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mercredi 22 juillet 2026

UE-Mercosur : les enjeux agricoles d’un accord contesté

 

Le 17 janvier 2026, après vingt-six ans de négociations, la Commission européenne a signé l’accord de libre-échange entre les Vingt-Sept et le Marché commun du Sud (Mercosur). Contesté par les agriculteurs, qui dénoncent une concurrence déloyale, il a été suspendu par le Parlement européen le temps de son examen par la Cour de justice de l’Union européenne (UE).

est en 1991 que quatre pays sud-­américains (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) forment le Mercosur et abolissent ainsi entre eux les barrières douanières. Ils adoptent des tarifs communs vis-à-vis de l’extérieur, formant un marché de 268,9 millions d’habitants en 2025, tout comme les Européens l’ont fait lors de la création de la Communauté économique européenne (CEE) en 1957, qui a abouti à l’UE, vaste zone de 27 États comptant 450,4 millions d’habitants. En 1999, les deux ensembles lancent des négociations dans l’objectif d’adopter un traité de libre-échange pour renforcer leurs liens économiques. Dès lors, les discussions progressent lentement et sont à plusieurs reprises suspendues en raison de fortes divergences sur l’agriculture et les normes environnementales, avant de reprendre en 2016, puis en 2024.

Le renforcement des échanges commerciaux

L’UE est le deuxième partenaire commercial des pays du Mercosur, après la Chine ; elle est aussi le premier investisseur étranger dans la région sud-américaine, avec un stock de 390 milliards d’euros en 2023. À l’inverse, le Mercosur n’est que le dixième partenaire de l’UE pour les échanges de marchandises. Au total, ceux-ci se chiffrent à plus de 110 milliards d’euros (53,3 milliards pour les exportations et 57 milliards pour les importations), soit une balance commerciale légèrement déficitaire pour l’UE. Le Brésil concentre à lui seul 80 % des flux. Ces échanges ont augmenté de 36 % en dix ans et concernent en 2024, pour les importations en provenance du Mercosur, surtout des produits agricoles (soja, café ; 42,7 %) et des produits minéraux (30,5 %), alors que les exportations européennes sont majoritairement des machines et appareils (28,1 %) ainsi que des produits chimiques et pharmaceutiques (25 %).

L’accord de libre-échange prévoit la suppression progressive de plus de 90 % des droits de douane entre le Mercosur et l’UE. Il permet l’importation de nombreux produits sud-américains en Europe, avec des quotas annuels fixés sur certaines denrées agricoles. Ce sont 99 000 tonnes de bœuf qui pourront être exportées vers l’UE à un taux préférentiel (7,5 %), ainsi que 60 000 tonnes de riz et 45 000 tonnes de miel sans aucun obstacle tarifaire. Du côté du Mercosur, les droits de douane seront progressivement éliminés sur des produits européens, tels que les voitures, les machines, les vêtements, le vin, les fruits frais ou le chocolat. En établissant la plus vaste zone de libre-échange au monde, la Commission européenne promet que l’accord sera « gagnant-gagnant », créant des « opportunités de croissance, d’emploi et de développement durable des deux côtés ». Elle table sur une augmentation de 39 % des exportations annuelles des entreprises européennes vers le Mercosur (soit 49 milliards d’euros), soutenant ainsi des centaines de milliers d’emplois dans l’UE. Déjà signataire de partenariats importants avec le Royaume-Uni, le Japon et le Canada, elle y voit également un signal géopolitique fort en faveur du multilatéralisme, face au protectionnisme des puissances américaine et chinoise.

Mobilisation du monde agricole

Depuis 2024, les agriculteurs européens, en particulier français, sont mobilisés pour dénoncer cet accord, qu’ils jugent déloyal en raison des coûts de production différents liés aux normes environnementales et sociales européennes, plus strictes que celles appliquées dans les pays du Mercosur. En décembre 2025, des manifestations et des blocages massifs dans toute la France contre la gestion de la crise sanitaire de la dermatose nodulaire, qui prévoit l’abattage des troupeaux touchés, et surtout contre l’accord UE-Mercosur, ont convergé en janvier 2026, avec des agriculteurs d’autres États européens, vers Bruxelles et Strasbourg pour tenter de mettre la pression sur les institutions européennes. L’opposition au traité de la France, de l’Irlande, de la Pologne, de la Hongrie et de l’Autriche n’a pas suffi à constituer une minorité de blocage au Conseil européen ; l’Italie, après quelques tergiversations, a finalement voté en sa faveur. Le 21 janvier 2026, les députés européens ont adopté à une courte majorité (334 voix pour, 324 contre et 11 abstentions) la saisine de la Cour de justice de l’UE, ce qui suspend le processus de ratification d’au moins un an, le temps qu’elle rende son avis.

A contrario, l’accord de libre-échange entre l’UE et l’Inde, signé le 27 janvier 2026, est presque passé inaperçu, les filières agricoles en ayant été exclues à la demande de New Delhi : pour le pays asiatique, l’agriculture est un domaine sensible qui emploie 55 % des actifs et fait vivre la moitié des 1,46 milliard d’habitants.


Accord libre-échange entre le Mercosur et l'Union européenne


Accords de libre-échange de l'Union Européenne


Thibaut Courcelle

Laura Margueritte

areion24.news