La Chine va probablement sortir grande gagnante de l’enlisement des États-Unis en Iran, car elle en profitera pour approfondir ou renouer des liens avec des voisins désemparés par la pénurie énergétique qui s’annonce. Pour sa part l’armée américaine aura durablement perdu d’énormes quantités d’armes et de munitions et dangereusement dégarni sa présence militaire en Asie de l’Est avec pour conséquence une capacité de dissuasion potentiellement en chute libre.
Depuis le début du conflit, la Chine a observé une extrême prudence en se tenant prudemment à l’écart, ses dirigeants constatant jour après jour avec gourmandise le double échec de l’Amérique : Donald Trump a piteusement sous-estimé la capacité de résistance du régime des mollahs et il n’a pas anticipé les conséquences économiques désastreuses pour le monde d’une guerre qu’il est peut-être en voie de perdre.
L’enlisement de l’Amérique en Iran est ce dont la Chine rêvait. Il laissera des traces catastrophiques, qu’elles soient économiques, politiques, géopolitiques et sécuritaires.
Au premier jour du conflit, le président américain avait de façon péremptoire annoncé une guerre courte dont l’Amérique et Israël sortiraient vainqueurs. Plus de trois semaines plus tard et des milliers de cibles iraniennes détruites, le constat est tout sauf celui-là : l’armée américaine a déversé sur le sol iranien d’énormes quantités de munitions, missiles et bombes qui font craindre un épuisement de ses stocks tandis que l’image des États-Unis sur la scène internationale, déjà passablement écornée, s’est encore davantage dégradée.
Au fur et à mesure que l’escalade se poursuit au Moyen-Orient d’où les États-Unis ne semblent pas prêts à se retirer, sauf à concéder une défaite cuisante, la planète fait face à la perspective d’une grave crise énergétique qui touche déjà de plein fouet les alliés de l’Amérique et l’Asie, pris au piège d’un conflit pour lequel ils n’ont jamais été consultés.
Certes l’économie chinoise déjà affaiblie souffrira aussi. Mais outre le fait que la Chine avait constitué d’importantes réserves de précaution en hydrocarbures, des bateaux battant pavillon chinois sont autorisés à traverser le détroit d’Ormuz – ce qui n’est pas un hasard – et elle pourra compenser, partiellement au moins, la pénurie à venir par des achats plus importants de pétrole et de gaz russes.
Pourquoi la Chine se réjouit-elle de l’enlisement des États-Unis en Iran
Cette crise permet à la Chine de se présenter une fois de plus aux yeux du monde comme un pilier de la stabilité mondiale par opposition à une Amérique déstabilisatrice qui, de plus, fait fi du droit international à l’image de ce que fait la Russie en Ukraine.
Par ailleurs c’est peut-être sur le plan militaire – et par ricochet géostratégique – que les gains attendus sont les plus importants : de nombreux experts militaires sonnent l’alerte sur le fait que l’armée américaine perd en Iran une bonne partie de ses stocks d’armes et munitions qu’il faudra des années pour reconstituer. Un sujet ultra-sensible scruté avec la plus grande attention par Pékin.
La conséquence principale est limpide : la dissuasion militaire américaine contre la Chine perdra d’autant de sa crédibilité pour les années à venir, avec en arrière-plan la volonté obsessionnelle du président Xi Jinping de s’emparer de Taïwan, peut-être dès 2027.
Du fait de la guerre en Iran, la « pénurie de munitions aux États-Unis est plus grave que vous ne le pensez, » titrait le Wall Street Journal le 20 mars, en expliquant que « le conflit avec l’Iran nous rappelle de manière urgente que les États-Unis ont besoin d’une base industrielle de défense capable de mener une guerre de haute intensité contre leurs adversaires, en particulier la Chine. »
« La guerre en Iran pourrait affaiblir la puissance militaire américaine pendant des années. Elle engloutit les munitions et épuise une marine déjà mise à rude épreuve, » renchérit l’hebdomadaire The Economist dans son édition du 18 mars.
Ce dernier rappelle non sans pertinence des propos du vice-président américain J.D. Vance lors de la Conférence de Munich sur la sécurité en 2024 : « Nous vivons dans un monde de pénurie […] Nous ne produisons pas assez de munitions pour soutenir une guerre en Europe de l’Est, une guerre au Moyen-Orient et une éventuelle crise en Asie de l’Est. »
« M. Vance […] avait raison. La guerre que son patron, Donald Trump, a lancée en Iran va accentuer la pression sur les forces armées américaines déjà surchargées, les laissant moins bien préparées à un conflit en Asie, » souligne The Economist.
Les stocks d’armes et de munitions américaines s’épuisent rapidement
Selon l’hebdomadaire qui cite une analyse de trois experts militaires du Payne Institute of Public Policy spécialisé dans les enjeux énergétiques mondiaux, les États-Unis ont probablement utilisé plus de 11 000 munitions de différents types au cours des seize premiers jours de l’opération baptisée Epic Fury.
Au cours des six premiers jours de la guerre, alors que les avions américains devaient rester à distance, le Center for International Strategic Studies (CSIS), un groupe de réflexion basé à Washington, estime que plus de 1 000 munitions et missiles « à longue portée, » rares et coûteux, dont plus de 300 missiles de croisière Tomahawk, ont été tirés. A cela s’ajouteraient des centaines d’autres missiles à moyenne portée, ainsi que des missiles anti-radiations qui ont pour cibles les radars de défense anti-aérienne alors que les stocks de toutes ces munitions sont limités, bien que les chiffres précis soient secrets, ajoute The Economist.
Un problème encore plus grave concerne la défense aérienne. Les salves initiales de missiles balistiques et de drones iraniens ont épuisé une partie importante des intercepteurs américains. Au cours de la première semaine de la guerre, les États-Unis auraient tiré quelque 140 intercepteurs Patriot PAC-3 MSE et plus de 150 intercepteurs de haute altitude THAAD alors que les stocks étaient déjà faibles car les États-Unis auraient déjà tiré un quart de leur stock de THAAD en 2025 pour défendre Israël contre les frappes iraniennes, selon ce même média.
Seule une poignée de drones, de ravitailleurs et d’avions de chasse américains ont été perdus à ce jour en Iran. Mais un autre problème de première importance est à prendre en compte : l’usure des matériels, explique encore The Economist pour qui « c’est particulièrement vrai pour la marine américaine. »
Les États-Unis possèdent 11 porte-avions, mais seuls quelques-uns sont disponibles à un instant T. Deux d’entre eux — l’USS Abraham Lincoln et l’USS Gerald R. Ford — participent à l’opération Epic Fury, tandis que l’USS George H.W. Bush serait en route. Le Ford est en mer depuis près de 270 jours. À la mi-avril, il battra le record du plus long déploiement de porte-avions depuis la guerre du Vietnam. Dans deux mois, s’il est toujours déployé, il battra également le record établi par l’USS Midway en 1973.
« La tension est palpable, » pour la marine américaine, estime l’hebdomadaire. Le USS Ford a subi un incendie de 30 heures ce mois-ci, laissant plus de 600 marins sans couchette, rapporte le New York Times. De tels déploiements gigantesques se feront sentir longtemps après la fin de la guerre. « C’est comme conduire une voiture à 320 km/h pendant des mois, sans vidange d’huile, » explique Joe Costa, ancien responsable du Pentagone aujourd’hui à l’Atlantic Council.
Le rythme actuel des opérations risque d’entraîner des « lacunes dans la couverture des porte-avions » avec pour conséquence probable que les États-Unis ne pourront plus déployer de porte-avions dans certaines régions du monde pendant deux ou trois ans, explique Stacie Pettyjohn du think tank Center for a New American Security (CNAS). Le personnel est également épuisé.
Le coût à venir pour la dissuasion américaine de la guerre en Iran
Pour Mike Horowitz, ancien responsable du Pentagone, les points positifs pour l’armée américaine sont de trois ordres : l’évaluation sur le terrain de nouvelles armes moins coûteuses telles que le Low-cost Uncrewed Combat Attack System (LUCAS), un drone inspiré des Shaheds iraniens, l’expérience de combat acquise par les forces américaines qui représente « un énorme facteur de différenciation entre les États-Unis et la Chine » dont l’armée n’a aucune expérience de combat depuis 1979 et, enfin, l’utilisation par les États-Unis, pour la première fois à grande échelle, de systèmes modernes d’aide à la décision basés sur l’intelligence artificielle, pour des tâches telles que le ciblage, le commandement et le contrôle.
Mais ce faisant, le processus même de test de nouvelles armes et d’acquisition d’expérience au combat comporte également un risque. « Nous dévoilons nos tactiques à la Chine, » déclare M. Costa. « Si les Chinois ont une idée de nos tactiques et du temps que cela prend, ils utiliseront ces informations s’ils décident d’envahir Taïwan. »
Enfin, la guerre en Iran cannibalise les forces américaines en Asie – une unité expéditionnaire des Marines a ainsi été détournée du Japon ainsi que des éléments d’un système THAAD de Corée du Sud qui s’ajoutent à un groupe aéronaval basé au Japon – tout en érodant l’état de préparation des unités qui pourraient être nécessaires en Asie de l’Est en cas de conflit dans les années à venir.
Avec Epic Fury, il « n’y a pas de quoi enjoliver cette situation, » affirme Tom Karako, un autre expert du CSIS pour qui « [l]’ampleur des dépenses récentes en munitions et la dégradation des capacités de défense antimissile des États-Unis pourraient bien compromettre la dissuasion dans le Pacifique pour le reste de cette décennie. »
Dans son édition du 23 mars, le Financial Times souligne que Taïwan craint que la guerre en Iran n’épuise les stocks de missiles de croisière à longue portée qui seraient essentiels pour aider les États-Unis à repousser toute invasion chinoise, rendant ainsi le pays plus vulnérable.
Le quotidien des affaires britannique estime que les États-Unis ont tiré des centaines de missiles dits « Joint Air-to-Surface Standoff Missiles » (JASSM) au cours des semaines de conflit au Moyen-Orient, ainsi que des missiles Tomahawk lancés depuis des navires.
« Ces deux types de missiles seraient cruciaux dans tout conflit concernant Taïwan, car ils peuvent être tirés depuis une distance hors de portée des défenses aériennes ennemies, réduisant ainsi le risque pour les avions ou les navires d’attaque, » précise le journal, qui cite des experts américains et taïwanais.
« Ma préoccupation première est que les forces américaines épuisent une grande quantité de munitions dont on suppose qu’elles auraient besoin pour contrer une attaque contre Taïwan […] Tout ceci sape la dissuasion, » déclare un haut responsable taïwanais de la défense au Financial Times.
Si les États-Unis « consacrent trop de temps à d’autres [théâtres d’opérations] au point d’y déployer trop de moyens, cela finira par créer un véritable déséquilibre, » explique un autre responsable taïwanais de la sécurité nationale.
L’inquiétude des alliés des États-Unis en Asie
Or « toutes ces munitions avaient été acquises en vue d’un conflit avec la Chine, et elles seraient absolument cruciales dans ce conflit, » affirme Eric Heginbotham, expert des questions de sécurité asiatique au célèbre MIT, spécialiste des scénarios de guerre entre les États-Unis et la Chine. « Personne n’avait vraiment prévu d’utiliser une grande partie de ces stocks dans une guerre sans rapport avec cet objectif, ou dans une guerre choisie, surtout d’une telle ampleur, » ajoute-t-il, cité par le même quotidien.
Le Pentagone ne précise jamais publiquement pour quels conflits il acquiert certaines armes mais, pour le Financial Times, les analystes militaires américains s’accordent sur l’importance des missiles utilisés contre l’Iran, y compris le JASSM, sur un théâtre de guerre tel que pourrait être une invasion militaire chinoise de Taïwan.
« De grandes quantités de missiles de croisière à longue portée et à capacité de pénétration seraient cruciales dans de nombreux scénarios de conflit entre les États-Unis et la Chine, » juge ainsi Tyler Hacker, chercheur spécialisé dans les frappes à longue portée au Center for Strategic and Budgetary Assessments, un groupe de réflexion sur la défense, basé à Washington.
Les estimations des experts concernant le stock total de JASSM des États-Unis varient entre 3 500 et 6 500. Les munitions à longue portée telles que le JASSM ou le Tomahawk constitueraient l’outil le plus important pour les forces américaines afin d’essayer d’épuiser l’arsenal de missiles de la Chine dans la phase initiale d’un conflit.
Selon les estimations publiées à la mi-mars par le Center for Strategic and International Studies (CSIS), les forces américaines ont tiré 786 missiles JASSM et 319 missiles Tomahawk au cours des six premiers jours de la guerre contre l’Iran — ce qui représente plusieurs années de production dans les deux cas.
L’amiral Samuel Paparo, commandant en chef des forces américaines dans la région indopacifique, avait averti il y a plus d’un an que l’utilisation de munitions ailleurs avait un coût pour la préparation des États-Unis dans la région indopacifique. La région « est le théâtre le plus exigeant en termes de quantité et de qualité des munitions, car [la Chine] est l’adversaire potentiel le plus redoutable au monde, » avait-il déclaré en novembre 2024.
Le New York Times n’est pas en reste dans la critique de l’opération américaine en titrant dans édition du 13 mars « comment une guerre en Iran pourrait profiter à la Chine et bouleverser l’Asie. »
« Les responsables américains affirment depuis des années qu’ils accorderaient la priorité à la région indopacifique. Aujourd’hui, ils déploient des navires de guerre, des missiles et des systèmes de défense aérienne pour une guerre au Moyen-Orient, » explique le grand quotidien américain.
« La guerre en Iran — qui a à peine deux semaines — met déjà à rude épreuve la promesse de sécurité des États-Unis dans une région que les chefs militaires américains ont qualifiée de « notre théâtre d’opérations prioritaire, » estime le journal qui cite des responsables militaires américains. « À plus long terme, les responsables et les analystes [américains] suggèrent que la guerre affaiblira l’influence américaine, renforcera les arguments chinois sur le déclin américain et accélérera une course aux armements entre les puissances moyennes, » ajoute le New York Times.
Le quotidien insiste sur les contradictions internes à l’administration américaine que révèle l’opération Epic Fury. A commencer par une promesse non tenue de faire de l’Asie la priorité absolue des États-Unis.
Taïwan fera-t-elle les frais de l’opération Epic Fury ?
Lors d’une conférence sur la sécurité régionale à Singapour en novembre 2025, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth avait souligné que les États-Unis resteraient concentrés sur la région. « Personne ne devrait douter de l’engagement des États-Unis envers nos alliés et partenaires de la région indopacifique […] Nous continuerons à soutenir nos amis, » avait-il déclaré. Une promesse que ces dirigeants en Asie pourront estimer trahie, d’autant plus que des pays comme la Corée du Sud et le Japon verront des livraisons d’armes promises probablement retardées.
Illustration de cette inquiétude : le 10 mars, le président sud-coréen Lee Jae Myung a expliqué à son cabinet que quand bien même son gouvernement s’oppose au redéploiement des défenses aériennes basées dans son pays, dont les batteries de défense anti-aérienne de haute altitude THAAD qui constituent le fleuron de l’arsenal américain, « nous ne pouvons pas obtenir tout ce que nous voulons sur cette question. »
La guerre en Iran, a-t-il ajouté, met clairement en évidence la nécessité d’une plus grande autonomie. « Si nous dépendons des autres, il arrive que cette dépendance s’effondre, » a-t-il déclaré. « Il faut toujours réfléchir à ce que l’on fera s’il n’y a pas de soutien extérieur. »
« Le retrait des défenses aériennes de Corée envoie un signal désastreux à un moment où Séoul s’inquiète déjà énormément de l’engagement chancelant de l’administration Trump envers l’Asie, » juge Ely Ratner, ancien secrétaire adjoint à la Défense chargé des affaires de sécurité en indopacifique sous la présidence de Joe Biden.
Le Japon se trouve lui aussi dans une position précaire, situé à proximité de Taïwan. Plus de 90 % du pétrole japonais transite par le détroit d’Ormuz. Une crise économique associée à une crise militaire est particulièrement lourde de sens pour Tokyo.
« Ce serait un cauchemar, » a déclaré Tsuneo Watanabe, chercheur senior à la Fondation Sasakawa pour la paix à Tokyo. « Le Japon reconnaît que tout peut arriver sous M. Trump […] Nous devons envisager le pire scénario, » a-t-il souligné, cité par le New York Times.
Parmi ceux qui attendront plus longtemps les armes américaines promises figure bien sûr Taïwan où certains craignent que la guerre n’aggrave une situation déjà difficile, affaiblissant la dissuasion américaine en raison de pénuries de munitions, et rendant plus difficile pour le gouvernement taïwanais de justifier un budget de défense plus important contesté par l’opposition pour acheter davantage d’armes américaines.
« Cela affectera inévitablement les livraisons, » déplore Shu Hsiao-huang, chercheur à l’Institut de recherche sur la défense nationale et la sécurité, un groupe de réflexion soutenu par le ministère de la Défense de Taïwan. « Nous avons déjà connu des retards, » ajoute-t-il. « Les moyens et ressources militaires américains ne peuvent pas être déployés à deux endroits à la fois, » a déclaré Chen Kuan-ting, député taïwanais et membre de la Commission des affaires étrangères et de la défense nationale de l’Assemblée législative. « Déployer les principaux moyens militaires en Asie et y faire face au principal concurrent des États-Unis correspond davantage aux intérêts américains, » affirme-t-il, cité par le quotidien Japan Times le 13 mars.
Xi Jinping renforcé face à Donald Trump
Reste aussi le fait qu’une guerre violant toutes les règles du droit international comme celle en Iran peut donner à Pékin plus de latitude pour affirmer ses revendications territoriales en mer de Chine du Sud et surtout contre Taïwan.
« Si la présence militaire américaine en Asie-Pacifique s’affaiblit, vous pouvez imaginer les conséquences. Qui en tirera profit ? » a déclaré Li Yihu, membre du parlement chinois, aux journalistes à Pékin dans des propos inhabituellement francs ce mois-ci début mars à l’issue de la réunion annuelle de l’Assemblée nationale populaire, le parlement chinois. Avant d’ajouter de manière sibylline : l’armée américaine s’étire à l’extrême à un moment où « la puissance de l’Armée populaire de libération se développe rapidement. »
« À présent, avec la guerre en Iran qui s’éternise et les États-Unis si distraits […] voici une très bonne opportunité[pour la Chine], » relève de son côté Yun Sun, du Stimson Center à Washington pour qui l’agression américaine contre l’Iran sert en outre les objectifs de propagande de la Chine.
Dans ce registre, la direction chinoise y trouvera aussi des gains pour la poursuite de sa politique du sourire en direction du Sud-Global car, comme l’affirme le quotidien japonais Nikkei Asia le 19 mars, avec « la guerre de Trump contre l’Iran, [les États-Unis] s’aliènent les pays du Sud, » une région où « la confiance perdue dans l’ordre mondial dominé par l’Occident sera difficile à regagner. »
Un marqueur de l’évolution de la situation sera à n’en pas douter l’atmosphère qui présidera au prochain sommet entre Xi Jinping et Donald Trump, un rendez-vous prévu initialement fin mars mais que le 47è président américain a reporté.
La guerre en Iran « donne à la Chine davantage de poids dans ses négociations avec Washington, » estime Gedaliah Afterman, expert de la Chine et du Moyen-Orient à l’Institut Abba Eban pour la diplomatie et les relations étrangères en Israël, cité par le New York Times.
Il fait peu de doutes que si ce sommet, reporté à la mi-mai, a bien lieu à Pékin, la posture de son hôte chinois s’en trouverait renforcée par la déroute en marche de l’Amérique en Iran. Il tentera d’obtenir de Donald Trump des concessions, en particulier sur le dossier du soutien américain à Taïwan. Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, le président américain prend en permanence des décisions qui servent les intérêts bien compris de la Chine.
Pierre-Antoine Donnet