« J'ai décidé de faire appel à la réserve opérationnelle, c'est-à-dire à tous ceux qui ont été à un moment sous les drapeaux ou dans les effectifs de la gendarmerie », a annoncé cette nuit le président de la République. Mais cette annonce est-elle réaliste et applicable très rapidement ? Quels sont à ce jour les effectifs de cette réserve opérationnelle ?
François Hollande, en déplacement aux écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, avait annoncé le 14 janvier dernier l'augmentation du nombre de réservistes opérationnels, appelée à être augmentée d'un tiers : « J'ai demandé à Jean-Yves Le Drian que le nombre de réservistes passe à 40 000, contre 28 000 aujourd'hui. L'objectif, c'est de déployer 1 000 réservistes en permanence pour la protection de nos concitoyens. » Or, cette mesure n'est pas nouvelle. Elle figure noir sur blanc dans la loi d'actualisation de la programmation militaire de mai 2015. Et on sait aussi qu'il serait impossible, dans le meilleur des cas, de « déployer 1 000 réservistes en permanence sur le terrain ».
La réalité, c'est que les armées comptent 28 000 militaires réservistes, auxquels s'ajoutent 27 000 réservistes supplémentaires dans la gendarmerie. Évacuons cette dernière, car sa réserve fonctionne parfaitement. Les gendarmes sont répartis sur tout le territoire, leurs brigades peuvent accueillir au pied levé, armer et équiper des réservistes issus de la population locale et venant effectuer leurs périodes sur un territoire qu'ils connaissent comme leur poche. Mais outre le fait qu'ils sont gérés par le ministère de l'Intérieur, il est bien connu qu'on ne parle pas des trains qui arrivent à l'heure.
Entre 5 et 180 jours par an
Pour les réservistes des armées, ceux que le président de la République évoquait jeudi, c'est une autre chanson… Tout d'abord, oublions les militaires quittant le service actif et inscrits d'office dans la réserve durant les cinq années suivant leur départ : ils ont beau être 115 000, ils ne sont pas suivis par le ministère de la Défense et aucun moyen n'est prévu pour les rattraper dans la nature. Si les armées et les services (santé, essences, etc.) possèdent tous des réservistes, l'armée de terre est aux premières loges. Elle en compte 15 453 début 2016, soit environ 60 % des effectifs totaux. Ils peuvent avoir entre 5 jours et 180 jours de présence sous les armes chaque année, en étant payés comme les militaires d'active du grade équivalent.
Le problème, c'est que ces réservistes sont issus de la société civile et n'ont plus d'expérience militaire initiale depuis la fin du service national. Or, pour placer un réserviste de l'armée de terre dans une patrouille de l'opération Sentinelle, pour ne citer que cet exemple, il faut qu'il ait un minimum de formation : porter l'uniforme dans un cadre réglementaire et tenir une arme ne s'improvisent vraiment pas. Une formation de 60 jours est nécessaire. Un étudiant peut la suivre durant ses vacances, un mois par an durant deux ans. Pour une personne engagée dans une activité professionnelle, c'est nettement moins simple ! Quel chef d'entreprise ou patron d'administration accepterait sans difficulté de lâcher un membre de son personnel plusieurs semaines par an ?
« Pure flûte »
De plus, souligne un officier connaissant le sujet, « les jeunes que l'on recrute veulent faire la guerre tout de suite. Ils n'imaginent pas ce que sont la discipline militaire et les critères physiques indispensables. Résultat : si on trouve assez facilement des gens pour devenir réservistes, ils ne restent pas avec nous. Un contrat sur deux est cassé au bout d'un an ! » Concrètement, les armées ont accueilli 9 212 nouveaux réservistes en 2015, en perdant dans le même temps 10 695 contrats non renouvelés. Et François Hollande voudrait 12 000 réservistes de plus ? « On est entre le vœu pieux et la pure flûte… », conclut un connaisseur.
JEAN GUISNEL
