Si la guerre de communication fait rage entre les deux franchises djihadistes sur le bilan des combats à grande échelle survenus ces derniers jours au nord du Burkina Faso, ils attestent, en tous cas, d’un niveau de violence inédit entre les deux groupes au Sahel depuis l’éclatement au grand jour de leur rivalité en 2019.
L’évolution du front malien, qui s’est traduit, depuis la reprise de Kidal le 6 octobre par des frappes soutenues de l’armée et de ses alliés russes contre les regroupements de la filiale sahélienne d’Al-Qaïda, a joué en faveur de l’État islamique au Sahel, qui a remporté la bataille de l’Oudalan, dans le nord du Burkina Faso, non loin des frontières malienne et nigérienne.
On s’attendait à une confrontation de grande ampleur depuis l’été, au vu de l’importante mobilisation de forces de l’État islamique (EIS) dans la région de Menaka depuis août. L’analyste Ange Vital Boko l’avait prédit, mettant en garde le Niger, pays situé au centre des canaux de circulation du groupe, avec une capitale, Niamey, à portée d’attaque, comme en attestent les enlèvements en pleine ville et l’assaut contre l’aéroport en janvier 2026.
Mais il faut remonter le fil des escarmouches et éliminations ciblées de chefs et de transfuges de part et d’autre pour identifier le début de la séquence, depuis juillet au moins, dans une région pastorale que se disputent de très longue date les deux rivaux. Le 13 juillet, le JNIM (Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans) avait revendiqué l’élimination au Burkina Faso d’un de ses chefs passé à l’EIS avec ses hommes en février, Sadou Samahouna. Concentré sur la bataille d’Anéfis, dans le nord du Mali, aux côtés de ses alliés indépendantistes touaregs, le JNIM redoutait une attaque de l’EIS sur son flanc sud-est, au Niger, où ses rivaux ont installé leur fief de part et d’autre de la frontière malienne. Le 21 juillet, les deux groupes s’étaient affrontés au Mali, à proximité de la grande mare de Gossi, le 26 juillet, au Niger, à Sambera, dans la région de Dosso. En août, c’est à nouveau dans le nord du Burkina Faso que les affrontements ont pris place: le JNIM a revendiqué des attaques ciblées à Bangao et Dorkoye puis des heurts ont éclaté dans la zone d’Ekacham Ouest, faisant de nombreuses victimes dans les deux camps.
Une bataille féroce et de lourdes pertes
La séquence qui nous occupe a commencé le 7 octobre, à Tessit, dans le Gourma malien voisin, et c’est le JNIM qui a gagné la première manche, d’après les sources de Mondafrique. Sous l’effet des attaques tendant à couper ses lignes d’approvisionnement, l’État islamique a ensuite jeté toutes ses forces dans la bataille, cette fois du côté burkinabè, à Ganadaouri, dans la zone de Tin-Akoff. Victorieux de la deuxième manche, c’est, logiquement, l’État islamique qui a communiqué le plus abondamment sur ces événements, le 15 octobre dans son hebdomadaire al-Naba. Al-Naba précise les contours des combats du vendredi 9 octobre. « Une bataille féroce a opposé les soldats du Califat à un important contingent de miliciens apostats d’Al-Qaïda, infligeant à ces derniers de lourdes pertes humaines et matérielles. »
Selon l’organe de l’EI, « la milice apostate d’Al-Qaïda avait mobilisé plus de 3000 de ses membres pour tenter de progresser vers les positions des moudjahidine dans la région d’Oudalan. Les détachements de reconnaissance des soldats du Califat surveillaient les mouvements ennemis et observaient de près leur progression avant que les assaillants ne choisissent un emplacement près du village de Ganadaouri pour y tendre une embuscade de grande ampleur ». Selon Al-Naba, les combats auraient duré environ deux heures, avant que « les rangs de la milice apostate ne cèdent et que ses membres ne prennent la fuite. » Poursuivis sur 80 km, « les derniers fuyards » auraient été tués « par centaines », y compris « des dizaines de prisonniers interrogés puis exécutés sur place. »
Al-Naba revendique 400 morts ennemis, sans fournir d’images convaincantes de ce chiffre. En revanche, le butin récupéré est photographié (voir ci-dessus). Al-Naba écrit que 300 motos auraient été incendiées et 104 autres saisies, « ainsi qu’un véhicule tout terrain, 8 mitrailleuses lourdes, 44 mitrailleuses moyennes, 415 fusils, 13 lance-roquettes, plusieurs dizaines d’appareils radio et une quantité importante de munition. » Le JNIM n’a pas encore communiqué officiellement sur ces combats, ce qui est un indicateur de l’issue. Le nombre des morts, comme celui des combattants, fait débat sur la toile. Des témoignages locaux rapportés à Mondafrique font état de « corps jonchant le sol. »
Forte mobilisation de part et d’autre

