ChatGPT sous surveillance – Selon les premiers éléments connus, l’alerte a été transmise au RAID par le FBI via la plateforme française Pharos, après un signalement initial effectué par OpenAI, l’entreprise américaine à l’origine de l’outil d’intelligence artificielle. Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer le degré de préparation réelle du suspect et la crédibilité de sa menace, selon Actu 17.
Cette affaire intervient dans un contexte de vigilance accrue des autorités face aux usages malveillants des technologies d’IA générative. En France, les services de renseignement et les magistrats antiterroristes suivent de près l’émergence de discours violents ou d’auto‑radicalisation passant par des plateformes numériques. Le cas strasbourgeois illustre la façon dont la coopération internationale, nourrie par des alertes techniques, peut déboucher sur une intervention rapide sur le territoire national.
Les déclarations attribuées au suspect, visant explicitement des membres de la CIA, du Mossad et de la DGSI, ont immédiatement été considérées comme sensibles par les services américains. C’est dans ce cadre que le FBI a pris contact avec les autorités françaises, conduisant à la mobilisation de l’antenne locale du RAID. La question du statut exact de ces propos – projet concret ou fantasme violent – sera au cœur de l’enquête ouverte par le parquet de Strasbourg.
Une alerte transatlantique déclenchée en quelques heures
D’après les premiers récits de presse, OpenAI aurait détecté, via ses systèmes de modération, la conversation problématique entamée par l’utilisateur français avec ChatGPT, dans laquelle il évoquait l’achat d’un pistolet Glock pour « tuer un agent du renseignement de la CIA, du Mossad ou de la DGSI ». L’entreprise a la possibilité, dans de rares cas de « danger grave et imminent », de transmettre certains contenus aux autorités compétentes, comme elle l’a elle-même indiqué dans sa documentation et rappelé dans la presse. Le FBI se serait alors saisi du dossier avant de saisir Pharos, la plateforme française de signalement des contenus illicites, permettant la mobilisation des forces françaises, selon l’Est Républicain.
Ce type de transmission illustre la montée en puissance des échanges d’informations entre acteurs privés de la tech et services de renseignement, en particulier lorsqu’il est question de menaces contre des agents ou des infrastructures sensibles. En France, la coopération avec les agences américaines s’inscrit dans un cadre plus large d’échanges internationaux.
Pour les autorités françaises, l’enjeu est double : répondre sans délai à un signalement étranger impliquant un résident, et vérifier, par des moyens judiciaires, la réalité de la menace. L’intervention du RAID à Strasbourg témoigne du choix d’une approche prudente, privilégiant une interpellation rapide afin de sécuriser l’environnement immédiat du suspect, avant même la pleine qualification de ses intentions.
IA, surveillance et suite judiciaire de l’affaire
Selon les éléments rapportés par la presse régionale, l’homme interpellé est âgé de 37 ans et réside à Strasbourg. Lors de sa garde à vue, il aurait expliqué avoir voulu « tester la fiabilité et la surveillance de l’intelligence artificielle », minimisant l’intention réelle de passage à l’acte. Aucune arme n’a été retrouvée à son domicile, ce qui a conduit le parquet à classer l’affaire sans suite sur le plan pénal, tout en ordonnant une hospitalisation d’office compte tenu de ses antécédents psychiatriques.
Au‑delà de ce cas, l’affaire relance le débat sur la responsabilité des plateformes d’IA dans la détection et le signalement de contenus à risque, y compris lorsqu’ils émanent d’utilisateurs européens soumis au RGPD, avec une architecture de surveillance qui se met en place entre OpenAI, le FBI, Pharos et le RAID. Cette chaîne de signalement, décrite aussi par des sites spécialisés dans le numérique, pose des questions inédites en matière de souveraineté et de protection des données, bien que montrant son efficacité en cas d’alerte grave.
L’enquête administrative et médicale devra enfin clarifier l’itinéraire du suspect, son éventuelle exposition à des contenus violents en ligne et le rôle exact joué par l’outil d’IA dans la formulation de ses propos, présentés comme un « test » par l’intéressé. Les conclusions de ce dossier pourraient nourrir, à terme, les réflexions des autorités françaises et européennes sur l’encadrement des usages sensibles de l’intelligence artificielle et sur les modalités de coopération avec les grandes plateformes américaines.
Gaspard Lignard