Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

vendredi 22 mai 2026

Penser le renseignement : du ciblage au 21e siècle

 

« Aussi ancien que la guerre (1) » elle-même, le ciblage a connu des développements spectaculaires avec l’apparition de l’artillerie à longue portée puis de l’arme aérienne, les deux faisant montre depuis quelques décennies d’une très grande précision. Naturellement associé aux actions armées, le ciblage est aussi une fonction essentielle des services de sécurité et de renseignement. Ces derniers, chargés de détecter et d’entraver les menaces, travaillent par essence avec une minutie extrême, aussi bien afin de frapper que pour prendre des contacts clandestins ou recruter des sources humaines.

Les conflits en Ukraine et au Moyen – Orient ont offert des illustrations saisissantes d’opérations reposant sur des ciblages pertinents. L’explosion au Liban et en Syrie, les 17 et 18 septembre 2024, de milliers de bippers puis de talkies – walkies majoritairement utilisés par des membres du Hezbollah a été le résultat d’une remarquable opération clandestine.

Identifier, localiser, frapper

Envisagée dès 2015, étudiée à partir de 2022, elle avait été lancée en 2023 après la vaste attaque terroriste du Hamas du 7 octobre (2). Elle avait bénéficié de la décision de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, prise au cours de l’année, de renoncer aux téléphones portables (3), trop vulnérables. Les services de renseignements israéliens avaient alors été capables de prendre le contrôle de la fabrication des bippers, assemblés en Israël même, et avaient donc pu fournir à leur adversaire des matériels piégés. Une telle opération, inédite dans les annales de l’action secrète, n’a été permise que par l’association de toutes les compétences des services de renseignement israéliens. Succès opérationnel majeur, cette opération fut aussi une démonstration de force et un message adressé aux adversaires – ainsi qu’aux partenaires – d’Israël.

Une semaine après, une frappe aérienne massive parvenait à tuer Hassan Nasrallah et une partie de son état – major réunis dans un abri sous un immeuble de la capitale libanaise. Nouveau succès majeur, ce raid contre les dirigeants du principal bras armé de l’Iran fut une nouvelle démonstration des capacités des services israéliens, cette fois dans le domaine du renseignement humain. Il était en effet manifeste que la frappe n’avait pu être déclenchée que grâce à des éléments recueillis au plus près de la cible, comme l’indiqua un responsable libanais (4). Le quotidien britannique The Guardian releva le paradoxe de ces réussites opérationnelles, révélatrices d’une très grande technicité, alors qu’un an auparavant les attaques du 7 octobre avaient été la conséquence d’une faillite générale de ces mêmes services (5). Sans doute cette série de frappes contre le Hezbollah, en plus de leur intérêt stratégique, obéissait – elle à des impératifs politiques intérieurs, mais elles démontrèrent que les services israéliens étaient parvenus à un remarquable degré d’intégration de leurs différents moyens (« multi – domain integration »), encore plus patent à l’occasion de la « guerre de douze jours » (6).

Une technicité presque comparable fut démontrée par les services ukrainiens à l’occasion de l’opération « Spider web » menée dans la profondeur du territoire russe contre des bases aériennes, le 1er juin 2025. Mettant en œuvre des essaims de drones lancés depuis des poids-lourds dûment modifiés entrés en Russie depuis des semaines, cette opération d’un nouveau genre fut, elle aussi, le résultat d’une remarquable planification et d’une grande maîtrise de l’action clandestine (7). À défaut de cibler des responsables politiques russes, ce qui aurait eu des répercussions incontrôlables, Kiev choisit de s’en prendre à certains des appareils les plus précieux de l’armée de l’air russe. Là aussi, la qualité de l’exécution porta un message politique dépassant les pertes infligées.

Identifier, localiser, recruter ou neutraliser

À la fin des années 1980 et tout au long des années 1990, les conséquences de l’affaire du Rainbow Warrior pesèrent lourdement sur la vie opérationnelle de certains services français. En l’absence de guerre à mener, la France perdit progressivement le savoir – faire du ciblage opérationnel, qui ne survécut qu’à travers les actions de recrutement de sources humaines. Maintenue sous l’étouffoir par des autorités politiques méfiantes et encore tentées de recourir à des réseaux parallèles (8), la DGSE maintint péniblement une capacité minimale de ciblage, indispensable aux phases d’approche (9).

Elle prolongea également l’usage de la terminologie militaire dont elle était l’héritière, dont la fameuse expression « renseignement à fin d’action », en envisageant à la fin des années 1990 d’éliminer à Londres un imam radical proche du Groupe islamique armé (GIA) algérien (10). Ce projet, qui aurait inévitablement conduit à une crise majeure avec l’un des plus anciens alliés de Paris (11), requérait des renseignements d’une grande précision dont le service français ne disposait probablement pas. Il s’agissait plutôt d’une option que ses responsables voulaient pouvoir présenter aux autorités en sachant qu’elle ne se concrétiserait jamais.

Ce ciblage théorique de djihadistes devint concret après les attentats du 11 septembre 2001 et plus encore après l’engagement français en Afghanistan. Il prit d’importantes proportions à partir de 2010, lorsque Paris commença à accroître la pression sécuritaire sur les mouvements islamistes au Sahel. Les analystes du boulevard Mortier commencèrent alors à se plaindre de l’évolution de leurs missions, passées de l’évaluation de la menace terroriste à la neutralisation « industrielle (12) » de ceux qui l’incarnaient, selon une logique qui relevait de la contre – guérilla. Ce glissement fit redouter à certains une perte progressive de compétence analytique tandis que d’autres se félicitèrent du retour de l’action opérationnelle (13).

Au sein des services américains, cette nouvelle fonction, forcément exercée par un plus grand nombre d’agents qu’en France, était apparue quelques mois après l’invasion de l’Irak, au printemps 2003. Les analystes chargés du ciblage étaient appelés des cibleurs (« targeters ») et leur travail s’apparentait à celui de pisteurs (14).

Identifier, frapper, diviser

À l’heure des réseaux sociaux et de la numérisation du monde, le ciblage a pris d’autres dimensions. L’apparition du cyberespace comme nouveau théâtre d’opérations a fait émerger de nouveaux modes d’action, aux logiques classiques, mais aux raffinements tactiques accrus. Via Internet, tout est devenu une cible, et les opportunités de frappe se sont mécaniquement multipliées à l’infini (15).

Au ciblage militaire ou lié à une action clandestine (élimination, enlèvement, sabotage, etc.) s’est ajoutée la lutte informationnelle menée par des puissances autoritaires comme la Russie (16) ou la Chine. La propagande de masse, inventée au début du 20e siècle, a laissé la place à des manœuvres d’influence rendues plus précises grâce aux algorithmes. Le ciblage des vulnérabilités sociétales (17) des adversaires de Moscou ou de Pékin vise à les affaiblir, à délégitimer leurs gouvernants, au mieux pour réduire leurs capacités de nuisance, au pire pour préparer un conflit direct. Les frappes informationnelles complètent désormais les préparations d’artillerie et les raids aériens initiaux, quand elles ne les précèdent pas.

Ce ciblage, qui vise des catégories particulières de la population (18), fait appel à d’autres compétences que celles mises en œuvre par les pisteurs de la CIA ou de la DGSE. Il s’agit cependant de disposer du même degré de connaissance de l’objectif que lors de la traque d’un djihadiste ou d’un narcotrafiquant, et il faut toujours disposer d’un système performant de recueil et d’exploitation du renseignement.

Il offre cependant des perspectives profondément différentes. Sur le champ de bataille, le camouflage peut permettre de déjouer les attaques, tout comme la discipline dans le domaine des communications ou les systèmes de contre – mesures. On cherche encore, en revanche, les moyens ou les bonnes méthodes pour prévenir les frappes informationnelles ou pour gérer leurs conséquences. Au Sahel, malgré ses efforts, la France n’a pu empêcher les manœuvres russes cherchant à obtenir l’adhésion des populations, soumises à la menace djihadiste, incapables d’admettre la nature du phénomène et refusant de prendre la mesure de l’inefficacité de leurs propres États (19).

Il semble, en réalité, presque impossible de se prémunir contre le ciblage sociétal mené par des puissances hostiles. En France, l’ANSSI a commencé à attribuer publiquement des attaques cyber, dérogeant à une règle longtemps en vigueur (20), tandis que Viginum, autre émanation du SGDSN, tente de mener cette lutte informationnelle si déséquilibrée. Vulnérables par essence aux influences extérieures, les sociétés ouvertes des démocraties offrent une multitude de cibles aux acteurs hostiles (Russie, Chine, mais aussi Iran (21) ou Azerbaïdjan (22)) alors même que ceux-ci, régimes autoritaires, sont bien moins vulnérables aux discours politiques étrangers. Il s’agit donc pour les démocraties non pas tant d’empêcher les attaques informationnelles que de les rendre inopérantes par la mobilisation des consciences (23). La tâche, littéralement vitale, est colossale.

Notes

(1) Éric Gomez, « Focus 1. Le ciblage dans le domaine militaire », in Céline Marangé et Maud Quessard (dir.), Les guerres de l’information à l’ère numérique, PUF, Paris, 2021.

(2) Souad Mekhennet et Joby Warrick, « Mossad’s pager operation: Inside Israel’s penetration of Hezbollah », The Washington Post, 5 octobre 2024.

(3) « Hezbollah official: Exploded pagers were a new brand, replaced cellphones at Nasrallah’s order », The Times of Israel, 17 septembre 2024.

(4) Patricia Chaira, « Mort d’Hassan Nasrallah : comment une taupe iranienne a permis aux Israéliens d’éliminer le chef du Hezbollah », Le Parisien, 28 septembre 2024.

(5) Dan Sabbagh, « Deep intelligence penetration enabled Israel to kill Hassan Nasrallah », The Guardian, 30 septembre 2024.

(6) Bilal Y. Saab et Darren D. White, « Lessons Observed from the War Between Israel and Iran », War on the Rocks, 16 juillet 2025 (https://​warontherocks​.com/​2​0​2​5​/​0​7​/​l​e​s​s​o​n​s​-​o​b​s​e​r​v​e​d​-​f​r​o​m​-​t​h​e​-​w​a​r​-​b​e​t​w​e​e​n​-​i​s​r​a​e​l​-​a​n​d​-​i​ran).

(7) Mike Collett-White, Prasanta Kumar Dutta et Mariano Zafra, « How Ukraine pulled off an audacious attack deep inside Russia », Reuters, 4 juin 2024 (https://​www​.reuters​.com/​g​r​a​p​h​i​c​s​/​U​K​R​A​I​N​E​-​C​R​I​S​I​S​/​D​R​O​N​E​S​-​R​U​S​S​I​A​/​m​y​p​m​j​z​a​y​yvr).

(8) Claude Faure, Aux Services de la République : du BCRA à la DGSE, Fayard, Paris, 2004.

(9) François Waroux, James Bond n’existe pas. Mémoires d’un officier traitant, Mareuil Éditions, Paris, 2017.

(10) Patricia Tourancheau, « Un ancien agent de la DGSE en garde à vue », Libération, 20 octobre 2005.

(11) Laurent Lagneau, « La DGSE a-t-elle cherché à éliminer le prêcheur radical Abou Hamza à Londres ? », Zone Militaire, 25 novembre 2013 (https://​www​.opex360​.com/​2​0​1​3​/​1​1​/​2​5​/​l​a​-​d​g​s​e​-​a​-​t​-​e​l​l​e​-​c​h​e​r​c​h​e​-​a​-​e​l​i​m​i​n​e​r​-​l​e​-​p​r​e​c​h​e​u​r​-​r​a​d​i​c​a​l​-​a​b​o​u​-​h​a​m​z​a​-​a​-​l​o​n​d​res).

(12) Entretiens avec l’auteur.

(13) Le dilemme fut réglé en faisant émerger au sein de certaines unités des équipes d’analystes chevronnés chargés de prendre de la hauteur et de rédiger les notes destinées aux autorités.

(14) Nada Bakos et David Coburn, The Targeter. My Life in the CIA, Hunting Terrorists and Challenging the White House, Little, Brown and Company, New York, 2019.

(15) Stéphane Taillat, De la cybersécurité en Amérique. Puissance et vulnérabilités à l’ère numérique, PUF, Paris, 2024.

(16) « Trois ans d’offensive informationnelle russe : anatomie d’un front invisible », ministère des Armées, 28 juin 2025 (https://​www​.defense​.gouv​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​t​r​o​i​s​-​a​n​s​-​d​o​f​f​e​n​s​i​v​e​-​i​n​f​o​r​m​a​t​i​o​n​n​e​l​l​e​-​r​u​s​s​e​-​a​n​a​t​o​m​i​e​-​d​u​n​-​f​r​o​n​t​-​i​n​v​i​s​i​ble).

(17) Jila Varoquier et Damien Licata Caruso, « “L’idée c’est de faire du bruit” : des punaises de lit au faux sachet de cocaïne, sur la trace des rumeurs anti-France », Le Parisien, 21 mai 2025.

(18) Anne-Françoise Hivert, « La Russie “cartographie les points faibles et les lignes de fracture dans les pays cibles” », Le Monde, 5 juin 2024 ; Paul Charon et Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, « Les Opérations d’influence chinoises. Un moment machiavélien », Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), 2e édition, 5 octobre 2021 (https://​www​.irsem​.fr/​r​a​p​p​o​r​t​.​h​tml).

(19) Christophe Châtelot, « Au Sahel, Paris échoue à contrer la propagande russe », Le Monde, 18 mai 2022.

(20) Philippe Ricard et Martin Untersinger, « La France attribue pour la première fois officiellement des cyberattaques à la Russie », Le Monde, 29 avril 2025.

(21) Élisabeth Pierson, « Qui est Shahin Hazamy, relais d’influence du régime iranien en France, jugé ce mardi pour “apologie du terrorisme” ? », Le Figaro, 3 juillet 2025.

(22) Amaelle Guiton, « La France épingle les opérations d’influence de l’Azerbaïdjan auprès des indépendantistes des outre-mer », Libération, 2 décembre 2024.

(23) Michel Wieviorka, « Le thème de la guerre hybride est insuffisant pour mobiliser la société », Le Monde, 2 août 2025.

Roger Noël

areion24.news

L’Iran menace les câbles sous‑marins

 

Les menaces iraniennes contre les câbles sous-marins du détroit d’Ormuz rappellent une réalité souvent invisible : Internet repose sur des infrastructures physiques extrêmement vulnérables. Une coupure majeure pourrait perturber les communications mondiales, les marchés financiers et les équilibres géopolitiques. Le décryptage de Meredith Primrose Jones, Researcher, Oceania Cyber Security Centre, RMIT University, de l’excellent site The Conversation.

En début de semaine, des médias iraniens liés à l’État ont évoqué un projet visant à faire payer aux opérateurs de câbles Internet sous-marins un droit de passage dans le détroit d’Ormuz, au nom de ce que les autorités présentent comme les eaux offshore relevant de l’Iran.

Cette proposition intervient après des mises en garde iraniennes soulignant que plusieurs câbles stratégiques traversant le détroit constituaient un point de vulnérabilité majeur pour les économies du Moyen-Orient.

Les propos iraniens rappellent brutalement l’existence d’une infrastructure largement invisible : les plus de 500 câbles sous-marins qui acheminent plus de 95 % du trafic mondial de données et constituent l’épine dorsale d’Internet et de l’économie mondialisée.

Car derrière l’image d’un Internet immatériel « dans le cloud » se cache un réseau physique extrêmement stratégique, mais aussi vulnérable. Une fragilité qui s’impose désormais comme un sujet géopolitique majeur.

Golfes, détroits et câbles

Plusieurs des routes de câbles sous-marins les plus stratégiques au monde traversent le Moyen-Orient. Les passages étroits de la mer Rouge, du détroit de Bab el-Mandeb, du canal de Suez ou encore du détroit d’Ormuz sont devenus de véritables « points d’étranglement numériques ».

Ces corridors maritimes relient les grands centres économiques d’Europe, d’Asie et d’Afrique. En 2024, des incidents touchant des câbles sous-marins en mer Rouge ont perturbé environ 25 % du trafic Internet entre l’Europe et l’Asie.

L’importance stratégique des câbles sous-marins n’échappe pas à l’Iran. Une coupure accidentelle ou volontaire de ces infrastructures aurait des conséquences considérables.

Plus largement, le message est clair : les infrastructures numériques sont devenues à la fois des instruments de puissance géopolitique et des cibles potentielles.

Des infrastructures devenues stratégiques

Autrefois, les infrastructures critiques se résumaient surtout aux oléoducs, aux ports et aux réseaux électriques. Désormais, les infrastructures de données occupent une place tout aussi centrale pour la sécurité économique et nationale.

Le principal problème des câbles sous-marins tient à leur concentration. Beaucoup empruntent les mêmes routes au fond des mers et convergent vers un nombre très limité de passages maritimes stratégiques.

Cette concentration crée des points de vulnérabilité majeurs. Une coupure de câble volontaire ou accidentelle peut perturber simultanément les connexions de plusieurs régions du monde.

Or, si les ruptures de câbles ne sont pas rares, les réparations sont complexes, en particulier dans des zones contestées ou militarisées. Les navires chargés des réparations ont besoin d’un accès sécurisé, d’une coordination internationale et de délais parfois importants.

Fragmentation et rupture des connexions

Un incident majeur touchant les câbles sous-marins pourrait avoir des conséquences considérables. L’un des effets les plus immédiats serait une fragmentation de la connectivité mondiale. Cette capacité, aujourd’hui tenue pour acquise, de communiquer instantanément avec n’importe qui dans le monde pourrait être fortement remise en cause.

Les régions dépendant fortement de routes de câbles vulnérables pourraient subir des ralentissements massifs d’Internet, des coupures de communication ou encore des turbulences financières. Les pays disposant de peu d’infrastructures de secours notamment dans certaines parties de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud seraient particulièrement exposés.

Les marchés financiers sont eux aussi particulièrement vulnérables. Les systèmes de trading à haute fréquence, les réseaux mondiaux de paiement et les transactions bancaires internationales reposent sur des flux de données extrêmement rapides et fiables.

Même de brèves interruptions peuvent provoquer de fortes fluctuations des marchés, retarder des transactions et alimenter l’incertitude des investisseurs. Dans une économie mondiale profondément interconnectée, une instabilité numérique localisée peut rapidement produire des ondes de choc financières à l’échelle planétaire.

Et si des perturbations des câbles coïncidaient avec des tensions ou des conflits le long de routes maritimes stratégiques comme le détroit d’Ormuz ou le canal de Suez, les marchés de l’assurance, le secteur du transport maritime et les chaînes d’approvisionnement énergétiques seraient eux aussi confrontés à une incertitude accrue.

Le domaine militaire

Les conséquences militaires et stratégiques d’une coupure des câbles pourraient être plus graves encore. Les armées dépendent de communications sécurisées sur de longues distances et d’une coordination en temps réel.

Concrètement, tout repose sur ces infrastructures : systèmes de commandement, opérations de drones, planification logistique ou coordination entre alliés passent par les câbles sous-marins. Une dégradation de ces réseaux réduirait l’efficacité des forces armées, compliquerait la coopération militaire et augmenterait le risque d’erreurs de calcul.

Le sabotage de câbles constitue en outre une forme d’attaque particulièrement ambiguë. Contrairement à une frappe militaire classique, il est difficile d’en attribuer clairement la responsabilité — comme dans le cas des ruptures de câbles en mer Baltique souvent attribuées à la Russie. Le cadre juridique reste lui aussi flou.

Cette ambiguïté accroît le risque d’escalade : les États peuvent avoir du mal à déterminer si les perturbations relèvent d’un accident, d’un acte criminel ou d’une véritable attaque de guerre.

Le monde numérique repose sur des infrastructures bien réelles

Le conflit entre les États-Unis et l’Iran a déjà retardé la construction de nouveaux câbles sous-marins. Il rappelle aussi une réalité plus large : les fondations du monde numérique sont physiques, concrètes et loin d’être invulnérables.

Toute attaque délibérée ne constituerait pas un simple incident localisé. Les répercussions se feraient sentir sur les communications mondiales, l’économie et les systèmes de sécurité.

Les fonds marins sont devenus un nouvel espace de rivalité géopolitique et une perturbation majeure pourrait avoir des conséquences durables sur la stabilité mondiale.


theconversation.com

Vladimir Poutine rencontre à Pékin un Xi Jinping impérial

 

À peine cinq jours après Donald Trump, le président russe Vladimir Poutine a rencontré à Pékin mercredi 20 mai son homologue Xi Jinping pour y réaffirmer leur « coopération sans limites. » Une nouvelle visite qui a renforcé l’homme fort chinois dans son image de maître des horloges sur la scène mondiale, la Chine devenant de plus en plus le passage obligé des grands dirigeants de ce monde.

La Russie – en guerre contre l’Ukraine depuis plus de quatre ans – a nettement plus besoin de la Chine que l’inverse. Vladimir Poutine est venu à Pékin en vassal, sans parvenir à obtenir satisfaction sur son principal dossier qui est le lancement d’un nouveau gazoduc pharaonique, Power of Siberia 2, reliant les gisements de Sibérie à la deuxième puissance mondiale, pour compenser en partie les pertes des débouchés européens pour les hydrocarbures russes du fait des sanctions occidentales.

Le président russe était d’autre part, de l’avis de certains observateurs, à la recherche d’assurances chinoises, inquiet qu’il pourrait être d’un possible rapprochement entre la Chine et les États-Unis qui se ferait à ses dépens. Sur ce chapitre aussi, son hôte chinois ne lui aura peut-être pas donné toutes les assurances attendues.

Comme de coutume, le cérémonial d’une visite d’État était réglé au millimètre : le passage en revue de la garde d’honneur de l’armée chinoise en rangs serrés, des dizaines d’enfants sautillant d’une joie factice, agitant des drapeaux des deux pays à la vue des deux présidents sur l’immense place Tiananmen devant le perron du Grand Palais du Peuple au cœur de la capitale chinoise.

Dans le sillage de la première visite de Donald Trump depuis neuf ans, Xi Jinping a reçu au même endroit mercredi Vladimir Poutine pour un nouveau sommet qui, une fois de plus, place la Chine au centre du jeu face à une Russie affaiblie et isolée par la guerre en Ukraine et face aux États-Unis dont l’image est devenue exécrable sur la scène internationale.

Vladimir Poutine vient en moyenne une fois par an en Chine, celle-ci ayant été la 14e depuis 2013. Xi Jinping s’est de son côté rendu onze fois en Russie. Le président russe s’est entretenu plus de 40 fois avec Xi Jinping, les deux dirigeants se qualifiant de « meilleurs amis. »

Cette visite de deux jours, mardi 19 et mercredi 20 mai, avait cependant pour lui une importance particulière du fait de la venue préalable de Donald Trump et de la guerre en Iran dont il veut profiter pour rééquilibrer ses relations économiques avec Pékin. La Chine et, dans une moindre mesure la Russie, sont les deux seules puissances au monde à entretenir des liens directs et relativement étroits avec Téhéran et à avoir une diplomatie globalement alignée.

« Nous avons su approfondir sans cesse la confiance politique mutuelle et la coordination stratégique avec une persévérance inébranlable qui a résisté à mille épreuves, » a déclaré Xi Jinping, selon l’agence de presse d’État Xinhua. M. Poutine a quant à lui parlé mais sans convaincre de relations à un « niveau sans précédent, » en particulier dans le domaine économique.

Pas de résultat probant pour le mégaprojet de gazoduc Power Siberia 2

Le président russe est en effet reparti pour Moscou sans accord avec la Chine sur ce projet phare de gazoduc stratégique censé relier les plus grosses réserves de gaz naturel de Russie aux zones côtières de Chine. Un porte-parole du Kremlin a salué mercredi des « progrès » dans les discussions avec Xi Jinping mais, a-t-il souligné, « il reste à s’entendre sur certains détails. »

Si les deux pays ont partagé « une compréhension des principaux paramètres » du projet, notamment concernant le tracé du gazoduc et la façon dont il sera construit, aucun « délai de mise en œuvre » n’a été évoqué, a précisé ce porte-parole, Dmitri Peskov. Ce projet n’est d’ailleurs pas mentionné dans la longue liste d’accords bilatéraux publiés sur le site internet du Kremlin à l’issue de la rencontre entre Vladimir Poutine et Xi Jinping.

Seule vraie chance de compenser en partie les volumes d’exportations perdus vers l’Europe, ce gazoduc est particulièrement important pour la Russie. Selon les estimations, il permettrait de transporter quelque 50 milliards de mètres cubes de gaz par an, soit environ la capacité de Nord Stream 1, le premier des deux gazoducs qui reliaient la Russie et l’Allemagne, ce qui permettrait de doubler ses exportations de gaz vers la Chine. Pékin s’est jusqu’à présent montré hésitant à concrétiser ce projet, dont la capacité représenterait environ 12% de sa consommation de gaz. Sur le papier, cette liaison terrestre lui permettrait de sécuriser davantage ses approvisionnements.

Un protocole d’accord a été signé en septembre dernier, mais des désaccords persistaient ces dernières semaines, notamment sur la question du prix. L’an passé, Gazprom avait indiqué que le gaz serait vendu moins cher que le tarif pratiqué avec les clients européens. De plus, Pékin entend garder de la flexibilité et rechigne à s’engager à acheter des volumes fixes sur une longue période, comme le souhaite la Russie.

La Chine prend soin de diversifier ses sources d’approvisionnement, afin de ne pas être trop dépendante d’un seul fournisseur. En outre, le gaz ne représente que 10% de sa consommation énergétique, de plus en plus orientée vers l’électricité mais encore largement tournée vers le charbon et le pétrole.

L’arme énergétique permettrait à la Russie de rééquilibrer en partie un rapport de force toujours plus défavorable face à la Chine, à mesure que son économie est aspirée dans l’orbite chinoise. Si le commerce bilatéral s’est envolé depuis 2022 pour atteindre un record de 228 milliards de dollars en 2025, le marché russe reste marginal pour les entreprises chinoises, pesant moins de 5 % de ses exportations, loin derrière l’Asie du Sud-Est, l’Europe ou les États-Unis.

Xi et Poutine d’accord pour critiquer les États-Unis

De façon plus générale, les deux présidents ont, sans surprise, réaffirmé dans une déclaration leur vision partagée d’un monde « multipolaire » et appelé à « un nouveau type de relations internationales. » « Les tendances néocoloniales négatives telles que les approches unilatérales coercitives, l’hégémonisme et la confrontation entre blocs sont en hausse, » peut-on lire dans ce document, le pays visé bien que non mentionné étant les États-Unis.

Dans une critique de la guerre en Iran initiée conjointement par les États-Unis et Israël et face aux menaces répétées par Donald Trump de reprendre les attaques contre l’Iran, Xi Jinping a déclaré devant son hôte qu’il était « impératif de parvenir sans délai à un cessez-le-feu global, et qu’il est encore plus inacceptable de raviver les hostilités. »

La déclaration conjointe mentionne « la crise en Ukraine, » Xi Jinping et Vladimir Poutine s’accordant sur la nécessité de s’attaquer aux « causes profondes » du conflit. Elle souligne également que la Russie apprécie la « position impartiale » de la Chine.

Selon le Financial Times, Xi Jinping aurait déclaré à Trump lors de leur sommet que Poutine pourrait finir par regretter l’invasion. Pékin n’a jamais condamné « l’opération spéciale » russe en Ukraine, les experts occidentaux s’accordant pour estimer que la Chine accorde une aide directe et indirecte à la Russie sans laquelle il lui serait difficile sinon impossible de la poursuivre.

Bien que le pays dispose de vastes réserves de pétrole, la guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz ont tout de même fait grimper les prix à la pompe et alourdit les coûts industriels de la deuxième économie mondiale, qui achète environ 80 % des exportations de pétrole iraniennes.

Moscou a profité de la crise en Iran et de la fermeture du détroit d’Ormuz pour augmenter ses exportations de brut vers son voisin. Selon Moscou, les livraisons de pétrole russe à la Chine ont augmenté de 35 % au premier trimestre, tandis que le commerce bilatéral total a dépassé les 200 milliards de dollars par an au cours des trois dernières années.


Les dernières statistiques du Centre de Recherche sur l’Énergie et l’Air propre (CREA en anglais) font certes apparaître une progression des exportations de combustibles fossiles de la Russie depuis le début du conflit en Iran, mais en réalité plutôt modeste en raison des frappes de drones ukrainiens qui ont visé les infrastructures russes.

C’est ainsi qu’en avril 2026, ces recettes ont augmenté de 4 % par rapport à mars, atteignant 733 millions d’euros par jour — le niveau le plus élevé depuis deux ans et demi. Cette croissance s’est produite malgré une baisse de 7 % des volumes d’exportation. Les recettes d’exportation de pétrole brut russe ont été freinées en avril, reculant de 9 % par rapport au mois précédent.

L’alignement sino-russe est là pour durer

Pour Claus Soong, analyste à l’Institut Mercator pour les études chinoises (MERICS), les déclarations sino-russes pendant cette visite permettent de penser que « l’alignement sino-russe ne sera pas affecté par le rapprochement [encore théorique] de la Chine avec les États-Unis. »

« Bien que Pékin et Moscou ne soient pas des alliés officiels, ils sont devenus plus importants l’un pour l’autre sur les plans stratégique et politique, en tant que sources de soutien et de levier dans leurs relations avec l’Occident, » a-t-il ajouté, cité mercredi par le quotidien japonais Nikkei Asia.

Pour le journaliste et analyste de la Chine américain d’origine chinoise Howard Zhang, la visite de Vladimir Poutine à Pékin a cependant pleinement donné la mesure de la dépendance croissante de la Russie à l’égard de la Chine qui est de facto devenue son suzerain.

« La conclusion principale est la suivante : les deux capitales décrivent le même partenariat, mais dans des registres si différents qu’elles racontent presque des histoires différentes. Pékin donne l’impression d’une institution chevronnée gérant les affaires avec sang-froid. Moscou donne l’impression d’un partenaire qui a besoin que cette rencontre aboutisse à des résultats, » explique-t-il dans sa dernière lettre d’information.

« Il existe un vieux principe chinois que tout observateur sérieux de la Chine finit par noter sur une fiche et garder à un endroit visible « 聽其言,觀其行, » soit « Écoutez ce qu’ils disent. Observez ce qu’ils font, » explique ce même expert.

Côté russe, les communiqués du Kremlin, des agences TASS, Novosti et d’autres médias officiels russes soulignent des « attentes très sérieuses, » un « niveau sans précédent, » côté chinois, le registre change sensiblement puisque l’agence Xinhua, la chaîne de télévision chinoise CCTV, le quotidien Global Times et les communiqués du ministère des Affaires étrangères chinois évoquent plus sobrement la « stabilité, » « l’énergie positive, » « une coordination stratégique de meilleure qualité, » « un rôle constructif dans les affaires internationales. »

De même, le protocole à l’aéroport faisait passer le même message par la cérémonie plutôt que par les mots. À l’arrivée de Trump, Pékin a déployé un accueil de plus haut niveau puisqu’il a été accueilli par le vice-président Han Zheng tandis que Vladimir Poutine a été accueilli par le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, certes membre du Politburo et ministre des Affaires étrangères mais d’un rang protocolaire inférieur.

« Dans la grammaire méticuleuse du protocole d’État chinois, cette distinction n’est jamais fortuite. Pékin communiquait un message aux deux capitales avant même que Xi n’ait prononcé un mot : le partenariat avec la Russie est apprécié, mais il n’est pas équivalent » à celui avec les États-Unis, relève Howard Zhang.

De plus, le commerce bilatéral sino-russe qui s’élevait à 1 630 milliards de yuans (240 milliards de dollars) en 2025 a affiché une baisse de 6,5 % par rapport au record atteint en 2024, ce qui constitue la première baisse annuelle en cinq ans.


La Russie plus que jamais vassale de la Chine

« La Russie [avait] besoin que cette visite porte ses fruits, contrairement à la Chine. Pékin peut se permettre d’être patiente ; Moscou, qui soutient une économie de guerre sous le poids de sanctions prolongées, ne le peut pas, » explique-t-il encore.

Reste toutefois que Pékin et Moscou conservent une stratégie géopolitique commune bâtie sur leur détestation partagée de l’Occident qui constitue le socle de leur alliance de circonstance.

Ils « construisent de manière cohérente depuis au moins 2022 un projet spécifique : un monde dans lequel les institutions dirigées par l’Occident ne fixent plus les règles dominantes, et dans lequel la Chine et la Russie peuvent exercer leur autorité au sein de leurs sphères revendiquées sans avoir à rendre de comptes à l’extérieur, » insiste encore ce sinologue.

Si les relations économiques se sont considérablement renforcées entre la Chine et la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine le 22 février 2022, les importations russes n’ont représenté qu’environ 5 % des importations de la Chine en 2025, selon les douanes chinoises.

A l’inverse, la Chine a représenté plus du tiers des importations et plus du quart des exportations de la Russie en 2025, selon l’agence russe TASS. La Chine était aussi, fin 2025, le principal acheteur de pétrole brut et de charbon russes et le deuxième de gaz acheminé par pipeline, selon le Centre pour la recherche sur l’énergie et la propreté de l’air (CREA).

La visite de Vladimir Poutine à Pékin était programmée de longue date et n’a donc pas de lien direct avec celle de Donald Trump. L’occasion du sommet Xi-Poutine était le 30e anniversaire d’un « partenariat de coordination stratégique » et le 25e anniversaire d’un traité de bon voisinage que les deux hommes ont convenu de prolonger.

Le président russe a invité son homologue en Russie l’an prochain et a confirmé sa présence au sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) en novembre prochain en Chine.

Le 4 février 2022, venu pour assister à l’ouverture à Pékin des Jeux olympiques d’hiver, Vladimir Poutine avait rencontré Xi Jinping pendant plusieurs heures à l’issue desquelles les deux dirigeants avaient pour la première fois annoncé une « coopération sans limites » entre la Chine et la Russie.

Le 4 juillet 2025, le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi avait fait preuve d’une sincérité inattendue lorsqu’il avait déclaré lors d’un entretien à Bruxelles avec Kaja Kallas, la responsable de la diplomatie de l’Union européenne, que « la Chine ne peut pas permettre un échec de la Russie en Ukraine. » Pékin livre notamment à la Russie des matériels électroniques à utilisation duale, c’est-à-dire également militaire, tels que des semiconducteurs et des composants pour la fabrication de drones qui se révèlent d’une utilité critique dans la guerre russo-ukrainienne.

Selon Reuters, la Chine aurait d’autre part formé plus de 200 militaires russes l’an passé, dont certains sont depuis déployés sur le front ukrainien, affirme l’agence qui cite des services de renseignements européens. Le quotidien allemand Die Welt confirme ces informations, précisant que selon des services de renseignement européens, plusieurs centaines de soldats russes ont participé fin 2025, sur six sites militaires différents en Chine, à des programmes de formation de l’Armée populaire de libération.

Les visites de Trump et Poutine, tout bénéfice pour Xi Jinping

Ceux-ci portaient sur « l’emploi de systèmes sans pilote, les contre-mesures électroniques contre les drones ainsi que des simulations de combat modernes, » poursuit le journal. Les participants étaient de différents grades et de différentes générations. Certains étaient membres de l’unité d’élite russe Rubicon spécialisée dans les drones. A l’issue de la formation, des dizaines d’entre eux ont participé début 2026 à des combats en Ukraine, dont certains à des postes de commandement, d’après Die Welt.

« Tout ce qui met la Russie en position de poursuivre cette guerre d’agression contre l’Ukraine constitue une menace pour la sécurité européenne, pour notre sécurité en Allemagne, » a commenté un porte-parole du ministère allemand des affaires étrangères, qui s’est cependant gardé de confirmer ou d’infirmer les révélations de Die Welt.

Ajoutée à une visite plutôt ratée de Donald Trump qui s’est achevée vendredi dernier et où il est clairement apparu en situation de faiblesse face à un Xi Jinping impérial, celle de Vladimir Poutine a montré, elle, une dépendance de plus en plus aiguë de la Russie à l’égard de la Chine.

Alexander Gabuev, directeur du Carnegie Russia Eurasia Center à Berlin, a résumé cet état de fait dans les colonnes du Financial Times le 19 mai : « La Russie se trouve dans une situation désespérée, à la recherche de nouvelles sources de revenus. »

Xi Jinping a tout lieu de se féliciter de ces deux visites d’où émerge encore un peu plus, par effet de miroir, l’image obsédante d’une Chine de plus en plus puissante qui aura désormais les coudées encore plus franches pour se présenter en « pays pôle de stabilité et faiseur de paix » dans un monde de plus en plus proche du chaos.

Pierre-Antoine Donnet

asialyst.com

Le palais de l'Elysée a été perquisitionné

 

Après une première tentative infructueuse mi-avril, une perquisition a été menée jeudi au palais de l'Elysée dans le cadre des investigations sur l'attribution des cérémonies d'entrée au Panthéon, une première depuis l'affaire Benalla en 2018.

«Des opérations de perquisitions ont eu lieu le 21 mai dans des locaux de l'Elysée, dans le cadre de l'information judiciaire visant notamment les conditions d'attribution de certains marchés publics relatifs à l'organisation de cérémonies de panthéonisation par le Centre des monuments nationaux (CMN)», a expliqué le Parquet national financier (PNF) à l'AFP, confirmant une information du Monde. «Ces opérations ont été précédées d'échanges institutionnels afin d'en permettre le déroulement», a-t-il précisé.

Interrogé par l'AFP, l'Elysée s'est refusé à tout commentaire.

Conditions d'attribution de marchés publics

Le 14 avril, les enquêteurs et magistrats du PNF n'avaient pas été autorisés à accéder au palais présidentiel lors de leur première tentative de perquisition.

Ils s'étaient vu opposer «une analyse selon laquelle l'article 67 de la Constitution emporterait l'inviolabilité des locaux rattachés à la présidence de la République», avait expliqué le procureur de la République financier, Pascal Prache, dans un communiqué.

Selon l'article 67 de la Constitution, le président de la République n'est, en règle générale, pas responsable des actes accomplis en cette qualité. Il ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner ni faire l'objet d'une action, d'un acte d'information, d'instruction ou de poursuite.

Le 14 avril, il avait été indiqué aux enquêteurs que «les documents des agents de l'Élysée, détachables de l'activité du chef de l'Etat, et ainsi communicables, leur seraient transmis sur demande», selon M. Prache.

La perquisition a été menée dans le cadre d'une information judiciaire ouverte en octobre 2025 pour «favoritisme, prise illégale d'intérêt, corruption et trafic d'influence». Au coeur des investigations, les conditions d'attribution de certains marchés publics relatifs à l'organisation de cérémonies de panthéonisation.

«2 millions d'euros»

Selon «Le Canard Enchaîné», qui a révélé l'affaire, les enquêteurs s'interrogent sur le choix de la société Shortcut Events pour organiser ces cérémonies d'entrée au Panthéon des femmes et hommes illustres pendant 22 ans, jusqu'à l'hommage à Missak Manouchian en 2024. Chaque panthéonisation a été facturée à l'Etat «autour de 2 millions d'euros», assure l'hebdomadaire satirique.

Shortcut Events est également derrière l'organisation de plusieurs événements, comme le 80e anniversaire du Débarquement à Omaha Beach, en Normandie, en juin 2024.

«Chargée d'organiser des cérémonies de panthéonisation dès 2002, la société Shortcut Events a pleinement profité de la multiplication des hommages nationaux sous la présidence d'Emmanuel Macron en remportant systématiquement les appels d'offres», écrivait le journal Le Monde le 14 avril. Le CMN a attribué, en 2025, la cérémonie d'entrée de Robert Badinter au Panthéon d'une valeur de 2,4 millions d'euros selon Le Monde à une autre agence, Auditoire, mettant ainsi fin à la série de marchés remportés par Shortcut Events.

Le procureur financier avait fait état le 14 avril d'"opérations de perquisition visant divers lieux, dont des services de la présidence de la République ainsi que des domiciles», sans davantage de détails.

Les investigations sont confiées à la Brigade financière et anticorruption de la police judiciaire parisienne. En amont de l'information judiciaire, le PNF avait diligenté une enquête préliminaire en décembre 2023.

La dernière perquisition à l'Elysée remontait au 25 juillet 2018, dans l'affaire Benalla, sous le premier mandat d'Emmanuel Macron. Alexandre Benalla, un collaborateur du chef de l'Etat, venait alors d'être mis en examen pour des violences commises à la fin d'une manifestation le 1er mai. Il a depuis été condamné à un an de prison ferme.

AFP

Un plan israélo-américain visait à Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir, selon une enquête du «New York Times»

 

Remplacer l'actuel président iranien par un ancien. Voici la véritable intention des Etats-Unis et d'Israël lorsqu'ils ont frappé l'Iran le 28 février dernier, d'après les conclusions d'une enquête du «New York Times». Et la personne qu'ils avaient en tête n'est pas n'importe qui: il s'agirait de l'ancien président, Mahmoud Ahmadinejad. L'Iranien aurait même été consulté. 

Un choix qui semble particulièrement déroutant, compte tenu de ses positions anti-israéliennes et anti-américaines incendiaires. Le dirigeant iranien s'est illustré par ses discours virulents à répétition contre le sionisme, qualifiant fréquemment Israël de «honte pour l'humanité» et appelant à sa dissolution.

Son monologue d'une demi heure, qui s'attaquait à l'essence d'Israël et à ses actions «racistes», a même provoqué un tollé à l'ONU en 2009, et plus largement dans le monde diplomatique. A noter qu'à la tête de la République islamique (2005-2013), Mahmoud Ahmadinejad a accéléré le programme iranien d'enrichissement de l'uranium, combattu avec ferveur par les USA et Israël. 

Une coupure avec Téhéran

Malgré tout, les deux puissances alliées ont décidé de miser sur lui. En effet, Mahmoud Ahmadinejad incarnait une sorte d'espoir, au vu de sa rupture récente avec Téhéran. Il a multiplié les critiques contre le régime, l'accusant notamment de corruption. Résultat: il a été écarté de plusieurs élections présidentielles, et placé sous étroite surveillance, étant assigné à résidence. 

A noter aussi que son étrange silence depuis la Guerre des douze jours en été 2025 et ses compliments à Donald Trump dans une lettre ouverte ont alimenté les spéculations sur un potentiel retour sur la scène politique. L'ex-dirigeant combatif a-t-il délibérément joué la carte de la discrétion pour se rapprocher secrètement des Etats-Unis? 

Un plan qui a échoué

Dans tous les cas, la stratégie israélo-américaine ne se serait pas déroulée comme prévu, relève le NYT. Tout d'abord, les deux alliés pensaient gagner cette guerre rapidement, sous-estimant la réaction iranienne. Le média américain estime aussi que le choix de Mahmoud Ahmadinejad était contesté par plusieurs conseillers politiques de l'administration Trump. 

Par ailleurs, Mahmoud Ahmadinejad aurait été grièvement blessé à la suite d'un raid israélien qui a frappé son domicile, selon le NYT. Une démarche visant à lui permettre d'échapper à son assignation à résidence. Mais depuis, le dirigeant conservateur semble avoir disparu des radars. Et avec lui, ses ambitions de pouvoir. Son état de santé reste néanmoins flou: sa mort avait d'abord été annoncée, avant d'être démentie.

Interrogé par le «New York Times», le Mossad n'a pas souhaité s'exprimer. 

Olalla Piñeiro Trigo

blick.ch