Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 29 juillet 2026

Un vétéran d’une unité secrète de Tsahal inculpé d’espionnage pour Téhéran

 

Un civil israélien ayant servi au sein d’une unité secrète de Tsahal a été arrêté et inculpé pour espionnage au profit du régime iranien, ont annoncé mercredi les autorités israéliennes.

Dans un communiqué conjoint, la police israélienne, le ministère de la Défense et le Shin Bet ont indiqué que l’homme avait été inculpé le 16 juillet devant le tribunal de district de Tel Aviv pour « contact avec un agent étranger et tentative de transmission d’informations à l’ennemi ».

Selon l’enquête, cet homme, qui avait servi dans cette unité classifiée durant son service militaire puis dans la réserve, était en contact avec « un individu se présentant comme un agent des services de renseignement iraniens ».

Le suspect aurait par ailleurs été chargé, à un moment donné, de recruter un soldat « afin d’établir un contact avec ces agents [iraniens] », précise le communiqué.

Aucun détail supplémentaire n’a été communiqué sur la nature des informations que le suspect aurait transmises à son officier traitant iranien ni sur la date de son arrestation. L’unité au sein de laquelle il a servi n’est pas non plus précisée, ses activités demeurant classifiées.

Les autorités de sécurité israéliennes ont dit « réitérer leur mise en garde » aux civils contre tout contact avec « des acteurs étrangers issus d’États ennemis ou des individus non identifiés ».

Ces deux dernières années, plusieurs dizaines d’Israéliens, dont des soldats et des réservistes, ont été inculpés d’espionnage au profit du régime iranien. Dans nombre de ces affaires, les agents iraniens avaient recruté leurs cibles via les réseaux sociaux, en particulier sur Telegram, selon les autorités.

Au début du mois, un soldat qui effectuait son service obligatoire a été condamné à cinq ans de prison pour avoir mené des activités d’espionnage pour le compte de l’Iran, après avoir été reconnu coupable d’avoir été en contact avec un agent étranger et d’avoir transmis des informations susceptibles de profiter à l’ennemi.

Les responsables iraniens confient généralement à leurs recrues des tâches relativement banales au départ – actes de vandalisme ou prise de vue de lieux publics – qui tournent ensuite en infractions plus graves, parfois même violentes.

Le nombre croissant d’agents iraniens présumés a même poussé Israël à ouvrir une nouvelle aile de la prison Damon de Haïfa pour les personnes inculpées de tels chefs d’accusation d’espionnage. La plupart des affaires sont encore en cours d’examen par la justice.

fr.timesofisrael.com

Clayton confirmé comme directeur du renseignement américain

 

Le Sénat américain a officiellement confirmé Jay Clayton comme directeur du renseignement national, malgré les réserves de l’opposition démocrate qui craint que ce choix de Donald Trump ne l’aide à interférer dans les prochaines élections.

Le président américain l’a rapidement félicité sur sa plateforme Truth Social : « Jay est incroyable à tous points de vue, et il fera un travail spectaculaire comme directeur », a-t-il écrit.

La nomination de ce procureur a été approuvée mardi soir avec 51 voix pour et 47 contre, toutes démocrates.

Aux États-Unis, le poste de directeur du renseignement national (DNI) sert avant tout de coordinateur des différentes agences comme la CIA et la NSA, et présente un rapport quotidien au président.

Jay Clayton était procureur du district sud de New York depuis le printemps 2025, après avoir dirigé la puissante autorité des marchés boursiers (SEC) pendant le premier mandat de Donald Trump.

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, John Thune, a défendu son bilan comme procureur. « Il a supervisé les poursuites contre des terroristes et la rédaction de la mise en accusation contre Nicolas Maduro », a-t-il affirmé dans l’hémicycle, en référence au président vénézuélien poursuivi à New York depuis sa capture début janvier par les États-Unis.

John Thune a aussi accusé les démocrates de se livrer à « des jeux politiciens » en s’opposant au choix de Donald Trump.

Lors d’une audition mi-juillet devant une commission du Sénat, en vue de la confirmation de sa nomination, Jay Clayton avait fait face au feu nourri des membres démocrates, notamment au sujet du résultat de l’élection présidentielle de 2020.

À plusieurs reprises, ils lui ont en effet demandé qui avait remporté le scrutin, cherchant à savoir s’il allait contredire Donald Trump, qui ne cesse d’affirmer sans preuve avoir remporté l’élection face au démocrate Joe Biden.

Jay Clayton avait alors répété à plusieurs reprises que Joe Biden avait été « certifié » vainqueur, sans toutefois affirmer qu’il avait remporté l’élection.

À l’issue du vote de mardi, le sénateur démocrate Mark Warner, vice-président de la commission du renseignement, a dit qu’il était « ressorti de l’audition de confirmation avec de sérieux doutes sur sa volonté de résister aux pressions politiques ».

« J’espère sincèrement qu’il démontrera que ces inquiétudes sont infondées, car la communauté du renseignement mérite une direction plus stable que celle dont elle a bénéficié ces derniers mois », a déclaré M. Warner.

Pour un autre sénateur démocrate, Adam Schiff, les déclarations de M. Clayton « suggèrent que si le président veut que les agences de renseignement lui concoctent quelque chose pour justifier une ingérence dans les élections de mi-mandat, alors Jay Clayton n’aura pas le courage de lui faire face ».

La nomination de Jay Clayton en juin avait fait suite à une vive polémique après que Donald Trump eut désigné un proche allié, Bill Pulte, comme DNI par intérim, pour remplacer la démissionnaire Tulsi Gabbard.

À la tête d’une agence fédérale sur le logement, Bill Pulte avait en effet entamé des enquêtes contre plusieurs adversaires politiques du président républicain.

Dans ses dernières heures de son intérim, ce dernier a annoncé mardi avoir effectué « un cinquième et presque dernier tour de limogeages » au sein des bureaux du DNI — soit « une réduction d’environ 30 % des effectifs d’il y a quelques semaines », comme le lui avait demandé Donald Trump en le nommant.

ledevoir.com

Shell aurait fermé les yeux sur des oléoducs percés pour préserver ses profits

 

Les dirigeants de Shell savaient que des voleurs de pétrole perçaient ses oléoducs, mais ont refusé d'interrompre leur exploitation afin de préserver leurs bénéfices, affirment plusieurs ONG dans un rapport publié mercredi. Ce rapport, le dernier d'une longue série d'accusations de pollution visant les grandes compagnies pétrolières internationales au Nigeria, s'appuie sur des audits internes et des courriels rendus publics alors que Shell fait face à des poursuites engagées par des communautés locales du delta du Niger, région riche en pétrole mais marquée par une grande pauvreté.

«Une cause majeure de la pollution réside dans l'incapacité de Shell à assurer correctement l'entretien du vaste réseau de puits et d'oléoducs"exploité par sa filiale nigériane, la Shell Petroleum Development Company (SPDC)», indique le document. Selon Amnesty International et la coalition d'ONG, les dirigeants de Shell et de sa filiale étaient également conscients de l'ampleur des vols de pétrole, qui auraient été facilités en partie par des employés corrompus de la SPDC.

Le rapport cite une présentation interne de 2013 sur les oléoducs percés dans laquelle il est demandé: «Sommes-nous à l'aise de continuer à produire, en sachant que de nouveaux dommages environnementaux surviendront?» Devant les tribunaux, Shell a soutenu ne pas être responsable des agissements de ses filiales, dont la SPDC au Nigeria, qu'elle affirme fonctionner de manière indépendante.

Mais selon le rapport, cette présentation interne alertant sur la pollution liée aux vols de pétrole a été élaborée dans le cadre du «Project Madrid», auquel participaient de hauts responsables de la maison mère. Les gens vont dire: «Que fait Shell ? (...) L'entreprise avait la possibilité d'arrêter le pompage, mais elle a choisi de ne pas le faire. Elle a maintenant créé un monstre», a écrit un cadre, selon le rapport.

Dans les mains des puissants

Au final, l'entreprise a décidé de maintenir les oléoducs endommagés en fonctionnement «par intermittence», ne suspendant les opérations que lorsque la pollution dépassait un certain seuil, indique Amnesty International et la coalition dans le rapport. La découverte de pétrole dans le sud-est du Nigeria dans les années 1950 a fait du pays l'une des principales économies d'Afrique. Toutefois, une grande partie de cette richesse reste concentrée entre les mains d'une élite, dans une société fortement inégalitaire, marquée par des décennies de corruption.

Bien qu'en recul, les vols de pétrole et le raffinage clandestin persistent aujourd'hui. En réponse au rapport, Shell a estime que l'enquête «fait un usage sélectif des documents et de leurs citations d'une manière qui donne une impression trompeuse».

La plupart des grandes compagnies pétrolières ont abandonné leurs activités terrestres au Nigeria afin de se concentrer sur des exploitations offshore, jugés plus sûres. Des entreprises locales ont, pour l'essentiel, repris ces actifs pétroliers terrestres.

AFP

La Russie face à l’Arctique : des ambitions toujours intactes

 

Depuis le milieu des années 2000, la Russie ambitionne de devenir la première puissance militaire et économique dans l’océan Glacial Arctique. Avec une façade maritime équivalente à la moitié de l’océan Arctique, Moscou dispose de moyens militaires permanents stationnés de Mourmansk à Chukotka, ainsi que sur des bases aériennes dans l’archipel François-Joseph, sur Nouvelle-Zemble et dans l’archipel de Nouvelle-Sibérie. Certaines bases ont été construites récemment, alors que d’autres, datant de l’époque de l’URSS, ont été réhabilitées.

Territorialement parlant, la Russie revendique quasi la moitié du bassin arctique, délimité par une ligne droite allant du pôle Nord au détroit de Béring, longeant la dorsale de Mendeleïev, et croisant la dorsale de Lomonossov qui rattache le pôle au territoire russe. Jouissant d’une flotte de brise – glaces unique au monde, Moscou a fait de l’Arctique sa priorité afin de restaurer son rang de puissance de premier rang : le Kremlin applique à cet endroit une doctrine défensive faisant de l’Arctique un bastion qui lui permet de protéger ses moyens de dissuasion nucléaire dans la péninsule de Kola, ses mégaprojets miniers et d’extraction de gaz et de pétrole, ainsi que ses infrastructures le long de la route du Nord-Est. Enfin, c’est aussi un espace permettant à la Russie de projeter ses forces vers l’Arctique central, la mer de Béring et l’Atlantique nord.

Sur le plan économique, l’exploitation des ressources minières a toujours constitué un enjeu pour la Russie, accentué aujourd’hui par son économie très affaiblie par les sanctions internationales et qui résiste en grande partie grâce à la vente bon marché d’énergies fossiles à la Chine. Cet enjeu économique se double donc d’un enjeu de survie pour le régime Poutine.

Dans le contexte actuel, la guerre en Ukraine n’a pas altéré les ambitions russes dans la région, elle les a rendues plus urgentes. Moscou cherche donc à développer ses infrastructures et à renforcer sa capacité de projection, tout en se focalisant sur les opérations sous le seuil et en zone grise (seabed warfare, guerre électronique, provocations diverses). Mais, en pratique, ces ambitions restent dans le domaine du déclaratoire et se heurtent au principe de réalité, notamment l’entretien et l’extension des infrastructures portuaires qui se trouvent ralentis par les sanctions internationales. La Chine pourrait être un partenaire, mais elle vise une capacité à naviguer sans escale à travers l’Arctique, et non pas à moderniser les ports le long du corridor russe.

Sur le plan militaire, les sanctions internationales limitent la capacité de Moscou à fabriquer des armes de précision, et donc à les déployer dans la région arctique, alors que la flotte du Nord détient 20 % de cette capacité au sein de l’armée russe. Elles limitent également la capacité de régénérer les stocks, notamment de systèmes nécessitant des composants occidentaux, tels que le char T‑90 par exemple.

Des forces terrestres en piteux état

Concernant ses unités de mêlée, l’armée russe aligne deux brigades permanentes spécialisées dans le combat en milieu polaire, appartenant au district militaire de Leningrad et rattachées à la flotte du Nord, la plus volumineuse des quatre flottes de la marine russe. Comparativement aux autres brigades de fusiliers motorisés, leur effectif est nettement moindre (entre 1 400 et 2 000 hommes chacune) et elles disposent d’équipements et de véhicules spécifiques à la manœuvre en milieu polaire, tels que des motoneiges de différents types (ouvertes ou à cabine chauffée), des chenillettes TTM‑4902 (ressemblant aux VAC de notre 27e brigade d’infanterie de montagne) et des chenillés articulés DT‑10 et DT‑30. Les MT‑LBV et VMK, camions KamAZ et 4 × 4 Ural sont modifiés pour s’adapter aux températures extrêmes.

La 200e brigade séparée de fusiliers motorisés, créée en 1997, est devenue en 2011 la première des deux nouvelles brigades arctiques des forces terrestres russes. Basée dans l’oblast de Mourmansk, elle fut déployée en 2014 dans le Donbass avant de prendre part à l’invasion de l’Ukraine en février 2022, dans la zone de Kharkiv. Au début du mois de mars 2022, l’unité avait perdu deux groupes tactiques (BTG) ainsi que son bataillon d’artillerie lance – roquettes. Ces pertes ne furent que partiellement recomplétées en juillet 2022, à hauteur d’un BTG composé de réservistes, de troupes de défense côtière et de marins, tous d’un niveau de préparation relativement faible. À la fin de l’année 2022, la brigade avait perdu 40 % de ses effectifs et de ses véhicules, parmi lesquels des chars T‑80BVM et des transports de troupes MT‑LBV.

En juin 2025, la 200e brigade séparée fut reformée sous le nom de 71e division de fusiliers motorisés de la garde : passant de brigade à division, elle incarne l’importance croissante portée par le commandement de l’armée russe aux unités arctiques. Elle forme la composante arctique du district militaire de Leningrad aux côtés de la 80e brigade arctique, de la 61e brigade séparée d’infanterie de marine de la garde et d’éléments de défense côtière, ces unités relevant de la flotte du Nord d’un point de vue opérationnel. Créée en 2014, la 80e brigade arctique de fusiliers motorisés fut la deuxième unité de ce type, rejoignant la 200e brigade au sein du 14e corps d’armée de la flotte du Nord. Si ces deux unités appartiennent au même corps d’armée, la 200e brigade fait partie de l’armée de terre, tandis que la 80e brigade relève de la marine russe. Basée, elle aussi, dans l’oblast de Mourmansk, sa mission principale est de patrouiller le long de la frontière norvégienne et de protéger différentes infrastructures situées dans cette zone.

La 80e brigade arctique fut déployée en Ukraine en juin 2022, avec une affectation dans la région du Donbass. Tout comme la 200e brigade, elle fut déployée avec ses systèmes antiaériens Tor‑M2DT, montés sur châssis de DT‑30PM et spécifiques au combat arctique. Plusieurs d’entre eux ont été détruits ou mis hors service lors des différents déploiements de l’unité autour de Kharkiv, puis de Bakhmout, de Kherson et de Dnipro. La 80e brigade a également déployé des MT‑LBV, des DT‑10 et DT‑30 ainsi que des motoneiges TTM, dont un certain nombre, difficile à évaluer, ont été détruits ou perdus.

En 2023, ses éléments ont servi dans l’oblast de Kherson, où 80 % d’entre eux ont fini par être éliminés par l’armée ukrainienne, en particulier lors d’un engagement dans l’estuaire du Dniepr en avril 2024. D’un point de vue plus général, ce sont les forces terrestres de la flotte du Nord qui ont subi des pertes en Ukraine ; les composantes navale et aérienne n’ont pas été atteintes.

La composante navale de la flotte du Nord, à laquelle appartiennent aussi les unités amphibies (la 61e brigade séparée d’infanterie de marine, le 420e bataillon Spetsnaz de reconnaissance navale, ainsi que les 160e, 269e et 313e détachements séparés de contre-offensive sous – marine), est de facto spécialisée en combat arctique en fonction de sa zone d’affectation permanente.

La 61e brigade séparée d’infanterie de marine a également été déployée en Ukraine dès le début de l’invasion, son chef de corps ayant été tué début mars 2022 près de Kharkiv. L’unité a continué d’être engagée, notamment dans la région de Kherson, jusqu’en septembre 2025 alors que ses éléments étaient vus près de Dobropillie, dans la région de Pokrovsk. Il semble que l’unité, considérée comme l’une des mieux entraînées de l’armée russe, ait été déployée sur les points les plus difficiles du conflit, et rien n’indique qu’elle ait été retirée du champ de bataille à l’heure actuelle.

Enfin, les unités VDV (la 76e division d’assaut aéroportée de la garde ainsi que les 98e et 106e divisions parachutistes de la garde) comportent des éléments ayant suivi un entraînement et un aguerrissement au milieu arctique, mais ce ne sont pas des unités spécialisées à plein temps en combat polaire.

Les brise-glaces, indispensable appui à la mobilité

Unique au monde, car seule la Russie construit et utilise ce type de navire, la flotte russe de brise – glaces à propulsion nucléaire compte actuellement six bâtiments (deux de la classe Arktika, et quatre de la classe Arktika II), qui viennent s’ajouter aux 30 brise – glaces à propulsion diesel – électrique. Longs de 173 m pour un déplacement de 33 327 t, dotés d’un hélipad, les Arktika II sont des navires gigantesques dont la propulsion nucléaire leur permet de naviguer en continu sans ravitaillement pendant quatre ans, avec une puissance supérieure à une propulsion classique. Ils peuvent ouvrir des couloirs maritimes à travers une glace de plus de trois mètres d’épaisseur et même assurer certaines missions de transport. Le premier brise – glaces de la classe Arktika II (Projet 22220) est entré en service en 2020 pour entamer le remplacement progressif de la classe Arktika, qui datait de 1975. Ce qui en fait une flotte récente et de conception moderne, les trois derniers exemplaires devant entrer en service respectivement en 2026, en 2028 et en 2030.

Ensuite, la classe Leader (Projet 10510), actuellement en développement, viendra compléter la classe Arktika II avec un premier exemplaire lui aussi prévu pour 2030 : le Rossya. Long de 209 m pour un déplacement de 69 700 t (soit le double d’un Arktika II), le Rossya incarne la volonté russe de prendre une avance irrémédiable sur le contrôle de l’Arctique.

Enfin, la marine russe aligne elle aussi sa propre flotte de brise – glaces militaires. L’Ilya Muromets (Projet 21180), en service depuis fin 2017, mesure 85 m de long pour un déplacement de 6 000 t, avec une propulsion diesel – électrique. Il peut ouvrir la voie dans des glaces jusqu’à 1 m d’épaisseur et il est doté d’un hélipad. Le coût élevé de cette classe de brise – glaces a retardé le Projet 21180M, moins coûteux. Ce dernier comporte deux brise-glaces auxiliaires de 82 m de long pour un déplacement de 4 080 t, avec des capacités moindres. Le premier exemplaire est entré en service en juillet 2024 au sein de la flotte du Pacifique, le deuxième étant en chantier avec une livraison prévue en 2027 à la flotte du Nord.

Pour enfoncer le clou, Moscou ne se contente pas de ses brise – glaces pour prendre l’avantage sur ses compétiteurs. Le Projet 23550, lui aussi de conception récente, vient y ajouter un autre concept : les patrouilleurs polaires. L’Ivan Papanin, qui vient tout juste d’entrer en service, n’est autre qu’un brise-glace lance – missiles, long de 114 m pour un déplacement de 8 500 t, armé d’un canon de 76 mm et de huit missiles de croisière 3M54 Kalibr. Il est capable de briser une glace jusqu’à 1,80 m d’épaisseur et comporte un hélipad ainsi qu’un hangar pour un hélicoptère Ka‑27. Quatre exemplaires sont prévus pour constituer cette nouvelle classe de patrouilleurs.

Une remontée en puissance incertaine

La Russie tente de renforcer sa posture à travers l’installation de bases à la frontière finlandaise, par un rehaussement capacitaire (systèmes de défense aérienne, brise – glaces, navires et modernisation d’infrastructures existantes) ainsi que par l’accroissement du nombre d’exercices menés en zone polaire. Toutefois, une remontée en puissance dans ce secteur nécessiterait aussi la création de formations militaires supplémentaires (à hauteur de 50 000 hommes en ce qui concerne le seul district militaire de Leningrad). Le commandement aurait alors un dilemme : soit réaffecter des unités existantes stationnées ailleurs sur le territoire russe et les former au combat arctique, soit accroître le recrutement pour armer ce volume de force supplémentaire, sachant que l’actuel recrutement peine déjà à atteindre ses objectifs pour recompléter les pertes infligées par l’armée ukrainienne.

En théorie, recruter des personnels avec la perspective de les stationner dans l’Arctique semble plus facile que de les envoyer en Ukraine. Mais si les alliances (Chine, Corée du Nord, Iran) permettent de faire face aux besoins en munitions de base, la production de systèmes d’armes plus complexes souffre des sanctions internationales qui ont coupé l’approvisionnement en composants électroniques occidentaux. Or, pour installer de nouvelles unités en Arctique et être crédible, il faut produire les armements dont elles auront besoin. Les intentions peinent donc à être suivies d’actions concrètes et efficaces, et considérant le contexte actuel, rien ne porte à croire que la Russie va les concrétiser dans un proche avenir.

Emmanuel Vivenot

areion24.news

lundi 27 juillet 2026

La guerre de l’information iranienne fondée sur l’intelligence artificielle

 

La capacité du régime iranien à contrôler l’information au sujet de ses objectifs, tant en matière de politique intérieure qu’étrangère, est un facteur déterminant permettant d’expliquer sa survie face aux multiples mouvements de contestation qui se déroulent en Iran depuis plus d’une décennie.

Chaque fois que la pression intérieure sur les dirigeants iraniens s’accroit, le président iranien, le chef religieux et les Gardiens de la révolution réagissent en adoptant des mesures toujours plus draconiennes afin d’étouffer les manifestations publiques.

Les opérations iraniennes de guerre de l’information ont également permis d’accroitre considérablement l’influence de l’Iran au Moyen-Orient. La République islamique utilise notamment les activités de guerre de l’information fondées sur l’intelligence artificielle (IA) pour influencer Israël et ses alliés.

L’importance de l’IA pour le régime iranien

Alors que le rôle de l’IA dans la défense et la sécurité est débattu en Iran depuis au moins 2005, l’assassinat à distance, assisté par l’IA, du plus éminent scientifique nucléaire iranien, Mohsen Fakhrizadeh, par Israël en novembre 2020, a attiré l’attention des dirigeants iraniens sur l’importance stratégique de cette technologie. À l’époque, les Gardiens de la révolution (pasdarans) ont ouvertement reconnu le rôle de l’IA dans cet assassinat. Étant donné que le principal scientifique du programme nucléaire iranien bénéficiait d’un niveau de protection comparable à celui des dirigeants politiques iraniens, de nombreux Iraniens ont été convaincus de la pertinence de l’usage de l’IA pour leur défense et leur sécurité. En conséquence, le commandant en chef des forces armées iraniennes, le chef religieux Ali Khamenei (en fonction depuis 1989), a rapidement fixé l’objectif de faire de l’Iran l’un des dix pays les plus avancés au monde en matière d’IA.

Actuellement, l’IA est principalement considérée dans le pays comme un multiplicateur de capacités destiné à soutenir efficacement ses efforts de dissuasion, ses tactiques asymétriques et sa défense face aux menaces.

Comment l’Iran utilise-t-il les capacités de l’IA pour la défense et la sécurité ?

Depuis l’attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas contre Israël, Téhéran recourt de plus en plus à des applications fondées sur l’IA afin de renforcer l’efficacité de ses opérations visant ce pays. De la génération d’idées à des fins de propagande à l’identification de cibles et à la création de canaux de diffusion, en passant par la création de contenus, l’IA est exploitée par la République islamique à toutes les étapes de ses opérations de guerre de l’information. OpenAI a notamment informé le public que son service ChatGPT avait été utilisé par Téhéran pour générer de la propagande. De la même manière que de nombreux usagers privés utilisent des applications basées sur l’IA pour trouver de nouvelles idées de contenu, des fonctionnaires iraniens s’en servent pour produire de la propagande destinée aux sites internet officiels du pays ainsi que des messages sur les réseaux sociaux visant à influencer la population.

Si certaines opérations ont été menées en secret, comme des tentatives d’influence des élections américaines, Téhéran reconnait ouvertement utiliser l’IA à des fins de reconnaissance faciale pour cibler des citoyens ayant publié en ligne des contenus critiques à l’égard du régime. Bien que les objectifs de la guerre de l’information fondée sur l’IA soient multiples, trois d’entre eux apparaissent comme cruciaux pour le régime iranien : la gestion de son image, le contrôle de l’ensemble des flux d’information à l’échelle nationale et internationale, et la mise en œuvre d’une censure directe.

Gestion de l’image du régime

À travers la diffusion d’images de religieux éminents, du Guide de la révolution islamique — l’ayatollah Rouhollah Khomeyni (1902-1989, en fonction de 1979 à sa mort) —, ou de l’actuel Guide suprême Ali Khamenei, le régime iranien maintient en permanence les visages de la révolution islamique dans la conscience collective afin de projeter une image favorable du pouvoir. Le Guide suprême dispose de comptes officiels sur X en farsi, en anglais et en arabe, ainsi que d’une page Instagram. Le régime ne se limite pas à utiliser l’IA pour générer et diffuser du contenu en ligne sur ces comptes et plateformes : il encourage également une adoption plus large de ces technologies, notamment par les religieux, afin de les faire « paraitre plus progressistes ». Les moyens analogiques traditionnels de la guerre de l’information sont ainsi ouvertement combinés à des méthodes numériques et, désormais, à des outils fondés sur l’IA dans le cadre de campagnes d’influence. La guerre de l’information vise à rendre l’imagerie associée au régime omniprésente dans la vie civile iranienne, donnant l’impression d’un régime omniscient — un objectif rendu bien plus accessible grâce à l’automatisation permise par l’IA.

Contrôle de l’information et diffusion de la propagande

L’Iran utilise l’IA pour produire des messages soigneusement scénarisés, diffusés par un appareil de propagande efficace s’appuyant sur des canaux de distribution très diversifiés. Les médias traditionnels contrôlés par l’État demeurent des vecteurs centraux de la propagande du régime, ciblant en particulier les segments de la population ayant peu ou pas accès à l’information en ligne. Parallèlement, l’IA est employée pour générer du contenu sur les sites internet gouvernementaux diffusant des informations et une propagande approuvées par l’État. Elle permet également de traduire rapidement ces contenus dans de nombreuses langues, facilitant leur diffusion dans les pays occidentaux.

La censure active des contenus est essentielle au maintien de la stabilité du régime iranien, notamment face aux nombreuses manifestations auxquelles il se trouve confronté. Tous les types de contenus, quels que soient leurs formats — livres, films, œuvres d’art ou médias numériques — sont soumis à un strict contrôle. Les processus de surveillance, de filtrage et de modification des contenus sont désormais renforcés par l’IA. Le régime a fermé de nombreuses maisons d’édition et d’autres sources de publications, tandis que les journalistes font régulièrement l’objet d’interrogatoires, de surveillance et d’arrestations. L’IA a ainsi permis au régime iranien d’intensifier à la fois la répression numérique et les formes plus traditionnelles de coercition.

Une guerre de l’information

En décembre 2023, les services de diffusion en continu de la BBC, ainsi que de nombreuses autres chaines de télévision basées dans l’Union européenne, ont été interrompus au Canada, au Royaume-Uni et aux Émirats arabes unis. Les écrans des téléspectateurs se sont figés, laissant apparaitre un message de pirates informatiques en majuscules sur fond vert : « Nous n’avons pas d’autre choix que de pirater pour vous livrer ce message. »

À la place de leurs programmes habituels, les téléspectateurs ont vu apparaitre un présentateur inconnu diffusant des images extrêmement choquantes de ce qui semblait être des femmes et des enfants palestiniens tués par des membres des Forces de défense israéliennes (FDI) à Gaza, accompagnées d’un bandeau indiquant le nombre présumé de victimes palestiniennes. Ce qui semblait être un animateur d’émission d’information était en réalité un présentateur artificiel généré par l’IA. Les pirates d’un groupe connu sous le nom de Cotton Sandstorm, lié aux Gardiens de la révolution islamique, ont par la suite publié des vidéos sur des plateformes de médias sociaux telles que Telegram, expliquant comment ils avaient piraté les services de diffusion en ligne de chaines d’information afin de diffuser ce contenu généré artificiellement.

À leur insu, des téléspectateurs cherchant à s’informer auprès de sources médiatiques de confiance ont ainsi été exposés à des images animées, générées ou manipulées par l’IA. À l’instar des opérations russes, l’Iran a démontré sa capacité à mener des attaques de désinformation hautement sophistiquées fondées sur les hypertrucages, en piratant des sites d’information légitimes et en y diffusant des contenus générés par l’IA. Téhéran montre ainsi sa capacité à combiner des opérations traditionnelles de guerre de l’information avec des contenus générés par l’IA et des cyberopérations avancées.

Au-delà des hypertrucages, l’IA renforce l’ensemble des formes traditionnelles de guerre de l’information intérieure menées par le régime iranien. Elle est notamment utilisée pour faire respecter la suspension des droits des femmes et pour renforcer l’oppression sexiste. Les applications d’IA servent principalement à identifier des cibles par la reconnaissance faciale, la géolocalisation, l’analyse des données en ligne et d’autres formes de détection automatisée, en particulier pour repérer les femmes ne portant pas le hijab. Ces femmes, bien plus facilement identifiables qu’avec des moyens de surveillance traditionnels, sont ensuite contactées directement — parfois en temps réel — et menacées par le régime au moyen d’outils fondés sur l’IA. Depuis avril 2023, plus d’un million d’Iraniennes auraient ainsi été microciblées par des SMS menaçant de confisquer leur voiture après avoir été filmées sans hijab. L’IA est utilisée de cette manière pour réprimer toute expression de dissidence politique, en donnant l’impression que les yeux et la portée du régime sont partout.

Conclusion

Le régime iranien dispose de capacités étendues et de plus en plus performantes en matière de guerre de l’information, décuplées par les avancées technologiques dans ce domaine. La République islamique utilise désormais l’IA non seulement pour intimider et réprimer les dissidents à l’échelle nationale, mais aussi pour projeter et renforcer son influence régionale et internationale. Depuis 2009, lorsque le gouvernement a pris le contrôle de l’infrastructure nationale de communication en réponse à des manifestations de masse, l’Iran a développé des capacités de guerre de l’information d’un niveau sans précédent, aujourd’hui rendues plus rapides, moins couteuses et plus efficaces grâce à l’automatisation permise par l’IA. Si ces capacités restent principalement mobilisées pour étouffer la dissidence intérieure et consolider le contrôle autoritaire du régime à l’intérieur de ses frontières, elles sont de plus en plus utilisées pour cibler l’Occident, comme en témoignent les tentatives d’ingérence lors de l’élection américaine de l’automne 2024. Les opérations de guerre de l’information fondées sur l’IA menées par Téhéran ne visent plus uniquement Israël et les États-Unis, mais s’étendent désormais à d’autres pays occidentaux, dont le Canada.

Toutefois, bien qu’il soit désormais reconnu que la République islamique dispose de capacités sans précédent en matière de guerre de l’information, des interrogations subsistent quant à leur efficacité réelle, même avec les progrès de l’IA. Sur le plan intérieur, des millions d’Iraniens parviennent encore à contourner les mécanismes de censure, et la récurrence des manifestations de masse montre que les dissidents conservent une capacité notoire d’organisation et d’influence politique malgré la répression étatique. Cette résilience s’explique notamment par le fait que les jeunes générations iraniennes sont bien conscientes des usages de l’IA permettant de contourner les restrictions et les dispositifs de contrôle imposés par le gouvernement.

Note

(1) Ce texte est une version condensée du chapitre publié dans : Yann Breault, Pierre Jolicoeur, Pierre Pahlavi (dir.), L’Iran au cœur du grand jeu eurasiatique, Presses de l’Université du Québec, 2026, p. 71-87.

Pierre Jolicoeur

Anthony Seaboyer

areion24.news