Il y a quelques jours, dans une interview à la presse russe, Bachar el-Assad a fait à tous ceux qui, en Occident ou ailleurs, cherchent à faire cesser les massacres en Syrie le plus impudent des pieds de nez. Il a, en effet, déclaré qu'il n'avait aucun souci à se faire sur le plan militaire pour mater la rébellion, car la Russie l'approvisionnait largement en armement, pièces détachées, missiles et même blindés. C'était là la démonstration de l'incroyable obstination de Moscou à soutenir son allié syrien, quels que soient les excès auxquels l'avait et pouvait encore le conduire la guerre qu'il livre à une partie de son peuple.
Cette interview était d'ailleurs l'illustration de ce que très justement Le Monde a appelé, dans son éditorial du 30 août, "la politique du pire" de Poutine. Celle qui a consisté à mettre systématiquement son veto au Conseil de sécurité à toute résolution apparaissant comme un peu contraignante pour la Syrie. Exactement comme au temps de la guerre froide le faisait ce clown triste de Gromyko en brandissant son fameux "niet". Ce soutien aveugle, sans que jamais le président russe ne cherche à calmer les ardeurs assassines d'Assad, a conduit à ce que celui-ci utilise de façon presque banale ces armes chimiques que toute la communauté internationale a mises hors la loi, sauf huit pays, dont le sien. De ce blanc-seing donné au bourreau de son peuple, la Russie et Poutine auront sans doute à répondre un jour. Car l'histoire a la mémoire plus longue que ne le croient les cyniques et les dictateurs.
Humiliation
Mais si, après deux ans de guerre civile et plus de 100 000 morts, les démocraties s'interrogent encore sur le bien-fondé d'une intervention militaire, dont elles sont incapables de préciser les objectifs stratégiques et politiques, c'est aussi parce que leurs hésitations, et particulièrement celle d'Obama, ont laissé pendant de longs mois les mains libres à Bachar el-Assad. Et notamment parce qu'au tout début du conflit le président américain n'a pas apporté à la Turquie, voisine de la Syrie et qui avait le plus à craindre de la guerre civile à ses frontières, l'aide diplomatique et militaire qui aurait permis à ce pays musulman d'aider et de canaliser les forces qui s'étaient soulevées contre le régime de Damas.
Ce qui aurait peut-être empêché les suppôts d'al-Qaïda de gangrener la rébellion et permis aux pays démocratiques de soutenir, d'armer, de renseigner les forces hostiles à Assad. Sans avoir de doutes sur les bénéficiaires de leur appui. Il faut se souvenir qu'après avoir abattu un avion de l'armée de l'air turque, bombardé avec son artillerie des villes frontières et organisé plusieurs attentats meurtriers la Syrie n'a eu droit à aucune sorte de représailles de la part du gouvernement d'Erdogan. Et pour cause, en dehors de quelques molles protestations, l'Amérique, son allié de toujours au sein de l'Otan, était aux abonnés absents.
Et voilà comment aujourd'hui Obama et ses alliés n'ont aucune solution satisfaisante pour faire cesser la tragédie syrienne, et éviter une humiliation dont on peut être assuré qu'elle laissera des traces au Proche-Orient et ailleurs.
Michel Colomès