Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohamed ben Salman, dirigeant de facto de la première économie du monde arabe, veut libéraliser un pays qui a bâti son développement sur les hydrocarbures. Il souhaite opérer une transition depuis un modèle de rente, dont l’acteur principal est l’État, vers un système diversifié, dont le moteur doit être le secteur privé. Et le royaume aspire à devenir une grande puissance dans le monde de l’après-pétrole.
Arabie saoudite joue un rôle majeur sur le marché pétrolier : deuxièmes réserves prouvées de la planète (267,2 milliards de barils en 2024, soit 17 % du total mondial) et premier exportateur (6 millions de barils par jour). L’État a la mainmise sur la quasi-totalité des champs. Une manne qui fait que l’économie saoudienne est dépendante du pétrole, donc vulnérable aux fluctuations de son cours. De plus, le pays est confronté au défi d’une part croissante des moins de 30 ans au sein de sa population (63 % des 34,5 millions d’habitants en 2025), une jeunesse à qui il faut offrir un avenir en dehors de l’« or noir ». C’est dans ce contexte que Mohamed ben Salman a lancé dès 2016 le programme « Vision 2030 », axé sur la transformation économique et sociétale du pays.
Potentiel minier et touristique
Parmi les secteurs clés retenus figure celui des minerais et métaux, indispensables à la transition énergétique et au développement de l’intelligence artificielle (IA). Il est dominé par Maaden, une entreprise détenue majoritairement par le fonds souverain saoudien, le Fonds public d’investissement (PIF). Près de 50 types de minéraux ont été identifiés dans le sous-sol saoudien : or, cuivre, zinc, bauxite, uranium… mais aussi des terres rares et du phosphate. Ce potentiel géologique, dont la valeur est estimée à 2 500 milliards de dollars, est encore largement inexploité, faisant de l’Arabie saoudite l’un des principaux centres mondiaux pour l’exploration minière.
Si les exportations saoudiennes de minerais sont destinées aux pays asiatiques, le royaume veut concurrencer la Chine et devenir un hub dans les chaînes d’approvisionnement. Il a franchi un premier pas en novembre 2025 : après la rencontre entre Mohamed ben Salman et le président américain, Donald Trump (depuis janvier 2025), à Washington, le Pentagone et Maaden ont annoncé la création d’une joint-venture chargée de construire, sur le sol saoudien, une raffinerie de terres rares. Ces dernières sont essentielles pour les capacités de défense de Washington, mais aussi pour les technologies civiles critiques, telles que les semi-conducteurs.
Autre secteur en vue : le tourisme. Le royaume, qui ne délivrait des visas qu’aux pèlerins musulmans jusqu’en 2019, a accueilli 30 millions de visiteurs étrangers en 2024. Il vise 70 millions en 2030. Pour cela, outre de nouvelles constructions dans les villes saintes de Médine et de La Mecque, les autorités ont lancé des chantiers pharaoniques, à l’image des installations de luxe Red Sea Project et Amaala, sur la mer Rouge. Ces projets sont situés au cœur d’une région qui s’étend de la frontière jordanienne à La Mecque ; elle comprend également la mégapole futuriste Neom et le site préislamique d’Al-Ula. Dans le centre du pays se trouve la cité de Qiddiya, consacrée au divertissement. La capitale, Riyad, compte aussi de nombreux projets. Car l’Arabie saoudite se positionne plus largement dans le domaine de l’organisation d’événements planétaires afin de développer son soft power : le Rallye Dakar chaque année, l’Exposition universelle en 2030, la Coupe du monde de football en 2034…
Une diversification au ralenti
Si la « Vision 2030 » présente des résultats concrets, la part du PIB non pétrolier reste en deçà des prévisions des autorités. Le tourisme compte pour environ 5 %, tandis que l’objectif est fixé à 10 % d’ici à 2030. Concernant les minerais, si la contribution en valeur du secteur minier au PIB a doublé depuis 2016 (36 milliards de dollars en 2024), le régime aspire à atteindre 75 milliards. Sur le papier, la monarchie a les moyens de continuer : en 2025, le PIF occupe la sixième place mondiale des fonds souverains les plus riches, avec 925 milliards de dollars d’actifs.
Néanmoins, se pose la question du financement d’une diversification trop ambitieuse. Alors que le cours du pétrole baisse, avec un baril qui tourne autour de 60 dollars, et que le flux d’investissements directs étrangers (IDE) entrants reste faible, l’Arabie saoudite peine à attirer les acteurs capables de financer son avenir, ce qui entraîne des retards, voire des abandons. Le budget de Neom (estimé à 500 milliards de dollars) a explosé et aurait été réduit de 20 % ; The Line, qui devait abriter un million d’habitants sur 36 kilomètres carrés d’ici à 2030, a vu ses travaux suspendus en septembre 2025. Le royaume se concentre sur les infrastructures prévues pour accueillir les grands événements, comme l’Exposition universelle. Quant au futur aéroport international du roi Salman, qui ambitionne de faire de Riyad un hub aérien mondial capable de recevoir 185 millions de passagers, il devra concurrencer ceux de Dubaï et de Doha.
Repères Arabie Saoudite
Delphine Leclercq
Laura Margueritte
