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vendredi 10 avril 2026

Londres dit avoir mis en échec une opération sous-marine russe contre des infrastructures critiques

 

Ayant pourtant une longue histoire dans ce domaine, commencée avec les «mousquemers» au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale et poursuivie par le Groupe des bathyscaphes du commandant Georges Houot, la Marine nationale a fait de la réappropriation des capacités permettant d’agir dans les grandes profondeurs l’une de ses priorités, en raison, entre autres, de la dépendance sans cesse accrue de l’activité économique aux infrastructures sous-marines [câbles de télécommunications, gazoducs, etc.]. D’où l’importance de la stratégie ministérielle pour les fonds marins, dévoilée en février 2022.

La menace sur les infrastructures sous-marines s’est depuis amplifiée. Lors d’une audition à l’Assemblée nationale, ce 9 avril, le chef d’état-major de la Marine [CEMM], l’amiral Nicolas Vaujour, a ainsi évoqué l’envoi de drones sous-marins [loués auprès de Kongsberg pour le moment] pour voir ce qu’ont «pu faire les bâtiments, notamment russes, qui passent au-dessus de nos câbles assez régulièrement». Et d’ajouter : «Quand un bateau reste trop longtemps sur nos câbles, on va voir ce qu’il s’est passé, de manière à détecter et faire réparer au besoin l’ensemble de ces capacités».

Si les récents dégâts infligés – involontairement ou non – à des infrastructures sous-marines ont été le fait de navires civils, la Direction principale des opérations en eaux profondes [GUGI] du ministère russe de la Défense déploie régulièrement des «navires de recherche» près de câbles de télécommunications. Le Yantar est sans doute le plus actif d’entre eux.

Ainsi, en janvier 2025, le secrétaire britannique à la Défense, John Healey, dénonça les activités du Yantar en affirmant qu’il avait été surpris en train de «rôder au-dessus d’infrastructures sous-marines critiques» pour le Royaume-Uni. Et que, en conséquence, il avait autorisé un sous-marin nucléaire d’attaque de la Royal Navy à faire surface près du navire de la GUGI. Et cela afin de «lui montrer clairement que nous surveillions secrètement chacun de ses mouvements».

«Le Yantar est un navire espion russe utilisé pour recueillir des renseignements et cartographier les infrastructures critiques du Royaume-Uni», avait insisté M. Healey, à la Chambre des communes, avant d’annoncer des changements dans les règles d’engagement de la Royal Navy afin de lui permettre de s’approcher encore plus près des navires russes suspects.

Visiblement, l’avertissement lancé par le responsable britannique à la Russie n’a pas eu l’effet escompté car, plus d’un an après, la GUGI a récidivé… mais en changeant d’approche.

En effet, selon les explications données par M. Healey, lors d’une conférence de presse organisée ce 9 avril, la Royal Navy et ses partenaires auraient surveillé, pendant un mois, trois sous-marins russes alors qu’ils évoluaient près de câbles et de pipelines sous-marins situés dans la zone économique exclusive [ZEE] du Royaume-Uni.

Cette opération russe, censée être secrète, aurait principalement visé les infrastructures énergétiques. «Les pipelines sous-marins fournissent la moitié du gaz qui chauffe nos foyers et 99 % du trafic international de données passe par des câbles de télécommunication», a souligné M. Healey. «Pour ces raisons, les fonds marins représentent une cible importante pour nos adversaires», a-t-il insisté.

La surveillance de ces trois sous-marins a mobilisé la frégate HMS St Albans, le pétrolier ravitailleur RFA Tidespring, des hélicoptères Merlin ainsi que des avions de patrouille maritime P-8A Poseidon de la Royal Air Force [RAF]. Les moyens alliés engagés dans cette opération de surveillance n’ont pas été précisés.

«L’activité russe a eu lieu alors que les yeux de beaucoup étaient tournés vers le Moyen Orient», a dit M. Healey, suggérant ainsi qu’elle venait de se produire. Elle a impliqué, selon lui, un sous-marin nucléaire d’attaque de type Akula ainsi que deux sous-marins appartenant à la GUGI, qu’il n’a pas nommés. Il pourrait s’agir du BS-136 Orenburg et du BS-64 Podmoskovye, l’un et l’autre étant en mesure de déployer un sous-marin nucléaire de poche.

Le ministère britannique de la Défense [MoD] a livré quelques détails supplémentaires.

«Des avions et des navires de guerre britanniques ont repéré il y a plusieurs semaines un sous-marin d’attaque russe pénétrant dans les eaux internationales du Haut-Arctique et ont suivi son activité 24 heures sur 24. Il a rapidement été établi que le sous-marin avait été déployé à titre de diversion et le Royaume-Uni a travaillé en étroite collaboration avec ses alliés – dont la Norvège – pour identifier et surveiller d’autres unités navales sous-marines russes de la Direction principale de la recherche en eaux profondes [connue sous le nom de GUGI] menant des activités suspectes au-dessus d’infrastructures sous-marines critiques ailleurs», a-t-il expliqué.

Et d’ajouter : «Le Royaume-Uni et ses alliés ont lancé une campagne d’actions ouvertes pour s’assurer que les unités russes savaient qu’elles étaient surveillées et qu’elles n’opéraient plus clandestinement comme [le président] Poutine l’avait prévu. Les unités de la GUGI et le sous-marin de classe Akula sont par la suite rentrés chez eux, n’ayant pas réussi à mener à bien leur opération en secret».

Au passage, le MoD a publié une image satellitaire de la base navale russe d’Olenia Gouba, point de départ de cette opération qu’il a dénoncée.

Quoi qu’il en soit, M. Healey a répété quasiment les mêmes propos qu’il avait tenus l’an passé au sujet du Yantar. «Tout en agissant pour défendre nos intérêts et nos alliés au Moyen-Orient, nous luttons contre les menaces croissantes qui pèsent sur l’Otan dans le Grand Nord, nous maintenons un soutien indéfectible à l’Ukraine et nous protégeons notre patrie, le Royaume-Uni. À Poutine, je dis ceci : nous vous voyons, nous voyons vos agissements au-dessus de nos infrastructures sous-marines. Sachez que toute tentative de les endommager sera intolérable et aura de graves conséquences», a-t-il en effet prévenu.

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