Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 30 septembre 2026

Le cartel de Sinaloa fabrique en Afrique australe pour viser l’Australie

 

A leur arrivée à Johannesburg, les touristes mexicains ont expliqué aux agents de l'immigration qu'ils venaient voir les Big Five des parcs animaliers sud-africains, les éléphants, rhinocéros, lions, léopards et buffles qui attirent des millions de visiteurs chaque année.

C'étaient en fait des chimistes envoyés par le redoutable cartel mexicain de Sinaloa pour mettre en place un laboratoire de méthamphétamine à l'échelle industrielle dans le pays, selon la police. Un parmi les sept découverts lors des descentes qui se sont multipliées ces deux dernières années en Afrique du Sud, d'après les enquêteurs.

La police sud-africaine soupçonne cette importante installation située près de Swartruggens, à 175 km au nord de Johannesburg, de faire partie d'un réseau que le cartel de Sinaloa a mis en place en Afrique australe pour approvisionner l'Australie, où la méthamphétamine atteint des prix records.

Cinq tonnes de drogue par mois

Ce labo avait la capacité de produire cinq tonnes par mois de cette drogue de synthèse hautement addictive, a indiqué Ze-ev Krein, chef de la section luttant contre le trafic international de drogue au sein du Directorate for Priority Crime Investigations (DCPI). L'équivalent de près d'un milliard d'euros au prix de gros sur le marché australien.

«Dans un cas précis», après une saisie cette année «en Australie, nous cherchons à établir que la méthamphétamine provenait du laboratoire de Swartruggens», révèle son supérieur Devon Naicker, à la tête de l'Office des stupéfiants (Saneb) du DCPI, unité d'élite de la police sud-africaine surnommée les Hawks.

Le «passage par le port de Durban» (côte est) de la drogue et la «manière dont elle était conditionnée» portent à croire qu'elle a été fabriquée dans cette ville au charme suranné, précise-t-il.

L'Afrique du Sud «est l'endroit parfait» pour produire cette drogue, observe une source sécuritaire, citant «l'immensité des espaces» qui permet de dissimuler les labos, «les connexions maritimes ou aériennes» qui relient le pays au monde entier et «la corruption» qui facilite les trafics.

Le marché australien de la drogue très lucratif

Près d'un tiers du commerce du pays se fait avec la Chine et l'Inde, où sont fabriqués les ingrédients essentiels entrant dans la composition de la méthamphétamine. La police australienne a confirmé auprès de l'AFP une «intensification des activités des cartels mexicains sur le marché australien», même si elle n'a pas souhaité commenter l'existence d'un tel trafic avec l'Afrique du Sud «en raison de la sensibilité des opérations».

En janvier dernier, une femme de 32 ans a été arrêtée à son arrivée en avion à Sydney depuis l'Afrique du Sud avec 39 kg de méthamphétamine sous forme de «poudre» dissimulés dans ses bagages.

L'Australie est, avec la Nouvelle-Zélande, le «marché de la drogue le plus lucratif au monde», relevait en 2024 un rapport conjoint de l'agence américaine de lutte contre le trafic de drogue (DEA) et des services de police des deux pays océaniens.

Le tarif y est, selon ce rapport, 65 à 100 fois plus élevé qu'aux Etats-Unis et, «à l'exception du cannabis, la méthamphétamine est la drogue illicite la plus consommée» là-bas.

Seize ressortissants mexicains arrêtés depuis 2014

Par le passé, la police australienne a déjà établi que des sections locales des Comancheros, gangs de motards accusés d'être liés notamment au trafic de méthamphétamine, s'approvisionnaient en drogues notamment auprès du cartel de Sinaloa.

Les différentes enquêtes en cours dessinent une toile du cartel de Sinaloa en Afrique australe et un mode opératoire que l'on retrouve en Afrique de l'Ouest au Nigeria, où les cartels mexicains ont également fait leur retour.

Au total, seize ressortissants mexicains ont été arrêtés lors de coups de filet sur des laboratoires différents depuis 2024 en Afrique du Sud.

Internationale du crime hétéroclite

La toute première installation à porter la signature du cartel mexicain dans le pays est un laboratoire découvert en 2020 dans la petite ville agricole de Marble Hall, blottie dans les champs à plus de 200 km au nord-est de Johannesburg.

A Swartruggens, le laboratoire tournait depuis au moins mars 2025, date d'entrée des ressortissants mexicains en Afrique du Sud avec un visa de tourisme d'une validité de trois mois.

Les treize prévenus dans cette affaire forment une présumée internationale du crime hétéroclite: cinq Mexicains, deux Mozambicains, un Zimbabwéen, cinq Sud-Africains, dont quatre Afrikaners membres de la famille propriétaire de la ferme où la drogue était produite. Ils ont été cueillis en mai sur le plus gros labo démantelé dans le pays cette année, par sa taille et la quantité de drogue saisie (481 kg).

«Cette organisation criminelle semble cibler les agriculteurs en difficulté, mais pas toujours», explique une source ayant connaissance de l'enquête.Dans le cas de Swartruggens, la famille venait d'acheter, en 2024, cette réserve privée. Les parents doivent en outre comparaître dans une autre affaire pour avoir loué un terrain où était fabriqué du mandrax (méthaqualone), une drogue sédative destinée au marché local.

Des produits chimiques venus d’Asie

Si les labos se trouvent toujours dans des exploitations agricoles, «ils sont proches des routes nationales», observe Ze-ev Krein. Swartruggens n'échappe pas à la règle. Les maisons y ont poussé autour de la nationale 4, grand axe bordé d'une église à l'architecture coloniale néerlandaise évoquant un glaçage pâtissier.

«Ils ont besoin d'un approvisionnement continu en produits chimiques sur le site», explique Devon Naicker. Le patron du Saneb estime par exemple à cinq tonnes la quantité de solvants, réactifs et catalyseurs retrouvée en août au laboratoire de Musina (nord), à la frontière avec le Zimbabwe - dans une opération menée en coopération avec la DEA et le département de la Sécurité intérieure américain.

Ces produits affluent depuis l'Inde et la Chine via les ports sud-africains, d'après les enquêteurs. En avril 2023, un container suspect a été repéré par les douanes à son entrée à Durban, le troisième port en volume de marchandise du continent. Sa filature jusqu'à un centre de stockage de Midrand, à mi-chemin entre Pretoria et Johannesburg, avait permis aux forces de l'ordre de mettre la main sur cinq autres unités de stockage pleines de produits chimiques et d'équipements.

Échelle industrielle

Autre signe distinctif de ces labos, l'installation à l'échelle industrielle, caractéristique du cartel d'après les forces de l'ordre.

C'est sans doute le cas de celui découvert à Klipvoor début septembre, encore dans une ferme, située à environ 200 km au nord de Johannesburg. «Cela ressemble à une configuration mexicaine», selon Devon Naicker.

En plus d'employer la méthode dite P2P, à partir de phényl-2-propanone, introuvable auparavant en Afrique du Sud, les cartels contournent la liste des substances réglementées des Nations unies en fabriquant eux-mêmes les précurseurs (matière première chimique) de la méthamphétamine.

Cette étape «dégage une odeur vraiment nauséabonde», d'après Devon Naicker. «On peut la sentir à des kilomètres si le vent souffle dans cette direction. C'est l'une des raisons pour lesquelles ils choisissent des sites isolés», décrypte-t-il. Les cuves de réaction de centaines de litres retrouvées portent aussi la marque des cartels.

Les petites mains des cartels

«C'est du matériel industriel, mais fabriqué à la main. On ne le trouve nulle part en magasin. On pense qu'ils font venir leurs propres chaudronniers pour construire toutes ces cuves que vous voyez», détaille une source ayant connaissance de l'enquête.

«De hauts responsables de l'organisation viennent mettre le réseau en place, puis laissent des compatriotes sur place pour le gérer, notamment des personnes maîtrisant la chimie pour fabriquer la méthamphétamine», décrit Devon Naicker.

Dans d'autres cas, ils apprennent à des locaux la fabrication puis se contentent de venir vérifier que tout se passe bien, comme dans le labo démantelé en février 2024 à Krugersdorp, à 36 km au nord-ouest de Johannesburg.

Dans tous les cas, «ceux qui sont attrapés sont en bas de la chaîne», estime une source ayant connaissance de l'enquête. Les cinq Mexicains arrêtés en mai à Swartruggens font partie de ceux-là.

Ils ont dit venir voir les Big Five et ensuite, d'après leur récit, ils auraient été retenus contre leur gré par la personne venue les récupérer à l'aéroport, privés de leur passeport et abandonnés dans ces endroits isolés.

Pour des otages, une source ayant connaissance de l'enquête les trouve «très bien traités». «Leur nourriture était haut de gamme, leurs bouteilles d'alcool aussi,» s'amuse-t-elle. Et pour des amateurs de safari, ils n'avaient aucune idée de l'identité des cinq animaux faisant partie des Big Five, ricane-t-elle.

Le modèle mexicain s’étend au Nigeria

Exactement le même schéma s'observe au Nigeria, où la production et le trafic de méthamphétamine soupçonnés d'être liés aux cartels mexicains de Sinaloa et de Jalisco Nouvelle Génération sont revenus une décennie après que les autorités pensaient s'en être débarrassées.

Dans ce pays, bénéficiant également de vastes étendues de campagne reculée et au trafic portuaire et aérien intenses, les cartels «sont venus transmettre leur expertise technique à leurs collaborateurs locaux», explique un porte-parole de la National Drug Law Enforcement Agency (NDLEA), Femi Babafemi.

«Après qu'ils ont été chassés, les collaborateurs locaux ont pris le relais.» En dix ans, 28 laboratoires clandestins de méthamphétamine ont été démantelés, dont cinq impliquant des Mexicains.

Avant que les autorités ne fassent une descente en mai dans le laboratoire de l'État rural d'Ogun (sud-ouest), les habitants d'Abidagba et du village voisin d'Iroto s'étaient réjouis de l'intensification de l'activité dans la forêt proche.

Il y avait des constructions et «nous avons entendu des rumeurs selon lesquelles ils allaient y construire un lotissement», raconte Florence Banjo, 59 ans. «J'étais contente qu'ils finissent enfin par goudronner la route qui mène à notre village.»

Le plus grand laboratoire de meth jamais découvert

À la place, les nouveaux voisins ont construit le plus grand laboratoire de méthamphétamine jamais découvert au Nigeria. Sept Nigérians et trois Mexicains, accusés de liens avec des cartels, ont été arrêtés. Un autre ressortissant mexicain a été appréhendé lors d'un coup de filet en juin, dans l'État d'Oyo (sud-ouest).

«La production industrielle constatée dans les deux laboratoires confirme qu'ils ciblaient le marché international, en particulier l'Europe, l'Asie du Sud-Est et l'Océanie», dit M. Babafemi. Selon lui, cette montée en puissance des cartels s'explique en partie par le fait que la production en Amérique latine est soumise à une pression accrue des gouvernements de la région et des États-Unis.

Même au Mozambique, considéré jusqu'à il y a quelques années comme un pays où la drogue ne faisait que passer, deux ressortissants mexicains ont été arrêtés à l'aéroport de Maputo en avril. Au domicile de leur complice présumé mozambicain, de très grandes quantités de produits chimiques pouvant servir à fabriquer de la meth ont été saisies. Elles provenaient d'Afrique du Sud, selon Devon Naicker.

Du transit à la consommation locale

La production et le transit à grande échelle de la drogue de synthèse au Nigeria comme au Mozambique favorisent sa consommation sur le marché local, à un rythme croissant, s'inquiètent les autorités des deux pays.

«Les intermédiaires sont souvent payés en drogue plutôt qu'en espèces et doivent par la suite écouler ce produit sur place», rappelle le chef de bureau à Maputo de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Antonio De Vivo.

Ancien toxicomane, Paulo Ferrao, 27 ans, désormais employé au centre de désintoxication Remar près de Maputo, l'a constaté: il devient plus facile pour les jeunes d'accéder aux drogues et «nous recevons davantage de cas de méthamphétamine».

AFP

Tentative d'attentat sur un vol flydubai ; les passagers élimine la menace

 

Des passagers d'un avion reliant Dubaï à Tel-Aviv, contraint mercredi de se poser en catastrophe en Arabie saoudite, affirment qu'un des pilotes a attaqué l'autre pour provoquer un crash, plongeant l'appareil dans le chaos.

Un «terroriste a tenté de faire s'écraser un avion pour assassiner les 180 Israéliens qui se trouvaient à bord», a affirmé le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.

«Le copilote a tenté de tuer le pilote et de mener une attaque suicide», a raconté la passagère Miriam Shira Ohayon, depuis l'aéroport de Tabuk (sud-ouest du royaume) où l'avion s'est posé et les passagers ont été pris en charge.

«L'avion était vraiment sur le point de s'écraser et c'est uniquement grâce (...) à tous ceux qui ont maîtrisé le copilote et l'ont neutralisé» que les passagers sont sains et saufs, a-t-elle poursuivi.

Dans une vidéo diffusée par le média israélien Ynet, un passager se filme la tête ensanglantée et appelle à l'aide. «Nous sommes en train de subir une attaque à bord de l'avion. Nous venons de neutraliser les terroristes et nous nous préparons à atterrir», dit-il.

«Plonger à toute vitesse»

Selon la passagère et les médias israéliens, deux autres pilotes, qui se trouvaient sur le vol en tant que passagers, ont pris les commandes de l'avion et l'ont fait atterrir. Le pilote est de nationalité émiratie et le copilote de nationalité omanaise, d'après la presse.

Sur des photos envoyées à l'AFP par une des personnes à bord de ce vol flydubai, on voit des voyageurs dont des enfants, regroupés dans un salon de l'aéroport, certains assis au sol. Un homme porte un tee-shirt blanc et un jean tachés de sang.

«On a entendu des cris dans l'avion. Après ils ont ouvert le cockpit et on a vu du sang, et que quelqu'un avait poignardé le pilote avec un couteau de poche», a témoigné dans un message écrit une passagère du vol auprès de la télévision israélienne.

L'avion «a commencé à plonger à toute vitesse. C'était effrayant», a décrit une autre passagère à la même chaîne. «On a cru qu'on ne s'en sortirait pas vivants».

Selon les données du site Flightradar, l'appareil a brusquement perdu de l'altitude lors du vol, passant de près de 34.000 pieds à 05H21 GMT à moins de 17.000 pieds à 05H22 GMT.

«Sous contrôle»

La compagnie émiratie flydubai avait annoncé plus tôt dans la journée que son vol FZ 1073 à destination de l'aéroport de Ben Gourion avait dû se poser à l'aéroport de Tabuk après «un incident».

L'aéroport avait ensuite indiqué que le pilote et le co-pilote étaient blessés et avaient été hospitalisés.

La situation est «sous contrôle, et toutes les mesures nécessaires sont en train d'être prises afin de permettre le retour des passagers israéliens en toute sécurité», a assuré le gouvernement israélien dans un communiqué.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui ne s'est pas encore exprimé publiquement, «continue de suivre la situation», est-il précisé.

Le signal de détresse a été activé, et dans le contexte tendu de la guerre au Moyen-Orient, l'armée israélienne avait fait décoller des avions de chasse, pensant qu'il pourrait s'agir d'un détournement par des pirates de l'air - une hypothèse rapidement écartée, selon les chaînes de télévision israéliennes 12 et KAN.

La présence policière à l'aéroport a été renforcée, d'après un correspondant de l'AFP, qui a vu plusieurs véhicules de police et une ambulance devant le terminal, dont l'accès reste cependant ouvert.

Les passagers sont pris en charge par des psychologues et le Croissant-Rouge dans l'aéroport en attendant de pouvoir embarquer à bord d'un autre avion, a-t-il ajouté.

AFP

lundi 28 septembre 2026

Le système franco-italien de défense aérienne SAMP/T NG semble le mieux placé pour s’imposer en Suisse

 

Son chef, Martin Pfister, l’a admis à demi-mots lors d’un entretien accordé au site d’information Watson, la semaine passée : après ses déboires avec le chasseur-bombardier F-35A, le système de défense aérienne Patriot ou encore avec le drone Hermes 900, le département de la Défense, de la Protection de la population et des Sports [DPPS] n’a plus le droit à l’erreur.

S’agissant des cinq batteries Patriot commandées en 2022 dans le cadre du programme Air 2030, il est désormais acté qu’elles ne seront pas livrées aux forces suisses en 2028, comme cela avait été convenu, mais en 2033, voire en 2035. En outre, elles coûteront 1,7 milliard de francs suisses de plus que prévu.

Cela étant, au-delà la facture, c’est surtout les délais de livraison, et donc le risque d’une rupture temporaire de capacité, qui préoccupent le plus le DDPS. Aussi, il a lancé une nouvelle procédure pour acquérir un second système de défense aérienne le plus rapidement possible. «Compte tenu de la détérioration de la situation en matière de sécurité, la Suisse doit être rapidement en mesure de se défendre contre les attaques à distance», a en effet soutenu le Conseil fédéral, en juin dernier.

L’Office fédéral de l’armement [Armasuisse] a donc adressé une demande d’informations à cinq industriels, au titre du programme Bodluv GR 2. Puis, après un premier examen, quatre offres ont été retenues, celle de l’allemand Diehl Defence, basée sur l’IRIS-T SLX, ayant été écartée.

Le choix d’un second système de défense aérienne doit se faire entre le L-SAM de Hanwha Aerospace, le David’s Sling [ou «Fronde de David»] de Rafael, le Barak MX d’Israel Aerospace Industries et le SAMP/T NG [Sol-Air Moyenne Portée / Terrestre de Nouvelle Génération] du consortium franco-italien Eurosam [formé par Thales et MBDA, ndlr], lequel avait été écarté au profit du Patriot.

Cependant, selon la presse suisse, les chances des industriels israéliens étant minces pour des considérations politiques, le contrat devrait se jouer entre Hanwha Aerospace et Eurosam. Au DDPS, «le système sud-coréen est lui aussi considéré comme prometteur», a en effet rapporté Watson, au début du mois.

Il revient désormais au Conseil fédéral de trancher.

«Les évaluations militaires et de politique de défense des offres fermes reçues sont terminées», a confirmé Kaj-Gunnar Sievert, le porte-parole d’Armasuisse, dans les pages du SonntagsBlick. Le dossier est donc désormais entre les mains du directeur des armements, Urs Loher, et dans celles de M. Pfister. Il reviendra à ce dernier de faire une recommandation au Conseil fédéral et de soumettre une demande d’achat. Une enveloppe de 5 milliards de francs suisses devrait être débloquées à cette fin.

Mais d’après le SonntagsBlick, l’achat du SAMP/T NG serait privilégié. «L’acquisition de ce système auprès du consortium franco-italien Eurosam devrait être la priorité. D’une part, le Conseil fédéral s’est engagé à privilégier les achats d’armements européens à l’avenir. D’autre part, dans le contexte politique actuel, l’acquisition d’un produit israélien ou sud-coréen ne pourrait se faire sans susciter de polémiques», a-t-il en effet avancé. Et d’y voir aussi une dimension politique puisque ce choix permettrait aussi à Berne d’améliorer [de réparer ?] ses relations avec Paris.

opex360.com

2026, l’année de tous les dangers pour le Tadjikistan ?

 

Quand on parle de la géopolitique centrasiatique, la tendance est d’oublier le seul État persanophone de la région : le Tadjikistan. Pourtant, en 2026, il apparait, à bien des égards, à la croisée des chemins, d’un point de vue politique et sécuritaire, ce qui pourrait avoir des conséquences non négligeables sur le reste de la région.

Comprendre les difficultés du Tadjikistan par son histoire 

Pour aborder correctement le Tadjikistan actuel, il faut prendre en compte son passé, et l’interprétation officielle de ce dernier. Selon Douchanbé, les Tadjiks se considèrent comme les plus anciens habitants d’Asie centrale, face aux autres peuples de la région, turcophones, qui ont « submergé » la région ultérieurement. Ce discours a d’abord été le produit des études orientalistes russes, puis d’une politique soviétique mettant de côté la réalité d’une histoire de cohabitation, d’interpénétrations, et de bilinguisme dans la région. C’est, à bien des égards, la création d’un territoire différencié par les Soviétiques, qui a créé le nationalisme tadjik contemporain. Et dans ce cadre, les Tadjiks ont été profondément frustrés dans leur sentiment national naissant par le refus d’associer à leur République des territoires qu’ils considéraient comme leurs : Samarcande, Boukhara, et la province de Sourkhan-Daria (tous administrativement rattachés à l’Ouzbékistan actuel). Et cela pour des raisons géopolitiques et politiques plus que nationales (1). Dès cette période, on peut considérer que le nationalisme tadjik se vit comme tronqué, affaibli par des acteurs extérieurs, nourrissant un sentiment d’isolement qui reste d’actualité. Son caractère inachevé explique qu’il n’a pas su pleinement convaincre une population tiraillée entre une grande fierté culturelle et historique, en fait supranationale, et des identités locales. 

Cette réalité explique un passé très récent qui pèse particulièrement sur le Tadjikistan contemporain, celui de la guerre civile, dès les premières années de l’indépendance (1992-1997). Une approche superficielle de ce conflit en surestime le caractère idéologique, opposant, en théorie, islamistes, ou une coalition « islamo-démocrate », et un camp conservateur postsoviétique (parfois appelé « néo-communiste »). On est bien plus proche de la réalité quand on voit la guerre civile tadjike comme le produit d’un localisme façonné par le système soviétique de collectivisation des terres, de déplacement des populations, et d’indigénisation des élites de la République socialiste soviétique du Tadjikistan. Cela a signifié une compétition entre groupes locaux pour l’accès aux ressources et au pouvoir. La manne financière, venant de Moscou, fut perdue après la chute de l’URSS ; les tensions entre identités locales déjà existantes ont été exacerbées en conséquence. À cela, il faut ajouter une faiblesse fatale pour le pays nouvellement indépendant : des élites divisées entre le pouvoir politique, dominé par Léninabad (dans la province de Soghd, au Nord), et les forces de sécurité, contrôlées par les Pamiris. 

La guerre civile s’est organisée autour de deux coalitions : conservatrice et rebelle. Les conservateurs étaient en fait une alliance entre Léninabad et les Koulabis (d’une province à la frontière avec l’Afghanistan). Un rapprochement qui avait déjà germé sous l’URSS, Léninabad voulant étendre sa base politique. Pendant la guerre civile, les Koulabis ont dominé le camp gouvernemental, et c’est l’un des leurs, Emomali Rahmon, qui est devenu président du pays. Face à eux se trouvait une alliance rebelle entre les Gharmis, une population en partie déplacée dans le Sud-Ouest, sans accès au pouvoir, influencée par le discours islamiste en conséquence, et les Pamiris, les Ismaéliens du Haut-Badakhchan (Est du Tadjikistan), laïcisés (2). Il ne faut pas sous-estimer la grande violence de cette guerre civile, tournant à une logique d’élimination totale de la population adversaire. Cela explique le fait que 1,5 million de Tadjiks soient devenus, durant les combats, des réfugiés dans leur propre pays, et que 600 000 aient fui vers l’Afghanistan, pays voisin lui-même en proie à une guerre civile à l’époque (3). Quant au nombre de morts, il oscille entre 35 000 et 157 000 (4).

De nos jours, le Tadjikistan est un petit pays, montagneux et enclavé, de 10,97 millions d’habitants en février 2026, frustré par les limites qui lui ont été imposées par le passé soviétique. Et c’est la nation la plus pauvre d’Asie centrale — legs d’une guerre civile dont le souvenir hante les mémoires actuelles. 

Un régime sultanique inquiété par les questions iranienne et afghane 

En réponse à cette histoire difficile, le président Rahmon, après 1997, a fondé, de fait, un régime « sultanique ». C’est-à-dire dans une logique autoritaire sans réelle idéologie, dominée par le pouvoir absolu de la personne à la tête de l’État. Un tel régime tend à fonctionner par la peur, la corruption, l’élimination de toute concurrence, avec une base de soutiens qui se réduit avec le temps, privilégiant une domination familiale (5). C’est bien dans cette approche visant à consolider son pouvoir personnel que le président de la République du Tadjikistan a détricoté ce qui avait permis le processus de paix avec l’opposition : il a notamment mis hors-la-loi en 2015 le principal parti d’opposition islamiste (pourtant très modéré (6)), et s’est opposé à l’émergence de toute alternative, dans l’opposition mais aussi dans son propre camp. Depuis 2016, ce choix d’un régime « sultanique » est arrivé à sa conclusion logique : permettre une transition du pouvoir entre le président Rahmon et son fils, Roustam Emomali. Ces dernières années, la préparation de la transition a signifié cibler des acteurs influents au sein du régime, qui pourraient se montrer hostiles à la passation de pouvoir : il y a d’abord eu une série d’arrestations, au cours de l’été 2024, de personnalités pourtant loyales au clan présidentiel depuis 1992, au nom d’un coup d’État supposé ; puis des remaniements importants, jusqu’à tout récemment. En effet, en janvier 2026, des changements ont été annoncés aux ministères de la Justice, des Affaires étrangères, de la Défense, ainsi qu’au niveau de la Cour suprême, de la Garde nationale, et des forces des garde-frontières. Douchanbé a même fait le choix, en février-mars 2025, de céder des milliers d’hectares au Kirghizstan, afin de régler au plus vite le différend frontalier du Ferghana, après les tensions armées de 2021-2022. 

On peut voir cette orientation politique comme le désir d’imposer autoritairement la stabilité du pays sur la durée, même après la mort d’Emomali Rahmon. Au-delà d’un désir de domination politique « classique », le président sorti vainqueur de la guerre civile a peut-être vu dans son régime la seule façon d’éviter un retour des troubles passés. Mais cette approche réduit plus encore les soutiens du régime, à une période où sa sécurité pourrait également être mise en danger à l’extérieur.

En effet, en plus des risques associés à cette transition dynastique, il y a deux sources d’inquiétudes spécifiques pour Douchanbé, en ce début d’année 2026 : l’Afghanistan et l’Iran.

Relation avec l’Afghanistan

Le Tadjikistan partage une frontière de 1357 km avec l’Afghanistan, considérée comme poreuse encore aujourd’hui. De fait, depuis plusieurs décennies, ce voisin a toujours été vu comme un facteur d’instabilités. Avec le retour des talibans au pouvoir le 15 aout 2021, Douchanbé se trouve confronté à une menace sécuritaire non négligeable venant du Sud. Il y a bien entendu l’État islamique au Khorasan (EI-K), qui considère le régime du président Rahmon comme un ennemi à abattre, mais surtout qui réussit à recruter des Tadjiks pour ses actions terroristes dans la région, tel que l’indiquent les attentats perpétrés à Kerman (Iran) puis à Krasnogorsk (Moscou, les 3 janvier et 22 mars 2024). Plus largement, l’insécurité est devenue une réalité à la frontière entre Tadjikistan et Afghanistan : des infiltrations violentes de terroristes ou de trafiquants de drogue fin 2025 et début 2026 ont poussé l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) à accepter le principe, en février 2026, de devoir armer les forces gardant la frontière. Le problème va au-delà des relations compliquées entre Douchanbé et Kaboul : il semblerait que des forces hostiles au Tadjikistan puissent agir en toute impunité en territoire afghan. 

Relation avec l’Iran

Quant à l’Iran (7), encore au début de l’année 2026, il devait être un atout pour un Tadjikistan préparant sa transition politique : les images du « Forum Iran-Tadjikistan pour le Commerce, l’Investissement économique et le Tourisme » à Douchanbé, permettant une rencontre au sommet entre les présidents Rahmon et Pezechkian le 15 janvier, donnaient le sentiment d’une relation enfin apaisée entre les deux pays. C’était la continuation d’un cycle vertueux dans les relations bilatérales entamé en 2019. Si, auparavant, il a pu y avoir des tensions entre le régime de Douchanbé et la République islamique, le premier se méfiant des positions idéologiques de cette dernière, des réalités géopolitiques les ont balayées : pour les Iraniens, c’était le choc de l’abandon, par l’administration Trump, de l’accord sur le nucléaire iranien en 2018 ; pour les Tadjiks, c’était la constatation qu’une dépendance sécuritaire et économique trop grande à la Russie n’est pas forcément une source de stabilité pour le régime. L’inauguration de l’usine de drones Ababil-2 à Douchanbé devait ouvrir la voie à une plus grande implication iranienne dans la sécurité tadjike, un soutien particulièrement utile face à un Afghanistan problématique. 

Bien entendu, les espoirs fondés sur ce rapprochement sont morts sous les bombardements israélo-américains. Impuissant face à des événements sur lesquels il n’exerce aucune influence, le régime tadjikistanais s’est fendu d’une déclaration d’appel à l’apaisement et au dialogue laconique, le 1er mars 2026. Mais le président Rahmon a tout de même osé présenter ses condoléances au président Pezechkian pour la mort d’Ali Khamenei. Contrairement à l’analyse occidentale qui voit la République islamique comme condamnée, le dirigeant centrasiatique, quant à lui, n’insulte pas l’avenir.

On ne peut nier les risques d’instabilité qui menacent le Tadjikistan en 2026. Tout va dépendre, à bien des égards, de la transition « sultanique » du pouvoir, et des choix que fera le prochain président. Mais aussi des conséquences, loin d’être claires à plus long terme, de la guerre contre l’Iran.

Notes

(1) Paul Bergne, The Birth of Tajikistan: National Identity and the Origins of the Republic, Londres, I.B. Tauris, 2007, p. 131. 

(2) Olivier Roy, « Tadjikistan : structure d’un conflit », Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, n˚19, janvier-juin 1995, p. 445-452.

(3) Bakhtiyor Sobiri, « The Long Echo of Tajikistan’s Civil War », openDemocracy, 23 juin 2017.

(4) Certains chiffres officieux font état d’un bilan de 300 000 morts. 

(5) H.E. Chehani et Juan J. Linz, « A Theory of Sultanism 1: A Type of Nondemocratic Rule », Sultanistic Regimes, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1998, p. 10-23.

(6) Une modération qu’on ne peut pas remettre en doute. Voir Kathleen Collins, Politicizing Islam in Central Asia: From the Russian Revolution to the Afghan and Syrian Jihads, Oxford University Press, 2023, p. 189-193.

(7) Didier Chaudet, « Iran-Tadjikistan, entente cordiale en terre persane », Revue Défense Nationale – Tribune n° 1708, 9 mai 2025.

Didier Chaudet

areion24.news

dimanche 27 septembre 2026

Attentat déjoué près de la base aérienne de Fairford

 

En 2024, plusieurs bases américaines en Europe, dont celles de Ramstein, de Spangdahlem et d’Aviano, furent placées en état d’alerte renforcée en raison d’une «combinaison de facteurs susceptibles d’avoir un impact sur la sûreté et la sécurité des militaires et leurs familles stationnés sur le théâtre européen». Deux hypothèses avaient été avancées à l’époque pour justifier cette mesure : le risque d’attaques terroristes en lien avec la situation au Moyen-Orient et de possibles tentatives de sabotage commanditées par la Russie. Depuis, la menace ayant conduit à prendre une telle décision n’a jamais été officiellement confirmée.

À l’époque, le commandement américain pour l’Europe [EUCOM] avait déclenché le niveau d’alerte «Charlie», lequel prévoit la réduction du personnel «non essentiel» et l’application de mesures de sécurité renforcées dont le détail est confidentiel. En règle générale, celles-ci entrent en vigueur quand des renseignements font état de la «probabilité d’une forme d’action terroriste» contre le personnel et les installations militaires.

Depuis le 11 septembre 2001, le niveau d’alerte «Bravo» est le plus courant sur les emprises militaires américaines.

Ce 27 septembre, c’est au tour de la base aérienne de Fairford [Royaume-Uni], laquelle accueille régulièrement des bombardiers et des avions «espions» de l’US Air Force, d’être placée en état d’alerte renforcée, après que des individus ont été interpellés par la police locale car soupçonnés d’avoir enfreint «la loi sur les explosifs».

L’affaire semble être très sérieuse car les autorités britanniques ont déclaré un «incident majeur» dans le secteur de Whelford, un village situé dans les environs immédiats de la base.

Selon la police du Gloucestershire, plusieurs habitants ont été évacués vers un «centre de loisirs voisin» tandis qu’une équipe de démineurs de la British Army a été chargée d’examiner des véhicules suspects. En outre, selon des témoins, environ trente véhicules de secours [ambulances, camions de pompiers, etc…] ont été vus dans les environs.

Des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux ont avancé que la base de Fairford serait passée au niveau d’alerte «Delta» [c’est-à-dire le plus élevé]. Et que le niveau «Charlie» aurait été déclenché sur celle de Lakenheath, qui abrite également des unités américaines. Ce que l’US Air Force n’a ni confirmé, ni infirmé. En revanche, elle a fait valoir qu’elle ne ferait aucun commentaire «pour des impératifs de sécurité opérationnelle».

«La 501e escadre de soutien au combat [basée à Fairford, ndlr] et nos escadres basées au Royaume-Uni restent vigilantes et prendront les mesures appropriées pour assurer la sécurité de nos militaires, civils, prestataires et de leurs familles», a assuré un porte-parole. «Nous évaluons en permanence un ensemble de facteurs qui déterminent les mesures que nous mettons en place ou que nous modifions afin de protéger nos installations, nos personnels et leurs familles», a-t-il ajouté.

Pour rappel, en juillet, le Corps des gardiens de la révolution islamique [CGRI] a prévenu les autorités britanniques que la base de Fairford constituait une «cible légitime» étant donné que celles-ci avaient autorisé l’US Air Force à l’utiliser pour mener ses opérations au Moyen-Orient.

Selon l’agence britannique PA et la BBC, la police antiterroriste a été chargée de mener l’enquête sur cet incident. Des images aériennes diffusées par les médias montrent un robot de déminage à l’œuvre sur une route de campagne, se déplaçant autour de trois camionnettes blanches. Peu auparavant, la police du Gloucestershire avait annoncé l’arrestation de plusieurs hommes «pour des infractions présumées à la loi sur les explosifs».

Les cinq suspects étaient dans le viseur des Etats-Unis «depuis longtemps» et voulaient faire «de gros dégâts», a affirmé Donald Trump. «On enquêtait sur eux […] Travailler avec les Britanniques a super bien fonctionné», a déclaré le président américain devant la presse à son arrivée à Chicago, pour un tournoi de golf.

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