Le général Djebbar Mhenna, l’ancien patron des services extérieurs algériens que la justice française voulait entendre dans l’affaire du kidnapping raté sur le sol français du youtubeur Amir Boukhors, alias Amir DZ, a été arrêté à Alger puis incarcéré le 8 juin 2026, selon une source de Mondafrique proche du dossier. Mieux vaut pour placer en détention un témoin gênant qui pourrait relancer les hostilités entre la France et l’Algérie que prendre le risque de le voir se justifier à l’étranger d’une opération de basse police qui n’est pas glorieuse pour l’image de l’ancienne Sécurité Militaire qu’on avait connue plus sophistiquée
La pression exercée par la justice française pour entendre des responsables des services de sécurité algériens sur le hold up de l’opposant Amir Dz, place le pouvoir en Algérie dans une position délicate. L’arrestation suivie de l’incarcération du Général Djebbar Mhenna coupe l’herbe sous le pied des magistrats français qui réclament son audition. Ce haut gradé qui était une pièce maîtresse dans le dispositif sécuritaire des années noires (1990/ 1995) avant de diriger les services extérieurs en 2025 pourrait faire des révélations aux conséquences incalculables, tout en relançant une campagne anti algérienne de la part de la droite et de l’extrême droite à Paris.
Vu d’Alger, ce scénario n’est pas envisageable. Le pouvoir algérien ne mettra jamais un haut gradé, de surcroît responsable des services de sécurité extérieurs, à la disposition de la justice française. Notons qu’en pareil cas la plupart des pays auraient la même réaction. Est ce que la France laisserait un haut gradé répondre à une convocation de la justice algérienne pour s’expliquer sur les crimes de la colonisation? Certainement pas !
Un coup tordu
L’affaire remonte en avril 2025, les relations entre les deux pays étaient glaciales, le Général Djebbar Mhenna était à la tête de la DGDSE (services extérieurs), son représentant à l’ambassade à Paris était le général Rochdi Fethi Moussaoui, alors un jeune colonel protégé par la Présidence, qui finira par remplacer Djebbar à la tête du service, des fonctions qu’il occupe toujours. Remarquons que lors du dernier sommet sécuritaire entre les deux pays à Paris, le général Moussaoui était étrangement absent .
L’échec de l’opération de kidnapping du blogger opposant a mis à nu l’opération de basse police menée alors. Du donneur d’ordre, le général Mhenna, au de gitans qui trempait dans un trafic de stupéfiants avant de devenir les hommes de main de l’Ambassade d’Algérie. . Les investigations des services de sécurité français ont abouti à l’arrestation de l’équipe sous traitée pour le kidnapping. Les liens ont été démontrés tentre les exécutants et deux fonctionnaires travaillant à l’ambassade d’Algérie: le premier, un officier de 38 ans, identifié comme appartenant à la DGDSE, premier secrétaire de l’ambassade d’Algérie; le second un agent consulaire, lui aussi identifié comme un sous officier de la DGDSE, qui est toujours incarcéré en France. Sa détention vient d’être prolongée d’un ans, ce qui a suscité un blocage dans l’affaire du journaliste Christophe Gleizes.
Des services algériens dans la tornade
L’opération de barbouzerie a retourné les projecteurs sur les véritables commanditaires en Algérie. Le parquet anti terroriste français évoque des « présomptions graves » à l’encontre de l’ancien secrétaire de l’ambassade toujours en fuite. Un mandat d’arrêt, émis par un juge antiterroriste vise « des faits qualifiés, d’arrestation et enlèvement » sur une personne sur le territoire français. Encore ne s’agit-il que d’un maillon d’une chaine de commandement placée sous l’autorité du général Mehnna.
Lors de la visite du ministre de la justice française, Gérald Darmanin, le 18 mai passé, des preuves techniques et matériels, confirmés par les investigation, ont été exposées aux autorités algérienne. Des liens établis remontent jusqu’aux responsables des services extérieurs au moment des faits, et certains sont toujours en activité.
Suivant la logique de la chaîne du commandement, le Général Djebbar Mhenna était au sommet de la pyramide des services extérieurs. Aucune opération ne s’effectue à l’extérieur du territoire sans son aval. Son alter égo à l’ambassade, lui aussi, est impliqué du fait de l’exécution de l’opération par ses subalternes. Le général Rochdi Fethi Moussaoui alias Saddek se trouve au cœur au du dispositif, épargné pour le moment du fait qu’il est toujours actif et encore patron du même service.
Le général Djebbar Mhenna est un fusible qui saute afin de prolonger la phase de réchauffement entre les deux pays. L’arrestation et l’incarcération de cet officier de haut rang ne s’inscrit pas dans une logique de purge entre clans. Elle traduit la volonté des deux pays d’épurer les dossiers qui pourraient devenir des embûches à une normalisation plus large. La coopération sécuritaire et judiciaire est devenue en effet la priorité de l’Élysée ainsi que celle des ministres de la justice, Gérald Darmanin, et de l’intérieur, Laurent Nunez, lors des entretiens avec leur homologue algériens.
En incarcérant le général major Djebbar Mhenna à la prison militaire de Blida pour lui épargner toute convocation par la justice française, le pouvoir algérien protège ses plus fidèles serviteurs et l’image du régime abimée par une opération de basse police non maitrisés préfère fermer cette parenthèse peu glorieuse en mettant au frais ses plus proches serviteurs
Il reste que l’affaire du Kidnapping d’Amir Dz est toujours en cours d’instruction par des juges qui, plus que jamais, ont besoin dans le contexte français de montrer leur indépendance..