La forme des empires a évolué avec le temps et avec les moyens disponibles, mais les logiques impérialistes n’ont pas disparu. Bien au contraire, nous observons partout le retour des aspirations impérialistes dans différentes régions du monde, de nombreux pays étant à la recherche de leur âge d’or.
À la disparition de l’Union soviétique et la fin de la guerre du Golfe en 1991, le monde a perçu le système unipolaire dominé par les États-Unis comme immuable. L’hégémonie américaine, éclatante sur les plans militaire, politique et économique, semblait également incontestée dans les domaines de la culture et des nouvelles technologies. Cette hiérarchie a structuré l’ordre international des années 1990 et 2000, en marginalisant les autres centres de puissance. Pourtant, cet ordre unipolaire, longtemps présenté comme inébranlable, montre aujourd’hui ses limites et laisse progressivement place à une restructuration profonde du système international. De nouvelles puissances émergent, d’abord au niveau régional puis, une fois leur position assise dans leur région, au niveau global. Chine et Russie en tête, ces puissances contestent non seulement la domination américaine, mais plus largement la domination occidentale sur les relations internationales. Le renforcement de pôles régionaux autour de puissances telles que l’Inde, le Brésil, la Turquie ou encore l’Arabie saoudite illustre cette restructuration. Avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, les tensions géopolitiques, les rivalités technologiques et les transitions énergétiques sont accrues, accélérant la reconfiguration du monde d’un ordre unipolaire à un système multipolaire.
Pourtant, cette multipolarité en devenir ne se traduit pas pour autant par une répartition plus équilibrée ni harmonieuse (d’aucuns diraient plus « juste ») de la puissance, mais plutôt par un accroissement de la compétition, où toutes les puissances majeures défendent leurs propres intérêts et définissent leur zone d’influence. Toutefois, à la différence de l’ère unipolaire, ces accroissements de puissance sont marqués non pas par une influence et une cooptation transformationnelles, mais bien par un contrôle territorial direct accompagné par une puissance coercitive. États-Unis, Chine et Russie en tête, les nouvelles recompositions de la puissance ne sont plus hégémoniques, mais bien impériales.
L’hégémonie et l’empire sont tous deux marqués par une volonté de dominer et de hiérarchiser la répartition de puissance. L’hégémonie est plutôt caractérisée par le leadership transformationnel, bienveillant, ainsi que par le temps long (diplomatie publique, puissance douce, importance du relationnel). Au contraire, l’impérialité est plus transactionnelle, directe, coercitive, et vise l’obtention de résultats à court terme. L’hégémonie suit une logique de coopération, voire de cooptation, alors que l’impérialité s’établit selon une logique de compétition. Or, c’est bien vers cette dernière que le monde évolue : le monde multipolaire qui se profile se structure sur la base d’empires régionaux.
Les empires ont traversé l’histoire humaine depuis l’Antiquité, et l’on assiste à leur renouveau aujourd’hui : le temps et les lieux imposent des structures propres, mais la logique reste identique. La nature humaine, inchangée, est toujours conduite par les passions fondamentales que sont l’intérêt, le statut, le rang, la réputation et la peur, poussant les États à accroitre leur puissance quand ils le peuvent ou le doivent.
Vers un monde multipolaire à court terme
Le déclin relatif des États-Unis, corrélé à l’ascension de la Chine au rang de grande puissance et à l’émergence de puissances régionales, a ouvert de nouvelles perspectives pour un monde multipolaire. En effet, de nouveaux centres de pouvoir sont apparus. Comme le notait déjà Christopher Layne en 2011 : « La fin du moment unipolaire de l’Amérique entraînera des changements majeurs dans la politique internationale. Sous la Pax Americana, le monde a connu une longue période de paix entre grandes puissances et de prospérité internationale. […] Avec la fin de la primauté américaine, le véritable monde post-américain entrera dans une ère de démondialisation, de montée du nationalisme et du néomercantilisme, d’instabilité géopolitique et de concurrence entre grandes puissances. (1) »
La multipolarité verra l’ordre international être le théâtre d’un équilibre des puissances rigide et fermé. De nombreuses puissances, affirmées comme émergentes, ont commencé à consolider des systèmes étatiques régionaux centrés sur elles. Toutefois, contrairement au nouveau régionalisme (new regionalism), qui se définit comme « un processus multidimensionnel d’intégration régionale [incluant] des aspects économiques, politiques, sociaux et culturels » (2), et qui est plutôt ascendant (bottom-up), nous retombons dans l’ancien régionalisme (top-down), caractérisé par un repli socioéconomique et identitaire, imposé par la puissance régionale dominante. Même l’Union européenne (UE) n’y échappe pas et évolue vers un régionalisme qui suit moins une logique fédérale et institutionnelle et davantage une logique souverainiste, identitaire, avec une protection des frontières nationales et des processus communautaires non contraignants, préférant des mesures ad hoc aux politiques d’intégration.
Ce rééquilibrage systémique permis par le déclin relatif de la puissance dominante donne l’opportunité aux autres puissances régionales de favoriser l’émergence d’un ordre multipolaire. Ces dernières assoient leur propre puissance sur la base d’une stratégie des grands espaces géopolitiques, en s’appuyant sur la logique d’espace vital (Lebensraum en allemand). Cette logique est suivie et partagée par des leaders tels que Xi Jinping, Vladimir Poutine, Narendra Modi, Luiz Inácio Lula da Silva, Javier Milei ou encore Recep Tayyip Erdoğan, mais également par Donald Trump. Désireux d’établir et de contrôler leurs propres écosystèmes, ces leaders nationalistes et autoritaires cherchent à développer leur propre sphère d’influence exclusive. Selon cette logique, chaque région serait alors dominée par une puissance régionale suivant une relation centre-périphérie avec les autres pays de la région. On observe cette stratégie dans les revendications de Trump sur le Groenland, le Canada ou encore le canal de Panama, dans l’invasion de l’Ukraine par la Russie, dans les revendications chinoises en mer de Chine méridionale, ou encore au Brésil avec une politique de voisinage.
Il s’agit essentiellement de chercher à favoriser un rapprochement entre des États à proximité géographique, dont la densité des interactions est plus importante entre eux qu’avec les acteurs externes, autour d’un noyau central : la puissance régionale. Ce rapprochement, que la sociologie politique identifie comme de la socialisation, est consenti (hégémonie) ou forcé (impérialité), l’acteur puissant cherchant à asseoir sa domination sur sa périphérie. Les blocs régionaux résultant de ces dynamiques géopolitiques pourraient être plus stables au niveau interne, mais seraient soumis à des tentatives de déstabilisation externe, notamment à travers les guerres par procuration et les conflits hybrides. En effet, en définissant leurs espaces vitaux, les grandes puissances se chevaucheraient et s’entrecroiseraient, se disputant les sphères d’influence partagées, ces fameuses zones tampon ou lignes de fracture. Cette logique géopolitique est renforcée par une logique géoéconomique marquée par un retour vers le protectionnisme, la sécurité et la souveraineté économiques, ainsi que la chasse aux matières premières. Ce repli géoéconomique s’accompagne à son tour d’un repli civilisationnel caractérisé par le narratif de l’État-civilisation.
Alors que l’interdépendance économique permet la formation d’un lien entre les États, freinant par là même les appétits impérialistes, ce repli régional risque de réduire cette interdépendance, la logique mercantiliste de jeu à somme nulle prenant le pas sur une approche gagnant-gagnant. À terme, cette logique mercantiliste encouragerait très probablement une opposition plus forte. Dans ce nouveau monde, les pays en périphérie, incluant en grande partie ce que l’on appelle communément le « Sud global », seraient de plus en plus la proie de grandes puissances prédatrices. L’impuissance structurelle des régions semi et sous-développées les rendrait plus facilement vulnérables face aux instabilités et aux ingérences.
Le monde qui se structure serait fragmenté, régionalisé en différents empires. Chaque empire régional se distinguerait des autres par une identité propre, une dynamique économique et de sécurité spécifique et des institutions régionales. Les blocs régionaux se caractériseraient de plus en plus par des normes commerciales, technologiques et numériques exclusives à chaque région, des systèmes de paiement et des monnaies de réserve différents, ce qui mènerait à une balkanisation des relations internationales. La relation entre ces empires serait de plus en plus transactionnelle et se concentrerait sur le plus petit dénominateur commun.
La recherche de sécurité et les appétits impérialistes des puissances régionales les pousseraient par ailleurs à étendre leur région. Les espaces géopolitiques des empires se chevaucheraient, ce qui mènerait à des conflits inter-empires pour affaiblir le voisin et maximiser sa propre puissance. Les empires plus petits ou plus faibles seraient à leur tour la proie de leur voisin plus puissant.
Ainsi, le principal défi stratégique de ce monde multipolaire en formation est d’éviter les conflits résultant des interactions complexes et incontrôlables d’acteurs puissants, trop nombreux et trop gourmands pour l’enveloppe fermée du monde. En effet, la multipolarité est une structure du système mondial bien plus complexe et bien plus instable qu’un système dominé par une seule puissance. Chaque puissance agit selon ses propres valeurs et intérêts, créant une situation précaire de relations coopératives ou conflictuelles qui se font et se défont rapidement au gré de l’intérêt ou de l’enjeu du moment. Un monde aux centres de puissance multiples devient source d’instabilité par son manque de clarté sur les responsabilités de chacun et les alliances entre États, voire l’action d’acteurs non étatiques. Le politologue américain Kenneth Waltz estimait ainsi que « dans un monde multipolaire, la complexité des interactions augmente la probabilité d’erreurs d’appréciation et de conflits ». Niall Ferguson partage ce point de vue : « Malheureusement, l’alternative à une superpuissance unique n’est pas une utopie multipolaire, mais le cauchemar anarchique d’un nouveau Moyen Âge. (3) »
Alors que l’on pourrait voir favorablement un rééquilibrage des relations de puissance dans le système international, un ordre mondial multipolaire est surtout source de nombreux défis en matière de stabilité et de développement. Tout comme le souligne Richard N. Haass, l’un des enjeux fondamentaux d’un ordre multipolaire tient dans l’incapacité des puissances à s’accorder sur l’organisation et le fonctionnement des relations internationales. En l’absence de règles et normes consensuelles régulant les relations interétatiques, ainsi que de sanctions en cas de transgression, un « fossé » se creuse entre les puissances régionales, chacune régulant et gouvernant son espace et ses relations avec les autres puissances régionales comme elle l’entend (4). C’est bien l’éternel débat qui ressurgit ici : in fine, un monde unipolaire n’est-il pas plus stable qu’un monde multipolaire ? Par ailleurs, puisque des appétits impérialistes ressurgissent inévitablement, la multipolarité n’est-elle pas simplement une étape vers une unipolarité mondiale ?
Un monde multipolaire : une étape obligatoire vers l’empire systémique
Que ce soit pour maximiser sa puissance, ou pour accroitre sa sécurité face à des menaces (perçues comme réelles), tout État cherche à renforcer sa puissance aux dépens de ses rivaux, tout en saisissant les opportunités qui s’offrent à lui. John Mearsheimer rappelle ainsi que les États ne se contentent en effet que très rarement du statu quo, précisant que « l’objectif final de tout État est d’être l’hégémon du système » (5) afin de garantir sa survie.
États-Unis : reculer pour mieux sauter, une Pax Americana 2.0
Depuis la présidence de Barack Obama (2009-2017), les États-Unis suivent une logique de retrait de la scène internationale. Retrait ne signifie toutefois pas abandon de la position dominante du système international, mais plutôt un repli tactique, une reconcentration des efforts sur les intérêts vitaux tout en orientant l’évolution du système de manière favorable. Washington, comme la grande majorité des puissances dominantes par le passé, se trouve face à une double réalité. La première, John Fitzgerald Kennedy l’avait conceptualisée dans son ouvrage (6) par le terme imperial overstretch, ou hyperextension impériale, correspondant au phénomène par lequel une puissance dominante s’engage dans des conquêtes diverses pour étendre sa puissance. Il en résulte un épuisement de ses ressources et de son énergie, au point de sonner le glas de sa domination. Il s’agit du « Lippmann Gap », qui caractérise les situations dans lesquelles les engagements de la politique étrangère d’une nation excèdent sa puissance (7). La situation à laquelle les États-Unis sont confrontés aujourd’hui apparait logiquement comme le bilan d’une ambition trop gourmande, résultant d’une volonté d’expansion ne pouvant éviter sa « conséquence la plus visible, l’épuisement du centre lui-même en termes stratégiques et économiques, conforme au cycle de la puissance » (8). Washington souhaite ainsi éviter de s’engager dans des conflits secondaires, d’engager des forces militaires au sol (les fameux boots on the ground), de se concentrer sur la Chine et l’Indopacifique. Ces éléments sont corollaires au fait de veiller à ce que les alliés et partenaires prennent davantage leurs responsabilités. De là découlent les différentes stratégies menées par Washington, allant de l’engagement sélectif sous Barack Obama et Joe Biden (2021-2025) à l’offshore balancing sous Trump. En plus de l’hyperextension impériale, la seconde réalité concerne les divisions internes (socioéconomiques, raciales et idéologiques) au sein de la société américaine. Or, une société divisée la rend très vulnérable. La seconde administration Trump (depuis janvier 2025) tente d’y remédier en essayant de réindustrialiser les États-Unis (à travers sa politique tarifaire) et d’implanter un projet idéologique conservateur unificateur, souhaitant revenir aux origines du projet américain (Projet 2025). Ainsi, pour Washington, la multipolarité serait une étape obligatoire et transitoire, permettant de se repositionner afin de mieux confronter une puissance susceptible de remettre sa domination en question : la Chine.
Chine : Projet 2049
La Chine, pour sa part en pleine ascendance, voit dans la multipolarité transitoire une opportunité pour affaiblir les États-Unis dans leur rôle et statut, afin de reprendre ensuite le flambeau impérialiste, au plus tard pour 2049. Il existe en effet peu de doute quant à la volonté chinoise de dominer le système international. Ainsi, comme un joueur de go adroit, Pékin place ses pions pour, au moment opportun, rafler la mise. À travers les projets des nouvelles routes de la soie (maritimes, terrestres, digitales, arctiques…), son essor économique (circulation duale, quasi-monopole des terres rares, maitrise des chaines de production…), son développement militaire (terre, mer, air, espace, guerre cognitive, « intelligentisée »…), son ascension diplomatique (plus grand nombre de représentations diplomatiques au monde), sa puissance douce (instituts Confucius, Front uni…), la Chine s’affirme comme concurrente directe de Washington. Si, par le passé, elle se cachait, ses desseins sont devenus explicites dans les documents officiels de ces dernières années : Initiative globale de civilisation en 2021, Initiative globale de développement en 2021, Initiative globale de sécurité en 2022, Livre blanc sur la communauté mondiale d’avenir partagé en 2023, Livre blanc sur la sécurité nationale dans la nouvelle ère en mai 2025, Initiative pour la gouvernance mondiale en septembre 2025. Pékin pourrait, à moyen terme, se contenter d’un système multipolaire afin de se positionner sur l’échiquier mondial et de veiller à ce que ce système continue à amoindrir les États-Unis, en affaiblissant leurs alliances et partenariats, pour ensuite prendre leur place, cherchant à soumettre l’ennemi sans combattre, pour reprendre la pensée stratégique de Sun Tzu.
Et les autres : tendances impérialistes régionales
Washington et Pékin ne sont pas les seuls à nourrir des ambitions impérialistes, puisque d’autres, bien que moins puissants, voient dans le retrait américain des opportunités pour réaliser leurs desseins régionaux. Si les deux pays ont la volonté, à terme, de dominer le système, de nombreuses autres puissances affichent des tendances impérialistes régionales. À travers sa politique du voisinage proche, la Russie de Poutine cherche à recréer un empire régional, composé des États de la Communauté des États indépendants. L’Inde rêve de dominer l’Asie du Sud à travers ses différentes initiatives. Enfin, l’UE, à travers ses différents élargissements, ne suit-elle pas elle aussi une logique impérialiste ? Quid de la Turquie, de l’Indonésie, du Japon ou encore du Brésil ?
Une guerre hégémonique pour devenir l’empire ?
Le monde se caractériserait par deux puissances luttant pour le leadership systémique et d’autres puissances en quête de domination régionale. Toutes ces dynamiques sont-elles compatibles ? Ne vont-elles pas déboucher inévitablement sur des conflits armés ? La multipolarité annoncée et tellement défendue par certains risque de se transformer en une période de forte instabilité en raison de ce repositionnement des États. Conséquence : des guerres pour la domination régionale et, dans le pire des scénarios, une guerre hégémonique. Plus un système international comporte de pôles de puissance, plus les enjeux et intérêts à gérer, et donc à concilier, sont divers. Par ailleurs, les possibilités de coalitions ou d’alliances se multiplient, ce qui accroit la méfiance entre les acteurs. En l’absence d’une puissance stabilisatrice, le vide de leadership dans un système international anarchique mènerait nécessairement à une compétition incontrôlée et à des rivalités non encadrées.
Un intermède multipolaire
Envisager la multipolarité comme un système international permettant de redistribuer de manière plus équitable les déséquilibres de puissance de la période unipolaire que nous avons connue récemment revient à faire preuve d’une cécité historique dangereuse pour la stabilité mondiale. La multipolarité entraine un accroissement de la méfiance et constitue ainsi un système crisogène. Loin d’apporter la stabilité, la multipolarité au XXIe siècle permettra ainsi à une puissance impérialiste d’émerger et de dominer le système.
Les empires ont toujours existé. Si un célèbre ouvrage de l’historien Jean-Baptiste Duroselle laisse entendre la fin des empires, cela ne signifie nullement que le principe d’empire lui-même disparaitra un jour. Il s’agit plutôt de mettre en lumière l’éternel recommencement impérialiste, par lequel la loi du plus fort l’emporte. Tout empire, inévitablement, finit par s’effondrer. Parfois, les États ayant des ambitions impérialistes sont obligés de faire preuve de patience et de mettre leurs ambitions en pause, en attendant une opportunité pour atteindre le Saint Graal de l’éternité impériale… quête annonciatrice de leur déclin futur puisque, en effet, tout empire périra.
Notes
(1) Christopher Layne, « The unipolar exit: beyond the Pax Americana », Cambridge Review of International Affairs, vol. 24, n°2, juin 2011, p. 160.
(2) Björn Hettne, András Inotai, Osvaldo Sunkel, « Globalism and the New Regionalism », The New Regionalism, vol. 1, 1999, p. 17.
(3) Niall Ferguson, « A World Without Power », Foreign Policy, juillet-aout 2004, p. 32.
(4) Richard N. Haass, Foreign Policy Begins at Home: The Case for Putting America’s House in Order, Basic Books, 2014, p. 48.
(5) John Mearsheimer, The Tragedy of Great Power Politics, W.W. Norton & Company, 2001, p. 21.
(6) Paul Kennedy, The Rise and Fall of Great Powers, Vintage Books, 1987.
(7) Walter Lippmann, U. S. Foreign Policy: Shield of the Republic, Little Brown, 1943, p. 7-8.
(8) Christophe Réveillard, « La puissance américaine face aux cycles hégémoniques : l’hypothèse Wicht », Géostratégique, n°29, Institut français des relations internationales (IFRI), 2010, p. 84.
Tanguy Struye de Swielande
