En 2023, après une campagne d’essais en demi-teinte car comptant autant d’échecs que de succès, l’US Air Force fut à deux doigts de mettre un terme au développement de l’arme hypersonique AGM-183 ARRW [pour Air-Launched Rapid Response Weapon] pour mieux se concentrer sur le missile HACM [pour Hypersonic Attack Cruise Missile], propulsé par un statoréacteur à combustion supersonique.
D’ailleurs, le programme ARRW, confié à Lockheed Martin ne fit l’objet d’aucune demande de financement pour l’exercice fiscal 2025, même si un ultime essai, effectué quelques mois plus tôt, avait permis «d’acquérir des connaissances précieuses sur les capacités de cette technologie».
Pour rappel, celle-ci repose sur un propulseur qui, après avoir été libéré de son avion porteur, est censé donner à un planeur manœuvrant, appelé TBG [pour Tactical Boost Glide], une vitesse supérieure à Mach 5.
Finalement, en 2025, l’USAF fit savoir qu’elle avait changé d’avis et qu’elle allait relancer le développement de l’AGM-183A afin de ne pas se laisser «distancer par les capacités hypersoniques chinoises et russes». Pour cela, elle demanda une enveloppe de 1,8 milliard de dollars pour financer les programmes ARRW et HACM.
Depuis, le développement de l’AGM-183A a progressé : le 25 octobre, l’US Air Force a en effet annoncé qu’elle venait de notifier à Lockheed Martin un contrat de 694 millions de dollars pour lancer la production de cette arme hypersonique. Le nombre d’exemplaires qu’elle entend acquérir et le calendrier des livraisons n’ont pas été précisés pour des impératifs de sécurité opérationnelle.
«Il s’agit d’un tournant dans notre feuille de route pour les armements avancés», s’est félicité Troy Meink, le secrétaire à l’US Air Force. «En faisant passer l’ARRW des essais à la production, nous fournissons à nos forces armées une arme […] capable de pénétrer les systèmes de déni d’accès et de zone les plus sophistiqués», a-t-il ajouté.
Pour le chef d’état-major de l’US Air Force, le général Ken Wilsbach, l’AGM-183A va «offrir aux forces interarmées une option de réponse flexible et rapide dans des environnements hautement contestés».
Une nouvelle version de l’AGM-183A, appelée «Increment 2», est en cours de développement. Le communiqué de l’US Air Force ne précise pas non plus si c’est cette dernière qui a fait l’objet de cette commande.
Selon le site spécialisé The War Zone, l’AGM-183A «Increment 2» serait capable d’engager des cibles en mouvement, comme, par exemple, des navires. Et cela grâce à un autodirecteur terminal qui, associé à une liaison de données permettant de corriger les coordonnées de la cible en vol, devra être assez résistant pour fonctionner malgré la chaleur extrême engendrée par un vol hypersonique.
En raison de sa masse imposante [plus de 2 200 kg, ndlr], l’AGM-183A ne peut être mis en œuvre que par des bombardiers stratégiques B-52H «Stratofortress» et B-1 Lancer.