Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

dimanche 23 août 2026

ZTQ-15 : La cavalerie légère chinoise

 

Après avoir connu son apogée durant la guerre froide au sein de nombreuses armées, le concept du char léger, chaînon actuellement manquant au sein de nos forces depuis la disparition de la famille AMX-13, réapparaît au début de ce siècle. C’est tout d’abord la Russie qui avait dévoilé en 2006 le 2S25 Sprut, destiné à ses unités parachutistes, dont la production est demeurée confidentielle. Quinze ans plus tard, les États-Unis présentaient le M-10 Booker, dont le programme a été abandonné au printemps 2025.

Si les programmes de chars légers sont restés confidentiels (en Russie) ou ont été annulés (aux États-Unis), ce n’est pas le cas en Inde ou en Chine, qui s’affrontent depuis plusieurs décennies dans les confins himalayens. C’est à l’occasion du déploiement d’une douzaine de chars T‑90 Bishma dans la province du Ladakh que l’Inde a constaté des problèmes de motorisation en altitude, en partie dus à la raréfaction de l’air et aux très basses températures. Ces retours d’expérience l’ont convaincue de lancer un programme de développement pour un char léger, dénommé Zorawar, dont le concept a été dévoilé en octobre 2022 et dont les essais opérationnels sont toujours en cours.

La Chine a été plus prompte que son voisin indien à développer un char léger en lançant lors de la première décennie de ce siècle un programme ambitieux visant à remplacer le vénérable Type‑62 à l’armement désuet, à la motorisation anémique et incapable de se mouvoir avec efficacité en zones montagneuses. Le nouveau char léger chinois doit répondre aux exigences actuelles de l’APL (Armée populaire de libération), c’est-à‑dire être moderne, mobile et capable d’opérer aussi efficacement sur les hauts plateaux himalayens que dans les forêts et régions humides où le Type‑99 a du mal à se mouvoir.

C’est en décembre 2011 qu’un char à l’aspect moderne fut furtivement aperçu sur une voie ferrée, en transit en direction du Tibet. Les observateurs occidentaux pensaient alors qu’il s’agissait d’une nouvelle modification du Type‑99, mais il n’en était rien. Le considérant comme un modèle allégé, ils le dénommèrent alors Type‑99A. Le développement de ce nouveau char fut confié à NORINCO (North Industries Corporation) ainsi qu’à l’institut de recherches 201. La période de gestation du projet est demeurée confidentielle jusqu’à début novembre 2016, lorsque le nouveau char fut officiellement dévoilé au salon international de Zhuhai sous sa dénomination export, VT‑5. Il y était présenté comme un char de combat léger de troisième génération, qui ne semblait pas manquer d’arguments. Son poids était alors estimé entre 30 et 36 t, et il semblait être protégé par un blindage modulable avec briquettes réactives et slat armour sur les flancs de la tourelle et de la caisse. La dénomination des blindés chinois est parfois complexe et le VT‑5 n’échappe pas à la règle : il est devenu le ZTQ‑15, ou Zhuangja tanke qiongxing (littéralement « char blindé léger »), lorsque son existence fut officiellement confirmée par le ministère chinois de la Défense en décembre 2018, alors qu’il entrait en service au sein de l’APL pour poursuivre les essais en unités.

Les premiers pas

Mais il fallut attendre le 70e défilé de la Fête nationale, le 1er octobre 2019, pour qu’il soit révélé au grand public, avec quelques modifications importantes par rapport à la version export. Il prit alors les dénominations internationales « Type‑15 » et « Panthère noire ». Il se caractérise par le poste de pilotage implanté plus à gauche, un glacis supérieur avant de caisse plus anguleux et des briquettes de blindage réactif à l’aspect différent. La production, qui a débuté en 2016, est assurée par l’usine de chars de Baotou, au nord-ouest de Pékin. À ce jour, environ 500 exemplaires ont été produits pour le compte de l’APL, et une vingtaine pour les unités amphibies.

Les premiers chars produits ont été immédiatement affectés aux unités blindées déployées dans la région autonome du Tibet (Xinjiang). En juin 2019, les sources officielles chinoises révélaient que le 81e groupe d’armées, et plus particulièrement la 54e brigade interarmes, avait effectué des manœuvres assorties de campagnes de tirs à plus de 4 700 m sur le plateau du Qinhai avec ses nouveaux ZTQ‑15. Ces dernières, couronnées de succès, ont démontré toute la pertinence des choix effectués lors de l’élaboration du cahier des charges pour un char destiné à tirer et à évoluer à de telles altitudes. Ces succès n’ont pas laissé le voisin indien indifférent : il se devait de réagir, car le comportement de ses Bishma, tant dans le domaine du tir que dans celui de la motorisation, était loin d’égaler celui du nouveau venu à de telles altitudes. En septembre 2022, la 123e brigade interarmes lourde du 75e groupe d’armées percevait à son tour des ZTQ‑15. Cette brigade est chargée de défendre les côtes sud du pays, et est stationnée au niveau de la mer, bien loin donc des altitudes des plateaux tibétains. Cette affectation des ZTQ‑15, non amphibies, était motivée par le fait que, en tant que char léger, il remplaçait efficacement les Type‑62 obsolètes.

Ainsi, que ce soit en altitude ou au niveau de la mer, le ZTQ‑15 semblait bien né, à tel point qu’il fut affecté par la suite à d’autres grandes unités, et plus particulièrement au sein du 16e régiment interarmes de la 6e division du Xinjiang, ainsi qu’aux 1re et 6e brigades d’infanterie de marine, apportant une plus-­value non négligeable dans le domaine de la puissance de feu lors des opérations de « plageage », tout en étant transportable à bord de navires d’assaut grâce à son poids contenu. En septembre 2017, le Bangladesh émit une demande d’information afin de se doter d’un char léger de moins de 36 t, armé d’un canon de 105 mm ou de 125 mm ayant la capacité de tirer un missile antichar par le tube. La Russie proposa alors son 2S25, la Corée du Sud, son K21‑105 et NORINCO, son VT‑5. C’est ce dernier, dénommé VT‑5BD (Bangladesh), qui a remporté la compétition. Il a impressionné par sa puissance de feu, sa mobilité en zones humides, la modularité de son blindage réactif, tout en étant équipé du système de protection active chinois (APS) GL‑5.

Un premier contrat portant sur l’acquisition de 44 exemplaires, l’effectif d’un régiment, fut signé en décembre 2019. Ces VT‑5 devaient devenir les chars les plus modernes déployés par les forces de Dacca aux côtés des 44 VT‑1A d’origine chinoise dont le contrat d’acquisition de 147 millions de dollars avait été signé le 14 juin 2011. En mars 2021, l’état-­major bangladais confirmait officiellement que la commande avait bien été passée auprès de NORINCO. Les engins ont commencé à être livrés dès le mois d’avril suivant, avec un camouflage tropical qui détonnait avec celui des ZTQ‑15. Un an plus tard, en novembre 2022, les 44 VT‑5 commandés, qui constituaient en fait une première tranche, étaient tous livrés. Ils furent dévoilés pour la première fois au grand public lors du défilé du Jour de la victoire en décembre 2022. En août 2025, des VT‑5BD au camouflage caractéristique, entourés d’ingénieurs bangladais, étaient aperçus une nouvelle fois sur le site de production de Baotou.

Il s’agit de la seconde tranche de 44 exemplaires commandée par Dacca, dont les premiers ont été débarqués dans le port de Chattogram le 18 février 2026. Cette seconde commande, passée discrètement, démontre que les forces bangladaises, avec la mise sur pied d’un second régiment, poursuivent avec constance leur ambitieux programme de modernisation dénommé « Forces Goal 2030 ». De plus, il est à noter que, toujours dans le cadre de cette modernisation, est comprise la livraison d’un modèle amélioré du VT‑4, le VT‑4A1, démontrant la volonté du corps blindé bangladais de se séparer au plus vite de ses 174 Type‑59 et 58 Type‑69C hors d’âge stationnés dans des zones géographiquement difficiles, à fort taux d’humidité, pour lesquelles le VT‑5 a entre autres été développé. Dans la doctrine des forces bangladaises, le VT‑5BD est employé pour fournir une puissance de feu mobile et effectuer des missions de reconnaissance.

Caractéristiques techniques

Le train de roulement du ZTQ‑15 se compose de six galets avec la poulie de tension à l’avant, et le barbotin à l’arrière. Les chenilles, masquées par des jupes en acier recouvertes de blindage composite, sont supportées par trois rouleaux porteurs. Le système de suspensions hydropneumatiques est semblable à celui du Type‑74 japonais avec variation de garde au sol offrant une mobilité accrue en zones montagneuses et un confort certain pour les trois membres d’équipage, tout en autorisant un largage sur palette à partir d’un avion gros porteur de type Y‑20 dans lequel deux ZTQ‑15 peuvent être embarqués. La caisse, de 7,5 m de long et de 3,3 m de large, est protégée par des plaques en acier mécanosoudées. Deux configurations sont possibles : standard ou lourde. La première se compose de blindage en acier classique recouvert de panneaux composites sur les flancs, ainsi que de briquettes réactives sur la proue. La seconde comprend un package de briquettes réactives plus épaisses, des panneaux en matériaux composites sous le plancher et des slat armours au niveau des barbotins, facilitant l’évacuation de la boue tout en protégeant des munitions à charge creuse. Les performances s’en trouvent affectées et le package lourd est censé n’être utilisé qu’en zones ouvertes et en combat de haute intensité. Le GL‑5 n’est pas monté sur le ZTQ‑15.

Le poste de pilotage dispose de trois épiscopes et d’un DVE (Driver vision enhanced) installé à droite permettant au pilote de rouler sous blindage de jour comme de nuit. La tourelle est constituée de plaques mécanosoudées recouvertes de blindage composite et de briquettes réactives. Le chef de char, à droite, dispose d’une lunette panoramique à vision thermique indépendante avec télémètre laser. À gauche, le tireur dispose d’une lunette aux capacités égales à celle du chef de char montée sur le toit. L’armement principal se compose du canon rayé ZPL‑151 de 105 mm, inspiré du Royal Ordnance L7 britannique compatible avec les munitions OTAN qui a équipé, entre autres, les Leopard 1 et les M‑60. Stabilisé en site et en gisement, il permet le tir en roulant grâce à une conduite de tir moderne. Sa portée maximale est de 3 000 m avec un débattement en site de − 7° à + 18°.

Le ZTQ‑15 dispose, en nuque de tourelle, d’un chargeur automatique « à l’occidentale » autorisant une cadence de tir de 4 coups/min (9 d’après les sources chinoises). Les 38 munitions embarquées, dont 18 dans le chargeur, sont des obus explosifs DTB2‑105, antichars DTP2‑105 ou des obus-flèches DTC15‑105 (1 540 m/s) qui percent 500 mm d’acier à 2 000 m. De plus, le ZPL‑151 est conçu pour tirer le missile antichar GP‑105/GP2 guidé par laser d’une portée de 5 000 m, avec une probabilité de coup au but de 99 % sur cible fixe. L’armement secondaire se compose d’une mitrailleuse QJT‑88 de 5,8 mm montée en coaxiale à droite du tube, de 12 pots fumigènes Type 97 couplés au système de détecteur d’alerte laser, et d’un tourelleau téléopéré monté en nuque de tourelle et armé d’une mitrailleuse lourde QJC‑88 de 12,7 mm ou un lance-­grenades QLZ‑04 de 35 mm avec fonction « killer-killer ». Ce tourelleau n’existe pas sur le VT‑5, où il est remplacé par l’APS GL‑5.

Le développement du moteur V8 turbodiesel Shanxi 132HB de 883 ch a fait l’objet d’un soin particulier pour tourner à plus de 4 000 m d’altitude avec un système d’alimentation en air spécifique. Implanté à l’arrière de la caisse, il est couplé à une boîte de vitesses automatique. L’admission en air s’effectue par deux grilles rectangulaires implantées au-dessus, alors que les deux grilles d’extraction d’air chaud se trouvent à la proue de la caisse, encadrées par les deux pots d’échappement surmontés de fûts à carburant largables. Cette motorisation permet au ZTQ‑15 de 33 t (36 t avec le blindage lourd) d’atteindre sa vitesse maximale de 70 km/h en 19 s, de rouler à 40 km/h en tout-terrain et à 29 km/h en marche arrière, avec une autonomie de 450 km. Il peut gravir des pentes de 60 % et des marches verticales de 0,85 m, évoluer sur des dévers de 30 % et franchir des tranchées de 2,5 m de large et des gués de 1,1 m.

Le ZTQ‑15 est équipé d’une protection NBC, d’un système de climatisation, d’un système de commandement tactique infocentré, de communications satellitaires, ainsi que d’un système de navigation intégrant une centrale inertielle.

Pierre Petit

areion24.news

Le statut de héros de Zelensky s'effrite


Grâce à une grande motivation et à l'aide occidentale, l'armée ukrainienne résiste depuis plus de quatre ans à la supériorité militaire de la Russie. Mais derrière ce front défendu héroïquement, la situation est extrêmement tendue. Une opposition politique croissante pèse sur Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien – figure de proue de la résistance – lutte non seulement contre Moscou, mais aussi contre une opposition interne.

Si certains sondages le soutiennent encore, ses cotes de popularité personnelles sont en berne. Dans un sondage réalisé début août par l’institut de recherche sociale Sozis de Kiev auprès de 2000 Ukrainiens, Zelensky n’occupe plus que la 6e place. L'ancien chef de l'armée Valeri Salouchni arrive en tête du classement de popularité. Il est suivi de près, à la 2e place, par l'ancien ministre de la Défense Mikhaïlo Fedorov, qui passe désormais à l'attaque contre Zelensky.

Zelensky est connu pour remplacer parfois des ministres et des hauts responsables de l’armée sans justification détaillée. Ce fut également le cas pour Salouchni et Fedorov. Zelensky les a probablement limogés, entre autres, parce qu’ils étaient devenus des rivaux dangereux pour lui.

Fedorov va-t-il faire appel aux Etats-Unis?

Mais pour le président, le problème des changements de personnel n’est pas résolu pour autant. En effet, Fedorov passe désormais à l’attaque depuis l’extérieur. Il remet en cause la légitimité de Zelensky, dont le mandat régulier de cinq ans a pris fin le 20 mai 2024. En tant que première voix importante en Ukraine, Fedorov réclame donc de nouvelles élections – et ce, en pleine guerre! Son argument: «La démocratie ne doit pas être prise en otage par la Russie.»

Comme pour donner plus de poids à sa revendication, Fedorov prévoit, selon kyivindependent.com, de s’envoler pour les Etats-Unis dans les prochains jours. La destination de ce voyage n’est pas claire, mais il n’est pas exclu qu’il soit reçu à la Maison Blanche. Le président américain Donald Trump entretient des relations tendues avec Zelensky, qu’il a d’ailleurs déjà qualifié de «dictateur».

Selon Ulrich Schmid, expert de l’Europe de l’Est à l’Université de Saint-Gall, Fedorov cherche avant tout à transformer sa popularité en capital politique. «Il veut, par ses déclarations, exercer une pression sur la scène politique nationale afin de rester dans la course.» Ses possibilités sont toutefois limitées: il ne peut pas critiquer trop vivement Zelensky, car il a été sans interruption ministre du gouvernement depuis l’entrée en fonction de ce dernier en 2019. De plus, il ne dispose ni d’une base politique solide ni d’un programme clair.

Des élections pratiquement impossibles

La population ukrainienne est confrontée à un dilemme. Schmid: «D’un côté, Zelensky est tenu pour responsable des scandales de corruption et des rivalités au sein du gouvernement et de l’armée. De l’autre, les Ukrainiens savent pertinemment que la destitution de Zelensky ferait le jeu du Kremlin.»

En d’autres termes: la trêve politique à Kiev s’est certes fragilisée, mais elle tient toujours. «Bien que sa position de pouvoir soit contestée, Zelensky parvient à s’imposer face à d’éventuels challengers», explique Ulrich Schmid.

A cela s’ajoute le fait que des élections ne peuvent tout simplement pas avoir lieu tant que la loi martiale est en vigueur en Ukraine. D’un point de vue logistique également, ce serait une tâche pratiquement impossible: comment atteindre les quelque 6 millions de réfugiés à l’étranger et les 4 millions de déplacés à l’intérieur du pays? «Des élections sont improbables tant qu’un cessez-le-feu n’aura pas été conclu», déclare Ulrich Schmid.

Glissement vers la droite en Europe

Tout cela ne rassure pas Zelensky. Car les Russes continuent de bombarder sans relâche et aucune négociation n’est en vue. Si, en avril 2027, la nationaliste de droite Marine Le Pen était élue présidente de la France – ses chances sont bonnes – et si, dans d’autres pays également, les partis d’extrême droite gagnaient du terrain, le soutien de l’Europe pourrait s’effriter progressivement.

On ne peut pas envier Zelensky: entre la guerre contre la Russie, la lutte contre une opposition qui gagne en puissance et la course à l’aide internationale, il est confronté à une guerre personnelle sur trois fronts.

 Guido Felder

blick.ch

Une cache d'armes liée aux services secrets russes découverte près de Berlin

 

Les autorités allemandes ont découvert une cache contenant deux armes à feu dans une forêt près de Berlin. Il s'agirait d'une oeuvre des services secrets russes selon le renseignement intérieur, rapportent plusieurs médias vendredi.

D'après les médias publics régionaux NDR, WDR et le quotidien Süddeutsche Zeitung, le parquet fédéral mène une enquête pour soupçon de préparation d'un acte de violence grave contre l'Etat et un suspect a été arrêté en Roumanie. Grâce à un signalement, la police aurait été alertée l'été dernier au sujet de ce dépôt, aménagé de manière professionnelle et contenant deux armes de poing, dans la zone frontalière de la capitale avec la région du Brandebourg.

«Le renseignement intérieur (BfV) part désormais du principe que ce dépôt a été aménagé sur ordre des services secrets russes», assurent les médias. Ces armes ont été déposées pour des agents chargés par le Kremlin de mener des «opérations cinétiques», c'est-à-dire notamment des attentats, précisent les médias.

Arrestation d'un agent sacrifiable

L'homme suspecté d'avoir caché deux armes à feu et des munitions près de Berlin serait un «agent» sacrifiable, qui a été arrêté en Roumanie, a déclaré vendredi le ministre allemand de l'Intérieur.

«Peut-on exclure toute implication de puissances étrangères dans cette affaire ? Non», a ajouté Alexander Dobrindt, lors d'une conférence de presse à Berlin, alors qu'une enquête de plusieurs médias allemands affirment que l'individu aurait agi pour le compte des services secrets russes.

AFP

Corée du Sud : le dilemme nucléaire dans un ordre mondial en pleine mutation

 

Comment la Corée du Sud se positionne-t-elle dans le paysage international actuel, caractérisé par des relations de force débridées, le déclin du droit international et des guerres commerciales incessantes ? Quelle est sa position officielle ?

L. Kim : La Corée du Sud observe le paysage international actuel avec une vive inquiétude, alors que l’ordre mondial de l’après-guerre semble s’effriter. La multiplication des conflits et l’évolution des normes commerciales posent de sérieux défis. En tant que puissance moyenne, la position et les actions sud-coréennes sont étroitement liées à ce système international établi, ce qui rend son érosion particulièrement préoccupante. Cette appréhension est exacerbée par la menace existentielle que représente la Corée du Nord, faisant de la normalisation de la guerre une évolution alarmante pour Séoul. De plus, les relations commerciales de longue date entre la Corée du Sud et les États-Unis ont été perturbées par l’administration américaine actuelle, qui a fait fi de l’accord de libre-échange entre les États-Unis et la Corée du Sud (The Korea-United States Free Trade Agreement — KORUS FTA). En conséquence, Séoul est contrainte de naviguer dans un environnement complexe, obligée de renégocier et de reconstruire ses relations commerciales avec Washington.

Comment le contexte international depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, en janvier 2025, a-t-il affecté la stratégie sud-coréenne, dont l’économie a toujours été profondément intégrée à la mondialisation ?

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la stratégie économique sud-coréenne est confrontée à des défis de taille. L’économie du pays est fortement dépendante des exportations, ce qui rend indispensables des relations commerciales stables. Cependant, sous l’administration Trump, les relations commerciales de la Corée avec son deuxième partenaire commercial, après la Chine, sont devenues très instables. Les États-Unis ont notamment accusé la Corée du Sud d’imposer des droits de douane injustes sur les produits américains, une accusation que le gouvernement sud-coréen a fermement niée.

En 2007, la Corée du Sud et les États-Unis ont conclu l’accord de libre-échange KORUS. Mais en 2018, au cours de son premier mandat (2017-2021), le président américain a renégocié cet accord. Il a, de fait, modifié certaines clauses clés et imposé des droits de douane réciproques pouvant atteindre 25 % sur les produits sud-coréens, ainsi que des droits de douane sectoriels de 25 % sur des secteurs industriels tels que l’automobile et les semi-conducteurs — des mesures qui ont considérablement affecté l’économie du pays. Bien qu’une réduction des droits de douane à 15 % ait ensuite été convenue en échange de l’engagement sud-coréen à investir 350 milliards de dollars aux États-Unis, l’incertitude demeure en raison des menaces persistantes d’une hausse de ces droits de douane. Pour aggraver encore ces difficultés, la Corée du Sud a déjà subi de sévères représailles économiques de la part de la Chine après avoir accueilli le système américain de défense antimissile, ce qui illustre le difficile exercice d’équilibre que Séoul doit accomplir entre ses deux principaux partenaires commerciaux.

Comment la crise énergétique liée à la guerre en Iran (depuis le 28 février 2026)  qui touche particulièrement les pays asiatiques dépendants des ressources en hydrocarbures  affecte-t-elle la Corée du Sud ? Cette situation incite-t-elle les autorités à reconsidérer leur approche de la souveraineté énergétique ? Dans quelle mesure l’énergie nucléaire est-elle considérée comme une solution viable ?

Le paysage énergétique sud-coréen est profondément influencé par son manque de ressources naturelles, ce qui la rend fortement dépendante des importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient. Les récents événements en Iran ont eu un impact significatif sur son économie en faisant grimper les prix mondiaux du pétrole. Cela a entrainé des changements de comportement chez les Sud-Coréens, ainsi qu’un effort conscient pour réduire la consommation de pétrole et d’essence. À long terme, cette crise souligne l’importance cruciale de la sécurité énergétique, l’énergie nucléaire devant jouer un rôle important dans la stratégie du pays.

Aujourd’hui, la Corée du Sud exploite 26 réacteurs nucléaires, qui fournissent environ 30 % de son électricité, et la question de savoir s’il faut continuer à développer la capacité nucléaire a récemment fait l’objet d’un débat. Le président Lee Jae-myung (depuis juin 2025) avait initialement émis des réserves quant à la construction de deux centrales nucléaires supplémentaires, mais il a finalement accepté, invoquant la hausse de la demande énergétique. La crise actuelle devrait renforcer la nécessité d’augmenter la capacité nucléaire.

La Corée du Sud développe également activement de petits réacteurs modulaires, qui représentent la prochaine génération de technologie nucléaire. Alors que certains segments de la société sud-coréenne, y compris certains libéraux, ont exprimé leur opposition à l’énergie nucléaire, la crise actuelle pourrait influencer les attitudes du public et des responsables politiques, conduisant potentiellement à une acceptation plus large de l’énergie nucléaire en tant que composante vitale de la souveraineté et de la sécurité énergétiques du pays.

Parallèlement, comment les récentes interventions militaires américaines au Vénézuéla (début janvier 2026) et en Iran sont-elles perçues en Corée du Nord ? Cela incite-t-il Pyongyang à accélérer son programme nucléaire afin de « sacraliser » sa sécurité nationale ?

Les opérations de précision menées par l’armée américaine au Vénézuéla et en Iran, en particulier les frappes dites « de décapitation » visant les dirigeants, représentent précisément le type de menace que Pyongyang redoute le plus. Ces opérations ont mis en évidence les impressionnantes capacités des États-Unis en matière de renseignement, de surveillance, de reconnaissance et de frappes de précision, démontrant une capacité inquiétante à localiser et à neutraliser des personnalités clés. Cela suscite sans aucun doute des inquiétudes en Corée du Nord quant à d’éventuelles actions similaires contre ses dirigeants.

Ces développements n’ont pas rendu la dénucléarisation de la Corée du Nord plus difficile, car ses chances étaient déjà extrêmement faibles. Pyongyang avait déjà inscrit dans la loi le droit de posséder et d’utiliser des armes nucléaires à titre préventif par le biais d’une législation promulguée en 2022, sanctuarisant de fait son arsenal nucléaire et rendant la dénucléarisation impossible.

Ces développements ont plutôt modifié les perspectives d’un accord de contrôle des armements avec les États-Unis. Auparavant, un tel accord était considéré comme une possibilité : il aurait limité la capacité de la Corée du Nord à lancer des attaques nucléaires contre les États-Unis, en éliminant par exemple les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), tout en lui permettant de conserver des capacités nucléaires à usage régional. Cependant, aujourd’hui, par crainte que Washington ne cherche à provoquer un changement de régime, la Corée du Nord est davantage déterminée à maintenir sa force de dissuasion nucléaire contre les États-Unis, rendant un accord de contrôle des armements hautement improbable.

Ces développements sont également profondément inquiétants pour la Corée du Sud. La perspective d’une action militaire américaine contre la Corée du Nord fait craindre des représailles contre les bases militaires américaines situées sur la péninsule et contre des cibles sud-coréennes. Compte tenu de la proximité de Séoul avec la frontière nord-coréenne et de la taille relativement modeste de la ville, les ravages potentiels seraient immenses. Par conséquent, les autorités observent ces événements avec une grande appréhension, conscientes que tout conflit impliquant la Corée du Nord pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour leur pays.

En décembre dernier, la Corée du Nord diffusait les premières images de son premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE). Quelle est la stratégie de Séoul face à l’accélération du programme nucléaire nord-coréen ?

La Corée du Sud est confrontée à un dilemme stratégique complexe. Le soutien de l’opinion publique à l’armement nucléaire sud-coréen est resté constamment élevé, autour de 70 %, et a atteint environ 76 % depuis le début du second mandat de Donald Trump. Cependant, malgré ce fort sentiment de l’opinion publique, il est peu probable que la Corée du Sud se lance dans le développement pur et simple d’armes nucléaires. Elle se concentre plutôt sur l’acquisition d’une « latence nucléaire » : la capacité de produire rapidement des armes nucléaires si nécessaire, sans en posséder réellement. Cette stratégie implique le développement de technologies d’enrichissement et de retraitement afin d’accumuler un stock important de matières fissiles, permettant au pays de fabriquer des armes nucléaires en quelques mois si la situation l’exige.

La Corée du Sud aspire à atteindre une position similaire à celle du Japon, dont on estime généralement qu’il a la capacité de construire des armes nucléaires en quelques mois, voire en quelques semaines. L’armement nucléaire direct reste toutefois une voie couteuse et risquée, non seulement en raison des sanctions internationales inévitables, mais aussi des incertitudes quant à la fiabilité durable des garanties de sécurité américaines face aux menaces nord-coréennes. La poursuite d’un armement nucléaire pur et simple pourrait paradoxalement compromettre la sécurité sud-coréenne plutôt que la renforcer.

La latence nucléaire, en revanche, offre un avantage stratégique en permettant une militarisation rapide si les circonstances se détériorent de manière significative. Cette approche nuancée est exposée dans mon prochain ouvrage intitulé Everything but the Bomb: South Korea’s Nuclear Hedging Strategy (Stanford University Press, à paraitre début 2027), qui met en lumière l’intention du pays de conserver toutes ses capacités, à l’exception de l’armement nucléaire proprement dit, pour le moment.

Où en est le débat sur cette question au sein de la société et des milieux politiques sud-coréens ?

Au sein de la société et des cercles politiques sud-coréens, le débat sur les armes nucléaires reflète une divergence entre l’opinion publique et l’analyse des experts. Alors que la première exprime un désir d’armement nucléaire, les seconds comprennent les couts considérables que cela impliquerait, notamment un vide sécuritaire, des sanctions internationales et des retombées diplomatiques. Par conséquent, les responsables de la sécurité se concentrent sur la latence nucléaire. Ces distinctions techniques reflètent l’approche pragmatique adoptée aujourd’hui par les décideurs politiques et les experts en sécurité sud-coréens.

Séoul possède-t-elle la capacité technique de développer des armes nucléaires ? Si oui, dans quel délai pourrait-elle y parvenir de manière réaliste et qu’est-ce qui pourrait motiver le pays à se doter de ses propres armes nucléaires ?

Il ne fait aucun doute que la Corée du Sud dispose de l’expertise technique nécessaire pour développer des armes nucléaires de manière indépendante. Cependant, ce processus prendrait un temps considérable, estimé entre deux et cinq ans, principalement parce que le pays ne dispose pas actuellement des infrastructures nécessaires à l’enrichissement de l’uranium et au retraitement du plutonium, en raison des restrictions imposées par son accord bilatéral de coopération nucléaire avec les États-Unis.

Quant à la motivation sud-coréenne à se doter d’armes nucléaires, une telle décision ne serait probablement prise que dans des circonstances extrêmes — par exemple, si les États-Unis semblaient peu disposés à garantir la sécurité de la Corée du Sud, si l’hostilité nord-coréenne s’intensifiait considérablement et si une attaque était jugée probable. Dans de telles conditions extrêmes, les préoccupations liées aux sanctions économiques et aux répercussions diplomatiques seraient probablement reléguées au second plan au profit de la survie nationale. Cependant, à l’heure actuelle, la Corée du Sud ne se trouve pas dans une telle situation et devrait s’abstenir de se doter d’armes nucléaires.

Quelle serait la position des États-Unis concernant un programme nucléaire sud-coréen ?

Si la Corée du Sud décidait de développer ouvertement des armes nucléaires, il est fort probable que les États-Unis réviseraient leur position et pourraient retirer leur garantie de sécurité. Certains Sud-Coréens émettent l’hypothèse que le président américain aurait pu faire exception à cette ligne de conduite, compte tenu de l’importance qu’il accorde au partage des charges et au transfert des responsabilités en matière de défense, mais cette issue est loin d’être garantie.

La Corée du Sud doit soigneusement peser les risques, y compris la possibilité de se retrouver sans soutien sécuritaire américain pendant plusieurs années au cours de la transition. Historiquement, Séoul a cherché à se doter d’armes nucléaires dans les années 1970, mais a abandonné son programme après que le gouvernement américain a clairement indiqué que la poursuite de ce projet entrainerait le retrait de sa garantie de sécurité.

Quelle serait la réaction des pays voisins si la Corée du Sud devenait une puissance nucléaire ?

Aucun des voisins de la Corée du Sud n’accueillerait favorablement une telle évolution. La Corée du Nord, en particulier, s’y opposerait fermement. Bien que cette dernière possède des armes nucléaires, ses capacités militaires conventionnelles restent nettement inférieures à celles de la Corée du Sud. Si Séoul venait à se doter de l’arme nucléaire, Pyongyang perdrait tout avantage stratégique perçu, ce qui aggraverait ses préoccupations en matière de sécurité.

Le Japon, pour sa part, serait alarmé et finirait par lui emboiter le pas. Bien que l’« allergie nucléaire » des Japonais — c’est-à-dire une profonde aversion de l’opinion publique pour les armes nucléaires — soit bien réelle, le pays pourrait avoir du mal à résister à l’envie de suivre l’exemple sud-coréen si Séoul venait à se doter de l’arme nucléaire, malgré la force de ce sentiment antinucléaire.

La position de la Chine est plus complexe. Si elle s’opposerait probablement à la nucléarisation de la Corée du Sud — surtout si cela devait inciter Tokyo à s’aligner sur cette dernière —, les sanctions chinoises contre Séoul seraient sans doute encore plus strictes que celles imposées en 2016 et 2017, qui avaient déjà été sévères. Cependant, il est également possible que Pékin considère une Corée du Sud nucléaire comme moins dépendante de Washington, ce qui pourrait être perçu comme bénéfique dans certains scénarios. Mais l’hypothèse dominante est que Pékin s’opposerait fermement aux ambitions nucléaires sud-coréennes.

Quel serait l’impact d’une nucléarisation de ces pays sur l’équilibre des forces régionales ?

Si la Corée du Sud, la Corée du Nord, le Japon et la Chine possédaient chacun des armes nucléaires, l’Asie du Nord-Est deviendrait l’une des régions du monde les plus fortement dotées en armes nucléaires. Certains analystes soutiennent que la dissuasion nucléaire mutuelle entre ces États pourrait stabiliser la sécurité régionale. Cependant, la nucléarisation est un processus risqué. Il est possible que la Corée du Nord et/ou la Chine prennent des mesures préventives afin d’empêcher la Corée du Sud et le Japon d’acquérir des armes nucléaires. Ce risque rend le chemin vers la nucléarisation régionale extrêmement semé d’embuches et instable, compliquant les effets stabilisateurs potentiels que la dissuasion mutuelle pourrait apporter.

Lami Kim

Rachele Luisari 

Thomas Delage

areion24.news

vendredi 21 août 2026

Le Conseil fédéral suisse demande un milliard d’euros de plus pour financer ses futures capacités de défense aérienne

 

Dans le programme d’armement 2026 dévoilé en mars dernier, le département suisse de la Défense, de la Protection de la population et des sports [DDPS] avait demandé 1,87 milliard de francs suisses [soit environ 2 milliards d’euros] pour acquérir différents systèmes de défense aérienne.

Cette enveloppe doit notamment financer l’achat de deux batteries IRIS-T SLM de moyenne portée supplémentaires auprès de l’allemand Diehl Defence pour un milliard de francs suisses [cinq unités ont déjà été commandées]. Il s’agit d’être en mesure de «couvrir une plus grande surface du territoire et de protéger davantage d’infrastructures critiques», avait expliqué le DDPS. En outre, l’objectif était aussi «d’augmenter le nombre de missiles disponibles afin d’améliorer la capacité à durer face aux menaces à distance», avait-il ajouté.

Pour la défense aérienne à courte portée, le programme d’armement prévoyait l’acquisition du système Oerlikon Skynex, développé par Rheinmetall Air Defence AG, pour 800 millions de francs suisses. Enfin, il était aussi question de consacrer 70 millions aux capacités de lutte antidrone [LAD].

Dans un autre domaine, pas si éloigné, le DDPS avait demandé 150 millions de francs suisses pour se procurer un «radar semi-stationnaire de moyenne portée» pour remplacer le système TAFLIR.

«Le crédit d’engagement demandé doit permettre une commande rapide des systèmes nécessaires, afin d’éviter une lacune capacitaire de longue durée après la mise hors service du TAFLIR», avait-il souligné.

Seulement, moins de six mois après, les crédits demandés pour lancer ces programmes d’acquisition se révèlent insuffisants. C’est en effet ce qu’a admis le gouvernement suisse [ou Conseil fédéral], via un communiqué diffusé le 19 août. Ainsi, il demande au Parlement de lui accorder une rallonge de 970 millions de francs suisses [soit 1 milliard d’euros] «afin de garantir les délais de livraison pour les acquisitions destinées à la défense aérienne conformément au message sur l’armée 2026».

Au regard du contexte sécuritaire, la demande en matière de moyens de défense aérienne a «fortement augmenté». Ce qui fait que les «capacités de production sont saturées pour plusieurs années» et que les «délais de livraison s’allongent», a d’abord relevé le Conseil fédéral. D’ailleurs, il ne le sait que trop bien avec les systèmes Patriot qu’il a commandés auprès des États-Unis… Reste que, a-t-il poursuivi, les industriels «exigent de plus en plus souvent des acomptes substantiels» et, sans ces derniers, des acquisitions urgentes pourraient être retardées de plusieurs années». D’où la rallonge budgétaire qu’il demande.

Dans le détail, il est question de verser des acomptes de 250 millions de francs suisses pour les systèmes Oerlikon Skynex, de 650 millions pour les batteries IRIS-T SLM, de 60 millions pour le radar de moyenne-portée et de 10 millions pour les capacités de lutte antidrone.

Ces «acomptes doivent permettre de garantir les livraisons dans les délais ainsi que la mise en place et l’entraînement des procédures d’engagement de la défense sol-air», a insisté le Conseil fédéral, après avoir souligné que «les actions hybrides et les attaques à distance constituaient les menaces les plus probables pour la Suisse».

opex360.com