Le parquet militaire a déféré la semaine dernière à la première juge d’instruction près du tribunal militaire, Ghada Abou Alouane, un suspect, E.D., présumé lié au service d'espionnage israélien du Mossad, dans l’affaire de l’assassinat d’un cadre de la branche libanaise de la force al-Qods des gardiens de la révolution iraniens, Mohammad Ali Kourani, tué le 24 mars lors d’une frappe sur son appartement loué à Mar Takla (Hazmiyé), a affirmé jeudi à L’Orient-Le Jour une haute source judiciaire.
E.D. avait auparavant été interrogé par le service de renseignement de l’armée libanaise, devant lequel il aurait reconnu avoir collaboré avec le Mossad, participant ainsi à l’identification du lieu de résidence de Mohammad Kourani. De nombreux appareils téléphoniques ont été retrouvés à son domicile, plus particulièrement dans son réfrigérateur, souligne la source citée plus haut. Ils auraient été destinés à être envoyés à l’étranger à des agents du Mossad, qui pouvaient ainsi communiquer avec d’autres personnes en lien avec Israël. E.D. aurait déclaré à la justice qu’il ignore l’identité de ces personnes, et ne sait donc pas dans quelles autres affaires Israël a pu profiter de ces téléphones.
Selon nos informations, E.D. aurait ainsi fourni de nombreuses lignes téléphoniques à des agents israéliens. Ces lignes sont faciles à obtenir, d’autant que de nombreux magasins de téléphonie n’exigent pas de pièce d’identité pour leur achat, note la source judiciaire précitée. Le collaborateur présumé assurait l’activation de ces lignes en Israël en transmettant les codes de vérification nécessaires à la configuration et l’utilisation de la messagerie WhatsApp. Les appels et messages émis sur ces comptes depuis Israël apparaissaient ainsi comme provenant du Liban, rendant plus difficile leur traçabilité par les services sécuritaires libanais.
Une fois l’enquête préliminaire clôturée, le service de renseignement de l’armée libanaise avait transmis le dossier au commissaire du gouvernement près du Tribunal militaire, Claude Ghanem, qui l’a communiqué à son tour à la juge Abou Alouane.
Mohammad Kourani avait échappé une première fois à une tentative d’assassinat, qui l’avait ciblé le 4 mars, dans une chambre de l’hôtel Comfort (Baabda) louée le même jour et dont il était sorti peu de temps avant que l’établissement ne soit frappé.