C’est un rapport qui a de quoi déranger.
Le Sirasco - service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée du ministère de l’Intérieur - dresse dans ses dernières grandes tendances un constat sans appel : les organisations criminelles se féminisent, rajeunissent et se numérisent à toute vitesse.
Les femmes, nouveau profil recherché
« Longtemps exclues de la gestion des points de deal physiques, le recrutement via les réseaux sociaux de livreurs pour les centrales d’appel a contribué à féminiser la vente de stupéfiants », note le rapport. L’avantage est cyniquement calculé : « Leur profil moins associé à la délinquance et à la criminalité organisée diminuant d’autant le risque de contrôle sur la voie publique. »
Mais les femmes ne sont pas cantonnées à des rôles d’exécution subalternes. De l’organisation de convois de stupéfiants à la poursuite des activités d’un conjoint incarcéré, leur implication peut être centrale. Le rapport cite un trafic de drogue à Marseille en 2025, piloté par un homme multirécidiviste qui « ne s’entourait que de femmes » pour les livraisons et les trajets vers l’Espagne avec des véhicules loués.
Des cas similaires sont mentionnés à Bordeaux et Perpignan. Certaines femmes sont aussi « désormais plus fréquemment mises en cause pour leur participation aux assassinats ».
Les mineurs, main-d’œuvre jetable
Le rajeunissement est tout aussi documenté. La multiplication des conflits entre trafiquants locaux fait « apparaître de nouveaux profils d’équipes composées de jeunes plus faiblement rétribués, facilement remplaçables et mobiles », recrutés directement sur les points de deal ou via des petites annonces sur les réseaux sociaux dans toute la France. Ces jeunes sont également « impliqués de plus en plus fréquemment dans les affaires d’enlèvements et de séquestrations ».
Les chiffres sont frappants : en 2024, 24 % des enquêtes élucidées impliquent des tueurs de moins de 20 ans, avec une « sur-représentation des régions Sud et Sud-Est » - Marseille, Nîmes, Montpellier, Valence notamment. Pour les trois premiers trimestres de 2025, cette proportion est montée à 28 %.
La digitalisation, accélérateur de tous les trafics
La transformation numérique du crime organisé est au cœur de l’analyse. Annabelle Vandendriessche, cheffe du Sirasco, l’a résumé lors d’une conférence à Marseille : « Ce qui nécessitait auparavant de détenir un certain nombre de contacts permettant d’avoir accès à des réseaux proposant stupéfiants, armes, faux papiers, fichiers de police […] est aujourd’hui à la portée de tout un chacun. »
La digitalisation favorise en outre « la division des tâches » et « surtout, dans l’intérêt des organisations, le cloisonnement entre commanditaire, intermédiaire recruteur et petite main exécutante » - rendant ainsi la traçabilité judiciaire beaucoup plus complexe. Le vivier de recrutement, jadis limité aux quartiers, s’étend désormais à la France entière.