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vendredi 30 juin 2017

Des journalistes ont été victimes d'espionnage à travers un logiciel acheté par le gouvernement mexicain


Après 40 minutes d'interview, la journaliste mexicaine Carmen Aristegui prend son portable pour s'adresser à de supposés espions du gouvernement: «Allo? Le ministère de l'Intérieur? Bon, vous savez sûrement déjà tout ça. Merci de nous écouter !», dit-elle en plaisantant.

Au-delà de l'humour, cette journaliste très célèbre au Mexique admet s'être sentie intimidée en apprenant que le gouvernement l'espionnait ainsi que plusieurs autres reporters et activistes, mais pense que son activité la protège.

Logiciel espion

Le scandale a éclaté le 19 juin, lorsque le quotidien The New York Times a révélé que des journalistes, des militants des droits de l'homme et des activistes anti-corruption avaient été victimes d'espionnage à travers un logiciel acheté par le gouvernement mexicain à l'entreprise israélienne NSO.

Le logiciel espion est installé sur le portable de la personne ciblée via un faux message provenant d'un média connu ou d'un proche pour l'inciter à cliquer dessus.

Accusations rejetées

Le président Enrique Peña Nieto a rejeté ces accusations mais les victimes de cet espionnage présumé ont saisi la justice.

Carmen Aristegui, 53 ans, avait révélé en 2014 un conflit d'intérêt entre l'épouse du président mexicain et un constructeur immobilier travaillant pour le gouvernement pour la construction d'une maison. Le scandale avait plombé la popularité de Peña Nieto.

Ce scandale d'espionnage intervient dans un contexte déjà très préoccupant pour les journalistes au Mexique, - pays classé au troisième rang des plus dangereux pour exercer cette activité selon RSF. Six reporters ont été tués depuis le début d'année au Mexique et plus d'une centaine depuis 2000.

Sur quoi reposent ces accusations d'espionnage des journalistes par le gouvernement ? 

Bien qu'on admet qu'il y a toujours eu de l'espionnage au Mexique, la grande nouveauté est qu'il y a cette fois une étude scientifique qui le démontre. Maintenant la grande question est de savoir si c'est le gouvernement ou pas. Je présume que oui, sans aucun doute.

Quel est objectif de cet espionnage selon vous? 

Il y a de toute évidence une intention fondamentale : intimider, te rendre vulnérable devant tes propres peurs, ta propre faiblesse humaine, tes propres histoires personnelles. C'est un visage sinistre, propre d'un régime dictatorial. Ce sont les outils des tyrannies. C'est ça le Mexique? (...) On ne peut pas permettre que cela se produise dans un pays qui prétend être une démocratie.

L'espionnage vous concernant aurait commencé en 2015. Pourquoi avoir tant attendu pour le dénoncer? 

Mets-toi à notre place. C'était un sujet grave, sensible. Et je n'avais pas assez confiance dans le gouvernement pour le dénoncer, parce que j'avais la conviction que c'était le propre gouvernement qui cherchait à me nuire.

Ma réaction personnelle a d'abord été de minimiser l'importance du sujet, d'admettre de façon inappropriée que l'espionnage des journalistes est «normal» entre guillemets.

Vous êtes-vous sentie menacée? 

Même si tu as une vie raisonnablement normale, raisonnablement transparente, avec toi-même et ta famille, apprendre qu'ils savent tout de toi est naturellement intimidant.

Qu'avez-vous ressenti en apprenant que votre fils adolescent avait également été visé?
Je me suis sentie mal, très mal. Je me suis dit que le gouvernement mexicain avait franchi une frontière très grave.

Avez-vous peur? 

J'essaye de vivre ma vie tranquillement, de ne pas penser de façon paranoïaque qu'il y a un couteau derrière la porte. Parce que sinon, ils auront gagné.

J'ai confiance, et je me répète constamment que mon travail public de journaliste est ma meilleure protection.

AFP