Certains des nouveaux documents publiés vendredi par le ministère américain de la Justice liés à l'affaire Epstein font référence au président Donald Trump et à d'autres personnalités de premier plan, comme Bill Gates. L'AFP fait le point sur ce que contiennent ces fichiers à leur propos. Aucun n'est dans le viseur de la justice à ce sujet.
Donald Trump
Les documents fraîchement diffusés contiennent une liste établie par le FBI, la police fédérale américaine, d'allégations d'agressions sexuelles liées au président Donald Trump, dont beaucoup provenaient d'appels anonymes et d'informations non vérifiées. Ces allégations, obtenues pour certaines via des sources indirectes, ont été transmises par téléphone ou bien par voie électronique au Centre national de gestion des menaces du FBI.
Le document suggère que les enquêteurs ont donné suite à certaines de ces informations. D'autres ont été jugées peu crédibles. Donald Trump nie depuis longtemps toute implication dans les agissements du criminel sexuel Jeffrey Epstein. «Certains des documents contiennent des allégations mensongères et sensationnalistes à l'encontre du président Trump,» écrit le ministère de la Justice. «Ces allégations sont infondées et fausses.»
Bill Gates
Dans un brouillon d'email figurant parmi les documents publiés vendredi, Jeffrey Epstein assurait que Bill Gates, cofondateur de Microsoft, entretenait des relations extraconjugales et qu'il aurait eu une maladie vénérienne après des rapports avec de jeunes femmes russes. Le financier new-yorkais y affirmait que sa relation avec ce milliardaire allait permettre d'«aider Bill à trouver de la drogue, afin de faire face aux conséquences du sexe avec des filles russes, à faciliter des rendez-vous illicites avec des femmes mariées.»
Richard Branson
Les fichiers mentionnent la relation amicale de Jeffrey Epstein avec le milliardaire britannique Richard Branson, cofondateur de Virgin Group. Dans un email envoyé à Epstein en septembre 2013, il écrivait: «C'était vraiment sympa de te voir hier. (...) Si tu passes dans la région, je serai ravi de te revoir. A condition que tu m'amènes ton harem!»
Elon Musk
Apparaissent également de nombreux échanges de mails entre Jeffrey Epstein et l'entrepreneur Elon Musk. En novembre 2012, Jeffrey Epstein lui a écrit un courriel demandant «combien de personnes seront à bord de l'hélicoptère pour se rendre sur l'île». «Probablement juste Talulah et moi. Quel jour/soirée aura lieu la fête la plus folle sur ton île?», a répondu le milliardaire. Jeffrey Epstein possédait deux îles dans les Caraïbes. L'une d'elles serait selon l'accusation le lieu où il aurait agressé sexuellement plusieurs femmes et filles mineures.
Andrew Mountbatten-Windsor
L'ancien prince déchu a invité Jeffrey Epstein à lui rendre visite au palais de Buckingham en septembre 2010, alors que le financier était en voyage à Londres. Un échange de courriels montre qu'il a contacté Andrew Mountbatten-Windsor pour lui demander: «A quelle heure souhaitez-vous que je (...), nous aurons également besoin (...) d'un moment en privé». Ce à quoi Andrew avait répondu: «Nous pourrions dîner au palais de Buckingham et bénéficier d'une grande intimité».
Howard Lutnick
Des emails montrent que Jeffrey Epstein et l'homme d'affaires Howard Lutnick, l'actuel secrétaire au Commerce de Donald Trump, avaient prévu en décembre 2012 de déjeuner sur l'île du financier. «Nous arrivons vers vous depuis Saint Thomas», a écrit la femme d'Howard Lutnick à la secrétaire de Jeffrey Epstein, lui demandant où ils devaient jeter l'ancre.
Steve Tisch
Plusieurs emails suggèrent que Jeffrey Epstein a mis en relation Steve Tisch, producteur de «Forrest Gump» et propriétaire des Giants de New York, équipe de football américain, avec plusieurs femmes. Dans un échange avec lui, le criminel sexuel décrit une femme comme étant «russe, qui dit rarement la vérité, mais qui est amusante».
Princesse Mette-Marit, future reine de Norvège
Le nom de Mette-Marit, épouse du prince héritier Haakon, apparaît au moins un millier de fois, selon le journal norvégien Verdens Gang (VG), dans les millions de pages diffusées vendredi par le ministère américain de la Justice.
Le contenu et le ton des échanges entre 2011 et 2014, publiés ce week-end dans la presse norvégienne, attestent d'une forme de complicité entre Mette-Marit et Jeffrey Epstein. En 2012, alors que Epstein dit être à Paris «en quête d'une épouse», elle lui répond que la capitale française est «bien pour l'adultère» mais que «les Scandinaves (font) de meilleures femmes».
En réaction à ces révélations, Mette-Marit a admis avoir «commis une erreur de jugement». «Je regrette profondément avoir eu le moindre contact avec Epstein. C'est tout simplement embarrassant», a-t-elle dit dans une déclaration transmise par le Palais royal à l'AFP.
Le président du comité des JO de Los Angeles 2028, Casey Wasserman
Le président du comité d'organisation des Jeux olympiques de Los Angeles 2028, Casey Wasserman, a présenté samedi ses excuses après que son nom est apparu parmi les derniers documents liés à l'affaire. Ces documents sont des échanges d'e-mails salaces en 2003 entre Casey Wasserman et Ghislaine Maxwell, qui purge une peine de 20 ans de prison pour avoir aidé Epstein à recruter des prostituées mineures.
«Je regrette profondément ma correspondance avec Ghislaine Maxwell, qui a eu lieu il y a plus de 20 ans, bien avant que ses crimes horribles ne soient révélés au grand jour», a déclaré Casey Wasserman, 51 ans, dans un communiqué obtenu par l'AFP.
Miroslav Lajcák, conseiller du Premier ministre slovaque
Le Premier ministre slovaque Robert Fico a annoncé samedi sur Facebook avoir accepté la démission de son conseiller Miroslav Lajcák, ancien ministre des Affaires étrangères du pays accusé d'avoir échangé avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein.
«J'accepte son offre de mettre fin à notre collaboration, même si nous perdons tous, pas seulement moi, une source incroyable d'expérience et de connaissances en politique étrangère», a dit le chef du gouvernement nationaliste dans une vidéo.
D'après un échange de SMS consulté par la BBC, datant de 2018, le criminel sexuel promettait des femmes à Miroslav Lajcák, à l'époque chef de la diplomatie slovaque, dans une discussion au ton léger. Robert Fico juge que son conseiller s'est montré «grand diplomate» en démissionnant.
Peter Mandelson, ex-ambassadeur britannique
Peter Mandelson, ex-ambassadeur britannique aux Etats-Unis limogé pour ses liens avec Jeffrey Epstein, a quitté dimanche soir le parti travailliste britannique, dont il était une figure historique, après de nouvelles révélations sur sa relation avec le criminel sexuel américain. L'ancien ministre aurait à plusieurs reprises reçu de l'argent d'Epstein au début des années 2000, selon des documents publiés vendredi par le ministère américain de la Justice.
«Des allégations que je crois fausses, selon lesquelles (Epstein) m'aurait versé de l'argent il y a vingt ans – et dont je n'ai ni trace, ni souvenir, nécessitent une enquête de ma part», a-t-il écrit dans une lettre adressée à Hollie Ridley, secrétaire générale du Labour. Il apparaît aussi sur de nouvelles photos non-datées, en tee-shirt et caleçon à côté d'une femme. Il avait dit dimanche matin ne «pas parvenir à situer le lieu, ni à identifier la femme».
Le prince déchu Andrew
La publication de nouveaux emails et de photos compromettantes du dossier Epstein – qui le montrent à quatre pattes au-dessus d'une femme allongée – a encore fait monter la pression sur le prince déchu Andrew, que le Premier ministre britannique Keir Starmer a appelé à témoigner aux Etats-Unis sur les crimes du financier américain. Une deuxième accusatrice de Jeffrey Epstein a affirmé que le criminel sexuel américain l'avait envoyée au Royaume-Uni pour avoir des relations sexuelles avec Andrew, a rapporté la BBC.
L'avocat américain représentant cette femme, Brad Edwards, a affirmé samedi soir au média britannique que la relation présumée avait eu lieu en 2010, dans la résidence de l'ex-prince située dans le domaine de Windsor, à l'ouest de Londres, alors que sa cliente était âgée d'une vingtaine d'années.
Epstein rendait dépendantes des jeunes femmes en Suisse
«Bonjour de Suisse!» peut-on lire dans l'objet d'un e-mail adressé à Jeffrey Epstein le 1er octobre 2014. L'expéditrice cite le roman «Lolita»: «Rien n'est plus conservateur qu'un enfant, surtout une fille (...), aussi mystérieuse qu'une nymphe dans la brume des vergers d'octobre». La femme écrit qu'il faut trouver des «assistantes» – «pour que tu (ndlr: Epstein) puisses faire ce que tu veux avec elles ... hmm ... mon dangereux Jeffrey ;)». A la fin de la lettre, on peut lire: «Bisous de la belle Suisse.»
Vendredi, le ministère américain de la Justice a déclassifié trois millions de pages supplémentaires de dossiers d'enquête. La montagne de documents contient de nouveaux détails sur le réseau d'abus d'Epstein: comment le financier new-yorkais a recruté et exploité sexuellement des mineures et des jeunes femmes pendant des années, ou avec quels complices, comme Ghislaine Maxwell ou d'autres, il a pu agir de la sorte.
Au moins cinq femmes concernées
Il faudra des semaines pour que tous les documents soient analysés. Les premières recherches de Blick révèlent toutefois de nouveaux liens avec la Suisse. Epstein entretenait des contacts systématiques avec des femmes de ce pays. Il est impossible d'en évaluer l'ampleur exacte, car de nombreuses victimes ont été anonymisées, c'est ce que prescrit la loi américaine. Mais ces occultations sont parfois incohérentes.
On peut ainsi constater que Jeffrey Epstein était en contact avec au moins cinq femmes en Suisse. La plupart d'entre elles étaient originaires de Russie ou d'Ukraine. Beaucoup d'entre elles étaient dans une situation financière précaire. Elles écrivaient à Epstein des mails parfois intimes, échangeaient avec lui via divers services de messagerie.
L'assistante d'Epstein, Lesley Groff, se chargeait régulièrement de la conversation. Surtout lorsqu'il s'agissait d'organisation: billets d'avion, visas, hôtels. Lesley Groff faisait partie du cercle le plus proche d'Epstein. Elle coordonnait les rendez-vous, les voyages et faisait venir des filles sur l'île privée d'Epstein.
34'510 francs pour une école d'élite
Le cas d'une jeune Russe montre comment Epstein rendait les jeunes femmes en Suisse financièrement dépendantes de lui. Jeffrey Epstein lui a financé un cours d'été dans une école d'élite au bord du lac Léman. Coût du financement: 34'510 francs pour six semaines entre juin et juillet 2019. Le criminel s'est finalement fait arrêter avant même la fin du cours et s'est pendu dans sa cellule à New York.
Blick dispose d'e-mails et de factures. Selon ces documents, Epstein versait l'argent via un intermédiaire nommé Richard Kahn. Ce comptable américain a travaillé pendant de nombreuses années pour Epstein. Il a géré ses finances et les structures de l'entreprise et a été nommé exécuteur testamentaire de la succession d'Epstein après son décès. Ce n'est que récemment que Richard Kahn a reçu une convocation pour témoigner devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants des Etats-Unis.
Richard Kahn n'est pas seulement apparu comme le sponsor de la coûteuse école privée de la jeune femme, il lui a également organisé des billets d'avion et de train. Cela rappelle le cas d'une jeune danseuse de ballet à Genève, à qui Epstein a versé des milliers de dollars sur plusieurs années, selon les journaux de Tamedia.
«Tu t'amuses sur ton île?»
Une confidente d'Epstein a organisé pour la femme un vol vers Miami, où le New-Yorkais avait l'une de ses résidences. Dans un e-mail, la femme lui a écrit: «Cher Jeffrey, ma gratitude envers toi est sans limite. Cela me manque de te donner un massage des pieds.»
Dans les dossiers nouvellement déclassifiés, on trouve d'autres e-mails entre Epstein et des femmes en Suisse. «Hey Jeffrey, tu t'amuses sur ton île?», lui demande une femme d'Europe de l'Est en décembre 2010, tout en lui envoyant «un gros bisou» depuis la Suisse.
D'autres femmes racontent à Epstein leur quotidien ici en Suisse. De l'école en passant par leurs loisirs. Elles lui envoient des photos et des emojis en forme de cœur. L'une d'elles écrit: «Je suis en train de passer une matinée de paresse après le concert d'hier à Lugano.»
Des promesses mirobolantes
Les victimes d'Epstein étaient souvent issues de milieux difficiles. Le multimillionnaire faisait miroiter aux filles et aux jeunes femmes vulnérables une formation ou une carrière de mannequin. Et donc une vie meilleure en fin de compte. Une partie de son système d'exploitation consistait à prendre en charge tous les frais et à créer ainsi des dépendances.
Le cas d'une femme de Moscou qui s'est rendue en Suisse en est une parfaite illustration. Dans un e-mail adressé à Lesley Groff, l'assistante d'Epstein, elle écrit que le «Monsieur» lui a dit de s'adresser à elle «pour l'argent». Elle avait besoin d'un billet pour la Suisse, d'un hôtel ainsi que «d'un peu d'argent» pour couvrir les dépenses liées à «l'équipement scolaire, aux excursions, à la nourriture, etc».
«C'est à toi que je dois tout ça!»
D'autres messages prouvent qu'Epstein a rencontré au moins une femme en personne. Dans un SMS de septembre 2018, une femme se réjouit d'avoir tout juste obtenu un visa pour la Suisse. Elle s'adresse à Epstein en l'appelant «Monsieur». Un titre qui revient souvent dans les dossiers.
«Je voudrais partir directement demain soir pour la Suisse», écrit-elle. Jeffrey Epstein répond promptement: «Parfait, comme c'est excitant». Tout en ajoutant: «Je viendrai te voir ce soir à 11h.»
Le lendemain, il lui souhaite un bon vol par SMS. Elle le remercie «pour cette aventure». Quelques jours plus tard, elle lui envoie une photo montrant probablement le lac Léman. «C'est à toi que je dois tout ça!!! Merci beaucoup!!!!!»
Robin Bäni
Fabian Eberhard