30 septembre dernier, plongeant les pays concernés et leurs économies dans une incertitude totale.

(7) Courrier international, « À la Maison-Blanche, Cyril Ramaphosa tombe dans le “guet-apens” de Donald Trump », 22 mai 2025 (https://​rebrand​.ly/​8​8​8​33e).

(8) En français : « du commerce, pas d’aide ».

(9) Maya Kandel, « La stratégie américaine en Afrique : les risques et contradictions du “light footprint” », Études de l’IRSEM, n°36, décembre 2014, p. 13-36 (https://​rebrand​.ly/​m​h​r​1​cmx).

(10) Niagalé Bagayoko, « Comprendre la relation États-Unis/Afrique à l’ère de Donald Trump », Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES), juin 2025, p. 18-20 (https://​rebrand​.ly/​e​6​f​e5e).

(11) Il est évident que, dans la définition de sa politique d’échanges, l’administration Trump ne tient plus aucun compte de son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce — violation des règles les plus fondamentales des accords multilatéraux.

(12) Les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont atteint environ 295 milliards de dollars en 2024, contre près de 72 milliards avec les États-Unis.

(13) Jusqu’à récemment, l’aide au développement destinée à l’Afrique subsaharienne s’établissait à près de huit milliards de dollars par an, principalement à destination du secteur de la santé. Notons que ce montant pouvait même être doublé en intégrant l’aide humanitaire ainsi que l’assistance militaire et sécuritaire.

(14) La performance des ambassadeurs américains en Afrique est dorénavant mesurée, en partie, à l’aune de leur succès en matière de diplomatie commerciale et de facilitation de contrats.

(15) Mathilde Boussion, « En Afrique, les limites de la “diplomatie commerciale” de Donald Trump », Le Monde Afrique, 3 juillet 2025 (https://​rebrand​.ly/​6​5​a​6e2).

(16) Voir l’accord de paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, signé à Washington le 25 avril 2025.

(17) Alex Thurston, « Trump returns to a failed playbook in Africa », Quincy Institute for Responsible, Statecraf Respopnsible Statecraft, 18 septembre 2025 (https://​responsiblestatecraft​.org/​t​r​u​m​p​-​m​a​l​i​-​n​i​g​er/).

(18) Se reporter aux conclusions du dernier sommet d’affaires États-Unis/Afrique qui s’est tenu à Luanda fin juin 2025.

(19) Politicien libano-américain, Massad Boulos est le beau-père de Tiffany, la fille de Donald Trump. Hébergé au Département d’État, il est, dans les faits, directement rattaché au président Trump.

(20) À l’image du récent retour d’Erik Prince, le fondateur de Blackwater, en République démocratique du Congo.

(21) Début février 2025, Donald Trump a annoncé que les États-Unis avaient mené des frappes aériennes contre des positions de l’État islamique dans le Nord de la Somalie, quelques semaines après l’attentat du 2 janvier à la Nouvelle-Orléans, revendiqué par le groupe. Il s’agissait des premières opérations militaires américaines à l’étranger depuis son investiture.

(22) Africom : United States Africa Command.

(23) Selon Africom, quelque 6 500 militaires seraient actuellement déployés en Afrique par l’armée américaine.

(24) Paul Melly, « Comment la stratégie africaine de Trump pourrait devenir une arme à double tranchant », BBC News Afrique, 16 juin 2025 (https://​www​.bbc​.com/​a​f​r​i​q​u​e​/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​c​g​7​1​l​l​9​8​3​y8o).

(25) Congo-Brazzaville (République du Congo), Guinée équatoriale, Érythrée, Libye, Somalie, Soudan et Tchad.

(26) Make America Great Again.

(27) François Backman, « Donald Trump et l’Afrique : Acte II », Fondation Jean Jaurès, 17 février 2025 (https://​rebrand​.ly/​3​7​1​662).

(28) À savoir : Angola, Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Cameroun, République démocratique du Congo, Djibouti, Éthiopie, Égypte, Gabon, Gambie, Ghana, Côte d’Ivoire, Libéria, Malawi, Mauritanie, Niger, Nigéria, Sao Tomé-et-Principe, Sénégal, Soudan du Sud, Tanzanie, Ouganda, Zambie et Zimbabwe.

Mathieu Mérino

areion24.news

L’arrestation du général Mhenna, acteur clé de la brouille Paris/Alger !

 

Le général Djebbar Mhenna, l’ancien patron des services extérieurs algériens que la justice française voulait entendre dans l’affaire du kidnapping raté sur le sol français du youtubeur Amir Boukhors, alias Amir DZ, a été arrêté à Alger puis incarcéré  le 8 juin 2026, selon une source de Mondafrique proche du dossier. Mieux vaut pour placer en détention un témoin gênant qui pourrait relancer les hostilités entre la France et l’Algérie que prendre le risque de le voir se justifier à l’étranger d’une opération de basse police qui n’est pas glorieuse pour l’image de l’ancienne Sécurité Militaire qu’on avait connue plus sophistiquée

La pression exercée par la justice française pour entendre des responsables des services de sécurité algériens sur le hold up de l’opposant Amir Dz, place le pouvoir en Algérie dans une position délicate. L’arrestation suivie de l’incarcération du Général Djebbar Mhenna coupe l’herbe sous le pied des magistrats français qui réclament son audition. Ce haut gradé qui était une pièce maîtresse dans le dispositif sécuritaire des années noires (1990/ 1995) avant de diriger les services extérieurs en 2025  pourrait faire des révélations  aux conséquences incalculables, tout en relançant une campagne anti algérienne de la part de la droite et de l’extrême droite à Paris.

Vu d’Alger, ce scénario n’est pas envisageable. Le pouvoir algérien ne mettra jamais un haut gradé, de surcroît responsable des services de sécurité extérieurs, à la disposition de la justice française. Notons qu’en pareil cas la plupart des pays auraient la même réaction. Est ce que la France laisserait un haut gradé répondre à une convocation de la justice algérienne pour s’expliquer sur les crimes de la colonisation? Certainement pas !

Un coup tordu

L’affaire remonte en avril 2025, les relations entre les deux pays étaient glaciales, le Général Djebbar Mhenna était à la tête de la DGDSE (services extérieurs), son représentant à l’ambassade à Paris était le général Rochdi Fethi Moussaoui, alors un jeune colonel protégé par la Présidence, qui finira par remplacer Djebbar à la tête du service, des fonctions qu’il occupe toujours. Remarquons que lors du dernier sommet sécuritaire entre les deux pays à Paris, le général Moussaoui était étrangement absent .

L’échec de l’opération de kidnapping du blogger opposant a mis à nu  l’opération de basse police menée alors. Du donneur d’ordre, le général Mhenna, au de gitans qui trempait dans un trafic de stupéfiants avant de devenir les hommes de main de l’Ambassade d’Algérie. . Les investigations des services de sécurité français ont abouti à l’arrestation de l’équipe sous traitée pour le kidnapping. Les liens ont été démontrés  tentre les exécutants et deux fonctionnaires travaillant à l’ambassade d’Algérie: le premier, un officier de 38 ans, identifié comme appartenant à la DGDSE, premier secrétaire de l’ambassade d’Algérie; le second un agent consulaire, lui aussi identifié comme un sous officier de la DGDSE, qui est toujours incarcéré en France. Sa détention vient d’être prolongée d’un ans, ce qui a suscité un blocage dans l’affaire du journaliste Christophe Gleizes.

Des services algériens dans la tornade

L’opération de barbouzerie a retourné les projecteurs sur les véritables commanditaires en Algérie. Le parquet anti terroriste français évoque des « présomptions graves » à l’encontre de l’ancien secrétaire de l’ambassade toujours en fuite. Un mandat d’arrêt, émis par un juge antiterroriste vise « des faits qualifiés, d’arrestation et enlèvement » sur une personne sur le territoire français. Encore ne s’agit-il que d’un maillon d’une chaine de commandement placée sous l’autorité du général Mehnna.

Lors de la visite du ministre de la justice française, Gérald Darmanin, le 18 mai passé, des preuves techniques et matériels, confirmés par les investigation, ont été exposées aux autorités algérienne. Des liens établis remontent jusqu’aux responsables des services extérieurs au moment des faits, et certains sont toujours en activité.

Suivant la logique de la chaîne du commandement, le Général Djebbar Mhenna était au sommet de la pyramide des services extérieurs. Aucune opération ne s’effectue à l’extérieur du territoire sans son aval. Son alter égo à l’ambassade, lui aussi, est impliqué du fait de l’exécution de l’opération par ses subalternes. Le général Rochdi Fethi Moussaoui alias Saddek se trouve au cœur au du dispositif, épargné pour le moment du fait qu’il est toujours actif et encore patron du même service.

Le général Djebbar Mhenna est un fusible qui saute afin de prolonger la phase de réchauffement entre les deux pays. L’arrestation et l’incarcération de cet officier de haut rang ne s’inscrit pas dans une logique de purge entre clans. Elle traduit la volonté des deux pays d’épurer les dossiers qui pourraient devenir des embûches à une normalisation plus large. La coopération sécuritaire et judiciaire est devenue en effet la priorité de l’Élysée ainsi que celle des ministres de la justice, Gérald Darmanin, et de l’intérieur, Laurent Nunez, lors des entretiens avec leur homologue algériens.

En incarcérant le général major Djebbar Mhenna à la prison militaire de Blida pour lui épargner toute convocation par la justice française, le pouvoir algérien protège ses plus fidèles serviteurs et l’image du régime abimée par une opération de basse police non maitrisés préfère fermer cette parenthèse peu glorieuse en mettant au frais ses plus proches serviteurs

Il reste que l’affaire du Kidnapping d’Amir Dz est toujours en cours d’instruction par des juges qui, plus que jamais, ont besoin dans le contexte français de montrer leur indépendance.. 

mondafrique.com

Guerre en Ukraine : le business mortel des recrues africaines

 

De la Méditerranée au front ukrainien, des milliers de jeunes Africains défient la mort dans l’espoir de fuir la pauvreté sur le continent, en s’engageant dans une guerre qui les utilise le plus souvent comme de la chair à canon. Mor Amar a pu s’entretenir avec un jeune Sénégalais prisonnier en Ukraine.

Donetsk, avril 2025 : le Sénégal découvre un homme noir capturé au front par l’armée ukrainienne. Il s’appelle Malick Diop ; il a 26 ans ; il est originaire de Keur Mandoumbé dans le département de Kounghueul (région de Kaffrine, centre du Sénégal). Visiblement éprouvé et à bout de forces, il vient, dans une vidéo rendue virale par ses geôliers, d’exposer les raisons de son engagement. Son objectif, dit-il, était de gagner de l’argent, afin de quitter la Russie pour l’Europe. Au moment de ce témoignage, Malick est obnubilé par sa libération.

Un an plus tard, le discours est tout autre. Le jeune Sénégalais, que nous avons rencontré le 15 mai 2026 à l’occasion d’une visite à Kyiv (Kiev), ne veut plus entendre parler d’un retour au Sénégal. Apparemment en forme, beaucoup plus serein qu’au moment de sa capture, il déclare sur un ton qui ne laisse place à aucune équivoque : “Je préfère mourir plutôt que de rentrer au Sénégal…”

Alors qu’on s’attendait à une déclaration de contrition ou un plaidoyer pour sa libération en vue de regagner sa famille, qui vit un calvaire depuis plusieurs mois, on a entendu un récit renversant, tranchant avec la représentation souvent faite du jeune Africain innocent enrôlé de force dans l’armée russe. Regard figé, déterminé, il persiste et signe : « Je suis un prisonnier de guerre russe, je demande juste à ce que mes droits en tant que prisonnier de guerre soient respectés. Il faut arrêter de nous traiter comme des mercenaires. Nous ne sommes pas des mercenaires.”

« J’ai choisi de m’engager dans l’armée russe »

Comme des milliers d’Africains, Asiatiques et Latino-Américains, Malick, présenté comme un étudiant brillant, avait rejoint la Russie pour y suivre des études de Droit. Il s’est retrouvé dans les geôles ukrainiennes suite à son enrôlement dans l’armée russe, suivi de son envoi au front. Pourquoi son refus catégorique de retourner au Sénégal ? Il s’explique: “Je ne peux rien demander au Sénégal, parce que j’ai choisi de m’engager dans l’armée russe. À la limite, j’ai trahi le Sénégal, qui m’avait donné une bourse d’étude pour la Russie. Et une fois en Russie, j’ai choisi de défendre un autre pays.”

Son cas est loin d’être isolé. Dans la salle, il y avait avec lui un Togolais et un Congolais (Congo Brazzaville) tout aussi déterminés à purger leur peine et à retourner dans leur pays d’adoption, la Russie. En apparence, ils semblent agir en parfaite conscience, sans aucune contrainte. À l’exception peut-être d’un Marocain qui, lui, a le regard noir, perdu dans le vide, comme s’il cherchait une aide qu’il a du mal à trouver dans cette audience et ne semble pas vouloir parler de sa situation. Il est resté muet tout au long de l’entretien réalisé par visioconférence avec la facilitation du Centre ukrainien de coordination pour le traitement des prisonniers de guerre.

Ce qui fait courir les jeunes   

Pour en savoir davantage, nous avons rencontré à Kyiv des organisations de défense des droits de l’homme qui travaillent sur le sujet. Pour elles, la question est bien plus complexe. En vérité, confient plusieurs sources ukrainiennes, dont l’organisation Truth Hounds qui a enquêté sur le sujet avec la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ces jeunes seraient victimes de “faux espoirs” qu’on leur fait miroiter. Ils pensent, à leur retour en Russie, retrouver leurs avantages : salaires bloqués, indemnités juteuses, nationalités promises, bref, la belle vie à Moscou après de bons et loyaux services… “En sus de leurs salaires qui seraient bloqués dans des comptes, on leur a promis des passeports russes pour eux et pour des membres de leurs familles. Ce qui fait qu’ils ne veulent pas rentrer dans leurs pays d’origine au risque de perdre tous ces avantages”, confirme un représentant du Centre de coordination pour les prisonniers, convaincu qu’une fois en Russie, ces jeunes sont renvoyés au front.

Interpellé sur ce risque, le père de Malick, Sette Diop, dit espérer que ce ne sera pas le cas pour son fils, mais il nourrit de sérieuses inquiétudes. En effet, il a été informé du cas d’un ressortissant de Kaffrine (même région que Malick), engagé avant son fils et qui aurait subi ce triste sort. “Après sa guérison, il [le natif de Kaffrine] est retourné en Russie et a été immédiatement renvoyé au front où il a été tué, moins d’une semaine après son retour”, témoigne Sette Diop, confortant ainsi la version livrée par plusieurs sources. Nous avons essayé d’entrer en contact avec cette famille mais n’avons pas réussi à obtenir ses coordonnées.

La grosse arnaque

Dans cette affaire, tout semble être un mirage : le salaire, la nationalité, les avantages, entre autres promesses. En ce qui concerne l’octroi de la nationalité, il est généralement assorti d’un délai d’un an. Pour le salaire, les jeunes envoyés au front ne peuvent pas immédiatement en profiter. Et ils ont peu de chance d’en voir la couleur puisque beaucoup d’entre eux n’en sortent pas vivants. “Sur le papier, ils ont effectivement signé pour un bon salaire. Mais une fois au front, ils n’ont pas accès à leurs comptes pour vérifier. Du coup, beaucoup ne savent pas s’ils ont reçu des virements ou pas. Et ils ont de grande chance de mourir au front parce que c’est eux qu’on envoie en première ligne alors qu’ils ne sont pas des militaires”, expliquent les experts de Truth Hounds. 

Pour ce qui est de Malick, il a signé un contrat de 6 mois renouvelable. Cela fait plus d’un an qu’il croupit en prison dans une ville ukrainienne, loin du front. Son père précise : “On lui a dit que pour les 6 premiers mois, il ne pourrait pas avoir la nationalité. Mais après renouvellement, il obtiendrait la nationalité, des papiers pour son père et sa mère ainsi que pour trois autres personnes de la famille de son choix.” Pour la rémunération, Malick s’attendait à 5 millions FCFA (7600 euros) par mois, assortis d’un montant de 5 millions payés dès la signature.

Dix pour cent d’Africains

Globalement, la Russie recrute chez les étudiants, les migrants étrangers sur place et à travers des campagnes sur les réseaux sociaux. Loin de certaines représentations, l’Afrique n’est pas le seul continent concerné. Sur un total de 28 394 étrangers recensés, 2 982 sont des Africains. Plus de 5 100 de ces combattants ont été tués, dont 486 Africains. Ces chiffres n’embrassent que les personnes formellement identifiées. Les chiffres réels pourraient donc être bien plus élevés.

On recense 19 Sénégalais enrôlés dans l’armée russe formellement identifiés. Six d’entre eux auraient déjà été tués et un, Malick Diop, emprisonné. Selon des sources contactées par Mondafrique, ils seraient beaucoup plus nombreux et les autorités sénégalaises auraient été saisies du problème, sans réaction jusqu’ici. “On sait qu’il y en a beaucoup, mais il est difficile de donner des chiffres exacts. Ceux qui s’engagent le font volontairement. Le ministère des armées n’a jamais contacté les autorités sénégalaises pour les informer”, confie une source basée en Russie. Concernant le mode de recrutement, il indique que des affiches sont apposées sur les murs et un peu partout. “Les jeunes Africains intéressés s’engagent librement. On les considère ici comme des mercenaires”, poursuit notre interlocuteur.

Le silence coupable des autorités

Interpellé, l’ambassadeur du Sénégal en Russie, Sylvain Sambou, a refusé tout commentaire. “Nous ne pouvons communiquer sur ce dossier. Vous pouvez introduire une demande officielle au niveau du ministère des Affaires étrangères ou du secrétariat d’État aux Sénégalais de l’extérieur [l’entretien a eu lieu avant le remaniement gouvernemental qui a supprimé ce poste], pour qu’on puisse parler de manière officielle”, s’est-il excusé. Concernant Malick Diop, il a affirmé que son cas était suivi par la représentation du Sénégal à Varsovie.

Selon plusieurs sources, les jeunes Africains qui s’engagent ne savent pas toujours qu’ils vont être envoyés au front. On leur dit qu’il s’agit de travaux civils et une fois sur le terrain, on les jette au front en première ligne. D’autres, en revanche, se retrouvent du jour au lendemain dans la gueule du loup. L’ONG Truth Hounds et la FIDH donnent en exemple un étudiant marocain parti pour des études de médecine. Arrêté pour des motifs purement administratifs, il a été contraint de choisir entre la prison et un engagement rémunéré dans l’armée. Son seul tort était d’avoir changé d’appartement sans aviser les services compétents, comme le prévoit la loi. “Une fois arrêté pour ce motif purement administratif, on lui a proposé soit de signer un contrat d’engagement dans l’armée soit de rester en prison”, expliquent les experts qui l’ont interviewé en détention.

En ce qui le concerne, Malick Diop dit n’avoir pas été contraint. Il a signé un contrat en bonne et due forme qui prévoyait son envoi en Ukraine. Son père a toutefois apporté quelques précisions. Malick, a-t-il dit, était un peu perturbé et envisageait même de quitter la Russie pour l’Europe : “Il avait obtenu une bourse pour l’Italie. Il lui fallait revenir au Sénégal pour les formalités du visa, mais il n’avait pas l’argent pour financer le voyage. Il en a parlé à une connaissance russe qui lui a conseillé l’opportunité offerte par l’armée. C’est comme ça qu’il a accepté de signer le contrat”. Sette Diop a ajouté que l’ami russe de son fils avait promis de l’appuyer pour qu’il soit affecté au service de santé ou en tant que cuisinier. 

L’éloignement et la vulnérabilité

Le point commun de tout ces jeunes, c’est leur situation de vulnérabilité, aggravée par la distance avec leurs proches. Pour les inciter à s’engager, la Russie ne lésine pas sur les moyens. Elle leur promet parfois des bonus pouvant aller jusqu’à 3 millions de roubles, selon leurs régions d’origine et leurs profils, soit 35 000 euros (plus de 22 millions FCFA), affirment plusieurs sources.

Interpellé sur ses motivations, le Congolais détenu avec Malick impute toute la responsabilité aux dirigeants africains et à leurs “complices” occidentaux. “Si nous en sommes là, c’est à cause des Européens qui pillent le continent. Des jeunes Africains meurent tous les jours en mer pour fuir la misère. Nous ne comptons pas retourner dans nos pays pour être confrontés à cette même situation”, fulmine t-il, précisant qu’il a une femme et une famille russe et qu’il a choisi la Russie en toute connaissance de cause. “Dites plutôt aux gouvernants et à leurs complices occidentaux de changer de politique parce que personne ne veut mourir dans la misère”, renchérit-il sur un ton plus politique.

Les subtilités du droit humanitaire international

Alors que les jeunes prisonniers semblent avoir hâte de retourner dans leur pays adoptif, la Russie, elle, ne paraît pas pressée de les récupérer. Depuis le début de la guerre, on dénombre au moins 75 échanges de prisonniers pour un nombre total de prisonniers échangés avoisinant les 19 000. Jusque-là, aucun prisonnier africain n’en a fait partie. Comme s’ils n’intéressaient que leurs familles. Même leurs États d’origine, pour ceux qui sont en prison en Ukraine, ne font absolument rien pour leur libération, ont confié plusieurs sources en Ukraine.

Dans le cadre de cette enquête, nous avons enregistré au moins 29 Africains dans les prisons ukrainiennes. Selon le Centre de coordination pour le traitement des prisonniers, ils ne sont pas traités comme des mercenaires mais comme des prisonniers de guerre. En tant que tels, les seules voies pour les libérer sont soit une demande du pays pour lequel ils combattaient, soit la fin de la guerre.  

L’autre option que n’écartent pas les défenseurs des droits humains, c’est la voie diplomatique, dans le cas où les pays d’origine en feraient la demande. La difficulté, pour Malick, c’est que lui-même ne veut pas que le Sénégal s’implique. “Si la personne concernée dit ne pas vouloir que son pays d’origine intervienne, ce dernier n’a pas d’instrument pour agir, d’après le droit humanitaire international. Mais ici, on sait que la plupart des prisonniers se sont engagés sous la contrainte et ils courent des risques en cas de retour en Russie. Il faut donc des solutions au cas par cas”, a expliqué un expert de Truth Hounds.

Des familles en rade

Par ailleurs, il est reproché à la Russie de ne pas assister les familles. Le père de Malick Diop le confirme tout en précisant qu’il ne s’est jamais rapproché de la Russie pour demander quoi que ce soit : “J’ai jusque-là tout confié à l’État du Sénégal. Je crois que c’est l’État qui doit parler à la Russie et à l’Ukraine s’il le faut, pour que Malick soit libéré. Nous leur avons confié le dossier depuis le début, mais je dois dire que ça n’a pas beaucoup évolué. Nous sommes juste rassurés que Malick se porte bien en prison”.

Il n’y a pas longtemps, les services du ministère sénégalais des Affaires étrangères ont, toutefois, contacté le père de Malick et lui ont conseillé d’introduire une demande de soutien, pour bénéficier de l’appui de la Russie en tant qu’ayant droit. Cela fait cinq mois que Sette Diop a déposé son dossier, mais aucune avancée notoire n’a été enregistrée. “Il y a un mois, l’ambassade du Sénégal à Moscou m’a contacté pour me dire que le dossier était complet mais qu’il y avait un souci avec la banque à cause des sanctions contre la Russie. Ils m’ont suggéré de trouver une personne de confiance basée en Russie, qui pourrait aider à recevoir l’appui financier”, rapporte t-il, espérant que les choses vont se décanter.

Selon les derniers chiffres du Centre de coordination pour le traitement des prisonniers, le Kenya, l’Égypte, le Cameroun et le Ghana figurent parmi les pays les plus représentés dans l’armée russe, avec respectivement 772, 420, 387 et 337 combattants.

Parmi tous ces pays, le Kenya est l’un des rares à prendre la question très au sérieux. Le pays a entrepris des démarches pour sommer la Russie d’arrêter de recruter ses ressortissants pour aller se battre sur le front. Nairobi a aussi livré des chiffres sur le nombre de Kényans engagés dans ce conflit. Ils seraient au moins un millier. En ce qui concerne l’Afrique de l’Ouest, outre le Ghana, on recense 215 combattants nigérians, environ 73 Maliens, 60 Gambiens et 27 Nigériens.

Mystère sur des recrutements ukrainiens 

Si l’engagement des Africains aux côtés de l’armée russe est assez bien documenté, il y a peu d’éléments probants sur leur enrôlement dans l’armée ukrainienne. Mondafrique a essayé de vérifier l’existence de prisonniers de guerre ukrainiens d’origine africaine dans les prisons russes. Les questions envoyées à l’ambassade de la Russie au Sénégal sont restées sans réponses.

Pour le Président du Mouvement international russophile Souleye Anta Ndiaye, il n’y a aucun doute que l’Ukraine recourt également aux mercenaires : “Aussi bien la Russie que l’Ukraine recrutent des mercenaires. Personnellement, j’ai rencontré à Moscou un jeune Nigérian qui voulait rejoindre l’Ukraine parce que, paraît-il, ils paient mieux.” 

Selon le Russophile, ces jeunes ne sont motivés que par l’argent et ils ne connaissent rien des enjeux de cette guerre qui se déroule à des milliers de kilomètres du continent.“Ce sont des jeunes en quête d’une vie meilleure. Alors, dès qu’une porte s’ouvre, les plus audacieux s’engouffrent dedans”, analyse le spécialiste de la Russie, qui invite les États à prendre leurs responsabilités. “S’il le faut, les États doivent utiliser la force pour empêcher les jeunes d’aller s’employer comme mercenaires dans ces conflits, parce que ça ne produit rien de bon. Ces jeunes vont soit être tués soit être conditionnés en sortant de la guerre. De part et d’autre ils servent de chair à canon, c’est ça la vérité”, soutient Souleye Anta Ndiaye. 

Du côté de l’Ukraine, on ne nie pas le recrutement d’étrangers dans l’armée, mais on affirme agir en toute transparence, à travers une plateforme ouverte à cet effet dénommée la légion internationale pour la défense de l’Ukraine. Selon les sources diplomatiques contactées, ceux qui s’engagent dans cette légion le font de manière volontaire et dans le respect des conditions strictes exigées.“Voilà ce qui nous différencie de la Russie: tout est fait de manière transparente, dans des langues que comprennent ceux qui s’engagent. Et tout ce qui arrive à ces volontaires, nous le communiquons à leurs États”, se défend la source diplomatique, qui insiste : “Ce n’est pas comparable avec la Russie qui trompe des innocents en leur faisant croire que c’est pour des activités civiles et qui leur fait signer des contrats qu’ils ne comprennent pas.”

Mondafrique a essayé de recueillir la version de la Russie, à travers sa représentation diplomatique à Dakar, mais sans succès. “Je ferai de mon mieux pour vous recontacter très prochainement”, a dit Maria Pomerantseva le 08 juin 2026. Il nous a finalement été recommandé d’écrire via une adresse disponible sur le site de l’ambassade. Nous avons alors reçu la réponse suivante : “L’ambassade souhaite vous informer qu’elle ne se charge pas du recrutement. De plus, aucun visa n’est délivré aux citoyens sénégalais se rendant pour participer à l’opération militaire spéciale. Pour toutes les questions mentionnées dans votre lettre, nous vous prions de bien vouloir vous adresser au ministère de la Défense de la Fédération de Russie.”

Malick Diop : de Kounghueul à Donetsk 

Né en 2000 à Keur Mandoumbé, dans le département de Kounghueul (région de Kaffrine, centre du Sénégal), Malick Diop a fait toute sa scolarité à Kounghueul. Après le baccalauréat, il est orienté vers l’université de Bambeye, au département de Droit. En 2023, il réussit à décrocher une bourse grâce à la coopération russe. Destination : la Russie, pour un projet d’études en Relations internationales. En première année et au 1er semestre de la 2e année, ses notes sont bonnes.

Si l’on en croit son père, Malick connaît par la suite quelques difficultés et envisage même de quitter la Russie pour l’Europe. Il réussit à décrocher une bourse pour l’Italie et doit revenir au Sénégal pour les formalités du visa. “N’ayant pas l’argent pour financer son voyage, il en a parlé à une connaissance russe, qui lui a fait part de cette opportunité avec l’armée”, rapporte Monsieur Diop, qui se rappelle une conversation avec son fils : “Un jour, il m’a appelé pour me dire qu’il s’était engagé dans l’armée. J’étais surpris, mais il m’a dit que c’était déjà fait et qu’il ne pouvait plus revenir en arrière. Plus tard, environ 20 jours après, il m’a dit que sa formation était terminée et qu’il devait aller en Ukraine, mais pour servir dans les hôpitaux ou comme cuisinier.”

En mars 2025, en plein ramadan, Malick a rappelé son père pour lui signaler qu’il ne serait plus joignable à partir de cet instant. “Vous ne pourrez pas me joindre, parce que les chefs récupèrent nos téléphones. Mais je pourrais vous joindre à chaque fois que de besoin. Ne vous inquiétez surtout pas et priez pour moi”, a-t-il dit. Tout porte à croire qu’il était déjà capturé par l’armée ukrainienne, après quelques jours seulement sur le front.

Mor Amar

mondafrique.com

L’accord entre l’Iran et les Etats-Unis sera signé au Bürgenstock

 

Le protocole d’accord entre les Etats-Unis et l’Iran, visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, doit être signé vendredi au Bürgenstock (NW). «Ce lieu a été proposé par les médiateurs pakistanais et qataris, ainsi que par les Etats-Unis et l’Iran», a indiqué mardi le DFAE.

Le chef de la communication du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) Nicolas Bideau a confirmé à Keystone-ATS une information de la NZZ et la Luzerner Zeitung. La Suisse agit en tant que facilitatrice en créant les conditions pratiques et diplomatiques permettant la tenue de cette rencontre sur son territoire.

Depuis plusieurs jours, le DFAE est en contact étroit avec les différentes parties afin de faciliter la venue en Suisse des délégations et la tenue d’une rencontre en vue de la signature d’un mémorandum d’entente entre les Etats-Unis et l’Iran, poursuit Nicolas Bideau. Pour l’heure, ce dernier ne peut pas donner de détails supplémentaires sur l’événement.

Ces derniers jours, plusieurs médias évoquaient plutôt Genève comme lieu de la rencontre. On ignore encore les éléments qui ont présidé au choix du Bürgenstock. On ne sait pas encore non plus si le président américain Donald Trump sera présent.

Nouveau cycle de négociations

Les Etats-Unis et l’Iran ont annoncé dimanche soir avoir trouvé une entente sur les grandes lignes pour mettre fin immédiatement à la guerre au Moyen-Orient. Le contenu exact de l’accord, qui a déjà été signé électroniquement, devrait être rendu public dans les prochains jours.

Le vice-président américain JD Vance a reconnu que le cadre d’accord repoussait à plus tard les questions les plus épineuses, en particulier le programme nucléaire iranien. Un nouveau cycle de négociations doit démarrer dès l’accord signé en Suisse. Ces nouvelles discussions doivent être conclues dans un délai de 60 jours.

Le complexe hôtelier du Bürgenstock avait déjà accueilli la Conférence de haut niveau pour la paix en Ukraine en juin 2024. La conférence s’était achevée avec une déclaration commune signée par 85 Etats et institutions, réaffirmant notamment l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

ATS

lundi 15 juin 2026

Ces intermédiaires libanais que Téhéran contourne désormais

 

Depuis la mort de Khamenei, le guide suprème iranien, et l’assassinat de de Nasrallah, le chef du Hezbollah libanais, Téhéran a imposé des rapports plus verticaux et plus militaires avec ses interlocuteurs au Liban. À Beyrouth, Nabih Berri, chef du mouvement chiite Amal ainsi que l’aile politique du Hezbollah continuent pourtant de raisonner avec les réflexes d’hier, sans voir que le pouvoir iranien les ignore désormais. Le centre de gravité des Gardiens de la Révolution au Liban s’est déplacé des notables de la pouvance chiite vers le Hezbollah militaire, l’askari

Une nouvelle direction iranienne a émergé de la décapitation, du choc et de la guerre, et la classe politique libanaise n’a pas encore compris ce que cela signifie. Nabih Berri, l’aile politique survivante du Hezbollah, et les intermédiaires qui les entourent continuent de lire Téhéran à travers les habitudes de l’ère Nasrallah. Les vieilles routines ont disparu. Le nouveau Téhéran est moins intéressé par le courtage libanais, moins patient avec le « franc-tireurisme » politique, et moins disposé à filtrer ses décisions stratégiques à travers une classe locale compromise à laquelle il ne fait plus entièrement confiance.

Cette conclusion semble s’être durcie au sein de la nouvelle direction iranienne. L’aile politique du Hezbollah et l’establishment Amal sont des fardeaux : vieux, lents, et dépendants d’un ordre politique libanais que Téhéran a rayé de ses calculs. Le nouveau Téhéran ne veut pas que ses décisions soient filtrées par des figures qui ont survécu en prenant des engagements contradictoires auprès de multiples parties à la fois. Il traite directement avec la réalité militaire du Hezbollah. La mise à l’écart de l’ancienne classe politique n’est pas anodine. C’est un changement de logique de commandement. L’Iran n’abandonne pas le Hezbollah. Il contourne sa couche politique zombie.

Berri face à la fin de l’ancien système

C’est précisément ce que Nabih Berri commence lentement et partiellement à comprendre. Au lendemain immédiat de la mort de Khamenei, Berri semblait croire que son coup de force tranquille, sa manœuvre pour retourner la situation contre le Hezbollah après la mort de Nasrallah, avait réussi. En s’approchant et en capturant des éléments clés de l’ancien appareil du Hezbollah, des hommes qui avaient été les commissaires de Nasrallah, ses messagers personnels, ses négociateurs de confiance et ses interprètes politiques, il a peut-être imaginé qu’il avait hérité des leviers fonctionnels de l’ancien ordre. Un bref instant, cela a pu paraître plausible. L’ancienne couche politique du Hezbollah, orpheline sans Nasrallah, était désorientée. Téhéran absorbait le choc. Les institutions libanaises attendaient des signaux. Les interlocuteurs étrangers cherchaient des canaux. Berri, fort de sa longue expérience de survie par l’ambiguïté, a peut-être cru qu’il s’était de nouveau positionné comme le courtier incontournable.

Ce moment est en train de passer. Berri se retrouve désormais encombré de figures qui pourraient bientôt être mises à l’écart par la nouvelle direction iranienne. Les hommes qui comptaient parce qu’ils avaient accès à Nasrallah comptent moins maintenant que Téhéran n’a plus besoin de ses anciens messagers. Leur autorité était dérivée. Leur utilité venait de leur proximité avec l’homme qui monopolisait l’interprétation. Sans lui, ils risquent de devenir les vestiges d’une structure dont le centre n’existe plus. La tentative de Berri de les capturer pourrait donc s’avérer moins un succès qu’un mauvais calcul, un poids mort hérité d’une époque révolue. Il a peut-être gagné de l’influence sur une couche que Téhéran est déjà en train de mettre à la retraite.

Dans ses cercles proches, Berri a répété que la décision du Hezbollah n’appartient à personne au Liban et est désormais « entièrement à Téhéran », entre les mains des Gardiens de la révolution. La formule sert deux objectifs. Elle explique une réalité qu’il ne contrôle plus, et elle déplace la responsabilité loin des intermédiaires libanais qui ont mal lu la transformation. En insistant sur le fait que tout est à Téhéran, Berri se présente comme dépassé par des forces qui échappent au Liban, rejetant la faute là où se trouve la tête des tentacules. Cela lui permet de dire à Joseph Aoun, au Premier ministre Nawaf Salam, et aux interlocuteurs étrangers que le problème c’est l’Iran, non la classe politique libanaise qui a manœuvré et mal calculé après la mort de Nasrallah.

Le problème de Berri est que cette phrase est à la fois vraie, trompeuse et disculpatoire. Oui, la décision s’est déplacée plus directement vers Téhéran. Mais elle s’est déplacée de l’aile politique zombie vers le Hezbollah militaire, l’askari. Et elle ne s’est pas déplacée vers un Téhéran qui a besoin de lui comme traducteur libanais obligatoire, ni vers un Téhéran qui voit l’ancienne aile politique du Hezbollah comme le gardien naturel des intérêts chiites libanais. Elle s’est déplacée vers une nouvelle logique de commandement iranienne qui traite la guerre, la dissuasion, la négociation et la discipline interne libanaise comme un seul dossier. Dans ce dossier, Berri n’est plus indispensable. Il peut encore avoir des canaux, les contacts de son gendre à Washington, les siens à Doha et à Paris. Mais l’utilité n’est pas l’autorité.

À son âge, et après des décennies à maîtriser l’ancienne grammaire libano iranienne, Berri aura du mal à saisir la transformation à l’intérieur de l’Iran. Il peut dépêcher son ministre de confiance Ali Hassan Khalil à Téhéran à répétition. Il peut demander un autre mea culpa, un autre sursis, une autre formule qui préserve son rôle de courtier chiite. Le nouvel Iran peut écouter et recevoir des messages. Cela ne signifie pas qu’il reconstruira l’ancienne hiérarchie pour accommoder des hommes dont les réflexes se sont formés dans une autre époque.

Le même malentendu traverse la direction politique du Hezbollah. Naim Qassem, Mohammad Raad, et les figures plus âgées qui les entourent parlent le langage de la continuité, mais la continuité est précisément ce qui a été brisé. Ils opèrent dans l’ombre de Nasrallah sans posséder son autorité, son réseau de renseignement, sa relation avec Téhéran et le défunt guide suprême, ni sa capacité à imposer une cohérence aux contradictions. Ils ont hérité du vocabulaire de la résistance, non de l’architecture qui le faisait fonctionner. Ils peuvent répéter les formules. Ils ne peuvent pas nécessairement commander le système qui leur donnait autrefois leur sens.

Israël et le Liban devant un Iran qu’ils lisent mal

Israël est également en retard, encore une fois. Netanyahu a peut être compris la centralité de Nasrallah, mais Israël n’a pas compris le nouvel Iran qui a émergé de la décapitation. Il croit peut être que la suppression de Khamenei, de Nasrallah et de plusieurs couches de commandement a affaibli l’Iran jusqu’à l’incohérence. Mais la décapitation a aussi accéléré le renouveau. Elle écarte les anciens prudents, les habitudes héritées et les délais bureaucratiques. Elle force une nouvelle direction à émerger sous pression, moins attachée aux anciens intermédiaires et plus disposée à prendre des risques. Israël a compris trop tard que Nasrallah était l’axe de l’axe. Il est en train de mal lire le système qui lui a survécu.

C’est pourquoi les négociations autour du Liban sont dangereuses et facilement mal interprétées. Des rumeurs circulent, peut être diffusées par le Mossad lui même, selon lesquelles le Hezbollah négocie avec les Israéliens à Doha, ou que le gendre de Berri négocie avec eux à Washington. Que ces rumeurs soient vraies est secondaire. La nouvelle direction à Téhéran ne devrait pas tolérer le franc tireurisme sur des dossiers qu’elle considère comme existentiels. Elle peut tolérer des canaux pour tester le langage ou gagner du temps. Elle ne permettra pas à l’aile politique zombie ni au réseau de Berri de façonner le résultat final. Ils peuvent parler, faire flotter des formules, rassurer les étrangers. Téhéran ne leur permettra pas de s’approprier le résultat.

La classe politique libanaise se comporte comme si c’était un autre cycle de marchandage, une autre saison de médiation gérée entre Aïn el Tiné, Baabda, Washington, Doha et Haret Hreik. Ce n’est peut-être pas le cas. C’est peut-être le début d’une nouvelle hiérarchie au sein de la sphère politico-militaire chiite, dans laquelle les anciens courtiers libanais sont rétrogradés et éjectés, l’aile militaire devient l’interlocuteur principal, et l’Iran n’accepte plus le théâtre politique libanais comme l’arène où les décisions stratégiques se convertissent en compromis. Le point central n’est pas que l’Iran soit devenu irrationnel. C’est que les autres le lisent encore comme si rien d’essentiel n’avait changé.

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