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mercredi 21 octobre 2026

La justice helvétique classe la procédure concernant la mort d'un Suisse détenu en Iran

 

Le Ministère public de la Confédération (MPC) a classé la procédure ouverte à la suite du décès d'un Suisse dans une prison iranienne en janvier 2025. Aucun indice concret laissant penser à un homicide n'a été trouvé. Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) doutait de la thèse du suicide.

Ce ressortissant suisse de 64 ans avait été arrêté à la fin de 2024 par les autorités iraniennes, qui le soupçonnaient d'espionnage. Le 9 janvier 2025, il est retrouvé mort dans sa cellule de la prison de Semnan, à l'est de Téhéran, sans que la diplomatie helvétique ait pu lui rendre visite (voir encadré 1). Selon le régime, il aurait mis volontairement fin à ses jours.

Les doutes du renseignement helvétique

Dans un premier temps, cette assertion est accueillie avec circonspection par le Service de renseignement de la Confédération (SRC). Ce dernier fait savoir au Ministère public de la Confédération (MPC) que ce "prétendu suicide" soulève des questions.

Selon les services secrets helvétiques, les éléments en leur possession "remettent en cause le déroulement du suicide présumé" tel que décrit par l'Iran. C'est ce qui figure dans l'ordonnance de classement du parquet fédéral, que SRF a pu consulter.

Le SRC évoque la pratique du régime iranien consistant à utiliser les arrestations comme moyen de pression politique. Il rappelle également certains événements survenus à l'ambassade de Suisse à Téhéran, notamment le cas mystérieux d'une diplomate suisse décédée en 2021 après avoir chuté de son immeuble d'habitation à Téhéran (voir encadré 2).

Autopsie pratiquée en Suisse, avec des limites

À la suite de l'ouverture d'une procédure pénale autour de ce décès, le Ministère public de la Confédération a fait pratiquer une autopsie sur le corps. Les autorités iraniennes avaient toutefois embaumé la dépouille avant son transfert en Suisse, ce qui a limité les possibilités d'analyse médico-légale.

L'autopsie a conclu que la mort par pendaison était plausible. Il n'est toutefois pas possible de déterminer avec certitude si le corps a été suspendu alors que la victime était consciente, inconsciente ou déjà décédée. Par ailleurs, aucune trace de lutte ni aucun indice d'une sédation ou d'une autre cause de décès n'ont été découverts.

Possession de matériel potentiellement interdit

La nature exacte des accusations d'espionnage portées par l'Iran reste incertaine. Selon une proche du défunt, celui-ci effectuait un voyage de deux ans à bord d'un véhicule aménagé en camping-car. Il avait emporté du matériel photographique en tant que photographe. Il aurait aussi réalisé des prises de vue avec un drone.

Il transportait en outre plusieurs téléphones portables ainsi qu'un appareil de communication par satellite. Selon le Ministère public de la Confédération, l'utilisation de certains de ces équipements pourrait être interdite en Iran.

La proche a reçu du défunt des images montrant "une sorte de pylône de transmission", des stations-service, des bâtiments, des routes ainsi que l'épave d'un véhicule militaire. La police judiciaire fédérale (PJF) estime que ces images n'ont pas été prises en Iran. Mais l'homme s'est peut-être "exposé à un risque accru en raison du matériel qu'il transportait et de son comportement", selon la PJF.

Aucun indice concret d'un homicide

Selon le parquet fédéral, il n'est pas possible de déterminer, dans ce contexte, s'il s'agissait d'une "arrestation totalement arbitraire". Il n'existe toutefois aucun indice concret laissant penser que l'Iran aurait voulu exercer une pression politique sur la Suisse ou d'autres Etats en procédant à cette arrestation.

Le Ministère public de la Confédération conclut qu'il n'y a aucun indice concret d'un homicide et, par conséquent, a décidé de classer la procédure. De toute manière, la poursuite des investigations se serait heurtée à des "difficultés majeures", car elle aurait nécessité la coopération de l'Iran.

Domink Meier

rts.ch