Mardi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré que le régime iranien était « voué à disparaître » et qu’Israël y contribuerait, lors d’un discours prononcé à l’occasion de la cérémonie d’accueil du nouveau chef de l’agence de renseignement du Mossad, Roman Gofman, qui a officiellement pris ses fonctions après de longues contestations judiciaires concernant sa nomination.
Sa cérémonie d’investiture s’est déroulée à Jérusalem, au lendemain du rejet, par la Haute Cour de justice, des recours visant à invalider sa nomination et des allégations selon lesquelles il aurait enfreint les normes de conduite éthique attendues des hauts fonctionnaires de l’État.
S’exprimant lors de la cérémonie mardi, Netanyahu a salué la capacité de Gofman à « surmonter tous les obstacles », une référence apparente aux recours juridiques intentés contre sa nomination, avant de présenter la mission qui lui incombe à la tête des services de renseignement : poursuivre la lutte contre la menace que représente le régime iranien.
« Ce régime terroriste, dont le destin est de disparaître de la surface de la Terre – et nous l’aiderons à atteindre cette fin – ne nous menacera plus jamais avec des bombes nucléaires et des milliers de missiles balistiques meurtriers. Telle est ma directive », a déclaré Netanyahu à l’auditoire, réitérant des propos similaires qu’il avait tenus lors de la cérémonie de lundi soir en l’honneur du chef sortant du Mossad, David Barnea.
« Telle est votre mission, Roman », a déclaré Netanyahu.
« Le Mossad continuera d’être en première ligne dans notre lutte contre l’agression iranienne… Conformément à la politique cohérente que nous menons depuis des années, nous ne laisserons pas le régime iranien revenir en arrière. Nous ne lui permettrons ni de se doter d’armes nucléaires ni de menacer notre existence. »
Gofman a indiqué, pour sa part, que « le renversement stratégique que nous avons provoqué contre l’axe iranien grâce aux actions militaires d’Israël à l’encontre de Téhéran et de ses proxys a modifié l’équilibre des pouvoirs dans toute la région. »
« Mais la tâche n’est pas encore achevée. Le cœur de l’agence de renseignement du Mossad réside dans les opérations secrètes contre ses cibles. Nous préserverons cette mission à tout prix », a-t-il promis.
La veille, Netanyahu avait déclaré que « les fondations » du régime iranien « se sont fissurées » et « qu’il est voué à la chute » lors d’une cérémonie d’adieu en l’honneur de Barnea.
« Le prix que l’Iran a déjà payé est très lourd. Les fondations de ce régime terroriste en Iran se sont fissurées. Il ne redeviendra jamais ce qu’il était, et je vous le dis : il est voué à la chute. »
« Que tous les ennemis qui complotent contre Israël sachent que leurs plans échoueront. Le prix qu’ils paieront sera extrêmement lourd », avait-il averti, après avoir semblé renoncer à une attaque prévue contre des cibles du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah à Beyrouth hier, suite à l’intervention du président américain Donald Trump.
S’adressant à Barnea, Netanyahu avait déclaré que « de grandes choses ont été accomplies sous votre direction », ajoutant que ses cinq années à la tête du Mossad ont été « parmi les plus décisives de notre histoire ».
« Merci pour ces trente années de service dévoué au sein du Mossad, et merci tout particulièrement pour ces dernières années, qui ont été couronnées de succès significatifs et de réalisations remarquables pour la sécurité d’Israël. »
Gofman est devenu le 14ᵉ directeur de l’agence de renseignement du Mossad – son ancien poste de secrétaire militaire du Premier ministre restant vacant pour le moment. Netanyahu n’a pas encore annoncé de successeur à Gofman à ce poste, mais il devrait le faire prochainement.
L’officier qui prendra la suite en tant que secrétaire militaire entrera en fonction sans avoir reçu de formation auprès de Gofman, qui sera probablement trop occupé par sa prise de fonction à la tête du Mossad.
Deux noms ont été avancés comme successeurs potentiels de Gofman au poste de secrétaire militaire : le général de brigade Barak Hiram, commandant de la division de Gaza de l’armée israélienne, et le général de brigade Guy Markizeno, secrétaire militaire du ministre de la Défense.
Barnea, qui a assisté à la cérémonie d’investiture de Gofman, a adressé quelques mots à son successeur, lui souhaitant beaucoup de succès dans ses nouvelles fonctions, et a remercié les employés des services de renseignement pour leur travail.
« C’est précisément là, où d’autres choisissent d’abandonner, que vous prouvez votre excellence », a-t-il déclaré. « Vous refusez d’abandonner face aux défis. Vous refusez de battre en retraite face à une mission. »
Selon certaines informations, Barnea se serait opposé à la nomination de Gofman.
La cérémonie de mardi a été précédée d’une bataille juridique houleuse autour d’une campagne d’influence controversée menée par l’armée israélienne en 2022 ; Gofman était alors commandant de la 210e division régionale « Bashan » sur le plateau du Golan.
Gofman a autorisé le recours au blogueur Ori Elmakayes, qui était alors âgé de 17 ans, pour mener une campagne d’influence en langue arabe visant l’Iran, le Hezbollah et le Hamas.
Elmakayes a donc été chargé par son responsable, connu sous le nom de capitaine Tzur, de publier des informations sur sa chaîne Telegram – un canal consulté par des éléments ennemis en Syrie.
Elmakayes a toutefois été arrêté et interrogé par le Shin Bet et, selon ses dires, torturé. Il a été maintenu à l’isolement pendant deux mois, puis soumis à différentes formes de détention pendant près de 18 mois, jusqu’à ce que les charges soient finalement abandonnées, après que ses avocats ont réussi à prouver, bien que tardivement, qu’il travaillait pour l’armée israélienne.
L’armée israélienne a mené une enquête en mai 2022 sur cette affaire, au cours de laquelle Gofman a affirmé ignorer l’identité d’Elmakayes et les détails de l’opération. À l’issue de l’enquête, Gofman s’est vu infliger une sanction disciplinaire – enregistrée dans son dossier -, au motif qu’il n’avait pas obtenu l’autorisation nécessaire pour mener cette opération via la chaîne Telegram d’Elmakayes.
Elmakayes a déposé un recours contre la nomination de Gofman à la tête du Mossad, invoquant le fait que ce dernier avait omis d’alerter les forces de l’ordre de sa collaboration avec l’armée israélienne et s’était ainsi rendu responsable d’une violation éthique majeure à l’origine d’un long calvaire judiciaire pour Elmakayes. Le Mouvement pour un gouvernement de qualité a également présenté un recours accusant Gofman d’avoir menti dans le cadre de l’enquête menée par l’armée israélienne sur cette affaire, une autre violation éthique grave, selon l’organisation.
Lundi, le tribunal a finalement rejeté ces recours dans une décision prise à deux voix contre une, estimant que, malgré certaines lacunes dans la manière dont Gofman avait géré l’incident au cœur des recours formés contre lui, il n’avait pas délibérément induit en erreur l’enquête sur cette affaire ni « abandonné » Elmakayes.
Elmakayes, pour sa part, a dit accepter la décision des juges de ne pas intervenir. Il a ajouté qu’il pensait que Gofman agirait avec plus de retenue à la suite de la bataille juridique visant sa nomination.
Nava Freiberg
Emanuel Fabian