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lundi 26 octobre 2026

Ebola : l’Afrique face à une épidémie alarmante !

 

L’épidémie d’Ebola franchit une nouvelle frontière avec la confirmation d’un premier cas au Nigeria. Partie de République démocratique du Congo, où elle a fait plus de 4 600 morts, la maladie gagne désormais plusieurs pays africains. L’OMS alerte sur une crise sanitaire plus complexe, marquée par une propagation internationale inquiétante.

Le virus a traversé le continent, emprunté les routes internationales et atteint l’un des pays les plus peuplés d’Afrique. Avec la confirmation, le 20 octobre, d’un premier cas d’Ebola au Nigeria, l’épidémie qui ravage la République démocratique du Congo (RDC) depuis mai 2026 prend une nouvelle dimension. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) redoute désormais une crise sanitaire plus difficile à maîtriser, dans un contexte de forte mobilité des populations et de circulation internationale du virus.

« Nous sommes confrontés à une situation épidémique plus complexe », a averti jeudi Mohamed Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique. L’alerte intervient alors que le Nigeria, pays de quelque 240 millions d’habitants, rejoint les États africains ayant enregistré des infections par la souche Bundibugyo du virus Ebola.

Selon le bilan publié par l’OMS le 23 octobre, la RDC comptabilisait, au 20 octobre, 9 704 cas confirmés et 4 687 décès, soit une létalité de 48,3 %. Il s’agit de l’épidémie d’Ebola la plus meurtrière jamais enregistrée dans ce pays et de la deuxième plus importante au monde, après celle qui avait ravagé l’Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016.

Du Congo au Nigeria, les frontières de la contagion

Le cas nigérian concerne une femme de 42 ans, d’origine ougandaise, résidant à Abuja, la capitale fédérale. Épouse d’un diplomate, elle était revenue d’Ouganda le 3 octobre, après avoir transité par Addis-Abeba, en Éthiopie, à bord d’un vol d’Ethiopian Airlines.

Les premiers symptômes sont apparus le 7 octobre. Fièvre, douleurs généralisées et troubles digestifs ont conduit la patiente à consulter plusieurs établissements médicaux. Mais ce n’est que le 20 octobre que l’infection par le virus Bundibugyo a été officiellement confirmée, soulevant des interrogations sur le délai de détection et les possibilités d’exposition de son entourage.

Les autorités nigérianes ont engagé une opération de recherche et de surveillance des personnes susceptibles d’avoir été contaminées. Initialement fixé à 44, le nombre de contacts identifiés atteignait 53 au 24 octobre, selon le Centre nigérian de contrôle et de prévention des maladies (NCDC). La patiente demeure isolée et son état s’est nettement amélioré. Aucun décès lié à ce cas n’a été signalé au Nigeria.

L’origine exacte de l’infection reste cependant mystérieuse. Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine, a expliqué que plusieurs hypothèses étaient examinées. Parmi elles figure une possible exposition lors du passage de la malade dans un aéroport fréquenté également par le premier patient identifié au Kenya.

Cette piste n’est toutefois pas confirmée. Les autorités ougandaises contestent toute circulation actuelle du virus sur leur territoire, officiellement déclaré exempt d’Ebola en août. Les enquêteurs doivent donc reconstituer minutieusement les déplacements de la patiente et identifier une éventuelle chaîne de transmission passée inaperçue.

Au Kenya, neuf cas, dont un décès, avaient été recensés au 20 octobre. Les huit contaminations secondaires concernent quatre proches du premier malade et quatre professionnels de santé. Tous se trouvaient déjà en quarantaine lors de l’apparition de leurs symptômes, un élément rassurant pour les autorités sanitaires, qui ne signalent pas de transmission communautaire étendue.

Une course contre la montre sans vaccin disponible

L’inquiétude tient également à la nature du virus en circulation. La souche Bundibugyo, identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007, ne bénéficie actuellement d’aucun vaccin homologué ni d’un traitement antiviral spécifiquement approuvé. Contrairement à la souche Ebola Zaïre, contre laquelle des moyens de prévention et des traitements existent, Bundibugyo oblige les autorités à miser essentiellement sur la détection précoce, l’isolement des patients, les soins de soutien et le traçage des contacts.

La maladie se transmet par contact direct avec le sang ou les liquides biologiques d’une personne infectée présentant des symptômes, ainsi que par des objets contaminés. Elle peut provoquer de fortes fièvres, des vomissements, des diarrhées, des défaillances d’organes et, dans certains cas, des hémorragies graves.

En RDC, la situation demeure particulièrement préoccupante. L’épidémie frappe désormais huit provinces, principalement dans l’est du pays, où l’insécurité, les déplacements de populations et les difficultés d’accès aux structures médicales compliquent considérablement les interventions sanitaires.

L’Ituri, province du nord-est congolais frontalière de l’Ouganda, constitue l’épicentre de la flambée, avec plus de 7 000 cas confirmés. Selon l’OMS, une proportion importante des décès survient encore en dehors des centres de traitement, révélant les difficultés persistantes d’accès aux soins.

Cette progression ravive les souvenirs de la catastrophe sanitaire de 2014 en Afrique de l’Ouest. À l’époque, l’épidémie avait provoqué plus de 11 000 décès, essentiellement en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Le Nigeria était néanmoins parvenu à interrompre rapidement les chaînes de transmission grâce à une surveillance intensive et à l’identification systématique des contacts.

Aujourd’hui, Abuja tente de reproduire cette stratégie. Les dispositifs de vigilance sont renforcés dans les aéroports et les établissements de santé, tandis que les autorités multiplient les messages de prévention.

L’OMS ne recommande cependant aucune restriction générale aux voyages ou aux échanges commerciaux avec les pays touchés. Elle privilégie une coopération sanitaire transfrontalière, fondée sur la circulation rapide des informations et la coordination des équipes médicales.

Car le véritable danger ne réside pas uniquement dans le franchissement des frontières. Il tient à la possibilité que des infections échappent aux systèmes de surveillance et alimentent de nouvelles chaînes de contamination.

Entre les villages isolés du Congo et les grandes plateformes aéroportuaires africaines, l’épidémie révèle ainsi une double vulnérabilité : celle des systèmes de santé confrontés à des moyens insuffisants et celle d’un continent dont les échanges humains rendent les crises sanitaires de moins en moins confinables.

La priorité n’est donc plus seulement d’endiguer Ebola dans son foyer congolais, mais d’empêcher que chaque cas importé ne devienne le point de départ d’une nouvelle flambée. C’est désormais sur la rapidité du dépistage, la transparence des autorités et la mobilisation internationale que se joue cette course contre le virus.

mondafrique.com