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mercredi 13 février 2013

La Suisse rejoint le cercle fermé du G20


Sur invitation de la Russie, qui préside le G20 cette année, la Suisse assistera pour la première fois aux réunions ministérielles du club des économies les plus puissantes de la planète. Elle tentera essentiellement d’y défendre sa place financière.

 En 2008, une conversation informelle entre George W.Bush, Nicolas Sarkozy et Dimitri Medvedev, alors chefs d’Etat respectifs des Etats-Unis, de la France et de la Russie, donna naissance à un nouveau colosse politique et économique: le G20.

Le groupe existait certes depuis 1999, mais il ne réunissait jusque-là que les ministres des Finances et les banquiers centraux des pays développés et émergents. La crise financière de 2008 changea le visage de l’institution. Une série de sommets fut alors organisée entre chefs d’Etat chargés de résoudre les défis de la conjoncture mondiale vacillante.

Malgré l’intérêt réitéré de la Suisse de participer aux travaux du G20 depuis 2009, c’est seulement en 2013 qu’elle se verra enfin remettre un carton d’invitation des mains de la présidence russe.

Liens avec Moscou

«La Suisse abrite un centre financier d’importance systémique et sa monnaie nationale est largement utilisée de par le monde. Il est donc naturel qu’elle ait collaboré étroitement avec le G20 ces dernières années», souligne Anne Césard, porte-parole du Secrétariat d’Etat aux questions financières internationales (SFI), un organe du ministère suisse des Finances.
«La Suisse a tenté de contribuer de manière consistante aux travaux du Conseil de stabilité financière (FSB) et du Fonds monétaire international (FMI), tous deux de grande importance dans l’agenda du G20. Désormais, en participant à la réunion des ministres et des banquiers centraux du G20, la Suisse contribuera de manière directe à ce processus», poursuit Anne Césard.
Si la Suisse a enfin réussi à obtenir son ticket d’entrée dans ce cercle fermé, c’est en raison de la prise en compte croissante par le G20 des interactions avec les pays non membres, selon le SFI. L’autre facteur qui a joué en faveur de Berne tiendrait à «la relation bilatérale étroite» qu’entretiennent la Suisse et la Russie, relève-t-on du côté de la Confédération. «Les deux pays ont par exemple entretenu un dialogue structuré sur des thématiques financières depuis 2011», affirme la porte-parole du SFI.
Quoi qu’il en soit, le président de la Banque nationale suisse (BNS), Thomas Jordan, et la ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf, prendront la tête de la délégation qui assistera à la première rencontre du G20, les 15 et 16 février à Moscou. Eveline Widmer-Schlumpf a déclaré que Berne s’attellera à amplifier son influence dans la prise de décisions relatives au système financier international.
«La Suisse tentera d’apporter sa pierre à l’édifice, afin de trouver des solutions dans l’application des normes en matière d’exigence de fonds propres pour les banques, d’équilibre apparemment impossible entre consolidation fiscale et croissance ainsi que de gouvernance du FMI», précise Anne Césard.

Dire une chose, en faire une autre

 La présidence russe du G20 s’est fixée pour priorité d’encourager la croissance et de générer des emplois. Pour y arriver, Moscou propose une stratégie en plusieurs points, parmi lesquels figure le renforcement du commerce multilatéral.
La Russie propose de réduire le protectionnisme et de réactiver le cycle de Doha, qui tente sans succès depuis 2011 de libéraliser le commerce mondial. Ce discours ne correspond cependant pas à la réalité. Le rapport informel du Global Trade Alert (GTA) 2012, élaboré par des analystes indépendants, assure qu’en 2009, les pays du G20 ont été responsables de 60% des mesures protectionnistes adoptées dans le monde.
En 2012, ce chiffre serait passé à 79%. «On doit cette contradiction au fait que le protectionnisme a mauvaise réputation mais qu’il très commode d’un point de vue politique», explique Simon Evenett, co-auteur du GTA et professeur à l’université de Saint-Gall. Par conséquent, les gouvernements prennent des engagements publics qu’ils ne sont pas toujours disposés à mettre en œuvre.

La maturité du FSB

Un secteur financier plus solide et moins opaque: c’est une autre des priorités du G20. Pour ce dernier, il est nécessaire que le FSB, qui a son siège au Brésil et dont la mission est de promouvoir la stabilité financière internationale, atteigne sa pleine maturité.
«Le fait que le FSB est récemment devenu une association selon le droit suisse a marqué un pas important vers son institutionnalisation, affirme son secrétaire général, Svein Andersen. Jusqu’ici, il n’était qu’un organe informel, qui se réunissait sous le mandat politique du G7, puis, à partir de 2009, du G20».
Svein Andersen précise que durant les prochaines réunions du G20, le FSB rendra compte des progrès réalisés en matière d’application des réformes financières. Il suivra également de près les marchés des produits dérivés – source potentielle de crises futures – et approfondira les thématiques qui touchent les grandes banques, dont UBS et Credit Suisse font partie.

Un pouvoir suffisant?

Le pouvoir actuel du G20 divise les opinions. Les pays membres font valoir que le poids de leurs économies (90% du PIB mondial) justifie leur leadership. Les voix critiques, entre autres celle de la Suisse, remettent quant à elles en cause l’énorme pouvoir détenu par ce groupement informel. En 2009, lors d’un discours devant l’Assemblée générale de l’ONU, le président de la Confédération d’alors, Hans-Rudolf Merz, avait reproché le «manque de légitimité et de transparence» du G20 à l’heure de prononcer des sanctions.
En janvier dernier, en marge du Forum économique mondial (WEF) de Davos, le Premier ministre russe, Dimitri Medvedev, avait exprimé un mea culpa à ce sujet et glissé une proposition de correction. «Très souvent, mes collègues qui ne font pas partie du G20 expriment leurs préoccupations. Ils se plaignent de ne pas être représentés, même si leurs économies et leurs Etats exercent une influence substantielle dans le développement du monde et de l’économie globale. Dans ce contexte, nous sommes tous conscients que le G20 est une entité plutôt conventionnelle et qu’elle ne devrait pas avoir de frontières délimitées».

L’invitation délivrée par la Russie marque-t-elle une nouvelle étape pour la Suisse dans ses relations avec le G20 ou sa participation prendra-t-elle fin au mois de décembre? La réponse est à chercher du côté de Canberra, qui présidera le G20 l’an prochain: «Le dialogue régulier qui existe entre la Suisse et l’Australie sur des thématiques financières offrira l’occasion de discuter les priorités de la présidence australienne du G20 en 2014», affirme, optimiste, Anne Césard.

Le G20

Le G20 est aujourd’hui le principal forum international pour ce qui relève des questions économiques et du secteur financier globalisé.
En réalité, le G20 ne compte que 19 membres: Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, France, Allemagne, Inde, Indonésie, Italie, Japon ,Corée du Sud, Italie, Mexique, Russie, Arabie saoudite, Afrique du Sud, Turquie, Royaume-Uni, Etats-Unis et l’Union européenne.
Pour faciliter une mise en œuvre efficace des accords, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, le Conseil de stabilité financière (FSB) et l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) assistent également aux rencontres.
Suite à la crise de 2008, se sont ajoutés aux réunions ministérielles du G20 des sommets qui réunissent les chefs d’Etat des pays membres.
Parmi les réalisations politiques du G20, on peut citer l’accord de Bâle III, qui fixe des règles plus strictes en matière de fonds propres pour les banques, ainsi que l’octroi de davantage de pouvoir aux pays émergents au sein de la Banque mondiale.

La longue route vers le G20

Au printemps 2009, la Suisse apprenait officieusement que l’OCDE concoctait une liste noire de paradis fiscaux dans laquelle elle figurait.
La Confédération s’est soudainement décidée à assouplir son secret bancaire, en acceptant un renforcement de la collaboration administrative internationale en matière d’évasion fiscale et en signant douze conventions fiscales conformes aux règles de l’OCDE.
Le G20 a salué cette annonce, mais il n’a pas empêché la Suisse de figurer dans cette liste peu prestigieuse.
En contrepartie du terrain cédé, Berne espérait un geste de reconnaissance. C’est ainsi qu’Hans-Rudolf Merz a exprimé l’intérêt de la Suisse d’assister aux réunions du G20.
L’invitation est finalement arrivée en 2013. La présidence russe a consulté les membres du G20, qui ont accepté d’accueillir la Suisse en tant qu’invitée aux quatre réunions ministérielles de cette année. Sa participation n’est cependant pas encore garantie pour 2014.

Andrea Ornelas