"Qui a le savoir, a le pouvoir"
mardi 18 août 2026
dimanche 16 août 2026
Une « escorte russe » accusée d'avoir assassiné un transfuge ukrainien
L’information a fait le tour des boucles Telegram russes. Un militaire russe aurait été tué jeudi matin dans l’explosion d’une bombe à Sébastopol, en Crimée occupée. Le FSB russe a confirmé la mort d’un membre du personnel du ministère de la Défense et l’arrestation d’une femme, sans plus de détails. Plusieurs sources russes et ukrainiennes l’identifient toutefois comme Robert Shageev, ancien officier de la marine ukrainienne passé dans le camp russe en 2014, mais son identité n’a, à ce stade, pas été officiellement confirmée.
L’explosion s’est produite sur l’avenue Stoletovski, dans un secteur résidentiel de la ville. Selon des témoignages rapportés par des chaînes Telegram russes, l’homme montait des escaliers avec une autre personne lorsqu’un engin explosif dissimulé dans une poubelle, près d’un banc, a détoné. La déflagration aurait été suffisamment puissante pour que des habitants pensent initialement à une attaque de drones, rapporte le Telegraph . Le quotidien britannique affirme également que la victime serait morte sur place des suites de ses blessures.
Le FSB affirme avoir interpellé une ressortissante russe née en 1994, qu’il soupçonne d’avoir agi sur instruction des services de renseignement ukrainiens. Selon la chaîne Telegram Mash, proche des services de sécurité russes, la suspecte serait une femme de 32 ans nommée Margarita Reut, ou Reutt. Selon la même source, elle aurait été arrêtée après l’explosion, mais ces informations sur son identité et son rôle n’ont pas été officiellement confirmées. Moscou n’a pas fourni d’éléments permettant d’étayer publiquement cette accusation ce jeudi soir.
À la tête d’un sous-marin russe
Plusieurs médias et sources russes cités par Euronews confirment que la victime serait Robert Shageev. Cet ancien capitaine de la marine ukrainienne, âgé de 49 ans, commandait le Zaporizhzhia, l’unique sous-marin de la marine ukrainienne, un bâtiment diesel-électrique de classe Projet 641 construit à l’époque soviétique, lorsqu’il est passé sous contrôle russe lors de l’annexion de la Crimée en 2014. Considéré comme un traître par Kiev, Shageev avait ensuite rejoint la marine russe, où il aurait notamment occupé le poste de commandant adjoint de la 4e brigade indépendante de sous-marins de la flotte de la mer Noire.
Les autorités ukrainiennes l’ont officiellement poursuivi pour haute trahison en 2022. Il aurait ensuite occupé des fonctions à bord de sous-marins russes équipés de missiles de croisière Kalibr, utilisés par Moscou contre des villes et infrastructures ukrainiennes. Le gouverneur installé par Moscou à Sébastopol, Mikhaïl Razvojaïev, n’a pas non plus identifié la victime. Il a néanmoins condamné ce qu’il a qualifié de «crime cynique contre un officier» et affirmé que la suspecte avait «agi sur les ordres des services spéciaux ukrainiens». Cette affirmation n’a pas été commentée par les autorités ukrainiennes.
Ce n’est pas la première fois que des responsables militaires russes ou des personnes accusées de collaborer avec Moscou sont attaqués. Quant à Sébastopol, principale base de la flotte russe de la mer Noire, elle est régulièrement ciblée par l’Ukraine depuis le début de l’invasion à grande échelle en février 2022. La Russie a annexé la Crimée en 2014, une annexion que l’Ukraine et la grande majorité de la communauté internationale ne reconnaissent pas.
Maxime Dubernet de Boscq
samedi 15 août 2026
La Pologne déjoue un attentat commandité par un Russe
Le Premier ministre polonais a annoncé jeudi l'interpellation d'un citoyen russe selon lui recruté par Moscou, dont «la tâche consistait à exécuter ici même à Varsovie un citoyen américano-ukrainien».
«Cette cible était considérée comme particulièrement gênante pour le régime de Vladimir Poutine», a déclaré Donald Tusk, indiquant que l'attentat a pu être empêché «à la dernière minute» et précisant que le suspect a été interpellé le 7 août.
«C'est la première fois qu'une situation de ce type se produit, où quelqu'un, sur ordre russe, décide de perpétrer un attentat contre un citoyen américain sur le territoire d'un autre pays de l'Otan», a-t-il ajouté.
«Un assassinat politique»
Selon le Premier ministre, l'interpellation a été effectuée par l'Agence polonaise de sécurité intérieure (ABW) et la police, avec la coopération des services américains. En juin, le caricaturiste russe Semion Skrepetsky, connu comme un critique du président Vladimir Poutine, a été tué par balles en Pologne. «Tout indique qu'il s'agit d'un assassinat politique», avait alors déclaré Donald Tusk.
Depuis le début de la guerre en Ukraine voisine, il y a plus de quatre ans, les autorités polonaises n'ont de cesse de mettre en garde contre des actes de sabotage russes en Pologne. Plusieurs opposants aux autorités russes ont été victimes d'attaques à l'étranger, notamment au Royaume-Uni, en Allemagne et en Lituanie. Moscou a toujours nié toute implication dans ces attaques.
La Säpo déjoue une opération des renseignements russes
Les services de sécurité suédois (Säpo) ont annoncé lundi avoir déjoué une opération du renseignement russe destinée à «discréditer» la Suède et impliquant un «agent» en poste au sein d'«une mission diplomatique étrangère» dans ce pays.
La Säpo a déclaré dans un communiqué avoir «recueilli des informations et pris des mesures contre une opération de renseignement russe visant à influer sur le processus décisionnel suédois et à discréditer la Suède, l'Otan et l'UE». Cette «opération de renseignement a été planifiée et dirigée depuis un certain temps par le SVR, le renseignement extérieur russe», selon le communiqué.
«L'une des personnes impliquées dans l'opération russe était un agent d'une mission diplomatique étrangère en Suède», ajouté la Säpo, sans autres précisions. «L'un des objectifs de l'opération était de recueillir des informations sur le processus décisionnel suédois afin de permettre aux services de renseignement russes de mener des opérations d'influence sur des sujets clivants, dans le but de saper la prise de décision en Suède et de discréditer la Suède, l'Otan et l'UE», ont encore écrit les services de sécurité.
De multiples menaces
Après avoir pris connaissance de cette opération, la Säpo est «intervenue pour protéger des intérêts suédois vitaux et contrer les effets persistants de cette action», a assuré Christoffer Wedelin, le directeur adjoint des opérations de la Säpo.
En 2024, la Suède a mis fin à deux siècles de non-alignement militaire en décidant d'entrer dans l'Alliance atlantique, en raison de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022.
La Säpo a à maintes reprises signalé que la Russie, ainsi que la Chine et l'Iran, constituaient les principales menaces pesant sur la Suède en matière d'opérations de renseignement.
Deux câbles sous-marins australiens ont subi des défaillances suspectes
Les communications de l’Australie avec le reste du monde dépendent à plus de 95 % d’une quinzaine de câbles sous-marins répartis autour de cette île-continent, les satellites ne comptant que pour 1 % du trafic. D’où l’importance cruciale de ces infrastructures. C’est d’ailleurs pour cette raison que, en 2007, Canberra a mis en place des «zones de protection» s’étendant sur plusieurs dizaines de nautiques des côtes afin de garantir leur intégrité. Sauf que cela est loin d’être suffisant, d’autant plus qu’aucun organisme spécifique n’a été désigné pour assurer leur surveillance et apporter une réponse en cas d’incident, comme cela s’est produit il y a quelques jours, au large de Perth.
En effet, le 9 août, le PDG de l’opérateur australien Subco, Bevan Slattery, les câbles Indigo West et Indigo Central, qui relient l’Australie à l’Indonésie et à Singapour, ont tous les deux subi une défaillance, quasiment au même moment. Et cela alors qu’un navire, au comportement suspect, se trouvait à proximité.
Entre les 9 et 10 aout, «des défauts de dérivation sont survenus successivement sur les câbles Indigo West et Indigo Central […]. Fait remarquable, cela s’est produit dans la zone de protection des câbles sous-marins au large de Perth. Par ailleurs, une activité suspecte a été observée à proximité du lieu et du moment des défauts, provenant d’un navire», a en effet affirmé M. Slattery, via le média social LinkedIn.
Et d’ajouter : «Cette situation est préoccupante. D’une part, les câbles sous-marins sont essentiels à l’infrastructure numérique de notre pays, et d’autre part, il pourrait s’agir du deuxième incident de ce type dans une zone de protection des câbles déclarée par le gouvernement fédéral. Il peut s’agir d’une coïncidence, mais il est important que la police fédérale australienne enquête sur cette affaire de toute urgence».
Son appel a été entendu puisqu’une enquête a depuis été ouverte. Les câbles en question n’étant pas dotés de dispositifs permettant d’établir automatiquement un diagnostic, Subco devra déployer des moyens dans la zone pour déterminer la cause de ces deux incidents.
Environ 200 câbles sous-marins sont coupés chaque année, de manière accidentelle dans près de 80 % des cas. Des glissements de terrain peuvent aussi être à l’origine d’incidents. Tout comme les actes de sabotage, dont il est toujours compliqué de confondre les auteurs.
Dans les cas d’Indigo West et d’Indigo Central, le comportement du navire – a priori, un pétrolier – repéré dans leur voisinage interroge dans la mesure où il a suivi une trajectoire inhabituelle, passant à plusieurs reprises au-dessus des câbles [voir photo ci-dessus].
Simple coïncidence ? Un rapport publié cette semaine par le Collège de sécurité nationale relevant de l’Université natinale australienne [ANU] a mis en garde contre le risque de sabotage des infrastructures sous-marines critiques.
«Les incidents plus récents survenus en mer Baltique et autour de Taïwan suggèrent que des acteurs étatiques sondent et testent activement les infrastructures de câbles en temps de paix dans le cadre de stratégies de guerre hybride plus larges, dans le but de pouvoir dégrader rapidement la connectivité dès le début d’un conflit», a d’abord relevé ce document.
«Dans un contexte stratégique qui se détériore et qui est marqué par une instabilité maritime croissante, l’importance stratégique des câbles sous-marins australiens n’a jamais été aussi évidente – ni les conséquences de leur interruption aussi graves», a-t-il ensuite prévenu.
Pour l’un de ses auteurs, David Brewster, les zones de protection sont inefficaces. «Il est extrêmement difficile d’empêcher un adversaire déterminé de couper ces câbles» comme il est aussi «extrêmement difficile d’arrêter les cyberattaques contre ces mêmes câbles», a-t-il dit lors d’un entretien accordé à une radio locale.
