Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

jeudi 22 octobre 2026

Le Pentagone développerait de nouvelles capacités en matière d’espionnage clandestin et de sabotage

 

Selon Politico, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, et son secrétaire adjoint Steve Feinberg, ont rapidement mis en place de nouvelles initiatives en toute discrétion, en procédant principalement à la réorganisation de deux programmes de renseignement clandestins déjà existants. Ces projets seraient pilotés par Feinberg, qui bénéficie des conseils de Tom Rakusan, un ancien haut responsable de la branche chargée des opérations clandestines de la CIA.

Selon le Washington Post, un nouveau programme consacré aux agents opérant sous une couverture non officielle, appelés “nonofficial cover officers” (NOC), se trouve encore au stade de la planification. Ces agents américains opéreraient sous une fausse identité, sans lien apparent avec le gouvernement, par exemple en se faisant passer pour des hommes d’affaires ou des employés du secteur privé. Leur mission consisterait à recueillir des informations économiques et technologiques sur des concurrents tels que la Chine.

Parallèlement, Politico rapporte que le Pentagone a discrètement créé, dès le mois d’avril, une nouvelle structure baptisée “Technology Support Office” (TSO). Cette unité aurait pour mission de perturber les programmes technologiques étrangers susceptibles de menacer la supériorité militaire américaine. Selon des sources proches du dossier, ces opérations pourraient prendre la forme de sabotages de chaînes d’approvisionnement, de campagnes de désinformation ou encore de manipulations clandestines de composants destinés à être intégrés dans des systèmes d’armement étrangers.

Des services américains peu enthousiastes

Les deux médias soulignent que ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie plus large dans l’approche américaine en matière de sécurité, qui accorde une importance croissante à la concurrence économique et technologique. Au cours des derniers mois, l’administration Trump a largement misé sur les moyens de pression économiques, les restrictions à l’exportation et les investissements dans les matières premières stratégiques et les technologies.

Le Washington Post avance également que le Pentagone souhaite aussi renforcer ses propres capacités en matière de renseignement humain. Cette ambition est notable, car ce type d’opérations relève traditionnellement de la CIA. Le journal rapporte que certains anciens responsables de l’agence craignent que le Pentagone ne cherche ainsi à mettre en place un service de renseignement parallèle.

Politico pour sa part signale que la création du TSO a également suscité des résistances au sein d’autres services de sécurité américains, notamment le Cyber Command et le Special Operations Command, qui redoutent de perdre des prérogatives et des ressources budgétaires.

Les deux médias soulèvent également des interrogations concernant le contrôle démocratique de ces initiatives. Selon leurs sources, seuls des groupes restreints de membres du Congrès ont été informés des projets. Les critiques mettent en garde contre le risque que le secret entourant ces opérations ne rende plus difficile le contrôle de leur mise en œuvre et d’éventuels conflits d’intérêts.

Le Pentagone conteste ces révélations. Son porte-parole, Jacob Bliss, a répondu au Washington Post et à Politico que les initiatives décrites étaient “tout simplement fausses” et que les sources des journalistes leur transmettaient des informations erronées. “La personne qui vous avance ces affirmations est soit mal informée, soit cherche délibérément à vous induire en erreur pour vous vendre ses fantasmes”, a affirmé Bliss.

Luka Geets

7sur7.be

Allemagne : arrestation d'un Ukrainien soupçonné d'espionnage pour la Russie

 

Désigné sous le nom de Vadym Y., celui-ci "était en contact, par l'intermédiaire d'un tiers, avec un service de renseignement russe", et ce au plus tard depuis juillet 2025, a indiqué le parquet allemand dans un communiqué.

Il s'agissait notamment de "renseignements sur la production de véhicules blindés, de munitions et d'explosifs, ainsi que sur le personnel et les installations militaires situés sur des sites destinés à la sécurisation du flanc Est de l'Otan", a détaillé cette source.

Parmi les informations transmises, certaines étaient en libre accès. D'autres provenaient de personnes issues du secteur européen de l'armement que le suspect a "ciblées et sollicitées", selon le communiqué.

L'agent présumé a été arrêté dans le Brandebourg, près de Berlin, et sera présenté vendredi au juge d'instruction.

Ces agissements ont eu lieu "dans le cadre de la guerre entre la Fédération de Russie et l'Ukraine", a expliqué le parquet.

Un autre Ukrainien avait été arrêté cet été en Allemagne, suspecté d'avoir espionné une entreprise d'armement en Bavière à des fins de sabotage pour le compte d'un service de renseignement étranger.

Berlin soutient activement Kiev depuis le début de l'invasion russe en 2022 et le chancelier allemand Friedrich Merz a milité la semaine dernière en faveur de l'augmentation des financements européens à l'Ukraine dans son budget de 2027.

Martin Jäger, chef du service de renseignement extérieur allemand BND, a déclaré aux parlementaires ce mois-ci que la "guerre de l'ombre" non déclarée menée par la Russie contre l'Allemagne et ses alliés s'intensifiait davantage et avait "pris un caractère nouveau, plus dangereux".

dhnet.be

Niger: libération d'une otage suisse après 18 mois

 

Deux ressortissantes européennes, une Suissesse et une Autrichienne, enlevées au Niger il y a plus d'un an, ont été libérées et sont arrivées à Benghazi, dans l'est de la Libye, a annoncé une chaîne locale dans la nuit de mercredi à jeudi.

«Deux otages, une Suissesse et une Autrichienne, ont été libérées après un an et demi de détention au Niger et sont arrivées à Benghazi grâce à l'intervention du commandant en chef adjoint», Saddam Haftar, a annoncé la chaîne libyenne al-Masar. «Le Commandant en chef adjoint, lieutenant-général Saddam Khalifa Haftar, est intervenu dans les efforts pour les libérer, en réponse aux appels de leurs familles», a ajouté al-Masar sur la plateforme X.

Efforts libyens

Dans une vidéo diffusée par la chaîne de télévision al-Masar, basée dans l'est, les deux femmes sont apparues fatiguées et, assises sous un portrait du maréchal Haftar, se sont exprimées en français pour remercier leurs libérateurs.

«Je m'appelle Claudia Abbt. Je suis d'origine suisse. J'ai 69 ans. J'ai été prise en otage (il y a) une année et six mois. Maintenant je suis contente d'être libre et je remercie le maréchal Khalifa Haftar et son fils le général Saddam Haftar pour tout ce qu'ils ont fait pour me libérer».

«Je m'appelle Eva Gretzmacher, je suis Autrichienne, j'ai 76 ans. Je remercie du fond de mon coeur le maréchal Khalifa Haftar et son fils Saddam qui nous a libérées. Une année et neuf mois en otage», a-t-elle déclaré.

La Libye est minée par les divisions depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 et deux exécutifs s'y disputent le pouvoir: celui dirigé par Abdelhamid Dbeibah, reconnu par l'ONU et basé à Tripoli, et un autre dans l'Est, contrôlé par le puissant maréchal Khalifa Haftar et son clan.

ATS

mercredi 21 octobre 2026

Népal : Retour sur la catastrophe de Rasuwa

 

Le glissement de terrain catastrophique de Rasuwa illustre l’incapacité des autorités à anticiper les ravages du changement climatique dans l’Himalaya, et le dénuement du Népal face à ses trois immenses voisins que sont la Chine, l’Inde et le Pakistan.

La catastrophe de Rasuwa, symbolisée par la vague qui a submergé le poste-frontière Népal-Tibet de Gyirong, a le 26 août vers 10h30 fait au moins 7000 victimes, presque autant que le séisme de 2015. La puissance des flots a emporté certains jusqu’à 180 kilomètres en aval. L’armée et la police ont néanmoins secouru près de 14.000 personnes, souvent réfugiées sur des versants escarpés. Selon le ministère de l’Éducation, 9 430 enfants sont directement touchés par la perte d’un parent ou la destruction de leur maison ou de leur école. Selon l’UNICEF, 17 000 enfants ont besoin d’un soutien en santé mentale. Les crues ont endommagé ou détruit 35 établissements scolaires.

Et voilà que la coulée mortelle vient de se reproduire le 11 octobre dans une autre région montagneuse alors même qu’on n’a pas encore identifié la majorité de ceux qui ont péri le 26 août. Or cela peut durer longtemps avec de lourdes conséquences pour les survivants, en particulier les enfants faute de certificats de décès de leurs parents.

Une catastrophe prévisible

Comme l’écrit le Nepali Times dès le 30 août, la catastrophe était tout sauf imprévue même si certains ont douté de l’authenticité des images sous leurs yeux. La tragédie, ce n’est pas seulement l’inondation, c’est qu’on a du mal à y croire, n’était-ce pas de la « réalité augmentée » se demande son fondateur, Kunda Dixit ?

Au pouvoir depuis à peine 6 mois, le RSP (Rastriya Swatantra Party) a été confronté à ce phénomène aux dimensions épiques.

La catastrophe a mis en lumière l’incapacité des pouvoirs précédents à faire face à un changement climatique qui, certes, n’est pas principalement dû au Népal, mais que les pouvoirs publics n’ont pas su prévoir alors que les cris d’alarme d’ICIMOD (International Center for Integrated Mountain Development) repris par le Nepali Times dès 2015 n’avaient pas manqué.

Car c’est bien le dérèglement du climat qui est la première cause du torrent de boue et débris de 80 m de haut au poste-frontière de Gyiron avec le Tibet occupé par la Chine qui a tout emporté en débordant du cours de la rivière Trishuli, d’ordinaire paisible torrent de montagne. Un morceau de glace et de roche s’est détaché de la face nord du mont Langtang Lirung, à environ 5 200 m d’altitude et a plongé environ 800 mètres plus bas sur un glacier. « Sur une pente extrêmement forte, la gravité a rapidement accéléré l’eau et les débris, » selon le dernier rapport du géologue Sudan Bikash Maharjan, de l’ICIMOD, qui a estimé à 142 millions de mètres cubes le volume qui a déferlé dans la vallée. Cette masse a parcouru une distance de 20 km en à peine sept minutes.

La catastrophe a fait en Chine un nombre inconnu de victimes : au moins 43 morts et entre 260 et plus de 500 disparus officiellement, mais on sait qu’en Chine la réalité est souvent différente. Le président chinois Xi Jinping a certes ordonné « la mobilisation de tous les moyens » afin de secourir les blessés et de minimiser les pertes humaines après ce drame. Le lendemain les autorités népalaises, prévenues par celles de Chine, ont averti que le torrent mortel risquait de continuer sa course en aval. En même temps, elles demandaient aux aides étrangères de ne pas porter directement secours mais d’offrir leur assistance à une liste de besoins que les pouvoirs publics identifieraient, réaction nationaliste déjà à l’œuvre dans d’autres catastrophes.

On a cru à un séisme mais il est vite apparu que c’était la catastrophe qui avait provoqué un tremblement de terre d’une magnitude de 5,2 et non l’inverse.

Des agences de presse internationales – beaucoup d’étrangers, notamment des pèlerins indiens, se trouvaient parmi les victimes – ont rapidement fait le lien avec des risques similaires ailleurs au Népal comme dans d’autres pays himalayens.

Même le Président Donald Trump, ému par la catastrophe et sensible à la présence d’Américains parmi les victimes, s’est engagé à fournir au Népal « tout ce dont il aurait besoin. » Idem pour l’Australie, qui est passée par des organisations internationales comme le programme alimentaire mondial (PAM) et l’Inde. Le journaliste Kunda Dixit observe qu’à ses débuts comme correspondant, il fallait être conforme aux 4Ns – New, Near, Negative and North – pour être publié. Ça s’est un peu amélioré : les médias aiment les catastrophes, même au Sud…

Les inondations et les glissements de terrain sont pourtant fréquents pendant la mousson d’été (juin-septembre) au Népal et dans toute l’Asie du Sud. Mais selon les scientifiques, le réchauffement climatique, s’il n’explique pas tout, accroît leur intensité et leur fréquence.

Les fumées suscitées par l’écobuage (brûlis volontaires), la cuisson des briques, les usines qui créent un effet de serre, une circulation automobile anarchique dans toute l’Asie du Sud figurent parmi les causes de la fonte des glaciers, deux fois plus rapide dans l’Himalaya qu’au niveau du sol.

Se rendant à la semaine des Nations Unies qui permet à tous, même les plus pauvres dont fait partie le Népal de se faire entendre, le Premier ministre Balen Shah a rappelé que son pays n’était à l’origine que de 0,05% des gaz à effet de serre, mais il est de ceux qui en souffrent le plus.

La Banque mondiale a particulièrement étudié les conséquences pour l’économie népalaise. Elle estime les dommages causés par la catastrophe à environ 2,7 milliards de dollars (estimation supérieure à celle du Népal qui s’établissait à 1,81 Md USD). Les besoins de financement pour la reconstruction sont quant à eux estimés à 4,8 Mds USD par les autorités nationales.

La Banque identifie trois canaux principaux. D’abord l’énergie. Quinze équipements hydroélectriques qui avaient coûté 3,4 Mds €, et qui produisaient ou allaient produire 753 MW (soit 10,6% de la capacité installée) ont été affectés par les crues.

Ensuite la logistique et les transports : le corridor de Rasuwagadhi, endommagé, représente à lui seul 11 % des importations népalaises en provenance de Chine. Des centaines de voitures électriques chinoises qui attendaient au poste-frontière leur agrément ont été emportées.

Enfin le secteur du tourisme, qui a vu 200 de ses hôtels et restaurants frappés par les inondations tandis que les flux touristiques s’asséchaient.

Les causes réelles

Parmi les autres causes du désastre on peut citer la suie, ou noir de carbone, qui en tombant sur la glace la fait fondre à vive allure, mettant le sol à nu. L’équilibre naturel est rompu et l’Himalaya sous les gaz à effet de serre ou les dépôts de suie est entraîné dans le désastre.

Comme le signale l’écrivain Kanak Dixit, le concept de « pralaya » (annihilation cosmique) a été utilisé par les ingénieurs et politiciens népalais pour décrire la catastrophe de Rasuwa.

Mais l’économie de marché, poursuit-il, est également en cause en suscitant la concentration des populations autour des routes, donc le long des fleuves. Quant aux barrages hydroélectriques, ils ont également été installés aux mêmes endroits afin de tirer profit de la forte pente des chutes d’eau en montagne.

Il faut aussi souligner la perte du permafrost himalayen, un sujet académique jusqu’au débordement de Rasuwa mais qui est sans doute à l’origine de nombreuses catastrophes survenues depuis 2013.

.On le sait, la plaque himalayenne pousse depuis 50 millions d’années la plaque eurasienne, ce qui fragilise la montagne qui n’est pas immuable et subit depuis des siècles des inondations dues aux lacs glaciaires. La vallée de Pokhara, deuxième ville du pays, est le résultat d’un tel cataclysme survenu en l’an 1190 de notre ère (effondrement partiel de l’Annapurna) et aggravé par les dépôts sédimentaires.

Plusieurs analyses scientifiques révèlent que le changement climatique a contribué à la fonte du pergélisol qui maintient en partie la cohésion des hautes parois montagneuses et à l’amincissement des glaciers.

Il faut néanmoins être précis : attribuer une catastrophe particulière au changement climatique n’équivaut pas à dire que celui-ci en serait la cause unique. Dans un événement de cette nature interviennent la géologie, le relief, la glace, l’eau et différents phénomènes locaux de même que les activités humaines et leurs conséquences. Le changement climatique agit notamment en modifiant les conditions dans lesquelles ces risques se produisent.

Comme le dit B. Horton, doyen de l’Institut de l’énergie de Hong Kong, « la tragédie de Rasuwa s’est produite dans une région où le réchauffement est plus rapide que la moyenne, le permafrost se dégrade et les pentes des montagnes sont moins stables […] le Népal a perdu 1/3 de sa glace au cours des 30 dernières années » et cela se voit.

Localement, les villages népalais étaient traditionnellement construits en hauteur car les anciens connaissaient le risque d’inondation des fonds de vallée, utilisés seulement pour les rizières. Le modèle de développement appuyé sur les routes de bord de cours d’eau vers la Chine, en particulier quand l’Inde avait instauré le blocus en 2015 dans un Népal éprouvé par le tremblement de terre et que la « China card » paraissait une alternative, s’est retourné contre le pays.

Les habitants n’ayant pas péri ont immédiatement passé des coups de fil plus bas dans la vallée pour annoncer qu’une vague dévalant à plus de 120 km/h allait les frapper de plein fouet. Le maire du district de Rasuwa a eu 20 minutes pour avertir sa population.

Habitués aux inondations, beaucoup n’en ont pas perçu la gravité exceptionnelle. Il faudrait, comme en Suisse, un système d’alerte plus efficace.

Un problème géopolitique

Le problème est donc politique : n’est-ce pas à un État himalayen comme le Népal de convaincre ses immenses voisins – Inde, Chine, Pakistan – où se trouvent bien d’autres régions à risque, de traiter cet enjeu ? Et au-delà, n’est-ce pas aux pays riches du Nord de payer la facture quand le Népal, 52ème population mondiale, n’émet que 0.03 à 0.05 % des gaz à effet de serre ?

Le dérèglement climatique frappe l’Asie du Sud très peuplée plus encore que d’autres régions, or les Universités où l’on apprend à réaliser des infrastructures se situent le plus souvent au Nord. L’Asie méridionale est divisée, en particulier entre l’Inde et le Pakistan souvent en guerre, et incapable de s’entendre sur une politique commune en particulier en matière d’environnement alors que l’organisation commune (SAARC) a justement son siège à Katmandou où aucun sommet n’a pu se tenir depuis 2014…

Qui va payer ?

Lors de son discours devant l’ONU le jeudi 24 septembre, le Premier ministre népalais a appelé les pays de la communauté internationale à intensifier leurs efforts pour aider son pays à s’adapter à l’urgence climatique. « Le Népal a contribué à moins de 0,1% des émissions globales de gaz à effet de serre. Nous n’avons pas créé cette crise, et pourtant nous en payons le prix, » a insisté Balendra Shah devant l’Assemblée générale de l’ONU. Il a proposé de créer un « mécanisme de résilience climatique himalayen, » comprenant le Népal ainsi que la Chine et l’Inde, qui leur permettrait de partager des données satellitaires et leur expertise, de surveiller les lacs glaciaires et de renforcer les systèmes communs d’alerte.

De fait, un fonds des Nations unies pour les pertes et les dommages, créé en 2022 à la suite des inondations catastrophiques au Pakistan et après une décennie de débats houleux, n’a toujours pas effectué son premier versement et souffre d’un grave déficit de financement.

Kunda Dixit observe que son pays a doublé sa surface forestière ces trente dernières années, 25% est en zones protégées, toute l’électricité est hydraulique et le Népal arrive au 2ème rang mondial après la Norvège en pourcentage de nouveaux véhicules électriques.

Mais il faut aussi réduire l’usage des combustibles fossiles qui constituent 17% des importations : celles-ci sont financées par les virements de l’immigration (1/3 du PIB) que menace le blocage du détroit d’Ormuz.

Derrière le drame népalais ressurgit une question que trente ans de diplomatie climatique n’ont toujours pas vraiment réglée : quand certains pays ont largement contribué à détériorer le climat et que d’autres en paient les conséquences, qui doit payer la facture ?

Le paradoxe est qu’en même temps a été instauré un mécanisme juridique pour que la reconnaissance des dégâts ne signifie pas automatiquement celle d’une dette et que, pour financer les victimes, on ne transforme pas les grands émetteurs historiques en débiteurs responsables.

La catastrophe népalaise pourrait constituer le premier « vrai test » pour les coordonnateurs de ce fonds expliquait au magazine environnemental Drilled le chef-négociateur du Népal pour le climat. « Ce fonds international est-il prêt à répondre lorsque se présentent des pertes et des dommages à une telle échelle ? »

Le directeur général de l’Autorité nationale de réduction et de gestion des risques de catastrophe a indiqué que le gouvernement prévoyait de déclarer les zones riveraines et autres zones touchées par la catastrophe « impropres à l’habitation. » Il a également précisé que le gouvernement sélectionnait actuellement des sites sûrs pour un relogement à long terme et s’employait à relocaliser les écoles, les hôpitaux et d’autres infrastructures. Cela coûtera cher et il compte demander l’aide du Japon, habitué aux catastrophes.

Enfin, le gouvernement prévoit de lancer dès l’exercice 2026 une opération de grande envergure visant à vidanger quatre lacs glaciaires situés en haute montagne avec l’apport du Fonds vert pour le climat et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

Yves Carmona

asialyst.com

La justice helvétique classe la procédure concernant la mort d'un Suisse détenu en Iran

 

Le Ministère public de la Confédération (MPC) a classé la procédure ouverte à la suite du décès d'un Suisse dans une prison iranienne en janvier 2025. Aucun indice concret laissant penser à un homicide n'a été trouvé. Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) doutait de la thèse du suicide.

Ce ressortissant suisse de 64 ans avait été arrêté à la fin de 2024 par les autorités iraniennes, qui le soupçonnaient d'espionnage. Le 9 janvier 2025, il est retrouvé mort dans sa cellule de la prison de Semnan, à l'est de Téhéran, sans que la diplomatie helvétique ait pu lui rendre visite (voir encadré 1). Selon le régime, il aurait mis volontairement fin à ses jours.

Les doutes du renseignement helvétique

Dans un premier temps, cette assertion est accueillie avec circonspection par le Service de renseignement de la Confédération (SRC). Ce dernier fait savoir au Ministère public de la Confédération (MPC) que ce "prétendu suicide" soulève des questions.

Selon les services secrets helvétiques, les éléments en leur possession "remettent en cause le déroulement du suicide présumé" tel que décrit par l'Iran. C'est ce qui figure dans l'ordonnance de classement du parquet fédéral, que SRF a pu consulter.

Le SRC évoque la pratique du régime iranien consistant à utiliser les arrestations comme moyen de pression politique. Il rappelle également certains événements survenus à l'ambassade de Suisse à Téhéran, notamment le cas mystérieux d'une diplomate suisse décédée en 2021 après avoir chuté de son immeuble d'habitation à Téhéran (voir encadré 2).

Autopsie pratiquée en Suisse, avec des limites

À la suite de l'ouverture d'une procédure pénale autour de ce décès, le Ministère public de la Confédération a fait pratiquer une autopsie sur le corps. Les autorités iraniennes avaient toutefois embaumé la dépouille avant son transfert en Suisse, ce qui a limité les possibilités d'analyse médico-légale.

L'autopsie a conclu que la mort par pendaison était plausible. Il n'est toutefois pas possible de déterminer avec certitude si le corps a été suspendu alors que la victime était consciente, inconsciente ou déjà décédée. Par ailleurs, aucune trace de lutte ni aucun indice d'une sédation ou d'une autre cause de décès n'ont été découverts.

Possession de matériel potentiellement interdit

La nature exacte des accusations d'espionnage portées par l'Iran reste incertaine. Selon une proche du défunt, celui-ci effectuait un voyage de deux ans à bord d'un véhicule aménagé en camping-car. Il avait emporté du matériel photographique en tant que photographe. Il aurait aussi réalisé des prises de vue avec un drone.

Il transportait en outre plusieurs téléphones portables ainsi qu'un appareil de communication par satellite. Selon le Ministère public de la Confédération, l'utilisation de certains de ces équipements pourrait être interdite en Iran.

La proche a reçu du défunt des images montrant "une sorte de pylône de transmission", des stations-service, des bâtiments, des routes ainsi que l'épave d'un véhicule militaire. La police judiciaire fédérale (PJF) estime que ces images n'ont pas été prises en Iran. Mais l'homme s'est peut-être "exposé à un risque accru en raison du matériel qu'il transportait et de son comportement", selon la PJF.

Aucun indice concret d'un homicide

Selon le parquet fédéral, il n'est pas possible de déterminer, dans ce contexte, s'il s'agissait d'une "arrestation totalement arbitraire". Il n'existe toutefois aucun indice concret laissant penser que l'Iran aurait voulu exercer une pression politique sur la Suisse ou d'autres Etats en procédant à cette arrestation.

Le Ministère public de la Confédération conclut qu'il n'y a aucun indice concret d'un homicide et, par conséquent, a décidé de classer la procédure. De toute manière, la poursuite des investigations se serait heurtée à des "difficultés majeures", car elle aurait nécessité la coopération de l'Iran.

Domink Meier

rts.ch