Après l’affaire des F-35A, les retards ainsi que les surcoûts des systèmes de défense aérienne Patriot ou encore les problèmes des drones MALE Hermes 900, le département suisse de la Défense, de la Protection de la population et des sports [DDPS] n’a «plus le droit à l’erreur», a récemment laissé entendre son chef, Martin Pfister, lors d’un entretien donné au site d’information Watson.
Le message a été reçu cinq sur cinq par l’Office fédéral de l’armement [Armasuisse], à en croire les propos tenus par Urs Loher, son directeur, auprès du quotidien Neue Zürcher Zeitung, ce 28 octobre.
Ainsi, à l’avenir, il ne sera plus question, dans la mesure du possible, de recourir à la procédure dite «Foreign Military Sales» [FMS], mise en place par les États-Unis pour faciliter les achats d’équipements militaires auprès de leurs industriels. «C’est l’un des principaux enseignements de l’achat des F-35», a affirmé M. Loher. Mais ce pourrait être aussi celui de la commande des cinq systèmes Patriot, confirmée en 2022 pour 2,3 milliards de francs suisses [CHF].
La procédure FMS offre pourtant des avantages appréciables. «On délègue la gestion du projet au gouvernement américain et l’on s’épargne de longues négociations avec les industriels. Cela ressemble à une formule tout compris mais, dans notre cas, ce système a révélé des pièges considérables», a expliqué le directeur d’Armasuisse.
Ainsi, «en cas de conflit sur la question du prétendu prix fixe, il n’existe tout simplement pas de juridiction compétente» et «lorsque le gouvernement américain modifie ses priorités et redirige des livraisons, nous ne disposons d’aucun moyen juridique pour nous y opposer», a-t-il ajouté, avant de souligner que ce dispositif ne prévoit pas de pénalités quand les équipements commandés sont livrés en retard.
Or, s’agissant des systèmes Patriot, Washington ayant revu ses priorités, la Suisse ne devrait pas recevoir les siens avant cinq ou sept ans. Et le tout avec d’importants surcoûts.
«La nouvelle hiérarchisation des priorités à Washington signifie que l’Allemagne recevra les unités qui nous étaient destinées. Pour le moment, nous repartons les mains vides, mais nous récupérerons au moins une partie des acomptes déjà versés», a dit M. Loher, avant d’estimer qu’il serait préférable, à l’avenir, de négocier directement avec les industriels. Et donc de se passer de la médiation des autorités américaines.
Quoi qu’il en soit, pour éviter une rupture temporaire de capacité, la Suisse a lancé une procédure pour se procurer un autre modèle de système de défense aérienne. En mai, dans le cadre du programme Bodluv GR2, Armasuisse a ainsi sollicité cinq industriels, à savoir Diehl Defence [IRIS-T SLX], Hanwha Aerospace [L-SAM], Rafael [David’s Sling ou Fronde de David], Israel Aerospace Industries [Barak MX] et le consortium franco-italien Eurosam pour le SAMP/T NG… qui avait été écarté au profit du Patriot.
En septembre, Diehl Defence ayant été rapidement écarté, la presse suisse a rapporté que le choix se ferait très probablement entre le SAMP/T NG et le L-SAM sud-coréen car les chances des deux industriels israéliens en lice paraissaient minces pour des considérations politiques, voire industrielles.
L’entreprise retenue «devra, dans la mesure du possible, produire à moyen terme en Suisse ou en Europe les missiles et les systèmes de conduite, ou tout au moins leurs composants critiques», avait en effet précisé le DDPS, au moment d’émettre sa demande d’informations.
Mais le duel attendu n’aura pas lieu. En effet, et c’est une surprise, le Conseil fédéral a annoncé que le choix de ce second système de défense aérienne se ferait entre le SAMP/T NG et le Barak MX.
«Après avoir évalué les offres […], le Conseil fédéral a décidé, au vu des aspects techniques, militaires, de politique d’armement et de politique de sécurité, de restreindre la sélection aux deux systèmes Barak MX [Israël] et SAMP/T NG [France]», a-t-il fait savoir, via un communiqué diffusé ce 28 octobre.
En outre, il a par ailleurs chargé le DDPS, en lien avec le département fédéral des Affaires étrangères, le département fédéral de Justice et de Police, le département fédéral de l’Économie, de la Formation et de la Recherche et le département fédéral des Finances, de «prendre également en compte des aspects de politique étrangère et de politique économique».
Quant à l’achat des cinq systèmes Patriot, et alors que M. Loher a laissé entendre que son annulation n’était pas totalement exclue, il sera maintenu.
«Abandonner l’acquisition du Patriot sans système de remplacement n’est pas une option dans la situation actuelle», a fait valoir le Conseil fédéral. Et de rappeler qu’il a mandaté, en juin dernier, le DDPS pour «poursuivre le projet en tentant de limiter autant que possible les retards et les surcoûts».