La semaine passée, devant les députés de la commission de la Défense, le chef d’état-major de l’armée de l’Air & de l’Espace [CEMAAE], le général Jérôme Bellanger, a donné un petit aperçu de ce qui est en train de se passer en orbite.
«Dans l’espace, la Chine réalise une progression technologique continue, marquée par la multiplication des manœuvres de rapprochement complexes, jusqu’à démontrer sa capacité à ravitailler ses satellites ou à la désorbiter», a expliqué le CEMAAE. Quant à la Russie, a-t-il poursuivi, elle «multiplie les mises à poste de satellites chasseurs co-orbitaux, parfois équipés de sous-charges qu’ils peuvent larguer et récupérer».
Si le général Bellanger n’a pas donné de plus de détails sur ces manœuvres dites RPO [Rendez-vous and Proximity Operations], sans doute avait-il en tête le cas du satellite Iceye X-36 qui, doté d’un radar à synthèse d’ouverture [SAR] permettant d’observer une zone donnée quelles que soient les conditions météorologiques, fait l’objet d’une attention toute particulière de la part de la Russie depuis bientôt six mois.
Mis sur une orbite basse par SpaceX depuis la base de Vandenberg [Californie] en mars 2024, Iceye X-36 est un satellite commercial de la société finlandaise Iceye, immatriculé aux États-Unis. Il est utilisé pour fournir des renseignements aux forces ukrainiennes. D’où l’intérêt que lui porte la Russie.
Le 16 avril dernier, celle-ci a lancé une fusée Soyouz 2.1b à partir du cosmodrome de Plesetsk pour mettre en orbite une constellation de six satellites, numérotés Cosmos 2609 à Cosmos 2014. Ni leur nature, ni leur mission n’ont été précisées par Moscou.
Le mois suivant, selon le 18th Space Defense Squadron de l’US Space Force [USSF], cinq d’entre eux ont allumé simultanément leur moteur pour se regrouper autour d’Iceye X-36. Le satellite Cosmos 2609 serait même passé à environ 2,5 km de ce dernier. Aucun de ces engins n’ayant ensuite effectué de nouvelles manœuvres, la situation n’a plus évolué jusqu’au 30 septembre.
En effet, à partir de ce jour, Cosmos 2612 a effectué plusieurs changements d’orbite afin de synchroniser son altitude orbitale avec celle de l’Iceye X-36. Le 14 octobre, l’entreprise américaine de services de défense Integrity ISR a ainsi signalé que seulement 475 km séparaient l’engin russe du satellite d’Iceye.
Les jours suivants, Cosmos 2612 a réalisé de nouvelles manœuvres pour s’approcher d’abord à 1 km, puis à seulement 26 m d’Iceye X-36, selon les données du service de surveillance satellitemap.space, corroborées par les observations de l’astronome néerlandais Marco Langbroek.
«Le 17 octobre 2026, 18h15 UTC, [les deux satellites] se trouvent déjà à 1 ou 2 km l’un de l’autre, d’après les dernières données orbitales. Selon mes calculs, dans les prochaines heures – c’est-à-dire tôt le matin du 18 octobre -, Cosmos 2612 pourrait se rapprocher d’Iceye X36 à quelques mètres seulement», a-t-il en effet écrit sur son blog.
Une telle manœuvre ne peut évidemment pas être fortuite. Comme le souligne le Center for Strategic & International Studies [CSIS], le «passage d’un satellite en orbite basse sur une orbite coplanaire est inhabituel» car cela «exige une importante consommation de carburant – une ressource limitée à bord d’un satellite – et ne fait pas partie du profil de mission standard de la plupart des missions satellitaires».
En outre, poursuit-il, «un satellite en orbite coplanaire avec un autre est positionné pour se déplacer rapidement, avec une faible consommation de carburant supplémentaire, afin de mener des opérations de proximité». Certes, ces dernières peuvent avoir un but pacifique… mais seulement quand elles sont autorisées. Ce qui n’est pas le cas dans la situation d’Iceye X-36. Aussi, celle que vient de mener la Russie, craint le CSIS, peut laisser présager le «déploiement d’un arme spatiale cinétique ou non cinétique», voire se traduire par un accrochage délibéré.