Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 13 avril 2026

Trump 2.0, de l’omniprésence à la tentation de l’omnipotence : quelle opposition ?

 

La tradition veut que les Britanniques capitulant à Yorktown, le 19 octobre 1781, aient défilé entre leurs vainqueurs français et insurgés américains au son d’une vieille ballade anglaise : The World Turned Upside Down. Alors que l’opposition se cherche encore, c’est le sentiment éprouvé par beaucoup d’Américains en clôture de la première année du second mandat de Donald Trump (depuis le 20 janvier 2025) à la tête des États-Unis.

L’année politique 2025 a été rythmée par la réinstallation de Trump au pouvoir, en compagnie d’associés politiques et d’une équipe administrative quelque peu modifiée depuis le premier mandat (2017-2021). Leurs objectifs premiers ont été le verrouillage des pouvoirs et la neutralisation des contre-pouvoirs au profit de l’occupant de la Maison-Blanche, tout en poursuivant la mise en œuvre d’un programme idéologique et disruptif. La majeure partie émane de la Heritage Foundation, par le « Project 2025 », dont l’un des principaux auteurs, Russell Vought, est désormais directeur du Bureau de la gestion et du budget des États-Unis, et l’un des plus proches conseillers de Trump avec Stephen Miller, conseiller à la Sécurité intérieure.

Le bouleversement politique de cette année tient aussi à ce que l’administration place au centre de sa politique : une boulimie de communication. L’appétence du président américain pour les entretiens bilatéraux avec d’autres dirigeants internationaux et pour des annonces qu’il publie lui-même sur ses réseaux sociaux a montré qu’il pratiquait une diplomatie « performative ». Or, c’est le cas de toutes ses politiques, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Face à une entreprise menée tambour battant par Trump et ses associés, l’une des grandes questions posées cette année est de savoir où se situerait la résistance à ces politiques et quelle forme elle pourrait prendre.

Les ingrédients de l’omnipotence

L’année de transition 2025 contraste avec celle de 2017, car le dernier succès électoral de Trump fait moins figure d’accident politique que lors de sa première élection, celle-ci n’ayant pas été obtenue par le biais d’une majorité des seuls grands électeurs — un facteur de légitimité politique moindre. De plus, le bilan de son premier mandat n’a pas handicapé sa candidature à un second mandat, alors que Kamala Harris a dû porter le poids des déceptions liées au bilan de Joe Biden (2021-2025).

Outre le fait que ces circonstances semblent avoir donné des coudées franches à Trump et à ses associés, on peut, au terme de cette première année, analyser et dénombrer les facteurs ayant renforcé l’impression que Trump ne se trouvait guère d’opposition. Sans doute faut-il tempérer cette impression avec les évènements les plus récents, mais la question de ces facteurs importe, car ils entreront en compte lors de la suite de l’histoire, au premier chef en 2026, où se tiendront des élections de mi-mandat.

L’impression de puissance de Trump et de déliquescence de ses adversaires peut ainsi s’expliquer par huit constats sur la vie politique américaine en 2025 : une rapidité d’action et d’usage du fait accompli par l’exécutif formé par Trump et les siens ; la cooptation, pour les rendre plus inactifs, des contre-pouvoirs législatif et judiciaire ; l’intimidation physique et juridique des opposants, individuels ou institutionnels ; la priorité donnée dans l’opinion publique aux questions économiques et sociales sur celles relevant du politique ; un manque d’incarnation de l’opposition par une ou plusieurs personnalités politiques et par des portions importantes du public ; le discrédit de l’opposition porté également dans la sphère médiatique, y compris les médias susceptibles de lui être favorables ; l’accumulation de difficultés et d’incertitudes économiques et sociales qui a inhibé des mobilisations précoces ; la dispersion géographique, sur le plan local comme national, des pôles d’opposition que représentent certains États ou certaines villes.

L’ordre dans lequel sont présentés ces facteurs, observés simultanément au cours de l’année, n’impacte pas leur importance respective. De plus, s’ils n’impliquent pas les mêmes acteurs, ils revêtent chacun une importance. Il est possible que ces phénomènes observés en 2025 ne soient pas tous aussi influents en 2026. L’action rapide voulue pour les premiers mois d’un nouveau pouvoir tend en effet à ralentir avec le temps. Mais l’action précipitée entraine aussi, à court comme à moyen terme, des effets secondaires et des contrariétés susceptibles de remettre en cause des succès annoncés précédemment.

La stratégie du fait accompli

Ce point est sans doute le plus saisissant et établit le meilleur contraste historique entre les évènements de 2025 et ceux de 2017. En effet, l’administration Trump a donné l’impression d’arriver non seulement avec un programme, mais également avec une équipe solidement constituée, fondée entièrement sur la loyauté envers le dirigeant et ses vues (1).

Les principales personnalités du cabinet, y compris les plus controversées, ont été désignées dès le 20 janvier, avec pour seul échec le refus du Sénat de confirmer Matt Gaetz au poste de ministre de la Justice. Notons aussi qu’Elon Musk, personnalité de premier plan dans les premiers mois de l’administration Trump, placé à la tête du « Department of Government Efficiency » (DOGE), a été remercié au bout de trois mois — décision prise néanmoins après que Musk et les siens ont pu profondément impacter la fonction publique fédérale grâce aux pouvoirs exceptionnels d’intrusion qui leur avaient été accordés dans l’ensemble des départements et agences du pays. Il a également fallu écarter le conseiller à la sécurité nationale, Mike Waltz, dont l’apparente gestion brouillonne des dossiers nuisait à l’objectif d’efficience de l’administration Trump.

Pour affirmer au maximum la compétence exécutive au détriment du reste du système de gouvernement américain, Trump a publiquement signé une liste impressionnante de décrets dès l’après-midi du 20 janvier, imprimant le style de la nouvelle administration. On a vu en temps réel la mise en œuvre de la « théorie de l’exécutif unitaire », fondement juridique et philosophique chez les penseurs et décideurs conservateurs peuplant cette administration (2). Cela s’est poursuivi tout au long de l’année, les membres politiques rappelant constamment que Trump est le premier et dernier décideur dans toutes les matières.

Les brouillons des décrets avaient été préparés dans les mois précédant la transition et l’élection de fin 2024, donnant l’impression d’entrer en force immédiatement et de dépasser le lent processus législatif, mais présentant aussi pour beaucoup la faiblesse d’être contestables sur les plans légal et constitutionnel, dans le cadre judiciaire. C’est néanmoins l’impression — et le bénéfice politique — du fait accompli qui est recherché.

Des contre-pouvoirs législatif et judiciaire sous contrôle ?

Ce second point s’articule particulièrement avec le premier. Un « exécutif unitaire » omnipotent et hyperactif implique que les contre-pouvoirs constitutionnels ordinaires des États-Unis collaborent et s’effacent devant la Maison-Blanche. Dans le cas du Congrès, il faut rappeler que la majorité républicaine aux deux chambres est si mince qu’elle n’en est pas vraiment une. Le blocage du législatif entre deux pôles opposés renforce sa marginalisation par l’exécutif, qui ne veut pas être contrarié. Trump demeure constamment vulnérable à une défection — souvent pour des raisons personnelles — d’élus qui jugeraient ses actes contraires aux intérêts de leurs électeurs. Les élus républicains sont tiraillés entre le soutien aux mesures de Trump sur les plans fiscal, commercial et économique, et l’inquiétude quant aux conséquences budgétaires et politiques de ce programme. Cela est particulièrement visible dans les quelques cas de fronde avérée de républicains « faucons budgétaires et fiscaux » susceptibles de basculer dans l’opposition.

Dans plusieurs cas, il a fallu recourir au vote supplémentaire du vice-président, J. D. Vance pour l’emporter d’une voix au Sénat. La fermeture historiquement longue du gouvernement fédéral, faute d’accord de financement, entre le 1er octobre et le 13 novembre 2025, procède également de cette vulnérabilité et de ces divisions au sein du groupe parlementaire républicain. Enfin, la tentation de Trump de remplacer des élus récalcitrants par des candidats jugés plus idéologiquement proches de lui n’a pas toujours été payante électoralement — et a même parfois créé, chez ceux qui se réclament des courants conspirationnistes ou des franges les plus ultras du mouvement MAGA, de potentiels adversaires de leur ancien champion.

Intimidation désinhibée et militarisation du maintien de l’ordre

Visant ses adversaires, y compris dans son camp, l’intimidation s’impose comme un autre élément fondamental de la gouvernance de Trump. C’est la superposition de cette intimidation à une vie politique plus polarisée que jamais (3), marquée par un niveau inédit de violence armée et par un débat public hystérisé et hors norme dans l’espace numérique, qui donne cette impression de quasi-guerre civile dans le pays. Les études montrent que les Américains souffrent, à un degré jamais atteint auparavant, de troubles anxieux liés à la vie politique.

En mai dernier, la rupture entre Musk et Trump a donné lieu à un hallucinant déballage d’accusations et à un échange public d’injures sur les réseaux sociaux, effaçant leurs points de convergence fondamentaux sur la pratique ploutocratique du pouvoir. Les intérêts économiques personnels de Musk se trouvaient remis en cause par les intérêts politiques et économiques tout aussi personnels de Trump.

De nombreuses autres personnes ont été livrées en pâture aux menaces physiques après une critique publique émanant de Trump. Beaucoup ont dû recourir à une protection pour eux-mêmes et leurs familles. Dans ses activités immobilières passées, Trump a fréquemment menacé ses concurrents — mais aussi ses partenaires — d’actions en justice, exigeant des dommages et intérêts prohibitifs. Cette arme est désormais érigée en méthode d’intimidation politique. Elle a été appliquée, avec succès, dans plusieurs cas impliquant des universités, de grands médias et des cabinets juridiques que Trump a désignés comme adversaires.

Cette stratégie a pris une dimension spectaculaire avec la décision — politiquement et juridiquement discutable — de mobiliser les forces armées, militaires d’active comme de réserve, afin de « maintenir l’ordre » à l’intérieur des États-Unis, dans plusieurs localités présentées comme récalcitrantes face à l’administration fédérale. Et des localités de premier plan : la première a été la métropole californienne de Los Angeles, où Trump a fait intervenir, contre l’avis du gouverneur, de la législature de l’État et de la mairie, plusieurs milliers de gardes nationaux californiens mobilisés sous commandement fédéral, ainsi qu’un bataillon de Marines, en soutien aux opérations d’arrestation d’immigrés sans papiers menées par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Ont suivi dans ce malheureux schéma la capitale fédérale, Washington DC, puis Memphis, Portland, Chicago et bientôt Charlotte.

Les États et localités concernés ont contesté devant les tribunaux fédéraux la constitutionnalité du recours à des militaires pour des tâches de police non sollicitées par les autorités locales — a fortiori dans des situations où les polices locales ont largement démenti les assertions de désordre brandies par l’administration devant les médias pour se justifier. La crainte d’une instrumentalisation politique des forces armées par l’administration, au service de la répression de la dissidence, s’est renforcée avec la nomination de Pete Hegseth comme secrétaire à la Guerre. Celui-ci a purgé le commandement militaire, l’inspection générale des forces armées et la justice militaire d’éléments jugés « non conformes ».

L’enjeu économique et social

En donnant la priorité aux questions du bien-être économique et social sur la politique, les Américains ont non seulement validé l’impression de fracture analysée par Maya Kandel, Amy Greene et d’autres, mais ils ont accordé le bénéfice du doute à l’administration, attendant de constater les effets économiques et sociaux de sa politique.

C’est ici que se situe une première faiblesse pour le régime de Trump : si une forte croissance économique et un ressenti de prospérité, traduits par la hausse des embauches et des revenus, ne se matérialisent pas rapidement, le trumpisme risque l’échec auprès d’une opinion impatiente, dont les attentes ont été magnifiées.

Dès les premiers mois du mandat, une impression brouillonne s’est dégagée. D’une part, concernant les effets socioéconomiques des fortes coupes budgétaires et des licenciements brutaux opérés par Musk et le DOGE dans les services publics fédéraux (y compris la très controversée « suspension du Medicaid » (4)). D’autre part, concernant les conséquences sectorielles et géographiques des tarifs douaniers unilatéralement décrétés par Trump à l’encontre du reste du monde, et en premier lieu contre les partenaires commerciaux des États-Unis. Le trouble ressenti par les marchés boursiers, comme par les patrons de l’industrie qui croyaient que Trump défendrait leurs intérêts, ainsi que celui des consommateurs ordinaires confrontés à l’érosion continue de leur pouvoir d’achat par le renchérissement des biens de consommation, n’est pas négligeable.

Cela s’est déjà reflété dans les résultats électoraux de novembre 2025. C’est aussi au cours de la seconde moitié de l’année que se sont amplifiées les manifestations dans le pays contre les pratiques politiques de Trump, autour du slogan « No Kings ». Leur première édition, menée dans les 50 États et plusieurs milliers de villes à l’occasion de l’anniversaire du président le 14 juin, a été amplifiée par celle du 18 octobre. Ces mobilisations ont marqué un réveil de l’opinion et une remobilisation politique, car les résultats économiques proclamés du trumpisme ne sont pas au rendez-vous.

Le mécontentement lié au pouvoir d’achat tient également au fait que la production aux États-Unis — en particulier dans des secteurs très dépendants comme l’agriculture, le bâtiment, la santé, les services à la personne et le commerce de détail — est très impactée par les disruptions de main-d’œuvre résultant de la politique d’interpellation et d’expulsion des immigrés non régularisés. Cela obère le boom économique annoncé par Trump et inquiète de nombreux Américains, y compris conservateurs, réservés sur une politique ciblant des travailleurs productifs et sans casier judiciaire.

La déception sur le pouvoir d’achat est appelée à devenir un baromètre de référence pour l’orientation politique, d’autant plus après les privations subies par de nombreux Américains lors du shutdown, pendant lequel la précieuse aide nutritionnelle aux démunis (programme « SNAP ») a été interrompue. L’explosion de la précarité alimentaire a même touché la classe moyenne (5).

Une opposition absente ?

À la suite de la décision controversée de Joe Biden de se représenter en 2024, la question de savoir qui pourrait prendre la succession d’une génération de dirigeants et de candidats démocrates pour incarner l’opposition à Trump est restée entière.

Au sein des républicains, il est actuellement impossible de trouver quiconque se déclarant ouvertement en dissidence contre Trump et son administration, sur le plan des principes fondamentaux du parti. Si tous les républicains ne sont pas trumpistes ou ne font pas partie du mouvement MAGA, pratiquement tous sont durablement neutralisés par le charisme de Trump, ses pratiques d’intimidation et l’entrisme de ses partisans — à la fois dans l’appareil du parti, dans les médias qui le soutiennent et parmi les grands donateurs financiers. Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, a échoué à se présenter comme pour un Trump qui aurait l’avantage de ne pas être Trump, et toutes les figures républicaines d’envergure ont tiré la leçon.

Pour faire émerger des leaders de nouvelle génération, les démocrates doivent, en plus de trouver des méthodes d’opposition efficaces face à la captation du pouvoir opérée par Trump dans l’exécutif — avec de significatives complicités législatives et judiciaires — résoudre leurs conflits internes sur ces mêmes méthodes, sur leur programme politique et sur les personnalités les plus aptes à les incarner.

Une tentation populiste s’est manifestée dans leurs rangs dès le premier mandat de Trump. Elle consistait à répondre au trumpisme par une version de gauche de ses politiques, jugée capable de traiter les fractures économiques et sociales à l’origine de la défiance envers le modèle politique démocratique et libéral. Cette tendance est incarnée par des figures de gauche du parti démocrate, notamment les sénateurs Bernie Sanders et Elizabeth Warren, ainsi que par plusieurs élus plus jeunes bénéficiant d’une certaine notoriété médiatique, tels Alexandria Ocasio-Cortez et ses camarades du « Squad », auxquels s’ajoutera le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani. Cependant, Trump et ses alliés politiques et médiatiques ont souvent réussi à instrumentaliser à leur profit ce mouvement de radicalisation démocrate « socialiste », pour occulter le leur et faire fuir les électeurs modérés. Une vie politique déjà si polarisée et hystérisée ne bénéficie pas d’une radicalité supplémentaire.

Des figures modérées, les démocrates peuvent en trouver notamment parmi les gouverneurs d’État, qui, dans leurs fonctions exécutives, sont davantage amenés à rechercher des solutions et des compromis politiques. De Gavin Newsom (Californie) à Gretchen Whitmer (Michigan), l’intérêt pour une candidature présidentielle s’est déjà manifesté, comme chez Pete Buttigieg. Les représentantes centristes Abigail Spanberger et Mikie Sherrill, élues gouverneures respectivement de Virginie et du New Jersey en novembre 2025, devront également démontrer leurs compétences et gagner en popularité pour représenter des alternatives séduisantes pour l’électorat indépendant et celui des modérés des deux partis.

De nombreuses mesures de l’administration fédérale ont déjà été attaquées par certains États, entreprises, groupes d’intérêt et particuliers devant les tribunaux fédéraux. En première instance et en appel, plusieurs juges fédéraux ont infligé des revers non seulement sur les mesures elles-mêmes, mais aussi sur la prétention de Trump à avoir l’autorité. Si ces cas remontent à la Cour suprême, où une majorité conservatrice de six juges contre trois est présente, des signes montrent que certains juges, même conservateurs, sont mal à l’aise avec la notion d’un pouvoir personnel dépourvu de limites. Les déploiements de troupes pour assurer le maintien de l’ordre à l’intérieur du pays, ainsi que l’utilisation de lois d’exception et d’urgence économique pour décréter des tarifs douaniers, sont parmi ces cas emblématiques. Les verdicts de plusieurs affaires, qui seront rendus dans l’année à venir, préciseront ce qu’il en est (6).

Les mois passent, et nous constatons que c’est à partir du bilan politique et économique de Trump, de ses échecs, de la confusion ou de la lenteur de son administration, ainsi que de ses prétentions abusives à un pouvoir illimité et désinhibé, que surgissent les oppositions. La perte de confiance internationale vis-à-vis des États-Unis et la provocation, même chez de fidèles partenaires, d’un « Anti-Americanism Made Great Again » sont également un phénomène qui trouve un écho dans la société américaine connectée au reste du monde. Jean-Éric Branaa a argumenté et souligné dans plusieurs écrits et interventions (7) que la culture démocratique et libérale reste encore profondément ancrée dans la société américaine. Sans négliger les dangers, il y voit des signes que cette société n’est pas prête à tout concéder à un pouvoir autoritaire, rompant ainsi profondément avec l’identité multiséculaire du pays. C’est un jugement qu’il faut méditer et repartager.

Alors que l’année 2026 doit marquer le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, son déroulement déterminera si l’expérience de démocratie libérale du pays sera refermée par l’accomplissement — ou non — d’un projet autocratique.

Notes

(1) L’ouvrage de Maya Kandel, Une première histoire du trumpisme (Gallimard, 2025), fait référence sur ce sujet.

(2) Jill Lepore, « How Originalism Killed the Constitution », The Atlantic, vol. 336, n°4, octobre 2025.

(3) Sur la polarisation américaine, voir Amy Greene, L’Amérique face à ses fractures, Tallandier, 2024. Voir aussi Laurence Nardon, « Les fractures américaines », dans Thierry de Montbrial, Dominique David (dir.), Ramses 2025. Entre puissances et impuissance, IFRI/Dunod, 2024.

(4) Medicaid est l’assurance de santé fédérale accordée aux démunis, pendant de Medicare, celle des retraités, deux programmes mis en place selon les lois sociales de l’administration de Lyndon B. Johnson (1963-1969).

(5) Nate Raymond, « Trump administration must fully fund food aid benefits by Friday, US judge rules », Reuters, 7 novembre 2025 (https://​tinyurl​.com/​2​k​6​f​j​9xc).

(6) Reuters, « Major cases involving Trump before the US Supreme Court », 6 novembre 2025 (https://​tinyurl​.com/​y​c​5​s​n​m5t) ; Andrew Chung, John Kruzel, « US Supreme Court starts new term, with major Trump cases in store », Reuters, 6 octobre 2025 (https://​tinyurl​.com/​3​x​k​n​3​5s5).

(7) Voir ses articles sur LinkedIn (https://​tinyurl​.com/​y​c​y​w​r​nec) ; voir également Élisa Chelle, « Populisme et polarisation : la démocratie américaine en danger ? », Diplomatie, n°136.

Paul Vallet

areion24.news

Le cimentier Lafarge reconnu coupable de financement de terrorisme en Syrie

 

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné lundi à six ans de prison avec incarcération immédiate l'ex-PDG de Lafarge Bruno Lafont, reconnu coupable avec le cimentier et sept ex-responsables de financement du terrorisme en Syrie en 2013-2014.

Dans un délibéré cinglant de quatre heures, le tribunal correctionnel présidé par la juge Isabelle Prévost-Desprez a estimé que le cimentier français – avalé depuis par son concurrent suisse Holcim – a versé près de 5,6 millions d'euros via sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS) à trois groupes jihadistes afin de maintenir l'activité d'une cimenterie à Jalabiya, dans le nord de la Syrie.

Ces versements aux groupes État islamique (EI), Jabhat al-Nosra et Ahrar al-Cham, d'«un montant jamais atteint» dans un dossier de financement du terrorisme devant la justice française, sont d'«une exceptionnelle gravité» et ont «permis de financer des actes terroristes sur zone et projetés à l'extérieur, notamment en Europe», a souligné le tribunal.

Allant au-delà des réquisitions du parquet national antiterroriste (Pnat), le tribunal correctionnel a prononcé une peine de six ans de prison assortie d'un mandat de dépôt à l'encontre de l'ex-PDG (2007-2015) du groupe Bruno Lafont, 69 ans, fustigeant «sa mauvaise foi» et sa «lâcheté» au cours de la procédure judiciaire. L'ex-dirigeant du CAC 40, qui soutient ne pas avoir été informé des versements aux groupes jihadistes, a été arrêté dans la salle d'audience et aussitôt emmené par des policiers.

Le tribunal a réservé le même sort à son ancien bras droit Christian Herrault, alors directeur général adjoint de la multinationale, qui pour les juges «présidait aux négociations avec l'État islamique afin de signer avec l'organisation terroriste un accord rentable pour l'usine». Il s'est vu infliger cinq ans de prison avec mandat de dépôt.

Dès la sortie de l'audience, les avocates des deux hauts dirigeants incarcérés ont indiqué faire appel de la décision.

«Partenariat commercial avec l'Etat Islamique»

L'entreprise Lafarge en tant que personne morale a été condamnée à l'amende maximale de 1,125 million d'euros et à payer solidairement avec quatre de ses ex-cadres une amende douanière de 4,57 millions d'euros pour le non-respect des sanctions financières internationales, autre infraction au coeur du procès, la justice estimant qu'elle a établi un «véritable partenariat commercial avec l'EI». Aucune confiscation n'a été en revanche prononcée.

«Les paiements à des entités terroristes ont permis à LCS de maintenir l'activité de l'usine en réduisant les coûts de fonctionnement (...) avec la perspective finale à plus long terme de participer à la reconstruction de la Syrie en disposant d'un quasi-monopole», a déclaré Isabelle Prévost-Desprez.

La tribunal a prononcé des peines allant de 18 mois de prison pour un gestionnaire de sûreté norvégien de Lafarge à sept ans de prison, pour l'intermédiaire syrien en fuite qui gérait les relations et paiements aux groupes jihadistes.

Préserver ses intérêts économiques

Dans ce dossier à la croisée du monde international des affaires, de la géopolitique et des eaux troubles du renseignement, l'affaire Lafarge raconte la retentissante compromission d'une grande entreprise pour préserver ses intérêts économiques dans une Syrie à feu et à sang, que les autres multinationales avaient quittée.

Durant l'âpre procès en novembre-décembre, la défense a cherché à casser le narratif selon lequel la cimenterie de Jalabiya, investissement flambant neuf de 680 millions d'euros, a été maintenue en activité pour des raisons purement financières, au détriment de la sécurité de son millier de salariés. Décortiquant échanges de mails, comptes rendus de réunions et relevés bancaires, le tribunal s'est plongé de longues semaines durant dans l'engrenage des paiements de Lafarge, via son intermédiaire syrien Firas Tlass, aux groupes jihadistes.

Ce système prévoyait le versement d'argent pour, d'une part, financer l'acquisition d'intrants destinés à la production de ciment, tels que les hydrocarbures ou la pouzzolane, et, d'autre part, assurer des «paiements de sécurité» et permettre aux employés de la cimenterie et aux marchandises de passer les barrages dans la région.

Malgré les millions versés, la cimenterie de Jalabiya est finalement évacuée par Lafarge dans l'urgence et l'impréparation la plus totale le 18 septembre 2014 face à l'avancée de l'EI. Le lendemain, elle tombe aux mains des jihadistes.

Dans son jugement, le tribunal correctionnel a jugé recevable les constitutions de parties civiles d'associations de victimes du terrorisme, qui voient dans cette affaire l'un des «rouages» des attentats qui ont ensanglanté la France les années suivantes.

AFP

dimanche 12 avril 2026

Les services de renseignement des Gardiens de la révolution arrêtent 123 agents liés aux États-Unis et à Israël

 

Les services de renseignement des Gardiens de la révolution iraniens ont annoncé samedi l'arrestation de 123 individus appartenant à des réseaux d'agents liés aux États-Unis et à Israël dans plusieurs provinces iraniennes.

Dans un communiqué diffusé par l'agence de presse iranienne Tasnim, les services de renseignement des Gardiens de la révolution ont indiqué que ces réseaux étaient la cible d'une importante opération de sécurité menée dans les provinces de Hamadan, Semnan et Gilan.

Le communiqué précise que ces réseaux fournissaient des informations sur des sites sensibles aux États-Unis et à Israël et planifiaient des opérations de sabotage. Des armes à feu et des munitions ont été saisies chez les agents.

Il a été expliqué que 18 personnes ont été arrêtées au sein de plusieurs réseaux affiliés au mouvement monarchiste, liés à l'entité sioniste, et comprenant des éléments traîtres et des sources médiatiques. Par ailleurs, deux espions travaillant pour le Mossad, les services de renseignement israéliens, ont été arrêtés. Ils étaient en activité depuis la guerre des Douze Jours jusqu'à leur arrestation.

Elle a indiqué que plusieurs réseaux dans la province de Gilan, regroupant au total 101 individus travaillant pour les États-Unis et l'entité sioniste, ont été démantelés. Ces individus projetaient de semer le chaos et de commettre des actes de sabotage dans les villes, mais ils ont été arrêtés avant de pouvoir passer à l'acte.

Le service de renseignement des Gardiens de la révolution a révélé que parmi les personnes arrêtées figuraient quatre espions du Mossad qui avaient divulgué des informations sur des sites et des zones sensibles, incité à la violence et diffusé des instructions de combat en ligne.

saba.ye

samedi 11 avril 2026

Les Renseignements US indiquent que la Chine s’apprête à livrer des systèmes de défense aérienne à l’Iran

 

Les services de renseignement américains ont indiqué que la Chine s’apprête à livrer de nouveaux systèmes de défense aérienne à l’Iran dans les prochaines semaines, a signalé CNN, qui a cité les propos tenus par trois personnes au fait des récentes évaluations faites par les services de renseignement.

Le média a noté que ces renseignements révèlent que Téhéran pourrait profiter de la trêve pour reconstituer ses stocks de systèmes d’armement.

Deux de ces sources ont expliqué à CNN que Pékin utilisait un pays tiers pour acheminer les armes afin de dissimuler leur provenance.

Pékin dément et dénonce des accusations infondées

Face à ces informations, l’ambassade de Chine à Washington a fermement rejeté toute implication. Un porte-parole a assuré à CNN que Pékin n’avait «jamais fourni d’armes à aucune des parties au conflit». Les autorités chinoises appellent par ailleurs les États-Unis à «s'abstenir de formuler des allégations sans fondement, d'établir des liens de manière malveillante et de céder au sensationnalisme». 

CNN observe également qu'un transfert direct d’armes, de la part de Pékin, «marquerait une nouvelle étape» et même une forme «d’escalade». Mais une source citée par le média américain, tempère toutefois, s’interrogeant sur l’intérêt qu’aurait la Chine à s’impliquer plus directement dans le conflit au Moyen-Orient. Pékin pourrait aussi arguer que les systèmes de défense aérienne «soient de nature défensive plutôt qu’offensive».

Et ainsi se distinguer de Moscou, dont le soutien à Téhéran a été plus concret, avec le partage «de renseignements qui ont permis à l’Iran de mener des attaques ciblées contre les troupes et les installations américaines au Moyen-Orient», relève CNN.

fr.timesofisrael.com

La Hongrie aurait fourni des renseignements à l’Iran sur l’attaque des bipeurs

 

La Hongrie aurait fourni à la République islamique d’Iran des renseignements sur l’attaque israélienne de 2024 menée au moyen de bipeurs piégés contre des membres du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.

Le Washington Post a indiqué mercredi avoir obtenu une transcription du gouvernement hongrois d’un appel téléphonique daté du 30 septembre 2024 entre le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto et son homologue iranien Abbas Araghchi. Au cours de cet échange, Szijjarto aurait informé Araghchi que les services de renseignement de Budapest avaient déjà pris contact et partageraient toutes les informations recueillies dans le cadre de leur enquête sur l’incident. Le Post a précisé que la transcription avait également été vérifiée par une agence de renseignement occidentale.

Ce contact, initié par Szijjarto, est intervenu peu après l’explosion, le 17 septembre, de milliers de bipeurs utilisés par des membres du Hezbollah au Liban. L’attaque avait fait au moins 12 morts et blessé près de 3 000 personnes proches du groupe terroriste.

À l’époque, la Hongrie s’était retrouvée sous les projecteurs, la société taïwanaise dont la marque figurait sur les appareils ayant indiqué que ceux-ci avaient été fabriqués sous licence par une entreprise hongroise.

Szijjarto aurait alors cherché à écarter toute implication de la Hongrie dans l’attaque. Selon la transcription, il aurait déclaré à Araghchi que les bipeurs « n’ont pas été fabriqués en Hongrie, qu’ils ne sont jamais passés par la Hongrie et qu’aucune entreprise hongroise n’a jamais eu de lien physique avec ces appareils. Nous n’avons donc rien à voir avec cela ! »

Araghchi, pour sa part, a exprimé sa gratitude, déclarant à Szijjarto qu’il lui était « très reconnaissant de tout ce que vous faites ».

La volonté de la Hongrie de coopérer avec la République islamique d’Iran, principal soutien du Hezbollah, semble en contradiction avec la position officielle du pays, considéré comme l’un des alliés les plus fiables d’Israël en Europe. Budapest s’est souvent rangée du côté d’Israël dans les forums internationaux et entretient des liens étroits avec les dirigeants israéliens et américains.

Le mois dernier, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a apporté son soutien au Premier ministre hongrois Viktor Orbán en vue des élections nationales, affirmant que ce dirigeant « s’était révélé être un véritable pilier ».

Lors d’une visite en Hongrie, le vice-président américain JD Vance a également affiché son soutien à la campagne électorale d’Orbán, déclarant lors d’un rassemblement pro-Orbán qu’il était à Budapest « pour l’aider dans cette campagne électorale ».

Un ancien responsable de la Maison Blanche a confié au Post que, même si la Hongrie a pu chercher à apaiser les tensions avec Téhéran à la suite de l’attaque, cette initiative va à l’encontre de sa politique pro-Israël affichée publiquement.

« La Hongrie est l’un des pays les plus favorables à Israël dans sa politique officielle. C’est l’un des rares pays à voter systématiquement avec les États-Unis lorsque le reste de l’Europe s’abstient », a-t-il ajouté.

L’article souligne que ces échanges ont suscité des inquiétudes parmi les responsables occidentaux, notamment au regard de la position plus large de la Hongrie, qui entretient également des liens avec Moscou, un allié clé du régime iranien.

fr.timesofisrael.com