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jeudi 23 juillet 2026

La Caraïbe à l’épreuve de Trump 2.0 : recompositions géopolitiques d’un bassin stratégique

 

Souvent cantonnée à des images tropicales de carte postale, longtemps oubliée des grands enjeux géopolitiques, disparue des écrans radar de l’actualité internationale depuis la guerre froide, dont la crise de Cuba, en 1962, a constitué le paroxysme, la Caraïbe a brusquement fait son retour sur le devant de la scène internationale. 

Le 3 janvier 2026, la Caraïbe, à l’instar du reste de la planète, s’est réveillée sidérée à l’annonce du déclenchement de l’opération « Absolute Resolve », qui a abouti à l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, qui était au pouvoir depuis 2013. Les images de Caracas bombardée et les photos du chef d’État menotté ont fait basculer l’ensemble de la sous-région dans une séquence géopolitique inédite, dont on peut légitimement se demander dans quelle mesure elle inaugure une nouvelle ère. De fait, cet événement semble marquer moins un épisode isolé qu’un basculement stratégique durable pour cet ensemble géographique encore largement méconnu.

Au croisement des Amériques du Nord et du Sud, cet espace regroupe les territoires continentaux et insulaires bordant la mer des Caraïbes : ce vaste « lac intérieur » de plus de 2,5 millions de kilomètres carrés en constitue le cœur et façonne son unité. S’y concentrent 180 millions d’habitants, répartis entre 39 entités politiques présentant une grande hétérogénéité statutaire : 22 États souverains (1) y côtoient 17 microterritoires insulaires non indépendants.

L’influence états-unienne dans la Caraïbe au XXe siècle

Véritable « Méditerranée américaine », la Caraïbe a longtemps été considérée comme l’arrière-cour des États-Unis. Depuis la proclamation de la doctrine Monroe, en 1823, et son corollaire, la doctrine Roosevelt, en 1904, le grand voisin n’a eu de cesse de modeler un espace politique favorable à ses intérêts stratégiques et commerciaux. De sa participation militaire à l’indépendance de Cuba, en 1898, à l’inauguration du canal de Panama, en 1914, et au coup d’État au Guatémala, en 1954, ainsi qu’en République dominicaine, en 1963, jusqu’à ses invasions de Grenade, en 1983, et du Panama, en 1989, Washington a longtemps été le principal acteur géopolitique régional. L’omniprésence états-unienne a pourtant connu une moindre intensité depuis le début des années 1990, avec la fin de la guerre froide, puis un net désinvestissement au tournant des années 2000, le regard de la Maison-Blanche se tournant alors davantage vers le Proche et le Moyen-Orient dans le cadre de sa lutte antiterroriste. Ce relatif retrait diplomatique a favorisé l’émergence de nouveaux acteurs régionaux, au premier rang desquels la République populaire de Chine (RPC), devenue depuis lors le premier partenaire économique de nombreux États caribéens.

Cette dynamique de recul de l’influence états-unienne dans la Caraïbe a pris fin avec le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump, en janvier 2025. Celui-ci a engagé un processus de recentrage diplomatique qui fait de l’Amérique latine en général, et de la Caraïbe en particulier, la nouvelle priorité sécuritaire de Washington. Deux textes directeurs, la Stratégie de sécurité nationale, publiée en décembre 2025, et la Stratégie de défense nationale, parue en janvier 2026, ont clairement exprimé cette réorientation. On peut lire dans cette dernière : « After years of neglect, the Department of War will restore American military dominance in the Western Hemisphere » (2). Ainsi, le continent américain est au cœur de cette nouvelle doctrine géopolitique, et la Caraïbe y est perçue comme un espace de vulnérabilités stratégiques. Ce nouvel arc de crises, mêlant instabilités politiques, menaces internes et rivalités extérieures, s’exprime à travers quatre grands « fronts » géopolitiques : le narcotrafic, les flux migratoires, la question énergétique et la concurrence d’acteurs extrarégionaux structurent désormais prioritairement l’agenda régional du président américain.

La guerre contre la drogue

Présentée comme le principal motif du déploiement du groupe aéronaval américain dans la mer des Caraïbes dès l’été 2025, la guerre contre la drogue constitue le énième avatar du mot d’ordre lancé par le président Richard Nixon (1969-1974) au début des années 1970. Elle s’est traduite par le bombardement, en dehors de tout cadre légal, de plusieurs dizaines de go fast soupçonnés de transporter de la cocaïne depuis le Vénézuéla. C’est également ce prétexte qui a été utilisé pour accuser Maduro d’être un narcotrafiquant et justifier l’opération coup de poing lancée contre Caracas en ce début d’année 2026. Force est de constater que ce narratif, ressassé à l’envi, se heurte à plusieurs limites.

D’une part, les deux tiers des 3 700 tonnes de cocaïne produites chaque année au sein du triangle andin (3) circulent non par la mer des Caraïbes, mais par l’océan Pacifique. D’autre part, le Vénézuéla n’est pas un pays producteur, mais de transit : seule une proportion de 10 % à 12 % de la cocaïne à destination des marchés américain et européen part des côtes vénézuéliennes. Enfin, le discours guerrier de Washington n’a que très peu soulevé la question du fentanyl, drogue provenant essentiellement du Mexique, qui est pourtant à l’origine de la majorité des morts par overdose sur le sol des États-Unis. La cohérence stratégique de la lutte contre le trafic de drogue doit également être rapprochée de la volonté de juguler les flux migratoires. Aux yeux de l’administration Trump, ces deux dimensions sont intimement liées.

La cible de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement)

Si cette problématique était déjà présente lors du premier mandat de Trump (2017-2021), elle a pris une tournure particulièrement radicale depuis le début du second. Déjà visées lors de la campagne présidentielle (4), les populations originaires de la Caraïbe sont devenues la cible de la tristement célèbre ICE, la police fédérale de l’immigration. D’après un rapport de la Brookings Institution (5), l’un des plus anciens think tanks américains spécialisés dans les sciences sociales, le solde migratoire net des États-Unis a été négatif en 2025, une première depuis un demi-siècle (6).

La volonté de lutter contre ces flux illégaux se manifeste selon deux dynamiques géopolitiques régionales. La première tient à une déstabilisation accrue de certains pays en crise : c’est le cas du demi-million d’Haïtiens et des 350 000 ressortissants vénézuéliens qui ont fui leur pays d’origine. Ils sont aujourd’hui menacés de devoir y retourner du fait de la révocation par le gouvernement américain, en juin 2025, du « statut de protection temporaire » (TPS) dont ils bénéficiaient. Si, pour le moment, cette mesure a été suspendue par la justice fédérale américaine, son application se traduirait par un retour forcé de ces populations dans des États affaiblis, incapables de gérer un afflux d’une telle ampleur. Une seconde dynamique concerne l’externalisation du contrôle migratoire : alors que la grande majorité des migrants expulsés sont renvoyés dans leurs pays d’origine, ils sont de plus en plus nombreux à être déplacés vers des pays tiers pour y être emprisonnés. À cet égard, le cas le plus emblématique est le transfert, au Salvador, de plusieurs centaines de Vénézuéliens accusés d’appartenir au gang Tren de Aragua : ils ont été enfermés dans le Centre de confinement du terrorisme (CECOT), une prison de haute sécurité construite au Salvador par le président Nayib Bukele (depuis 2019) dans le cadre de sa « guerre contre les gangs ». La conjonction de ces deux phénomènes participe d’un paradoxe, puisqu’ils fragilisent les équilibres caribéens alors même que le discours de Washington insiste sur la nécessité de sécuriser la région.

La Caraïbe dans la rivalité sino-américaine

Par-delà ces motivations renvoyant aux aspirations de la base électorale MAGA (Make America Great Again, « Rendre sa grandeur à l’Amérique »), un dernier axe est promu par la diplomatie Trump 2.0 : déloger les compétiteurs stratégiques de Washington de sa sphère d’influence traditionnelle. La Chine de Xi Jinping (depuis 2013) est la première visée : ses échanges commerciaux avec les pays latino-américains ont été multipliés par plus de cinquante depuis le début du XXIe siècle (7), et la RPC est désormais le premier ou le deuxième partenaire commercial de la plupart des États caribéens. Nombre d’entre eux, à l’image d’Antigua-et-Barbuda, de la Jamaïque, du Nicaragua ou de Trinité-et-Tobago, ont adhéré au projet des nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative — BRI) et ont reçu des investissements massifs de Pékin pour développer leurs infrastructures de transport. En parallèle, Taïwan, obsession politique chinoise reconnue aujourd’hui par seulement une douzaine d’États dans le monde, a perdu, en l’espace d’une décennie, trois alliés caribéens : le Panama, en 2017, la République dominicaine, en 2018, et le Honduras, en 2023, se sont tournés vers Pékin. Ainsi, la Caraïbe est progressivement devenue une ligne de front de la rivalité systémique sino-américaine, expliquant la volonté trumpienne de réaffirmer son contrôle sur cet espace.

Dans ce contexte, le Panama fait office de cas d’école. Dès son discours d’investiture, Trump a dénoncé la présence chinoise autour de ce qu’il considère comme « son » canal de Panama : « La Chine exploite le canal de Panama, et nous ne l’avons pas donné à la Chine, nous l’avons donné au Panama. Et nous allons le reprendre. (8) » Les pressions diplomatiques ont été telles que le gouvernement panaméen n’a eu d’autre choix que de céder aux exigences de Washington : l’armée américaine stationne de nouveau sur le sol panaméen, et les navires de l’US Navy peuvent désormais traverser gratuitement le canal. Par ailleurs, les autorités panaméennes ont annoncé, fin février, reprendre le contrôle des ports situés aux deux extrémités du canal — Cristóbal, côté océan Atlantique, et Balboa, côté Pacifique — après l’annulation en justice de la concession accordée au groupe hongkongais CK Hutchison.

Quelles conséquences après l’intervention au Vénézuéla ?

L’intervention américaine à Caracas peut également être analysée au prisme de cette rivalité : depuis le début des années 2000, la Chine a investi plus de 60 milliards de dollars au Vénézuéla, qui lui en doit encore aujourd’hui le quart, soit 15 milliards (9). La mainmise de la Maison-Blanche sur les exportations de brut vénézuélien fragilise particulièrement la position de Pékin, qui avait accepté le principe d’un remboursement de la dette vénézuélienne sous forme de livraisons de pétrole. La chute de Maduro, en privant la RPC d’un allié dans la région, d’un créancier sous contrainte et d’une partie de ses approvisionnements énergétiques, constitue ainsi un signal politique fort, tant à destination de la Chine que des États qui seraient tentés de nouer avec elle des liens trop étroits : « America is back ! »

La volonté de contrôle hémisphérique, dans un contexte de retour à une logique de blocs, explique également la priorité accordée par Washington à son indépendance énergétique à long terme. Dès la première prise de parole de Trump après l’intervention de janvier, ce n’est plus de narcotrafic qu’il a été question, mais bien d’exploitation pétrolière, dont le Vénézuéla possède les premières réserves prouvées au monde (10). Certes, de nombreux freins persistent quant à l’exploitation du brut vénézuélien : lourd et visqueux, il est extrêmement difficile à extraire et à raffiner. De plus, l’appareil industriel vénézuélien est dans un état avancé de délabrement du fait d’une corruption massive ayant entrainé un manque systématique d’entretien.

Il n’en demeure pas moins que l’or noir reste une motivation conséquente pour l’administration américaine, dont les choix diplomatiques répondent à des intérêts politiques intérieurs et renvoient à la lutte contre les influences extérieures. À l’échelle nationale, les raffineries du Nouveau-Mexique et du Texas sont parfaitement adaptées au brut vénézuélien, avec à la clé la sécurité de l’emploi pour des centaines de milliers de travailleurs américains du secteur, qui sont autant d’électeurs potentiels à quelques mois des élections de mi-mandat (midterms), annoncées comme périlleuses pour le pouvoir en place.

À l’international, outre les Chinois, ce sont également les Iraniens et les Russes qui sont visés. Ces deux pays étaient, eux aussi, particulièrement présents au Vénézuéla via des accords de coopération pétrolière : en 2022, un contrat énergétique de vingt ans avait été signé entre le régime des mollahs et la République bolivarienne et, en 2025, Moscou et Caracas avaient approuvé la prolongation, pour quinze ans, des coentreprises entre la société d’État PDVSA (Petróleos de Venezuela SA) et le géant pétrolier russe Roszarubezhneft (11). Ces rapprochements sont aujourd’hui menacés, tout comme l’influence de Moscou et de Téhéran, qui avaient utilisé le Vénézuéla comme porte d’entrée dans la région caribéenne. Cette politique d’appropriation des ressources permet ainsi à la Maison-Blanche de rassurer ses électeurs tout en repoussant hors du continent ses rivaux stratégiques. Les récentes visites à Caracas du chef de l’US Southern Command (SOUTHCOM), le général Francis L. Donovan, et du secrétaire à l’Intérieur, Doug Burgum, semblent confirmer la mainmise grandissante des États-Unis sur les ressources vénézuéliennes.

Dans ce nouveau grand jeu, Washington n’hésite pas à utiliser la contrainte politique et économique pour discipliner ses alliés régionaux. Comme l’a clairement montré l’absence d’alternance démocratique à Caracas, plus que la défense de la liberté, c’est désormais la loyauté à l’égard du grand voisin qui est devenue le critère central des relations bilatérales entre les États-Unis et les pays de la Caraïbe. Trump joue alternativement sur la conditionnalité de l’aide économique, les menaces de droits de douane supplémentaires et l’ingérence politique directe. De fait, les coups de pression diplomatiques sont légion et se traduisent par un interventionnisme assumé dans les processus électoraux.

CUBA et L’Amérique centrale face au géant américain


Vers un alignement politique

Au Honduras, le candidat de la droite, Nasry Asfura, a été ouvertement soutenu par Trump, avant d’être élu fin novembre 2025 et d’entrer en fonction fin janvier dernier, malgré des soupçons d’irrégularités dénoncés par ses adversaires, ainsi que par la mission électorale de l’Union européenne. Autre illustration de cet interventionnisme décomplexé : le président américain avait gracié et libéré, la veille du scrutin, le mentor politique du candidat Asfura, l’ancien président Juan Orlando Hernández (2014-2022), qui purgeait une peine de quarante-cinq ans de prison pour trafic de drogue aux États-Unis. Washington n’a de cesse de promouvoir la prime à la fidélité et à l’alignement idéologique.

Au Costa Rica, la récente victoire aux élections présidentielles de Laura Fernández Delgado, la candidate du parti conservateur — dont l’investiture débutera en mai —, s’est en grande partie bâtie sur un discours sécuritaire en phase avec les attentes états-uniennes et la volonté affichée d’employer les mêmes méthodes qu’au Salvador pour lutter contre la criminalité. Alors que des élections doivent encore avoir lieu en Colombie (12) et en Haïti (13), d’autres ingérences états-uniennes ne sont pas à exclure et pourraient contribuer à remodeler un paysage politique caribéen en phase avec le discours de Trump 2.0.

Cuba, une priorité dans la région ?

Dans cette optique, Cuba est tout particulièrement dans le viseur de Washington : « Je vais m’en occuper », a récemment déclaré Trump à son sujet. Caillou dans la chaussure américaine depuis l’arrivée au pouvoir des Barbudos en janvier 1959, le pouvoir castriste est plus que jamais menacé. La chute de Maduro a sonné le glas de l’aide énergétique jusque-là apportée par Caracas, qui représentait plus de la moitié de la consommation cubaine. Ce blocus renforcé autour de l’ile ne laisse que peu d’espoir : le pays est économiquement asphyxié, les coupures d’électricité sont monnaie courante, le tourisme s’effondre à la suite de la décision de nombreuses compagnies aériennes d’interrompre leurs vols (14). Même les brigades médicales cubaines, pourtant connues dans le monde entier, ne peuvent plus intervenir.

Affaiblie par un effondrement économique sans précédent, La Havane, qui a jusqu’ici réprimé avec la plus grande fermeté les manifestations populaires réclamant la fin du régime, semble contrainte d’envisager des concessions telles que la libération de prisonniers politiques. Pour autant, rien ne dit qu’un changement de régime se profile à l’horizon. Certes, à l’approche de midterms très incertaines, la chute du régime cubain pourrait constituer une victoire de taille pour l’administration en place et pour Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, d’origine cubaine, qui en a fait son mantra depuis ses débuts en politique. Toutefois, une tentative de transition brutale à La Havane pourrait générer une instabilité migratoire et sécuritaire majeure, que Washington devrait ensuite gérer directement. De plus, l’exemple vénézuélien a montré que, plus que la promotion de la démocratie, c’est celle de ses intérêts propres qui motive les décisions prises à la Maison-Blanche. La perspective d’un deal portant sur l’ouverture du marché cubain et la maitrise des flux migratoires pourrait être, en définitive, perçue comme tout aussi porteuse et moins risquée que la fin d’un régime castriste, qui a fait ses preuves en matière de contrôle de la population. Ici encore, les équilibres géopolitiques régionaux restent en grande partie soumis aux priorités internes de Trump ainsi qu’à la politique transactionnelle qu’il revendique.

Une impossible neutralité pour les États caribéens

La Caraïbe se retrouve au premier rang d’une diplomatie américaine recentrée sur son hémisphère. La volonté trumpienne de remodeler son espace proche affecte en profondeur les équilibres géopolitiques régionaux. Face à une neutralité devenue intenable, chaque État caribéen se voit contraint de se positionner face aux injonctions de Washington. Les divergentes observées d’un pays à l’autre témoignent ainsi d’une solidarité régionale mise à rude épreuve. Certains, comme la République dominicaine et Trinité-et-Tobago, se sont parfaitement alignés sur les demandes du président américain et ont ouvert leurs bases militaires aux soldats états-uniens. D’autres ont adopté des positions beaucoup plus mesurées, parfois même critiques, à l’image d’Antigua-et-Barbuda, de Sainte-Lucie ou de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, dont des navires de pêche ont encore récemment été visés par des frappes américaines. Mais cette distance diplomatique est-elle viable à long terme face à un voisin aux méthodes désinhibées ? À l’exception notable de la Colombie et du Vénézuéla, la Caraïbe est composée de petits, voire de très petits États, qui ne font pas le poids face à la puissance asymétrique des États-Unis : que peuvent Saint-Kitts-et-Nevis, peuplé de seulement 46 000 habitants, ou le Belize, qui en compte 400 000, face aux volontés du locataire de la Maison-Blanche ? D’autant plus que les économies de ces États sont extrêmement dépendantes du grand voisin, que ce soit en matière de tourisme, d’échanges commerciaux ou de politique de visas.

Au cœur d’une hybridation entre politique intérieure et enjeux géopolitiques, les nouvelles orientations diplomatiques de Washington marquent la fin de la parenthèse post-guerre froide dans la Caraïbe. Ce retour assumé d’une logique de sphère d’influence fait de la région un espace pivot de la rivalité systémique entre les États-Unis et leurs grands compétiteurs. Face aux pressions économiques, aux menaces fiscales, aux ingérences politiques et aux interventions militaires, les États caribéens se retrouvent singulièrement démunis, et la région, déjà ébranlée après une année, risque de ressortir profondément fracturée du second mandat de Donald Trump.

Notes

(1) Cet article ne tient pas compte du Mexique.

(2) En français : « Après des années de négligence, le ministère de la Guerre va rétablir la suprématie militaire américaine dans l’hémisphère occidental ». Department of War, 2026 National Defense Strategy, janvier 2026, p. 17 (https://​tinyurl​.com/​4​y​b​v​u​u9z).

(3) La Colombie, le Pérou et la Bolivie sont les trois principaux producteurs de cocaïne.

(4) Les Haïtiens avaient été accusés de manger les animaux domestiques par J. D. Vance, alors colistier de Donald Trump.

(5) Wendy Edelberg, Stan Veuger, Tara Watson, « Macroeconomic implications of immigration flows in 2025 and 2026: January 2026 update », Brookings, 13 janvier 2026 (https://​tinyurl​.com/​5​2​n​a​9​4ut).

(6) Selon ce rapport, le solde net migratoire est estimé, en 2025, entre -10 000 et -295 000 personnes.

(7) Passant d’une valeur de 10 milliards de dollars en 2000 à plus de 518 milliards de dollars en 2024.

(8) The White House, « The Inaugural Address », 20 janvier 2025 (https://​tinyurl​.com/​y​v​p​a​d​9zs).

(9) Selon un centre de recherche stratégique belge : Transatlantic Task Force, « China-Venezuela Relations », Beyond Horizon, 19 décembre 2025 (https://​tinyurl​.com/​m​p​m​j​r​8yx).

(10) Réserves estimées à plus de 330 milliards de barils.

(11) Mayela Armas, « Venezuela approves 15-year extension of Russia-linked oil joint ventures », 20 novembre 2025 (https://​tinyurl​.com/​4​x​b​u​t​5ym).

(12) Élections législatives le 8 mars ; premier tour de l’élection présidentielle le 31 mai ; éventuel second tour de l’élection présidentielle le 21 juin.

(13) Élections générales le 30 aout ; éventuel second tour de l’élection présidentielle le 6 décembre.

(14) Faute de pouvoir refaire les pleins de kérosène sur place.

Laurent Giacobbi

areion24.news