Le royaume reste discret depuis le 7 octobre 2023. Il préfère jouer de son soft power, en particulier dans le sport. Sur le plan économique, des mesures fiscales ont mis un terme à la politique d’exonération totale remontant à l’indépendance (1971).
Depuis les attaques du Hamas en Israël, Manama adopte un profil bas par rapport à la guerre à Gaza et à ses extensions au Liban et en Iran. Une prudence qui tranche avec l’action du Qatar voisin. Bahreïn maintient des éléments de langage généraux de soutien à un État de Palestine, tout en participant aux rencontres régionales (Ligue arabe, Organisation de la coopération islamique, sommet des chefs d’État, etc.). Ce positionnement s’explique par la conscience de son faible poids dans les enceintes internationales. Et par la crainte de voir ressurgir des tensions entre le pouvoir, signataire en 2020 des « accords d’Abraham » avec Israël, et une population propalestinienne. Les relations avec l’État hébreu ont été gelées, mais pas rompues.
Timidité diplomatique
Une autre dimension, plus confessionnelle, incite le régime à la prudence. Si les chiites bahreïnis (majoritaires) ont toujours veillé à se démarquer de Téhéran, l’Iran a historiquement soutenu et accueilli nombre d’opposants du petit royaume. On peut donc penser que certains chiites sont sensibles au sort du Hezbollah libanais et aux frappes israéliennes contre la République islamique. Régulièrement promise, la normalisation des liens diplomatiques entre Manama et Téhéran n’est toujours pas effective. Bahreïn se distingue en cela de son mentor saoudien, qui a rétabli en mars 2023 ses liens avec Téhéran, rompus en 2016. Les atermoiements du palais laissent supposer la persistance d’obstacles politiques.
Dès décembre 2024, le roi Hamad ben Issa al-Khalifa (depuis 1999) a pris acte du changement politique en Syrie en adressant un courrier au nouveau dirigeant, Ahmed al-Charaa, puis en saluant la tenue de la Conférence du dialogue national syrien, les 24 et 25 février 2025. Bahreïn n’a cependant que peu d’intérêts et encore moins de projets en Syrie.
Repères
À l’instar de ses voisins, qui engrangent les grandes compétitions sportives à retentissement mondial, Bahreïn joue la carte du soft power sportif. En réalité, seul un événement fait apparaître chaque année le royaume dans les médias internationaux : le Grand Prix de Formule 1, qui ouvre le calendrier annuel de la Fédération internationale de l’automobile. Les retombées économiques et touristiques sont indéniables, car les essais s’étalent sur tout le mois de février. Ils permettent d’invisibiliser l’anniversaire du 14 février 2011, début du « printemps de la Perle ». Dénonçant la dimension de « sportwashing » du Grand Prix, des militants des Droits de l’homme sont particulièrement surveillés pendant cette période. La défense des détenus politiques de la prison de Jaw est l’une des dernières manifestations encore visibles de tensions qui semblent toutefois s’atténuer après plusieurs amnisties royales en 2024.
L'archipel de Bahreïn
Les limites du soft power sportif
Historiquement, les émirs bahreïnis privilégient l’équitation, un sport aristocratique qui leur permet d’entretenir des relations étroites avec la famille royale britannique. Pour les autres disciplines, le royaume a recours à la main-d’œuvre étrangère pour composer des équipes « nationales » et porter les couleurs de Bahreïn dans les compétitions internationales. Manama a ainsi naturalisé plusieurs dizaines d’athlètes étrangers, principalement africains, alors que la nationalité bahreïnienne est difficile à acquérir. Cette politique ayant coïncidé avec des affaires de dopage, la Fédération internationale d’athlétisme a limité à dix le nombre de Bahreïnis naturalisés autorisés à participer aux Jeux olympiques de 2024, et imposé la création d’une agence antidopage nationale et d’une filière pour faire émerger des compétiteurs locaux. À Paris, le bilan des pays arabes est modeste, avec 17 médailles. C’est Bahreïn qui s’en sort le mieux, avec quatre médailles remportées par des athlètes naturalisés : l’or pour la Kenyane Winfred Yavi au 3 000 mètres steeple et pour le Russe Akhmed Tazhudinov en lutte libre, l’argent pour la Nigériane Salwa Eid Naser au 400 mètres et le bronze pour l’Arménien Gor Minasyan en haltérophilie.
Depuis son indépendance en 1971, Bahreïn a toujours mis en avant l’absence de taxation des revenus et des bénéfices des sociétés locales ou étrangères pour attirer les investisseurs. Ce qui a permis à Manama de devenir une importante place bancaire et financière, avant d’être supplantée par Dubaï, Abou Dhabi et Doha. Le royaume reste toutefois dépendant des exportations d’hydrocarbures, qui représentent les deux tiers des recettes de l’État. Or les prix moyens du baril en 2024-2025 (entre 70 et 80 dollars) sont en deçà du seuil nécessaire à l’équilibre budgétaire (entre 90 et 95 dollars). Malgré les prêts et dons saoudiens et émiriens, le niveau d’endettement dépasse 130 % du PIB. Comme ses voisins du Golfe, qui ont introduit diverses taxes pour se préparer à l’après-pétrole, Bahreïn a dû se résoudre à faire de même. La mesure, entrée en vigueur le 1er janvier 2025, prévoit que les entreprises étrangères paient un impôt minimum de 15 % sur les profits générés dans le pays.
Une confessionnalisation des municipalités à Bahreïn (2022)
Jean-Paul Burdy


