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lundi 2 novembre 2026

Plénum du Parti : Xi Jinping fait le ménage pour se maintenir au pouvoir en 2027

 

Le maître de la Chine Xi Jinping a profité du plénum du Parti communiste chinois qui vient de s’achever à Pékin pour approfondir au sein du Parti le concept de loyauté absolue à sa ligne politique et à sa personne. La lutte contre la corruption s’intensifie pour éloigner ses rivaux ou critiques putatifs ou déclarés avant le prochain congrès du Parti à l’automne 2027, dont il entend se servir pour rester à la tête du pays pour un nouveau mandat de cinq ans.

Renouvelé tous les cinq ans lors des congrès du PCC, le Comité central réuni en plénum constitue le premier étage du Parti, qui en compte trois, les deux autres étant le Bureau politique (27 membres) et enfin la Commission permanente (sept membres) qui constitue l’organe supérieur du pouvoir puisqu’il prend toutes les décisions majeures sur l’avenir de la Chine. Xi Jinping, le secrétaire général du Parti, siège au sommet de cette pyramide.

Comme de coutume, suivant en cela une mécanique au millimètre parfaitement huilée, ce cinquième plénum s’est réuni à huis clos pour quatre jours du 26 au 29 octobre à l’hôtel Jingxi, un établissement géré par l’armée et lourdement gardé, où les hauts responsables du Parti se réunissent traditionnellement pour des délibérations à huis clos.

L’hôtel est situé dans le centre de Pékin totalement bunkerisé pour l’occasion car si aucune information ne doit en sortir jusqu’au terme du plénum, nul ne devait troubler ses travaux, la population étant donc soigneusement maintenue à distance. La réunion avait en effet pour objet majeur la préparation du 21è Congrès du Parti en 2027.

Lundi 26 septembre, Xi Jinping avait, comme la tradition l’exige dans ce ballet immuable, ouvert la réunion par un rapport d’activité, portant cette année sur la priorité du moment, « une autogouvernance complète et rigoureuse du Parti, » selon l’agence de presse officielle chinoise Xinhua (Chine Nouvelle). Un jargon dont il faut traduire le code par une loyauté absolue envers le Parti, dont tout particulièrement la « pensée de Xi Jinping, » l’idéologie de gouvernance personnelle du dirigeant suprême qui figure au firmament des orientations politiques du pays.

Discipline et loyauté à Xi Jinping : la priorité renouvelée au sein du Parti

L’accent mis par Xi Jinping sur l’auto gouvernance au sein du Parti suggère que sa définition de la corruption a évolué au-delà de simples allégations de fraude pour désormais englober l’insubordination sur les questions de politique. L’objectif de Xi Jinping est de faire table rase de toute opposition au sein du Parti et de faire ainsi place nette pour qu’il soit reconduit dans ses fonctions actuelles lors du 21è Congrès de 2027 (中国共产党第二十一次全国代表大会).

Rappelons-nous ce que le même Xi Jinping avait déclaré début 2026 : « Lors des transitions de direction, nous devons rester vigilants, promouvoir les bons cadres qui sont véritablement loyaux et fiables, cohérents dans leurs paroles et leurs actes, et prêts à assumer leurs responsabilités, et ne jamais laisser passer les “hypocrites” ou ceux qui sont mus par leur intérêt personnel. » Des propos tenus à l’occasion d’une réunion secrète au sommet de la hiérarchie du Parti mais dont la revue Qiushi(求是), publication du Comité central, avait rendu compte comme un avertissement au téméraires éventuels qui oseraient encore se tenir sur le chemin du numéro un chinois.

Des millions de cadres du Parti, grands et petits, ont été purgés depuis le lancement en 2013 par Xi Jinping de sa campagne de lutte contre la corruption. Selon Neil Thomas, chercheur senior à l’Asia Society Policy Institute, 42 des 44 responsables issus de l’Armée populaire de libération (APL) élus au Comité central en 2022 ont désormais été mis à l’écart. Parmi eux figurent des membre de premier plan de la Commission militaire centrale (CMC), dont les généraux Zhang Youxia (張又俠) et He Weidong (何衛東). Il s’agissait de responsables pourtant longtemps considérés comme des fidèles de Xi mais qui, ces dernières années, auraient pu entrer en conflit avec lui au sujet de la préparation de l’armée chinoise à la prise de Taïwan que Pékin considère comme une simple province.

La chute des deux généraux a également amputé la CMC, l’organe de commandement suprême de l’armée chinoise. Fait inédit : celle-ci ne compte plus que deux membres, dont Xi Jinping lui-même, sur les sept originels, du jamais-vu dans l’histoire moderne de la Chine.

Deux anciens ministres de la Défense ont également été condamnés en mai 2026 à la peine de mort avec sursis. Trente six généraux et généraux de corps d’armée ont été officiellement démis de leurs fonctions depuis 2022 et 65 autres sont portés disparus ou pourraient faire l’objet d’une enquête, selon des données de février du Center for Strategic and International Studies, un groupe de réflexion américain.

Ces purges sans fin : leur signification et leurs conséquences

Nombre d’analystes de la Chine estiment que la frontière entre corruption et déloyauté en Chine est des plus floue, au point que nombre de limogeages sont de nature éminemment politique. Pour Kerry Brown, directeur du Lau China Institute au King’s College de Londres, dans la vision du monde de Xi Jinping, obsédé par la discipline et la loyauté, il n’y a peut-être pas beaucoup de différences entre les deux.

« Si vous êtes corrompu, vous n’êtes pas politiquement loyal. Si vous êtes politiquement loyal, vous n’êtes pas corrompu, » estime Kerry Brown. Dans le système du PCC, « la corruption ne se limite pas aux biens matériels, » mais englobe également la « corruption spirituelle, » qui inclut la déloyauté politique, explique cet expert cité par le quotidien The Guardian.

Si nombre d’experts et observateurs de la Chine interprètent ces destitutions comme une campagne d’envergure visant à consolider le contrôle de Xi Jinping sur l’armée, d’autres s’interrogent sur les conséquences de ces purges qui ont pour résultat de décapiter son commandement, voire aussi du degré de préparation de l’APL en cas de conflit armé autour de Taïwan dont Xi Jinping affirme régulièrement vouloir en prendre le contrôle, par la force si nécessaire.

L’ampleur de ces destitutions ne manque pas non plus de soulever des questions quant à la stabilité de la direction politique de la Chine. Le commentateur indépendant Du Zheng (杜正), s’exprimant pour le site taïwanais Up Media (上報) le 21 octobre, a estimé que 32 responsables de haut rang au sein de l’armée faisaient l’objet de mesures disciplinaires, précisant que Pékin pourrait ne pas annoncer toutes les exclusions au terme du plénum. Vingt-cinq autres responsables auraient disparu de la scène publique, laissant leur sort incertain. De plus, l’armée a subi des pertes particulièrement importantes dans son encadrement, des enquêtes successives ayant conduit à la destitution de commandants occupant des postes de haut rang.

Les purges ont en réalité désormais changé d’échelle car contrairement aux campagnes passées, Xi Jinping a ciblé aussi bien les petits fonctionnaires peu rigoureux, que les plus hauts gradés du Parti et de l’armée qu’il avait lui-même promus. « Xi Jinping ne s’attaque plus uniquement aux cadres corrompus, ou aux ‘officiels nus’, ainsi nommés pour avoir transféré leurs avoirs de Chine vers l’étranger, mais au moindre signe de déloyauté. L’éthique personnelle rentre de plus en plus en ligne de compte, » décrypte Jérôme Doyon, sinologue et professeur au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po à Paris cité par le quotidien Les Echos.

Du fait de cette campagne sans précédent en Chine, le bureau politique ne compte plus que 21 membres, sur les 24 membres nommés en 2022, après la purge de Ma Xingrui, l’ancien numéro un du Xinjiang, et des généraux Zhang Youxia et He Weidong. Xi Jinping est le premier dirigeant depuis 1980 à avoir purgé autant de membres du bureau politique sous une seule mandature. « La Chine veut à tout prix éviter de devenir une gérontocratie comme l’URSS sous Brejnev, » rappelle Jérôme Doyon

Vers un rajeunissement des instances dirigeantes du Parti ?

Il reste néanmoins que, plus que jamais, ces limogeages en série qui s’accélèrent laissent un homme quasiment seul au sommet du pouvoir, un exercice solitaire du pouvoir qui semble illustrer une paranoïa croissante de Xi Jinping, avec tous les dangers que cela comporte pour un dictateur entouré de proches serviles et terrorisés d’être purgés à leur tour et qui, de ce fait, ne lui diront que ce qu’il est prêt à entendre.

À voix basse, partout en Chine, les responsables du Parti se demandent qui sera le prochain, alors que la purge continue de s’étendre jusqu’aux plus hauts échelons du Parti communiste au pouvoir et a même renversé ceux considérés comme proches de Xi Jinping. La plaisanterie qui circule en Chine est que la seule personne qui n’a pas à s’inquiéter pour son avenir est Xi Jinping lui-même.

Depuis son arrivée au pouvoir, à l’automne 2012, des millions de fonctionnaires de base ont été purgés. En 2022, Xi a appelé à « tourner la lame vers l’intérieur » pour enquêter sur ceux-là mêmes qui sont chargés de faire respecter la discipline. Sans pour autant s’en satisfaire car début 2026, il a déclaré aux cadres du Parti que le problème de la corruption « restait grave » et averti qu’il y avait encore de nombreuses « personnes à double face » au sein du Parti. La lutte contre la corruption, a-t-il promis, sera une « lutte sans fin. »

Néanmoins, la valse des départs, volontaires ou forcés, et l’arrivée de nouveaux visages résulte également de la volonté de l’appareil du Parti de promouvoir une nouvelle génération de responsables, en particulier dans les régions autonomes et provinces du pays. Les secrétaires provinciaux du Parti sont encore majoritairement issus de la génération née après les années 60.

Le 24 octobre, en marge du plénum, les six provinces et régions du Hebei, Fujian, Jiangxi, Hunan, Yunnan et du Qinghai ont nommé de nouveaux secrétaires des groupes du Parti au sein de leurs gouvernements provinciaux. Parmi eux, Guo Ningning, née en 1970, Xie Weijiang, né en 1973, et Zhuge Yujie, née en 1971, ont pris leurs fonctions respectivement au Fujian, au Hunan et au Qinghai. Ils devraient par la suite devenir gouverneurs.

Ces trois personnalités ont des parcours professionnels distincts. Guo Ningning a passé de nombreuses années dans le secteur financier, occupant les fonctions de directrice des succursales de la Banque de Chine à Hong Kong et Singapour, ainsi que de vice-présidente de la Banque agricole de Chine. Depuis son transfert au Fujian en 2018, elle a été vice-gouverneure, secrétaire du Parti à Fuzhou et secrétaire adjointe du Parti provincial. Zhuge Yujie a débuté sa carrière dans une entreprise portuaire d’État à Shanghai. Après de nombreuses années passées dans cette ville, il a été muté au Hubei en tant que secrétaire adjoint du Parti provincial en 2023. Sa nomination à la tête du Qinghai marque son accession au rang ministériel à part entière après neuf ans passés au rang de vice-ministre.

Les rangs des chefs de gouvernement provinciaux nés après les années 70 continuent de s’étoffer avec l’arrivée de ce trio. D’autres promotions devraient suivre pour illustrer cet objectif de rajeunissement. Cette vague de changements de personnel met également en évidence la différence de profils d’âge entre les directions du gouvernement et celles du Parti. Le secrétaire du Parti du Hunan nouvellement nommé, Wang Zhijun, est né en 1965, tandis que le secrétaire du Parti du Yunnan, Mo Gaoyi, est né en 1964. Même le secrétaire du Parti du Hubei, Guan Zhi’ou, relativement jeune puisqu’il est né en décembre 1969, appartient à la fin de la génération des « post-60. » Alors que les responsables nés après 1970 sont progressivement de plus en plus nombreux aux postes clés des gouvernements provinciaux, les secrétaires provinciaux du Parti restent majoritairement issus de la génération née après 1960.

La progression générationnelle au sein de la hiérarchie de la direction centrale est tout aussi évidente. Lors de son élection, le 20e Comité central ne comptait aucun membre titulaire issu de la génération née après 1970. Cela n’a changé qu’à l’occasion de la quatrième session plénière d’octobre dernier, lorsque Wei Tao a été promu du statut de membre suppléant à celui de membre titulaire. À l’approche du Congrès du PCC, l’évolution de la carrière de ces jeunes responsables fournira des indices importants sur la composition de la prochaine génération de dirigeants et sur la répartition des postes à responsabilité, souligne Sim Tze Wei, rédacteur en chef adjoint chargé de l’actualité chinoise au Lianhe Zaobao, grand quotidien de Singapour.

D’autres analystes encore, cités le 24 octobre par le Financial Times, estiment qu’en recherchant le renforcement de la discipline et de la loyauté au sein du Parti, Xi Jinping cherche à projeter une image de stabilité à l’approche du congrès du Parti de 2027 au cours duquel la direction devrait connaître un renouvellement générationnel.

Si un quatrième mandat de Xi Jinping à la tête du Parti est considéré comme acquis, les experts sont moins unanimes quant au renouvellement de la Commission permanente du Politburo. Bon nombre des conseillers les plus proches de l’autocrate sont âgés de près de 70 ans. Or selon les normes du Parti, les responsables âgés de plus de 68 ans au moment du congrès prennent généralement leur retraite, laissant la place à ceux âgés de 67 ans ou moins.

Si ces limites d’âge étaient respectées, des personnalités telles que le chef de cabinet Cai Qi, âgé de 70 ans, et le conseiller idéologique Wang Huning, âgé de 71 ans, devraient se retirer. Le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, âgé de 73 ans, qui siège au Politburo mais pas au Comité permanent pourrait également être remplacé.

L’exercice solitaire du pouvoir de Xi Jinping et ses dangers

Mais des exceptions ont été faites par le passé. « Le non-respect répété des conventions liées à l’âge […] a considérablement compliqué la détermination de ceux qui doivent prendre leur retraite, de ceux qui peuvent rester en fonction et de ceux qui restent éligibles à une promotion, » estime Alex Payette, directeur général du Cercius Group, un cabinet de conseil spécialisé dans la politique des élites chinoises.

Reste que la volonté de Xi Jinping de rester à la tête du pouvoir, tout comme le fait qu’il n’ait jamais désigné de dauphin peut aussi être interprétée comme un aveu de faiblesse. Mais elle signifie également l’abandon de la doctrine du partage du pouvoir instituée dans les années 70 par son distant prédécesseur Deng Xiaoping pour qui l’alternance et la collégialité étaient une doctrine nécessaire pour ne pas retomber dans les errements et erreurs tragiques d’une dictature telle que celle exercée par Mao Zedong jusqu’à sa mort en 1976.

« Le premier des dangers est évidemment la paranoïa, de voir des ennemis partout parmi les proches : on promeut quelqu’un parce que justement il est digne de confiance, et au bout d’un moment on se dit : « non, il va comploter contre moi » et on l’écarte […] Vers la fin de son règne, ce fut le cas de Staline qui, lui-même, voyait partout des ennemis et se retournait contre ceux qu’il avait promus. Cela se reproduit avec Xi Jinping, » estime le vétéran français de la sinologie Jean-Philippe Béja.

« L’autre danger de l’exercice solitaire du pouvoir est que plus personne n’ose vous mettre face à la réalité et vous parler de ce qui ne va pas. Ceci conduit à prendre des décisions dans un monde de rêves et l’on risque alors de faire de grosses erreurs. Dans une certaine mesure l’attitude face à la pandémie du Covid19 a été un peu l’illustration de cette situation. Cela n’a pas suffi à faire tomber Xi Jinping, tout comme, pendant le Grand bond en avant, cela n’avait pas permis de renverser Mao. Cela reste néanmoins un autre grand danger lié à l’exercice solitaire du pouvoir, » ajoute l’expert de la Chine.

Cette dérive totalitaire de Xi Jinping a, dans un passé récent, suscité des critiques acerbes au sein des anciens de la hiérarchie du Parti qui ont depuis été réduits au silence.

Elle a aussi, ces dernières semaines, suscité aussi un appel en ligne qui aurait été signé par des étudiants de plus d’une douzaine d’universités chinoises, appelant à mettre fin au mandat à durée indéterminée du dirigeant chinois Xi Jinping. Plusieurs médias occidentaux ont fait état de cette pétition qui, selon le quotidien de Taïwan Liberty Times, aurait circulé sur des forums universitaires en ligne, notamment ceux de l’université de Pékin, alors que le cinquième plénum du Parti communiste chinois s’ouvrait lundi à Pékin.

Les messages contenant la pétition ont été rapidement supprimés, mais des captures d’écran sont ensuite apparues sur le dark web et ont continué à se propager sur les réseaux sociaux en dehors de la Chine.

Radio Free Asia a précisé que la pétition appelait au rétablissement de la limitation du nombre de mandats présidentiels, à la convocation d’une conférence nationale sur la révision constitutionnelle et à la protection de l’espace dédié au débat public.

Mardi 27 octobre, le ministre du Conseil des affaires continentales taïwanais, Chiu Chui-cheng (邱垂正) a estimé que les intellectuels dotés d’une conscience en Chine se devraient d’exprimer leur soutien à cet appel en ligne mais qu’ils en sont réduits au silence par la toute-puissance de Xi Jinping et son système de surveillance omniprésent.

M. Chiu a expliqué qu’il se souvenait avoir rencontré des intellectuels chinois lors du 19e Congrès du Parti communiste en 2017, affirmant que certains universitaires lui avaient alors confié que 95% des intellectuels chinois s’opposeraient à l’abandon du système de succession à la direction du Parti et au maintien au pouvoir de Xi Jinping au-delà de la transition habituelle.

La capacité des intellectuels à corriger les erreurs du Parti a disparu avec la consolidation de son pouvoir imposée par Xi Jinping, a-t-il estimé, ajoutant que l’appel reflétait la conscience des intellectuels et que, bien que son authenticité reste incertaine, « tout intellectuel doté d’une conscience soutiendrait cet appel. »

 Pierre-Antoine Donnet

asialyst.com