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dimanche 8 mars 2026

Kim Jong Un, à nouveau couronné leader tout puissant de la Corée du Nord

 

Le 9e congrès du Parti des travailleurs de Corée (PTC) qui s’est tenu à Pyongyang du 19 au 26 février – le troisième depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong Un en décembre 2011 – a mis en scène de façon grandiose, digne des grandes heures de l’Union soviétique, la toute-puissance du grand leader, doté de la bombe nucléaire, plus que jamais en confiance depuis son alliance stratégique avec la Russie en 2024 et sa proximité avec la Chine.

Dans le contexte de la guerre en Iran menée depuis le 28 février par les Etats-Unis et Israël, la perspective d’une rencontre entre Donald Trump et Kim Jong Un semble néanmoins très hypothétique. Les rencontres précédentes n’avaient rien donné de concret.

Des discours martiaux, des applaudissements tonitruants, des slogans enflammés : drapés dans un décor d’opéra où dominent le rouge, l’or et le noir : le 9e congrès du Parti des travailleurs de Corée (PTR) qui s’est tenu du 19 au 26 février dernier à Pyongyang a été sans surprise aucune l’événement politique majeur du régime nord-coréen.

Comme de coutume, il a offert des images impressionnantes d’unité et de cohésion mises en scène au millimètre près. Un théâtre grandiloquent qui cible avant tout, on l’oublie souvent, une audience nationale à qui le pouvoir veut offrir un spectacle de puissance incarnée par une seule personne : le jeune leader Kim Jong Un, âgé aujourd’hui de 42 ans, qui tient le pays d’une main de fer.

Tous les cinq ans, l’élite dirigeante de ce pays encore largement isolé sur la scène internationale se réunit à Pyongyang pour célébrer ses prétendus succès des cinq dernières années et fixer les objectifs de la décennie suivante. Les événements sont diffusés à l’étranger par les médias d’État avec un jour de décalage.

Comme pour les sinologues qui essaient de lire dans les feuilles de thé à Pékin, les experts de la Corée du Nord scrutent les images, les déclarations et les « révélations » soigneusement rendues publique par une machine de propagande parfaitement huilée.

Kim Jong-un en majesté

Reste que pour ce 9e congrès, comme pour les deux précédents en 2016 et 2021 sous le règne de Kim Jong Un qui a succédé à son père Kim Jong Il en décembre 2011, il s’agit d’honorer et de l’imposer comme le dirigeant suprême qui assure le bien-être et la sécurité du pays.

« C’était un congrès de, par et pour Kim Jong Un, » souligne dans les colonnes de l’hebdomadaire britannique The Economist Yang Moo-jin, de l’Université des études nord-coréennes de Séoul. Pour preuve, le dirigeant nord-coréen a été réélu sans la moindre surprise secrétaire général du Parti des travailleurs, ce qui doit lui permettre d’encore renforcer son pouvoir et son emprise sur le pays.

La décision de reconduire Kim Jong Un a été prise « conformément à la volonté inébranlable et au désir unanime de tous les délégués » du congrès, selon l’agence d’État KCNA. Pour ceux qui pourraient encore en douter, au terme de ce congrès qui s’est achevé le 25 février, un journal officiel a proclamé Kim Jong-un, « la personne la plus géniale au monde. » Terminologie idoine d’une folie médiatique étatique intense qui accompagne, comme à chaque fois, un tel événement.

Radios, télévision, journaux ont ainsi diffusé chaque jour les travaux du congrès, le bilan « extrêmement positif » du précédent plan quinquennal annoncé en 2021 et les perspectives économiques, sociales et militaires pour les cinq prochaines années. Très floues et peu détaillées cette année.

« Un des faits les plus marquants de ce congrès, analyse Rachel Minyoung Lee, du Stimson center, un think tank américain spécialisé sur la Corée du Nord basé à Washington, est l’intensification de la dynamique du parti des travailleurs et sa mainmise sur tous les secteurs du pays, notamment l’économie sur laquelle peu de choses ont été dites. » Selon elle, on a entendu les mêmes annonces sur l’amélioration de l’agriculture et des petites industries qui devront se développer dans tout le pays. « Mais il faudra surveiller les détails, » ajoute-t-elle, quelque peu sceptique.

Un pays en proie à de graves difficultés économiques

Toutefois, dans son discours d’ouverture du 19 février, Kim Jong Un a promis d’améliorer le niveau de vie de ses compatriotes, dans une allusion aux difficultés économiques et aux pénuries alimentaires qui frappent son pays soumis à des sanctions internationales très lourdes depuis 2016 (même si elles sont largement contournées). « Aujourd’hui le parti est confronté à des tâches historiques lourdes et urgentes : stimuler la construction économique et le niveau de vie de la population, et transformer tous les domaines de la vie étatique et sociale dès que possible, » a-t-il noté.

De fait, la réalité économique du pays est très difficile à évaluer. Il s’agit de plus du premier congrès après la période de la pandémie du Covid-19 qui a totalement isolé le pays pendant plusieurs années. Une petite poignée de diplomates de pays amis ont pu reprendre leur poste mais aucune agence internationale ni organisations non-gouvernementales n’a eu l’autorisation de revenir travailler en Corée du Nord, qui reste plus que jamais un « trou noir » pour de nombreux services de renseignements.

Un ancien volontaire d’une ONG internationale spécialiste dans la santé, basé à Séoul, assure que « la situation dans les provinces n’a pas progressé. Les problèmes d’approvisionnement alimentaire restent les mêmes. » Et en dépit de quelques récoltes plus ou moins bonnes, une grande partie du pays souffre toujours de malnutrition chronique. « A Pyongyang la capitale ou à Wonsan sur la côte-est, la situation est meilleure car c’est là que vivent ou vont en vacances les dignitaires du régime, confie-t-il, mais dans le reste du pays, la situation humanitaire est très difficile. » En dépit des déclarations très positives annoncées au congrès.

Depuis des décennies, le pouvoir nord-coréen donne la priorité au développement des capacités militaires du pays. Plusieurs experts estiment que plus de 40% du PIB est consacré à l’armée et aux programmes balistiques et nucléaires, au détriment des autres secteurs. En Corée du Nord on peut vraiment parler d’une « économie de guerre. » Lors du dernier congrès du parti en 2021, Kim Jong Un avait reconnu, dans un aveu extrêmement rare, que des erreurs avaient été commises dans « presque tous les domaines » du développement économique. Mais aucun bilan économique détaillé n’a été donné fin février. Le peuple nord-coréen peut attendre.

Le silence sur les programmes militaires

Sur le plan militaire, contrairement à 2021, les annonces sur les futurs développements d’armes conventionnelles ou nucléaires ont été très limitées. « C’est surprenant, » a confié Vann Van Diepen, ancien sous-secrétaire d’État américain pour la sécurité internationale et la non-prolifération, lors d’un webinar à Washington mercredi 3 mars.

« Lors du précédent congrès Kim Jong Un avait énuméré une longue liste d’objectifs à atteindre dans le domaine balistique, nucléaire et armement conventionnel. » Aux yeux de Kim Jong Un, le bilan est « extrêmement satisfaisant. » Mais cette fois, selon Van Diepen « il a simplement annoncé qu’il allait continuer à améliorer ses programmes nucléaires, ses missiles balistiques intercontinentaux et ses sous-marins. Quant aux armements conventionnels, il a donné peu de détails si ce n’est qu’ils allaient être encore améliorés, sans plus. » Il reconnaît toutefois que quelques annonces générales ont été faites sur l’utilisation de l’IA, des drones et des satellites pour perturber d’éventuelles attaques extérieures. Mais rien de concret.

Fort de sa puissance nucléaire, le dirigeant nord-coréen a encore estimé que Pyongyang pourrait « bien s’entendre » avec les Etats-Unis, sous condition que soit reconnu son statut nucléaire. Si Washington « respecte le statut actuel [de puissance nucléaire] de notre pays tel qu’il est stipulé dans la Constitution […] et abandonne sa politique hostile […] il n’y a aucune raison pour que nous ne puissions pas bien nous entendre avec les Etats-Unis, » a déclaré Kim Jong Un, selon l’agence officielle KCNA.

Ce qui ne signifie en rien qu’un nouveau sommet soit possible entre Donald Trump et Kim Jong Un. Lors d’une tournée en Asie l’année dernière, Donald Trump s’était déclaré « ouvert à 100% » à une nouvelle rencontre avec Kim Jong Un. Il s’est même positionné à rebours de plusieurs décennies de politique américaine en concédant que la Corée du Nord était « en quelque sorte une puissance nucléaire. »

Mais dans le contexte des bombardements sur l’Iran depuis le 28 février dernier, les priorités de Donald Trump sont loin d’être nord-coréennes même si des spéculations s’intensifiaient sur la possibilité d’une rencontre avec Kim Jong Un en marge de la visite prévue de Donald Trump en Chine, annoncée du 31 mars au 2 avril.

Ceci était avant la guerre en Iran. Qu’observe avec attention le régime de Pyongyang? « Il est clair que ces bombardements israélo-américains sur l’Iran et l’opération sur le Venezuela ne font que renforcer la conviction nord-coréenne qu’il faut plus que jamais poursuivre les programmes nucléaires car aux yeux de Pyongyang on ne peut pas faire confiance aux Américains, » analyse Rachel Minyoung Lee, du Stimson Center.

Et d’insister sur le fait que « dans ce contexte de guerre, l’alliance de 2024 avec la Russie ne fait que renforcer la confiance de Kim Jong Un et sa conviction qu’il est au centre [avec la Chine et la Russie] de ce mouvement qui vise à construire un nouvel ordre mondial. Ce qui rend encore plus difficile l’éventualité d’un sommet entre Donald Trump et Kim Jong Un. » Pour le moment.

Une nouveauté toutefois : les médias d’État nord-coréens ont publié début mars une rare photo de Kim Ju Ae, la fille du dirigeant Kim Jong Un, âgée de s13 ans, en train de tirer au fusil à lunette habillée comme son père d’un manteau de cuir noir, alimentant une fois de plus les spéculations qui font de l’adolescente l’héritière potentielle de la dynastie. Kim Ju Ae, est considérée comme la prochaine dans l’ordre de succession familiale par les experts du pays, après une série de récentes apparitions auprès de son père très médiatisées, notamment au cours du défilé militaire marquant la fin du congrès du Parti des travailleurs.

Dorian Malovic

asialyst.com