Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

jeudi 10 septembre 2026

Les pays de l'OTAN auraient déjoué une opération secrète de sabotage russe

 

Au printemps 2026, les alliés de l'OTAN ont déjoué une opération secrète russe au large de Spitzberg, île de l'archipel norvégien du Svalbard, dans l'océan Arctique. Soupçonnés de tester une nouvelle technologie destinée au sabotage de câbles subaquatiques à fibre optique, plusieurs sous-marins russes ont été repérés puis interceptés conjointement par le Royaume-Uni, la Norvège et les Etats-Unis.

L'information a été révélée par deux responsables occidentaux à l'agence de presse Reuters. Selon eux, la Direction principale de la recherche sous-marine russe (GUGI) a déployé des submersibles de haute mer afin de simuler la destruction de ces câbles sous-marins.

Une telle attaque contre des infrastructures critiques pourrait avoir des conséquences désastreuses sur les réseaux Internet et financiers mondiaux. D'un diamètre à peine supérieur à celui d'un tuyau d'arrosage, ces câbles véhiculent pourtant une quantité phénoménale de données.

La Russie dément tout «plan agressif»

D'après les mêmes sources, les alliés occidentaux se sont interposés face aux navires russes, qui ont par la suite quitté la zone. «Grâce à notre opération conjointe, nous avons envoyé un signal clair à la Russie: elle ne peut pas agir dans l'ombre», a déclaré le ministre norvégien de la Défense, Tore Sandvik, dans un communiqué.

Même si la Russie n'a endommagé aucun câble, les craintes de voir le Kremlin intensifier ses actes de sabotage en Europe ne cessent de croître, alors que la guerre en Ukraine s'enlise. De son côté, Moscou assure régulièrement ne nourrir aucun «projet agressif» contre l'Europe.

Si les Etats-Unis ont apparemment pris part à l'opération visant à déjouer la manœuvre russe, l'administration Trump cherche constamment à maintenir le dialogue avec le Kremlin. Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s'est ainsi rendu à Moscou en août, afin de réduire les risques d'escalade.

Janine Enderli

blick.ch

Kim Jong Un aurait un autre enfant

 

La fille du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un aurait un frère ou une soeur plus jeune, a indiqué le renseignement sud-coréen qui suit de près la famille de la dynastie qui dirige le pays communiste depuis sa création en 1948.

«Le service national du renseignement estime actuellement que Kim Ju Ae est traitée en héritière et comprend qu'elle a un frère ou une soeur plus jeune», a indiqué l'agence dans un communiqué, citant le nom de la fille dont l'existence avait été révélée en 2022 et que Kim Jong Un met de plus en plus régulièrement en scène à ses côtés.

Enfant bien-aimée

Ces services de renseignements sud-coréens avaient précédemment estimé que Kim Jong Un avait vraisemblablement trois enfants, mais l'ordre de leurs naissances restait incertain. La famille Kim dirige la Corée du Nord d'une main de fer depuis des décennies. Un culte de la personnalité autour de sa «lignée du mont Paektu» imprègne la vie quotidienne dans ce pays isolé sur la scène diplomatique.

Le NIS a ajouté qu'il continuait de chercher à établir si Kim Ju Ae avait un frère aîné, mais estimait que, «même s'il existe, il n'est pas en position de devenir le successeur». Depuis 2022, Kim Ju Ae est apparue aux côtés du dirigeant nord-coréen lors de plusieurs événements politiques majeurs, notamment à l'occasion d'une visite très médiatisée à Pékin.

Les médias d'Etat nord-coréens l'ont également qualifiée d'«enfant bien-aimée» et de «grande personne appelée à guider» (hyangdo en coréen), une expression généralement réservée aux plus hauts dirigeants et à leurs successeurs. La succession à la tête de la Corée du Nord reste entourée du plus grand secret. Kim Jong Un avait lui-même succédé en 2011 à son père Kim Jong Il, perpétuant la dynastie fondée par son grand-père Kim Il Sung.

AFP

Le crime du journaliste tunisien Mohamed Yousfi: évoquer le drame de l’eau

 

La détention du rédacteur en chef d’Al-Katiba dont l’état de santé s’est brusquement dégradé ne soulève plus seulement la question de la liberté de la presse en Tunisie. Elle met à nu une mécanique inquiétante digne d’Ubu roi: l’usage d’accusations financières d’une extrême gravité attestées … par une publication Facebook. Son média est connu pour l’nvestigation sur des sujets sensibles. Au moment de son arrestation, le journaliste devait évoquer une étude consacrée aux dysfonctionnements structurels de la gestion de l’eau.

Il y a des dossiers qui jugent un suspect. Et il y a des dossiers qui finissent par juger un pays. Celui de Mohamed Yousfi appartient à  la seconde catégorie. Le journaliste tunisien, rédacteur en chef du média d’investigation Al-Katiba, a été arrêté alors qu’il devait intervenir à la radio sur l’une des urgences les plus concrètes du pays: la crise de l’eau. Le voici qui se retrouve désormais poursuivi pour « enrichissement illicite » et « blanchiment d’argent au sein d’un groupe organisé ».

La pièce la plus saisissante de la procédure n’est pas un relevé  bancaire, une expertise financière ou une opération suspecte, mais un document judiciaire qui décrit l’origine des soupçons : des allégations diffusées sur les réseaux sociaux.

Son crime? parler des pénuries d’eau 

La seule « preuve » est une publication attribuée à une journaliste, Hamami Saida, qui a été depuis supprimée par son auteure. Cette dernière explique qu’elle ne visait pas Mohamed Yousfi, interpellé le 4 septembre 2026 devant les studios d’Express FM, où il devait participer à une émission pour parler des pénuries d’eau. Autant dire de ssujets qui touchent directement au quotidien des Tunisiens et que le journalisme d’investigation a pour mission de documenter.  

Ce journaliste a éte  conduit à la troisième brigade centrale d’investigation sur les crimes financiers complexes. Selon les informations rendues publiques par le Syndicat national des journalistes tunisiens, l’interrogatoire a porté non seulement sur des publications en ligne, mais aussi sur son activité professionnelle et la ligne éditoriale d’Al-Katiba, la vraie raison de son interpellation.  

Accuser une personne de blanchiment d’argent en bande organisée suppose normalement une démonstration solide, des flux identifiés, des opérations documentées, des preuves vérifiables. Or le document judiciaire s’appuie sur des vagues rumeurs numériques, et rien d’autre   

Dans un paysage médiatique fragilisé, la menace d’une accusation financière plus efficace que la censure frontale. Elle salit, isole, intimide. Elle transforme l’investigation en risque personnel. Elle pousse les rédactions déja tétanisées à calculer le prix de chaque phrase, de chaque mot, de chaque virgule .

 “Rien dans ce dossier ne justifie le maintien en détention du journaliste d’investigation Mohamed Yousfi : l’accusation repose sur une publication qui ne le nomme même pas, et son interpellation intervient dans un contexte de campagne de dénigrement visant à le réduire au silence. RSF demande sa libération immédiate, le plein respect de ses droits de la défense et rappelle aux autorités tunisiennes leur obligation de garantir les conditions d’un exercice libre du journalisme. L’organisation s’inquiète en outre de l’état de santé du journaliste, qui aurait subi une intervention chirurgicale pendant sa détention et se trouverait actuellement alité à l’hôpital.”

L’ironie de l’Histoire   

Ce drame judiciaire est aussi marqué par une ironie politique saisissante. En 2017, Mohamed Yousfi recevait dans son émission « Houna Tounes » un juriste éloigné  des cercles traditionnels de pouvoir, un certain Kaîs Saîed. C’est sur ce plateau que l’intéressé annonçait son intention de se présenter à l’élection pre sidentielle. Le journaliste incarnait alors un espace de liberté où les voix marginales pouvaient être entendues.  Neuf ans plus tard, le journaliste qui avait offert cette tribune au futur Président alors très aimé du peuple se retrouve sous le coup d’une procédure ubuesque dans un contexte ou  les organisations professionnelles et internationales alertent sur le recul continu de la liberte  de la presse tunisienne (voir le document ci dessous).

Selon les informations communiquées par son comité de déense, les douleurs dont souffrait le journaliste se sont brutalement intensifiées au point qu’il criait de douleur. La priorité devait être de garantir une prise en charge médicale e et de respecter les garanties les plus élémentaires. Toute autre logique donne le sentiment d’un acharnement et qui plus est gratuit contre un homme seul armé de sa seule plume.  

Le cas Yousfi n’est pas seulement l’histoire d’un homme arrêté par un appareil sécuritaire musclé. C’est la démonstration qu’une justice dévoyée accepte d’ouvrir des dossiers financiers d’une gravité inédite sur la base d’éléments dérisoires.

Lorsque le grotesque se mêle à l’arbitraire.

Oussama Bouagila

mondafrique.com

Un rapport parlementaire dénonce des manquements lors de l’achat d’avions F-35A par la Suisse

 

En juin 2021, alors à la tête du département de la Défense, de la protection de la population et des sports [DDPS], Viola Amherd annonça que la Suisse allait commander trente-six chasseurs-bombardiers F-35A auprès de Lockheed Martin [via le gouvernement américain] pour 6 milliards de francs suisses, dans le cadre du programme Air 2030. Et cela aux dépens du Rafale de Dassault Aviation [pourtant donné vainqueur par certains titres de la presse romande], de l’EF2000/Typhoon du consortium Eurofighter et du F/A-18E/F Super Hornet de Boeing. Bien que vainqueur, avec le Gripen E/F, d’un précédent appel d’offres annulé par une votation en mai 2014, le suédois Saab n’avait pas jugé utile de participer à cette procédure.

Pour justifier cette décision, Mme Amherd expliqua que l’offre soumise par les autorités américaines, au nom de Lockheed Martin, était inférieure d’environ 2 milliards de francs suisses à celle arrivée en deuxième position, tant en termes de coûts d’achat que d’exploitation. En outre, elle fit valoir que, grâce à ses «capacités avancées», le F-35A n’aurait pas besoin de voler autant que ses concurrents [5 000 heures contre 6 480] et le recours à des simulateurs permettrait aux pilotes suisses de s’entraîner. Autant dire qu’un tel argument pouvait sembler curieux.

Pour enfoncer le clou, Mme Amherd assura que l’achat de ces trente-six F-35A se ferait à «prix fixe», conformément à un engagement qu’aurait pris le gouvernement américain. Ce qui était curieux étant donné que la version commandée, la Block 4, était encore en développement et que celle-ci exigerait un moteur plus puissant… devant être financé par les clients de Lockheed Martin.

En tout cas, l’affirmation de Mme Amherd fut très vite contestée par les journaux SonntagsBlick et SonntagsZeitung, ceux-ci ayant avancé que, en se basant sur les documents du Pentagone et de la Defense Security Cooperation Agency [DSCA, alors chargée des exportations d’équipements militaires américains, ndlr], il ne saurait être question de «prix fixe» mais «d’estimations fondées sur les meilleures données disponibles».

Le DDPS riposta dans la foulée en affirmant que « les prix et les conditions contractuelles [avaient été] fixés de manière contraignante» et que, «en cas de dépassement des coûts, le gouvernement américain exigerait donc du fabricant des prix fermes au nom de la Suisse».

Seulement, la suite a donné raison aux journaux de la presse alémanique. D’abord, un rapport du Contrôle fédéral des finances [CDF] fit observer que la «notion de prix fixe» mentionnée dans la lettre d’offre et d’acceptation [LOA] n’avait pas été «clairement définie».

Et pour cause : pour les États-Unis, la notion de «prix fixe» [«fixed price»] signifie qu’un client doit payer la même somme que celle consentie par le Pentagone pour ses propres achats. En clair, si le coût d’un F-35A augmente, la Suisse devra en tenir compte. Ce qu’elle a bien été obligée de faire puisque, l’an passé, pour rester dans l’enveloppe des 6 milliards de francs suisses, Martin Pfister, le successeur de Mme Amherd, a dû réduire la commande à trente appareils.

Mais cette affaire a pris une autre dimension après la publication d’un rapport par la commission de gestion du Conseil national [CdG-N]. Ce dernier est arrivé à la conclusion que «la Suisse avait certes négocié une clause relative au prix fixe, mais que celle-ci ne correspondait pas au prix fixe forfaitaire communiqué».

«La commission fonde son appréciation sur les contradictions dans le contrat, sur le rapport du CDF sur une prise de position des autorités américaines dans le cadre des négociations ainsi que sur la situation juridique aux États-Unis, qui prévoit qu’il ne peut y avoir ni bénéfice ni perte pour les États-Unis dans le cadre des affaires relevant du programme Foreign Military Sales [FMS]», poursuit le document.

Aussi, pour la CdG-N, le DDPS et le Conseil fédéral «n’auraient pas dû partir du principe qu’un prix fixe forfaitaire avait été convenu » car «non seulement ce prix n’était «pas applicable » mais il n’avait «pas non plus fait l’objet d’un accord contractuel, malgré une note qui laissait entendre qu’il s’agissant d’un prix fixe forfaitaire». Et d’ajouter qu’elle «ne parvient pas à comprendre pour quelle raison le département de la Défense a défendu ce prix avec une telle fermeté devant le Parlement».

En outre, le rapport est lourd de sous-entendus. «Plus les personnes impliquées étaient proches du dossier, plus on peut se demander dans quelle mesure cette ambiguïté n’a pas été acceptée en toute connaissance de cause », estime-t-il.

La CdG-N pointe également le déroulement des négociations contractuelles, l’Office suisse de l’armement [Armasuisse] ayant été, en quelque sorte, mis sur la touche.

«Le Secrétariat général du DDPS a fait appel à un cabinet d’avocats pour assister Armasuisse, ce qui a eu pour effet que le service juridique interne de l’office n’a, dans les faits, pas été impliqué dans la négociation du contrat. Ceci est en contradiction avec le mandat légal d’Armasuisse, en sa qualité de service central d’acquisition de la Confédération spécialisé dans le domaine de l’armement», dénonce-t-elle dans son rapport.

Qui plus est, la CdG-N reproche au Secrétariat général du DDPS et à Mme Amherd de n’avoir «pas suivi les négociations suffisamment étroitement». Et d’ajouter : Le DDPS «n’a par ailleurs pas été suffisamment informé des étapes clés des négociations, mais n’a pas non plus demandé à l’être».

La façon dont Armasuisse et le DDPS ont conduit les négociations « n’a pas été à la hauteur de l’importance du contrat sur les plans politique, financier et militaire », insiste la CdG-N, pour qui il a ainsi manqué la «forme la plus élémentaire de surveillance, à savoir le principe de double contrôle ».

Enfin, cette dernière a également constaté que certains documents «pertinents» n’avaient «pas été archivés conformément à la réglementation», ce qui a «considérablement compliqué» ses investigations.

En attendant, le DDPS n’est pas au bout de ses peines. Même après avoir réduit la commande de F-35A, l’enveloppe de 6 milliards de francs suisses sera encore insuffisante : le Conseil fédéral doit trouver près de 400 millions de plus pour financer l’achat des trente appareils.

opex360.com

Ô Canada ! Relations sous haute tension avec Washington

 

Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, les relations canado-américaines connaissent un niveau de tension inédit. Cette situation n’est pas le fruit du hasard : elle reflète une reconfiguration radicale de la politique étrangère américaine, telle que voulue et incarnée par l’administration Trump.

Les effets du virage abrupt qu’ont connu les relations entre Washington et Ottawa se sont immédiatement fait sentir au Canada. Sous le prétexte d’une entrée massive de fentanyl en provenance du pays vers les États-Unis — un argument non avéré —, l’administration Trump a imposé des tarifs punitifs sur les exportations canadiennes, frappant des secteurs économiques stratégiques et fragilisant la prospérité du pays.

Sur le plan de la sécurité et de la défense, les déclarations provocatrices de Trump sur l’annexion du Canada pour en faire le 51e État ont accentué l’incertitude et exposé la vulnérabilité du pays face à son puissant voisin.

Un peu plus d’un an après le retour de Trump au pouvoir, le Canada est contraint de faire face à une réalité brutale : cette administration américaine constitue la menace la plus directe et la plus immédiate, surpassant la Chine ou la Russie, car elle attaque de manière délibérée et persistante la sécurité et la prospérité du pays. Le Canada fait ainsi le deuil d’un paradis perdu et se voit forcé de redéfinir sa politique étrangère, non plus dans l’ombre d’un allié protecteur, mais dans un monde où il doit défendre activement ses intérêts.

Le paradis perdu

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’intégration nord-américaine avait permis de réduire l’asymétrie de puissance entre le Canada et les États-Unis et d’écarter la coercition comme instrument de politique bilatérale. La forte interdépendance économique, l’institutionnalisation des relations et les mécanismes d’arbitrage pour résoudre leurs différends, notamment via l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), devenu en 2020 l’Accord Canada – États-Unis – Mexique (ACEUM), ainsi que la coopération en matière de défense, incarnée par le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) et l’OTAN, avaient créé un climat de stabilité et de prospérité durable.

Cette harmonie présentait un trait remarquable : toute forme de représailles politiques ou économiques de la part des États-Unis envers le Canada était hautement improbable, tant les intérêts économiques et sécuritaires des deux pays étaient imbriqués. Recourir au chantage ou à la coercition aurait inévitablement pénalisé les deux partenaires. L’interdépendance agissait donc comme un verrou stabilisateur, garantissant prévisibilité et coopération dans les relations entre Ottawa et Washington.

Avec l’arrivée de l’administration Trump, cette harmonie a été brisée. Les certitudes sur lesquelles reposait la relation bilatérale ont été bouleversées, et le Canada se retrouve du jour au lendemain face à un voisin agressif qui n’hésite plus à recourir à la coercition pour faire avancer ses intérêts.

Le perturbateur en chef

Donald Trump ne cherche pas simplement à bousculer la relation : il veut la redéfinir en plaçant le Canada à sa merci. Là où régnait la coopération, il impose désormais la logique brute de la coercition. Lors du dernier Forum économique mondial de Davos, il s’est même permis de déclarer que le Canada n’existait que grâce aux États-Unis — une affirmation à la fois méprisante et révélatrice d’une vision purement hiérarchique des rapports internationaux. 

Les tarifs punitifs imposés au Canada, au Mexique et à d’autres partenaires illustrent une conception explicitement à somme nulle des relations internationales : chaque gain américain doit correspondre à une perte pour autrui. 

Washington a ainsi politisé l’accès au marché américain, conditionnant la levée des tarifs à des concessions canadiennes, telles que le renforcement de la surveillance frontalière et la lutte contre le trafic de fentanyl. Ce qui relevait auparavant du dialogue et de la coopération bilatérale devient désormais imposition sous menace économique : la négociation laisse place au chantage.

Et ce n’est pas tout. Les menaces d’asphyxie économique visant à transformer le Canada en 51e État, la volonté affichée de redessiner unilatéralement la frontière canado-américaine, ou encore l’obsession du président pour le Groenland, représentent des défis sans précédent pour la souveraineté et la stabilité du Canada (1). À tel point que les Forces armées canadiennes ont jugé nécessaire de modéliser un scénario d’invasion militaire par les États-Unis, une première en plus d’un siècle (2).

Parallèlement, le Financial Times révélait que des dirigeants sécessionnistes albertains du Alberta Prosperity Project avaient rencontré à quelques reprises des responsables du département d’État américain à Washington pour discuter des suites d’un éventuel référendum gagnant sur l’indépendance de l’Alberta, et pour obtenir une ligne de crédit destinée à financer la province en cas de sécession (3). Soyons clair : aucun référendum sur l’indépendance n’est prévu en Alberta et le soutien à cette cause reste très minoritaire. Mais le simple fait qu’un groupuscule sécessionniste ait pu entretenir autant de contact avec l’administration Trump illustre une fois de plus le mépris de cette administration pour la souveraineté canadienne.

Le « de-risking » de Mark Carney

Le Premier ministre canadien Mark Carney [depuis mars 2025] dirige le pays dans un contexte inédit, sous haute tension avec les États-Unis. Cette situation oblige Ottawa à rompre avec un réflexe profondément ancré depuis 1945 : s’aligner quasi automatiquement sur Washington. 

La priorité est désormais la réduction de la vulnérabilité structurelle du Canada face aux États-Unis. La stratégie adoptée, le de-risking (ou réduction des risques), vise à diminuer par tous les moyens possibles la vulnérabilité structurelle du Canada envers les États-Unis. L’objectif n’est pas de réaliser un découplage avec les États-Unis — une option irréaliste pour une puissance moyenne intégrée à l’économie nord-américaine —, mais l’élargissement des options stratégiques du pays.

Dans les faits, Ottawa multiplie les partenariats économiques, technologiques et militaires afin de diminuer le cout politique et économique des pressions américaines. Sur le plan économique, l’ambition est claire : doubler les exportations canadiennes vers les marchés hors États-Unis au cours de la prochaine décennie. L’enjeu est considérable, car pour le moment, plus de 70 % des exportations canadiennes sont destinées au marché américain, une dépendance qui constitue désormais un risque stratégique autant qu’économique.

Cette diversification passe également par une relance active de la diplomatie économique. Lorsque Mark Carney est devenu Premier ministre, les relations avec plusieurs puissances majeures, notamment la Chine et l’Inde, étaient largement paralysées par des tensions diplomatiques liées notamment aux accusations d’ingérence étrangère. Malgré ces différends, Ottawa a entrepris une réinitialisation des relations avec Pékin et New Delhi, afin de rouvrir des canaux de dialogue et d’explorer de nouvelles opportunités économiques. Si les résultats demeurent modestes pour l’instant, l’approche est résolument orientée vers le moyen et le long terme.

L’activisme diplomatique de Carney — 17 déplacements officiels dans 25 pays durant la première année de son mandat — n’est pas un choix politique, c’est une nécessité stratégique.

Le de-risking s’avère toutefois beaucoup plus complexe dans le domaine de la défense. Réduire la dépendance stratégique envers les États-Unis implique de développer une capacité d’action autonome, de diversifier les approvisionnements militaires tout en restant intégré au dispositif de défense nord-américain. C’est un véritable casse-tête. 

Pour ce faire, Ottawa a lancé une stratégie industrielle de défense visant à renforcer la souveraineté capacitaire du Canada, à accroitre l’approvisionnement domestique et à soutenir une base industrielle nationale. Alors qu’environ 75 % des contrats militaires canadiens profitent actuellement à des entreprises américaines, Ottawa souhaite inverser cette proportion afin que 70 % des contrats soient attribués à des entreprises canadiennes d’ici dix ans.

L’effort financier est tout aussi ambitieux : le Canada vise 5 % du PIB consacré à la défense d’ici 2035, soit près de 500 milliards de dollars canadiens sur une décennie. Le Canada est également devenu le premier pays non européen à adhérer au programme européen d’approvisionnement en défense « Agir pour la sécurité de l’Europe » (SAFE), permettant aux entreprises canadiennes de participer à des projets industriels communs avec leurs partenaires européens.

Si ces initiatives marquent un tournant, leur portée demeure relative. Le Canada reste en effet profondément intégré au système de défense nord-américain. Les acquisitions récentes impliquent des appareils faits pour être intégrés à l’architecture de défense continentale élaborée par Washington. Même la suspension annoncée en 2025 du contrat d’acquisition des F-35, en réponse aux menaces de l’administration Trump, peut être interprétée moins comme une volonté réelle de diversifier les capacités militaires du pays que comme une manœuvre destinée à accroitre le levier de négociation d’Ottawa en vue de la mise à jour de l’ACÉUM. Elle semble ainsi relever davantage d’une stratégie tactique que d’un choix stratégique visant à se doter d’une flotte mixte de chasseurs, par exemple le F-35 et le Gripen, afin de réduire la vulnérabilité canadienne face aux pressions américaines.


En définitive, le de-risking du Premier ministre Carney n’est pas un acte d’indépendance radicale, mais une adaptation prudente à une relation incertaine avec Washington. Le Canada cherche à dépendre moins des États-Unis sans pouvoir ni vouloir s’en détacher.

Le discours de Carney à Davos : réaliste ou illusoire ? 

Il est rare qu’un discours canadien résonne à l’échelle internationale. Pourtant, Mark Carney a réussi cet exploit lors du Forum économique mondial de Davos en janvier 2026. Son diagnostic était clair et sans détour : le monde n’est pas en transition, il est en rupture. L’ordre fondé sur les règles et le droit international cède le pas aux ambitions géopolitiques portées par les grandes puissances : les États-Unis, la Chine et la Russie, pour ne pas les nommer. Mais loin de céder au fatalisme, Carney refuse l’axiome de Thucydide selon lequel les puissances font ce qu’elles veulent et les faibles doivent en subir les conséquences.

Dans ce monde où la puissance prime sur le droit, Carney soutient que les alliés démocratiques des États-Unis, qu’il qualifie de « puissances moyennes », doivent agir collectivement pour défendre leurs intérêts et leurs valeurs. Son message est sans équivoque : si ces pays n’influencent pas les grandes décisions mondiales, ils seront foulés au pied. Comme le déclarait Carney à Davos, « si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu ».

Ce discours de Mark Carney traduisait clairement sa vision d’une stratégie canadienne conciliant pragmatisme et principes. Dans cette optique, il annonçait que le Canada privilégierait désormais des partenariats flexibles et à géométrie variable afin de défendre ses intérêts dans un environnement international devenu profondément imprévisible. La « doctrine Carney », comme certains l’ont qualifiée, repose ainsi sur une reconnaissance lucide des rapports de force contemporains, recentre l’action gouvernementale sur la résilience nationale et propose que le Canada contribue à l’émergence d’un contrepoids face aux puissances expansionnistes.

Il est probable que ce discours de Davos marque un tournant et devienne la référence pour évaluer et critiquer la politique étrangère de Mark Carney. Reste à savoir si le discours aura été réaliste ou illusoire. Servira-t-il à montrer la cohérence entre le discours et l’action du Canada, ou s’imposera-t-il comme une nouvelle illustration d’un Canada qui parle beaucoup mais agit peu ? La question reste entière.

L’intervention militaire américaine contre l’Iran, lancée le 28 février 2026 avec le concours d’Israël, fournit toutefois un premier cas d’étude. Face à cette attaque préventive et unilatérale, les puissances moyennes ont réagi de manière désordonnée et contradictoire. Le gouvernement canadien s’est dit favorable aux frappes, cautionnant ainsi l’opération préventive, tandis que l’Espagne s’y est vivement opposée, déclenchant des menaces de sanctions économiques de l’administration Trump. Quant à la France et au Royaume-Uni, ils ont adopté des positions ambiguës et louvoyantes. Contrairement à 2003, où la France, l’Allemagne et le Canada s’étaient unis contre l’invasion américaine de l’Irak, les puissances moyennes apparaissent aujourd’hui fragmentées et désorganisées, mettant déjà à l’épreuve le modèle souhaité par Mark Carney.

Plus préoccupant encore : en appuyant cette attaque préventive et unilatérale des États-Unis contre l’Iran, le Canada s’éloigne du droit international, qui constitue pourtant l’un des piliers de ses valeurs fondamentales. De toute évidence, l’équilibre entre pragmatisme et principes du modèle Carney est très précaire.

Notes

(1) Mélanie Marquis, « Donald Trump veut-il redessiner la frontière canado-américaine ? », La Presse, 7 mars 2025.

(2) Robert Fife et Gavin John, « Military models Canadian response to hypothetical American invasion », The Globe and Mail, 20 janvier 2026. 

(3) Ilya Gridneff et Myles McCormick, « Trump officials met group pushing Alberta independence from Canada », Financial Times, 29 janvier 2026.

Jonathan Paquin

areion24.news