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jeudi 29 octobre 2026

L’Armée de l’Air et de l’Espace en outre-mer et à l’étranger : réactivité et globalité

 

L’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), c’est 11 points d’appui dont 6 bases aériennes, des escales en Afrique, Caraïbes, Mayotte, etc. En dehors des États-Unis, existe-t-il un maillage équivalent ? À quelle rationalité géostratégique répond-il ?

La France est mondiale grâce à ses outremers mais aussi ses points d’appui chez des partenaires clés. Une part importante de nos concitoyens vit aussi en dehors de l’Hexagone : plus de 2 millions de Français en outre-mer (1) et environ 2,5 à 3 millions d’expatriés (2) à travers le monde. 

La France dispose et s’appuie, entre autres, sur la profondeur stratégique offerte par le maillage de nos territoires ultramarins et de nos emprises militaires à l’étranger. Cet ensemble permet à la fois de défendre les intérêts stratégiques de la nation, mais aussi de porter assistance aux populations en cas de catastrophe, ou pour leur porter secours en cas de dégradation sécuritaire.

Avec environ 2 200 aviateurs, l’armée de l’Air et de l’Espace est présente sur six sites en outre-mer — Guyane, Antilles, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, La Réunion et Mayotte — ainsi que sur trois bases aériennes à l’étranger, aux Émirats arabes unis, à Djibouti et au Proche et Moyen-Orient, complétées par deux escales-détachements en Côte d’Ivoire et au Gabon. 

Cette présence permet tout d’abord d’assurer la continuité du service public : nos forces réalisent des missions de souveraineté dans les territoires ultramarins allant de la défense aérienne, à la sécurité civile (secours, évacuations sanitaires) l’appui aux populations (cyclones), en passant par la lutte contre l’immigration illégale, et la criminalité organisée (narcotrafic et orpaillage), etc. Nos points d’appui jouent également un rôle essentiel dans les relations avec nos partenaires régionaux, en permettant à l’armée de l’Air et de l’Espace d’honorer les engagements de la France au titre de nos accords de défense. 

Nos points d’appui permettent également de renforcer nos capacités d’appréciation de situation. Cette présence permanente permet de mieux comprendre les enjeux sécuritaires, climatiques et stratégiques mais aussi une capacité d’anticipation des évolutions potentielles. Dans le contexte actuel d’incertitude et de compétition stratégique, de repli sur soi de certains de nos alliés et de fragilités dans les alliances, il est important d’être en mesure d’éclairer nos plus hautes autorités militaires et politiques en anticipant non seulement les crises mais également les rétroactions qu’elles peuvent entraîner. L’appréciation de situation élaborée depuis nos points d’appui est enrichie et complétée par des organismes en central (DGRIS (3), DRM (4), états-majors) qui ont une vision plus large et globale, notamment de certains modes opératoires constatés sur d’autres zones. La valeur de cette analyse augmente en la partageant avec nos partenaires. Cet échange, même s’il est souvent transactionnel, permet aussi d’assoir notre légitimité et de renforcer nos liens avec nos partenaires régionaux et internationaux. 

Les risques et menaces vont grandissant. Nos compétiteurs stratégiques se réarment et n’hésitent plus à agir y compris par la force. Ils mettent aussi en œuvre des actions hybrides de déstabilisation, allant de l’ingérence à la démonstration de force, via la projection de moyens aériens ou navals pour tester et fragiliser notre souveraineté nationale, y compris dans nos outre-mer, en passant par les tentatives de faits accomplis. Nos points d’appui aériens sont cruciaux pour que les armées françaises bénéficient de la réactivité opérationnelle nécessaire pour faire face à ces menaces : en cas de crise, les forces prépositionnées constituent une première capacité de réaction immédiate, avant l’envoi de renforts. Dans les heures et jours qui suivent, nos bases aériennes et différents points d’appui permettent d’accueillir des renforts et de mettre en œuvre des bascules d’effort d’un point d’appui à un autre, ou depuis la métropole.

Cette réactivité depuis la métropole, l’armée de l’Air et de l’Espace en apporte la preuve chaque année avec les missions « Pégase » durant lesquelles elle démontre sa capacité à se projeter rapidement dans des zones difficiles d’accès et loin de la métropole. Grâce à « Pégase », l’armée de l’Air et de l’Espace teste et explore aussi de nouvelles routes aériennes, et elle durcit ses capacités de projection pour conforter la liberté d’action des Armées. Les missions « Pégase » montrent à nos partenaires, comme à nos compétiteurs, notre capacité à réagir rapidement en renforçant considérablement un dispositif (Proche et Moyen-Orient par exemple) ou à envoyer une force d’entrée en premier en quelques heures partout dans le monde.


Nos efforts consistent actuellement à renforcer les capacités de nos points d’appui. Actuellement ils sont regroupés dans une logique d’appui mutuel en quatre fuseaux géographiques complémentaires : 

• Proche et Moyen-Orient et océan Indien (PMO, dont les EAU, Djibouti, La Réunion, Mayotte), ce fuseau central permet d’articuler des déploiements de force depuis la métropole vers le PMO ou vers l’océan Indien ; 

• Indopacifique avec la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française ;

• Caraïbes-Guyane dans l’Atlantique qui permet d’être au plus près des crises sur le continent américain ;

• Afrique de l’ouest.

Le barycentre des quatre fuseaux que vous évoquez se situe plutôt dans le sud ou sur l’équateur. Mais de nouvelles priorités stratégiques apparaissent également dans le Grand Nord. Est-il envisageable de voir l’établissement d’un point d’appui, par exemple, au Groenland ou à Saint-Pierre-et-Miquelon ?

L’actualité récente a confirmé l’importance croissante de la zone arctique, convoitée par les grandes puissances pour sa position cardinale, mais aussi ses ressources énergétiques et en terres rares, et dont les voies de navigation s’ouvrent progressivement sous l’effet du réchauffement climatique.

Afin d’être prête à faire face à tout type de crise, l’armée de l’Air et de l’Espace a déployé, dès le début de l’année 2025 des A400M au Canada puis au Groenland, afin d’effectuer des tests en conditions de froid extrême — jusqu’à -35 °C au sol et -74 °C en vol — ainsi que des atterrissages sur terrains sommaires fortement enneigés ou glacés. Ces campagnes, menées avec l’armée de terre et nos partenaires canadiens ainsi que danois, ont ouvert de nouvelles coopérations opérationnelles et de nouveaux modes opératoires pour nos Armées. Elles ont aussi permis de tirer des enseignements précieux sur la maintenance en températures extrêmes et leurs conséquences sur l’homme et les fluides embarqués. En 2025, la mission « Pégase » s’est déployé en Suède, affirmant la présence de la France dans cette zone stratégique. Nos compétiteurs ont pu constater que l’armée française pouvait opérer dans ces zones de très grand froid. 

Saint-Pierre-et-Miquelon constitue évidemment un point d’appui souverain important pour rayonner en Atlantique Nord et dans le Grand Nord. Lors de la mission « Pégase 24 », un A400M a rallié l’archipel en moins de sept heures depuis la métropole, démontrant concrètement la proximité et la valeur de cet ancrage souverain. Plus récemment, dans le cadre de la mission « Liberté 250 » en Amérique du Nord, l’A400M qui accompagne les Alphajet de la Patrouille de France a également fait escale à Saint-Pierre-et-Miquelon.

Un accord a récemment été conclu entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin au conflit qui avait débuté en février dernier. Pendant plus d’un mois, les soldats Français basés aux Émirats arabes unis et au Proche et Moyen-Orient ont été sous les feux des missiles et drones iraniens tirés vers nos pays partenaires. Quel est le retour d’expérience de cette crise ?

Les frappes iraniennes vers nos partenaires au Proche et Moyen-Orient nous ont clairement rappelé l’importance d’opérer sous le feu. Durant les guerres menées contre le terrorisme, l’armée de l’Air et de l’Espace n’avait pas réellement opéré dans de telles conditions, si ce n’est dans une certaine mesure à Kandahar en Afghanistan. Force est de constater que les Aviateurs ont su faire face à cette situation inédite avec professionnalisme et détermination. Dès les premières heures du conflit, différents appareils de l’armée de l’Air et de l’Espace, dont des Rafale, ont décollé de nos différents points d’appui en PMO pour agir aux côtés de nos partenaires afin de protéger leur espace aérien et les populations civiles mais aussi les emprises françaises. Nos chasseurs Rafale ont à leur actif la neutralisation d’une centaine de drones et missiles de croisière iraniens. L’armée de l’Air et de l’Espace a aussi projeté au PMO des batteries antiaériennes (SAMPT) et des hélicoptères (Fennec). Ces missions ont pu être réalisées grâce au courage des pilotes, des équipages, des opérateurs de défense sol-air, mais aussi de nos mécaniciens et aviateurs déployés sur nos bases dans cette région qui ont opéré sous les tirs iraniens. Des centaines d’aviateurs ont courageusement accompli leur mission, dans des conditions périlleuses. Il faut imaginer les mécaniciens et aviateurs quitter leurs abris pour ravitailler et réarmer les Rafale alors que des drones et missiles iraniens tombent à quelques dizaines de mètres.


Cet engagement a montré que nos forces aériennes savaient « faire face » (5) et permettaient à la France de tenir ses engagements vis-à-vis de ses partenaires. Nous poursuivons nos efforts pour renforcer et durcir nos bases aériennes pour assurer la réactivité de l’Armée de l’Air et de l’Espace qu’elles que soient les conditions.

Une base aérienne est avant tout une plateforme aéronautique et un outil de combat en cas de crise sévère, mais le spectre des missions de l’AAE est large. On a récemment vu leur usage dans des opérations de soutien aux populations face à des catastrophes. Quelles leçons ont été tirées ? Notamment au regard de possibles évacuations de ressortissants, Français ou Européens, les bases ont-elles un dimensionnement suffisant ?

Les catastrophes climatiques et humanitaires se multiplient, et l’AAE est régulièrement appelée pour y répondre et se trouve en première ligne dans l’action interministérielle. 

Lorsque le cyclone Chido dévaste Mayotte à la fin de l’année 2024, Les préfectures de Mayotte et de La Réunion ont rapidement demandé un concours aux forces armées. Les moyens de la BA 181 de Saint-Denis-de-La-Réunion sont immédiatement engagés : les deux Casa embarquent des médecins du SAMU et un premier lot d’urgence. Ils se posent sans difficulté à Mayotte, car les personnels du 25e Régiment du génie de l’Air (RGA), prépositionnés en amont du passage du cyclone, ont déblayé la piste. Le soutien n’est pas uniquement réalisé par l’emploi d’avions : l’armée de l’Air et de l’Espace déploie aussi des aviateurs sur Mayotte qui rétablissent rapidement une capacité de contrôle aérien. En quelques heures et durant un peu plus d’un mois, ce sont plus de 2 200 tonnes de fret et 3 500 personnes qui sont acheminées vers Mayotte depuis la métropole, en s’appuyant sur La Réunion, mais aussi à partir de la base aérienne de Djibouti, démontrant l’efficacité de notre maillage en Outre-mer et à l’étranger (OME). Il faut pouvoir absorber la hausse considérable du trafic aérien, jusqu’à 14 appareils par jour. Cent soixante et onze appareils sont ainsi gérés par la BA181 durant la crise, en lien étroit avec le nouveau Centre air de planification et de conduite de défense aérienne de Lyon-Mont Verdun. Les renforts de métropole sont déterminants pour tenir : plus de 90 militaires sont envoyés pour tenir dans la durée. 

On voit bien ici la logique d’appui mutuel entre nos points d’appui, bases aériennes dans la région : si l’un de nos territoires est frappé par une catastrophe, par exemple climatique, c’est grâce à nos autres points d’appui et nos vecteurs aériens que l’on peut lui porter secours rapidement en s’émancipant de la tyrannie des distances, puis organiser une bascule d’efforts pour acheminer d’éventuels renforts depuis d’autre points d’appui ou depuis la métropole. Cet effort est bien entendu interministériel et interarmées, sous l’égide des commandants de forces prépositionnées ou de souveraineté.

Pour l’évacuation du Soudan, en avril 2023, c’est depuis Djibouti qu’a été lancée l’opération. Un avion de transport C‑130 des forces spéciales Air s’est posé en premier à Khartoum dans une zone de guerre, sous des tirs antiaériens et d’artillerie. Une noria d’A400M et de C‑130 a ensuite permis d’évacuer plus d’un millier de ressortissants Français et européens en quelques jours. La base de Djibouti a servi de pivot logistique et de commandement, confirmant son rôle central dans toute intervention en Afrique de l’Est.

On peut aussi citer l’opération « Apagan », quand, après la prise de Kaboul par les Taliban, les Armées ont dû évacuer par les airs, durant l’été 2021, nos ressortissants européens et de nombreux étrangers. Un double pont aérien a été mis en place entre Kaboul et la BA104 grâce à des rotations d’A400M et C‑130 d’une part, et entre Paris et la BA104 avec des MRTT, d’autre part. La BA104 sert ainsi de pivot pour mener avec réactivité cette opération qui permet d’évacuer près de 3 000 personnes d’une douzaine de pays différents. Ces opérations confirment que le modèle de nos points d’appuis fonctionne : nos bases ont la capacité d’absorber un premier choc avant d’accueillir rapidement des renforts pour tenir dans la durée.

Une base aérienne est aussi une plateforme interarmées, y compris pour la projection de puissance, ce que facilite considérablement le tandem MRTT/A400M. Les installations le permettent-elles cependant ?

Vous avez raison, l’A400M répond parfaitement à la tyrannie des distances. À titre de comparaison, il place la Polynésie française à six heures de vol de la Nouvelle-Calédonie contre 12 heures en Casa. Combiné au MRTT, il permet de déployer un détachement Rafale en moins de 40 heures en tout point du globe, avec peu d’étapes. Ce triptyque Rafale-A400M-MRTT est un changement de paradigme qui renforce nettement notre liberté d’action et notre crédibilité face aux tentatives d’ingérence ou de « faits accomplis ». Nous ne pouvons être présents partout en permanence mais nous savons être présents en temps utile, dans le bon tempo, grâce à notre réactivité et notre élongation permise par le triptyque Rafale-A400M-MRTT et le maillage de nos différents points d’appui.

Les performances techniques de ces trois aéronefs sont permises s’ils peuvent être accueillis et opérer à partir de points d’appui et notamment de ceux dont nous disposons à travers notre maillage mondial. C’est pour cette raison que l’armée de l’Air et de l’Espace considère les fonctions infrastructures, énergie et SIC (système d’information et de communication) comme des fonctions opérationnelles essentielles pour que nos bases aériennes soient prêtes à agir, voire combattre. Une grande partie des travaux d’infrastructures sont d’ailleurs réalisés par des aviateurs, appartenant au 25e RGA et à l’Escadre Aérienne d’Appui aux Opérations (EAAO).

La crise sécuritaire en Nouvelle-Calédonie au printemps 2024 a mis en relief avec acuité l’importance des installations aéroportuaires pour être au tempo de la crise. L’armée de l’Air et de l’Espace a mobilisé une dizaine de MRTT simultanément pour établir un pont aérien de plus de 19 000 km depuis la métropole, acheminant 350 tonnes de fret et 2 100 personnels via la base aérienne 186 de La Tontouta. Cette réactivité a été décisive dans la gestion de la crise. À noter la question de la résilience énergétique car les réserves de carburant se sont révélées critiques : l’armée de l’Air et de l’Espace a dû prendre appui en Australie pour en acheminer via des rotations d’A400M depuis Brisbane. Ces enseignements alimentent directement les investissements en cours sur le stockage et la résilience logistique de nos bases. La question du carburant doit faire l’objet d’une grande vigilance, comme nous le démontre la crise pétrolière actuelle. 

Pendant une trentaine d’années, nos points d’appui OME n’étaient pas la priorité car les efforts se concentraient sur l’arc des crises. Depuis quelques années, tous les efforts sont faits pour combler ce retard et permettre à nos points d’appui de monter en puissance. Ainsi, la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 prévoit un renforcement significatif de nos points d’appui en outre-mer. L’armée de l’Air et de l’Espace fait effort autour de quatre axes : le dimensionnement des aires aéronautiques, la protection de nos APOD (aéroports de débarquement), la capacité de stockage de carburant, et les systèmes d’information et de communication pour renforcer nos capacités de commandement en interarmées et en interministériel ainsi qu’avec nos alliés. 

Les travaux de renforcement de nos points d’appui accompagnent la montée en puissance de la flotte A400M. D’ores et déjà déployé de manière permanente dans la zone PMO-océan Indien, les efforts se poursuivent pour atteindre d’ici 2030 une capacité quasi-permanente en zone Pacifique.

L’actualité stratégique montre que la puissance de feu d’adversaires potentiels s’accroît et que les bases aériennes sont des cibles de choix. Le durcissement de certaines est-il prévu ? 

L’engagement des forces au Proche et Moyen-Orient a confirmé que nos bases aériennes à l’étranger, qui sont les plus exposées dans notre maillage, sont d’ores et déjà en mesure et capables d’opérer même sous le feu mais des renforcements sont effectivement nécessaires. La menace drones constitue évidemment un point de vigilance majeur. Le retour d’expérience des conflits en cours en particulier en Ukraine montre que nos compétiteurs stratégiques pourraient, directement ou en instrumentalisant des groupuscules au sein de nos territoires viser nos APOD avec ces nouvelles armes. Ainsi, nos points d’appui doivent encore être renforcés, en particulier en outre-mer, afin d’être préparés à contrecarrer des menaces telles que l’opération « Spiderweb » menée dans la profondeur du territoire russe par les drones ukrainiens contre des bases aériennes loin du front, ou le harcèlement des aéroports danois par des drones d’origine inconnue. 

Le rôle des commandants de base aérienne – désignés par le cabinet du Premier ministre comme hautes autorités de défense aérienne – est primordial pour anticiper ce type de scénario. L’organisation mise en place en Guyane pour la protection du Centre spatial guyanais fait référence pour l’ensemble de nos outre-mer. Les hélicoptères Fennec et les H225M Caracal, en cours de déploiement en remplacement des Puma sur tous nos points d’appui en OME, sont équipés de moyens en lutte antidrones que ce soit avec leur mitrailleuse de sabord ou avec un tireur embarqué équipé d’un fusil de précision ou d’un fusil brouilleur.

Le Rafale a aussi fait l’objet de développement capacitaire pour adapter son système d’armes afin de le rendre plus efficient contre les drones. Les capacités en défense sol-air et balistique sont un enjeu majeur sur lequel des efforts importants sont portés avec la montée en puissance du SAMPT-NG.

Plusieurs bases sont par ailleurs positionnées idéalement au regard des orbites satellitaires. Dans un contexte où le spatial a un rôle central, la fonction des bases va-t-elle évoluer ?

Absolument ! La distribution géographique de nos points d’appui en outre-mer, à la fois en latitude pour Kourou en particulier mais aussi en longitude, constitue un atout indéniable pour les capacités spatiales des armées mises en œuvre par le Commandement de l’Espace de l’AAE.

La Guyane en est l’exemple le plus emblématique. Le Centre spatial guyanais de Kourou, qui abrite le site de lancement d’Ariane 6, bénéficie d’une situation stratégique exceptionnelle – proche de l’équateur, ouvert sur la mer – et constitue un point d’accès souverain à l’espace unique pour la France et l’Europe. À chaque lancement, la BA 367 de Cayenne commande un dispositif de protection aérienne intégrant des renforts venus de métropole – E‑3F, Rafale, MRTT – ainsi que des moyens de la Gendarmerie nationale en lutte antidrones. L’activité va s’intensifier encore à partir de 2026 avec l’arrivée de nouveaux exploitants privés de micro-lanceurs français, allemands, espagnols et italiens.

Plus largement, l’augmentation du trafic spatial et la multiplication des comportements inamicaux dans l’espace – collisions potentielles, manœuvres suspectes au voisinage de nos satellites – exigent de l’AAE qu’elle renforce ses capacités de surveillance. Nos outre-mer offrent de nombreuses possibilités pour déployer les systèmes au sol indispensables à la surveillance de l’espace (radars, télescopes), à l’exploitation et au contrôle des satellites. Leur dispersion géographique permet d’améliorer la couverture globale et la réactivité de nos systèmes spatiaux, sans dépendre de la bonne volonté d’un État tiers. La Guyane, la Nouvelle-Calédonie et La Réunion sont aujourd’hui les territoires les plus valorisés dans ce domaine, mais les autres outre-mer pourraient également accueillir des infrastructures d’opérateurs commerciaux ou de partenaires étrangers – ce qui représentera un atout en termes d’investissement et d’emplois locaux en termes d’investissement et d’emplois locaux.

Enfin, l’AAE implémente la stratégie des armées pour la très haute altitude sur l’ensemble de ses axes (détecter, intercepter, opérer). En outre-mer, les HAPS (High altitude permanent system), de par leur allonge, leur permanence et leur survivabilité, sont particulièrement intéressants pour compléter le dispositif de surveillance ou rétablir des moyens de communication. Différents projets de HAPS sont suivis par l’AAE et sont en cours d’évaluation (ballon manœuvrant Balman, avion solaire Zephyr), avec une ambition d’exploiter leurs capacités avant fin 2027. 

Notes

(1) Selon l’INSEE, en 2026, 2,3 millions de Français résident dans les départements et collectivités d’outre-mer.

(2) Estimation faite par le Ministère des Affaires étrangères, avec environ 1,8 million de Français qui sont formellement inscrits au registre des Français établis hors de France.

(3) Délégation générale aux relations internationales et à la stratégie.

(4) Direction du Renseignement Militaire.

(5) Devise du capitaine Guynemer, faite sienne par l’École de l’Air et de l’Espace, ainsi que par toute la communauté des aviateurs.

Arnaud Gaviard

Joseph Henrotin

areion24.news