Même les meilleurs agents du monde n’empêcheront jamais totalement un individu isolé de passer à l’acte et de commettre un attentat raciste comme celui perpétré vendredi à Trappes. Un exemplaire d’un ouvrage de Hitler a été découvert au domicile de cet homme de 39 ans, sans qu’on sache à ce stade s’il évoluait dans une sphère extrémiste, s’il avait des contacts avec quelque groupuscule d’ultra-droite.
Connu de la police pour des délits de droit commun, Kevin T., transféré ce dimanche en soins psychiatriques, était en revanche passé sous le radar des services de renseignements intérieurs. Ces derniers ont-ils failli ? Rien ne permet de l’affirmer. Il n’y a en revanche pas de doute que ces mêmes services n’avaient absolument pas anticipé l’ampleur et les violences des manifestations du 17 octobre.
Trous dans la raquette
Le ministre de la Justice lui-même a reconnu des trous « incontestables » dans la raquette. Pour des raisons évidentes et légitimes, les efforts du renseignement se sont concentrés, ces dernières années, sur la menace djihadiste. Si la pression sur les milieux islamistes ne doit pas être relâchée, des moyens doivent aujourd’hui être redéployés vers la surveillance de l’ultra-gauche et de l’ultra-droite, dont les actions violentes ont connu une recrudescence ces dernières années.
Il ne s’agit évidemment pas de créer une police politique et de surveiller des partis, ce qui serait indigne d’une démocratie, mais bien de détecter les individus ou petits groupes isolés projetant de mener des actes terroristes ou de s’en prendre à l’État. Le suivi des mouvements sociaux échappant aux syndicats, comme celui des groupuscules de casseurs, très mobiles et capables de communiquer rapidement via les réseaux sociaux, doit également être optimisé. Cela implique à la fois une meilleure veille technologique et l’infiltration de ces mouvances par des sources « humaines », dont l’apport reste indispensable.
Benoît Gaudibert