Jeune Afrique a obtenu l’information il y a un mois auprès d’un des membres du « gouvernement malien en exil » qui lui a révélé, captures d’écrans de messages et documents à l’appui, les dessous des contacts échangés de mai à août 2025 autour de ce projet. « Nous avons été en contact avec des gens qui se présentaient comme des agents des services français, qui nous ont mis en lien avec les renseignements militaires ukrainiens», a raconté cette personne au journaliste. La proposition concernait un cycle de formation militaire et du matériel ukrainien, notamment des drones.
Titres usurpés et organisations fantômes
Jeune Afrique a identifié deux des trois intermédiaires impliqués, qui se sont présentés sous des titres militaires fallacieux, et ont laissé entendre qu’ils étaient en relation avec les services de renseignement français et ukrainiens. Le premier est Éric Gozlan, un Franco-Israélien se présentant comme spécialiste en médiation internationale et directeur de l’International council for diplomacy and dialogue [ICDD]. Gozlan est le fondateur en 2024 d’I-Transform, « qui intervient dans le secteur de la santé inclusive et propose des conseils stratégiques aux États ». Gozlan a introduit Paul-Michel Manandise, comme lui auteur d’un blog sur Mediapart, qui dit « travailler en Ukraine » et y bénéficier d’un réseau dans les services de sécurité et l’armée.
« Pour preuve de sa crédibilité, Paul-Michel Manandise, le véritable nom de ce ressortissant belge, leur envoie une photographie d’une carte estampillée ‘World Diplomatic Council on Global Security' », écrit Jeune Afrique. « Le site de cette organisation n’apparaît sur aucun des registres officiels que Jeune Afrique a consultés mais la plateforme met à disposition des comptes rendus de visite de son président, l’Ukrainien Anatoliy Volodymyrovych Peshko, dans différents forums sur la paix en Ukraine, de Bruxelles à Washington. »
« Sur son site, Paul-Michel Manandise pose en uniforme camouflage et dit être ‘chef du département de l’influence internationale et de la culture’ du ‘centre international d’analyse de la sécurité nationale d’Ukraine’. C’est sans doute à ce titre que, prenant le relais d’Éric Gozlan, il déclare dans une des discussions tenues avec les exilés maliens être en mesure de les mettre en contact avec des responsables des services de renseignements militaires ukrainiens ».
Lors d’une visioconférence, Gozlan et Manandise mobilisent un certain Jurgen Braun, dont Jeune Afrique n’a pas pu vérifier l’identité. Ce dernier s’est présenté comme le représentant de la Fondation des vétérans du renseignement militaire ukrainien. Il a proposé aux Maliens « de mettre à leur disposition des drones militarisés et d’organiser des formations militaires en Ukraine. » Braun a partagé des documents lors de cette réunion en ligne, en présence d’un mystérieux Victor, présenté comme « agent français » : la traduction en français d’un document en cyrillique intitulé « Cours de formation de drones UAV », mode d’emploi de l’utilisation, de la maintenance et de l’armement de drones kamikazes. Ainsi qu’un deuxième document sur une « formation militaire combinée de base ». Les participants sont prêts à fournir immédiatement « un petit nombre de drones » et précisent qu’ils peuvent « faire financer l’achat d’autres drones par des gouvernements européens ».
Lettre morte
Les échanges s’arrêteront là. Les Maliens opposeront une fin de non-recevoir à leurs interlocuteurs. « Nous souhaitons la fin de la junte, mais nous ne souhaitons pas faire la guerre à l’armée malienne, prise en otage par une hiérarchie criminelle. Nous ne voulions pas non plus nous associer avec le FLA [Front de libération de l’Azawad], dont nous savions déjà à l’époque qu’ils travaillaient à un rapprochement avec le Jnim [Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans], or, nous refusons toute alliance avec des jihadistes », a dit un participant malien. Le mémorandum d’entente rédigé par ‘l’organisation caritative ‘Fondation des vétérans du renseignement militaire d’Ukraine' », qui devait être signé par Grygorii Moskalenko, restera lettre morte.
Contacté par Jeune Afrique, Éric Gozlan a reconnu avoir été en contact avec des membres du gouvernement malien en exil, et a affirmé qu’il voulait « les aider », avant de les dénigrer. Il a également reconnu les avoir, par le biais de Paul-Michel Manandise, mis en lien »avec les Ukrainiens ». Les sources de l’hebdomadaire au sein de la DGSE française ont qualifié cette affaire de « grotesque. »
Ces révélations résonnent avec l’appui ukrainien au Front de libération de l’Azawad, en matière d’entraînement tactique et de manipulation de drones kamikazes, qui avait été révélé après l’embuscade tendue en juillet 2024 à Tinzawaten contre une colonne militaire russo-malienne.