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jeudi 9 décembre 2010

Les Etats-Unis étaient prêts à soutenir la Suisse

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Les télégrammes diplomatiques américains révélés par le site WikiLeaks confirment que Washington était prêt à soutenir Berne dans sa crise avec la Libye

Selon les documents transmis par WikiLeaks au magazine allemand «Der Spiegel», la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton était informée de l’affaire Kadhafi lorsqu’elle est venue à Zurich le 10 octobre 2009 pour participer à la signature d’un accord entre la Turquie et l’Arménie, avec ses homologues russe, français et européen.

Dans un message envoyé avant ce voyage à Mme Clinton, l’ambassadeur à Berne Donald S. Beyer se disait «convaincu qu’il est dans notre intérêt de faire tout ce que nous pouvons, aussi au vu des nombreux efforts faits par la Suisse pour aider les citoyens américains en Iran», écrit le «Spiegel».

Cinq jours plus tard, l’ATS révélait que la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey avait évoqué la crise libyenne en marge du sommet de Zurich. Mais que «seuls les Américains (étaient) prêts à accepter un bras de fer avec les Libyens», avait alors regretté une source diplomatique suisse de haut rang.

Les Européens ne sont en effet intervenus qu’en février 2010, lorsque la Libye a refusé des visas d’entrée aux citoyens de l’UE, en représaille à la «liste noire» de hauts responsables libyens que la Suisse voulait interdire d’entrée dans l’espace Schengen.

Berne avait haussé le ton en raison de l’enlèvement le 18 septembre précédent de Max Göldi et Rachid Hamdani. Washington a été rapidement au courant de ce «kidnapping», ce qui ne manque pas de surprendre le chargé d’affaires suisse à Tripoli, Stefano Lazzarotto, écrit le «Spiegel».

Selon le magazine, M. Lazzarotto ne sait pas que Berne a demandé à Washington d’intervenir en faveur des otages. Un diplomate américain s’étonne de ce «manque de communication entre Berne et son ambassade».

Max Göldi et Rachid Hamdani pourront regagner l’ambassade cinq jours après le durcissement de la politique des visas par Berne. M. Lazzarotto a à cette occasion remercié les Etats-Unis. Le «Spiegel» ne précise pas les raisons de ce message, mais souligne que l’ambassade américaine s’est occupée «intensivement» du dossier. Diplomates aux procès

Les documents cités par le «Spiegel» confirment également que les restrictions aux visas Schengen ont provoqué la colère de plusieurs Etats européens – en particulier l’Italie et Malte. «Les Suisses se sont mis à dos précisément les Européens à qui ils demandent maintenant de les soutenir», note l’ambassadeur américain en Libye.

Berne avait demandé à plusieurs diplomates d’être présents aux procès des deux otages suisses pour violation des lois sur le séjour et le travail, qui ont débuté à la fin novembre 2009 – une demande refusée par les Etats-Unis et l’UE.

Cette position s’est ensuite assouplie: fin janvier, la RSR indiquait que les représentants de plusieurs ambassades étrangères, dont l’Allemagne, avaient accompagné M. Göldi lors de son procès en appel pour «séjour illégal». Et plusieurs ambassadeurs de l’UE se sont rendus à l’ambassade de Suisse en février pour empêcher un assaut des forces de l’ordre libyennes visant à «déloger» l’otage.

Ce revirement pourrait être dû à l’engagement de l’Allemagne et de l’Espagne, qui a pris la présidence de l’UE le 1er janvier. Plusieurs réunions ont eu lieu à Madrid ou Berlin pour tenter de trouver une issue à la crise et un plan d’action a été signé le 13 juin dans la capitale espagnole. Le lendemain, Max Göldi pouvait rentrer en Suisse. Une Suisse «trop faible»

Les documents de WikiLeaks confirment encore les relations tendues entre Berne et l’ambassadeur à Tripoli Daniel von Muralt, qui a pris sa retraite le 1er mai 2009.

En janvier 2009, M. von Muralt regrettait auprès de diplomates américains que Berne soit «trop faible» et n’ait aucune compréhension pour les points de vue libyens. Il reprochait aussi à Mme Calmy-Rey de penser de manière «typiquement suisse».

Ces informations se retrouvent dans le rapport de la Délégation des commissions de gestion publié vendredi dernier.

ATS