Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

jeudi 20 août 2026

La femme qui a fait chuter le chef du Conseil d'Etat tessinois est décédée de manière troublante


Nouveau rebondissement dans l’affaire qui concerne l’ancien président du gouvernement tessinois et membre de la Lega Claudio Zali. Fin juillet, il avait annoncé sa démission après qu’une femme a rendu public un enregistrement audio secret le mettant en cause.

Dans cette conversation privée, une connaissance demandait conseil à Claudio Zali sur la manière de gérer une femme qu’elle qualifiait de harceleuse. Le Tessinois lui répondait en substance qu’elle devrait la rouer de coups. Il ajoutait qu’il avait lui-même agi de la sorte par le passé.

Cause du décès encore inconnue

Mardi après-midi, une Suissesse de 52 ans résidant dans la région de Lugano a été retrouvée inanimée dans le lac de Lugano, à quelques mètres de la rive, près de Melide (TI). Les sauveteurs l’ont ramenée sur la terre ferme, mais n’ont pas réussi à la réanimer.

Mardi soir, la RSI affirmait qu’il s’agit de la femme qui avait diffusé les enregistrements de Claudio Zali. Une information reprise par Blick. Mais la police cantonale nous a indiqué dans la foulée que l'identité de la femme n'a pas encore été officiellement confirmée par les autorités. Une enquête a été ouverte et la cause exacte du décès n’étant pour l’heure pas établie.

Les enquêteurs ont également confirmé que la femme avait été agressée à Melide dix jours avant sa mort. Elle avait alors déposé une plainte contre inconnu auprès du Ministère public. Les autorités examinent actuellement toutes les pistes possibles.

 Mattia Jutzeler

blick.ch

Financement de l’Etat islamique via PayPal avec des dons pour des enfants affamés

 

Un Syrien de 24 ans collecte des dons sur TikTok pour venir en aide à un enfant affamé. Sur Telegram, il a également lancé un appel aux dons pour financer une opération chirurgicale urgente de l’abdomen. Mais selon des documents du FBI, le service fédéral américain de police, l’argent ne serait pas destiné aux personnes dans le besoin. Il finirait entre les mains de l’organisation terroriste Etat islamique (EI), rapporte la SRF.

Ce Syrien, qui vit au Canada, ne se serait pas contenté de collecter de l’argent pour l’EI sur les réseaux sociaux. Il aurait également reçu plusieurs virements via PayPal de la part de sympathisants de l’organisation terroriste. Certains de ces donateurs auraient ensuite planifié des attentats. Le FBI soupçonne l’existence d’un réseau mondial destiné à financer l’EI.

Parmi les donateurs figure notamment l’auteur de l’attentat perpétré lors de la Christopher Street Day (CSD) à Berlin. Le 25 juillet, cet homme de 21 ans a foncé en voiture dans la foule, tuant une femme et faisant 31 blessés. Le 25 mars 2025, il avait versé 30 dollars (24 francs) au Syrien vivant au Canada.

Des liens avec la Suisse

Le collecteur de dons aurait également reçu de l’argent depuis la Suisse, plus précisément depuis le canton d’Argovie. Un homme de 19 ans, double national suisse et turc, aurait effectué six transactions via PayPal entre janvier et mars 2025. Au total, il aurait versé 569 dollars (461 francs).

La semaine dernière, cet homme a comparu devant le Tribunal pénal fédéral à Bellinzone. Il était soupçonné d’avoir planifié une attaque au couteau au nom de l’Etat islamique. Le tribunal l’a condamné pour préparation de meurtre, soutien à une organisation terroriste et diffusion de propagande.

En revanche, il a été acquitté du chef d’accusation de financement du terrorisme. Pour le Ministère public de la Confédération, les versements constituaient clairement un soutien financier à une organisation terroriste. Mais le tribunal a estimé qu’il n’avait pas été possible de prouver que l’accusé avait consciemment voulu soutenir l’EI avec cet argent.

Le terrorisme financé par les dons

Interrogé par la SRF, le Ministère public de la Confédération constate une hausse des cas présumés de financement du terrorisme par le biais de dons. Les sommes concernées peuvent être très modestes, mais aussi atteindre des montants plus importants.

L’Office européen de police (Europol) fait un constat similaire. Outre les escroqueries et les revenus issus du trafic de drogue, les organisations djihadistes se financeraient également grâce aux dons et au financement participatif. Des collectes présentées comme de l’aide humanitaire seraient notamment organisées au sein de la communauté musulmane. Derrière ces appels aux dons, les fonds pourraient ensuite être détournés au profit d’organisations terroristes.

blick.ch

Washington met en garde contre le risque de piratage des appareils Siemens


Plusieurs agences gouvernementales américaines ont averti, mercredi, que des pirates informatiques non identifiés tentaient de s’introduire dans des appareils de la marque Siemens utilisés pour surveiller et exploiter des installations de distribution d’eau et d’autres systèmes d’infrastructures critiques, selon un avis de cybersécurité.

Cet avertissement est intervenu alors que de nombreux incidents cybernétiques ont ciblé les réseaux locaux d’approvisionnement en eau dans plusieurs États ces dernières semaines, lors d’attaques que les experts en cybersécurité soupçonnent d’être liées à l’Iran.

L’avis décrit une « menace active » pesant sur tous les automates programmables de la série S7 de Siemens dans de nombreux secteurs d’infrastructures critiques, notamment l’industrie manufacturière, l’énergie, l’eau et les eaux usées, l’industrie chimique, l’agroalimentaire et les installations agricoles. Cette alerte a été émise par l’Agence de la sécurité nationale (NSA), le FBI, le département de l’Énergie, l’Agence de protection de l’environnement et l’Agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures du département de la Sécurité intérieure.

Selon les circonstances spécifiques, la compromission de ces appareils pourrait entraîner la perturbation de processus critiques, des incidents de sécurité, des temps d’arrêt ou des dommages matériels, la compromission de données sensibles, des violations de conformité et des répercussions en cascade sur l’ensemble des systèmes interconnectés, a averti le gouvernement.

Siemens n’a pas encore répondu à une demande de commentaire.

Selon l’avis, les pirates informatiques utilisent l’intelligence artificielle (IA) pour réduire considérablement l’expertise technique et le temps nécessaires au développement d’exploits capables de compromettre avec succès les systèmes, ont indiqué les agences.

fr.timesofisrael.com

ASCALON, d’un futur standard d’arme de char à une solution immédiate

 

Un char de combat a, pour la première fois, fait la démonstration d’un système d’armes téléopéré de 140 mm. C’est au groupe franco‑allemand KNDS que les armées doivent cette avancée majeure. Elle n’est pourtant qu’un point d’étape pour ASCALON, ce programme lancé il y a quatre ans en vue du programme franco-allemand de système de combat terrestre principal (MGCS) et, depuis, étendu aux parcs actuels.

Janvier 2022. KNDS (alors Nexter) lance le programme « Autoloaded and scalable outperforming gun » (ASCALON). L’objectif initial du groupe franco‑allemand était alors limpide. Il s’agissait de démontrer un nouveau couple arme‑munition de 140 mm compact et évolutif dans une tourelle téléopérée intégrée sur un châssis de char. Quatre ans plus tard, ce jalon est atteint au terme d’une démonstration réussie sur le champ de tir portugais d’Alcochete, dans la banlieue de Lisbonne. Intégré sur un châssis de char Leopard 2A4 directement disponible, ASCALON aura offert un spectacle en plusieurs actes : du tir fixe sur une cible fixe aux tirs en défilement, en rapprochement et à 90° depuis une tourelle téléopérée par l’équipage installé en châssis.

Préfiguré par le démonstrateur EMBT‑ADT 140 dévoilé en juin 2024 au salon Eurosatory, le montage mobilisé au Portugal reposait sur une chaîne de pointage héritée du Leclerc mais légèrement adaptée. Derrière la téléopération de la tourelle, la vingtaine de tirs réalisés aura démontré l’absence de dégradation des performances de précision de ce nouveau calibre. Pour l’équipe d’ASCALON, le succès de cette phase dite « ADT 140 » se clôturera symboliquement par un prix « ingénieur général Chanson » remis durant le salon Eurosatory par l’Association de l’armement terrestre (AAT).

Vers un nouveau standard

Intégrer l’ASCALON 140 dans un système téléopéré aura exigé de maîtriser la prise de masse et de volume d’un calibre bien supérieur à ceux rencontrés actuellement. Traduite en chiffres, cette arme de 48 calibres reste en deçà de 3,1 tonnes pour une longueur totale de 7,3 m, soit à peine 200 kg et 40 cm de plus que le canon de 120 mm du Leclerc. Elle conserve par ailleurs le choix retenu pour le Leclerc d’un équilibrage au niveau des tourillons.

ASCALON, ce sont quelque 300 munitions tirées à ce jour lors de cinq campagnes d’essais. Le système atteint un niveau de maturité technologique TRL 6. Il est donc dérisqué et aux portes d’une dernière phase de développement, prélude à un cycle de qualification. Quand d’autres les découvrent, les techniques de chargement automatique, maîtrisées en interne grâce au Leclerc, auront elles aussi été mobilisées en début d’année à Alcochete. L’ASCALON 140 a alors mis en œuvre un démonstrateur de chargeur qu’il restera à affiner et militariser. Parmi toutes les munitions visées, l’obus‑flèche est le plus avancé. Lui aussi atteint un TRL 6. Cette munition d’environ 1,3 m a été tirée à plus de 2 km jusqu’à fin 2025. Les résultats parlent d’eux‑mêmes : la probabilité d’atteinte de la cible se révèle supérieure à 90 % dans une fourchette de portées cohérente avec le combat de char tel qu’il se conduit aujourd’hui, à savoir entre 1 500 et 3 000 m en tir direct.

Derrière son profil unique et son frein de bouche innovant, ASCALON comprend plusieurs innovations moins visibles. KNDS a ainsi fait le pari de doubler le volume de chambre intérieur par rapport aux standards existants pour tirer à plus faible pression tout en augmentant la puissance en sortie de bouche. Celle d’un obus‑flèche de 140 mm, par exemple, sera de 17 à 20 MJ contre une dizaine de MJ pour les systèmes actuels. Les choix techniques se traduisent également sur la cartouche. Le système d’allumage a été complètement modifié pour favoriser la flèche la plus longue possible tout en garantissant la maîtrise d’un phénomène courant dans l’artillerie, celui des ondes de pression.

La charge thermique augmente avec le calibre mais, paradoxalement, un autre apport d’ASCALON concerne la diminution de l’usure du tube. Jusqu’alors peu contraignante, cette problématique est prégnante à l’heure où resurgit l’hypothèse d’un engagement majeur. Un conflit tel que celui en cours en Ukraine est synonyme d’intensité dans l’emploi des armements, donc d’usure accélérée et de remplacement précoce. KNDS privilégie quant à lui une durée de vie accrue pour mieux compenser le cycle difficilement compressible de création d’un tube, de l’ordre de plusieurs mois. Cette durée de vie ne peut être divulguée, mais tirer un obus‑flèche de la famille ASCALON permet de l’augmenter de 18 à 20 %.

La prise de maturité d’ASCALON est le résultat d’un investissement sur fonds propres de plusieurs dizaines de millions d’euros. Elle bénéficie aussi du soutien de la DGA depuis 2019, à l’origine de plusieurs Projets de technologies de défense (PTD). L’appui étatique de la France aura permis de faire émerger plusieurs briques, en particulier sur les munitions. Particulièrement complexe, la munition guidée de 140 mm fait l’objet d’une étude autofinancée qui doit l’amener à TRL 5 vers fin 2028.

Un éventail de connaissances et de briques technologiques parfois issues d’autres domaines ont été agrégées en ce qui concerne les munitions intelligentes, dont ce qui a été fait sur l’obus guidé de 120 mm issu du programme Polynege, l’obus d’artillerie de 155 mm Katana et la coopération sur les autodirecteurs avec des grands acteurs du domaine en France. D’autres études portent sur le chargement. Plusieurs pistes sont explorées dans ce domaine, mais toujours avec l’enjeu central de maintien de l’excellence de la capacité actuelle d’un Leclerc.

Le 120 mm n’a pas dit son dernier mot

Il n’aura fallu que deux années aux équipes françaises pour faire la preuve de l’évolutivité d’ASCALON. Dès juin 2024, KNDS dévoilait une déclinaison en 120 mm. Pourquoi ce calibre plutôt qu’un autre ? Pour l’interopérabilité qu’il garantit. Entre le Leclerc, le Leopard 2, le M‑1A2 Abrams américain, le futur Challenger 3 britannique et le K2 coréen, plusieurs milliers de chars en service contribuent à faire du 120 mm la norme au sein de l’OTAN et au‑delà. Il le restera pendant encore plusieurs décennies, comme l’annoncent les centaines de Leopard 2 remplissant aujourd’hui le carnet de commandes côté allemand. C’est un segment dans lequel il faut donc se démarquer tout en anticipant une possible bascule vers une performance accrue avec le standard de demain. ASCALON a été conçu dès l’origine dans ce but. Imaginé comme une famille d’armes de char, il permet un changement de calibre sans toucher à cet ensemble « noble », central et essentiel à la sécurité que sont la culasse et son mécanisme d’ouverture. Son architecture a par ailleurs été étudiée pour faciliter la monte et la démonte du tube par l’avant. Environ 20 minutes suffisent pour réaliser l’échange entre deux calibres identiques, démonstration à la clef devant des délégations étrangères. Basculer d’un calibre à un autre demandera quelques adaptations supplémentaires en tourelle, mais ce choix audacieux permet de proposer une gamme évolutive tout en évitant une requalification complète, coûteuse et chronophage.

Le canon d’au plus 55 calibres d’ASCALON 120, nativement téléopérable mais pouvant être aussi intégré en tourelle habitée, est en outre taillé pour accueillir et tirer toutes les munitions au standard 120 mm actuellement en service. Que celles‑ci soient allemandes, coréennes ou américaines, « l’interopérabilité de cette arme est native » à condition de rester dans la longueur de 984 mm établie par le standard OTAN et de ne pas dépasser la pression nominale admissible en chambre. Si, côté français, l’ASCALON 120 tirera la munition explosive F1 en usage plutôt que de relancer un développement, KNDS travaille depuis un moment sur une munition‑flèche optimisée implémentable sur l’obus SHARD, bientôt ajouté à l’arsenal des cavaliers français. Héritier des technologies développées pour son équivalent en 140 mm, cet obus‑flèche sera spécifiquement dimensionné pour traiter les blindages complexes combinant des protections passives et réactives de dernière génération. Plusieurs dizaines d’exemplaires ont été tirés à ce jour. Plusieurs centaines d’autres le seront d’ici à 2029 et l’atteinte du niveau TRL 7, soit une munition qualifiée qu’il restera essentiellement à industrialiser.

Des marchés à conquérir

Horizon initial d’ASCALON, le programme MGCS (Main ground combat system) prend du retard. Fixée à l’origine pour 2035, sa matérialisation a désormais glissé d’une décennie. La suite immédiate est encore incertaine. Attendue l’an dernier, la contractualisation d’un premier marché d’études et de démonstrations technologiques auprès de la coentreprise formée par KNDS France, KNDS Deutschland, Thales France et Rheinmetall reste pour l’instant lettre morte et est au mieux espérée pour fin 2026. Ce retard n’élimine pas pour autant le besoin des armées française et allemande. Un échec de la coopération n’étant plus exclu, chacun revoit ses plans pour, a minima, garantir la soudure en attendant un éventuel dénouement.

L’Allemagne privilégie ainsi le développement d’un char de nouvelle génération doté du canon Rh‑130 L/52 de 130 mm proposé par Rheinmetall pour MGCS. Livrée au‑delà de 2030 et appelée à rester en service durant 25 ans, cette nouvelle itération amène la France à suivre le mouvement pour succéder à un char Leclerc dont le retrait démarrerait en 2037. La préparation d’une capacité de char intermédiaire a donc été officialisée par l’actualisation de la loi de programmation militaire 2024‑2030 pour pallier le risque d’une rupture temporaire de capacité. Selon le plan actuel, des études seront lancées avant 2030 pour ensuite basculer sur un développement d’ici à 2035. En découlerait un programme qui ne cherchera pas à traiter des obsolescences mais à préfigurer la suite en adoptant les premières briques de robotisation, de protection active, de téléopération, ou encore de Tir au‑delà de la vue directe (TAVD).

Cette actualisation doit encore être adoptée. KNDS prépare déjà sa copie, en témoignent les concepts Leclerc Evolution et Leopard 2 A‑RC 3.0 dévoilés en 2024 et en mesure d’emporter l’ASCALON 120. Si l’option intermédiaire est actée et s’assortit de financements, un démonstrateur de char pourrait émerger dès 2030. Un prototype et un premier système de série suivraient à l’horizon 2032, permettant d’être au rendez‑vous de la fin de vie des 200 chars Leclerc rénovés. Un armement français sera privilégié au travers d’ASCALON. L’avenir dira ce qui ressortira des futurs arbitrages capacitaires, calendaires, financiers et industriels.

Du 120 au 140 mm, ASCALON est aujourd’hui un concept promu en dehors des frontières françaises. Loin d’être menacé et encore moins d’avoir disparu, le char se maintient et s’adapte, et cela passe par l’évolution de l’armement principal. KNDS se positionne dès lors tant sur MGCS que pour toutes les opportunités à portée de tir, aussi bien du côté français que du côté allemand. Les vagues d’acquisition passées et à venir, de même que les environnements technologique et géopolitique dans lesquels elles s’inscrivent, démontrent qu’un tel besoin existe. Derrière le surplus de performances, choisir ASCALON reviendrait également à préparer le terrain pour un changement ultérieur de calibre, que ce soit pour du 140 mm ou pour un calibre intermédiaire.

Si le groupe a étudié plusieurs options sur des porteurs « maison », il reste résolument ouvert à toute opportunité d’intégration en coopération avec d’autres systémiers, qu’ils soient d’Europe, d’outre‑Atlantique ou d’Asie. Un transfert industriel n’est que l’un des arguments actuellement poussés auprès de « très grands pays », en ce y compris les États‑Unis. Les travaux amont conduits par KNDS y ont d’ailleurs été remarqués. Dès 2020, l’Army Science Board (ASB), cet organe de conseil scientifique de l’US Army, avait émis un rapport dans lequel la France était citée parmi les partenaires potentiels dans la conception d’un nouveau canon de char.

Si l’effort principal bascule sur le développement autofinancé d’une variante de 120 mm devenue prioritaire, l’ASCALON 140 n’a néanmoins pas dit son dernier mot. Loin d’être finie, la bataille pour le standard de demain ne fait que passer au second plan le temps d’acter la prochaine étape en franco‑allemand ou d’envisager le lancement de tout autre programme visant le même objectif de mise sur pied d’un système de char de nouvelle génération.

Nathan Gain

areion24.news

mercredi 19 août 2026

Guerre en Iran : la défense européenne entre quête d’autonomie et dépendance stratégique réelle

 

Depuis une décennie, l’Union européenne affiche l’ambition d’acquérir une autonomie en matière de défense et une capacité d’influence qui dépasseraient la seule gestion des instabilités de son voisinage immédiat, déjà mentionnée dans sa Stratégie globale de sécurité de 2016. La guerre en Iran depuis fin février 2026 souligne pourtant le décalage entre cette rhétorique européenne, certes basée sur des acceptions variables de la notion d’autonomie stratégique selon les États membres, et les pratiques concrètes des États européens.

Avec, d’un côté, l’opération « Aspides » en mer Rouge et, de l’autre, une analyse stratégique commune sur le conflit armé entre l’Iran, les États-Unis et Israël encore largement absente, l’Union européenne (UE) apparaît tiraillée entre la volonté de protéger ses intérêts, une dépendance persistante à l’OTAN et à la puissance américaine, et une posture de retenue politique qui ne lui permet pas de déployer sa capacité d’action stratégique. La guerre en Iran fonctionne-t‑elle comme un révélateur des limites structurelles de l’autonomie stratégique européenne, ou comme un moment de consolidation de celle-ci ? 

Une vitrine d’autonomie ou un prolongement contrôlé de l’OTAN ?

L’opération « Aspides » illustre la manière dont l’UE tente d’incarner une forme de puissance à la fois défensive et normative. Mandatée pour protéger la navigation dans la mer Rouge, escorter les navires marchands et exercer le droit de légitime défense en mer, cette mission militaire maritime européenne (1) se distingue des dispositifs américains par un cadrage strict en termes de sécurité maritime et de conformité au droit international. Là où l’opération « Prosperity Guardian », pilotée par Washington, assume une logique de coalition ad hoc, « Aspides » se présente comme une réponse collective européenne centrée sur la liberté de navigation et la protection des flux commerciaux plutôt que sur la conduite d’une guerre régionale.

La guerre en Iran reconfigure néanmoins cette architecture. La menace sur les routes maritimes, la fragilisation du voisinage élargi et les risques pour les approvisionnements énergétiques poussent plusieurs États membres à envisager une extension d’« Aspides » vers le détroit d’Ormuz, au cœur de la confrontation entre les États-Unis et l’Iran. Cette perspective soulève toutefois des réticences, notamment en Allemagne, mais aussi dans d’autres capitales européennes, qui redoutent de voir une opération de sûreté maritime se transformer de facto en prolongement naval d’une stratégie américaine qu’elles ne maîtrisent pas et à laquelle elles n’ont pas été associées. La tension entre l’UE et l’OTAN apparaît ici de façon palpable : l’Alliance atlantique demeure le cadre de la puissance militaire globale et de l’articulation politico – stratégique de la guerre, tandis que l’UE joue plutôt sur le registre normatif et juridique, sans disposer pour autant des moyens de contrôler le contexte dans lequel cette défense s’inscrit.

Derrière la vitrine d’un « instrument européen » se dessine ainsi une autonomie sous contrainte. « Aspides » est mise en avant comme preuve de la capacité de l’UE à agir de façon autonome, mais sa portée, sa géographie et son évolution restent très largement conditionnées par les choix américains, la centralité de l’OTAN et les lignes rouges politiques des États membres. La défense européenne que cette mission incarne apparaît comme un niveau intermédiaire : capable de produire des dispositifs, mais encore loin de définir seule une stratégie d’ensemble.

Une position délicate pour la France

Dans ce cadre, la France occupe une place singulière. Moteur politique d’« Aspides », Paris présente l’opération comme l’expression d’une capacité européenne à assurer la protection de ses voies maritimes, de ses bases et de ses intérêts économiques, sans être réduite à un simple supplétif des décisions américaines. En parallèle, la France a renforcé sa présence militaire dans la région par le déploiement de son porte-avions Charles de Gaulle ainsi que celui de frégates, d’avions de combat et de moyens de surveillance autour du détroit d’Ormuz. Cette double dynamique – promotion d’une opération européenne défensive et engagement accru dans l’architecture occidentale de sécurité – illustre l’ambivalence d’une puissance qui revendique l’autonomie tout en assumant une solidarité atlantique étroite.

Les décisions relatives aux bases et aux survols accentuent encore ces tensions. L’Espagne ou encore l’Italie ont ainsi refusé le survol de leurs territoires nationaux aux avions américains engagés dans des frappes contre l’Iran. De son côté, la France a encadré strictement l’usage de son espace aérien par les avions militaires américains, traçant ainsi des lignes rouges explicites sur la nature de l’appui qu’elle accepte de fournir. Ces choix ne relèvent pas seulement de considérations techniques : ils donnent forme à une stratégie de retenue, qui vise à dissocier l’UE de la conduite de la guerre par les États‑Unis.

Au fond, la guerre dans le golfe Arabo – persique constitue un révélateur supplémentaire de la fragmentation de la défense européenne, qui repose pour l’heure sur une addition de prudences nationales, prise entre une quête d’autonomie – portée par le discours, en particulier mis en avant par la France, sur la souveraineté stratégique et par des instruments comme l’opération « Aspides » – et une dépendance stratégique toujours réelle à l’OTAN et aux États-Unis, qui continuent de structurer la relation transatlantique. 

Note

(1) Voir ma précédente chronique sur le sujet : « La défense européenne face au défi géopolitique en mer Rouge », Défense & Sécurité Internationale, no 170, mars-avril 2024, p. 34-35.

Delphine Deschaux-Dutard

areion24.news