La Chine investit massivement dans plus de 35 pays africains, avec des engagements financiers particulièrement concentrés dans les pays riches en ressources naturelles et en infrastructures L’Afrique est un partenaire économique et commercial majeur de la Chine, qui demeure son premier partenaire commercial depuis seize années consécutives.
1) La Chine vieillit rapidement. La crise de la démographie chinoise est accentuée par les décennies de la politique de l’enfant unique, entraînant un manque de main-d’œuvre et une pression croissante sur le système de retraite
2) Le secteur immobilier en panne. Longtemps un pilier de la croissance et une valeur refuge pour l’épargne des ménages, l’immobilier souffre d’une crise de surproduction avec la faillite de géants du secteur qui a fragilisé les finances des collectivités locales et ralenti les investissements
3) Une consommation atone. Le modèle chinois repose traditionnellement sur les investissements publics et les exportations. La consommation des ménages reste atone, poussant les ménages à thésauriser plutôt qu’à dépenser
4) Une pression déflationniste. Les investissements massifs de l’État dans les nouvelles technologies ont créé des surcapacités, couplées à une demande intérieure faible, a engendré une pression déflationniste
Autant de raisons qui expliquent que la Chine se tourne résolument vers l’hémisphère Sud, un ne nouvelle frontière pour la première puissance exportatrice mondiale
Globalement, le total cumulé des importations et exportations de la Chine a atteint un niveau historique de 6 360 milliards de dollars américains. En 2025, le commerce extérieur chinois a atteint un record de 6 480 milliards de dollars (45 470 milliards de yuans). Les exportations ont augmenté de 5,5 % pour s’élever à 3 770 milliards de dollars, tandis que les importations ont stagné (+0,5 %) à 2 580 milliards de dollars. La Chine a ainsi enregistré un excédent commercial historique de près de 1 200 milliards de dollars et en tendance, les exportations de produits à haute valeur ajoutée (véhicules électriques, batteries, panneaux solaires) ont supplanté la fabrication à bas coût traditionnelle, la stagnation des importations s’explique principalement par une consommation locale plus faible que prévu.
Zéro tarif douanier
À compter du 1er mai 2026, la Chine applique officiellement une politique de tarif douanier zéro à 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, ce qui favorise davantage les échanges bilatéraux entre la Chine et l’Afrique, une stratégie qui rentre dans le cadre de la Nouvelle Route de la Soie. La Chine applique une politique de zéro tarif douanier sur une grande majorité des produits provenant du continent africain
Entre 2015 et 2024, le continent africain a vu passer le ratio dette/PIB (Produit Intérieur Brut) de 44,4 % en 2015, à 66,7 % en moyenne. Selon les données du FMI (octobre 2025), cette montée des ratios dette/PIB est dominée par le Soudan (272 %), suivi du Sénégal (128 %), de la Zambie (115 %), et du Cap-Vert (111 %).Concernant la Chine , le stock cumulé de la dette africaine publique et garantie par l’État envers la Chine est estimé à environ 61 milliards de dollars. Les prêts étant bilatéraux, la dette chinoise est très concentrée sur quelques pays, les principaux montants dus se décomposent comme suit : Angola : 17,8\) milliards de dollars –Éthiopie : 6,5\) milliards -Égypte : 6,3\) milliards –Zambie : 6,0\) milliards -Kenya : 6,0\) milliards -Ethiopie :5,4 milliards -Afrique du Sud : 3,5 milliards -Cameroun : 3,5 milliards .
Le remboursement de la dette africaine envers la Chine s’effectue principalement par des versements directs en devises (dollars ou euros), mais aussi par des garanties sur les ressources naturelles (contrats pétroliers ou miniers) et, plus récemment, par des conversions en monnaie chinoise (yuan/renminbi). Les échanges commerciaux entre la Chine et le continent africain ont atteint un volume record de 348,05 milliards de dollars en 2025, après s’être établis à 295,56 milliards de dollars en 2024. Ce partenariat fait de la Chine le premier partenaire commercial de l’Afrique pour la seizième année consécutive, les exportations chinoises vers l’Afrique ont été de 225,03 milliards de dollars et les importations d’Afrique de 123,02 milliards de dollars , soit un déficit de 102,1 milliard de dollars La croissance des exportations chinoises vers le continent (+25,8 %) a largement dépassé celle des importations africaines vers la Chine (+5,4 %).
Des investissements de 39 milliards $
On assiste à une une hausse des investissements chinoisde près de 20 % par rapport à 2024 à travers des secteurs stratégiques allant des infrastructures aux minerais critiques, en passant par l’industrie et les énergies renouvelables. Les volumes d’investissements les plus importants se concentrent principalement sur des pays disposant de ressources naturelles ou de marchés intérieurs majeurs .Les principaux secteurs d’investissement sont la construction de routes, chemins de fer, ports, aéroports et barrages hydroélectriques (ex: le Standard Gauge Railway au Kenya), l’exploitation et raffinage des minerais critiques (cobalt, cuivre, lithium) et hydrocarbures, la création de Zones Économiques Spéciales (ZES) pour délocaliser une partie de la production manufacturière chinoise et le déploiement des réseaux de télécommunications, de la 5G et des infrastructures de villes intelligentes (Smart Cities).
Les principaux pays bénéficiaires sont le Nigeria avec le principal pôle de construction et de grands travaux (ex: la centrale hydroélectrique de Mambilla) ; la République Démocratique du Congo (RDC) pour l’extraction minière (cuivre et cobalt) ; l’Afrique du Sud qui est un partenaire historique avec le pôle industriel et technologique accueillant des projets comme la ZES de Musina-Makhado, l’Angola ,avec le secteur pétrolier et le financement d’infrastructures lourdes ;la Tanzanie avec des investissements importants dans le transport et la logistique portuaire, le Zimbabwe et Zambie dans l’exploitation des minerais critiques.
Et sans oublier d’autres pays, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Ghana le Cameroun, le Kenya, le Sénégal, caractérisés par un volume d’échanges record (dépassant les 4 milliards de dollars) soutenant de nombreux projets d’infrastructures à travers le pays ; pour l’Éthiopie, la Chine est le premier partenaire commercial et l’un des plus grands investisseurs du pays. Les capitaux chinois se concentrent sur le secteur manufacturier (textile, assemblage) et les infrastructures, à l’image de l’emblématique ligne de chemin de fer reliant Addis-Abeba au port de Djibouti , la Chine ayant joué un rôle crucial dans le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), inauguré en septembre 2025
L’Algérie, partenaire privilégié
Pour l’Afrique du Nord de 2023 à 2025, les exportations chinoises vers l’Algérie ont atteint respectivement 9,46 milliards de dollars, 11,68 milliards de dollars et 13,91 milliards de dollars, affichant une croissance continue. Sur la même période, les exportations algériennes vers la Chine se sont élevées respectivement à 849 millions de dollars, 800 millions de dollars et 1,34 milliard de dollars. Pour d’autres pays de l’Afrique du Nord , en prenant l’année 2024, selon les données du FMI , les exportations du Maroc vers la Chine ont atteint une valeur de 1,3 milliard de dollars et les importations marocaines depuis la Chine entre 6 à 7 milliards de dollars en 2024; le volume total des échanges commerciaux entre la Chine et l’Égypte pour l’année 2024 s’est élevé à 17,37 milliards de dollars, les importations égyptiennes de 16,8 milliards de dollars et les exportations égyptiennes vers la Chine ont été environ 578 millions de dollars ; le volume global des échanges commerciaux entre la Chine et la Mauritanie a atteint 2,4 milliards de dollars, les exportations de 1,1 à 1,3 et les importations de 1,1 à 1,4 milliards de dollars ; les échanges commerciaux entre la Tunisie et la Chine ont totalisé 3 milliards de dollars : la Tunisie ayant importé pour près de 2,9 milliards de dollars, et exporter près de 100 millions de dollars; les exportations de la Chine vers la Libye ont atteint environ 3,59 milliards de dollars et les ventes libyennes plus de 90\% de pétrole brut) et les échanges commerciaux entre la Chine et le Soudan s’élevait à environ 1,39 milliard de dollars et les exportations de la Chine vers le Soudan ont atteint 830 millions de dollars, tandis que les importations chinoises depuis le Soudan se sont établies à environ 560 millions de dollars.
Quant aux échanges commerciaux entre la Chine et le Moyen-Orient, ils dépassent actuellement les 400 milliards de dollars. Le commerce bilatéral avec les six pays du Conseil de Coopération du Golfe s’élève à 257 milliards de dollars. [La Chine étant devenue le premier partenaire commercial des monarchies du Golfe, dépassant les États-Unis, le Royaume-Uni et la zone euro réunis. Près de 49,4\% des importations chinoises en pétrole brut, GNL et autres combustibles viennent du Moyen-Orient, étant le premier partenaire commercial des pays du Golfe et exporte en retour des produits manufacturés, des technologies et des véhicules où environ 50\% du commerce sino-moyen-oriental est concentré avec les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. La Chine est le premier partenaire commercial de l’Iran et absorbe, avec plus de 80 % à 90 %des exportations pétrolières iraniennes. Au niveau des exportations globales la part de la Chine représente plus d’un quart (25 % du total des exportations de l’Iran ce qui nous renvoie au dossier du détroit d’Ormuz et de la guerre Iran USA et de la récente visite du président US en Chine où pour ce dossier la Chine est un acteur incontournable.
Abderrahmane MEBTOUL

