Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 21 octobre 2026

Opération conjointe des services de renseignement turcs et syriens

 

Le Turco-Syrien Mihraç Ural, alias Ali Kayali et surnommé Ali Hoca ou dit la « Hyène », a été appréhendé dans la nuit du 14 au 15 octobre 2026, officiellement en tentant de fuir la Syrie (sous-entendu au niveau de la frontière libanaise).

Du temps du régime Assad, il commandait la milice progouvernementale Résistance syrienne (ou Front populaire pour la libération du Sandjak d’Alexandrette), accusée de nombreux carnages et d’actions terroristes en Turquie.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) repris par des médias libanais, Mihraç Ural était déjà réfugié au Liban. Il aurait été repéré alors qu’il sortait du très réputé hôpital Al-Rasoul Al-Azam de Beyrouth. Un commando d’hommes masqués aurait ensuite pris d’assaut sa résidence située dans la région de Mansourieh (à une dizaine de kilomètres au nord-est de Beyrouth). Il aurait été emmené entravé, tandis que sa femme et son gendre auraient été immobilisés à l’intérieur de la maison.

Cette capture est intervenue quelques jours après l’arrestation, par la direction de la lutte antiterroriste syrienne, de son bras droit au sein de la milice, Jamal Trabulsi, au début du mois d’octobre 2026.

Cet enlèvement au Liban aurait été conduit en coordination entre les nouveaux services de renseignement syriens (Service de renseignement général — Jihāz al-Mukhābarāt al-‘Āmmā) et l’Organisation nationale du renseignement turc (MIT). Cette dernière connait ce pays comme sa poche depuis des décennies, ayant traqué les activistes du PKK et de l’extrême gauche qui y avaient élu domicile.

Ural est actuellement détenu par les autorités syriennes en vue d’être jugé, en particulier pour les massacres de centaines de civils qui ont eu lieu les 2 et 3 mai 2013 dans les régions d’al-Bayda et de Banias dans des villages majoritairement sunnites.

Carrière 

Mihraç Ural né en 1956 dans le district d’Antakya (Alexandrette) au sein d’une famille alaouite. Il a d’abord appartenu au mouvement d’extrême gauche turc, le Parti du front de libération du peuple turc (Halk Kurtuluş Partisi-Cephesi, THKP-C). Il est responsable de plusieurs assassinats de personnalités turques.

Il a rejoint la faction dissidente THKP-C/Acilciler, une organisation d’extrême gauche/marxiste-léniniste. Fondée en 1974-1975 par de jeunes universitaires et d’anciens cadres du THKP-C libérés de prison en 1974, cette branche a été surnommée « Acilciler » (les « Agitateurs »). Mihraç Ural en a pris la direction en 1976 après que la direction de ce mouvement a été décapitée lors d’un affrontement avec les forces de sécurité turques à Malatya.

Il a été arrêté le 10 mars 1978, mais il s’est évadé de la prison d’Adana en 1980 en soudoyant les gardes. Bien que la branche principale de l’organisation ait été démantelée, l’évasion de Mihraç Ural a conduit à une réutilisation du nom Acilciler dans les années qui suivirent.

Cette organisation a tissé des liens étroits avec les services de renseignement syriens (Mukhabarat) pendant le règne d’Hafez el-Assad, et elle a mené pour eux des activités clandestines, notamment dans la province du Hatay.

En 1983, Mihraç Ural, pourchassé par les services turcs, a fini par se réfugier en Syrie où la nationalité syrienne lui est accordée. Il y a épousé Melek Fadal, membre de la famille Assad.

À noter qu’il a été arrêté en Allemagne en 1982, puis en France en 1986, alors qu’il était recherché par la Turquie pour terrorisme. Ni Bonn ni Paris n’avaient voulu l’extrader vers Ankara, les activistes turcs de toutes natures trouvant un accueil favorable en Europe…

En Syrie, il s’est installé à Lattaquié où il a bâti une fortune colossale due à son rôle dans le trafic de drogue. En liaison avec le crime organisé turco-kurde (1), il était l’un des maillons de la chaîne d’acheminement d’héroïne d’Afghanistan via la Syrie, puis la Turquie, et aboutissant en Europe.

Dans les premières années suivant son installation à Lattaquié, il a rencontré des personnalités telles que Dursun Karataş (terroriste turc dirigeant la Gauche révolutionnaire — Dev-Sol — puis le Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple — DHKP-C), qui a aussi été arrêté en France en 1995, mais non extradé vers la Turquie, et Abdullah Öcalan, le chef historique du PKK qui résidait officiellement en Syrie sous la protection du président Hafez el-Assad. Ce dernier le chassera du pays uniquement en 1998, car la Turquie avait alors menacé la Syrie d’une intervention militaire. Le président syrien savait que son pays ne faisait pas le poids face à la deuxième armée de l’OTAN…

Lors de la guerre civile syrienne, qui a débuté en 2011, Mihraç Ural a fondé le groupe Résistance syrienne, une milice paramilitaire soutenant le régime de Bachar el-Assad.

Le drapeau de la Résistance syrienne est visiblement inspiré de ceux du PKK et du DHKP-C : la « convergence des luttes » ?

En Turquie, il est accusé d’avoir planifié l’attentat de Reyhanlı du 11 mai 2013, qui a fait 53 victimes, amenant Ankara à l’inscrire sur la liste des personnes les plus recherchées du pays et Interpol à émettre une notice rouge à son égard.

Il a réussi à participer, dans la délégation syrienne, à la réunion internationale de Sotchi en janvier 2018 organisée dans le cadre du processus de paix syrien. La Turquie a exprimé sa profonde irritation face à la participation d’Ural et a demandé à ce qu’il soit arrêté et extradé… ce que Moscou n’a pas fait.

Le procès de cet individu va être exemplaire. Il aurait sans doute préféré être jugé en Turquie, où la peine de mort a été abolie en 2004. En Syrie, il risque sa tête.

raids.fr