En mai dernier, un comptable zurichois avait été condamné à la prison avec sursis pour avoir vendu à des agents russes des dispositifs chimiques pouvant servir à la fabrication d'armes de destruction massive. La transaction s'était déroulée dans le parking d'une Migros bâloise. Vendredi, le Tribunal pénal fédéral se penchera sur un autre trafic ayant pour décor un parking de l'enseigne orange, cette fois à Köniz (BE).
C'est là que des espions sous couverture diplomatique auraient acquis 38'000 cartouches, dont une bonne partie destinées à des tireurs d'élite. Du matériel potentiellement utile pour des assassinats ciblés, rappelle la «SonntagsZeitung». Fedpol a pu reconstituer 22 livraisons de 2014 à 2024, qui se seraient intensifiées depuis 2022, date de l'invasion de l'Ukraine.
Des «chasseurs»?
L'armurier, âgé aujourd'hui de 80 ans, comparaîtra en procédure accélérée pour violations graves de la loi sur le matériel de guerre et infractions à la loi sur le contrôle des marchandises et à la loi sur les armes. Il reconnaît les faits et a accepté la peine de 14 mois de prison avec sursis, assortie d'une amende de 5000 francs et de 28'000 francs de dommages et intérêts.
Contacté par les journalistes, l'homme a assuré qu'il croyait avoir eu affaire à un diplomate intéressé par la chasse. Pourquoi faire affaire dans un parking plutôt qu'au magasin? Parce que c'était «pratique», assure-t-il. Les acheteurs ont été identifiés comme des agents du GRU, le service de renseignement militaire russe. Ils étaient employés comme personnel administratif et technique de la mission commerciale de Russie, installée près de la gare de Berne. Visés par des poursuites pénales, ils auraient quitté la Suisse depuis belle lurette.
Arnaud Gallay