Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 9 novembre 2011

Français tués au Mali : la minute manquante d'une vidéo

.
Des images non-déclassifiées pour ne pas dévoiler les caractéristiques d'une boule optronique du COS





Le journal Libération annonce ce matin que "la justice demande la levée du secret-défense sur les images tournées par l'armée française lors de l'opération qui a coûté la vie des otages, le 8 janvier" dernier. On se souvient qu'Antoine de Léocour et Vincent Delory avaient été enlevés la veille à Niamey (Niger) et qu'ils ont trouvés la mort lorsque le COS a intercepté la colonne d'AQMI qui venait d'entrer au Mali. Les circonstances exactes de la mort de l'un des otages (Vincent Delory) n'ont jamais été établies avec certitude. Son corps, en partie carbonisé, avec des impacts d'éclats métalliques et de balles de 7,62 mm a été retrouvé, à côté d'un véhicule incendié. Il aurait pu déceder des suites de cette incendie, par asphyxie.

Une bande vidéo a été transmise par les Armées aux enquêteurs, puis à la Justice. Cette vidéo, qui a été diffusée sur TF1 en septembre dernier, est incomplète. Il en manque les derniers instants, entre 30 secondes et une minute. Cette partie n'a pas été déclassifié et elle reste donc couverte par le secret-défense.

Pourquoi ? Les familles des otages comme les juges le savent, puisqu'ils ont pu voir (mais pas conserver) ces images. Elles ne contiennent aucun élément qui permettrait de résoudre la question que chacun se pose : comment est mort Delory, c'est-à-dire comment a été incendié le véhicule ? La caméra n'était pas alors braquée sur cette zone.

Selon nos informations, le refus de déclassification de cette partie de la vidéo n'est pas lié à ce qu'elle contient, mais au souhait de ne pas rendre publiques les capacités maximales de la caméra utilisée ce jour-là. Le zoom est alors a son maximum et cela permet donc de connaitre jusqu'à quel niveau de précision des observations peuvent avoir lieu.

Contrairement à ce qui a toujours été dit dans les médias, il ne s'agit pas d'une caméra embarquée sur un Atlantique 2 de la Marine, mais sur un C-130 Hercules de l'escadron Poitou de l'armée de l'air. Cette unité appartient au Commandement des opérations spéciales. Cette caméra est en réalité une "boule optronique" récupérée sur un drone Hunter (retiré du service) : elle a été installée sur le C-130 à la suite d'un "bricolage" de l'armée de l'air.

Jean-Dominique Merchet
Secret défense