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dimanche 15 février 2026

Faute de garanties, la Suisse pourrait annuler l’achat du système Patriot au profit du SAMP/T franco-italien

 

Décidément, la Suisse n’est pas vernie avec ses acquisitions d’équipements militaires. Ainsi, après le malentendu sur la notion de « prix fixe » avec l’administration américaine pour sa commande de trente-six chasseurs-bombardiers F-35A Block 4 auprès de Lockheed Martin et la livraison de drones MALE [Moyenne Altitude Longue Endurance] Hermes 900 HFE aux capacités amoindries, c’est au tour de l’achat de cinq systèmes de défense aérienne Patriot pour plus de 2 milliards de francs suisses [2,2 milliards d’euros] de lui poser des soucis.

Commandées en 2022 dans le cadre du programme Air 2030, aux dépens du système franco-italien SAMP/T, ces batteries Patriot devaient être initialement livrées, avec leurs missiles intercepteurs [PAC-3 MSE et PAC2 GEMT], aux forces armées suisses en 2028 au plus tard. Seulement, l’an passé, le département de la Défense, de la Protection de la population et des Sports [DDPS] fit savoir que ce calendrier n’allait pas être respecté, les États-Unis ayant décidé de donner la priorité à l’Ukraine.

« Les livraisons à la Suisse prendront ainsi du retard. Pour l’instant, on ignore combien de systèmes seront concernés et si la livraison des missiles sera également impactée. Il est pour l’heure impossible de déterminer la durée des retards et d’estimer s’il y aura d’autres répercussions pour la Suisse. Les clarifications sont en cours », avait-il en effet indiqué, en juillet dernier. Ce dossier n’a pas évolué depuis, ce qui a entraîné, selon la presse helvétique, la suspension des paiements, alors que 650 millions de francs suisses ont déjà été versés.

Cependant, des sources citées par l’hebdomadaire NZZ am Sonntag ont confié que l’Office fédéral de l’armement [Armasuisse] espérait avoir un nouveau calendrier d’ici la fin du mois de mars. Et cela alors que Lockheed Martin a récemment annoncé qu’il allait tripler la production de missiles PAC-3 MSE, celle-ci devant s’établir à 2 000 exemplaires par an.

Reste que, pour le moment, le gouvernement suisse n’a encore aucune garantie sur les nouveaux délais de livraison des batteries Patriot. Et encore moins sur le coût final étant donné que, en raison de la demande mondiale, le prix des missiles intercepteurs a fortement augmenté.

Selon NZZ am Sonntag, le DDPS envisagerait une alternative au système Patriot dans le cas où les discussions avec Washington s’éterniseraient. « Il n’est pas exclu que d’autres fabricants soient alors envisagés », ont confié les sources de l’hebdomadaire.

Président de l’association de militaires d’active Pro Militia, le colonel Dominik Riner s’attend à une telle issue. « La Suisse n’est tout simplement plus une priorité pour les Américains. Il faut se rendre à l’évidence. Car, malheureusement, on peut raisonnablement penser que la situation ne s’améliorera pas dans les années à venir », a-t-il dit. En outre, même si les systèmes Patriot sont livrés en 2029, il faudra encore des années pour qu’ils soient pleinement opérationnels.

Ce constat est partagé par certains responsables politiques, comme Mauro Tuena, membre de l’Union démocratique du Centre [UDC, conservateur]. « Nous avons besoin d’un système de défense aérienne terrestre. Si l’armée ne peut pas déployer les systèmes Patriot d’ici 2029 au plus tard, nous devons alors commencer à réfléchir aux alternatives possibles sans tarder », a-t-il estimé.

La solution la plus évidente repose sur le SAMP/T NG franco-italien. Mais encore faut-il que Berne annule la commande des systèmes Patriot. Or, pour le colonel Stefan Holenstein, officier d’état-major et président de l’Association des sociétés militaires, ce serait « sans doute la chose la plus stupide » à faire. En effet, selon lui, la Suisse devrait « acquérir davantage d’armements américains » afin de gagner la confiance des États-Unis pour que ceux-ci livrent les équipements déjà commandés plus vite.

« Cela serait possible si le gouvernement commandait des batteries Patriot supplémentaires. […] Cela montrerait aux États-Unis que nous sommes déterminés à augmenter nos dépenses militaires et à renforcer notre défense nationale », a-t-il plaidé.

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