Selon le président des États-Unis, Donald Trump (depuis janvier 2025), le golfe du Mexique doit s’appeler « d’Amérique », une dénomination que les administrations américaines et des compagnies comme Google ont adoptée, mais qui a été rejetée par l’ONU et les autres riverains de cet espace maritime. Cette décision met en lumière la géopolitique d’une mer semi-fermée, traversée par des enjeux stratégiques et environnementaux.
Le golfe du Mexique se présente comme une profonde baie d’environ 1 720 kilomètres dans sa plus grande largeur, occupant une surface totale de 1,5 million de kilomètres carrés. Mer marginale de l’Atlantique en bordure du système caraïbe, il baigne les côtes des États-Unis (Texas, Louisiane, Mississippi, Alabama, Floride) et du Mexique (Tamaulipas, Veracruz, Tabasco, Campeche, Yucatán, Quintana Roo). C’est une mer semi-fermée dont l’issue sud est partiellement barrée par l’île de Cuba, et qui communique avec la mer des Caraïbes à travers deux détroits d’importance régionale : du Yucatán et de Floride. Cet espace maritime est donc partagé entre trois souverainetés : américaine, mexicaine et cubaine.
L’enjeu des ressources
L’importance du golfe du Mexique tient à ses ressources économiques, en premier lieu la pêche (huîtres, crevettes, thons). Mais ce sont surtout les réserves de pétrole qui suscitent les convoitises : exploitées essentiellement en offshore, avec 175 plates-formes actives au large du Texas et de la côte est du Mexique, elles contribuent à la puissance pétrolière des États-Unis (premier producteur mondial en 2024) et, dans une moindre mesure, à celle du Mexique (12e). Les ports de Houston et de la Louisiane du Sud comptent parmi les grands pôles maritimes de la région, dotés de vastes terminaux pétroliers et d’une industrie pétrochimique développée, tandis que Veracruz et Tampico constituent les principales interfaces portuaires mexicaines. Enfin, cet espace attire de nombreux visiteurs, charmés par le tourisme balnéaire de la Floride ou de la péninsule du Yucatán.
Mais la position stratégique du golfe, le long de la fracture économique entre l’Amérique du Nord et l’Amérique centrale, et à proximité des Antilles, en a aussi fait une importante plaque tournante de la « mondialisation grise ». Les Caraïbes sont traversées par de multiples flux illicites, en particulier d’armes et de drogues, et le golfe du Mexique se trouve sur l’une des routes majeures du trafic des stupéfiants, qui transitent ici entre les pays producteurs du sud du continent et le premier marché de consommation de la planète, les États-Unis. À l’origine d’un niveau de violence élevé et de défis sécuritaires de grande ampleur, cette situation est perçue par Washington comme une affaire intérieure, n’hésitant pas à intervenir militairement et à s’ingérer dans la vie politique de ses voisins.
Ces facteurs contribuent à l’importance géostratégique de la région et permettent de comprendre les tensions croissantes qui s’y nouent. Si une grande portion de la frontière maritime entre les États-Unis et le Mexique est fixée, notamment par l’accord bilatéral de 2000 (entré en vigueur en 2021) sur la délimitation du plateau continental étendu au-delà de 200 milles marins dans la partie occidentale du golfe, certaines portions ne le sont pas encore officiellement. Et les traités conclus en 2017 par Washington avec La Havane d’une part et Mexico d’autre part restent pour le moment en suspens. De même, bien que la modification toponymique opérée par Donald Trump n’ait pas de valeur juridique, elle incarne un symbole important, s’inscrivant dans le cadre d’une diplomatie américaine néo-impérialiste. Cette décision a d’ailleurs suscité l’opposition de la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum (depuis 2024), qui a lancé des poursuites au nom de son pays contre Google en mai 2025.
Ces tensions sont d’autant plus problématiques que le golfe du Mexique est confronté à de nombreux défis environnementaux, dont le caractère par définition transnational appellerait des réponses communes. L’exploitation des hydrocarbures est risquée, comme l’a mis en évidence l’explosion, en avril 2010, de la plate-forme de BP « Deepwater Horizon », à l’origine du déversement de l’équivalent de 4,9 millions de barils – la pire marée noire jamais enregistrée aux États-Unis – à proximité du fragile delta du Mississippi.
La région est aussi exposée aux cyclones : c’est ici que se forment ou grossissent les ouragans parfois dévastateurs qui frappent le sud des États-Unis, comme Katrina en 2005, ou le Yucatán. S’il existe des formes de collaboration, tel l’accord nord-américain de coopération dans le domaine de l’environnement, entré en vigueur en 1994, celles-ci risquent d’être fragilisées par une dégradation des relations entre les voisins. Les défis environnementaux sont considérables : le golfe joue un rôle majeur dans les équilibres climatiques mondiaux en étant le point de départ du Gulf Stream. Et la mer, dont le niveau s’élève trois fois plus vite que la moyenne planétaire, menace les côtes et leurs habitants.
Géographie du golfe du Mexique
Clara Loïzzo
Clément Mellet
