Depuis 2014, grâce à l’impulsion donnée par le gouvernement de Shinzo Abe, la base industrielle et technologique de défense [BITD] japonaise s’émancipe peu à peu des règles qui lui avaient été posées après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Jusqu’alors limitée au marché domestique, elle tend désormais à être de plus en plus active à l’exportation, comme en témoigne le contrat qu’ a récemment obtenu Mitsubishi Heavy Industries pour construire onze frégates de type Mogami au profit de la Royal Australian Navy. En outre, elle participe désormais à des coopérations internationales, comme le Global Combat Air Programme [GCAP].
D’ailleurs, dans son rapport annuel qu’il a publié cette semaine, le ministère japonais de la Défense a préconisé un renforcement de l’industrie locale de l’armement et plaidé en faveur d’un effort accru en matière d’exportation d’équipements militaires. Et cela alors que, deux semaines plus tôt, le gouvernement de Sanae Takaichi avait adopté un «plan d’orientation économique» appelant à une «transformation des capacités de défense d’ici cinq ans».
«Le Japon doit avant tout renforcer son pouvoir diplomatique, consolider de manière proactive sa puissance de défense et, parallèlement, intégrer de manière organique ses capacités diplomatiques, de défense, économiques, technologiques, de renseignement et en matière de ressources humaines», indique ce document, selon un compte rendu du quotidien L’Opinion.
Pour la défense nippone, sept domaines sont prioritaires pour renforcer sa dissuasion, à savoir la frappe à longue portée, la défense aérienne et antimissile, les drones, le spatial, les systèmes de commandement et de contrôle, les armes à énergie dirigée et les missiles hypersoniques. L’un d’eux est-il susceptible d’intéresser la Suisse ?
En effet, le 7 août, l’Office fédéral de l’armement [Armasuisse] a fait savoir que son directeur, Urs Loher, venait d’effectuer un déplacement de trois jours au Japon pour évoquer de «possibles coopérations futures en matière d’armement».
Lors de son séjour, M. Loher a notamment eu des échanges avec l’ATLA [Acquisition, Technology and Logistics Agency], l’agence de l’armement du ministère japonais de la Défense et rencontré plusieurs entreprises locales, dont Mitsubishi Electric, Blue Innovation Co. Ltd, AirKamuy et Solafune.
Ces «visites ont […] été l’occasion de discussions sur une possible coopération, tout particulièrement dans le contexte de la stratégie en matière de politique d’armement du Conseil fédéral, qui vise notamment à intensifier également les futures coopérations d’armement avec des États démocratiques hors Europe, comme par exemple l’espace Asie-Pacifique», a expliqué Armasuisse.
Reste à voir quels pourraient être les domaines susceptibles de donner lieu à une coopération entre le Japon et la Suisse. Les activités des industriels rencontrés par M. Loher donnent des indices. Ainsi, spécialiste de l’électronique de défense, Mitsubishi Electric propose des solutions en matière de lutte antidrone tandis que Blue Innovation Co. Ltd s’intéresse à la robotique militaire, comme AirKamuy, qui développe notamment des drones aériens. Enfin, Solafune développe des plateformes dédiées à l’analyse du renseignement.