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samedi 5 septembre 2026

L’Allemagne attribue à la Russie la responsabilité de l’attaque manquée contre l’aéroport de Leipzig

 

Les actions relevant des opérations dites «hybrides» se définissent, entre autres, par le fait qu’il est généralement difficile de désigner avec certitude leur commanditaire dans la mesure où, généralement, celui-ci fait appel à des mandataires, stipendiés ou non. C’est par exemple le cas des attaques informatiques, certains groupes de cybercriminels étant liés, indirectement ou non, à des États.

Pour autant, les services d’un pays ciblé peuvent avoir de solides soupçons, fondés sur un mode opératoire propre à des officines étatiques et/ou sur un faisceau d’indices. Il revient alors aux autorités politiques d’attribuer publiquement [ou pas] la responsabilité de telle ou telle action à un pays tiers. C’est ce que vient de faire l’Allemagne après une attaque manquée contre un avion gros porteur An-124 à l’aéroport de Leipzig/Halle, lequel sert de plaque tournante pour les livraisons d’armes à l’Ukraine.

Pour rappel, le 4 août, un drone de type quadricoptère, doté d’une charge explosive comprenant du Semtex et du PETN, a été retrouvé près d’un An-124 qui, arrivé de France, venait de décharger une cargaison de munitions. Le même jour, en provenance de Marseille, un B-757 d’European Air Transport Leipzig a été percuté par un autre drone – non piégé – alors qu’il venait d’interrompre sa procédure d’atterrissage, suite à la fermeture temporaire de l’aéroport.

Plus tard, les enquêteurs de l’Office fédéral de la police criminelle [BKA] ont expliqué que le drone découvert au pied de l’An-124 était aussi équipé de deux cartes SIM et d’un routeur 5G, associés à une antenne installée à proximité de l’aéroport de Leipzig. Et d’expliquer que le pire a été évité grâce à un détonateur défectueux.

Puis, le 14 août, un troisième drone, avec 50 grammes d’explosif RDX, a été trouvé dans un champ de la localité de Kabelsketal, laquelle jouxte la partie occidentale de l’aéroport de Leipzig.

Pour résumer, des drones peu coûteux et des substances explosives de qualité militaire ont donc été utilisés contre une cible de premier ordre, vraisemblablement par des personnes recrutées localement.

«L’Allemagne est davantage une cible d’attaques hybrides » dont les auteurs agissent avec une brutalité croissante, avait alors commenté Friedrich Merz, le chancelier allemand. Et d’insister : « Ils acceptent de plus en plus de causer d’importants dégâts matériels, voire des blessures et des morts, sans le moindre scrupule ».

Cela étant, ce n’est curieusement pas M. Merz qui a attribué la responsabilité de cette attaque manquée à la Russie mais le ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, et celui des Affaires étrangères, Johannes Wadephul.

«L’ensemble des investigations policières, le mode opératoire et les informations recueillies par les services de renseignement démontrent la responsabilité de la Russie dans la tentative d’attentat à l’aéroport de Leipzig», a ainsi affirmé M. Dobrindt. «Le gouvernement fédéral conclut donc que la Russie est responsable de l’attaque hybride perpétrée à Leipzig le 4 août», a-t-il ajouté.

Cette accusation a été accompagnée de trois mesures diplomatiques : la fermeture du consulat de Russie à Bonn d’ici le 18 septembre, la résiliation du bail de la Maison russe de la science et de la culture qui, située dans le centre de Berlin, est soupçonnée de servir de couverture à des activités du renseignement russe, et le renforcement des restrictions et des contrôles à l’immigration pour les ressortissants russes.

L’ambassadeur de Russie en Allemagne est immédiatement monté au créneau en dénonçant une affaire «montée de toutes pièces» et des «allégations absurdes». De son côté, le chef du Kremlin, Vladimir Poutine, a qualifié les décisions allemandes de «grave erreur» et accusé Berlin de «falsifier des preuves pour détourner l’attention des difficultés politiques intérieures et de la faible popularité du chancelier Merz».

Quoi qu’il en soit, alors que la décision de Berlin d’attribuer à la Russie la responsabilité de l’attaque manquée à Leipzig était annoncée depuis quelques jours, la sous-station électrique de Turnow-Preilack, située à près de la centrale thermique de Jänschwalde, a été visée par des engins incendiaires, ce qui a motivé l’ouverture d’une enquête pour terrorisme.

La centrale de Jänschwalde est une infrastructure critique majeure dans la mesure où elle alimente plusieurs millions de foyers allemands en électricité.

«Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d’une explosion à l’aide d’explosifs et de destruction d’équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d’une organisation terroriste a également été ouverte», ont indiqué les autorités du Land de Brandebourg.

Par ailleurs, ce 2 septembre, des inconnus ont tenté de provoquer un court-circuit dans un poste électrique de l’opérateur Amprion, à Bergheim [Rhénanie-du-Nord-Westphalie].

Si la piste de sabotages commandités par un État étranger n’est évidemment pas écartées, les autorités allemandes évoquent l’hypothèse d’actes commis par des groupuscules d’extrême-gauche qui, ces derniers temps, ont retrouvé la vigueur qui était la leur à l’époque de la Guerre froide. D’autant plus qu’il y a des précédents, comme l’incendie criminel d’une installation électrique ayant plongé plus de 100 000 Berlinois dans le noir, le 3 janvier. Cet acte avait été revendiqué par le groupe «Vulkangruppe» ayant revendiqué l’incendie criminel d’infrastructures électriques.

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