Sauf avis de recherche, nous ne publions plus de photographies des auteurs d'attentats, pour éviter d'éventuels effets de glorification posthume, les rendre anonymes, c'est combattre Daech

mercredi 20 septembre 2017

Un ex du renseignement allemand se déguise en islamiste


La justice a condamné mardi à un an de prison avec sursis un ancien agent du renseignement intérieur qui, sous une fausse identité, a tenté de divulguer des informations confidentielles.

«Personne ne regrette tout ça plus que moi», a déclaré Roque M., cité par l'agence DPA, pendant son procès au Tribunal de Düsseldorf (ouest).

L'homme de 52 ans, également ancien acteur de porno gay, était poursuivi pour «tentative de divulgation d'informations secrètes», le tribunal ayant cet été abandonner les charges de «préparation d'un attentat», faute de preuves suffisantes.

Son histoire avait fait grand bruit en Allemagne lors de son arrestation en novembre, pointant les failles de sécurité dans le recrutement des agents du renseignement intérieur. Roque M. avait en effet répondu aux différents tests d'entrée avec succès.

Ex-employé de banque pendant 35 ans et père de quatre enfants, il a travaillé entre avril et novembre 2016 pour l'Office de protection de la Constitution.

Il était plus spécifiquement chargé de surveiller les potentielles menaces islamistes sur le sol allemand.

Personnalité numérique travestie

Mais père d'un enfant lourdement handicapé, il doit rester les week-ends à son domicile pour s'occuper de lui et «s'ennuie».

Adepte de jeux de rôles, il s'invente alors une personnalité numérique et se fait passer sur des forums de discussion pour un islamiste, «pour fuir la réalité», a-t-il raconté lors du procès.

Selon ses dires, il aurait même convenu une fois de rencontrer un présumé islamiste mais ne se serait pas présenté au point de rendez-vous.

Sa maladresse l'empêchera de poursuivre son «jeu» : Roque M. est arrêté mi-novembre après avoir discuté sur internet avec un présumé islamiste, qui s'avèrera être un collègue de travail.

AFP

mardi 19 septembre 2017

Le réseau des salafistes en Suisse: bien plus qu’un fantasme


Selon Saïda Keller-Messahli, les actions du groupe "Lis!" devraient être interdites aussi en Suisse. Les liens entre ces distributions du coran et la mouvance islamiste ont été établis dans plusieurs pays.
(Getty Images)


Dans son dernier livre, Saïda Keller-Messahli décrit la Suisse comme une «plaque tournante de l’islamisme». Cette spécialiste de l’islam critique les autorités, qui tiennent encore un prêcheur de haine comme Abu Ramadan pour un «cas isolé».

Saïda Keller-Messahli, qu’est-ce qui vous est venu à l’esprit quand vous avez entendu parler du cas d’Abu Ramadan?

Saïda Keller-Messahli: Je n’ai pas été surprise du tout de ce qu’il a dit. Il y a beaucoup de prédicateurs de ce genre en Suisse. De plus, l’atmosphère totalitaire qui règne dans la mosquée a fait que personne ne s’est levé pour le contredire. Au contraire, il se sont tous conduits comme des moutons.

Le maire de Bienne Erich Fehr a qualifié l’histoire d’Abu Ramadan de «cas isolé». Alors pourquoi s’énerver de la sorte?

(elle secoue la tête) C’est justement les politiciens comme ça que je critique. Ils ne comprennent pas à quoi ils ont réellement affaire. Abu Ramadan n’est certainement pas un cas isolé. Au contraire, il y a des structures dont le but est de nous imposer quelque chose, peu importe les moyens. Ceux qui sont là derrière essaient de gagner en influence par-dessus nos institutions.

Le cas d’Abu Ramadan remet à l’ordre du jour la question de la formation des imams en Suisse. Cela pourrait-il résoudre le problème?

Cela pourrait un peu l’atténuer. Nous avons besoin d’imams qui sont allés à l’école ici, qui sont liés à la société d’ici, qui connaissent notre culture et qui s’adressent aux croyants dans ce sens et dans cet esprit. Mais cela seul ne suffit pas. Nous devons prendre beaucoup d’autres mesures.

Lesquelles?

Nous devrions prendre exemple sur l’Autriche. Depuis plus de cent ans, ce pays a une loi sur l’islam, qui a été récemment révisée. C’est un bon instrument pour un Etat de droit, qui règle les relations avec l’islam organisé. Le financement des mosquées par l’étranger est interdit. Les actions de distribution du coran sur la voie publique sont interdites. Le voile couvrant le visage dans les lieux publics est interdit. La formation des imams est réglementée. Les jardins d’enfants islamiques clandestins sans autorisation et hors du contrôle démocratique – comme il y en a beaucoup en Suisse – sont interdits.

On a appris récemment que deux jeunes femmes sont parties rejoindre Daech, après avoir fréquenté la mosquée Ar-Rahman de Bienne, où prêche Abu Ramadan…

C’est très triste, mais ça non plus ne m’a pas du tout surprise. Au vu des discours tenus dans de telles mosquées, ce qui est étonnant, c’est qu’il n’y ait pas eu plus de jeunes à choisir cette voie.

Les mosquées jouent vraiment un rôle important dans ce domaine?

Très important. A la mosquée règne une atmosphère qui a pour effet de suspendre la pensée critique. Toute l’organisation est faite pour ça: les croyants n’ont rien à dire et sont littéralement saoulés avec des propos récités très fort. C’est une structure autoritaire, carrément militaire, totalitaire. Et les femmes sont de toute façon absentes, cachées quelque part dans une pièce. Celui qui obéit à cette structure de pouvoir prendra ce qu’il entend pour la vérité.

Ferah Ulucay, la représentante des femmes du Conseil central islamique suisse (CCIS), a visiblement très bien connu ces deux femmes, mais ne savait apparemment rien de leurs projets de voyage.

Je ne crois pas un mot de ce que disent les salafistes du CCIS.

Ferah Ulucay explique la radicalisation de ces deux femmes, entre autre, par l’«islamophobie» qui règnerait en Suisse…

Discours de victime. C’est le discours de tous les islamistes. Elle ferait mieux de s’interroger sur elle-même au lieu de chercher la faute uniquement chez les autres.

Il faut quand même reconnaître que chercher un emploi n’est pas facile pour une femme qui porte le foulard…

Je m’occupe d’un tel cas dans le privé. Quand une jeune femme est prête à abandonner sa place d’apprentissage seulement à cause du foulard, elle doit se demander ce qu’elle veut réellement ici. Dans mon cas, c’est une femme qui a décidé un jour de porter le foulard, et son maître d’apprentissage a dit «non». Alors, elle a tout laissé tomber. Il faut savoir que le foulard n’est pas un commandement de l’islam! Je ne suis pas seule à le dire, c’est confirmé par des érudits musulmans. Mais les mosquées justement poussent les jeunes filles et les femmes à porter le foulard. Le but, c’est de le rendre visible. Les islamistes travaillent contre toute intégration sociale dans un contexte européen. Le foulard est un moyen de manifester de manière visible sa volonté de se démarquer du reste de la société.

Mais est-ce qu’une société libérale ne devrait pas justement tolérer que des femmes portent volontairement le foulard?

Ça veut dire quoi déjà volontairement? Au vu d’un tel projet totalitaire, qui fait de l’islam un programme politique, on ne peut plus parler de choix volontaire.

Pourtant, les musulmans sont très bien intégrés dans les sociétés germanophones. C’est ce qu’a montré récemment le Moniteur des religions de la Fondation Bertelsmann…

C’est de la propagande électorale allemande. Cette étude doit simplement servir la chancelière Merkel et confirmer que tout est en ordre et qu’il n’y a pas de problème. Il y a de nombreuses études qui contredisent la Fondation Bertelsmann. En Autriche, 30% des musulmans n’ont jamais de contact avec des Autrichiens. Ils restent entre eux. C’est extrêmement préoccupant. Une autre étude autrichienne montre que dans plus de la moitié des jardins d’enfants musulmans, on transmet des valeurs qui sont incompatibles avec la démocratie.

La mosquée Ar-Rahman a fait plus d’une fois les gros titres pour ses excès. Devrait-on essayer de la fermer?

Comment ça essayer? Il faut la fermer d’urgence et ceux qui la dirigent doivent répondre de leurs actes!

Mais pour cela, il faut des raisons juridiquement valables…

Les lois existantes suffisent pour dire: ce qu’Abu Ramadan a lâché, nous ne le tolérons pas. Il serait important d’envoyer un tel signal.

Parlons de votre livre. Vous montrez, en vous appuyant sur des exemples, qu’il existe un réseau wahhabite-salafiste, qu’il envoie de l’argent et du personnel en Suisse et que des structures existantes qui agissent apparemment de manière apolitique sont en réalité intégrées dans ce réseau. Donc, la Suisse est bien une «plaque tournante»?

Plus j’ai examiné la situation en détail, plus j’ai vu les connexions qui existent entre la Suisse et d’autres pays. Des prédicateurs itinérants des Balkans ou d’Arabie Saoudite sont par exemple invités dans des mosquées suisses et partent ensuite d’ici vers l’Autriche, l’Allemagne, le Danemark, la Belgique, la Hollande. Ou alors, quand le prêcheur de haine Omer Berisha récolte de l’argent à Linz, en Autriche, pour une mosquée, il reçoit beaucoup de dons, qui viennent aussi de la Suisse. Ou alors, des gens de Suisse qui se portent candidats pour le parti d’un parlementaires salafiste au Kosovo. De tels exemples montrent que la Suisse est intégrée dans un réseau salafiste international.

A quel point cette influence salafiste est-elle vraiment dangereuse? On ne trouve pas dans votre livre de chiffres sur le nombre de musulmans vivant ici qui seraient atteints.

Le danger peut déjà venir d’une seule personne. On l’a vu lors de la récente attaque en Espagne. En Suisse aussi, il y a jusqu’ici environ 90 jihadistes.

Vous écrivez que «le sacro-saint principe de la liberté religieuse» qui règne dans les Etats démocratiques a permis que de nombreuse mosquées développent une société parallèle hors de tout contrôle démocratique. Seriez-vous pour une restriction de cette liberté de religion?

Non, pas ça. Mais on ne doit pas fonder, justifier et autoriser n’importe quoi au nom de la liberté de religion et de croyance. En Europe, l’islam politique use de ces libertés sans aucune vergogne.

Vous plaidez aussi pour l’interdiction de la distribution de corans tel que la pratique le groupe «Lis!». Mais alors, il faudrait aussi interdire les distributions de bibles…

Ce n’est pas que la bible aujourd’hui mène encore à la guerre sainte. Pour «Lis!», c’est le cas, c’est prouvé. De nombreuses personnes qui étaient actives aux stands de ce groupe sont parties ensuite en Syrie. Sur les quelques mille djihadistes recensés en Allemagne, un sur huit a participé aux distributions de «Lis!». En outre, la version du coran qu’ils distribuent est imprimée en Arabie Saoudite, et cela fait partie d’un plan global visant à apporter le livre aux gens. Il y a tout un département de la Ligue islamique mondiale qui ne s’occupe que de ça. Rien qu’en Allemagne, son but est de distribuer 30 millions d’exemplaires du coran.

Vous critiquez les autorités qui acceptent comme partenaires de dialogue les membres de réseaux que vous décrivez comme wahhabites-salafistes. Mais quelle serait l’alternative?

Le problème, c’est que l’islam organisé en Suisse, ce sont uniquement des représentants des mosquées, car ils sont les seuls à être politiquement organisés. Mais ils ne représentent que 12 à 15% des musulmans de Suisse. Les 85% qui ne vont pas à la mosquée ne sont simplement pas représentés. Dans notre Forum pour un islam progressiste, il y a des gens qui jeûnent, qui prient, donc qui pratiquent leur foi – mais qui n’iraient jamais dans une mosquée traditionnelle.

Vous nommez de nombreuses organisations dans votre livre – faudrait-il aussi les interdire?

Nous avons absolument besoin d’approches politiques nouvelles et crédibles face aux Etats qui soutiennent le salafisme et manifestement aussi les organisations terroristes, qui ont pour objectif d’islamiser les autres pays, et qui influencent aussi leur diaspora dans les autres pays. Nous devons repenser nos objectifs économiques et aussi créer de nouvelles conditions juridiques, pour éviter, par exemple, que n’importe quel Saoudien ou Koweitien puisse créer une fondation qui servira ensuite à transférer de l’argent en Suisse.

Dans votre livre, vous parlez d’une «infiltration rampante de notre société par les islamistes». Craignez-vous vraiment l’islamisation de l’Europe?

En partie, elle a déjà lieu. Il y a des quartiers dans des villes européennes, même à Stockholm, dans la très libérale et généreuse Suède, où la police n’entre plus. De telles zones de non-droit existent aussi en Belgique, aux Pays-Bas, en Angleterre, à Cologne ou à Berlin. Par «islamisation», j’entends le fait que des choses sont imposées à la société non islamique et que des quartiers entiers sont isolés. De telles structures sont mafieuses. Les mosquées, ou les soi-disant centres culturels n’y sont qu’une façade pour l’extérieur, et derrière, on trouve d’autres constructions, comme des fondations.

Pour finir, la question qui ne va pas vous plaire: comment vivez-vous votre foi?

C’est mon affaire personnelle. Et je ne parle pas de choses personnelles. Je prends cette liberté.

Enquête ouverte contre Abu Ramadan

Le prédicateur à la mosquée Ar-Rahman à Bienne est dans le viseur du parquet bernois. Citant un porte-parole de l'autorité, le quotidien alémanique «Blick» annonçait mercredi dernier que le Ministère public du canton de Berne avait ouvert une enquête préliminaire. Les faits seront examinés à l'aune du droit pénal.


Saïda Keller-Messahli
Née en 1957 en Tunisie, elle a passé une partie de son enfance à Grindelwald. Elle a étudié les langues romanes, la littérature anglaise et le cinéma à Zurich. Saïda Keller-Messahli est journaliste indépendante, activiste des droits de l’homme et présidente du Forum pour un islam progressiste. En 2016, elle a reçu le Prix de la Société internationale pour les droits de l'Homme. Son livre «Islamistische Drehscheibe Schweiz. Ein Blick hinter die Kulissen der Moscheen» («La Suisse, plaque tournante de l’islamisme, un regard dans les coulisses des mosquées») vient de paraître (en allemand) chez NZZ Libro, à Zurich.
(Keystone)


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 Tobias Graden

Bureaucratie européenne pour les polices suisses concernant les infos des jihadistes


Les réseaux jihadistes ne connaissent pas de frontières. Selon le «Tages-Anzeiger», plusieurs auteurs des attentats de Barcelone et Cambrils (Esp) sont par exemple passés par la Suisse. D’autres terroristes auraient aussi eu des contacts dans le pays. Or, l’échange de renseignements entre la Suisse et l’Europe coince toujours. L’accès au système d’information d’Europol est à sens unique. Si les enquêteurs suisses sont encouragés à fournir leurs résultats à la base de données, ils ne peuvent pas eux-mêmes y faire des recherches.

Les demandes helvétiques doivent en effet faire un détour bureaucratique par la représentation diplomatique aux Pays-Bas, plus précisément par l’attaché de police, qui doit lui-même transmettre la requête à des fonctionnaires européens. Ceux-ci récoltent alors les renseignements nécessaires pour le compte de la Suisse, avant de les transmettre à l’attaché de police qui les enverra à son tour aux enquêteurs.

Cette procédure retarde le travail des polices, explique le journal. «Un accès direct nous permettrait de mieux connaître les réseaux jihadistes», plaide la porte-parole de la Fedpol, Cathy Maret. La ministre Simonetta Sommaruga a déjà signalé à plusieurs reprises cette «lacune de sécurité» à l’Union européenne, mais le problème persiste, pour des questions de protection des données. La Suisse a pourtant un accès illimité à la base de données Schengen.

Le cas de l'assaillant de Turku (Fin) 

L'utilisation des mouvements de migration est une manière pour les djihadistes de gagner l'Europe. Pour ce faire, ils utilisent des faux papiers ou des documents de voyages falsifiés.

L'auteur présumé de l'attentat de Turku (Fin) avait déposé une demande d'asile à Chiasso en 2016. Ce Marocain, qui a poignardé deux femmes le 18 août dernier dans la ville finlandaise avait été enregistré par les gardes-frontières à Chiasso (TI) le 23 avril 2016. Mais il avait déposé une demande d'asile sous un faux nom.

Deux jours plus tard, il a disparu sans laisser de traces, ce qu'a reconnu la porte-parole de fedpol, confirmant une autre information des deux journaux. En Finlande, le jeune homme de 22 ans se faisait passer pour quelqu'un de 18 ans et vivait, sous un faux nom, dans un centre pour requérants. Auparavant, il avait séjourné en Allemagne.

ATS