La Canadienne récemment arrêtée par les autorités belges pour suspicion d'espionnage semble avoir déjà travaillé pour des organisations canadiennes avant de s'installer en Belgique, où elle effectuait un stage à l’OTAN, selon une enquête de CBC News qui a permis de l’identifier.
Il s’agirait de Biwei Zhang, une ingénieure système ayant une formation en économie, dont le CV en ligne indique qu'elle a auparavant travaillé pour l'Agence spatiale canadienne et Statistique Canada. Les profils publics et professionnels de Mme Zhang correspondent aux informations fournies par les procureurs belges.
Avant son arrestation, elle était stagiaire au Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE), le quartier général militaire de l'OTAN à Mons, en Belgique, qui emploie plusieurs milliers de personnes.
Le domicile et le lieu de travail de la suspecte, au SHAPE, ont été perquisitionnés la semaine dernière, selon un communiqué du parquet fédéral belge. Elle aurait été arrêtée le lendemain pour espionnage et participation à une organisation criminelle.
Les autorités judiciaires belges n'ont pas confirmé l'identité de la personne soupçonnée d'espionnage ni celle de son avocat, déclarant à CBC News qu'elles ne divulguent jamais l'identité des personnes soupçonnées dans des enquêtes en cours, une approche conforme à son respect de la présomption d'innocence, qui doit être garantie en toutes circonstances.
Cependant, en utilisant des techniques d'enquête en sources ouvertes, CBC a fait correspondre la description des autorités belges avec des informations permettant d'identifier Mme Zhang sur ses profils LinkedIn, Facebook et Threads, ainsi que dans son mémoire de maîtrise et une autre affaire portée devant un tribunal fédéral.
Bien que Biwei Zhang semble être son nom légal, elle utilise le nom de Claire Zhang professionnellement et se fait appeler Catina Zhang sur son profil Facebook.
Stages dans des institutions européennes
Dans des messages publiés sur deux groupes Facebook distincts en juillet 2025, Mme Zhang a indiqué qu'elle cherchait une chambre à louer à Mons pour son stage. Elle avait également cherché un logement à Genève en 2023, juste avant un stage à l'Organisation mondiale du commerce – des dates qui correspondent à son expérience professionnelle mentionnée sur son profil LinkedIn.
Ces détails correspondent également aux informations publiées par Reuters en début de semaine, qui identifiaient la femme comme étant Claire Z. Une source a indiqué à Reuters qu'elle travaillait au sein du département informatique de SHAPE, ce qui concorde avec la formation de Mme Zhang en informatique et en ingénierie des systèmes, domaine dans lequel elle a obtenu une maîtrise à l'Université d'Ottawa en 2022.
La source la décrivait également comme non étudiante et dans la trentaine, informations correspondant au profil professionnel de Biwei Zhang. Son nom d'utilisateur Facebook, biwei.zhang.93, laisse entendre également qu'elle serait née en 1993, ce qui lui donnerait 32 ou 33 ans.
Au moment de publier, elle n’avait pas répondu aux questions de CBC news.
Les autorités belges indiquent que l'espionne présumée restera en détention provisoire pendant au moins un mois supplémentaire, le temps que l'enquête se poursuive. Mme Zhang a fait appel de cette décision.
Inquiétudes à Ottawa
Cette affaire soulève des inquiétudes quant à l'efficacité des processus de vérification de sécurité du Canada, incitant le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, à s'engager à enquêter pour savoir si la personne en question a bien travaillé pour des agences canadiennes.
Au final, nous devons aller au fond des choses et veiller à ce que ce genre d'incidents ne se reproduise plus à l'avenir, a déclaré M. Anandasangaree.
Selon son profil LinkedIn, Biwei Zhang a occupé divers postes au sein d'agences fédérales, dont :
- scientifique des données au Conseil national de recherches du Canada en 2017;
- économiste à Statistique Canada d'avril 2018 à octobre 2022;
- ingénieure système à l'Agence spatiale canadienne (ASC) à partir de mai 2022.
Elle mentionne également une expérience comme analyste politique pour l'Agence spatiale européenne et la division de recherche économique et de statistiques de l'Organisation mondiale du commerce, ainsi que des postes au sein de comités miroirs du Conseil canadien des normes, une société d'État qui agit comme la voix du Canada en matière de normes et d'accréditation sur la scène internationale.
Dans un communiqué envoyé par courriel, l'Agence spatiale européenne a déclaré qu'elle appliquait des procédures de sélection standard pour les postes qui ne nécessitent pas d'habilitation de sécurité et qu'elle s'appuyait sur l'autorité de sécurité nationale compétente [pour] mener un processus de vérification complet de la personne concernée lorsque des informations classifiées sont impliquées.
De son côté, l’Agence spatiale canadienne n’a pas répondu à CBC News avant la publication.
Un porte-parole d'Affaires mondiales Canada a déclaré à CBC News que le gouvernement canadien prend la décision finale d'accorder, de refuser ou de révoquer les habilitations de sécurité pour les Canadiens qui souhaitent occuper des postes au sein d'organisations internationales, y compris l'OTAN, à la suite des évaluations de sécurité du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).
Affaires mondiales Canada a refusé de commenter ce cas précis, car il fait l'objet d'une enquête en cours.
En 2024, Mme Zhang avait également contesté judiciairement une décision de la Commission de la fonction publique du Canada concluant qu'elle avait commis une fraude en postulant sous deux noms et adresses électroniques différents pour un poste à l'Agence des services frontaliers du Canada et en omettant par la suite de préciser qu'elle avait soumis plusieurs candidatures. Un juge fédéral a rejeté l'affaire en août 2024.
Le poste de stagiaire, cheval de Troie des espions
Dan Stanton, ancien agent de renseignements du SCRS, a déclaré à CBC News que, même s'il n'a pas de connaissance directe du dossier, il comprend pourquoi l'OTAN s'inquiète d'éventuelles failles de sécurité.
Il affirme que les stages constituent une excellente porte d'entrée qu'il compare à un talon d'Achille pour une organisation comme l'OTAN.
La plupart des plus grands secrets d'espionnage ne résultent pas du vol de fichiers ou de l'accès à des bases de données. Il s'agit de conversations, d'informations entendues, explique M. Stanton, qui est désormais directeur du programme de sécurité nationale à l'Institut de perfectionnement professionnel de l'Université d'Ottawa.
L’ancien espion considère néanmoins l’enquête contre Mme Zhang comme une bonne nouvelle. Dans le monde du contre-espionnage, ce genre de choses arrive, a-t-il déclaré, c’est la preuve que nos processus fonctionnent.