Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 6 juillet 2016

Commission d’enquête sur les attentats: la France n’était «pas à la hauteur»


Il n’y a « pas eu de gros ratés » dans la gestion des attentats parisiens de 2015, mais la France n’est « pas à la hauteur » face à la menace djihadiste: la commission d’enquête parlementaire a présenté mardi ses conclusions, appelant à une refonte des services de renseignement.

« Nous ne sommes pas à la hauteur de ceux qui nous agressent », a tonné le député Les Républicains Georges Fenech, qui a présidé la commission d’enquête sur « les moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015 », jour de l’attaque contre Charlie Hebdo.

Alors qu’une « guerre » lui est déclarée », la France envoie « au combat » des « soldats avec des chaussures de plomb », a-t-il ajouté devant la presse. Les services de renseignement, qui ont « failli », doivent être réorganisés et une agence nationale spécifiquement dédiée à « la lutte contre le terrorisme » créée, avec des « moyens ».

Plus globalement, l’état d’urgence décrété dans la foulée des attentats du 13 novembre a eu une portée limitée et l’opération militaire Sentinelle n’a pas prouvé son apport aux yeux des députés, estime le rapporteur, le socialiste Sébastien Pietrasanta, s’interrogeant sur « l’efficacité réelle de ce dispositif dans la sécurisation du territoire national ».

Le soir du 13 novembre, « l’intervention des forces d’intervention a été rapide, efficace et a démontré qu’elles étaient capables de collaborer », approuve-t-il en revanche tout en préconisant, à terme, « la fusion des trois forces d’élite » (GIGN, Raid et BRI).

Même constat globalement positif sur les secours, confrontés le 13 novembre aux attentats les plus meurtriers jamais perpétrés en France, avec 130 morts et des centaines de blessés. Ils ont été gérés « dans les meilleures conditions possibles », note M. Fenech.

Le principal problème, selon la commission, a été l’évacuation des victimes, parfois retardée par le fait que les secours d’urgence n’avaient pas accès au périmètre des forces d’intervention. Dans ses 40 propositions, adoptées mardi matin, elle préconise l’instauration de « colonnes d’extraction » des victimes.

« Les vraies questions ont été posées. On attend de voir ce que les députés proposeront maintenant et ce que l’exécutif en fera », a réagi Aurélie Gilbert, vice-présidente de l’association de victimes « 13 novembre: fraternité et vérité ».

‘Tout est à faire’

Les recommandations s’attardent longuement sur les services de renseignement.

Le souci de simplification dicte la proposition de fusionner le nouveau Service central de renseignement territorial (SCRT, hérité des RG) et son équivalent chez les gendarmes, la Sous-direction de l'anticipation opérationnelle (SDAO). Se créerait alors une Direction générale du renseignement territorial (DGRT), rattachée directement au ministre de l'Intérieur. Dans une optique assez proche, la commission Fenech-Pietrasanta propose de fusionner l'état-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT) créé par Bernard Cazeneuve au sein même de son cabinet et l'Unité de coordination et de lutte antiterroriste (Uclat) de la Direction générale de la police.

«À l'occasion des débats législatifs, il est apparu un net clivage entre les parlementaires (y compris de la majorité) et la ministre de la Justice de l'époque, Christiane Taubira», avoue Georges Fenech. Résultat: le renseignement pénitentiaire a végété. Depuis, le gouvernement Valls a doté les agents des prisons de moyens et de droits nouveaux. Mais «c'est l'échec», selon le député. Selon lui, lors de son audition en mai dernier, le nouveau garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, a précisé que «depuis sa nomination Place Vendôme, il n'avait été destinataire d'aucun élément portant sur le renseignement pénitentiaire et ce malgré un effectif de 380 personnes désormais rattachées» à cette mission. Il a même déclaré que le système était «en panne, inopérant et ne faisait pas remonter les informations concernant les radicalisations en prison». Difficile d'être plus clair. Il est urgent de motiver les troupes.

S’il était impossible de relier les menaces qui avaient visé le Bataclan ou, plus largement, « une salle de rock » par le passé avec une éventuelle attaque de la salle de spectacles parisienne en 2015, selon le rapporteur, les parlementaires, qui ont procédé à près de 200 heures d’auditions en cinq mois, préconisent la création d’une agence nationale du renseignement directement rattachée au Premier ministre.

« Les frontières entre services de renseignement ont permis la levée de la surveillance de Saïd Kouachi dès lors qu’il a quitté Paris pour Reims », donne en exemple M. Fenech. Saïd Kouachi a alors disparu des radars, pour ne réapparaître que le 7 janvier 2015 en attaquant Charlie Hebdo.

Le cas d’Amédy Coulibaly, tueur de l’Hyper Cacher deux jours plus tard, est également emblématique des failles du renseignement, cette fois-ci pénitentiaire, domaine dans lequel « tout est à faire » a reconnu le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas lors de son audition. Condamné plusieurs fois, notamment lors du procès d’un projet d’évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, l’un des auteurs des attentats de 1995, Coulibaly est sorti de prison sans que l’information ne soit transmise, ni qu’aucune surveillance ne soit prévue alors que sa radicalisation ne faisait plus de doute.

Quant au cas de Samy Amimour, assaillant du Bataclan qui a pu aller en Syrie en 2013 malgré une interdiction de sortie du territoire, « il est emblématique des défaillances du contrôle judiciaire », estime Sébastien Pietrasanta.

Les carences du renseignement à l’échelon européen sont également manifestes: « pas à la hauteur », tranche le rapporteur de la commission, « absent », abonde son président.

« Pour la petite anecdote », a raconté Sébastien Pietrasanta, un mois après les attentats de novembre, « une seule personne » d’Europol, l’office de coopération policière européen, a été envoyée en Grèce pour détecter d’éventuels jihadistes parmi les migrants, alors qu’on redoutait une infiltration massive des hommes du groupe Etat islamique. « Ce n’est pas anecdotique, l’a repris Georges Fenech, dépité. Alors qu’il y a deux millions de migrants qui frappent à la porte, il y a un seul fonctionnaire d’Europol qui est dépêché. Un seul. »

Dallemagne (CDH) met les militaires français en cause

Selon La Libre, six militaires de la force sentinelle française se trouvaient devant le Bataclan le soir des attentats de Paris, le 13 novembre 2015, mais ils ne sont pas intervenus car leurs règles d’engagement ne le prévoyaient pas, a affirmé mardi matin le député cdH Georges Dallemagne sur Bel RTL, quelques heures avant la présentation du rapport de la commission d’enquête française sur les attentats.

Au Bataclan, l’horreur après l’attaque le 13 novembre dernier


« Ils ont estimé qu’ils ne devaient pas intervenir car leurs règles d’engagement ne prévoyaient pas qu’ils devaient intervenir. Leurs règles prévoyaient qu’ils ne pouvaient que se protéger eux-mêmes. C’est tout-à-fait incroyable, hallucinant » déclare George Dallemagne.

On peut d’abord s’étonner qu’un député débatte d’un rapport qui n’a pas encore été présenté: don de voyance sans doute. Ensuite, l’halluciné député suppléant Dallemagne découvre une information déjà parue dans la presse française le 9 mai 2016 (Nouvel Obs). Son passage à Médecins sans Frontières (MSF) ne lui a pas laissé de grands souvenirs : MSF s’est toujours battu pour limiter au maximum l’emploi de la force par des règles d’engagement minimalistes lors des opération de maintien de la Paix de l’ONU.

C’est la police qui dirige les opérations cette nuit du 13 novembre 2015…


Si effectivement huit (et pas six) militaires français de l’opération Sentinelle se trouvaient à proximité du Bataclan le 13 novembre, leur intervention aurait pu ajouter un drame dans le drame. On n’envoie pas au casse-pipe des militaires (ou des policiers) sans plan ni reconnaissance, ni moyens.

De plus, l’intervention de militaires ne peut se faire que sous le parapluie policier, limitation imposée par le politique et non par l’Etat-major français de la Défense. « Les autorités craignent également des dommages collatéraux. En clair, ils ont peur que les militaires fassent n’importe quoi si leur marge de manœuvre est augmentée » note le nouvel Observateur.

Un policier de la BAC (Brigade anti-criminalité) déclarait : « Un individu […] au niveau de la porte qui donne sur le passage et qui nous attire vers la porte où il y a les blessés et il attend juste qu’on passe pour pouvoir nous rafaler. […] Avec les moyens qu’on a d’armement et de protection, on ne peut pas aller chercher les victimes. »

Une autre autorité policière d’ajouter : « Dans le cas du Bataclan, leur rôle était d’établir un périmètre de sécurité aux abords de la salle de concert pour permettre aux unités d’intervention de se mettre en place », explique une source policière parisienne, qui insiste sur la formation spécifique reçue par les deux forces d’intervention de la police (Raid et BRI) et de la gendarmerie (GIGN). Sur ordre de la hiérarchie policière, la priorité des militaires ce soir-là était donc de tenir ce périmètre avec les policiers de la BAC. »

Très loin de la version donnée par Dallemagne : pas question pour les militaires de jouer au Rambo en entrant dans le Bataclan et de jouer à OK Corall, avec les victimes collatérales que cela aurait entraîné, même la police a mis plusieurs heures avant de neutraliser les terroristes et sécuriser la zone.

Prétendre que les règles d’engagement n’autorisaient pas les militaires français à intervenir est tout simplement contraire à la vérité. Ils peuvent le faire en deux circonstances : leur légitime défense et le flagrant délit. Encore faut-il qu’une action de leur part ne débouche pas sur huit morts supplémentaires.

La police française était à la manœuvre, les militaires en appui et répondant aux ordres de la hiérarchie militaire. Le Nouvel Observateur (pourtant de gauche) conclut : « La « doctrine » qui encadre l’action des militaires sur le sol français est très stricte. Elle prévoit notamment que les militaires ne peuvent agir dans l’Hexagone que sous l’autorité policière.

Par ailleurs, aucune unité mixte, composée à la fois de policiers et de militaires, ne peut passer à l’action ensemble. Il était donc impensable, pour les huit militaires de la force Sentinelle présents ce soir-là dans le 11e arrondissement de Paris, de pénétrer dans le Bataclan avant les hommes de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) ou encore à leurs côtés. »

Les militaires de Sentinelle avaient pour mission de couvrir un dispositif policier et d'empêcher qu'il ne soit attaqué

Certains se sont demandé ce qu’ont bien pu faire les militaires de l’opération Sentinelle le soir du 13 novembre 2015 à Paris, alors que des terroristes venaient de commettre un massacre dans les rues et de prendre en otage des centaines de personnes au Bataclan.

Et leur interrogation s’est muée en indignation quand il a été rapporté que ces mêmes militaires n’avaient pas reçu l’ordre d’intervenir et que l’un deux refusa de prêter son fusil d’assaut à un policier de la BAC lors de l’attaque du Bataclan.

Pourtant, rien ne peut être reproché à l’escadron du 1er Régiment de Chasseurs qui était à Paris ce soir là dans le cadre de l’opération Sentinelle. Lors d’une visite à cette unité en février, soit quelques mois semaines avant la « polémique » sur le rôle des militaires, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, rappela la chronologie des faits.

« Rue de Charonne, vous apportez immédiatement et spontanément votre concours aux forces de sécurité intérieure et vous établissez un premier périmètre de sécurité salutaire. Un mode d’action éprouvé en opérations extérieures, qui montre le lien et la continuité. Un mode d’action qui protège et rassure la population, et permet de sécuriser l’intervention des services de secours – sapeurs-pompiers et urgentistes. Certains d’entre vous appuient l’action de ces derniers, en dispensant ponctuellement des soins et en participant à l’évacuation de blessés.

Au Bataclan, avec le même courage et une réactivité également exemplaire, vous déployez un dispositif de sécurité identique. A cette différence près, qu’une prise d’otages est toujours en cours. Durant ces heures dramatiques, en liaison avec le RAID, vous tenez la position et sécurisez la mise en place des forces d’intervention, jusqu’au déclenchement de l’assaut. »

Lors de son audition, le 1er juin, par la commission d’enquête parlementaire sur les moyens mis en œuvre par l’Etat pour lutter contre le terrorisme, M. Le Drian a mis les choses au point.

Tout d’abord, le ministre a ainsi rappelé que « la mise en oeuvre d’unités de [l'opération] Sentinelle se fait dans tous les cas de figure sur réquisition du préfet de police, approuvé par le ministère de l’Intérieur ». Aussi, a-t-il continué, « c’est dans ces conditions que certains membres du 1er Régiment de Chasseurs, qui étaient dans le XIe arrondissement, percevant une situation anormale, ont pris l’initiative de se mettre à la disposition des forces de sécurité intérieure ».

« Tout au long de la soirée, et en étroite coordination et dialogue avec les forces du ministère de l’Intérieur placées sous l’autorité du préfet de police, nos soldats seront à la disposition de ces autorités pour contribuer à la sécurisation de la zone, notamment en appuyant et en protégeants leurs interventions et, en même temps, portant secours aux victimes. Telle est la mission que leur assigne la préfecture de police », a expliqué M. Le Drian.

En outre, s’agissant du Bataclan, 4 militaires ont été positionnés passage Saint-Pierre-Amelot par les forces de police afin de sécuriser l’intervention de la BRI. Ils ont « aussi reçu l’ordre oral, le cas échéant, de neutraliser un terroriste qui sortirait » de la salle de spectacle, a précisé M. Le Drian. Ordre, a-t-il ajouté, qu’ils auraient exécuté « sans état d’âme et sans inhibition ».

Pour autant, il n’était pas question de leur en demander de faire plus. Et cela pour une raison simple : les militaires du 1er Régiment de Chasseurs ne sont en effet pas rompus aux modes d’intervention à mettre en oeuvre lors d’une prise d’otages. Une évidence rappelée par le ministre.

Quant à l’histoire du Famas qu’un soldat a refusé de céder à un policier de la BAC, il faut croire qu’un principe de base, essentiel, a été oublié au moment où elle a été évoquée par la presse. Un militaire ne se sépare jamais de son arme. Le faire, a souligné M. Le Drian, serait « contraire à tout réglement de nos forces en opération » car « sinon, c’est toute sa plus-value militaire qui s’effacerait » (et ce serait une faute professionnelle grave). Qui plus est, a insisté le ministre, de « telles armes automatiques ne se manipulent pas aisément, sauf après entraînement, même pour un professionnel des forces de l’ordre. »