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dimanche 8 mars 2026

La Suisse examine l’acquisition d’un système de défense aérienne «de préférence produit en Europe»

 

L’été dernier, le département suisse de la Défense, de la Protection de la population et des Sports [DDPS] a fini par admettre que le coût des trente-six chasseurs-bombardiers F-35A Block 4 qu’il avait commandés auprès de Lockheed Martin allait largement dépasser les six milliards de francs suisses [CHF] prévus, à cause d’un malentendu avec l’administration américaine sur la notion de «prix fixe».

En effet, pour Washington, un «prix fixe» signifie que la Suisse doit s’acquitter de la même somme que celle versée par le Pentagone à Lockheed Martin pour ses F-35A. Or, le DDPS avait compris qu’il aurait à payer la somme inscrite sur le «devis» qui avait été soumis lors de l’appel d’offres lancé pour renouveler son aviation de combat.

Quoi qu’il en soit, comme il n’est pas question d’annuler l’achat de F-35A, la seule solution pour rester dans les limites de l’enveloppe prévue est de réduire le nombre d’avions commandés. C’est d’ailleurs ce que vient de décider le gouvernement suisse. En effet, via un communiqué publié le 6 mars, il a annoncé qu’il n’achèterait finalement que trente appareils.

«Le Conseil fédéral renonce pour des motifs financiers au crédit additionnel qui permettrait d’atteindre le nombre de trente-six avions initialement prévu. Afin de compenser les coûts supplémentaires liés au renchérissement, à l’évolution du prix des matières premières et à d’autres facteurs, il a cependant décidé […] de présenter au Parlement un crédit additionnel de 394 millions CHF avec le message sur l’armée 2026, et d’utiliser ainsi totalement le volume de financement autorisé», a-t-il fait savoir.

Et d’ajouter : «Le DDPS estime actuellement que ce crédit additionnel devrait permettre d’acquérir trente avions de combat. Le nombre exact ne pourra être déterminé qu’une fois achevée la négociation des contrats entre le gouvernement américain et les fabricants au sujet des avions et réacteurs restants pour les prochains lots de production.»

Cela étant, l’achat de F-35A n’est pas le seul sujet de préoccupation pour le DDPS. En effet, en juillet 2025, considérant que la priorité devait aller à l’Ukraine, Washington l’a prévenu qu’il ne recevrait pas, selon l’échéancier prévu, les cinq systèmes de défense aérienne Patriot qu’il avait commandés en 2022, après avoir écarté le SAMP/T [Sol-Air Moyenne Portée / Terrestre] du consortium franco-italien Eurosam. Et cela alors qu’il avait déjà versé des acomptes pour un montant total de 650 millions CHF.

Aussi, ces dernières semaines, certaines voix se sont fait entendre pour annuler ce contrat et acquérir un autre système, de préférence européen.

«Nous avons besoin d’un système de défense aérienne terrestre. Si l’armée ne peut pas déployer les systèmes Patriot d’ici 2029 au plus tard, nous devons alors commencer à réfléchir aux alternatives possibles sans tarder», a ainsi fait valoir le député Mauro Tuena, membre de l’Union démocratique du centre [UDC, conservateur], dans les pages de NZZ am Sonntag. Et le gouvernement suisse a dû s’y résoudre.

Dans un autre communiqué, celui-ci a précisé que les cinq systèmes Patriot serait livrés avec un retard de quatre ou cinq ans par rapport à l’échéancier prévu. Et le tout avec des «coûts supplémentaires significatifs».

Pour autant, il n’est pas question, là non plus, d’annuler le contrat, compte tenu des sommes déjà versées. Cependant, «afin de réduire les conséquences liées aux incertitudes de livraison et de permettre à terme une meilleure couverture territoriale», le DDPS a été mandaté par le Conseil fédéral pour «examiner l’acquisition d’un système supplémentaire de défense sol-air à longue portée […] qui devra, de préférence, être fabriqué en Europe».

En clair, explique le communiqué, «cela signifie qu’il devrait s’agir soit d’un système européen, soit d’un système extra-européen produit sur le territoire européen». En tout état de cause, cette décision remet le SAMP/T NG dans la course. Qui plus est, il pourrait être livré en 2029, comme l’a assuré Jérôme Dufour, le secrétaire général d’Eurosam, auprès de NZZ am Sonntag. Mais à la condition, toutefois, qu’une commande soit passée dès cette année.

Quoi qu’il en soit, pour le Conseil fédéral, l’acquisition d’un second système de défense aérienne permettra de «réduire la dépendance vis-à-vis d’une unique chaîne d’approvisionnement ou d’un seul État», de «mieux assurer la disponibilité» et de «renforcer la protection contre les attaques à distance».

Quant aux crédits nécessaires à l’acquisition éventuelle d’un second système de défense aérienne, ils devraient provenir du «budget ordinaire» de l’armée pour 2026, a précisé le Conseil fédéral.

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