Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

dimanche 18 octobre 2026

Cameroun : le renseignement d’État, entre guerre des clans et business privé

 



Autour de Paul Biya, plusieurs camps se disputent le renseignement, la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) mais aussi la Direction de la surveillance du territoire (DST) ou encore le renseignement militaire. Il y a le camp du secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, celui d’Oswald Baboké, proche de la première dame, et enfin celui de Franck Biya, fils aîné du président.

Dans ce décryptage vidéo, Yves Plumey Bobo revient sur les dessous de son enquête, Les secrets du renseignement camerounais. Pendant des mois, le journaliste de Jeune Afrique a recueilli des témoignages et des preuves sur les dérives d’un appareil d’État censé protéger le pays. Il a découvert un marché noir de l’information, et une DGRE affaiblie par les rivalités qui rongent l’entourage de Paul Biya.

Des rapports contradictoires

Leur arme principale : les rapports qui parviennent au chef de l’État, chaque camp lui livrant sa version des faits. Léopold Maxime Eko Eko, patron de la DGRE pendant plus de dix ans, s’est retrouvé au cœur de la bataille. En janvier 2023, son rapport décrit Ngoh Ngoh comme impliqué dans un projet de coup d’État. Le lendemain de sa transmission, il est arrêté dans l’enquête sur l’assassinat de Martinez Zogo. Il y voit un complot, Ngoh Ngoh balaie les accusations.

Dans l’ombre de ces rivalités, les moyens de l’État servent aussi des intérêts privés. Sans ressources, la DGRE voit une partie de ses agents monnayer leurs services : 25 000 F CFA, moins de 40 euros, suffiraient pour obtenir les relevés téléphoniques d’une épouse que l’on soupçonne. Un homme d’affaires dit avoir fait rédiger un faux rapport pour faire muter un fonctionnaire gênant. Un dispositif qui repose aussi sur des relais de terrain, cadres sous identité d’emprunt ou étudiants recrutés avec la promesse d’un emploi.

Yves Plumey Bobo
Fatma Ben Hamad