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dimanche 20 septembre 2026

Les Houthis portent la guerre jusqu’à Riyad

 

La première attaque contre Riyad depuis la reprise des hostilités entre l’Arabie saoudite et les Houthis marque un nouveau seuil. En frappant au cœur du royaume et en menaçant ses infrastructures pétrolières, le mouvement yéménite pro-iranien étend une guerre dont les répercussions touchent désormais directement la sécurité énergétique mondiale.

Les explosions entendues samedi 19 septembre à Riyad ont rappelé à l’Arabie saoudite une vulnérabilité que plusieurs années d’accalmie avaient contribué à reléguer au second plan. La coalition dirigée par le royaume a confirmé qu’un missile balistique tiré par les Houthis avait visé la capitale avant d’être intercepté. Près de l’aéroport international King Khalid, des flammes et une importante fumée noire ont été observées autour d’un dépôt de carburant où un réservoir portant le logo de Saudi Aramco a pris feu. Les Houthis ont revendiqué des frappes menées à l’aide de missiles et de drones contre des « sites sensibles » à Riyad ainsi que contre des installations pétrolières à Yanbu. L’étendue exacte des dégâts revendiqués par le mouvement n’a pas pu être vérifiée indépendamment.

Le symbole est important. Riyad n’avait plus été directement menacée depuis la reprise, en juillet, des affrontements opposant les Houthis au royaume. Jusqu’à présent, leurs attaques avaient surtout concerné le sud saoudien, les installations énergétiques et les axes maritimes. Porter de nouveau la menace sur la capitale revient à démontrer que la profondeur stratégique du territoire saoudien peut être atteinte malgré les systèmes de défense aérienne déployés par le royaume.

Washington mesure manifestement le risque. Le département d’État américain a averti ses ressortissants que le conflit pouvait connaître une « escalade rapide ». Donald Trump, qui devait passer le week-end à Camp David, est rentré samedi soir à Washington sans que la Maison Blanche fournisse d’explication à ce changement de programme. Rien ne permet donc d’établir publiquement un lien direct entre ce retour anticipé et les événements en Arabie saoudite, mais leur concomitance intervient dans une phase de forte tension régionale.

Riyad pris entre le Yémen et les routes du pétrole

La portée de l’offensive houthie ne se mesure toutefois plus uniquement à la distance parcourue par ses missiles. Depuis plusieurs semaines, le mouvement a considérablement renforcé ses positions dans l’ouest du Yémen. Ses forces ont progressé sur la côte de la mer Rouge, se sont emparées de territoires stratégiques et ont étendu leur présence autour du détroit de Bab el-Mandeb, l’un des passages essentiels reliant l’océan Indien à la mer Rouge et au canal de Suez. Reuters a notamment fait état de la prise de Mokha et de l’île de Mayyun, ou Perim, située au milieu du détroit.

Cette avancée transforme la nature du rapport de force avec Riyad. L’Arabie saoudite doit désormais protéger simultanément ses villes, ses infrastructures énergétiques et ses débouchés maritimes. Yanbu joue à cet égard un rôle particulièrement sensible. Le port de la mer Rouge est le débouché occidental de l’oléoduc Est Ouest qui permet au brut saoudien d’éviter le détroit d’Ormuz. Or cette infrastructure a elle-même été perturbée par des attaques récentes, réduisant la marge de manœuvre du royaume au moment même où le trafic maritime régional devient plus risqué. Reuters estimait récemment que l’arrêt de cet axe pouvait affecter jusqu’à 4 % de l’offre pétrolière mondiale.

La conséquence est déjà visible sur les marchés. Le Brent a dépassé les 100 dollars le baril au cours des derniers jours, tandis que les coûts du transport maritime et de l’assurance augmentent à mesure que se cumulent les risques autour d’Ormuz et de Bab el-Mandeb.

Le coût humain augmente parallèlement. L’Organisation internationale pour les migrations recensait, au 18 septembre, plus de 112 000 personnes déplacées à l’intérieur du Yémen, dont plus de 100 000 en une dizaine de jours, ainsi que près de 3 000 personnes ayant fui vers Djibouti.

Une guerre yéménite redevenue régionale

La nouvelle phase du conflit place aussi Washington devant un choix délicat. L’Arabie saoudite reste un partenaire stratégique majeur des États-Unis et un acteur central du marché pétrolier. Mais l’administration Trump s’est jusqu’à présent gardée d’entrer directement dans la confrontation entre Riyad et les Houthis. Selon Reuters, Mohammed ben Salmane avait sollicité une aide militaire américaine après les dernières avancées du mouvement yéménite. Washington n’a pas accepté de participer directement aux frappes, tout en maintenant une coopération en matière de renseignement et d’identification des cibles.

Cette retenue illustre la difficulté américaine à empêcher l’élargissement du conflit sans ouvrir un front supplémentaire. Les Houthis sont soutenus depuis des années par l’Iran, mais disposent également de leur propre agenda politique et militaire au Yémen. Les réduire à un simple relais de Téhéran ne suffit donc pas à expliquer leur capacité de résistance ni les gains territoriaux réalisés depuis le début de septembre.

Le mouvement cherche désormais à convertir ses succès militaires en capacité de pression régionale. En menaçant Riyad, Yanbu et les routes de navigation, il agit sur plusieurs niveaux à la fois : sécurité intérieure saoudienne, exportations énergétiques, trafic maritime et coût économique du conflit.

Pour l’Arabie saoudite, qui avait consacré plusieurs années à réduire son exposition directe à la guerre du Yémen, le retour des missiles au-dessus de Riyad constitue ainsi moins un épisode isolé qu’un changement d’échelle. Pour Washington, l’avertissement sur une possible « escalade rapide » traduit la même inquiétude : une guerre longtemps circonscrite au territoire yéménite est de nouveau susceptible de se confondre avec la confrontation régionale plus large autour de l’Iran, tout en touchant l’un des centres névralgiques de l’économie mondiale.

mondafrique.com