Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

dimanche 20 septembre 2026

Iran: Un homme accusé d’avoir transmis des renseignements au Mossad exécuté

 

Un homme a été exécuté en Iran pour avoir transmis aux services de renseignements israéliens des informations relatives aux sites de missiles iraniens pendant la guerre, ont rapporté samedi les autorités judiciaires.

« La peine de mort a été appliquée à l’encontre de Hossein Pedaran qui avait fourni au Mossad des informations sur des sites de missiles dans la province d’Ispahan » située dans le centre de l’Iran, a indiqué Mizan, l’organe de presse de la justice iranienne.

Le pouvoir judiciaire, qui a accusé Hossein Pedaran « d’espionnage et de coopération en matière de renseignement » en faveur d’Israël, n’a fourni aucune information sur la date de son arrestation ni sur celle de son procès.

La justice assure que la peine de mort a été « confirmée par la Cour suprême ».

En août déjà, le pouvoir judiciaire avait annoncé l’exécution de deux hommes accusés d’avoir « transmis les coordonnées de sites militaires et de sécurité sensibles » à Israël.

L’Iran est le deuxième pays au monde après la Chine à procéder au plus grand nombre d’exécutions, selon des groupes de défense des droits humains.

Les autorités iraniennes ont intensifié les arrestations et les exécutions, tant celles directement liées à la guerre qui a débuté le 28 février que celles relatives aux manifestations qui ont secoué tout le pays et atteint leur paroxysme en janvier.

Des sites de missiles ont été bombardés dans tout l’Iran au cours du conflit. La province d’Ispahan, qui abrite également des installations nucléaires, a été l’une des régions les plus durement touchées.

Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a été tué au début de la guerre, lorsque les États-Unis et Israël ont lancé une campagne de bombardements surprise contre l’Iran.

Selon les États-Unis et Israël, cette guerre avait pour objectif d’éliminer les menaces que représentent les programmes nucléaires et balistiques de l’Iran, ainsi que d’affaiblir les capacités militaires du pays.

La Turquie retire son agrément à une banque iranienne

Par ailleurs, la Turquie a retiré samedi l’agrément de la banque iranienne Mellat, une institution financière semi-privée soumise depuis des années à des sanctions occidentales, a annoncé le Journal officiel turc.

Cette mesure intervient près de deux semaines après que Washington a sanctionné une banque turque pour ses liens présumés avec le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien. On ignore toutefois pour l’instant si ces deux événements sont liés.

Cette décision a fait suite à une mesure prise par l’autorité de régulation bancaire turque à l’encontre de cette banque basée à Téhéran, qui fournit un soutien financier au gouvernement iranien et qui est soumise à des sanctions américaines, européennes et britanniques, comme l’indique OpenSanctions, une base de données open source répertoriant les entités visées par de telles dispositions.

Le gouvernement iranien est également le principal actionnaire de la banque, a-t-il précisé.

Pour justifier le retrait de l’agrément de la banque Mellat, l’autorité de régulation turque a invoqué l’article 71b de la loi bancaire, qui stipule que « la poursuite des activités de l’entité constitue une menace pour les droits des déposants et des détenteurs de fonds de participation, ainsi que pour la sécurité et la stabilité du système financier ».

La banque Mellat est depuis longtemps visée par des sanctions occidentales en raison d’accusations selon lesquelles Téhéran chercherait à se doter de capacités nucléaires militaires sous le couvert d’un programme nucléaire civil.

Ces sanctions avaient été levées dans le cadre de l’accord sur le nucléaire conclu en 2015 entre Téhéran et les puissances mondiales. Mais les États-Unis sont sortis de cet accord en 2018, réimposant alors des sanctions économiques.

La banque a de nouveau été sanctionnée par les États-Unis et les pays du Golfe en 2019 après qu’elle a été désignée comme une des entités liées aux Gardiens de la révolution.

L’intervention de l’autorité de régulation bancaire turque précède de peu la rencontre prévue mardi entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le président américain Donald Trump, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.

Un rapport généré par l’IA a failli provoquer un conflit avec la Chine

Par ailleurs, un rapport des services de renseignement américains élaboré à l’aide de l’intelligence artificielle a failli déclencher un conflit militaire entre Washington et Pékin dans le contexte du conflit au Moyen-Orient. Ce rapport avait en effet identifié à tort un navire chinois comme transportant des composants nucléaires à destination de l’Iran, a indiqué CNN.

Selon ce rapport, l’armée américaine s’était préparée à saisir le navire, et des avions militaires étaient déjà en vol lorsque des responsables, après une analyse plus approfondie des renseignements, ont découvert qu’un chatbot avait mal identifié la cargaison.

CNN a déclaré ne pas être en mesure de déterminer ce que le navire transportait réellement.

Selon certaines informations, un analyste militaire américain aurait interrogé le chatbot au sujet de renseignements provenant du Commandement des opérations spéciales du Pacifique (US Special Operations Command Pacific), basé à Hawaï.

Le bot a répondu en s’appuyant à la fois sur des informations disponibles publiquement et sur des données confidentielles collectées électroniquement. Pour CNN, il est difficile de déterminer si ce chatbot est un produit commercial ou gouvernemental.

Des pirates informatiques étrangers ciblent des réseaux d’eau américains

Lors d’un incident sécuritaire distinct, des pirates informatiques étrangers ont pris pour cible et manipulé deux petits réseaux d’eau privés du Colorado en août dernier. Les autorités de l’État ont toutefois déclaré ne pas être en mesure d’identifier les responsables.

Ces incidents ont touché deux réseaux desservant chacun moins de 200 personnes, a fait savoir Ally Sullivan, porte-parole du gouverneur du Colorado, Jared Polis.

« Il n’y a eu aucune incidence sur la sécurité publique ni sur les services d’approvisionnement en eau », a affirmé Sullivan.

Les pirates ont réussi à modifier les paramètres des installations. Ils ont notamment désactivé l’accès à distance et les alarmes, et modifié les cycles de pompage, a ajouté Sullivan.

« Il s’agissait d’incidents de courte durée. Les risques ont été rapidement maîtrisés par les exploitants eux-mêmes, qui ont ensuite alerté l’État », a poursuivi Sullivan. « À notre connaissance, ni les processus de traitement ni la qualité de l’eau n’ont été affectés chez l’un ou l’autre de ces exploitants. »

Bien que les autorités du Colorado n’aient pas attribué ces incidents à l’Iran, Sullivan a pointé du doigt un phénomène plus large de cyberactivités soutenues par Téhéran et visant les infrastructures hydrauliques américaines.

Le bureau du gouverneur « n’est pas en mesure de confirmer quels acteurs étrangers auraient pu être impliqués. Nous avons toutefois connaissance des efforts déployés actuellement à l’échelle nationale par un groupe soutenu par l’Iran pour accéder aux réseaux d’eau potable et d’assainissement », a précisé Sullivan.

Ces incidents sont survenus plusieurs semaines après une vague plus large de cyberattaques qui avaient ciblé les équipements d’une centaine d’entités du secteur de l’eau dans une dizaine d’États, selon un avis publié en août par l’Agence américaine de cyber-sécurité et de sécurité des infrastructures (CISA).

Des experts en cyber-sécurité ont indiqué que ces attaques antérieures présentaient des similitudes avec des activités déjà observées et liées à l’Iran, qui visaient des automates programmables, ces dispositifs informatiques utilisés pour contrôler les machines au sein des réseaux d’infrastructures critiques.

Le FBI a déclaré dans un communiqué en date du 30 juillet que certaines attaques antérieures avaient « perturbé le fonctionnement des réseaux d’approvisionnement en eau », notamment du fait de la modification d’adresses IP et de mots de passe, « rendant impossible la visualisation, et dans certains cas le fonctionnement, des équipements connectés dans les installations ciblées ».

fr.timesofisrael.com

Les Houthis portent la guerre jusqu’à Riyad

 

La première attaque contre Riyad depuis la reprise des hostilités entre l’Arabie saoudite et les Houthis marque un nouveau seuil. En frappant au cœur du royaume et en menaçant ses infrastructures pétrolières, le mouvement yéménite pro-iranien étend une guerre dont les répercussions touchent désormais directement la sécurité énergétique mondiale.

Les explosions entendues samedi 19 septembre à Riyad ont rappelé à l’Arabie saoudite une vulnérabilité que plusieurs années d’accalmie avaient contribué à reléguer au second plan. La coalition dirigée par le royaume a confirmé qu’un missile balistique tiré par les Houthis avait visé la capitale avant d’être intercepté. Près de l’aéroport international King Khalid, des flammes et une importante fumée noire ont été observées autour d’un dépôt de carburant où un réservoir portant le logo de Saudi Aramco a pris feu. Les Houthis ont revendiqué des frappes menées à l’aide de missiles et de drones contre des « sites sensibles » à Riyad ainsi que contre des installations pétrolières à Yanbu. L’étendue exacte des dégâts revendiqués par le mouvement n’a pas pu être vérifiée indépendamment.

Le symbole est important. Riyad n’avait plus été directement menacée depuis la reprise, en juillet, des affrontements opposant les Houthis au royaume. Jusqu’à présent, leurs attaques avaient surtout concerné le sud saoudien, les installations énergétiques et les axes maritimes. Porter de nouveau la menace sur la capitale revient à démontrer que la profondeur stratégique du territoire saoudien peut être atteinte malgré les systèmes de défense aérienne déployés par le royaume.

Washington mesure manifestement le risque. Le département d’État américain a averti ses ressortissants que le conflit pouvait connaître une « escalade rapide ». Donald Trump, qui devait passer le week-end à Camp David, est rentré samedi soir à Washington sans que la Maison Blanche fournisse d’explication à ce changement de programme. Rien ne permet donc d’établir publiquement un lien direct entre ce retour anticipé et les événements en Arabie saoudite, mais leur concomitance intervient dans une phase de forte tension régionale.

Riyad pris entre le Yémen et les routes du pétrole

La portée de l’offensive houthie ne se mesure toutefois plus uniquement à la distance parcourue par ses missiles. Depuis plusieurs semaines, le mouvement a considérablement renforcé ses positions dans l’ouest du Yémen. Ses forces ont progressé sur la côte de la mer Rouge, se sont emparées de territoires stratégiques et ont étendu leur présence autour du détroit de Bab el-Mandeb, l’un des passages essentiels reliant l’océan Indien à la mer Rouge et au canal de Suez. Reuters a notamment fait état de la prise de Mokha et de l’île de Mayyun, ou Perim, située au milieu du détroit.

Cette avancée transforme la nature du rapport de force avec Riyad. L’Arabie saoudite doit désormais protéger simultanément ses villes, ses infrastructures énergétiques et ses débouchés maritimes. Yanbu joue à cet égard un rôle particulièrement sensible. Le port de la mer Rouge est le débouché occidental de l’oléoduc Est Ouest qui permet au brut saoudien d’éviter le détroit d’Ormuz. Or cette infrastructure a elle-même été perturbée par des attaques récentes, réduisant la marge de manœuvre du royaume au moment même où le trafic maritime régional devient plus risqué. Reuters estimait récemment que l’arrêt de cet axe pouvait affecter jusqu’à 4 % de l’offre pétrolière mondiale.

La conséquence est déjà visible sur les marchés. Le Brent a dépassé les 100 dollars le baril au cours des derniers jours, tandis que les coûts du transport maritime et de l’assurance augmentent à mesure que se cumulent les risques autour d’Ormuz et de Bab el-Mandeb.

Le coût humain augmente parallèlement. L’Organisation internationale pour les migrations recensait, au 18 septembre, plus de 112 000 personnes déplacées à l’intérieur du Yémen, dont plus de 100 000 en une dizaine de jours, ainsi que près de 3 000 personnes ayant fui vers Djibouti.

Une guerre yéménite redevenue régionale

La nouvelle phase du conflit place aussi Washington devant un choix délicat. L’Arabie saoudite reste un partenaire stratégique majeur des États-Unis et un acteur central du marché pétrolier. Mais l’administration Trump s’est jusqu’à présent gardée d’entrer directement dans la confrontation entre Riyad et les Houthis. Selon Reuters, Mohammed ben Salmane avait sollicité une aide militaire américaine après les dernières avancées du mouvement yéménite. Washington n’a pas accepté de participer directement aux frappes, tout en maintenant une coopération en matière de renseignement et d’identification des cibles.

Cette retenue illustre la difficulté américaine à empêcher l’élargissement du conflit sans ouvrir un front supplémentaire. Les Houthis sont soutenus depuis des années par l’Iran, mais disposent également de leur propre agenda politique et militaire au Yémen. Les réduire à un simple relais de Téhéran ne suffit donc pas à expliquer leur capacité de résistance ni les gains territoriaux réalisés depuis le début de septembre.

Le mouvement cherche désormais à convertir ses succès militaires en capacité de pression régionale. En menaçant Riyad, Yanbu et les routes de navigation, il agit sur plusieurs niveaux à la fois : sécurité intérieure saoudienne, exportations énergétiques, trafic maritime et coût économique du conflit.

Pour l’Arabie saoudite, qui avait consacré plusieurs années à réduire son exposition directe à la guerre du Yémen, le retour des missiles au-dessus de Riyad constitue ainsi moins un épisode isolé qu’un changement d’échelle. Pour Washington, l’avertissement sur une possible « escalade rapide » traduit la même inquiétude : une guerre longtemps circonscrite au territoire yéménite est de nouveau susceptible de se confondre avec la confrontation régionale plus large autour de l’Iran, tout en touchant l’un des centres névralgiques de l’économie mondiale.

mondafrique.com

samedi 19 septembre 2026

Des composants sensibles du F-35 ont été détournés vers Hong Kong

 

Cet été, alors qu’il devait être acheminé aux États-Unis depuis l’Australie par la mer, un chargement de composants sensibles du chasseur-bombardier F-35A a été détourné lors de la traversée de l’océan Pacifique pour se retrouver à Hong Kong, la «région administrative spéciale» de la République populaire de Chine, sur laquelle Pékin ne cesse d’étendre son emprise depuis quelques années. C’est en effet ce qu’ont confié trois sources «proches du dossier» au site Politico, le 18 septembre.

Cette information a été confirmée par le Bureau du programme conjoint F-35 [JPO F-35] du Pentagone, celui-ci ayant affirmé qu’il était «au courant d’un problème d’expédition de composants non fonctionnels de F-35». Et d’assurer qu’il mettait tout en œuvre, en liaison avec les autorités américaines et ses partenaires industriels pour «récupérer» ces pièces sensibles, «enquêter sur cet incident» et «mettre en place des mesures de protection pour éviter qu’il ne se reproduise».

Les circonstances dans lesquelles ce chargement a été détourné restent à préciser. Dans un communiqué, le constructeur Lockheed Martin, qui était le destinataire de ce chargement, a fait valoir qu’il «respectait toutes les réglementations américaines en matière d’expédition de composants d’aéronefs. «Nos équipes traitent chaque expédition avec le plus grand soin et en prenant toutes les précautions nécessaires afin de garantir l’intégrité du programme F-35 et la sécurité de nos partenaires alliés», a-t-il insisté.

Quant aux composants en question, il s’agirait de verrières dont le revêtement absorbe les ondes radar, garantissant la furtivité du F-35. Seulement, ses propriétés se dégradent avec le temps. Or, même si elle dispose de centres techniques pour assurer la maintenance de ses chasseurs-bombardiers, l’Australie n’a pas les moyens de réparer ce type d’élément. D’où leur envoi aux États-Unis.

Évidemment, comme ce chargement a été détourné vers Hong Kong, les autorités américaines craignent que la Chine puisse avoir accès à ces composants sensibles et, partant, obtenir des informations sur les technologies et les matériaux utilisés pour les fabriquer. Rien n’indique toutefois qu’elle ait mis la main dessus. Mais si tel était le cas, on peut supposer qu’elle se garderait de le dire.

Comme le rappelle Politico, le programme F-35 dispose d’un système centralisé pour gérer les pièces détachées pour le compte de l’ensemble des pays qui l’ont rejoint.

Aussi, cette affaire remet la question de la traçabilité des pièces de rechange du F-35 sur la table. Question qui avait été soulevée dans un rapport du Government Accountability Office [GAO] publié en 2023.

Le JPO F-35 «ne supervise ni ne comptabilise les pièces de rechange de son stock mondial, réceptionnées par le gouvernement et stockées dans des entrepôts autres que ceux des maîtres d’œuvre. Il n’enregistre ni ne suit ces pièces dans un système d’information de gestion des biens permettant de saisir et d’enregistrer en temps réel les modifications apportées à ces informations. Actuellement, ces données sont gérées par les maîtres d’œuvre», avait-il constaté.

Selon le GAO, plus d’un million de pièces détachées de F-35 avait disparu des inventaires au cours des cinq années ayant précédé la publication de son rapport.

opex360.com

Un faux rapport basé sur l'IA «a failli déclencher une guerre»

 

L'armée américaine a failli arraisonner un navire chinois au Moyen-Orient cette année sur la base d'un rapport de renseignement erroné, élaboré à l'aide de l'intelligence artificielle (IA), a rapporté vendredi CNN.

Les services de renseignement américains avaient indiqué que le navire transportait des composants liés à des armes nucléaires, poussant les forces américaines à préparer son interception, selon le média, qui cite quatre sources anonymes au fait de l'incident. L'opération avait été annulée après qu'il est apparu qu'un agent conversationnel d'IA utilisé par un analyste avait mal identifié le matériel transporté par le navire.

L'une des sources citées par CNN affirme que le rapport de renseignement était «entièrement faux» mais «a failli déclencher une guerre». La chaîne n'a pas précisé ce que transportait le navire ni quelle était sa destination. Interrogée par l'AFP au sujet de cet incident, l'armée américaine n'a pas immédiatement répondu.

Les mise en garde se multiplient

Cette information de CNN intervient alors que les mises en garde se multiplient depuis une semaine sur les risques liés à l'IA. Donald Trump et plusieurs membres de la majorité présidentielle ont toutefois réitéré leur souhait de ne pas réguler le secteur, officiellement par crainte de voir la Chine prendre l'ascendant.

Le média Politico a révélé vendredi un autre incident impliquant la Chine: des pièces d'avions de combat furtifs F-35, dont une verrière de cockpit, ont été détournées vers Hong Kong et sont désormais introuvables, faisant craindre que Pékin ait pu accéder à des technologies militaires américaines sensibles.

Les pièces avaient été expédiées depuis l'Australie vers les États-Unis pour y être réparées lorsque le détournement s'est produit, selon le média, qui précise que les raisons de ce changement d'itinéraire et la localisation actuelle des pièces étaient inconnues.

Vendredi toujours, Donald Trump a annoncé interdire l'accès à la Maison Blanche à plusieurs médias, dont CNN et Politico. Il a justifié cette décision par «leur couverture permanente de FAUSSES INFORMATIONS», sans préciser quelles informations il considérait comme fausses.

AFP

Après l’Ukraine, l’Europe : quelles ambitions pour Vladimir Poutine ?

 

Vous expliquez dans votre ouvrage La guerre d’Europe a commencé (Les Arènes, avril 2026) qu’en déclenchant l’invasion de l’Ukraine, Vladimir Poutine a surpris jusque dans son camp et que, même si l’armée russe manque aujourd’hui de moyens pour conquérir toute l’Ukraine, cela ne signifie par pour autant que le Kremlin y ait nécessairement renoncé. Comment expliquer cet intérêt et cette insistance de Vladimir Poutine à vouloir conquérir l’Ukraine ?

Vladimir Poutine veut à la fois posséder l’Ukraine et détruire l’identité ukrainienne, ce qui au premier abord pourrait paraitre contradictoire, mais qui, à y regarder de plus près, ne l’est pas. Il se dit persuadé que la nation ukrainienne n’existe pas. Six mois avant l’invasion de l’Ukraine, il a publié un long essai en anglais pour expliquer que les Russes et les Ukrainiens formaient un seul et même peuple. Cette thèse fait écho à une notion qui avait cours dans les milieux slavophiles et conservateurs au XIXe siècle et qui est toujours défendue par l’Église orthodoxe russe, celle d’un « peuple russe trinitaire » composé de trois branches inaliénables : les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses. 

S’enchevêtrent en Ukraine des paramètres identitaires, sécuritaires et géopolitiques. L’Ukraine touche au cœur de l’identité russe et orthodoxe, car elle est le lieu du baptême (1) et le point d’origine de l’orthodoxie slave. Le président russe en tire argument pour affirmer qu’elle est russe de toute éternité et qu’elle a acquis son indépendance par accident, du fait des errements de Lénine. La négation de la nation ukrainienne a un corollaire simple aux yeux de Vladimir Poutine : elle permet de dénier à l’Ukraine le droit d’exister en tant qu’État-nation et de se choisir un destin européen, en dehors du giron russe. Dans la volonté d’anéantir l’Ukraine se cristallisent deux de ses motivations profondes : l’impérialisme et le revanchisme. Les enjeux de sécurité sont importants sans être, à mon avis, prédominants.

Vous dites qu’en Ukraine s’affrontent deux réalités, deux conceptions du passé et deux visions de l’avenir. Qu’entendez-vous par là et une paix est-elle réellement envisageable à court ou moyen terme entre Moscou et Kyiv dans un tel contexte ? 

Nous vivons à une époque où un flux incessant d’actualités nous assaille et entrave la réflexion stratégique. L’immédiateté est la marque de notre temps, mais d’autres temporalités continuent de forger notre présent. Pour comprendre les intentions et les modes d’action d’un acteur, il faut aussi savoir élargir le regard et se replonger dans l’histoire. On ne peut pas comprendre la frénésie destructrice du Kremlin et la force de résistance des Ukrainiens sans comprendre les traces qu’ont laissées, dans les cœurs et les esprits, pour les uns le traumatisme de l’effondrement soviétique, et pour les autres, l’effacement délibéré et répété de leur identité. 

On entend souvent dire que l’Ukraine serait née en 1991. Rien n’est plus faux. Cette assertion montre à quel point on connait mal l’histoire de l’Ukraine. Les Ukrainiens savent qu’à la fin du XIXe siècle, il était interdit de publier en ukrainien — en « petit-russe », disait-on —, comme il est aujourd’hui interdit de parler ukrainien dans les territoires occupés. Ils savent qu’ils ont perdu leur première indépendance en 1921, que 4 millions d’entre eux ont péri dans des famines orchestrées en 1932-1933. Ils connaissent le tragique de leur histoire nationale et voient cette guerre d’agression comme l’ultime avatar de l’impérialisme russe. Ils résistent avec cette perspective historique à l’esprit, avec la ferme intention de mettre fin à cette domination sans fin et de rompre avec le règne de l’impunité.

Ces derniers mois, l’Ukraine a progressé sur le terrain, pour la première fois depuis 2023. Comment expliquer cette situation ? Et dans quelle mesure la guerre en Iran est-elle venue changer la donne sur le front russo-ukrainien ?

La situation militaire reste incertaine et difficile ; il ne faudrait pas exagérer la signification des gains territoriaux engrangés par l’armée ukrainienne ces dernières semaines, même s’il est vrai qu’elle semble avoir inversé la tendance. La Russie opte pour une stratégie de destruction totale jusqu’à épuisement de l’adversaire, en visant toujours plus les arrières, en détruisant les infrastructures critiques de l’Ukraine et en frappant les usines d’armement, mais aussi les centres de pouvoir et les zones d’habitation. Cet hiver, l’armée russe a attendu qu’il fasse -20 degrés pour finir de détruire les sous-stations électriques des grandes villes ukrainiennes, plongeant une partie de la capitale dans le noir et dans le froid. Plus de six mille immeubles ont alors été privés d’électricité, mais les Ukrainiens n’ont pas plié. Le système électrique était au bord de la rupture. On peut redouter que la Russie attende les grandes chaleurs de l’été pour faire de même, ce qui empêcherait la distribution de l’eau potable et la gestion des eaux usées et favoriserait la propagation de maladies. 

Sur le front, l’armée russe consent toujours à subir des pertes colossales, estimées entre 30 000 et 35 000 soldats (tués et blessés) par mois. En 2025, elle disposait de l’ascendant sur le champ de bataille, grignotant sans cesse du territoire, mais elle n’a conquis qu’environ 1 % du territoire ukrainien. Elle n’est pas parvenue à exploiter ses petites percées car il lui manquait des réserves. Elle a aussi perdu ses capacités de manœuvre car la qualité de ses forces a baissé. Les morts au combat dans l’armée russe sont estimés entre 250 000 et 325 000, dont 7000 officiers, ce qui entraine un effet de dégradation cumulative. On sait que la Russie a plus de mal à combler ses pertes depuis l’été 2025 et que, partout dans le pays, des pressions sont exercées sur les conscrits, les étudiants et les prisonniers pour qu’ils signent un contrat avec l’armée et partent combattre en Ukraine. 

Cela dit, l’armée ukrainienne rencontre aussi des difficultés : elle perfectionne son usage des drones, mais elle peine à générer de nouvelles forces faute d’un recrutement suffisant et d’une formation adéquate ; certaines zones du front sont dégarnies et mal défendues. Les drones russes qui rôdent en permanence empêchent le ravitaillement et le repos des troupes. Malgré tout, il faut reconnaitre que les Ukrainiens ne cessent de nous surprendre. Ils innovent en permanence en s’appuyant sur les fleurons de l’industrie aéronautique et d’armement et en tirant profit du soutien que la société civile et des pays partenaires continuent d’apporter. Il est notable qu’en temps de guerre, ils aient réussi à développer une flotte de drones aériens et navals, mais aussi des missiles de croisière Flamingo et désormais une bombe aérienne guidée de 250 kilos. Ils sont maintenant capables de multiplier les attaques dans la profondeur du territoire russe, notamment dans la région de Moscou, ce qui crée de la fébrilité en Russie.

Vous expliquez que la guerre en Ukraine est un objectif important pour Moscou, mais que l’anéantissement de l’Ukraine n’est pas la fin en soi. Quel est donc l’objectif principal de Vladimir Poutine ?

Il faut bien comprendre que le président russe poursuit plusieurs objectifs en même temps et que ses objectifs ne sont pas étrangers les uns aux autres, mais, au contraire, intimement liés. On peut en distinguer trois : l’un concerne l’Ukraine, l’autre l’Europe, le troisième la Russie. 

D’abord, Vladimir Poutine veut empêcher l’Ukraine d’exister en tant qu’État pleinement souverain et indépendant, apte à décider de son régime politique et de son système d’alliance. Il n’accepte pas, en particulier, que la société ukrainienne puisse se choisir un destin européen. La guerre lui sert à détruire le pays et à subjuguer la population. Son projet d’éradication de l’identité ukrainienne apparait nettement dans les territoires occupés, désormais annexés à la Russie. Toute référence à l’identité ukrainienne y est proscrite. Les personnes soupçonnées d’être favorables à l’Ukraine subissent la répression ; les civils, en particulier les enfants et les adolescents, sont soumis à d’intenses politiques de russification.

Les ambitions du président russe ne s’arrêtent pas là, loin s’en faut. Il veut également imposer une refonte complète des arrangements de sécurité en Europe. La guerre contre l’Ukraine s’insère dans un plan plus global. Elle permet à Moscou d’ébranler la cohésion européenne, de mettre à l’épreuve la solidarité transatlantique et de saper les deux piliers de l’architecture de sécurité européenne, à savoir l’Union européenne et l’OTAN. L’objectif premier du Kremlin consiste à affaiblir, voire à faire disparaitre ces deux institutions qui, par leur existence même, l’empêchent de retrouver la position dominante qu’il occupait en Europe pendant la guerre froide. Un objectif connexe, non moins important, consiste à accélérer la désoccidentalisation de l’ordre international et à mettre fin à ce qu’ils appellent « l’hégémonie occidentale ». 

En dernier lieu, la guerre contre l’Ukraine est un moyen de transformer la société russe. Depuis l’invasion de l’Ukraine, on observe un durcissement de la répression, le retour à la censure et l’autocensure, la militarisation de la société et de la jeunesse, la fermeture du pays à travers notamment la coupure d’Internet. Six cent mille Russes ont définitivement quitté leur pays. Les listes d’« agents de l’étranger » et d’« organisations indésirables » et « extrémistes » ne cessent de s’allonger. Toutes les personnes qui étaient engagées dans la défense des droits de l’homme, la lutte contre la corruption ou la préservation de la mémoire des victimes du stalinisme ont dû prendre le chemin de l’exil. Une fois de plus, la Russie se vide de ses élites.


Comme vous le rappelez dans votre ouvrage, pour le politologue russe Sergueï Karaganov, proche de Poutine, « la Russie est déjà en guerre contre l’Europe » (2). Quant à son confrère Dmitri Trenin, il considère que la troisième guerre mondiale a déjà commencé. Vous expliquez également que plusieurs indicateurs montrent que la Russie se prépare à une guerre prolongée. Quels sont ces indicateurs et pourquoi les Russes se pensent-ils déjà en guerre contre l’Europe ?

En effet, plusieurs indicateurs montrent que la Russie se prépare à un conflit de longue durée, voire à l’éventualité d’une extension de la guerre en Europe. D’abord, il y a les déclarations de personnes autorisées qui envisagent ouvertement cette perspective, du ministre de la Défense jusqu’aux experts de premier plan que vous venez de citer. Ensuite, il y a le budget de la défense, en hausse constante et massive. Il représente désormais entre 8 et 10 % du PIB, sans compter que les régions contribuent aussi au financement de l’effort de guerre.

Enfin, il y a des critères militaires à proprement parler : la Russie se réarme à plein régime et produit plus d’armes qu’elle n’en consomme sur le théâtre ukrainien ; elle cherche à gagner en efficacité sur le champ de bataille et à améliorer la performance de ses armements, notamment dans le domaine des drones et de la guerre électronique ; elle augmente la taille de son armée (avec un objectif de 1,5 million de militaires d’active) et pose les jalons d’une montée en puissance ultérieure (avec les 2 millions de réservistes et l’armée de la jeunesse).

Les dirigeants russes se pensent déjà en guerre contre l’Europe pour des raisons à la fois subjectives et objectives. La confrontation avec l’Occident leur apparait comme structurelle et indépassable ; ils cherchent donc à affaiblir leur adversaire désigné, l’Europe. Ils constatent par ailleurs que la guerre s’est déportée en Russie même, avec l’incursion militaire dans la région de Koursk, puis avec les frappes dans la profondeur, contre des raffineries, des dépôts de munitions, des usines d’armement et des infrastructures portuaires. À tort ou à raison, ils estiment que les Ukrainiens ne pourraient pas cibler la Russie sans l’aide occidentale. 

Jusqu’où la Russie de Poutine serait-elle prête à aller avec l’Europe ? Quels sont les risques d’un affrontement militaire ouvert alors que certains analystes s’inquiètent d’un conflit avec Moscou à l’horizon 2030 ?

Nul ne sait, en réalité, jusqu’où le maitre du Kremlin est prêt à aller. Si rien n’est certain, tout est désormais possible, étant donné le niveau d’hostilité manifesté à l’endroit de l’Europe, la remontée en puissance de l’armée russe et les risques sociaux et politiques liés à un arrêt des hostilités et à une démobilisation rapide. Pour tenter de contrecarrer les desseins du pouvoir russe, il faut à la fois cerner ses intentions et ses motivations, comprendre son modus operandi et anticiper les fenêtres d’opportunité qu’il pourrait chercher à exploiter. 

Dans le livre, j’envisage plusieurs scénarios. Le scénario le plus redouté serait, pour reprendre le jargon militaire, un « engagement majeur de haute intensité », à la suite d’une attaque d’ampleur contre un ou plusieurs pays baltes. Pour l’instant, l’armée russe n’a pas les moyens militaires d’un tel affrontement avec l’OTAN. Un autre scénario, le plus plausible sans doute, serait une attaque limitée sans prise de gage territorial, sur un pays balte ou ailleurs en Baltique et dans le Grand Nord, à un moment propice pour enfoncer un coin dans l’Alliance transatlantique et semer le doute sur la garantie de sécurité américaine. 

Comme vous le rappelez, « choisie ou subie, la guerre est toujours un affrontement des volontés ». Alors que la guerre hybride, indirecte et invisible, menée par la Russie en Europe est de plus en plus intensive, sommes-nous prêts — politiquement et militairement — à faire face, à cette guerre de l’ombre effective mais aussi à une potentielle guerre de haute intensité contre la Russie ?

L’invasion de l’Ukraine a constitué un véritable électrochoc et provoqué un sursaut politique en Europe. La brutalité guerrière et les attaques contre les civils en Ukraine, de même que les opérations de sabotage et les actions de désinformation en Europe, ont dessillé les yeux de nombre de nos concitoyens sur la nature du régime russe et sur les enjeux de ce bras de fer. Le point important à retenir est que ce qui se joue en Ukraine, ce n’est pas seulement la survie de l’Ukraine, mais aussi la sécurité de l’Europe et la pérennité de la démocratie. 

En France, les pouvoirs publics se mobilisent pour contrer les ingérences étrangères ; les armées adaptent leur posture et durcissent leurs entrainements. Au niveau de l’OTAN, il y a une incertitude sur la solidité de la garantie de sécurité américaine à l’Europe, étant donné le comportement erratique et imprévisible du président américain. En même temps, les pays européens renforcent le pilier européen de l’OTAN et explorent d’autres formats, comme la Coalition des volontaires (3) pour trouver des solutions concrètes aux défis de sécurité.

Si la guerre d’Ukraine vient à se finir, il semble évident que cela ne mettra pas fin aux ambitions russes. Vous expliquez qu’il faut s’attendre dans ce cas à une guerre larvée de la part de Moscou. Quels seraient les pays les plus susceptibles d’être visés ? Quels sont les différents scénarios ?

Rien n’indique, pour l’heure, que la fin de la guerre en Ukraine pourrait advenir bientôt. Les deux protagonistes subissent des pertes colossales, mais s’organisent pour poursuivre le combat. On assiste à une montée aux extrêmes. 

L’invasion de l’Ukraine et la brutalité de la guerre ont provoqué un électrochoc en Europe, en particulier dans les pays qui ont fait l’expérience de l’impérialisme russe et des répressions soviétiques. L’Union européenne s’affirme désormais en acteur de la sécurité européenne. Elle a apporté un soutien financier, militaire et humanitaire considérable à l’Ukraine. Les pays les plus ciblés [par la Russie] sont ceux qui jouent un rôle prédominant en Europe, comme l’Allemagne, la France et la Pologne, mais aussi ceux qui sont les plus en pointe dans la défense de l’Ukraine, comme la Finlande et les pays baltes. 

On peut, en effet, gager que la fin de la guerre ne mettra pas fin à la politique de confrontation de la Russie, ni à ses actions de désinformation, de subversion et de sabotage en Europe. Cette guerre larvée risque de se poursuivre, voire de s’intensifier, sachant que l’affaiblissement politique de l’adversaire est un but en soi et qu’il est intégré à la planification militaire. Il faut en avoir conscience sans céder au défaitisme, en gardant à l’esprit que la force est dans l’union, que nous avons un modèle à défendre et de nombreux atouts à faire valoir. 

Notes

(1) C’est à Kyiv que le prince Vladimir Ier, souverain de la Rus’ de Kyiv (la plus ancienne entité politique commune à l’histoire des trois États slaves orientaux modernes : Biélorussie, Russie et Ukraine), se convertit au christianisme orthodoxe en 988, en faisant la religion d’État (NdlR).

(2) https://​tinyurl​.com/​2​k​m​j​y​u3r (NdlR)

(3) Après l’appel du président tchèque Petr Pavel, le 1er mars 2025, à la formation d’une coalition de volontaires pour mettre définitivement fin à l’invasion russe de l’Ukraine, s’est tenu à Londres le 2 mars 2025 un sommet où se sont rassemblés 18 dirigeants mondiaux. Début 2026, l’organisation comptait 35 États membres (NdlR).

Céline Marangé

Thomas Delage 

areion24.news