Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mardi 4 août 2026

Quel modèle pour la Defence Tech européenne ? Entre bon père de famille et femmes au foyer

 

Confronté à la guerre, le continent européen est malgré lui en première ligne d’un bouleversement des technologies d’armement marqué par la robotisation du champ de bataille. Or, comment établir une base d’innovation et de production aussi solide que pérenne quand on ne bénéficie, ni des budgets du Pentagone, ni des levées de fonds de la Silicon Valley ? Toutefois un modèle européen de la DefTech pourrait se dessiner.

Dans un article du média The Atlantic consacré à son entreprise et publié le 27 mars(1), Armin Papperger, PDG du géant allemand Rheinmetall, compare la production ukrainienne de drones à des « Lego » assemblés par des « ménagères qui ont des imprimantes 3D dans leur cuisine (…) Ils n’ont pas réalisé de percée technologique majeure. Ils innovent avec leurs petits drones et s’exclament : « Waouh ! » Tant mieux. Mais ce n’est pas la technologie de Lockheed Martin, General Dynamics ou Rheinmetall ».

Des propos polémiques, voire outranciers, qui provoqueront un incident diplomatique et nécessiteront que le groupe industriel publie un communiqué démentant toute volonté de moquer la mobilisation des Ukrainiens. Cette sortie n’en est pas moins symptomatique du haut potentiel de mécompréhension qui règne en Europe, entre des industriels historiques ayant bâti leur modèle en stricte réponse à la demande étatique dans un contexte « temps de paix », et une multitude de nouveaux entrants venus du monde de l’innovation, prêts à répondre à des besoins matériels redéfinis lors des différentes phases du plus grand conflit armé qu’aura connu le continent depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Loin de la Silicon Valley, les impératifs de la guerre

Drones de combat pour l’US Air Force, USV (Unmanned surface vessel) pour la Royal Australian Navy… des succès très médiatisés qui font oublier que la très emblématique Defense Tech américaine Anduril fut présente en Ukraine avec ses drones Ghost et Altius dès les premières semaines de l’invasion russe à l’hiver 2022. Sur le terrain, l’entreprise entendait mettre à l’épreuve ses matériels et surtout sa méthode itérative de développement (allant jusqu’à revendiquer des mises à jour quasi‑journalières) sur un théâtre aux contraintes infernales. En 2025, incapable de suivre la cadence imposée à ses systèmes par la guerre électronique, Anduril, comme d’autres sociétés occidentales, avait quitté l’Ukraine.

Avec Palantir, Saronic ou Shield AI, Anduril fait pourtant partie de ces nombreuses « Tech » nées dans la Silicon Valley dont l’activité est désormais scrutée avec soin, et ce bien au‑delà des cercles stratégiques, tant elles incarnent au travers de ce phénomène de fond qu’est la « New Defence » (en référence au modèle disruptif du New Space) ce qui serait devenu la nouvelle manière de faire la guerre, à grand renfort d’algorithmes et d’intelligences artificielles pour la planification et de systèmes autonomes pour l’exécution des opérations. La façade est celle d’une motivation plus profonde visant à réformer les politiques d’acquisitions de défense aux États‑Unis, tout comme SpaceX les a bouleversées dans le spatial. Les DefTech entendent appliquer les mêmes recettes sur le marché occidental de l’armement, et bousculer les majors du « Big Five », grâce à des stratégies d’innovation volontaristes prônant la culture du risque, des méthodes de développement itératif, une production verticalement intégrée, ainsi qu’un catalogue – prétendument – low cost.

En Europe, le phénomène est tout à fait mimétique, bien qu’incomparable en termes de capacités de financement privé : tandis que la DefTech américaine levait 14,2 milliards de dollars en 2025, soit un triplement par rapport à l’exercice précédent, l’Europe ne plafonnait qu’à 2,48 milliards. Une hausse de 38 % tout de même, pour une année record.

Autre différence, sur un plan plus politique cette fois : malgré les positionnements marketing et les manifestes souvent publiés en accès libre, via des blogs ou la presse(2), les start‑ups européennes sont loin d’avoir acquis le réseau d’influence qu’ont pu bâtir les DefTech à Washington, en particulier depuis la seconde élection de Donald Trump, ce qui se traduira rapidement par des législations ultra‑favorables aux ruptures, et l’infiltration de cadres d’entreprises jusqu’au sein du Pentagone. En comparaison, les Européens manquent ostensiblement de ce levier décisif que représenterait une politique publique d’acquisition massivement dédiée à l’innovation.

Mais alors que les Palantir ou Anduril ont, sans quelconque pudeur, érigé l’hypothétique future confrontation avec la Chine en point d’horizon des objectifs de supériorité technologique et de transformation du complexe militaro industriel, l’Europe fait déjà face à son propre conflit, en Ukraine. Un état de fait qui, bien au‑delà des déclamations politiques sur « l’économie de guerre », oblige les entreprises du continent à prendre une posture bien moins performative que ne l’est – parfois – celle de leurs consœurs outre‑Atlantique.

Un vivier déjà très dynamique

Plus que la politique ou même le marché, c’est donc bien la guerre en Ukraine qui nourrit depuis 2022 l’émergence d’un nouvel écosystème de l’innovation de défense en Europe. En février 2026, une note de la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) qualifiait le conflit d’accélérateur de la mutation de la BITD du continent, mutation devenue nécessaire au vu des limites structurelles montrées par les modèles industriels traditionnels, héritées de trois décennies de léthargie(3). D’autant plus que, face au niveau d’attrition maximal qui touche la quasi‑intégralité des équipements sur le front, un modèle de forces conventionnelles reposant sur une colonne vertébrale constituée de quelques plateformes sophistiquées, aussi onéreuses que longues à produire, s’avère structurellement insoutenable. Sur ce point, l’enjeu capacitaire du high‑low mix semble avoir été bien intégré par la majorité des forces européennes.

C’est donc sans surprise que, relativement au besoin identifié, la DefTech en cours de structuration est tirée quantitativement par un trio constitué des dronistes (ce qui inclut les munitions semi‑autonomes), des fabricants de drones terrestres (UGV), et des spécialistes logiciel (communications, commandement et contrôle, renseignement, IA…). Sur les 316 entreprises répertoriées par la FRS (Ukraine non comprise), près de 33 % consacrent ainsi leur activité aux drones tactiques, et 30 % aux UGV. D’après d’autres bases de données, plus d’une soixantaine de start‑up ont une activité dans le domaine des softwares dédiés à la situation tactique (l’exemple de Command AI en France) ou au ciblage, avec des potentiels d’extension au secteur des drones et munitions intelligentes. Citons dans ce domaine Alta Ares, ou les licornes Harmattan AI (France), Quantum Systems, Helsing AI et Stark Defence (Allemagne), ces deux dernières étant souvent qualifiées de copies carbone de l’américaine Anduril, tant pour la constitution de leur catalogue que pour leur positionnement doctrinal.

De plus, contrairement à l’idée reçue, une grande partie des sociétés aujourd’hui estampillées « New Defence » en Europe sont en réalité des PME déjà établies, souvent duales, qui ont su tirer parti soit du contexte stratégique, soit de l’essor fulgurant des technologies issues du secteur civil, en particulier numériques. En France, on pensera notamment à l’ETI Turgis & Gaillard, à Shark Robotics (UGV) mais aussi aux dronistes Delair et EOS Technologies, au portugais Tekever ou bien encore à l’exemple atypique de ALM Méca, une TPE alsacienne spécialisée dans le modélisme qui a développé un drone intercepteur dont la vitesse de pointe avoisine les 700 km/h. C’est également le cas au Danemark avec Systematiq, société qui produisait autrefois des logiciels de gestion pour hôpitaux et qui fournit désormais son instrument SitaWare pour le C2/C4ISR des armées de l’OTAN.

Sans surprise, les pays où l’écosystème est le plus vivace sont ceux qui disposaient déjà d’une BITD robuste et variée. La France se classe donc assez logiquement comme la première terre d’accueil avec 45 représentantes, loin devant le Royaume‑Uni (26), l’Allemagne (23), et l’Espagne (22). Notons par ailleurs que ce renouveau du paysage étant permis par un ticket d’entrée bien moins élevé qu’il ne l’aurait été dans l’industrie des matériels lourds, il permet à des pays auparavant peu visibles dans l’armement de faire émerger leurs acteurs. C’est le cas des États baltes, de la République Tchèque, de la Pologne ou de la Finlande, tous directement confrontés à la menace russe. Notons enfin que portée par son effort budgétaire sans précédent, l’Allemagne constitue naturellement une vraie pépinière pour la DefTech, à Berlin (une révolution), mais aussi en Bavière où des efforts sont menés pour faciliter le développement des projets, de l’université à l’usine. Elle n’en demeure pas moins, avec le Royaume‑Uni, la porte d’entrée principale pour les entreprises ou fonds d’investissement américains, qui ont soutenu, et soutiennent encore les licornes allemandes comme Quantum, Helsing ou Stark, ce qui n’est pas sans occasionner des litiges politiques et autres problématiques de souveraineté(4).

S’il ne fait donc aucun doute que l’Europe possède le potentiel technologique à la hauteur à l’enjeu, ainsi qu’une capacité de financement en expansion, sa faiblesse structurelle demeure la production. Et sur ce point, elle peut s’appuyer sur un modèle.

Le « laboratoire » ukrainien

Nous avons cité l’échec ukrainien de l’américaine Anduril, mais nombreuses sont les start‑ups européennes à avoir essuyer les plâtres lors de l’épreuve du feu. Delair, Alta Ares ou Parrot en France, Helsing en Allemagne, Milrem Robotics en Estonie… ont toutes contribué au soutien des forces ukrainiennes au plus fort de la guerre. Et elles ont toutes, pour la plupart, été confrontées à des difficultés techniques, en particulier la guerre électronique, ainsi qu’à une incapacité chronique à fournir des systèmes en nombre suffisant. Or, comment rivaliser aujourd’hui, au printemps 2026, avec une Ukraine en mesure de produire plus de quatre millions de drones FPV par an, 50 000 UGV et 350 000 intercepteurs low cost (de moins de 5 000 dollars) ?

Le pays, dont l’expertise est désormais requise sur d’autres théâtres, y compris auprès des forces américaines, est même en position d’exporter ses systèmes comme sa production (l’exemple du drone Octopus Interceptor au Royaume‑Uni), alors que les combats n’ont pas cessé sur son sol. L’armée ukrainienne assure d’ailleurs avoir mené 21 000 missions avec des drones terrestres au premier trimestre 2026, ou avoir intercepté 33 000 drones et missiles russes en mars, et plus de 50 000 en avril. Soit un effort de masse soutenu par plus de 800 entreprises nationales, qui permet de surcroit d’accepter un certain taux d’échec technologique sur le terrain. D’un point de vue occidental, c’est une barrière conceptuelle qui tombe ici.

Le cheminement qui a mené la DefTech ukrainienne à ce niveau de maturité doctrinale et opérationnelle est bien documenté(5). Dès les premières semaines de l’invasion russe en 2022, le gouvernement y bouleverse la réglementation de ses modèles d’acquisition, favorisant l’utilisation sur le champ de bataille de systèmes expérimentaux. Cette première mesure a pour effet, à la fois de décentraliser l’innovation et la production par imprimantes 3D (les fameuses « ménagères »), et à la fois de réduire drastiquement les délais de déploiement des nouveaux systèmes, qui ne se comptent plus qu’en semaines. Une plateforme numérique d’achat tel que le cluster Brave1, pilier de la stratégie d’acquisition ukrainienne, est ouverte au financement participatif, chaque régiment pouvant y gérer les récoltes de fonds et l’expression des besoins. Les fournisseurs soumettent leurs candidatures, les lauréats ayant accès aux subventions. Les solutions qui atteignent le niveau opérationnel sont ajoutées à un catalogue de matériels que les forces de défense peuvent commander. À noter que la France, via l’Agence de l’Innovation de Défense (AID), a passé un accord « Brave France » avec Kiev en 2025, puis 2026, pour inclure les propositions de ses entreprises au catalogue ukrainien. Elle entend aussi et surtout s’en inspirer(6). Enfin, en bout de chaîne, des initiatives civilo‑militaires comme « Victory Drones » permettent la diffusion des savoirs (usage et/ou production) à très grande échelle dans la population.

Pour les partenaires étrangers, la situation aura donc tendance à s’être inversée, tant ce sont bien eux qui désormais sont demandeurs d’un partage d’expérience issu de ce que les dirigeants de la DefTech appellent communément un « laboratoire ». Aussi, et pour ne citer que deux des projets les plus récents, l’allemande Stark Defence annonce en février l’ouverture d’un centre de R&D en Ukraine, tandis que la PME rochelaise Shark Robotics dévoilait au mois d’avril dernier son alliance avec le champion ukrainien du drone terrestre, Tencore, dans le cadre d’un accord qui doit renforcer les capacités de maintenance des systèmes UGV en Ukraine, et en retour nourrir l’apprentissage des Français en matière de production.

Les synergies au cœur du modèle européen ?

Lorsque le PDG de Rheinmetall, en bon patriarche capitaine d’industrie, semble refuser l’idée même d’une prise en compte de l’écosystème d’innovation comme partie intégrante de la BITD – un drone à 1 000 euros pouvant pourtant neutraliser un char Leopard – son jugement est clairement établi au travers d’un certain prisme culturel : la valeur, c’est l’usine. Et comment lui donner tort quand on constate que son groupe a vu son chiffre d’affaires tripler et le cours de son action augmenter de 200 % depuis quatre ans – et cela sans ouvrir les usines promises en Ukraine ? La réponse, évidente, est que les start‑ups de la défense ne remplaceront pas les industriels historiques, dont le rôle est indispensable pour soutenir un modèle de forces conventionnelles robuste. Toutefois, leur agilité fait d’elles un formidable outil de préparation à l’heure où le concept de robotisation du champ de bataille n’a jamais été aussi tangible.

Pour la DefTech, la réponse à cet enjeu vital de la production peut toutefois être envisagée à travers les synergies. Entre États tout d’abord, les licornes allemandes Helsing et Stark, très bien financées en capital à risque, ayant déjà ouvert à ce jour des usines, à la fois en Allemagne, et au Royaume Uni, cumulant les aides publiques. De même pour ARX Robotics (un partenaire stratégique de Helsing), avec des infrastructures de production dans chacun de ces deux pays.

Avec l’industrie ensuite, les synergies pouvant être trouvées dans des accords interentreprises entre « petits et grands » pour la formalisation d’un programme de production low cost : MBDA avec le modéliste Aviation Design sur le One Way Effector, Turgis & Gaillard et le groupe automobile Renault sur le système Chorus, ou encore Dassault Aviation qui permet en janvier 2026 de faire accéder Harmattan AI au rang de licorne en organisant la levée de 200 millions d’euros qui permettront à la jeune pousse d’atteindre son objectif de 10 000 drones par mois, l’avionneur espérant en tirer profit à long terme dans le domaine de l’IA dédiée au combat aérien collaboratif. Mais encore, autour du célèbre spécialiste estonien de l’UGV, Milrem, on retrouve le français Texelis (transmission électrique) ou l’industriel néerlandais VDL Defentec (ligne d’assemblage), tandis qu’en Allemagne, ARX Robotics s’appuie sur Deutz, motoriste pour engins agricoles et de travaux publics.

Mais sans véritable passage à « l’économie de guerre », demeure l’épineuse question de la commande publique, qui continue de conditionner l’effort de production chez les historiques comme chez les entrants. Ceci dit, les facilitateurs, il est vrai, se multiplient : Defence innovation accelerator for the North Atlantic (DIANA) à l’OTAN… ou dispositifs de l’AID et de la DGA en France, comme le Pacte Drone. En Allemagne, c’est l’inauguration en février 2026 de l’Innovationszentrum Bundeswehr et la commande ferme de drones‑kamikazes à Helsing et Stark pour un montant de 268 millions d’euros chacune. Un phénomène similaire observable au Royaume‑Uni. En juin 2025, le contrat remporté en France par Harmattan AI, pour 1 000 drones en vue de l’exercice Orion du printemps 2026, serait tout simplement – de l’appel d’offres à la livraison – le plus rapide de l’histoire de la DGA.

Notes

(1) Simon Shuster, « Building Tanks While the Ukrainians Master Drones », The Atlantic, 27 mars 2026.

(2) Louis de Catheu, « La véritable arme stratégique, c’est l’usine, une conversation avec Mouad M’Ghari, CEO de la licorne de défense Harmattan AI », Le Grand Continent, 15 février 2026.

(3) Josselin Droff, Lucie Béraud‑Sudreau, Eva Szego, Julien Malizard, « « New Defence » et politique industrielle de défense en Europe », Défense & Industries, no 22, février 2026.

(4) Elsa Conesa, « En Allemagne, la dépendance de l’armée aux technologies américaines suscite des inquiétudes », Le Monde, 25 février 2026.

(5) Ethan Kapstein, Javier Ospital, Guntram B. Wolff, « Reforming European defence procurement to boost military innovation and startups », Bruegel, 5 mars 2026.

(6) Florent de Saint‑Victor, « Industrialisation de l’innovation ‑ De l’alliance des forges », Mars Attaque blog, 2 avril 2026.

Thomas Schumacher

areion24.news

Le renseignement espagnol dit avoir alerté l'Intérieur avant la crise migratoire, Madrid dément

 

Selon des informations publiées par le média espagnol OKDiario ce lundi 3 aout 2026, le Centre national de renseignement (CNI) aurait averti à plusieurs reprises le ministère de l'Intérieur d'un risque d'afflux migratoire massif depuis le Maroc, plusieurs semaines avant que la situation ne dégénère.

D'après ces informations, le point de bascule serait survenu après une décision de la Cour suprême espagnole rendue le 8 juillet dernier, qui a mis fin au renvoi immédiat de migrants atteignant à la nage les côtes de Sebta et Melilla ou des demandeurs d'asile vers le Maroc, sans procédure individuelle ni examen de leur situation. Cette décision aurait créé un vide juridique et administratif exploité par des réseaux de trafic d'êtres humains pour inciter et organiser des tentatives d'entrée massives.

Des sources proches de la sécurité de l'État espagnol, citées par la radio Cadena Ser, affirment que les services de renseignement ont transmis de nombreux avertissements au département dirigé par le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska avant le déclenchement de la crise, sans toutefois pouvoir déterminer la date précise d'un assaut massif à la frontière.

Toujours selon ces sources, le ministère de l'Intérieur aurait sous-estimé ces alertes, la frontière de Ceuta étant, selon elles, insuffisamment dotée en moyens de sécurité pour faire face à un scénario de cette ampleur. Un climat de tension serait même apparu au sein du CNI après que le ministre Grande-Marlaska a publiquement affirmé que son département n'avait reçu aucune information des services de renseignement sur une entrée massive comme celle survenue le 30 juillet 2026.

De son côté, le ministère de l'Intérieur espagnol rejette fermement cette version des faits, affirmant n'avoir reçu, selon ses propres termes, « aucun type d'avertissement ou d'alerte » de la part du renseignement espagnol. Le ministre Grande-Marlaska a lui-même déclaré qu'aucun rapport du CNI n'indiquait la possibilité d'une situation telle que celle survenue le 30 juillet. Le département reconnaît néanmoins avoir constaté, depuis la mi-juillet, une hausse des arrivées par la nage à Ceuta, et affirme avoir renforcé le dispositif de contrôle frontalier en conséquence, sans en préciser les modalités.

Cette controverse relève avant tout d'un différend interne aux institutions espagnoles, opposant les services de renseignement au ministère de l'Intérieur sur la question de la transmission et du traitement des alertes sécuritaires. Le gouvernement espagnol lui-même a par ailleurs tenu à souligner, dans plusieurs déclarations récentes, le caractère excellent de la coopération migratoire avec le Maroc, écartant toute responsabilité des autorités marocaines dans la recrudescence des entrées, et pointant plutôt du doigt les réseaux criminels de traite des êtres humains qui chercheraient à tirer parti du vide juridique créé par la décision de la Cour suprême espagnole.

Ces informations, à ce stade, reposent sur des sources anonymes citées par la presse espagnole et n'ont pas fait l'objet d'une confirmation officielle par les institutions concernées.

maroc-hebdo.com

Un agent du FBI arrêté en lien avec le vol de 1 million de dollars en crypto

 

Un agent superviseur du FBI américain, travaillant au sein du service de renseignement au siège national, a été arrêté et accusé dans un dépôt auprès d'un tribunal fédéral de vol de plus d’un million de dollars en cryptomonnaie.

L'agent spécial de haut niveau, identifié comme Patrick Steven Yarmoch, se serait rendu de son propre chef à ses collègues de l'agence, déclarant avoir extrait des clés cryptographiques des systèmes du FBI afin d'effectuer jusqu'à une douzaine de transferts vers lui-même à partir de comptes liés à des individus étrangers qu'il avait enquêtés, selon un rapport daté du 1er août déposé auprès du tribunal de district des États-Unis pour le district est de la Virginie.

Yarmoch — qui détenait une habilitation de sécurité « top secret » — avait travaillé dans le contre-espionnage, plus précisément au sein d’une unité d’enquête dédiée à une « nation adversaire » non nommée, selon le dossier judiciaire, qui précise qu’il a été suspendu pendant quelques jours avant d’être licencié et arrêté le 31 juillet.

Le résident d'Ashburn, en Virginie, avait travaillé en tant qu'agent spécial superviseur au siège du FBI à Washington, plus précisément dans sa division de contre-espionnage et d’espionnage. Il avait auparavant travaillé pendant des années à Boston, où il faisait partie d’une unité de sécurité nationale enquêtant sur la nation adversaire mentionnée dans le dossier judiciaire.

Dans la gestion des actifs numériques, Yarmoch aurait utilisé des comptes chez Kraken ainsi que chez Suilend, le écosystème de finance décentralisée (DeFi) pour la blockchain Sui, via un portefeuille Slush.

Les perquisitions du FBI sur son ordinateur et ses relevés téléphoniques ont révélé certaines de ses récentes questions posées à des applications d’IA, notamment : « Si vous aviez un seau d’argent (environ 1 million de dollars) et que vous souhaitiez quitter les États-Unis pour devenir résident ou citoyen d’un pays de l’UE, que feriez-vous ? » À laquelle l’application aurait recommandé le Portugal comme destination privilégiée.

Les enquêteurs ont également trouvé des projets de voyage pour Yarmoch et sa famille, prévoyant de se rendre au Portugal le mois prochain. Il aurait aussi effectué récemment des déplacements en Allemagne, au Portugal et à la Grenade, qu'il n'avait pas déclarés en interne, en violation des règles du FBI.

Yarmoch a été placé en détention à Alexandria, en Virginie.

Jesse Hamilton

coindesk.com

lundi 3 août 2026

Des pirates iraniens suspectés d’une cyberattaque sur des réseaux d’alimentation en eau aux Etats-Unis

 

Une société de cybersécurité affirme que le mode opératoire d’une attaque perpétrée dimanche et lundi contre une trentaine de réseaux locaux d’alimentation en eau dans le Minnesota correspond à celui d’un groupe de pirates affilié à l’Iran, un constat partagé par les autorités américaines selon plusieurs médias.

L’opération a notamment interrompu pendant un peu moins de deux heures l’alimentation en eau de la petite ville de Braham, dans la grande banlieue de Minneapolis, avant qu’elle ne soit rétablie.

Selon le spécialiste américain de sécurité informatique Tenable, la méthode utilisée lors de l’attaque « est ressemblante » avec celle du collectif de cybercriminels CyberAv3ngers, que Washington accuse d’agir sous le contrôle de Téhéran.

Le 22 juillet, quelques jours seulement avant l’attaque, l’Agence américaine de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA) avait publié un avis alertant sur une offensive menée par des organisations affiliées à l’Iran contre les systèmes de contrôle en ligne d’infrastructures aux Etats-Unis.

Selon plusieurs médias, les autorités américaines privilégient également la piste des pirates iraniens, même s’ils n’ont pas, à ce stade, formellement établi leur responsabilité.

Sollicité par l’AFP, le FBI n’a pas donné suite dans l’immédiat.

En mars, le collectif Handala Hack, également considéré comme dirigé par le régime iranien, avait revendiqué des cyberattaques contre deux sociétés américaines, le fournisseur d’équipements médicaux Stryker et la plateforme numérique de paiements Verifone.

Stryker avait confirmé l’incident, tandis que Verifone en avait contesté l’existence.

Les pirates avaient présenté leur action comme des « représailles » après le bombardement attribué à Washington d’une école primaire à Minab, dans le sud de l’Iran, au premier jour de l’offensive américaine et israélienne contre la République islamique, le 28 février.

Selon les résultats d’une enquête interne de l’armée américaine, révélée par le New York Times, la frappe, qui a fait plus de 150 morts, serait due à une erreur de coordonnées au moment de cibler une base militaire adjacente.

fr.timesofisrael.com

Ceuta : la Guardia Civil a repéré des agents des renseignements marocains infiltrés parmi les migrants

 

La Guardia Civil espagnole a détecté, grâce au système de caméras déployé à la frontière de Ceuta, plusieurs agents du service de renseignement marocain infiltrés parmi les quelque 60 000 migrants qui sont parvenus à rejoindre l’enclave espagnole, rapporte le média El Español.

C’est ce qu’ont affirmé au quotidien des sources de l’État-major de l’Institut armé, qui affirment que ces individus ont été localisés lors du suivi effectué en temps réel par le système de vidéosurveillance avancé et ultra-performant qui surveille le périmètre frontalier.

Ce n’est pas la première fois qu’un tel phénomène est observé, la Guardia Civil affirmant avoir déjà détecté la présence de membres des services de renseignement marocains infiltrés lors de précédentes crises migratoires à Ceuta et Melilla.

D’après les informations de ce quotidien d’investigation, les dispositifs de surveillance frontalière autorisent un suivi permanent de tous les déplacements survenant aux abords des barrières comme dans les secteurs menant à la ville autonome. C’est ainsi que les analystes de la Guardia Civil ont repéré plusieurs individus suspectés d’appartenir aux services secrets marocains, dissimulés au milieu des personnes qui passaient la frontière.

Avec la complicité des autorités marocaines ?

Plusieurs vidéos relayées ces derniers jours montrent des gendarmes marocains transporter des migrants en camion jusqu’aux abords de l’enclave espagnole, selon El Español. Tandis que de nombreux témoignages et des vidéos pointent la passivité, voire la complicité active des forces marocaines, le New York Times a recueilli les récits de ressortissants affirmant avoir été directement encouragés par les autorités à franchir la frontière.

Des sources des services de renseignement espagnols confirment cette lecture et estiment qu’une opération d’une telle ampleur n’aurait pas pu être menée sans l’implication des services marocains. Selon ces mêmes canaux, la présence de ces agents aurait eu un double objectif : superviser sur place l’entrée massive de migrants et observer en temps réel le dispositif déployé par l’Espagne à la frontière, ainsi que la réaction des forces de sécurité.

Ce matériel de pointe ne se limite pas à bloquer les flux migratoires. Analysées en temps réel par les services de l’État, ces images ultra-précises permettent de scruter les moindres mouvements aux abords de la clôture et d’isoler les comportements suspects. C’est précisément grâce à cette surveillance technologique que la Guardia Civil serait parvenue à identifier ces profils infiltrés, au cœur d’une crise que de nombreux observateurs qualifient de « guerre hybride » orchestrée pour tester la réaction de Madrid.

Maxime Poul 

leparisien.fr