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vendredi 2 janvier 2026

Les missiles balistiques, une révolution à venir dans la guerre navale ?

 

Iskander, Kinzhal, Khalij Fars, Tankil, Dong Feng, Hwasong, les missiles balistiques font, depuis des mois, la une de l’actualité des théâtres d’opération. Employés dans un cadre tactique sur le théâtre ukrainien ou contre Israël, développés pour faire peser une menace stratégique dans les mers de Chine ou au-delà de la première chaîne d’îles dans le Pacifique, leur emploi se démocratise.

Auparavant apanage des États, voire des États « dotés » pour les plus performants d’entre eux, les missiles balistiques sont désormais à la portée de groupes paramilitaires qui n’hésitent plus à en faire usage contre des acteurs militaires ou civils. Hormis cette dissémination sur les différents points chauds de la planète, l’une des grandes nouveautés de ces derniers mois réside dans l’utilisation de ces missiles contre des navires de commerce et des bâtiments de guerre, c’est-à‑dire des cibles mobiles, alors que ces armes avaient initialement été conçues pour frapper des objectifs fixes. Cette capacité régulièrement affichée par la Chine, la Russie ou l’Iran semble désormais une réalité après son emploi avec succès, à plusieurs reprises, par les Houthis en mer Rouge.

Dès lors, un emploi généralisé de ces armes à longue portée et à très grande vélocité contre des cibles mobiles en mer pourrait en faire un puissant outil pour contester l’accès à de nombreux détroits, mais également aux approches maritimes, limitant, de fait, la liberté de manœuvre des marines à capacité expéditionnaire. L’une des forces des marines occidentales, et en particulier de celles dotées de porte – avions, réside dans leur aptitude à projeter leur puissance contre n’importe quel adversaire, s’appuyant sur la liberté qu’offrent les océans pour s’approcher des côtes afin de mettre en œuvre leurs armes. Le missile balistique est-il en train de bouleverser le rapport de force entre déni d’accès et projection de puissance ?

La mer Rouge, devenue ces derniers mois une sorte de laboratoire d’essais en grandeur nature d’armements antinavires, offre quelques éclairages sur cette question. Il reste cependant nécessaire d’analyser le fonctionnement de ces armements balistiques afin d’en relativiser la menace. Nonobstant, l’évolution et la généralisation de leur emploi demeurent une réalité qu’il convient de prendre en compte dans les évolutions du combat naval au risque de se trouver incapable d’y faire face à l’avenir.

La mer Rouge, laboratoire de l’emploi des missiles balistiques contre des navires

Le niveau de violence en mer augmente

Le 26 janvier 2024, dans le golfe d’Aden, le Marlin Luanda, un chimiquier transportant une cargaison de naphta, un produit pétrolier léger très volatil, a été frappé par un missile balistique à la tombée de la nuit après avoir déjà échappé à deux attaques des Houthis plus tôt dans la journée. La cargaison très volatile qu’il transportait a pris feu instantanément et il aura fallu une nuit entière à l’équipage, assisté du destroyer américain USS Carney et de la frégate française Alsace, pour venir à bout de l’incendie et sauver le navire. L’équipage du Marlin Luanda a reçu le prix de l’Organisation maritime internationale 2024 pour cet acte héroïque en mer. Il s’agissait pour la Marine nationale de la première observation réelle de l’emploi réussi d’un missile balistique contre un navire en mouvement. La mission conduite par l’Alsace en mer Rouge lui a permis de vérifier la généralisation de l’emploi de ces missiles, les Houthis faisant preuve d’une désinhibition dans l’usage de la violence, lançant sans restriction ces armes contre leurs cibles, militaires comme civiles. Le 18 février, le Rubymar, un cargo transportant de l’engrais, a été la cible d’un missile balistique au nord du détroit de Bab el-Mandeb, puis a sombré au sud des îles Hannish le 2 mars, l’équipage ayant été évacué à bord du cargo Lobivia. Le 6 mars, les marins du vraquier True Confidence ont eu moins de chance : trois sont décédés après avoir été frappés par un missile, les autres ont survécu en se jetant par – dessus bord avant d’être happés par les flammes.

Plus largement, les rapports de la Lloyds, entre décembre 2023 et octobre 2024, présentent une évaluation des attaques en mer Rouge depuis le détournement du Galaxy Leader. D’après ces rapports, fin octobre 2024, 17 navires avaient été touchés par des missiles et 72 impacts de missiles à proximité des navires ont été recensés par les équipages. Ces chiffres doivent être pris avec précaution, car les marins des navires de commerce qui renseignent la Lloyds ne possèdent pas forcément l’expertise pour différencier un impact de drone de celui d’un missile antinavire ou d’un missile balistique. Néanmoins, le nombre d’attaques avoisine la centaine en moins d’un an et si, heureusement, le nombre de décès se compte sur les doigts d’une main, l’emploi d’armes de guerre contre des navires de commerce démontre une absence de retenue dans l’usage de la force par les Houthis, qui n’hésitent pas non plus à cibler les marines occidentales et la marine américaine en particulier. Encore récemment, le 11 novembre, ils ont lancé une attaque contre l’USS Spruance et l’USS Stockdale alors que ces bâtiments venaient de franchir le détroit de Bab el-Mandeb. Selon l’US Naval Institute, l’attaque comportait cinq missiles balistiques. Le 21 mars, c’était la frégate française Alsace et son convoi qui étaient la cible de ces missiles, heureusement interceptés par le bâtiment de guerre.

La prolifération des missiles balistiques

La première conclusion qui apparaît en étudiant les attaques des séparatistes yéménites est la large dissémination de la menace balistique. Après la signature du traité sur les Forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) le 8 décembre 1987, les États-Unis et leurs alliés se sont désintéressés des missiles balistiques tactiques pour deux raisons : l’interdiction d’une partie d’entre eux par ce traité et la fin de la guerre froide, qui a progressivement écarté les menaces de confrontation terrestre sur le sol de l’Europe et recentré l’activité opérationnelle vers la gestion de crises dans le monde et donc les opérations expéditionnaires. Pour remplir ces nouvelles missions, et notamment la projection de puissance depuis des navires, l’US Navy et la Marine nationale préféreront l’emploi du porte-avions et de missiles de croisière à l’arme balistique, conservée pour la dissuasion nucléaire. Parallèlement, l’Union soviétique puis la Russie ont exporté de façon continue leurs armes balistiques puis leur savoir – faire vers des nations proches d’elles politiquement.

Ces nations se sont ainsi équipées de ces armes pour résoudre des différends frontaliers ; c’est le cas des Scud pour l’Irak puis des Shahab‑1 de l’Iran. Mais le grand gagnant du traité FNI reste la République populaire de Chine (RPC) qui, n’en étant pas signataire, a pu développer une gamme très complète de missiles balistiques mis en œuvre par une armée spécialement affectée à cette mission : la PLARF (People’s liberation army rocket force) chargée de mettre en œuvre les armes nucléaires et conventionnelles. En outre, le caractère dual des missiles balistiques fait partie également des arrière – pensées d’États non dotés ou d’États du seuil. C’est le cas des missiles Hwasong nord – coréens, pour le moment conventionnels, mais dont les plus puissants seraient susceptibles d’emporter une tête nucléaire. Même les armes balistiques sud – coréennes développées pour assurer une forme de « dissuasion conventionnelle » doivent être prises en compte de façon particulière dans la mesure où la question du développement d’une dissuasion nucléaire n’est pas taboue dans ce pays. Mais c’est leur emploi à des fins de contestation de l’accès aux espaces maritimes qui interpelle aujourd’hui les marines occidentales.

Missiles balistiques contre cibles mobiles

Les deux principales nations à avoir développé massivement des capacités balistiques antinavires sont la RPC et l’Iran. Tous deux font face à des situations comparables : la crainte d’un conflit avec l’US Navy et sa capacité de projection de puissance dans un espace maritime dont les accès sont contraints (détroit d’Ormuz pour l’Iran, première chaîne d’îles pour la RPC). En effet, le vol balistique étant par nature non piloté, il faut, pour atteindre une cible mobile, connaître à l’avance son trajet pendant que le missile est en vol. Un passage obligé par un détroit offre en ce sens une opportunité pour un tir balistique. Malgré tout, atteindre une cible mobile à plusieurs dizaines, voire centaines, de kilomètres semble très complexe sans un guidage final pour corriger les imprécisions du vol ou les évolutions imprévues de la cible. S’ouvre alors la question des autodirecteurs installés sur des missiles balistiques, sujet technologiquement complexe qui alimente les débats concernant leurs performances ou la possibilité de piloter une partie du vol, en dehors du domaine balistique, pour en améliorer la précision terminale.

Les forces et les faiblesses des missiles balistiques

Si les missiles balistiques sont des armes impressionnantes par leur portée, leur vitesse et les charges qu’ils peuvent emporter, il convient cependant de ne pas occulter leurs faiblesses d’emploi contre des cibles mobiles navales.

Portée et célérité

La force des missiles balistiques réside dans leur portée et leur vitesse. Les missiles balistiques intercontinentaux de la dissuasion nucléaire sont les seules armes à être en mesure de frapper à l’autre bout de la planète. Les missiles balistiques des Houthis ont des portées bien plus modestes, mais qui dépassent facilement la centaine de kilomètres, voire le double. Cette portée donne la possibilité d’engager une cible navale depuis une position en profondeur dans les terres, ce qui place le tireur hors de danger de toute riposte immédiate. Les Houthis peuvent donc atteindre aussi bien le golfe d’Oman que la mer Rouge. Ils ont montré qu’ils étaient capables de menacer la mer d’Arabie après un tir rapporté le 12 mars par le média d’État russe RIA Novosti et ont même annoncé vouloir atteindre des cibles jusqu’au cap de Bonne – Espérance.

Pour atteindre ces portées, la puissance d’accélération fournie au décollage des missiles intercontinentaux les propulse à des vitesses largement hypersoniques (supérieures à cinq fois la vitesse du son) et, même si le frottement dans les couches de l’atmosphère les freine durant leur descente, ils peuvent atteindre leur cible à des vitesses qui restent au – delà du domaine hypersonique. Même les missiles balistiques à courte portée mis en œuvre par les Houthis en mer Rouge atteignent des vitesses plusieurs fois supérieures à celle du son, ce qui en fait des menaces complexes à intercepter du fait du peu de temps laissé aux opérateurs ciblés pour réagir.

Évolution de la précision

Néanmoins, les armes balistiques demeurent relativement imprécises. Leur précision se mesure en CEP (Circular error probability : probabilité d’erreur circulaire, qui désigne le rayon d’un cercle dans lequel le missile a une probabilité de tomber ; la CEP95, souvent utilisée, considère un cercle dans lequel le missile a 95 % de chance terminer son vol). Cette CEP se chiffre en dizaines, voire en centaines de mètres. Pour un missile nucléaire, la précision n’est pas forcément un enjeu, compte tenu des dégâts causés par l’explosion. Pour les armes tactiques, cette imprécision est compensée par la quantité d’explosif qu’ils emportent. Cependant, la précision de ces missiles s’est progressivement accrue grâce à des guidages terminaux. C’était le cas du missile Pershing‑2 dont la « faible » charge nucléaire était compensée par un guidage terminal radar lui offrant une précision de l’ordre d’une trentaine de mètres. Cette technologie de pointe dans les années 1970 s’est depuis démocratisée et se retrouve probablement dans plusieurs armements balistiques.

Désormais, l’objectif de l’Iran ou de la RPC n’est plus de gagner en précision contre des objectifs fixes, mais de réussir à atteindre des cibles navales en mouvement. Cet objectif impose de disposer d’un autodirecteur. À titre d’exemple, le DF‑21 chinois, présenté comme pouvant atteindre 10 fois la vitesse du son et dont la portée est de 1 700 km, aurait besoin de 8 minutes environ, s’il conservait cette vitesse durant tout son vol, pour atteindre sa portée maximale, ce qui laisserait à un bâtiment lancé à 25 nœuds la possibilité de parcourir six kilomètres. Sans pilotage du missile durant son vol ou sans autodirecteur, le missile n’a aucune chance d’atteindre sa cible si cette dernière ne suit pas une route rectiligne uniforme. Au vu des résultats des attaques des Houthis en mer Rouge, le groupe rebelle yéménite semble avoir trouvé un moyen de résoudre ce problème.

Pas de révolution malgré tout

Il reste néanmoins qu’au-delà de l’effet dissuasif d’un missile qui arrive à plusieurs fois la vitesse du son, les performances observées de ces armes se révèlent pour le moment bien en deçà des annonces d’invulnérabilité qui les entourent. À ce titre, les missiles tirés en Ukraine par la Russie offrent une excellente occasion de mesurer leurs performances réelles. Le 18 mars 2022, des chasseurs russes ont tiré pour la première fois des missiles Kinzhal, missiles balistiques aéroportés annoncés comme étant capables d’atteindre des vitesses hypersoniques. Or, si les premiers tirs ont pu surprendre les défenseurs par leur vitesse, l’Ukraine a ensuite annoncé en avoir intercepté en utilisant des batteries de missiles Patriot. Si les missiles balistiques peuvent atteindre des vitesses spectaculaires, la courbe de leur vol est prédictible et la vitesse d’impact est réduite par la dégradation de l’énergie du missile en raison des frottements de l’air durant tout le vol endoatmosphérique. Ce phénomène est en outre fortement amplifié dès que le missile doit évoluer pour gagner en précision ou atteindre une cible mobile.

Le bâtiment de combat reste une cible complexe à atteindre

Lorsque des armes balistiques sont employées contre des bâtiments, l’équation se complexifie. Les Houthis ont certes démontré qu’ils parvenaient à toucher des navires de commerce en mouvement. Cependant, le processus de ciblage employé pour frapper ce type de navires reste obscur. Les cargos étant des cibles imposantes qui suivent des routes stables et qui progressent à vitesse continue, il semble possible, dès qu’ils sont suivis par un radar, de prévoir leur position future pour la cibler.

Cependant, cette hypothèse ne serait pas applicable contre un bâtiment de combat. Tout d’abord, la cible reste plus petite qu’un navire de commerce, beaucoup plus mobile et sa cinématique demeure imprévisible. D’autre part, la résistance de ces unités aux agressions de combat induit qu’un missile qui exploserait en touchant l’eau à proximité du bâtiment ne causerait quasi aucun dommage. Seul un coup au but pourrait provoquer de réels dégâts à un bâtiment de combat. Enfin, si malgré tout la question du ciblage du bâtiment de combat était résolue, il n’en demeurerait pas moins que la force de ces unités réside dans la colocalisation de leur chaîne de commandement, du système de détection radar et/ou infrarouge et du système d’armes, ce qui réduit considérablement le délai de réaction face à une menace, compensant ainsi en partie la vitesse de ces armements. Pour l’ensemble de ces raisons, les missiles balistiques demeurent des armes peu adaptées à un emploi antinavire. On ne recense d’ailleurs aucun tir au but réussi en mer Rouge contre des navires de guerre.

Un danger à relativiser, mais une adaptation nécessaire à la menace

Si, aujourd’hui, la dangerosité des missiles balistiques doit être modulée par leur relative précision et la possibilité ou non d’en corriger la phase terminale de vol, il n’en reste pas moins que leur prolifération doit être prise en compte par la Marine nationale. Si la précision des armes qui ont été tirées en mer Rouge ou en Ukraine semble très perfectible, plusieurs nations (la Russie, la RPC ou l’Iran notamment) déclarent posséder des missiles antinavires à trajectoire quasi balistique capables d’atteindre des bâtiments de guerre grâce à leur manœuvrabilité et à leur autodirecteur. De telles capacités augmenteraient fortement la létalité de ces armes. Même si elles n’existaient pas encore, elles finiraient par être mises au point un jour compte tenu du nombre de pays qui œuvrent pour s’en doter.

Adapter nos entraînements et nos équipements

La lutte contre les menaces balistiques en mer nécessite des équipements adaptés et des entraînements en adéquation avec des armes quatre fois plus rapides que les missiles antinavires subsoniques contre lesquels s’entraînent la plupart des marines occidentales. Pendant plusieurs décennies, la menace principale était le missile antinavire volant au ras de l’eau afin d’être détecté le plus tard possible. Celui-ci est demeuré longtemps subsonique avant que n’apparaissent les premiers missiles supersoniques à vol terminal rasant. La menace balistique sort des domaines standards de la lutte antimissile navale : la menace arrive de très haut, elle peut être extra – atmosphérique durant une partie de son vol et sa vitesse est plusieurs fois supérieures à celle du son. Du point de vue capacitaire, la Marine nationale devrait disposer de capacités spécifiquement antibalistiques sur les frégates de défense aérienne à leur refonte à mi-vie en 2027 grâce au radar SMART‑L MM et au missile Aster B1NT.

Malgré tout, les interceptions de l’Alsace en mars 2024 montrent que contre des missiles balistiques de courte portée, les unités de défense aérienne françaises ne sont pas dépourvues de capacités. Reste alors la question de l’entraînement. Faire face à la fulgurance de ces missiles et résister au stress qui les accompagne demande une mise en condition particulière pour les opérateurs afin de s’assurer que malgré le risque de sidération, ils sauront réaliser à temps les actions réflexes nécessaires à l’interception du missile. Ce type d’entraînement et de mise en condition nécessite des cibles adaptées, très rapides, manœuvrantes et si possible détectées tardivement pour s’assurer que les marins confrontés à cette menace sauront réagir même s’ils sont pris par surprise. Là encore, des projets existent au sein de la Marine nationale pour entraîner les marins face à des menaces supersoniques.

De l’importance des alerteurs

Enfin, pour faire face à des missiles dépassant le domaine supersonique pour évoluer à des vitesses hypersoniques, une mise en alerte au plus tôt du bâtiment ciblé paraît nécessaire. Les États-Unis ont pris en compte la menace balistique depuis très longtemps et développé un système d’alerte basé sur une constellation de satellites équipés de capteurs infrarouges. Ce système, initialement créé pour donner du préavis de décision en cas d’attaque du pays par des missiles intercontinentaux, est devenu un outil d’alerte des unités de l’US Navy face aux missiles balistiques à courte portée tirés en mer Rouge. L’OTAN dispose d’un service de shared early warning basé sur ce système qui fournit en permanence une alerte à tous ses membres sur le lancement de missiles balistiques tactiques. Ce service reste cependant dépendant des capacités américaines mises à la disposition de l’Alliance.

Prudence et anticipation

La prolifération des missiles balistiques tactiques dans les conflits récents et désormais leur emploi en mer contre des cibles mobiles est une nouvelle caractéristique des théâtres d’opérations que la France doit prendre en compte. S’ils ont été longtemps délaissés par les pays occidentaux au profit d’armes plus précises comme les missiles de croisière, qui ont le mérite de réduire le risque de dommages collatéraux, la généralisation de leur emploi par nos compétiteurs s’est accompagnée d’améliorations qui en font désormais des armes suffisamment évoluées pour atteindre des cibles mobiles en mer. Produits en grande série, en particulier pour les versions à courte portée, ils sont devenus une réalité des champs de bataille où ils sont mis en œuvre non seulement par des États, mais également par des groupes armés bien plus modestes. Si cette recrudescence de l’emploi des armes balistiques nécessite une prise en compte par les états – majors occidentaux pour adapter leurs équipements et leurs procédures, ces missiles ne semblent pas, à ce stade, apporter de vraie révolution sur le champ de bataille. En particulier, ils montrent pour le moment leurs limites contre des cibles navales. Néanmoins, compte tenu du nombre de nations qui s’en dotent, il est probable que leurs performances vont continuer de s’améliorer rapidement, ce qui incite à la prudence et à l’anticipation.

Jérôme Henry

areion24.news