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mercredi 24 juin 2026

Sahel : les mercenaires, une fausse solution contre le terrorisme

 

Face aux immenses défis du combat contre l’hydre terroriste au Sahel, des États ainsi que leurs alliés engagent des mercenaires. Supposés plus aguerris et plus expérimentés, ils sont sensés épauler les armées nationales et leurs supplétifs. Toutefois, à l’épreuve, leurs résultats sont nuancés, tandis que leurs coûts respectifs se font sentir sur les budgets des pays recruteurs. Leur impact sur les forces de défense et de sécurité (FDS) est également sujet à controverse. Ce recours mérite un réexamen lucide et rationnel, après les attaques dont le Mali a été l’objet le 25 avril 2026. Mondafrique reproduit ici, avec son accord, un article du Centre des stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara (Centre4s.org).

Qu’est-ce qu’un mercenaire ? Il peut être défini, notamment, comme celui qui va en territoire étranger pour s’impliquer dans une guerre mais qui n’est pas partie au conflit. Il vient monnayer ses talents, il est payé pour ça, pour participer à ces opérations. C’est un genre de soldat rémunéré par un gouvernement étranger. En général, il bénéficie d’un traitement nettement supérieur à celui d’un soldat de l’armée régulière (Jean-François Dominé, « Walter Bruyère-Ostells, Histoire des mercenaires de 1789 à nos jours », Revue historique des armées, 2012.) Également, il cumule ces caractéristiques :

  • une certaine méconnaissance du terrain et de l’environnement ;
  • une ignorance de la langue locale, d’où des difficultés importantes à communiquer avec les soldats réguliers ;
  • des défis d’adaptation à l’alimentation ;
  • une mauvaise perception car, il combat pour l’argent et le butin plus que par amour pour un pays qui n’est pas sa patrie ;
  • une certaine réticence à accepter le commandement des militaires des pays recruteurs.

De son côté, le mercenaire pointe aussi ses servitudes : entre autres, apprendre à gérer son stress, apprendre à manipuler puis à tirer des armes différentes, connaître différentes techniques de combat, apprendre à sécuriser des sites 3.

À noter que le mot mercenaire est si connoté qu’il n’est pas d’usage automatique. Lui sont substitués les expressions et mots suivants, tels que : forces étrangères, supplétifs, instructeurs, para militaires … Cette pudeur et cette prudence linguistiques se justifient par des raisons politiques, diplomatiques, juridiques et dans la diversité du métier.

Bilan du déploiement de Sadat

La Russie a son Africa Corps comme la Turquie possède son Sadat. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), a affirmé, en mai 2024, que Sadat avait déployé au Niger 1 100 mercenaires syriens formés en Turquie, en septembre 2023. Cette société de para militaires a formé les membres de la garde rapprochée du général Assimi Goïta, président de la Transition malienne. Par ailleurs, la BBC, a signalé, le 15 juillet 2024, que certains combattants syriens de Sadat au Niger s’étaient retrouvés sous commandement russe pour combattre les groupes armés terroristes dans le Liptako-Gourma, région de Tillabéri, qu’on surnomme « les trois frontières » (Burkina Faso, Mali et Niger).

L’OSDH précise : « Au Niger, les mercenaires syriens sont censés tenir des mines, des installations pétrolières ou des bases militaires. Mais ils se retrouvent alors impliqués dans des combats avec les noyaux djihadistes. Neuf de ces combattants syriens sont morts actuellement.« 

L’offensive lancée le 4 avril 2019, par le maréchal Khalifa Haftar, chef de l’Armée nationale libyenne, pour conquérir Tripoli, semble à l’origine de cette idée de déploiement de mercenaires à la Turquie. Début 2020, Sadat avait déjà envoyé 5 000 mercenaires syriens pour prévenir l’assaut. Ils ont réussi dans leur tâche, puisque le maréchal n’a pu prendre Tripoli.

Au Niger, les mercenaires de Sadat ont été déployés dans la région où les attaques se font les plus soutenues. Un exemple : le 16 septembre 2025, 22 villageois ont été massacrés lors d’une cérémonie de baptême selon le communiqué de presse publié par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Le 21 mars de la même année, jusqu’à 44 civils ont été tués alors qu’ils se trouvaient dans une mosquée pour la prière du vendredi. En revanche, lors de l’attaque complexe perpétrée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GISM ou JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA) contre le Mali le 25 avril dernier, on suppose que le général Assimi Goïta a été exfiltré de la ville garnison de Kati par les éléments de Sadat. Contrat honoré donc.

Africa Corps à l’œuvre

Africa Corps, une entreprise d’offres de services de sécurité placée directement sous le contrôle du ministère de la Défense russe, compte entre 2000 et 2500 « instructeurs russes » au Mali. Ils étaient présents depuis fin 2021, sous l’appellation de Wagner, nom abandonné le 23 novembre 2023. Le 25 avril 2026, quand le JNIM affilié à Al-Qaïda et le FLA, ont lancé des offensives simultanées sur Bamako, Kati, Mopti, Sévaré, Gao, Bourem et Kidal, les FAMA et leurs alliés russes ont été débordés. Les attaques ont culminé avec l’assassinat du ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, dans le quartier de Kati qui abrite les résidences des principaux responsables politiques et des officiers supérieurs maliens. À Kidal, symbole de la reconquête du pays, les combattants russes ont dû négocier leur évacuation avec les assaillants vers Tessalit, laissant sur place leurs armes. Les équipements abandonnés sont impressionnants :


une station complète de contrôle, de pilotage et de guidage de drones Bayraktar TB2, système de fabrication turque utilisé par l’armée malienne, un butin de technologie sensible aux mains des groupes armés ; plusieurs véhicules blindés de transport de troupes, dont un BTR-82A russe, un véhicule blindé VP11 chinois de type MRAP ainsi qu’un monstre blindé russe, Tornado-U ;

des stocks de munitions, des armes légères, des missiles air-sol S-8, des canons antiaériens ZPU-2 et du matériel logistique 7 .

À ce jour, le bilan final de ces attaques spectaculaires reste inconnu.

2 500 Russes pour remplacer 17 430 agents de la MINUSMA

En comparaison des supposés 2 500 combattants russes, la MINUSMA alignait, au moment de son départ en février 2023, jusqu’à 17 430 agents, dont 11 739 militaires, 504 officiers d’état-major, 1 601 policiers, 3 384 civils et 202 volontaires. À la date du 13 juin 2013, elle avait perdu 192 membres dans des combats contre les terroristes. Son budget, pour la période comprise entre le 1er juillet 2022 et le 30 juin 2023, se chiffrait à 1 262 069 dollars US, selon Unmissions.org. Et pourtant, la force onusienne n’a pas pu venir à bout des groupes armés. On mesure alors la profondeur de la foi placée dans Africa Corps par les autorités maliennes.

En janvier 2023, le général français Didier Castres, ancien responsable des opérations Serval et Barkhane au Mali, affichait son scepticisme : la société russe ne pourra réussir dans une entreprise dans laquelle la France a échoué avec des milliers d’hommes, 5 100 exactement au plus fort de l’engagement français. Le porte-parole du Kremlin a refusé de dire si Africa Corps serait en mesure de maitriser la situation créée par les événements du 25 avril. Il a, cependant, mis en exergue le fait que leurs para militaires avaient réussi à empêcher le JNIM et le FLA de perpétrer un coup d’État.

Au quotidien, sur le terrain, les combattants d’Africa Corps et les FAMA forment des unités conjointes, composées d’une cinquantaine d’hommes de chaque composante. Nuance : les premiers disposent de leur propre armement, de moyens d’interception des communications et de drones d’observation. Afin de rester relativement discrets, ils se déplacent généralement à bord de lourds blindés de marque Typhoon ou d’autres véhicules de même type appartenant aux FAMA. Ils procèdent à des patrouilles de repérage, en étant, parfois, dotés d’appui aérien, tels que des hélicoptères ou encore de petits avions. Au sol, ils traquent les membres présumés des groupes terroristes.

Le coût des prestations

Début mars 2023, le Mali déboursait neuf millions d’euros par mois, soit dix milliards de FCFA, au profit d’Africa Corps. Somme évoquée, pour la première fois, en 2021, par Reuters. Le montant a été ultérieurement confirmé par celui qui était alors responsable du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM, basé en Allemagne). Les soldes versées aux combattants varieraient de 7 000 à 9 000 euros, soit entre 4,5 et 5,8 millions de francs CFA par mois. De quoi faire pâlir de jalousie leurs collègues maliens. Ce différentiel pourrait ne pas faciliter la collaboration entre Russes et Maliens sur le terrain. Les rebelles maliens du Cadre stratégique permanent (CSP) affirment avoir tué 84 éléments d’Africa Corps et 48 soldats maliens, lors des combats de Tinzawatène, à la frontière avec l’Algérie, du 24 au 27 juillet 2024.

In fine, à l’aune du bilan, mercenaires et pays recruteurs pourraient procéder à des ajustements, afin de mieux répondre à leurs attentes respectives.

Limam Nadawa

mondafrique.com